BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHABTES
LVI.
IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR, A NOGENT-LE-ROTROU.
BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHARTES
REVUE D'ÉRUDITION
CONSACRÉE SPÉCIALEMENT A L'ÉTUDE DU MOYEN AGE.
LVI.
ANNÉE 1895.
PARIS
LIBRAIRIE D'ALPHONSE PICARD ET FILS
RUE BONAPARTE, 82
^895
D
!il
VILLARD DE HONNECOURT
ET LES CISTERCIENS.
Il est bien rare qu'une question d'histoire ou d'archéologie soit
épuisée, et les plus importantes sont rarement celles sur les-
quelles il reste le moins à dire.
Mon savant confrère M. Demaison l'a récemment prouvé par
son étude si excellente, si instructive et si nouvelle sur les
Architectes de la cathédrale de Reims K
C'est avec raison qu'il rejette absolument l'opinion qui attribue
à Villard de Honnecourt une part dans la construction de ce bel
édifice, et, lorsqu'on ht les notes de V Album, on est même étonné
qu'une telle opinion ait pu se produire.
Mais c'est que le besoin qui a fait créer des Evangiles apo-
cryphes et des paroles historiques est éternel ; les érudits n'y
échappent point, et plus d'un d'entre eux ne se résigne guère à ne
pas se représenter la personne, les pensées et la vie intime des
héros de l'histoire.
Pourrait-on donc considérer la noble passion des études histo-
riques comme une sorte de déplacement rétrospectif de cette
curiosité qu'excite chez tant de personnes la vie du prochain?
Sans vouloir approfondir une question aussi cruelle, je me borne
à constater que, si Villard de Honnecourt est célèbre entre tous
les architectes du xiif siècle et si on lui a attribué au moins très
facilement divers monuments, sa science et son talent y sont pour
peu de chose. La véritable raison de la sympathie de la postérité,
c'est qu'il lui a laissé un souvenir intime, un lambeau de sa per-
sonnalité, alors qu'à peine nous connaissons le nom d'artistes
contemporains meilleurs et plus illustres sans doute en leur temps.
1. Bulletin archéologique, 1894, l"'" livraison, p. 3 à 40.
6 VILLARD DE HONNECODRT
A-t-on cependant tout dit sur Villard de Honnecourt? Il est
permis d'en douter, bien qu'il ait eu la bonne fortune d'avoir pour
ihistoriographes, dès le début de leurs travaux, les maîtres de
notre archéologie nationale : QuicheratS Lassus, DarceP, Viol-
let-le-Duc^, WillisS Street, et qu'une excellente étude de
M. Pierre Bénard^, le savant architecte de la collégiale de Saint-
Quentin, ait apporté un complément considérable à ces recherches.
Il faut bien reconnaître que Quicherat est venu le premier et
n'a pas eu le loisir de publier l'Album in extenso ; que Lassus
est mort avant d'avoir pu mettre au point son grand travail; que
Darcel s'est borné à établir une bonne édition de cette étude ina-
chevée et à y mettre quelques notes ; que Willis s'est contenté
de traduire cette édition et que VioUet-le-Duc enfin n'a eu à com-
menter qu'un certain nombre des renseignements fournis par
V Album; il faut ajouter que depuis eux plusieurs points impor-
tants pour la biographie de Villard ont été élucidés.
On peut signaler dans le commentaire de Lassus et Darcel au
moins une inadvertance et plusieurs lacunes.
C'est une inadvertance évidente d'avoir pris pour un énorme
et inexplicable détail d'ornement la main que l'artiste a figurée
sortant des voussures d'une fenêtre de tour de la cathédrale de
Laon^; on a même pensé à chercher les amorces de cette préten-
due sculpture"^, bien conforme cependant aux mains indicatrices
qui abondent dans les manuscrits du moyen âge ; son index dési-
gnait certainement la place d'un texte explicatif ou d'un dessin
complémentaire.
Quant aux lacunes, en voici des exemples : les commentateurs
ignoraient s'il existe à Yaucelles des chapelles carrées au tran-
sept*; or, il subsiste des ruines assez importantes d'une de ces
chapelles. Ils déclarent ne connaître aucun monument où lescha-
1. Notice sur l'Album de Villard de Honnecourt {Mélanges, t. II, p. 238).
2. Album de Villard de Honnecourt annoté par Lassus, t7iis au jour par
A. Darcel. Paris, Irnpr. nat., 1863, in-4°.
3. Dict. d'archit., passim.
4. Traduction anglaise de l'édition Darcel.
5. Collégiale de Saint-Quentin. Paris, librairie centrale d'architecture, 1867,
in-S". 1" partie : Recherche sur la patrie et les travaux de Villard de Hon-
necourt.
6. PI. XVIII.
7. P. 94.
8. P. 131, dernières lignes.
ET LES CISTERCIENS.
pelles carrées alternent avec des absidioles autour du déambula-
toire ; or, c'est le cas de la cathédrale de Tolède, et Street^ a fort
bien remarqué le rapport qu'elle présente avec le plan imaginé
par y illard de Honnecourt et Pierre de Corbie^. S'il est presque
certain que le premier n'a pas été à Tolède, rien ne prouve que
le second n'y ait pas travaillée Qui sait même si l'architecte de
la cathédrale de Tolède, Petrus Pétri, mort en 1290 ^ n'était
pas Pierre de Corbie? La similitude d'un dessin de YAlbum^ avec
un motif des stalles de Lausanne est signalée, mais les stalles du
château de Chillon, qui sont plus anciennes, en présentent
davantage.
Dans l'année qui suivit la publication de Darcel, M. Alcibiade
Wilbert, ayant opéré des fouilles sur l'emplacement du déambu-
latoire de Yaucelles, reconnut des fondations concordant avec le
tracé donné par Villard et publia au sujet de cette concordance
un article et un plan fort intéressants, où l'on peut seulement
regretter que tous les renseignements fournis par les ruines
n'aient pas été utilisés".
En même temps, M. P. Bénard, avec autant de sagacité d'éru-
dit que de science d'architecte, établissait la conformité des élé-
vations extérieure et intérieure du chœur de la collégiale de
Saint-Quentin avec les études faites par Villard d'après la cathé-
1. Gothic architecture in Spain. Londres, Murray, 1865, p. 424. Selon M. Give-
let, dans son Histoire et description du Mont-Notre-Dame (Limé, 1893, in-8%
pi. VII), cette église, voisine de Braisne et appartenant au style de transition,
aurait offert la même disposition, mais son plan restitué ne concorde pas avec
l'ancienne vue, donnée à la pi. VI.
2. PI. XXVIII; cf. Street, ouvr. cité, pi. XIV.
3. La cathédrale de Tolède fut commencée en 1226 (Gams, Séries episcopo-
rutn, p. 17) et terminée seulement au xvi* siècle. Voir Street, p. 233.
4. Cette idée n'est pas venue à Street, mais rien n'empêcherait que ce Pierre,
désigné dans son épitaphe, à la cathédrale de Tolède, par le nom de son père,
Pierre, l'ait été d'autres fois par le nom de sa patrie, Corbie, et si, vers 1230,
il a débuté dans ses études avec Villard de Honnecourt, il a pu vivre jus-
qu'en 1290. Ceci n'est, bien entendu, qu'une hypothèse, mais elle vaut autant
sinon plus que beaucoup de celles qui ont été émises au sujet des architectes
du moyen âge.
5. PI. XXVII.
6. Mém. de la Société d'émulation de Cambrai, t. XXVIII, 2« partie :
Substructions de la seconde église de Vaucelles, érigée au XIII' siècle sur les
plans et sous la direction de Villard de Honnecourt, article accompagné de
2 planches.
8 VILLARD DE HONNECODRT
drale de Reims*, la similitude de plan de l'une des chapelles de
Saint-Quentin avec celles de Vaucelles et l'identité de dessin
d'un pavement de la même église avec celui que Villard dessina
en Hongrie^ De plus, il découvrait sur le parement intérieur de
la chapelle précitée un tracé tout pareil à celui de la rose de
Chartres qui figure dans VAlbu77i\ et présentant la même trans-
position des colonnettes. A ces arguments, on pourrait encore
ajouter, car l'auteur remarque avec raison au sujet des colonnes
du déambulatoire qu' « à Saint- Quentin comme à Reims, ces
colonnes sont raidies du côté de la poussée au vide par une colon-
nette unique placée en avant, disposition sut generis et que nous
ne retrouvons ni à Cambrai ni dans aucune autre abside, si ce
n'est à Boissons ^ » Or, cette disposition existait aussi à Vau-
celles, comme l'indique le plan de M. Durieux, publié par
M. Wilbert.
De l'étude de M. Bénard, il ressort avec certitude que Villard
était de nationalité picarde , qu'il a presque certainement bâti
l'église de Saint-Quentin et que par contre rien n'autorise beau-
coup plus à lui attribuer des travaux dans la cathédrale de Cam-
brai que dans celle de Reiras ; tout ce qu'on peut affirmer, c'est
qu'il a eu communication des plans.
Le voyage en Hongrie ne se placerait donc plus entre 1244
et 1250, comme le croyait Quicherat, car l'église de Saint-
Quentin a été consacrée en 1257^ Ce voyage aurait eu lieu plus
tôt, puisque Villard a utihsé à Saint-Quentin les études faites en
chemin et y a même reproduit, à peu de chose près, le pavement
qu'il avait' dessiné en Hongrie^ D'autre part, comme la consé-
cration de l'église de Vaucelles avait eu lieu en 1235", c'est à ce
moment que Villard aurait pu s'expatrier ; cette date coïncide avec
t. PI. XIX et LIX à LXIII.
2. PI. XXIX.
3. Pi. XXIX, et Bénard, ouvr. cité, fig. 1.
4. Ouvr. cité, p. 13. Parmi les similitudes qui existent entre la cathédrale de
Reims (ou d'autres monuments champenois) et l'architecture du nord de la
France au xiii= siècle, il faut citer d'anciens passages intérieurs, aujourd'hui
détruits, qui existaient devant les fenêtres du chœur de Notre-Dame de Saint-
Omer. Ce sont ces passages que Villard a remarqués à Reims et qu'il appelle
« les voies dedens » (pi. LIX et L.XI).
5. Charte de saint Louis, citée par M. Bénard.
6. Bénard, ouvr. cité, p. 11, tig. 4 et 5.
7. Jongelinus, NoUtix abbatiamm cisterciensiiim per universum orbem,
1640, in-fol.
ET LES CISTERCIENS. »
l'état dans lequel il semble avoir vu la cathédrale de Reims. Il
serait revenu pour prendre la direction des travaux de Saint-
Quentin, et, grâce à l'expérience acquise et aux monuments étu-
diés en chemin, il aurait notablement perfectionné sa manière
lorsqu'il entreprit cette dernière œuvre.
Mais de quelles influences et de quel enseignement procédait
la première manière de Villard de Honnecourt ; à quelle occasion
et dans quel but entreprit-il les voyages qui l'aidèrent à la per-
fectionner? Ces points restent en grande partie à élucider, et je
vais tenter de le faire dans une certaine mesure. Des recherches
faites en Hongrie pourraient seules apporter un complément
définitif à cette étude; mais, sans aller aussi loin cette fois, je
borne mon enquête à la patrie de Villard.
Honnecourt' est un gros village caché dans un repli de collines
boisées; dans le fond, près de la rivière, subsiste le narthex de
l'église du prieuré de Cluny^ qui a été le premier noyau du
bourg. — Au pied du monument, on remarque une énorme cuve
baptismale en grès, probablement du xii" siècle ^ jetée à la voirie
et remplie d'immondices. C'est sans doute dans cette vasque que
Villard a reçu le baptême, mais nul à Honnecourt ne sait s'il a
existé et n'a cure d'un tel souvenir.
Grâce aux Bénédictins, grâce à un sol fertile et grâce surtout
à sa situation au bord de l'Escaut déjà aisément navigable, Hon-
necourt a toujours été prospère. L'Escaut fournissait avec Cam-
brai, Valenciennes, Tournai, Gand et Anvers une excellente voie
de communication, d'autant plus fréquentée au moyen âge que
les autres étaient plus défectueuses. Honnecourt était donc tout
le contraire d'un pays misérable et perdu.
Quelles étaient les traditions artistiques de cette contrée?
Comme dans toute région qui sert de passage, elles se compli-
\. Dép. du Nord, arr. de Cambrai.
2. Sur cet établissement monastique, voir le mémoire de M. l'abbé Bulteau
dans le Bulletin de la Commission historique du Nord, t. XVI, 1883, p. 1
à 111, et les 5 planches lithographiques qui l'illustrent.
3. Ses vastes dimensions ne permettent guère de la considérer comme plus
récente. Elle est en forme de tronc de cône, sans aucun ornement, et mesure I^IS
de diamètre extérieur, 0'^89 de diamètre intérieur, 0"°7-2 de haut. Sa simplicité
rappelle plusieurs cuves du xii'= siècle du diocèse de Noyon et d'Amiens (Ver-
mandovillers, Quesmy, Beaugies, Cambronne, Driencourt, Fransart). Ajoutons
cependant que, pour les dimensions, la cuve baptismale de Beaufort-en-San-
terre, qui n'est que du xiv° siècle, peut lui être comparée.
^0 VILLARD DE HONNECODRT
quaient d'influences diverses. L'école romane franco -picarde
s'était bien étendue jusqu'à notre frontière actuelle de Belgique*,
mais, aux environs de cette frontière, elle était fortement péné-
trée par les deux écoles voisines et autrement puissantes de
Normandie et d'Allemagne. On sait que ces écoles ont des points
de ressemblance : les tours-lanternes, les chapiteaux cubiques.
La raison de ces ressemblances est peut-être dans le contact des
deux écoles à travers la Picardie et l'Artois ^
L'influence normande se manifeste par des chapiteaux godron-
nés : en Picardie, à Airaines, à Hombleux et à la cathédrale de
Noyon^; en Boulonnais, à Saint- Wlmer-deBoulogne ; en Flandre,
à Sercus près Hazebrouck ; en Artois et en Cambrésis, à Lucheux,
Houdain et Vaucelles*. On lui doit l'ordonnance générale de
l'église de Lillers, avec son vaste triforium, ses colonnes montant
sous les fermes de la nef, sa façade cantonnée de tourelles et sa
tour centrale. L'ancienne cathédrale de Boulogne présentait un
type analogue, et le chevet carré de l'église de Nesle semble être
un plan normand.
L'influence germanique a pénétré aussi jusqu'à Noyon, jusqu'à
Doullens, comme en témoigne la galerie extérieure de l'église Saint-
Pierre ^ et jusqu'en Ponthieu, comme le montre le plan de l'abba-
tiale de Dommartin^ On lui doit aussi les colonnes à fûts octogones
1. C'est l'une des conclusions de la thèse que j'ai soutenue en 1889 à l'École
des chartes sur l'Architecture romane dans les anciens diocèses d'Atiiiens,
Arras et Thérouanne.
2. M. Anthyme Saint-Paul a soupçonné ce contact. Voir le g iv de son
deuxième article sur la Transition, dans la Revue de l'Art chrétien, n° de jan-
vier 1895. La supposition de l'auteur est parfaitement exacte.
3. Un de ces chapiteaux a été reproduit par M. Bouet dans le Bulletin monu-
mental, année 1868, p. 432 {Excursion à Noyon, Laon et Soissons).
4. Dans la salle capitulaire et dans le chaufloir; M. l'abbé Bulteau a cru que
celte particularité pourrait être due à l'influence de l'Anglais Raoul, premier
abbé installé en 1132. On peut ajouter que les baies de la salle capitulaire
rappellent beaucoup celles de Fountain Abbey, mais ni le chapitre ni le chauf-
foir ne datent de la fondation de l'abbaye : le premier est des dernières années
du xii" siècle; le second parait bâti en même temps, et ses voûtes datent de la
restauration de 1512-1526. Il faut observer que des bâtiments définitifs élevés
dès la fondalion d'un établissement monastique sont une exception très rare.
5. Voir la monographie de cette église par M. G. Durand dans les Mémoires
de la Société des antiquaires de Picardie, 1887.
6. Voir Enlart, Architecture romane et de transition dans la région picarde.
Amiens, 1895, gr. ia-4°.
ET LES CISTERCIENS. ^^
des églises de Nesle*, de Villers-Saint-Cristophe, de Honnecourt et
de Bohain. Ceux des portails de Honnecourt et de Nesle sont
ornés de cannelures torses ou brisées, comme à la cathédrale de
Tournai, et le portail de Bohain avait des sommiers ornés de
lions ; le transept des abbatiales de Saint-Lucien de Beauvais et
de Chaalis, des cathédrales de Cambrai, Noyon et Soissons, s'ar-
rondit en absides aux extrémités ; le double portail occidental de
Cambrai rappelait le portail sud de la cathédrale de Strasbourg,
et le bas des tours de la cathédrale de Noyon forme intérieurement
comme un second transept à l'ouest.
D'autres particularités peuvent être attribuées aussi bien à
l'influence rhénane qu'à l'influence normande, comme les tours-
lanternes de Fresnes, Villers-Saint-Cristophe et Voyennes
près Péronne ; les chapiteaux cubiques de Picquigny près
Amiens, Ham près Lillers, Chocques près Béthune. L'influence
germanique est surtout venue de Tournai- et par l'Escaut, dont
les barques apportaient en France les œuvres dont les sculpteurs
de cette ville fournissaient tout l'Artois et la Picardie^ : ce sont, à
l'époque romane, des fonts baptismaux'* et quelques tombes^; à
l'époque gothique, où toutes les paroisses sont pourvues de fonts
baptismaux, et jusqu'au xvif siècle, des pierres tombales *^. Dans
les endroits plus rapprochés de Tournai, on fait même venir des
1. Comparer la crypte de Nesle à celle de la cathédrale de Naumbourg.
2. Dans un très intéressant travail publié en 1893 dans la Revue de l'Art
chrétien, sur l'Architecture lombarde et ses rapports avec l'école de Tournai,
M. L. Cloquet s'est attaché à montrer le grand nombre de ces rapports, et ses
remarques sont parfaitement justes, mais tous les points de ressemblance qui
existent entre les édifices lombards et tournaisiens sont des caractères de
l'école germanique. M. Cloquet note, il est vrai, des dififérences entre celles-ci
et l'art tournaisien, mais ces différences sont dues à l'influence française qui
s'exerce jusqu'à Tournai.
3. C'est avec raison que Viollet-le-Duc attribue une grande influence aux
rivières navigables pour la propagation des styles d'architecture. On sait d'autre
part qu'à Saint-Benoît-sur-Loire la pierre est venue du Nivernais.
4. Par exemple, dans le Nord, Vieux-Berquin et Chéreng; dans le Pas-de-
Calais, Évin, Guarbecques, Saint- Venant et Vimy; dans la Somme, Montdidier
et la Neuville-sous-Corbie; dans l'Aisne, Lor et Vermand; dans l'Oise, Berlan-
court et Saint-Just.
5. Dans le Pas-de-Calais, à Gorre et à Saint-Josse-au-Bois ; dans la Somme,
à Nesle (deux exemples).
6. Nombreux exemples du xii" au xvi' siècle dans les musées d'Arras et Bou-
logne et dans les églises d'Artois et de Picardie.
-12 VILLARD DE HONNECOURT
chapiteaux, des colonnes, des voussures et des statues, soit tout
travaillés, soit seulement êpannelés et accompagnés d'artistes qui
les achèveront surplace; il est difficile de le savoir, mais, à coup
sûr, le style, comme la pierre, sont tournaisiens dans le porche
de Honnecourt ou dans le portail de Bohain*.
L'architecture gothique a pénétré de bonne heure dans la région
qui environne Cambrai ; du moins la cathédrale^ fut-elle commen-
cée dans ce style en même temps que s'élevaient celles d'Arras^
et de Noyon^ et un reste de la nef d'Hénin-Liétard^ témoigne
encore de la perfection et de l'élégance qu'atteignait le style
gothique de l'extrême-nord de la France au temps de Philippe-
Auguste.
Cependant, certaines formes archaïques persistent très long-
temps dans ces régions : telles sont les corniches à arcatures en
plein xiii« siècle à Notre-Dame de Cambrai, de Saint-Omer et de
Boulogne'^; les fenêtres en plein cintre et les voûtes sexpartites à
cette même époque à Hénin-Liétard et à Vaucelles. De grandes
églises, de 1200 à 1250, telles que les abbatiales de Ham (Somme)
et de Bourbourg ou les paroisses de Bray- sur-Somme et de Saint-
Nicolas de Boulogne, ont des chœurs sans déambulatoire. On fait
des voûtes d'ogives parfaitement bâties depuis 1145 environ dans
les diocèses de Noyon et de Cambrai, mais auparavant on s'y
désintéressait complètement des recherches qui se poursuivaient
en vue du perfectionnement des voûtes dans les diocèses voisins
de Soissons, Amiens et Arras. C'est que la région du nord n'a
1. On trouvera d'autres exemples de cette exportation dans l'étude de MM. le
baron de la Grange et Cloquet sur l'Art à Tournai (Tournai, Casterman,1889,
in-8*, 2 vol.) et dans les Notes sur les anciens ateliers de sculpture de Tournai,
par M. L. Cloquet {Bulletin de la Sociélé historique et littéraire de Tournai,
t. XXV, 1894).
2. Voir, sur cet édifice, Houdoy, Histoire artistique de la cathédrale de
Cambrai. Paris, 1880, gr. in-8°.
3. Voir Terninck, Arras, histoire de V architecture et des beaux-arts dans
cette ville. Arras, 1879, in-4'.
4. Voir Vitet, Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon. Paris, 1845,
in-4°, allas par D. Ramée, in-fol.
5. M. Dancoisne a consacré à cette église une notice accompagnée de planches
dans la Statistique monumentale du Pas-de-Calais.
6. Ces corniches à arcatures sont encore une particularité germanique; elles
ont persisté dans le style gothique rhénan et dans celui des parties de l'Italie
qui ont subi une influence allemande.
ET LES CISTERCIENS. <3
jamais tenu à voûter ses églises ; le diocèse de Noyon n'a rien
fait pour l'élaboration du style gothique; ses églises romanes
n'ont même pas de voûte sur les bas-côtés, non seulement durant
la première moitié du xif siècle (Estouilly, Fresnes, Matigny,
Offoy, Pargny, Tracy-le-Val, Vermandovillers, Voyennes), mais
encore dans la seconde (Rohain, Cambronne près Noyon, Car-
tigny, Dury, Falvy, Foucaucourt, Guiscard, Hombleux, Pont-
rÉvêque, Quesmy, Sancourt, Villeselve).
Lorsque la voûte d'ogives devient d'un usage courant, les
architectes picards ne l'appliquent souvent qu'au sanctuaire seul,
et cela même dans le diocèse d'Amiens où l'art gothique ne cesse
de progresser. Ainsi, en plein xiif siècle, Saint- Jacques et la Made-
leine de Tournai, Cerisy-Gailly, Saint- Nicolas de Boulogne
et même l'église de Picquigny, construite et sculptée avec luxe et
élégance, n'ont pas reçu de voûte sur la nef et ses collatéraux',
et ce type restera toujours le plus répandu en Picardie et en
Artois, comme le montrent, au xiv« siècle, l'église importante de
VertonS aux xv' et xvi% les trois quarts des églises rurales.
Une nef voûtée a été bâtie cependant vers 1200 à Flavy-le-Mar-
tel, mais elle est singulièrement gauche et lourde; suivant le sys-
tème germanique, ses colonnes trapues alternent avec de gros
piliers qui reçoivent les retombées des croisées d'ogives couvrant
deux travées. Les piliers sont doublés de contreforts saillant
dans des bas-côtés misérables qui n'ont jamais eu de voûte ^.
1. On peut citer aussi l'église de Beauval, décrite par M. G. Durand (Mém.
de la Société des antiquaires de Picardie, 1890). Ce type d'églises sans voûte
se rencontre du reste jusque sur les bords de l'Oise; ainsi, tout à côté de
l'église de Rhuis, qui présente une des plus anciennes croisées d'ogives cou-
nues, datant sans doute du début du xii' siècle, se trouve celle de Ponlpoint,
dont la nef, presque refaite sous Philippe- Auguste, se trouve entièrement
dépourvue de voûte.
2. Arroadissement de Montreuil- sur-Mer. La nef, d'un beau style, a des
colonnes à chapiteaux simplement. On peut lui comparer les nefs un peu plus
récentes de Souchez en Artois et Vismes non loin d'Amiens. L'église de Verton
a reçu, au xv° siècle seulement, des voûtes latérales. Ce monument rare est
en ce moment l'objet d'une refaçon radicale et barbare qui lui enlèvera en
grande partie son caractère.
3. Une autre église du xii' siècle, voûtée dans le vaisseau central seulement,
a été signalée par M. G. Join-Larabert dans sa remarquable thèse sur l'Archi-
tecture romane dans le diocèse de Meaux {Bibl. de l'École des chartes, 1894).
L'ordonnance de la nef de Flavy-le-Martel rappelle celle de Champigny-sur-
^4 VILLARD DE HO\NECOURT
Mais, à part quelques archaïsmes et quelques particularités
tudesques , le style gothique du nord est le même que celui de
l'Ile-de-France ou de la Champagne. La cathédrale d'Arras res-
semblait à Saint-Leu d'Esserent et à Notre-Dame de Mantes;
elle avait, comme Saint-Pierre de Doullens, des colonnes accou-
plées, rappelant celles de Sens ou de Saint- Jacques de Reims*.
C'est bien dans cette région que Villard de Honnecourt s'est
formé; son style et sa langue sentent le même terroir; ses figures
communes et contournées et leurs draperies à plis multiples ont un
style tudesque^. Sa Maison d'une horloge^ a une flèche canton-
née de gables comme un clocher rhénan ou champenois, et l'on y
remarque des baies trilobées dont les redents sont soutenus par des
colonnettes, disposition rare qui se retrouve au clocher et dans l'in-
térieur de l'église Saint-Jacques de Tournai^. Dans les monuments
auxquels Villard a travaillé, mêmes particularités germaniques :
la sacristie de Vaucelles a des culots cannelés tels qu'on en voit
à l'église de Houdain près Béthune et dans plusieurs édifices
allemands; à Saint-Quentin, la voûte du narthex, celle qui porte
le pavement inspiré du modèle dessiné en Hongrie, a des for-
merets dont les tores annelés rappellent un grand nombre de
voussures germaniques ^ Les autres dispositions appartiennent à
Marne. Voir A. Saint-Paul, Églises des environs de Paris {Bulletin monumen-
tal, 1868, p. 874).
1. Sur cette petite église trop peu connue, voir la notice de M. Jadart dans
le Répertoire archéologique, publié en 1887 par ['Académie de Reims.
2. Lassus écrivait avec raison (p. 225) : « Par rapport au style, Villard de
Honnecourt se rapproche davantage de l'école rhénane que de l'école de l'Ile-
de-France, moins nombreuse en ses plis et plus simple dans ses ajustements. »
3. « Li masons don orologe » (pi. XI). D'autre part, son Calvaire (pi. XIV)
ressemble à celui qui surmonte l'ostensoir de l'abbaye d'Herkenrode , daté
de 1286.
4. Voir Schayes, l'Architecture en Belgique, t. III, p. 57. En Bourgogne, on
trouve une disposition analogue dans les baies du chevet de la petite église de
Monéteau près Auxerre, mais l'église de Monéteau a subi une influence germa-
nique : les pignons de sa tour ont des fenêtres en forme d'entrée de serrure
tréflée, comme on en voit dans les églises des Saints-Apôtres à Cologne, de
Nuys, de Schwarzrheindorff, etc. La disposition des fenêtres de Saint-.Iacques
de Tournai et du chœur de Monéteau n'est autre chose qu'une vieille tradition
byzantine comme il en subsiste tant dans l'école germanique. La fenêtre accos-
tée de deux demi-fenêtres cintrées est un motif extrêmement commun dans les
églises byzantines, à Mistra par exemple.
5. PI. XXXII.
ET LES CISTERCIENS. 15
rile-de-France ou à la Champagne ; la triple chapelle du fond du
déambulatoire de Vaucelles est à rapprocher de celle de Saint-
Martin des Champs ' ; avec cette différence toutefois que le lobe
central est remplacé par un carré. Il y a là un compromis entre
deux dispositions propres à l'Ile-de-France : soit une abside pour-
vue d'une niche rectangulaire saillante au dehors^ comme à
Berzy-le-Sec^, Nouvion-le-Vineux^ le Mont-Notre-Dame
(détruite 5), Notre-Dame-des-Vignes (ruinée) et Saint-Pierre-à-
l'Assaut (détruite), à Soissons^ ou bien, comme à Notre-Dame
d'Etampes" et à Etrechy près Etampes^, un sanctuaire rectangu-
laire accosté d'absides. Quant aux deux autres chapelles du déam-
bulatoire de Vaucelles, avec leurs absidioles parallèles à l'axe de
l'église, eUes imitent manifestement celles du déambulatoire de
Poissy^. A Saint-Quentin, M. Bénard a montré la reproduction
d'une de ces chapelles et surtout du chœur de la cathédrale de
Reims ; il faut ajouter que la disposition du déambulatoire repro-
duit celle de Saint-Rémy de Reims et de Notre-Dame de Châlons-
sur-Marne.
1. Voir le plan dans Viollet-Ie-Duc, Architecture, t. I, art. abside, et la
monographie par M. E. Lefèvre-Pontalis, dans la Bibliothèque de l'École des
chartes, t. XL VII, 1886.
2. M. Anthyme Saint-Paul a signalé cette particularité de plan dans son article
sur l'École picarde (Bulletin monumental, 1869, p. 734).
3. Voir Fleury, Antiquités et monuments du département de l'Aisne. Paris,
1877-1882, in-4% t. III, p. 135, fig. 482.
4. Publié par Taylor et Nodier, Voyage pittoresque, Picardie.
5. Saint Pierre à l'Assaut ou à la Chaux a été reproduit par Fleury d'après
une ancienne gravure (ouvr. cité, t. II, p. 265 et fig. 336).
6. Voir la reproduction d'une aquarelle du xviii" siècle figurant le chœur de
cette abbatiale ruinée, dans sa monographie par M. Givelet (Limé, 1893, in-8°,
pi. VI).
7. Voir la belle monographie de cette église par M. A. Saint-Paul {Gazette
archéologique, 1884).
8. On trouvera le plan de cette église dans l'étude de M. A. Saint-Paul sur
les Églises des environs de Paris (Bulletin monumental, 1869, p. 718).
9. L'influence du plan de Poissy, reconnue dans la cathédrale de Sens par
M. A. Saint-Paul, lui suggère une ingénieuse et séduisante théorie exposée
d'abord dans un remarquable article : Poissy et Morienval (Mémoires de la
Société archéologique du Vexin, 1894), puis développée dans la belle étude
intitulée la Transition (2" art.; Revue de l'Art chrétien, janv. 1895). Le savant
archéologue propose de distinguer dans la transition un double courant : l'un,
bien connu, formé dans la vallée de l'Oise et aboutissant à Morienval ; l'autre,
d'origine normande, aboutissant à Sens par Poissy. Il est certain que la Nor-
^6 VILLARD DE HONIVECOCRT
Cependant, Villard se distingue de ses compatriotes et de ses
contemporains par deux particularités qui, d'accord avec d'autres
renseignements, permettent de préciser dans quel atelier du nord
il s'est formé. Ces particularités consistent dans l'archaïsme de
sa première manière, qui est extraordinaire même pour la région
(voir son plan composé en collaboration avec Pierre deCorbie'
et les réflexions qu'il a suggérées à Lassus), et, en second lieu,
dans son goût pour les chapelles de déambulatoires tracées sur le
plan carré : celles-ci ne sont pas une mode française, allemande
ou picarde, mais plutôt bourguignonne^.
Or, on a cru que les maîtres de Villard étaient les moines clu-
nistes de Honnecourt. L'hypothèse n'a rien d'invraisemblable;
on pourrait même ajouter à l'appui que les moines de Cluny et
autres Bénédictins ont parfois importé dans le nord de la France
des détails d'architecture bourguignonne^. D'autre part, Pierre
de Corbie, le collaborateur de Villard, était né lui aussi auprès
d'une abbaye bénédictine qui a pu lui donner l'instruction,
même architecturale. Cependant, il faut remarquer que, tandis
que l'on construisait à Corbie au xm*' siècle^ à Honnecourt on
nianclie a étudié et adopté de bonne heure la voûte d'ogives, et cela pour la
même raison que l'Ile-de-France, parce que les architectes de ces deux provinces
n'avaient pas su tirer un parti suffisant des voûtes romanes. D'autre part, la
division paire des voûtes d'absides ou d'absidioles, qui caractérise pour M. Saint-
Paul la famille d'édifices à laquelle appartient Saint-Denis (Saint-Maclou et
Saint-Martin de Pontoise, Saint-Martin-des-Champs, Saint-Germain-des-Prés,
Sainl-Leu d'Esserent), se trouve aussi de bonne heure en Normandie (église de
Crépon, chapelle du Petit-Quevilly). Ce système, usité aussi en Espagne (Saint-
Martin de Palencia, xiii" siècle ; cathédrale de Pampelune, xv° siècle), pourrait
aussi être d'origine picarde, car les murs de chevet des églises romanes de
Voyennes et Cizancourt près Péronne sont percés de deux fenêtres. Quoi qu'il
en soit, Villard de Honnecourt a puisé à la fois aux deux sources que dislingue
M. A. Saint-Paul, car d'un côté il imite à Vaucelles le plan de Poissy, de l'autre
il divise en deux quartiers les voûtes d'absidioles dans le plan qu'il composa
avec Pierre de Corbie.
1. PI. XXVIII.
2. Voir mes Origines françaises de l'architecture gothique en Italie (Paris,
Thorin, 1894, in-8"); ch. vi, g III : Chœurs et chapelles.
3. Par exemple, les chapelles carrées du transept de Saint-Étienne de Corbie
et de l'église d'Athies, prieuré de Cluny. Cette dernière a de plus des culots
en forme de cône renversé, dont le type est bien bourguignon (voir dans mon
ouvrage cité à la note précédente le g XVII du ch. vi).
4. De très beaux chapiteaux de la fin du xiii" siècle servent de fonts baptis-
maux à l'église actuelle de Corbie.
ET LES CISTERCIENS. ^7
avait cessé de bâtir. Villard pouvait y admirer une riche archi-
tecture romane ; un portail à voussure ornée des vingt-quatre
vieillards de l'Apocalypse; des chapiteaux variés, dont l'un repré-
sente un de ces combats de coqs qui sont encore le plaisir favori
des gens de Tournai et de Cambrai; de riches arcatures exté-
rieures abritant les figures en haut relief du Dieu de Majesté, de
saint Pierre, de saint Paul et des quatre Evangélistes , avec
têtes symboliques d'animaux, puis bien d'autres œuvres d'art
sans doute dont le temps a fait justice. Les moines purent
apprendre au futur artiste le latin et même le dessin ; quant à lui
fournir sur un chantier l'éducation technique, ils ne le pouvaient
pas, ruinés qu'ils étaient par la concurrence de l'immense et
puissante abbaye cistercienne de Vaucelles, qui achevait de s'éle-
ver à six kilomètres de Honnecourt, sur l'autre rive de l'Escaut'.
1. L'abbaye de Vaucelles fut fondée en 1131 par Hugues d'Oisy, seigneur de
Crèvecœur. En 1132, saint Bernard y installa des moines de Clairvaux. Alleaurae,
cinquième abbé (1167 à 1182), fit bâtir le chauifoir, le réfectoire et le dortoir;
sans doute aussi le chapitre et les parloirs; son successeur Godescalque fonda
l'église en 1190; Robert de Saint-Venant, onzième abbé, l'acheva; les moines en
prirent possession en 1216; en 1235, l'archevêque de Reims, Henri de Dreux,
en fit la consécration, assisté des évêques d'Arras et de Cambrai. Ce même abbé
bâtit la grange et le dortoir des convers. Le cloître fut élevé par Guillaume,
treizième abbé, élu en 1251. 11 subsiste, du xiii" siècle, à Vaucelles les fonda-
tions d'une partie du chœur de l'église, un chapiteau de la nef (semblable à
ceux de Villers), un reste du transept, une salle de trésor, un parloir et les
baies de la porte d'entrée de l'abbaye; de la fin du xii' siècle : le chaufifoir,
un parloir avec le curieux escalier du dortoir et la salle capilulaire; enfin, une
crypte postérieure sous le chaufloir. Une petite porte remonte au xiv" siècle ;
on a du xvi^ siècle les voûtes du chautToir et plusieurs tombes d'abbés ;
de 1630, la poterie et diverses dépendances; du xvii" siècle, diverses tombes;
du xviii' siècle, le logis abbatial. Le célèbre camée du roi Lothaire était conservé
à Vaucelles. — On peut consulter, sur cette abbaye : Martène et Durand, Voyage
littéraire, 2' partie, p. 257, et Jongelinus, Notiiiœ abbatiarum cisterciensium,
Belgium, p. 5, dans les Mémoires de la Sociélé d'émulation de Cambrai,
t. XVI, p. 58; Promenade dans le Cambrésis, par M. Fidèle Delcroix, t. XX,
p. 311; Notice sur l'ancienne ville de Crèvecœur, par M. Ad. Bruyelle, t. XXVI,
p. 52 ; Dictionnaire topographique de l'arrondissement de Cambrai, par le
même, 1" partie, p. 101 ; Excursion photographique à Vaucelles et à Honne-
court, par M. Durieux, t. XXVIII; Substructions de la seconde église de Vau-
celles, par M. A. Wilbert, t. XXX; Description de l'atlas des plans de Vaucelles,
dressé en [727 par Vignion, par M. Roth, t. XL VIII, p. 59; Promenades his-
toriques sur les bords de l'Escaut, par M. A. de Cardevacque, dans les publi-
cations de la Commission historique du Nord; l'Art à Cambrai, par Mgr De-
haisnes, t. III, p. 303 (1886), et Étude historique et archéologique sur les
4895 2
4 8 VILLARD DE HONNECOURT
Les vastes chantiers de Vaucelles n 'étaient-ils pas l'école où
Villard dut nécessairement trouver les premiers enseignements
de son art? Il semble difficile d'en douter, tant cette supposition
est naturelle. Il y a plus, cet archaïsme, ces chapelles bourgui-
gnonnes^ et, non loin du plan même de Vaucelles, cette compo-
sition d'un chevet qui semble en être le développement, puis
encore ce projet d'église pour l'ordre de CîteauxS tout cela ne
décèle-t-il pas un collaborateur et même un élève des Cisterciens?
Une autre considération vient fortifier cette opinion : quand,
après s'être fait connaître, probablement à Vaucelles, et peut-
être aussi après avoir été employé à la cathédrale de Cambrai^,
Villard fut appelé en Hongrie, comment et par qui fut-il mandé?
On a bien expliqué jusqu'à un certain point ce fait par la dévo-
tion de sainte Elisabeth pour Notre-Dame de Cambrai et par
celle qu'eurent à leur tour les Cambrésiens à sainte Elisabeth,
mais il restait à chercher par quels intermédiaires s'étaient nouées
des relations aussi lointaines.
Ces intermédiaires, c'étaient probablement les principaux
agents des multiples correspondances internationales du moyen
âge, ces moines cisterciens qui de France, où ils centrafisaient
leur puissante activité, ne cessaient de rayonner jusqu'aux confins
de la chrétienté. Et, dans le cas présent, ce durent être les moines
de Vaucelles. Quoi qu'il en soit pour sainte Elisabeth , le fait
paraît plus que probable pour Villard de Honnecourt ; en voici la
raison : la période du séjour de cet artiste en Hongrie est préci-
sément celle durant laquelle les Cisterciens fondèrent ou cons-
truisirent diverses abbayes dans ce royaume. Selon Jongelinus^
abbayes d' Honnecourt et de Vaucelles, par M. l'abbé Bulteau [Bulletin, t. XVI,
1883, p. 1 à 111).
1. J'ai développé au ch. vi du livre déjà cité des considérations sur le carac-
tère archaïque et bourguignon de l'architecture cistercienne. On y trouvera
aussi (ch. i, g 3, et ch. m) des preuves de la grande intluence architecturale des
Cisterciens qui, en Italie, mais ailleurs aussi, furent les moines architectes par
excellence.
2. PI. XXII, X.XVII, X.XVIII.
3. Lassus a écrit à propos de Notre-Dame de Cambrai une phrase qu'il sem-
blerait plus à propos d'appliquer à l'église de Saint-Quentin, mais qui n'en
reste pas moins juste : « Pour être chargé d'une œuvre aussi importante...,
Villard de Honnecourt devait être un artiste déjà considérable et connu par des
travaux antérieurs. » Il ajoute avec moins de raison : « Ces travaux, quels
sont-ils? Son Album ne donne aucun renseignement à cet égard. »
4. Ouvrage cité.
ET LES CISTERCIEIHS. \9
l'abbaye d'Ègres fut fondée en 1200 ; Heiligenkreuz fondée en 1201
et bâtie en 1244, l'année même où, selon Quicherat et Lassus,
Villard serait arrivé en Hongrie ; l'abbaye de Pétri fut fondée en
1202, Schaunik en 1216, Zam ou Nam en 1219, S. Maria de
Scepusio en 1222, Beel en 1232, Vallis honesta la même année,
Bernaw en 1255, Kiers en 1239, Erchi en 1260. On sait que le
plus souvent la fondation d'un établissement monastique précède
de quelques années sa construction définitive ; or, les dates de 1235
à 1250, qui semblent devoir être assignées au séjour de Villard
en Hongrie*, correspondent à la construction probable de dix
abbayes cisterciennes dans ce royaume 2.
Or, d'où venaient les Cisterciens de Hongrie? Très probable-
ment en partie de Vaucelles : les abbayes de Topolszka (1208),
Boccon {1182), Lucentia (1198), Abram (1270) et d'autres encore
appartiennent à la filiation de Clairvaux, comme Vaucelles, mais
Jongelinus ne connaît pas leurs maisons mères. 11 ignore même
la filiation de quelques autres. Heureusement, il est avéré d'autre
part que celle d'Ègres, fondée en 1200, fit venir son premier abbé
de Cercamp en Artois, abbaye toute proche de Vaucelles 3.
Beaucoup d'architectes français du xif et du xiii* siècle ont
été mandés à l'étranger par des évêques, notamment en Espagne,
où la plupart de ces prélats appartenaient à l'ordre de Cluny ; en
Suède, où le premier archevêque d'Upsal, ancien écolier de Sor-
bonne, avait pu connaître Etienne de Bonneuil à Paris ; en Dane-
mark enfin, où l'archevêque Absalon fonda en même temps l'ab-
baye cistercienne de Soro et la cathédrale de Roskilde, qui
1. D'après Quicherat, ce serait 1244 à 1250, période d'interruption des tra-
vaux de la cathédrale de Cambrai qu'il attribue à Villard. Que l'on adopte l'une
ou l'autre de ces dates, l'hypothèse que j'émets subsiste entière.
2. 11 semble que l'on n'ait rien publié sur ce qui subsiste de ces monuments,
mais l'église de Zsambek, fondée en 1558 par les Prémontrés français, a été
relevée et publiée par le professeur Myskovsky, architecte, dans son album des
Monuments d'art du moyen âge et de la Renaissance en Hongrie (Vienne, Ad.
Lehmann, s. d., in-fol.). C'est un bel édifice où le style gothique du nord de la
France se mêle au roman germanique. Les autres monuments publiés par le
même auteur sont généralement plus récents, bien que souvent il les attribue
à tort au xiii* siècle.
3. Hugues II, abbé de Cercamp de 1189 à 1203, fut envoyé alors en Hongrie
par l'abbé de Pontigny à la demande du roi Bêla {Gallia christiana, t. X,
col. 1338). Sur l'Histoire de Cercamp, voir A. de Cardevacque. Arras, Sueur-
Charruey, 1878, in-8».
20 VILLARD DE HONNECOURT ET LES CISTERCIENS.
ressemble à celles d'Arras, Noyon et Cambrai et qui ne peut être
que l'œuvre d'un Français du nord, et en 1344 encore Mathias
d'Arras commença la cathédrale de Prague en Bohême. Rien n'em-
pêche absolument que Villard ait travaillé de même pour les
évêquesde Hongrie, mais, en ce cas, qui avait pu le recommander
à leur bienveillance mieux que les moines qui l'avaient employé
et qui étaient venus de son pays en Hongrie? Il est beaucoup plus
probable, et je considère comme moralement certain, que c'est par
ces moines mêmes et pour leur service que fut appelé ou emmené
un architecte qui possédait et leurs traditions et leur confiance.
G. Enlart.
LETTRES INEDITES ET MEMOIRES
DE
MARINO SANUDO L'ANCIEN
(1334-1337).
Au mois de mai 1893, l'un de nous trouvait chez un libraire
de Rome, Silvio Bocca, deux feuillets de parchemin découverts
dans la reliure d'un incunable*. Cinq lettres ou fragments de
lettres et quatre mémoires y étaient transcrits. Aucun document
n'était daté. L'écriture était de la première moitié du xiv^ siècle.
Dans deux de ces lettres ^ l'auteur se nommait : « Marins
Sanudo, dis Tourxelle, de la cité de Venise, » Marino Sanudo l'An-
cien, le plus grand géographe du xiv^ siècle, l'infatigable promoteur
de nouvelles croisades. Dans les autres pièces, on reconnaissait
soit les correspondants habituels de Marino Sanudo, soit ses idées,
soit la suite d'événements contemporains dont il parlait dans des
lettres antérieures^. Tous ces actes étaient donc l'œuvre du grand
géographe vénitien.
Lettres et mémoires, tous inédits, touchent aux problèmes les
plus intéressants de l'histoire du xiv^ siècle :
Croisade contre les Turcs ;
Rapports des Tartares avec les papes ;
Schisme de Louis de Bavière ;
1. Ces deux fragments sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, Nouv.
acq. fr. 5842, fol. 2 et 3.
2. Cf. infra, n° Il et n" IX.
3. Voyez ces lettres, publiées par Fr. Kunstmann, Studien ilber Marino
Sanudo den ulteren, dans les Ahhandlungen der historischen Classe der Kônig-
lich Bayerischen Akademie der Wissenschaften, t. VII, 1" partie, p. 774-816.
22 LETTRES INEDITES ET MEMOIRES
Rapports littéraires, artistiques et commerciaux de Venise avec
la Flandre.
Une partie de ces documents ont trait à la croisade contre les
Turcs ou mieux à la guerre de Romanie. Pour en comprendre
l'importance, il est nécessaire de les replacer dans leur cadre, au
milieu des événements qu'ils relatent et à la suite des lettres déjà
connues de Marino Sanudo.
Philippe VI, faisant siens les projets de son prédécesseur
Charles IV le Bel, avait entrepris une nouvelle croisade en Terre-
Sainte. Comme l'avait fait son père Charles de Valois pour la
conquête de Constantinople, il s'adressa aux Vénitiens. Il les
pria de lui envoyer de « bonnes personnes et convenables, qui
par certaine expérience sachent les choses appartenant au prou-
ât dudit saint veage » et en particulier les prix de nolis des vais-
seaux, les conditions du ravitaillement de la flotte (Châteauneuf-
sur-Loire, 18 novembre 1331)*. La Seigneurie reçut les lettres
royales le 17 décembre^; elle ne répondit que le 11 mai 1332.
Les Turcs menaçaient alors, avec une flotte de cent vingt lins^, les
colonies vénitiennes, pillaient Négrepont et la Romanie, pen-
dant que les Tartares refoulaient les Grecs. Le doge, tout en
accréditant ses ambassadeurs, Jean Bellegno, Biaise Geno, Marin
Mauroceno, auprès de Philippe VI, le suppliait d'envoyer vingt
ou trente galères de guerre dans l'Archipel et la mer Noire pour
intercepter les convois maritimes des Infidèles'*.
Sur ces entrefaites, Marino Sanudo, qui résidait à Naples auprès
du roi de Sicile, arrivait à Venise. A peine fut-il mis au courant
de la question qu'il se hâta d'écrire au roi de France (Venise,
27 avril 1332)^. Il rappelait les relations d'amitié qu'il avait eues
avec Charles IV le Bel, les conseils qu'il avait prodigués à l'oc-
casion de la croisade avortée de 1324, et, arguant de ses services
passés, il traçait le plan de campagne à suivre. .< Envoyez, disait-il
au roi de France, envoyez votre armée en Egypte, prenez Alexan-
drie, pendant que votre escadre, forte de dix ou quinze grosses
1. L. de Mas-Latrie, Commerce et expédition de la France et de Venise au
moyen âge, dans la Collection des documents inédits, Mélanges historiques,
nouvelle série, t. III, p. 97-101.
2. Ibid.
3. Le lin était un bâtiment à rames plus petit que la galiote.
4. Ibid. On appelait Romanie l'empire d'Orient.
5. Fr. Kunstmann, ouvr. cité, p. 791-798.
DE MARINO SANUDO l'aNCIEN. 23
galères, croisera sur la côte ; mais songez aussi aux Turcs qui
pillent Négrepont... et les colonies vénitiennes. » Cette lettre
devait être suivie de plusieurs autres ^
Philippe VI suivit aveuglément les prescriptions de Sanudo.
Une fois de plus, la diplomatie vénitienne détournait les
Français de Jérusalem et les jetait sur la route de Byzance.
Pourtant Philippe de Valois savait, par la triste expérience de
son père, ce que coûtait la coopération de la République^! Par
ordre du roi^ une escadre française fut donc détachée delà flotte
préparée pour la Terre-Sainte et se tint en partance pour la Roma-
nie (1334). Forte de quatre galères, elle devait être renforcée
par quatre galères du pape, dix galères de Venise, dix de l'Ordre
des Hospitaliers, six du roi de Chypre et peut-être six de l'empe-
reur de Constantinople. La flotte devait croiser contre les Turcs
pendant cinq mois selon la convention d'Avignon (8 mars 1334)^
pendant six mois, de mai à octobre, selon la requête de Venise ^
Jean de Chepoy, chevalier du Beauvaisis, qui avait déjà fait la
campagne de Romanie sous les ordres de son père, Thibault de
Chepoy (1306-1310)^, reçut le commandement de l'escadre fran-
çaise (7 avril 1334)^ et de l'escadre pontificale (19 mai 1334)^
Ses instructions datent du 30 mai; ses bâtiments devaient
avoir leur solde à Naples^. Le rendez-vous général de la flotte
était fixé au mois de mai dans un port de Négrepont, l'ancienne
Eubée.
Jusqu'ici les historiens ont fait les récits les plus contradictoires
de cette expédition navale qui marque un recul de l'invasion
1. Lettres de Marino Sanudo au roi de France de décembre 1333, du 1" juil-
let, de septembre et du 13 octobre 1334. Cf. Kunstmann, p. 799-808.
2. M. L. de Mas-Latrie, ouvr. cité, p. 26 et suiv.
3. Lettre de Philippe VI au doge de Venise, Poissy, 3 novembre 1333, publiée
par M. L. de Mas-Latrie, ouvr. cité, p. 101.
4. M. L. de Mas-Latrie, ouvr. cité, p. 104.
5. Ibid., p. 109.
6. « A Monsieur Jehan de Cepoy, filz dudit Messire Thibaut, quant il s'en
ala après son père en Rommenie, vi<^ 1. t. » Collection Baluze, vol. 394,
pièce 696 : Mises et despens pour le volage de Constantinople [1306-1310]. —
Chepoix, Oise, arr. de Beauvais, cant. de Breteuil.
7. P. Anselme, Hist. généalog., II, 901.
8. Raynaldi, Annales ecclesiastici , ann. 1334, n. X. — Reg. vatic. 117,
fol. 302 v°, à VAi'chivio secreto du Vatican.
9. Reg. vatic. 117, fol. 303 v».
24 LETTRES INe'dITES ET MEMOIRES
musulmane. Les uns donnent pour théâtre de la campagne le
PéIoponèse\ les autres la Propontide ou mer de Marmara^
Une lettre déjà publiée de Marino Sanudo nous montrait quelle
était la position des deux flottes ennemies au début de l'été. Les
Turcs avaient armé deux cents barques dans le golfe de Démétrias
en Thessalie et les avaient placées sous le commandement du
Turc « Jarsi. » Au sud du golfe veillaient huit galères de Venise,
exactes au rendez-vous et ancrées dans le port de Négrepont.
Pierre Zeno, qui s'intitulait capitaine des coalisés, « capitaneus
unionis, » les commandait. Il avait détaché ses deux autres
galères en Crète pour y acheter des vivres. Quatre galères du roi
de Chypre étaient en chemin. Les escadres du roi de France, du
pape et des Hospitaliers se ravitaillaient à Rhodes; elles se dis-
posaient à gagner l'île de Salamine dans le golfe d'Athènes.
Réunis, les chrétiens comptaient écraser les Turcs à leur sortie
du golfe de Démétrias ; il était à craindre toutefois que les Infi-
dèles attendissent le départ de la flotte chrétienne pour quitter
leur ancrage^.
Puis, nous ignorions la suite des événements. Une des lettres
inédites que nous publions, le n° III, comble cette importante
lacune.
I. Lettre de Marino Sanudo [à un Français, après le
20 décembre 1334]. «... che il vous. »
La mention du « pape novel » prouve que Marino Sanudo
écrivait après la mort de Jean XXII (-]- 4 décembre 1334) et après
l'élection de Benoît XII (20 décembre 1334). De ces termes mêmes
de « pape novel, » on peut conclure que la lettre est de peu pos-
térieure au 20 décembre 1334.
Le correspondant du Vénitien était Français ou du moins en
France, où se trouvait en ce moment le personnage recommandé
dans la lettre, Jachino di Cremona^. L'absence de toute formule
d'urbanité nous permet de penser que le destinataire était de
petite condition.
1. p. Anselme, Hist. généalog., II, 901.
2. Guglielraotti, Storia délia marina pontificia, I, 300.
3. Lettre de Marino Sanudo a Louis, duc de Bourbon; Venise, 22 octobre
1334. Cf. Kunslmann, ouvr. cité, p. 809-813.
4. M. Sanudo recommande à Louis, duc de Bourbon, « Jachinum de Creniona,
par quem Iransmisi lilteras primo ad curiam romanam Avinioncm, secundo
christianissimo régi Francorum ac reverendo domino patriarchse Jerosolymi-
tano et quampluribus. » (Kunstmann, ouvr. cité, p. 809-813.)
DE MARINO SANTDO l'aNCIEN. 25
IL Lettre de Marino Sanudo à Jehan Musaut [même
date].
Le destinataire, Jean Musaut, et le porteur de cette lettre, « Wil-
laume de Bellais en Borbonois, » étaient des familiers du duc
Louis ?■■ de Bourbon. Sanudo avait dû connaître le premier lors
de son séjour en France (1323); quant au second, c'est évidem-
ment un émissaire dépêché à Venise par le duc pour s'aboucher
avec Marino.
III. Lettre de Marino Sanudo [au roi de Chypre Hu-
gues IV, postérieure au 22 octobre 1334].
Voici donc la suite de la campagne maritime de 1334. Les
escadres chrétiennes s'étaient rejointes et formaient deux divisions :
les quatorze galères vénitiennes et chypriotes sous le capitaine
général Pierre Zeno; les dix-huit galères françaises, papales et
hospitalières sous le capitaine général Jean de Chepoy. La saison
était avancée quand « Jarsi Turchus » se décida à quitter le golfe
de Démétrias. La flotte turque s'enfuit vers l'Hellespont; pour-
suivie par la flotte chrétienne, elle fut rejetée sur la côte d'Asie.
Dans sa retraite précipitée, elle perdit une foule de bâtiments :
huit lins d'abord, quinze autres le jour de la Nativité (8 sep-
tembre), neuf lins trois jours après.
Enfin une bataille décisive, livrée le mercredi 14 septembre,
amena la destruction de cinquante lins turcs. Un grave histo-
rien* affirme que les galères chrétiennes s'étaient formées en
bataille sur deux files, poupe contre poupe, la proue en dehors,
l'éperon tourné vers l'ennemi, les flancs attachés par des chaînes ;
véritable forteresse invulnérable de tous côtés. Le samedi 17 sep-
tembre, les Turcs se trouvaient acculés dans le golfe de Smjrne.
Les croisés débarquèrent, écrasèrent plusieurs détachements enne-
mis et brûlèrent plusieurs châteaux forts. Les Turcs avaient perdu
5,000 hommes, 250 navires. L'escadre franco-papale, qui n'était
armée que pour cinq mois, cessa la poursuite de l'ennemi et ren-
tra en France. Une seule escadre garda la mer, de concert avec
les galères vénitiennes.
C'est précisément au prince qui entretenait cette escadre que
l. R. p. Guglielmotti, Storia délia marina pontificia, I, 302. — M. Dela-
ville Le Roulx semble ignorer le résultat de cette expédition , une des plus
honorables pourtant et des plus fructueuses pour la chrétienté (cf. la France
en Orient au XIV^ siècle, p. 100).
26 LETTBES IXÉDITES ET MEMOIRES
Sanudo écrit, Sanudo l'appelle « sires..., vostre segnorie. » Les
princes coalisés étaient le pape, le roi de France, le doge, le
grand maître de l'Hôpital, le roi de Chypre. La mention à la
troisième personne de « Nostre S. pères li papes, » de « li rois
de France, » de « li maistres de l'Ospital, » des Vénitiens ne laisse
aucun doute sur le nom du destinataire, qui est le roi de Chypre
Hugues IV.
IV. Notes sur les débuts du pontificat de Benoît XII
[écrites dans les premiers mois de l'année 1335].
Ce mémoire est remarquablement bien informé sur les débuts du
pape Benoît XII, et il suffit de le collationner avec un texte latin
fourni par les Annales ecclesiastici de Raynaldi^ pour restituer
au moins le sens des mots atteints par le couteau du relieur. Elu
pape le 20 décembre 1334, Benoît XII était effectivement issu
d'une famille obscure « homo de picola [casa]. »
Dès le 21 décembre, il tint un consistoire : « ... de decembrio
miser lo papa fese consistorio, » et il y ordonna la réparation des
églises de Rome : « a comesso... a I altro gardenal che li debia
[far la reparazione dele] gliesie de S. Piero et de San Polo et de
[S. Giovanni in Latjeran e de le altre gliesie de Roma. » Il vou-
lait la paix de l'Eglise, « [la fine?] de le guerre de la gliesa. »
Enfin il songeait à gagner Rome, ce qui répondait aux vœux des
Italiens.
Des renseignements aussi précis ne peuvent émaner que d'un
témoin oculaire. Or, Marino Sanudo, loin d'assister aux conseils
de la cour d'Avignon, se trouvait encore à Venise le 31 décembre
1334^ Mais il avait un correspondant attitré auprès du pape, sur
les marches mêmes du trône pontifical : le doyen du sacré-collège,
le Français Bertrand du Poujet, cardinal-évêque d'Ostie (de 1327
à 1351p.
Il est possible que notre fragment, s'il n'est pas simplement
traduit en vénitien d'un avviso romain, ait été emprunté par
Sanudo à une lettre du cardinal ; ce n'est cependant là qu'une
hypothèse.
V. Suit un autre fragment, intitulé : Flagellum humani gene-
[. Année 1334, n" XLVI, t. VI, p. 21, col. 1.
2. Kunstraann, ouvr. cité, p. 813-814.
3. Lettre de M. Sanudo à Bertrand, cardinal-évéque d'Ostie, Venise, 10 avril
1330, dans Kunstroann, ouvr. cité, p. 774-775. —Le Pouget est dans le dépar-
tement du Lot.
DE MABINO SANUDO l' ANCIEN. 27
ris, et relatif à une nouvelle hérésie apparue en Orient, peut-être
en Chine. Il semble extrait d'une lettre adressée à un prélat par
un missionnaire.
VI. Le texte suivant raconte l'arrestation, à Narbonne, d'un
hérétique qui se faisait appeler Jésus-Christ et étonnait ses audi-
teurs par la connaissance qu'il avait des livres saints.
VIL Lettre de Marino Sanudo à [Paulin], évêque de
Pouzzoles [Venise, premiers mois de 1335].
L'évêque de Pouzzoles, de 1324 à 1344, n'est point un inconnu.
C'était un compatriote de Sanudo, le Franciscain Paulin de
Venise, un des hommes les plus savants du xiv^ siècle et l'au-
teur d'une Histoire générale^. Plus d'un lien, comme on le
voit, unissait l'un à l'autre l'évêque et le géographe.
On avait alors les regards tournés vers l'Orient : de la cour des
papes et du palais des doges, on suivait anxieusement les progrès
des Tartares, Se jetteraient-ils sur les Grecs, comme c'était
à craindre 2? ou pourrait -on les détourner contre les Turcs?
Jean XXII s'était fait renseigner fort exactement sur leurs res-
sources. Nous possédons encore un traité « De V estât et de la
gouvernance du grant Kaan de Cathay, souverain empe-
reur des Tartares, et de la disposition de son empire et des
autres princes, interprété par un arcevesque que on dist l'arce-
vesque Saltensis, au commant du pappe Jehan XXII, trans-
laté de latin en français par frère Jehan le Lonc d'Ypre, moine
de Saint-Bertin en Saint-Omer^. ■» « Le grant Kaan est très puis-
sans, » disait cet archevêque Saltensis ou de Sultaniehen Perse,
Guillaume d'Adam (1''^ juin 1326-26 octobre 1334)^ ou Jean de
Coré^ : « à Ij sont subjet. . . espécialement trois grans empereurs :
c'est assavoir, l'empereur de Cambalech, l'empereur de Boussay
1. Fabricius, Bibliotheca latina, t. V, p. 196.
2. Cf. la réponse des Vénitiens à Philippe VI de Valois (11 mai 1332), dans
l'ouvrage de M. de Mas-Latrie, Commerce et expédition de la France et de
Venise au moyen âge {Documents inédits, Mélanges historiques, III, 98).
Cf. aussi Sanudo, dans Kunstmann, ouvr. cité, 779 : « Possent transire Tarlari,
qui cum regno confinant Ungariae, et in Aleraanniara et Franciam ire, ac etiam
in Italiarn, et totam dorainio suo submittere. »
3. L. de Backer, l'Extrême-Orient au moyen âge, p. 335-346.
4. Delaville Le Roulx, la France en Orient au XIV^ siècle, p. 62.
5. L'auteur du mémoire serait Jean de Core, qui aurait été nommé arche-
vêque de Sultanieh dès 1328, selon L. de Backer, ouvr. cité, p. 24.
28 LETTRES INEDITES ET MÉMOIRES
et l'empereur de Usboch^ » Par ordre de Jean XXII encore, le
P. Jourdain Cathala de Séverac, premier évêque de Quilon aux
Indes orientales (1306-1336) , qui se trouvait à Avignon le
13 mars 1330*, rédigeait ses Mirabilia Indiae^. Les Tartares
n'y étaient point oubliés. Ces ouvrages littéraires n'étaient que le
prélude de négociations diplomatiques.
Le pape s'efforçait de fléchir les trois empereurs tartares de
Chine, de Perse et du Kiptchak riverain de la mer Noire en les
prédisposant en faveur des chrétiens.
On comprend dès lors quelle importance avait l'ambassade de
ces deux Jacobins, « fratres Jacobini, » venant de Tartarie, que
signale Marino Sanudo dans sa lettre à l' évêque de Pouzzoles.
Les Tartares répondaient aux souhaits de la papauté et se met-
taient en rapport avec elle.
La lettre de Sanudo n'est pas datée; mais il est facile de
retrouver dans les chroniques ou les documents contemporains la
trace du passage de ces Orientaux.
S'agirait-il de ces « ambassaiteurs » du « grant seigneur des
Tartarins..., qui baillèrent lettres et jouiaux au pappe de par
luy^? » Jean le Long, moine de Saint-Bertin de Saint-Omer en
1351 , nous donne, d'après les Archives pontificales, la date de leur
arrivée, « mil trois cens [X]XXVI11, environ la Pentecouste, »
et la teneur de leur mission^. Nous avons aussi la réponse qu'ils
reçurent, car toute la correspondance des papes du xiv® siècle
avec les Infidèles est transcrite dans le registre 62 de VArchimo
secreio du Vatican : De negotiis Tarlarorimi et aliorum Infi-
delium. Le 13 juin 1338, Benoît XII écrit au Grand Khan des
Tartares^, aux Chinois « Fodim Jovens, Chyansam, Tongi, Cen-
bogan, Vensy, Johannem Jochoy et Rubeum Pinzanum, princi-
1. L. de Backer, ouvr. cité, p. 335.
2. Mathîei, Sardinia sacra, 297.
3. Le P. François Balrae, le Vénérable Père Jourdain Cathala de Séverac.
Lyon, 1886, in-8°.
4. A. Molinier, Fragments inédits de la chronique de Jean de Noyai, dans
ï Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, l. XX (1883), p. 249.
— Toscanelli, en 1475, révoquait en doute l'existence de cette ambassade.
5. Louis de Backer, l'Extrême-Orient..., p. 347-356.
6. Arch. du Vatican, reg. 62, f. xxx : « Magnifico principi imperatori iinim-
ratoruni omnium Tartarorum illustri gratiam, etc. Celsitudinis tue nuncios. »
DE MARINO SANUDO l'a\C1E\. 29
pes Alanorura* et alios Alanos christicolas^, — Magnifico prin-
cipi Chansi, imperatori Tartarorum de Medio Imperio% —
Nobilibus Yiris Carasmon et Johanan, magnifici principis Chansi
imperatoris Tartarorum de Medio Imperio familiaribus^ —
Magnifico principi Usbech, imperatori Tartarorum et magno
filio Cyistam^ » Les envoyés du Grand Khan et des princes chi-
nois s'appelaient André et Guillaume « de Nassio » et Thogay,
Alain du Cathay, c'est-à-dire de la Chinée A leur départ de Cam-
balech ou Péking, ils avaient treize autres compagnons''. Ils
avaient passé par Seraï sur le Volga, capitale d'Uzbek-Klian,
Khan mongol du Kitpchak, autrement dit empereur delà Gazarie
ou de la Horde d'Or, et à leur retour ils devaient prendre la
même route ^.
Si attrayante que puisse être l'identification des deux « fratres
Jacobini » de Sanudo avec les ambassadeurs orientaux venus en
1338, il ne faut pas nous y arrêter. Les deux Dominicains étaient
des envoyés spéciaux du Khan de la Horde d'Or, Uzbek^ et non
1. Cf. W. Germann, Die Kirche der Thomaschristen. Gùtersloh, 1877, in-8°,
2. Reg. vatic. 62, f. xxx et xxx v : a Veaienles nuper ad, » et f. xxxii :
« Serana facie letoque. »
3. Reg. vatic. 62, f. xxxi : « Leti rumores Deo. »
4. Reg. vatic. 62, f. xxxi v° : « Letanter de vobis. »
5. Reg. vatic. 62, f. xxxi v : « Exultanti precepimus anirao. »
6. Reg. vatic. 62, f. xxxii v" : « Scribitur littera salvicuiiductus pro Andréa
et Guillelmo de Nassio et Thogay Alaao de Cathayo nunciis imperatoris Tar-
tarorum super certis fidem calholicam tangentibus ad sedera apostolicam des-
tinatis et cum litteris rursalibus ejusdem sedis remissis. Dat. Avenione, xiii kai.
julii, anno quarto. »
7. Lettres du Grand Khan au pape Benoît XII : « ... Nous envoyons mes-
saigé nostre Andrieu aveuc xv compaignons au pappe... Escript en Cambalec
en l'an du Rat le vi' mois, le 3= jour de la lunation » (lettres « translatées du
latin en françois par frère Jehan le Lonc, dit et né de Ypre, moine de S'-Ber-
lin en S'-Aumer en l'an de grâce M CGC LI, » Cf. Louis de Backer, V Extrême-
Orient..., p. 347).
8. Reg. vatic. 62, f. xxxiii. Lettre de Benoit XII : « Magnifico principi
Usbeck, imperatori Tartarorum illustri, gratiam, etc. Letanter et bénigne.
Tu... nuncios nostros quos dudum ad parles Cathayensis imperii miltebamus
ad tuam preseniiam accedentes..., eis fecisti usque ad partes predictas de
conductu non modico quinpotius sumptuoso et magnifico provideri. » Avignon,
17 août 1340.
9. Cf. les Voyages des yeux dans les royaumes des différentes contrées, par
Schehâb-eddin, auteur arabe du xiv° siècle et contemporain d'Uzbek. On y
trouve, avec un portrait très curieux d'Uzbek, la description du Kiptchak et
en particulier de la capitale, Serai {Notices et extraits des manuscrits, t. XIII,
1" part., p. 263 et suiv., art. de Quatremère).
30 LETTRES INÉDITES ET MÉMOIRES
du Grand Khan; ils avaient une mission moitié religieuse, moitié
commerciale sans doute ; d'où leur séjour à Venise avant de gagner
Avignon. Leur itinéraire, retracé par Marino Sanudo, est fort
instructif. Partis de Serai sur le Volga, ils avaient traversé la
Hongrie, où le roi de Hongrie les avait hébergés, l'Autriche,
Venise, où ils avaient remis au doge les lettres dont ils étaient por-
teurs de la part des chrétiens d'Orient et où ils avaient fait la
connaissance de Sanudo; puis ils avaient gagné Avignon. Après
un long séjour à la cour pontificale, ils s'en retournèrent vers
TJzbek en passant par Constantinople. C'est de Constantinople
qu'ils écrivent à Marino Sanudo pour lui recommander Jachino
di Cremona. Or, nous savons la date du retour de Jachino d'Orient
en Italie et en France : ce fut à la fin de l'année 1334'.
Nous avons ainsi la date de l'ambassade des deux Jacobins :
1334. Etenefi"et, le l'^'" octobre 1334, Jean XXII adresse une lettre
« Deo vivo et — » à « Usberh in Gazaria imperanti^. » Il char-
geait en même temps ses messagers, nos Dominicains sans aucun
doute, de cinq autres bulles pour le Grand Khan, le roi de Corée
« Secedechigista » ou « Soco de Chigista » (1" octobre), pour les
rois et les peuples tartares (31 octobre), pour les Frères Prêcheurs
missionnaires chez les hérétiques ou les Infidèles^ (6 août 1334).
Serai était, nous l'avons vu, la route de la Chine.
Il est désormais facile d'assigner une date à la lettre de Marino
Sanudo. Elle est postérieure à octobre 1334 de tout le temps qu'il
a fallu aux deux Jacobins pour aller d'Avignon à Constantinople,
et à leur lettre pour venir de Constantinople à Venise, c'est-à-
dire de deux à trois mois au moins. La lettre envoyée par Sanudo
à Paulin, évèque de Pouzzoles, serait donc des premiers mois
de 1335.
Les deux personnages dont parle le Vénitien et qu'il tient en
si haute estime, Jachino di Cremona et Guillaume Badin, nous
sont connus. Jachino di Cremona avait résidé plus de trente ans
sur les côtes de Romanie, de la mer Noire et en une foule d'autres
Ueux^ Aussi conçoit-on qu'il fût versé dans la connaissance des
« factis septentrionaliura gentium. » En 1330, il était parti de
Sébastopol pour l'Angleterre avec une lettre de recommandation
1. Kunstraann, Studien..., p. 813, etc.
2. Reg. 62, f. XXVIII v°.
3. Reg. 62, f. XXVI V-xxviii v°.
4. Kunstmaan, Studien..., p. 813.
DE MARI\0 SÂNUDO l'a^JCIEN. 3^
de l'êvêque du lieu, Pierre^ En octobre 1334, il se rend à la
cour du pape Jean XXII et de Philippe VI, accrédité par Sanudo
près de tous les personnages influents ^ près de Paulin de Pouz-
zoles lui-même, comme nous l'apprend ce passage de la présente
lettre : «... Jachinum de Cremona de quo feci vobis in exem-
plara littera mentionem. »
Le Rayonnais Guillaume Fernande ou Guillaume Bernard^ « de
Furvo, » autrement dit Badin, est aussi un intrépide voyageur
du xiv^ siècle. Disgracié par son souverain Edouard III, roi d'An-
gleterre, il s'était attaché au service du duc Louis de Bourbon.
Louis de Bourbon, qui n'avait pas abandonné ses projets de croi-
sade, chargea G. Badin d'explorer les pays des Infidèles. Guil-
laume visita Chiarenza, Modon, Constantinople et Péra, Tré-
bizonde dans la mer Noire, Tauris en Perse, Bagdad en
Chaldée; par Laiazzo en Cilicie ou Petite- Arménie, par la Crète
et Chypre, il se rendit à Alexandrie avec un firman du soudan
de Babylone, vit le Caire et la Babylonie, le royaume de Jéru-
salem et Damas : il revint en France par Beyrouth, Chypre, la
Grèce, Venise et Ferrare (1334). Il rendit compte de sa mission
à Philippe VI et au duc de Bourbon et essaya en même temps de
rentrer en grâce près d'Edouard IIP.
VIII. Mémoire relatif à la soumission de Louis de Bavière
et à sa 7'éconciliation avec V Église [1335 ou 1336].
Ce mémoire a été écrit au moment où l'empereur, Louis de
Bavière, désavouant l'antipape qu'il avait créé sous le nom de
Nicolas V, implorait le pardon du saint-siège. Dès l'avènement
de Benoît XII, l'empereur avait entrepris de faire lever l'excom-
munication dont Jean XXII l'avait frappé. Le 2 août 1335, il
écrivait au pape qu'il se soumettait entièrement à l'Eglise''; le
28 octobre 1336, une ambassade partait de Nuremberg et portait
sa rétractation à la cour d'Avignon'. Mais Benoît XII posait des
1. Ibid., p. 817-819.
2. Ibid., p. 808 et 813, et infra, n» I.
3. Kunstmann, Studien..., p. 816.
4. Ibid., p. 812.
5. Ibid., p. 816. — M. Sanudo écrit au comte Guillaume de Hollande tout
spécialement pour le prier d'intercéder auprès d'Edouard III en faveur de
Guillaume Badin.
6. Vaiikanische Akten zur deutschen Geschichte in der Zeit Kaiser Ludwigs
des Bayern. Innsbruck, 1891, p. 591, n» 1748.
7. Ibid., p. 637, n" 1841.
32 LETTRES INE'dITES ET MEMOIRES
conditions à remplir avant la rentrée au bercail ; les négociations
devaient durer encore plus d'un an^
C'est en 1335 ou 1336, à l'époque où Louis de Bavière com-
mençait à se rapprocher du pape, que le présent mémoire a été
écrit. Préconisant comme pénitence la croisade contre les Turcs,
il rentre bien dans les idées de Marino Sanudo.
IX. Lettre de Marino Sanudo à Guillaume, comte de
Hainaut [octobre 1336-mars 1337].
Postérieure à 1334 2, postérieure à la mort de Giotto^ (8 jan-
vier 1336), la lettre est écrite au cours de la guerre des Vénitiens
contre Mastin de l'Escale, seigneur de Vérone ^ peu après l'en-
trée en campagne du général vénitien Pietro Rossi (fin d'octobre
1336).
D'autre part, elle devait être portée à destination, comme les
missives antérieures, par les galères de la république allant en
Flandres : elle est donc antérieure au départ de ce convoi, à
mars 1337. Du reste, elle est au plus tard de cette année 1337,
car Guillaume de Hainaut mourut le 7 juin 1337.
Depuis 1324 au moins ^, depuis qu'il poussait la France à une
croisade, Sanudo était en relations avec le puissant comte de Hai-
naut. Puissant en efîet, Guillaume n'était rien moins que l'arbitre
de l'Europe. Comte de Hainaut, Hollande, Zélande et Frise,
gendre de Charles de Valois, beau -père du roi d'Angleterre
Edouard III et de l'empereur d'Allemagne Louis de Bavière,
Guillaume avait ébloui le grand voyageur vénitien. Un croisé de
cette envergure devait entraîner des armées entières à sa suite.
Voilà pourquoi Sanudo lui écrivait sans cesse, l'intéressant, le
captivant et le pressant de partir. Fatigué sans doute de ces
obsessions, Guillaume de Hainaut prétexta une maladie qui l'em-
1. Leroux, Relations politiques de la France et de V Allemagne, p. 191. —
A. Molinier, Fragments inédits de la Chronique de Jean de Noyai, dans VAnn.-
Bull. de la Soc. de l'kist. de France, XX, 249.
2. Cf. la lettre elle-même, n" IX : « ... Vous ai-je mandé puis plusieurs lelres
et escris, et par les galées de Flandres corant l'an del CGC XXXIIIi. »
3. N° IX, infra : « Un soulilissime maistre de paintures et d'autres mer-
veilles qui estoit clames Joth. »
4. N° IX, infra : « Entre les autres geatilz homes qui sont à nos soudées. »
— Art de vérifier les dates, III, 717.
5. Bongars, Gesta Dei per Francos, II, 299.
DE MAKINO SAIVDDO l'aNCIEN. Sa
péchait de monter à cheval et se fit relever du vœu d'aller com-
battre en Terre-Sainte (19 juin 1335) ^
Cette lettre complète les renseignements que nous possédions
déjà sur les manuscrits de Sanudo et pourra servir de point de
départ à de nouvelles recherches sur les cartes et le grand ouvrage
de l'infatigable vénitien. Il rappelle au comte de Hainaut qu'il lui
a envoyé, outre plusieurs lettres, des mappemondes, le Liber
secretorum , une carte de la mer Méditerranée et une carte
d'Egypte, et surtout « un quaterne de letres registrées con la
signification d'une figure de e Florence par un soutillissime
maistre de paintures et d'autres merveilles qui estoit clames Joth
[c'est-à-dire Giotto] ^ »
Puis il annonce au comte qu'à la suite de ces « letres regis-
trées, » « se metera la vie de Crist, les nce de se humilité et
de sa povreté et de sa haute doctrine, » et, en efîet, dans le
manuscrit latin 4939 de la Bibliothèque nationale, qui contient
des cartes de Sanudo 3, nous voyons toute une série de dessins
assez finement exécutés et qui représentent les principales scènes
de l'Évangile^ : la chronique renfermée dans ce manuscrit serait-
elle l'œuvre de notre géographe^? C'est là une question que devra
examiner l'historien qui étudiera, plus méthodiquement qu'on ne
l'a fait jusqu'ici, la vie et les travaux du grand Vénitien.
C. DE LA RoNciÈRE. Léon Dorez.
1. Vafikanische Akten zur deutschen Geschichte in der Zeit Kaiser Ludwigs
des Bayern. lansbruck, 1891, p. 588, n" 1737.
2. Giotto était mort peu de temps auparavant, le 8 janvier 1336.
3. Fol. 9, mappemonde; fol. 10, Syrie et Egypte; fol. 10 v°-ll, Terre-Sainte.
4. Fol. 42 et suivants.
5. Fol. 116, col. 1, on lit, au-dessous des mentions consacrées à Jean XXII,
cette note d'un lecteur italien du xiv" siècle : « Iste Venetus adulator nicil
dicit de tyrampnide gesla per papam istum, de trucidatione Christianorum
facta suo jussu, de partialitate animosa ejusdem, et de quampluribus aliis dya-
bolicis gestis ejusdem. Expectabat quidem bergulus iste pilleum rubeum veri-
tatem tacendo et exprimendo mendacia. Vir quidem saaguinum fuit Johannes
iste, nec ecclesie Dei satis digaus. » Il est bien possible, en effet, que Marine
ail espéré le chapeau rouge. — On a publié à Venise, en 1889, de très beaux
fac-similés d'un ms. de la Marcienne contenant le même travail que notre ms.
latin 4939 : De passagiis in Terram Sanctam, excerpla ex Chronologia magna
codicis latini CCCXCIX bibliotheccV ad D. Marci Venetiarum, auspice Socie-
tate illustrandis Orientis Latini monumenlis edidit Georgius Marlinus Thomas.
Onoldiaus, gr. in-fol. — M. Thomas croit que l'auteur est Vénitien, que Marino
4895 3
34 LETTRES INEDITES ET MEMOIRES
DOCUMENTS.
I.
Lettre de Marino Sanudo a un personnage français
(après le 20 décembre -1334).
che il vous fera cortoisie par sa bonté et de Dieu et por mon
amor. Encore 11 mostrés les letres che ie mande aus segnors desus
dis, ensi come il samblera à sa Segnorie. Toutes voies, que les letres
ne soient pas ouvertes. Encore vous recordé ie, che quant vous ve
venrés à partir de lui, che vous demandés de la voie, et che vous ve
raetés avuec bone compagnie. Et quant Dieux vous donra la grâce
que vous serés as segnors desus dit, vous me recomanderés a aus,
si comme il vous samblera che il se conviengne, et présentés li les
letres desus dites et dites leur de par moi che ie ai grant desirance
de veoir leur magnificence; mes Dieux set bien che la puissance ni
est mie bien, por aucunes besoingnes qui me sont encornes. Mes
toutes fois, non mie sans grant vergoingne, ie demande leur aide, à
ce che ie puisse estre delà avuec aux à procurer quelque bien, espe-
ciaument avuec mon segnor le pape novel et mon segnor le roy.
Encores se vous vées Villaume de Furno, dit Badin de Baione, ser-
viciaux de mon segnor Loys desus dit, li quiex a esté procainz iors
passans en Cypre et en molt d'autres terre d'outremer, salués le molt
de fois de par moi, et dites li che ie li soie recomandés si come il me
promist. Encores se vous veissies Joachin de Crémone de Lombardie,
li quiex porta letres à mon segnor le pape et à mon segnor le roy de
France, et à celui d'Englelerre par les besoingnes d'outremer, salués
le moi ausément, et proies li che il soie recomandés. Je pri à Dieu
chi soit avuec vous ores et tous jours. Amen^
Sanudo et le doge Andréa Dandolo ont utilisé cette compilation et que l'évêque
Paulin de Pouzzoles en est peut-être l'auteur; mais il s'en tient à ces allirma-
tions plus ou moins nettes, sans donner le détail de ses preuves ou de ses pré-
somptions.
1. Nom. acq. fr. 5842, fol. 2, col. 1.
DE MAEINO SANTDO l'ANCIEN. 3S
n.
Lettre de Mariivo Sanodo a Jehan Mcsaut
(après le 20 décembre \ 334) .
Au noble et sage home Johan Musaut, amis et segnors treschiers.
Marin Sanud dit Torxel de Venixe vous salue con grant amor, cum
omni recomendatione. Je ai entendu de vostre sens et porveance et
debonnaireté par mon segnor Villaume de Sellais en Borbonois, por-
teor de cest(r)e letre, pour la quel cose ie entenz tous lors mes estre
vostre serviciaus et amis, pour laquel cose mon segnor Villaume
desus dit vient la, li quiex vous donra a entendre de mon afaire et con-
dition et de mon estât, si come il li plaira et samblera. Encores ie
vous pri par vostre cortoisie et debonnaireté che il vous plaise de
avoir me recomandé emprès mon segnor Loys, duc de Borbonois, et
emprès les autres avuec qui vous avés acointance et especiaument au
preclarissime et victorieusissime roi de France, et se [aulcu]ne cose
ie puis fere por vostre segnorie en nul [pais?] où che ie soie, mandés
moi commandant che ie le [feroi] molt volenters. Je proie a Dieu chi
soit avuec<
m.
Lettre de Marino Sanudo au roi de Chypre Hugues IV
(postérieure au 22 octobre -1334).
Et vous avés tous iours meintenu et meinte[nez] et avant qu'il
venist avuec nous avoit fais de chevalerie et d'armes encontre les
In[ridèles et] en avoit mis a mort et pris et ars leur l[ins].... Sires,
si soit certainne chose a vostre haute S[egnorie que nous] fuissienz
très volenters a les veoir et vo nostre S. pères H papes et li rois
de France v queles nous baillâmes a vostredit capitainne, [qui
devant] nos et d'autres saiges les ovri, porce que elles fa l'ar-
mée; si regardèrent li maistres de rOspita[l] porce que nous
avienz cachun iour nouvele grandement, que il n'estoit pas bon
1. Nouv. acq. fr. 5842, fol. 2, col. 1.
36 LETTRES INÉDITES ET Me'MOIRES
que nous laissés , puissans Sires. Tous les fais qui ont esté fais
per la s[eroienl] lonc a escrire ; toute voie saice vostre Segnorie que
[nostre] sainte armée ardi viii lins de Turs vers l[e iour] de nativité
Nostre Dame en septembre; entre le troie xv lins. Item le dimenche
XI jour d han ix lins. Item le miercredi, iour de s[ainte] Gro[i3],
L lins. Item le samedi ensuig, ou golfe d[e Smirne, en] pluseurs leus et
en plusors flumaire. G[emesme] iouroisimes la messe en présence et
révérence père e[vesque de] Biauvés ' , qui plusors fois i canta, tous
armés que plusors Turs a pié et a cheval y ont est[é] autres;
ledit samedi fu occis i granz od avoit espousée la fille Jacxi ; plusors
casai de grains i ont esté ars et gasté en tous les vostre dis
capitainnes et sa compagnie se son[t belle]ment et curieusement
porté, et si sagement e avisemens donner, que l'an ne vous en
poroi[t] et bonz consau3,eta leur grant diligence app lente de
vostre Segnorie que en ce les ave [a] la famille cognoist on le segnor,
très puis[sans Sires, à nostre S.] Père le pape et au roy de France,
de avoir a temps que il n'ont; car il ne les ont armé que
volenters demorés a continuer la sainte beso[ingne].... [pa]trons que il
n'avoient mais a servir que x ior por leur retour iusques a Mar-
seille, très pui [santé] Segnorie, que vostre dis capitainnes nous a
obéi [et léau]ment offert et présenté vos galies, et les de faire et
feronz, se Dieu plaist, ou S. P[ère et à] nostres autres segnors de
France tele re[verence, por le] glorieus nom Jesuchrist, a la loenge
de vostre s[egnorie] et de vostre dite armée, et au profit de tou
espérance que, nostre relation oie de nostre S. Per[e le pape], [plus]
hastivement et plus efforciement qu'il vos^
IV.
Notes sua les de'buts du pontificat de Benoit XII
(écrit dans les premiers mois de l'année -1335).
de decembrio miser lo papa fese consistorio en feri gratia
a Dio, et alo colegio, de ligar [a] création, digando che lo iera homo
de picola [casa] elo non aveva parenti. Et perço ello li vole deli et
parenli.Etperçoliprovedevadeflo idessi,ancorche tutti liencensi
1. Jean de Marigni.
2. Nouv. acq. fr. 5842, fol. 2, col. 2.
DE MARINO SÀNUDO l'aNCIEN. 37
débit [exjcepto quelli de Ceci lia voleva che la mi a soa caméra, et
l'altra mitade de loco clielo perdonava a tutti che fosse scirme (?)
0 de le guerre de la gliesia, digando che ra stada contra Dio et
deço era consumado, e la gliesia, et era sparso gran multitu
e Ancor a comesso a miser Anibaldo\ et a [miser Bertjran^ et a
un altro gardenal che li debia [far la reparatione dele] gliesie de San
Piero et de San Polo, et de [San Giouanni in Lajteran et de le altre
gUesie de Roma. Item edamo annati, lo mareschalco et lo vis
[e]t tutti li altri officiali de la corte, non possa cio plu che meço
anno. Etal plu fin inchavode quello se debia s'indicar, squa
tofania se die coronar.
xxfii fe un altro consistorio et attuti i et clerisi reçeve
reverentia, et ordena soa coronation, tuti se devese partir et an
latine (?) K
V.
Flagellum humani generis.
ntibus gentes barbaras edidit Dominus no se; nam quidam
pseudo prophète de extraneis mun[di] [e]t pellibus ovium ves-
titi (?) surrexerunt, quorum est [ingenjs multitudo qui paucis par-
cunt hominibus [rjeligiosorum sanguinem siciunt, ossanutri ,
partibus orientalibus degunt, et ubicunque (?) régna [conquisivje-
runt de quorum controversia vobis, Pater, [ali]quantulum presenti-
bus aperiatur. Sed superaddatur bus alligato-, Christum enim
predicant Nazarenum fidei catholice simbolo continentur, et
dicunt quem nos credimus Antichrislum quem [fejrrum auro puris-
simo et pretiosis lapidibus [muta]t, qui nunquam cibariis pubhce
utitur et ideo exercitu predicatur et creditur immortalis. Di
tum nunquam ténèbre comprehendunt, sed sicut [sol res]plendet ;
itaque circonstantes semper in (?) [lumjine esse et luce. Sedens ille
in circuitu''
1. Annibaido Ceccano, archevêque de Naples, cardinal-évêque de Frascati,
légat en France et à Naples, promu en 1327, mort en 1356.
2. Le cardinal Bertrand du Pouget.
3. Nouv. acq. fr. 5842, fol. 2 V, col. 1.
4. Nom. acq. fr. 5842, fol. 2 v, col. 1.
38 LETTRES INÉDITES ET MÉMOIRES
VI.
Quidam hereticus captus est Narbone qui dicit terrlbiles errores,
et facit se vocari Jesum Ghristum, et dicit quod est Paraclitus, Spiri-
tus sanctus, de quo dicit fîlius Dei in evangelio : « Paraclitus autem
Spiritus sanctus, quem mittet pater in nomine meo. » Dicit enim
quod est missus a Deo pro edocenda fide lucida veritatem [sic]^ et
asserit se natum ex virgine et conceptum opère Spiritus sancli, sic
quod religiosi sunt valde stupefacti. Ita quod de omnibus quibuscum-
que que sibi fmnt mirabiliter respondet vel visiones dat, et cum
fuit requisitus per quemdam predicatorem quod faceret aliqua signa
quibuscrederetur sibi, responditillaverba que vere filius Dei respondit
Judeis, cum ab eis requisitus erat : « Mala et prava generacio querit
signum et non dabitur vobis. » Gum fuit interrogatus per quemdam
inquisitorem quo ibat, respondit quod versus curiam pro eligendo illos
in fide, et multa plena stupore, quasi nulla scriplura latet eum, cum
est scientifîcus et demonis plenus; et dixit quod fuit canonicus et
loquitur Guasconica litteraliler et vulgariler ornate valde; et quando
irreverenter quis ei loquitur, tacet, et quando cum reverentia, res-
pondet libenter ad interrogata < .
VU.
Lettre de Marino Sanudo a Paulin, évêque de Pouzzoles
(Venise, premier mois de ^335).
Puteolano.
Reverendissime in Ghristo pater et domine domine rai precordia-
lissime. Ad hoc ut omnia vobis liqueant manifeste, duo fratres Jaco-
bini, scientes ydioraata plura, cum famulis suis venerunt deTartaria
versus septentrionale hemisperium, de terra quam tenet Husbecco,
imperalor in illis partibus, portantes litteras multas dominorum
Chrislianorum quidegunt inseptemlrione; etfueruntad regem Hon-
garie, qui dictos fratres recepit honorabiliter et cum magnis donis,
et in Austriam fecit illos conduci et, Dei gratia, sani, salvi et hylares
applicueruntVenetias; qui presentaverunt domino meo duci - litteras
1. Nouv. acq. fr. 5842, fol. 2 v, col. 2.
2. Andréa Dandolo.
DE MAR1\0 SAXUDO l'aXCIE^J. 39
venientes ad ipsum ex parte illorum dominorum Christicolarum, et
gralanter recepti et ex parte communis receperunt dona. Postea cum
meis litteris de Venetiis recesserunt, iter suum ad summum pontifi-
cem dirigentes, quarum, si possibile michi erit, copiam faciam regis-
trari, et in curia papali diu steterunt. Pinaliter autem ad imperatorem
Constantinopol[itanum] missi fiierunt, de quibus partibus ab eis
recepi litteras, in quibus mihi recommendabant expresse Jachinum
de Cremona, de quo feci vobis in exemplara littera mentionem, qui
mirabiliter est instructus de factis septentrionalium gentium, si quis
vellet dare operam verbis suis; et idem dico de Guillermo Badino
dicto Badin de Furno de Baiona de Wasconia, qui etiam habebat lit-
teras apertas christianissimi régis Francorum et domini Ludovici,
ducisBorboni. Et pro certo, si isti principes Ghristicole vellent cons-
tanter et perseveranter intendere ad acquirandas terras infidelium
nationum ut debent, bonum eis consilium non deesset ita quod cito
Terra Sancta, Jérusalem et alie circonstantes et méridionales et sep-
temtrionales citissime d \
VIII.
MÉMOIRE RELATIF A LA SOUMISSION DE LoUIS DE BaVIÈRE
ET A SA RÉCONCILIATION AVEC l'ÉgLISE
(1335 OU ^336).
In nomine Domini, amen. Infrascripte sunt rationes et induetive
pacifîcandi ecclesiam seu dominum papam cum Domino L. de
Bavaria.
In primis propter vitandum magnum scandalum quod est per
orbem propter dominorum discordiam predictorum. Nam iure cave-
tur, quod dominus papa débet d Romane ecclesie indefensum
propter scandalum evitandum. Beatus Ambrosius Rome sabato ieiu-
nabat, Mediolani vero non ieiuna[bat] : ligaverit fratrem meum et
cetera ; et cum propter predicationem illi quibus predicabat sibi tene-
rentur ad victum, ipse propriis manibus querebat sibi victum : item
ipse Ghristus gloriosus sciens se non teneri ad tributum, iterum
propter vitandum scandalum tributum solvit. Ergo, et cetera.
Item quia bonus pater fîlios tractât equaliter nec facit differentiam
1. Nouv. acq. fr. 5842, fol, 2 v», col. 2.
40 LETTRES INÉDITES ET MEMOIRES
inter eos, sed licet dominus papa de herresi condempnaverit mar-
chiones de Ferraria Mediolano attamen ipse postea absolvit et pro
karissimis filiis suis tractavit eos. Nam dominum JoJ prefatum
columpnam ecclesie Dei fecit [Ferrari] ensem ecclesie in episcopum
et dictis marchionibus Ferrariam infeudavit, et episcopum eius
dédit ad votum eorum, licet postea ex causa ipsi interdictum supra-
dicti. Ergo etc.
Item quia misericordia Domini plena est terra et universe vie
Domini misericordia et veritas, sed Dominus papa est vicarius Christi
gloriosi, qui est ipsa misericordia incarna[ta] ergo fieri débet ei, si
enim Deus benignus, cur sacerdos eius austerus erit. Ergo etc.
Item quia omnia misericordia clamant quod ecclesia non claudit
gremium redeunti, alioquin non esset ecclesia, sed sinagoga, sed
dominus L. vult.
Item quia scriptum est sententiam que misericordiam negat nec
solum tenere, sed etiam audire, fugite : et alibi, iudicium sine mise-
ricordia erit illis qui nolunt fratres in misericordiam denegantes
verba terribilia scripta sunt, videlicet qui misericordiam negat Ghris-
tum negat, qui est misericordia et veritas : sed non est verisimile
nec credendum.
Item quia licet David rex commisit proditionem, adulterium et
homicidium, attamen quia eum penituit, Dominus ei pepercit et de
ipso dixit perdo non recolo eum dixisse, videlicet vidi inveni homi-
nem secundum cor meum. Sed eum dominus L. sit vere penitens.
Ergo et cetera.
Item quia dominus L. gratiam meruit contemplatione domus
Bavariequeperoptimisdotibus multiplicibus a lempore cuius non est
memoria et virlulibus ac proprietatibus decorata, et est inter domos
Alemanie antiquissima, duces habuit prudentissimos in ar[mis] ipsa
largilas incarnata et, quod ego multum pondero, adeo lerminis suis
contentata quod, licet plures duces Bavarie CXXXII [obti]nuere
imperium justo litulo, in nuUo tamen eorum patrimonium augmen-
latur quod in quibusdam aliis contingit, qui malo titulo unquam
in quadruplo patrimonium augmentarunt. Ergo et cetera.
Item propter virtules et proprietates domus predicte nobilissimas
et peroptimas. Nam quilibet actus legittimi qui fiunt in Bavaria
1. Très probablement Giovanni Querini, Vénitien comme Marino Sanudo.
Nommé évoque de Ferrare par Innocent IV (1252), il fut interdit presque aus-
sitôt après.
DE MARINO SA\UDO l'aNCIEN. 4^
treuga, positiones, pacta et promissiones que fiunt in Bavaria ita
fuit floride laudabiliter et splendide ac su et per omnia prospe-
rantur. Et ideo cum talia in Alemania fiant, semper dicitur quod
more Bavarie illa intelligantur facta esse. Ergo et cetera.
Item prôpter bona et meliora opéra domini L. Nam scilicet quod
dominus papa in consistorio bienio nonduni elapso dixit dominus L.
audito quod in ipse ivit pre litore contra eos, trucidavit multos
et taliter exterminavit eos, alios quod a similibus alii acerbuntur et
a convicinorum.
Item quia dominus L. tanquamocculislinceisocculatusetundique
circumspectus seminare volens in terris quod oblivio redente domino
cum multiplicato fructu colligere in celis possitad honorem omnipo-
tentis Dei patris et fllii et [virjginis Marie et omnium sanctorum hos-
pitale fieri fecit nobiliissimum et taliter ipsum dotavit quod semper
nobiles p habebunt omnia eis necessaria, eis vita comité, Ergo et
cetera.
Item quia quando fiet ultramarinum passagium per dominum
papam laudabiliter ordinatus, dominus L. desiderio summo deside-
rat [sumpjtibus transfertare [sic] Ghristianorum terras per Saracenos
miserabiliter occupatas, recuperare infidelium terras suo dominio
subiugare noluerint infidelibus terras quas tenentde Ghristicolis
plantare ac facere pululare. Ergo et cetera.
Item quia licet dominus L. peccaverit contra dominum papam qui
est vicarius Ghristi, atlamen sanclus Petrus apostolus incomparabi-
liter plus pecavit [sic], quia p Ghristum, nam ipse in cena dixit,
prius quam gallus cantaret ter Ghristum negavit, et tamen quia
penituit eum, Christus ad gratiam eum r[ecepit].
Item quia in uno canone legitur quod maius dampnum est in
amissione unius anime quam mille corporum, et in altero canone
[quod] est in amissione unius anime quam innumerabilium corpo-
rum, notorium est autem quod omnes Alemani, Lombard! et Tusci
et A L. p[ro] catolico et fîdellissimo Ghristiano, et sibi obediunt
tamquam imperatori vero et omnium istorum anime perduntur
propter pro Lodoycum et eius sequentes factos, et si dominus
papa recipiet dominum L. ad gratiam, omnes predictorum anime
salvabuntur.
Item quia sanctissimi ultramarini passagii opus per dominum
papam laudabiliter ordinatum discordia vigente inter dominos
bene nam Ghristianorum aliorum pace salva plus operabitur domi-
nus L. prefatus et qui sequi contemplationem transfertabunt in
42 LETTRES INEDITES ET MEMOIRES
Christiani alii quasi omnes, nam licet quando Christiani contra Sara-
cenos Iransfertaverint, Saraceni sint ciim Ghrislianis aliis pugnaturi
sibi quod non pugnabunt cum domino L. et cum suis ymo viso
signali suo rubeo adastam posito désola fuga et potius intrarent
infernum vivi, quam ipsius specularentur presentiam ullo modo.
Ergo et cetera.
Item quia dominus L. prefatus videtur Deo gratus et dilectus plu-
rimum, nam privilegiatus est divinitus in duobus, primo quia u
secundo quia non timet gladium, secundum quod bec experientia
notoria comprobavit, cum ergo sic adeo gratus Christo quod eum
privilegiavit sic vicarius Ghristi gloriosi ad gratiam débet recipere
gratum Christo.
Item quia dominus papa est debilitatus in multis, et primo rations
domini régis Roberti qui non est pugil ecclesie, nec dominus papa
more sol in conflictu Ferrarie habito, in quo ipse gentem suam et
signaliahabuil. Item quia Florentia, que obtinere potentiam unius
in diclo conflictu contra dominum prelibatum. Item quia Ferraria
Romandiola et magna
(v°) s dominus Lodoicus seu filius marchionalum Brandourgen-
sem, quod est pulcrius jocale Alemanie, quiète possidet ac pacifice de[ti-
net] quod dominus papa non débet ad gratiam recipere dominum
L., quia ipse non est vere penitens, cum ipse imperium nolit dimittere
iura que dicunt peccatorem ad gratiam admittendum de vere péni-
tente intelliguntur; respondetur falsum esse quod dominus quod
velit quia ipse voluit et vellet imperium dimictere, sed ipse non
potuit neque potest : quod si probatur, certum est quod iilud
commoditate possumus, utroque iure legilur et nolatur. Sed domi-
nus L. non potuit neque potest cum sui commoditate atim pro-
babitur. Ergo et cetera.
Item excusatur dominus L. si non dimisit nec dimictit imperium
tali ratione certum est quod metus mortis metusve causa fuerit.
Utroque iure legitur et notatur in rubro et nigro, et quod fortius est
etiam metus amissionis [majgnam iacturam qui s patitur excusât
L. di. presbiteros, cum concod., sed dominus L. sepe voluit, veletet
vult libenter gratie domini pape se précise commictere, sed ipse
non est in curia, ymo est in Alemania ubi principes et communitates
noluere nec ctat imperium, et clare sunt comminati sibi, quod si
ipse imperium dimicteret ipsi eum et filios Irucidarent ducatu Ba[va-
riae] is dissipatis, ergo non potest dimictere imperium; et si non
DE MARINO SAIVUDO l' ANCIEN. 43
dimictat excusatur, et lamquam vere penitens ad gratiam recepi [sic]
débet es plures de predictis, propter quas ad gratiam domini
pape recipi débet prefatus dominus L. propter scandalum evitandum
propter vitandum tarum.
Item propter plures alias quas diligens quilibet bene coliget ex
predictis ^ .
IX.
Lettre de Marino Sanudo a Guillaume, comte de Hainaut
(vers octobre ^336-mars 4337).
[A l'ecjcellentissime prince et seignour monseignour carissime
monseignour Guillerme, conte de Henaut, de [Holla]nde et de Frise,
preclarissirae seignour, Marins Sanudo dis Tourxelle, de la cité de
Venise, de la parochie de [u]mles et dévos servidours se recom-
mande a la vostre très haute bénignité par plusours moies letres...
fois a vostre seignourie contenans molt de choses et mandans
vous lesmappes monde con les predi [sjpecialment de puis que ie
tramis a la vostre magnificable excellence le livre des secrés des
loiaus e qui traite de la conqueste de Gonstantinople et de molt
autres choses. Je ai reçut de la part de vostre seig[nori]e les bénignes
et gratiouses letres que vous me tramesistes par plusours persones.
Mais depuis ie n'en Et si vous ai ie mandé puis plusours letres
et escris et par les galées de Flandres, corantl'an del GGG.XXXIIII.
Encore vous envolai ie une mappe de la mer Mediterraine et une
d'Egypte avec molt et autres crestianissime prince monseignour
vostre fiU le roy d'Engleterre et a molt des barons de es. Ges
choses dévoient venir en la vostre main par sire Damian Nadali,
citoien de Venises, lequelz, [come m']a esté raporté, furent douées
en main de vostre chier fiU qui estoit venus herbegier dehors Bruges
[par ung raaistre de] sirurgie ou de plaies clamé maistre Restor de
Florence qui fait sa demorance en Bruges qui dist qu'il [est vostre]
servitours. Encore vous envolai ie par maistre Jehan de Henaut, qui
demoroit aveuc ma dame vo[stre figle] e face vraie par son letres
signifians molt de choses. Encore vous envolai ie par mesire Jehan
conte ise letres qui dévoient estre douées en la main de madame
1. Nouv. acq. fr. 5842, fol. 3.
44 LETTRES INÉDITES ET ME'mOIHES DE MARINO SAMDO l'aNCIEX.
l'eraperadrise vostre fille que elle deust our. Et, s'il plaisoit a
vostre serenissime genre qu'il les leust, il m'estoit molt a gré et croi
qu'il fust nt mandées recloses a vostre Seigneurie. Encore vous
mandai ie par un Phelippe Lombart, fami[lier de] Tempereris vostre
figle, un quinterne de lelres registrées con la signification d'une
figure qui fu de e Florence par un soutillissime raaistre de
paintures et d'autres merveilles qui estoit clames Joth iflca-
tion et très misteriouse portoit celle figure et chose molt merveil-
louse-, car qui bien conoist comprent Testât et le maintenement
des féaus de la crois, et là dedens se mêlera la vie de Grist les nce
de se humilité et de sa povreté et de sa haute doctrine, a veoir com-
ment cis qui doivent ses œvres maintenues. L'œvre non est com-
pile encore-, mais, si tost que Diex m'ara doné grâce que elle soit
com[plie, ie voz la majnderai toute, si que voz Tares ordenéement.
Encore vous ai ie escrit ii letres en françois par ndies qui de
présent doivent arriver là, par un mien destroit cousin qui s'apele
sire Angelete Sa[nudo] nt du 1res malvais estât de la crestienté
et de la manière de devoir apaisier et comment li turc pes [s'ef]-
forcent de domagier adés les crestians et comment il le font. Encore
vous envoie ie Tessamplaire envoie novelement a nostre saint
apostole. Encore notifié ie a la vostre bénigne Seignourie que
[AJquilée a meu guerre novelement es terres de Venises contre les
Venesiens dont il noz convint es et outre les autres gentilz homes
qui sont a nos soudées, noz avons un raesire Guillerme du une
renommée porte que il soit vostre frères de hast; et vraiement ses
mervaille [sic] proece moustre bien que sle, si que voz le dovés
bien avoir chier et Tameroie miex assés près de voz, se autre ocoi-
son*
1. i^ouv. acq. fr. 5842, fol. 3 v».
LES
HEURES BRETONNES
DU XVP SIÈCLE.
Parmi le petit nombre de textes bretons imprimés au xvf siècle,
on distingue un livre d'heures sur lequel on peut consulter les
travaux de M. le vicomte de La Villemarqué ' , de M. Whitley
Stokes^, de dom François Plaine ^ et de M. Loth^. De ce livre
d'heures il ne paraît subsister que deux exemplaires, tous deux
plus ou moins incomplets : l'un, qui a appartenu, jusqu'à ces der-
nières années, à M. Pol de Gourcy, est aujourd'hui à la Biblio-
thèque nationale (Piéserve, B. 27815) ; l'autre se conserve au châ-
teau de la Grand-Ville (Côtes-du-Nord) et est la propriété de
M°*^ la comtesse de Kergariou, qui, sur la recommandation de
M. le vicomte de La Villemarqué, a bien voulu le mettre à ma
disposition. Je vais donner la description bibliographique de ce
livre, dont la valeur philologique a été suffisamment mise en
lumière par la publication de M. Whitley Stokes.
C'est un petit volume in-octavo, de 198 feuillets, répartis en
25 cahiers, chacun de huit feuillets, sauf le dernier, qui en a six
seulement. Les cahiers portent les signatures a-e et A-V. Les
48 feuillets des six premiers cahiers (a-e et A) ne sont pas chif-
frés ^ A partir du cahier B, ils sont irrégulièrement chiffrés de i
1. Le grand mystère de Jésus, passion et résurrection, drame breton du
moyen âge, par le vicomte Hersart de La Villemarqué (Paris, 1865, ia-8'),
p. cvi.
2. Mlddle-breton hours, edited with a translation and glossarial index by
Whitley Stokes. Calcutta, 1876. In-S» de 102 pages plus 2 feuillets préliminaires.
3. Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1887, t, XIV, p. 126.
4. Chrestomathie bretonne [armoricain, gallois, comique). Première partie :
Breton-armoricain, par J. Loth (Paris, 1890, in-8''), p. 253.
5. Cette anomalie dans le système de signature pour les cahiers et de numé-
46 LES HEURES BRETONNES
à [cLvi]; ils auraient dû être cotés de i à cl ; les cotes xlii à xlvii
ont été omises.
L'impression a été faite avec ces gros caractères gothiques,
connus sous le nom de lettres de missel, qui ont été assez fré-
quemment employés pour l'exécution de livres d'heures pendant
la seconde moitié du xvf siècle.
Dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale il manque dix
feuillets, savoir :
J et 2 du cahier a ;
i, 4, 5 et 8 du cahier cj
4 et 5 du cahier I ;
5 et 6 du cahier V.
Il en manque seulement trois dans l'exemplaire de M""^ la com-
tesse de Kergariou, savoir le fol. 1 du cahier a et les fol. 1 et 8
du cahier K.
La perte du premier feuillet est particulièrement regrettable.
Elle nous a privés du titre et de la date du volume. Je vais essayer
de combler cette lacune.
La table imprimée à la fin du livre (fol. gliiii v°) annonce en
ces termes le morceau initial : Almanac eguit peuar bloaz
varnuguent follen quentafu; on avait d'abord traduit ces
mots par Almanac pour Vannée 24, traduction qui avait fait
supposer que le hvre était de l'année 1524' ; mais il a été cons-
taté depuis qu'il s'agissait d'un Almanac pour 24 ans, c'est-à-
dire d'un tableau des fêtes mobiles pour une période de 24 ans.
Une telle indication, quand on n'a pas le tableau même sous les
yeux, ne fournit aucun élément pour déterminer la date du livre.
C'est dans la décoration du volume qu'il faut chercher les
indices de l'époque à laquelle il a été exécuté.
Les petites gravui'es qui sont en tête de chacun des mois du
calendrier et qui représentent les travaux des différents mois de
rotage pour les feuillets a été signalée par un article de la table qui est à la
fin du volume : An re man diarauc, a so en commanczamant, père no deueux
quel a follen, hoguen signutur en lizerennou munul; c'est-à-dire : « Ce qui
précède est au commencement du volume, qui n'a pas de feuillets [numéro-
tés], mais des signatures en lettres minuscules. »
1. On est même allé jusqu'à fixer à l'année 1486 la date des Heures bretonnes.
(Opinion de M. de Corbière, citée par xM. de La Villemarqué, Grand myslhre de
Jésus, p. cvn et cviii.) — La date 1486 est dorée au dos de la reliure du livre
de M""' la comtesse de Kergariou.
DD XVI^ SIÈCLE. 47
l'année sont identiques aux gravures qui ornent le calendrier
du livre intitulé :
Officium II beatse Marise [[ Virginis, [l nuper reformatum, H et |! Pii V,
ponL. max., jussu editum. Il— Parisiis, Il apud Jacobum Kerver, via
Jacobea, sub || insigni Unicornis. || 4574. — In-8° de 3U feuillets,
dont les derniers sont irrégulièrement cotés, plus 3 cahiers prélimi-
naires. Caractères romains ^ (Exemplaire à la Bibliothèque nationale.
Réserve, B. 24344.)
Les mêmes bois ont servi pour imprimer les gravures de ces
deux livres.
Examinons maintenant quatorze petits tableaux, d'un dessin
très élégant et très léger, que renferment les Heures bretonnes.
Elles mesurent 62 millimètres sur 35 et représentent les sujets
suivants :
I et II. L'Annonciation, en deux tableaux. Fol. xv V et xvi.
111 et IV. La Visitation, en deux tableaux. Fol. xxviii V et xxix.
V. Le Calvaire. Fol. xxxvi.
VI. La Descente du Saint-Esprit. Fol. xxxvn.
VIL La Nativité. Fol. xxxix v°.
VIII. Le « Gloria in excelsis. » Fol. G [v], avant le feuillet coté par
erreur lu.
IX. L'Adoration des Mages. Fol. lv v\
X. La Circoncision. Fol. lx.
XL Le Massacre des Innocents. Fol. Lxrrii v".
XII. L'Assomption. Fol. lxxi.
XIU. David et Bethsabé. Fol. lxxviii v°.
XIV. La Mort. Fol. xci v°.
II importe de rechercher l'origine de ces tableaux. Pour la
trouver, il faut remonter à l'année 1527, date de la publication
d'un charmant petit volume que je vais décrire d'après un exem-
plaire ayant jadis appartenu au comte de Villafranca, puis à
M. Firmin-pidot^ et qui est aujourd'hui conservé à la biblio-
thèque de l'Ecole des beaux-arts :
1. Voy. Bernard, Geofrotj Tory, 1" éd., p. 292.
2. Catalogue raisonné des livres de la bibliothèque de M. Ambroise Firmin-
Didot, t. I (Paris, avril 1867), col. ccxxx, n° 730. — Voyez le Catalogue de la
vente des livres de M. Didot faite en 1879, n" 128.
48 LES HEURES BRETONNES
Horse in laudem 11 beatissiraae virginis || Marise secundum \\ usum
Romanum. — A la fin : Parrhisiis, apud Gotofredum Torinum || Bitu-
riglcum, vin II die februarii, anno salutis || M. D. XXJX, ad H insi-
gne Vasis effracti. — In-i 6. Caractères romains. Figures en noir. Sur
vélin.
Ce volume est orné de dix-huit petits tableaux, savoir :
I et II. L'Annonciation, en deux tableaux. Fol. D 7 V et 8.
m et IV. La Visitation, en deux tableaux. Fol. G < v" et 2.
V. La Nativité. Fol. H 5 v».
VI. Groupe de bergers. Fol. H 6.
VII. « Gloria in excelsis. » FoL I 2 y°.
VIII. Groupe de bergers. Fol. I 3.
IX. Le Voyage des Mages. Fol. I 6 v".
X. L'Adoration des Mages. Fol. I 7.
XI. La Purification. Fol. K 2 v°.
XII. La Circoncision. Fol. K 3.
XIII. Le Massacre des Innocents. Fol. K 6 v°.
XIV. L'Assomption. Fol. L 4.
XV. Le Calvaire. Fol. M 8.
XVI. La Descente du Saint-Esprit. Fol. N 2.
XVII. David et Bethsabé. Fol. N 6 v°.
XVIII. Le Triomphe de la Mort. Fol. P 6 v".
La même suite de tableaux se voit dans trois autres livres
d'heures, datés, l'un de 1542, un autre de 1550 et un troisième
de 1556, dont voici les titres :
Horae in laudem beatissiilmae virginis Marise ad usum || Romanum.
(Marque du Pot cassé.) Parisiis, Il apud Oliverium Mallardum, il sub
signo Vasis effracti. I ^542. — A la fin : Excudebat Parisiis Oliflve-
rius Mallard, bibliopola J regius, sub signo Vasis effracti. ||^542.
ln-8°. Caractères romains. Figures en noir. (Exemplaire provenu
de M. Lesoufaché, à TÉcole des beaux-arts.)
Horœ in laudem beatissijjmç Virginis Mariç ad usum || Romanum.
Il Parisiis, || apud Thielmannum Kerver, || in vico Sancti Jacobi sub
sillgno Gratis. || M. D. L. In-8°. Caractères romains. Cahiers signés
A-Y. (Exemplaire communiqué par M. Morgand, le 2\ novembre
^894. — Autre exemplaire, incomplet des trois derniers feuillets, à
la bibliothèque Sainte-Geneviève, BB. 4 482.)
IIORAE D in laudem bealltissimse virgijnis Mariç ad usum II Roma-
DU XVI® SIÈCLE. 49
num. Il Parisiis, Il apud Thielmannum Kerver, in vi||co Sancti Jacobi,
sub signo Gratis. 4556. In-S". Caractères romains. Cahiers signés A-Y.
(Exemplaire conservé à la bibliothèque Mazarine, n" 23920 B, auquel
manquent les trois derniers feuillets du cahier Y.)
Ces deux derniers livres, datés de 1550 et de 1556, n'en
forment en réalité qu'un seul. C'est un livre d'heures que Thiel-
man Kerver imprima en 1550 et dont il débita les premiers exem-
plaires avec un titre au millésime de 1550 et une table des fêtes
mobiles pour les années 1549-1556. Le même libraire, pour faci-
liter l'écoulement des exemplaires qui étaient restés dans son
magasin, les munit d'un nouveau titre daté de 1556 et d'une
table des fêtes mobiles pour les années 1556-1563.
Dans les trois livres d'heures de 1542, 1550 et 1556, nous
retrouvons les dix-huit tableaux du livre de 1529. Ils s'y succèdent
suivant le même ordre, sauf l'interversion de deux sujets, comme
l'indique la liste suivante, où l'on verra d'un coup d'œildans quel
ordre et à quels feuillets les tableaux ont été placés par les impri-
meurs des livres de 1529, de 1542 et de 1550-1556 :
N°' d'ordre. sujet. feuillets <.
^529. -1542-50-36. <542. i 530-4556.
I, n. I, II. L'Annonciation. D 2 v°et3. D 2etv°.
m, IV. III, IV. La Visitation. F 2 v° et 3. F\r et 2.
XV. V. Le Calvaire. G 5. G 3 v.
XVL VI. La Descente du Saint-Esprit. G 6 V. G 5.
V. VII. La Nativité. G 8 v°. G 7.
VI. VIII. Groupe de bergers. H 4 . G 7 v°.
VIL IX. (c Gloria in excelsis. » H 6 v°. H 5.
VIIL X. Groupe de bergers. H 7. H 3 v°.
IX. XL Le Voyage des Mages. 1 3 v°. 12.
X. XII. L'Adoration des Mages. 14. 12 v".
XL XIIL La Purification. 1 7 v°. 16.
Xll. XIV. La Circoncision. 1 8. 1 6 v">.
XIIL XV. Le Massacre des Innocents. KàK K 2 v".
XIV. XVI. L'Assomption. L 4 v°. L 2 v«.
XVII. XVII. David et Bethsabé. N 2 v°. M 8.
XVIII. XVIII. Le Triomphe de la Mort. P 2. 0 7.
1. On a vu un peu plus haut sur quels feuillets du livre de 1529 les dix-huit
tableaux ont été imprimés.
2. Ce feuillet porte par erreur la signature L ini.
4895 ^
50 LES HEURES BRETONNES
Les tableaux des livres de 1527, de 1542, de 1550 et de 1556
ont été tirés sur les mêmes bois. D'où l'on doit conclure, comme
l'a déjà fait Auguste Bernard*, que ces bois, après être sortis de
l'atelier de Geofroy Tory, sont passés d'abord chez Olivier Mal-
lard, puis chez Thielman Kerver. Or, ce sont ces mêmes bois qui,
sauf une exception, dont j'aurai bientôt à parler, ont servi à
imprimer les quatorze tableaux des Heures bretonnes.
Les quatorze tableaux dont il vient d'être question ne sont
pas le seul trait commun aux Heures bretonnes et aux livres de
1542, 1550 et 1556. Beaucoup des motifs d'ornement qui dans
les Heures bretonnes servent d'encadrement aux quatorze tableaux
(petits anges, fleurs et fruits, animaux divers, notamment des
insectes et des oiseaux) se retrouvent sur les marges des livres de
1542, 1550 et 1556. Ainsi, le bandeau qui rempht le bas du
fol. xxxvi des Heures bretonnes nous offre : à gauche, un ange-
lot agenouillé et tenant un livre; à droite, un angelot accroupi
tenant un oiseau. Le bandeau qui borde la partie inférieure du
fol. XXXVII contient : à gauche, un angelot jouant avec un petit
chien ; à droite, deux angelots, dont l'un porte une croix et l'autre
un globe surmonté d'une croix.
Ces quatre bois ont été employés pour l'impression des livres
de 1542, 1550 et 1556. L'angelot au livre se voit dans les Heures
de 1542, au fol. G 4, et dans les Heures de 1550-1556, au
fol. A4 v°; l'angelot à l'oiseau, au fol. B7 des Heures de 1542
et au fol. A 3 des Heures de 1550-1556; l'angelot au petit chien,
au fol. A 42 des Heures de 1542 et au fol. A3 des Heures de
1550-1556; les deux angelots à la croix et au globe, au fol. B8
des Heures de 1542 et au fol. B 1 v" des Heures de 1550-1556^.
Indiquons d'autres rapprochements.
Parmi les petites figures que renferme la partie des Heures
bretonnes consacrée aux Suffrages des saints {Suffrageou an
Sent, fol. cxxi v° et suiv.), il faut remarquer le saint Michel
qui est au bas du fol. cxxiii v°. Il a été tiré sur le même bois que
1. Geofroy Tory, 2= éd., p. 281.
2. Signé par erreur A m.
3. Les motifs de décoration des encadrements des Heures de 1542 et de 1550-
1556, notamment les angelots, ont été servilement copiés pour les encadrements
d'un livre imprimé en 1556 et qui se rattache à l'école de Geofroy Tory : Horx
in laudem beatissimx virginis Mariée ad usum Romanum. A Paris, pour Charles
L'Angeller, 1556. In-8'. Bibl. nat., B. 9784.
DO XVI* SIÈCLE. S^
le saint Michel du fol. 224 v de YOfficium beatœ Mariœ, de
l'année 1574, ci-dessus cité, et que le saint Michel du fol. 141 v°
des Heures de Chartres, publiées en 1581 par Jacques Kerver*.
Le petit saint Nicolas qui se voit dans la même série des Suf-
frages, au fol. cxxviii des Heures bretonnes, est identique à
celui qui est au haut du fol . C m v° d'un livret gothique com-
mençant par les Quinze oraisons de sainte Brigitte, livret annexé
à des Heures de Jacques Kerver datées de 1561 2.
Les récits de la Passion, qui occupent les fol. d m vo-B vi des
Heures bretonnes, sont ornés de petites gravures, dont cinq au
moins se retrouvent dans un livre publié à Paris en 1556 par
loland Bonhomme, veuve de Thielman Kerver, et intitulé « Pro-
positions, dictz et sentences contenans les grâces, fruictz, prof-
fitz, utilitez et louenges du très sacré et digne sacrement de l'au-
teP. » Voici la place que ces cinq petites gravures occupent dans
le livre de 1556 et dans les Heures bretonnes :
LIVRE DE ^536.
HEURES RRETONi\ES.
a Ecce homo. »
E4.
e -1 et e 8.
Jésus portant la croix.
F4.
e ^ , e 8 et A 6 v°.
La Cène.
G3 v".
d 4 v°, e 4 et A 2 v°
Le Baiser de Judas.
G 5.
e 5 v° et A 4.
Jésus devant Pilate.
G 6 v°.
d 8, e 7 et A 5.
Je terminerai cette série de rapprochements par l'examen de
quatre petites images des évangélistes qui se trouvent aux fol. A 8
et 8 v", B 1 et 2 des Heures bretonnes, et qui sont signées des
lettres!. L. B. Toutes les quatre sont aux fol. 17, 17 v% 18 et 19
des « Heures de Nostre-Dame à l'usage de Paris, » publiées en 1569
par Jacques Kerver'*. Trois d'entre elles, celles de saint Luc, de
saint Matthieu et de saint Marc, se voient : l'' aux fol. 17 v°, 18
et 19 des « Heures Nostre-Dame à l'usage de Paris, » publiées en
1561 par Jacques Kerver s; 2'' aux feuillets 17 v°, 18 et 19 d'une
autre édition des Heures de Notre-Dame, qui paraît avoir été
1. Bibl. nat., B. 27833.
2. Bibl. Saiate-Geneviève, BB. 1507.
3. Un exemplaire de ce livre se trouve annexé à des Heures imprimées à
Paris en 1561 par Jacques Kerver dans un volume de la bibliothèque Sainte-
Geneviève, BB. 1507.
4. Bibl. nat., B. 8982. Exemplaire incomplet de la fin.
5. Bibl. Sainte-Geneviève, BB. 1507, et Bibl. de l'Institut, D. 66.
32 LES HEURES BRETONNES
publiée par Jacques Kerver en 1572* ; 3° aux fol. 16, 16 v" et
17 v° des « Heures de Nostre-Dame à l'usage de Chartres, »
datées de 1581, qui, suivant la souscription finale, furent « impri-
mées à Paris, par Jean Le Blanc, pour Jacques Kerver^. »
Cette signature I. L. B., dont Auguste Bernard =* s'est préoc-
cupé, n'est pas très rare sur les gravures de livres de dévotion
de la seconde moitié du xv!*" siècle. On la trouvera assez fréquem-
ment, par exemple : en 1565, dans des Heures imprimées pour
Jacques Kerver^; — en 1573, dans des Heures imprimées par
Jean Le Blanc pour Julian Duval^; — en 1581, dans des Heures
de Chartres, imprimées par Jean Le Blanc pour Jacques Kerver^;
— en 1585, dans des Heures de Paris, imprimées, selon toute
apparence, par le même, pour Julian Duval". Cette même signa-
ture se voit sur la plupart des pièces d'une suite de gravures des-
tinées à l'illustration des Quinze effusions de Notre-Seigneur,
notamment : dans une édition de ce livret annexée à des Heures
de Jacques Kerver portant la date de 1561*; dans une autre édi-
tion jointe à des Heures du même libraire de l'année 1565^ et
dans une édition de 1586 *^
On lit à la fin de l'édition de 1565 : « Imprimé à Paris, par
Jehan || Le Blanc, imprimeur, demeurant en || la rue du Paon,
près la porte Sainct || Victor. » Et, à la fin de l'édition de 1586 :
« Cy fine les Quinze effusions et la Vie || saincte Marguerite,
imprimée à Paris, || par Jehan Le Blanc, rue du Paon, || à l'en-
seigne du Soleil d'or. || M. D. LXXXVI. »
En voyant les gravures signées I. L. B. dans cinq livres impri-
més ou publiés par Jean Le Blanc, on se demande si cette signa-
ture ne doit pas être attribuée à Jean Le Blanc, qui aurait exécuté
1. Bibl. Sainte-Geneviève, BB. 1516.
2. Bibl. nat., B. 27833.
3. Geofroij Tory, 2' éd., p. 200, 294, 295 et 296.
4. Bibl. nat., B.4749.
5. Bibl. nat., B. 8991. — La première partie de ce livre renferme onze gra-
vures portant les lettres I. D., signatures qu'on voit également sur les gravures
du livret des Quinze effusions relié à la fin du même volume. Ces lettres I. D.
désigneraient-elles le libraire Julian Duval, éditeur de ce livre d'Heures?
6. Bibl. nat., B. 27833.
7. Bibl. Sainte-Geneviève, BB. 1483.
8. Bibl. Sainte-Geneviève, BB. 1507, et Bibl. de l'Institut, D. 66.
9. Bibl. nat., B. 4749.
10. Bibl. Sainte-Geneviève, BB. 1483.
DU XVI^ SIÈCLE. 53
OU fait exécuter les dites gravures. Mais je n'ai pas à donner ici
la solution de ce petit problème, et je reviens à mon sujet.
Ce qu'il faut retenir de tout ce qui précède, c'est que :
1° Les grands tableaux et les encadrements des Heures bre-
tonnes ont été tirés sur des bois venus de l'atelier de Geofroy
Tory et dont on s'était servi au cours de l'année 1550 dans l'ate-
lier de Thielman Kerver ;
2'' Une notable partie des autres gravures des mêmes Heures
bretonnes a été empruntée aux sept livres suivants :
4. Propositions, dits et sentences... Paris, la veuve de Thielman
Kerver, -1556.
2. Heures de Notre-Dame. Paris, Jacques Kerver, \ 564 .
3. Quinze oraisons de sainte Brigitte. [Paris, Jacques Kerver, 456-1 .]
4. Heures de Notre-Dame. Paris, Jacques Kerver, 4 569.
5. Heures de Notre-Dame. [Paris, Jacques Kerver, 4572.]
6. Officium beatae Marise. Paris, Jacques Kerver, 4574.
7. Heures à l'usage de Chartres. Paris, Jacques Kerver, 4584.
De ces constatations il me paraît résulter que les Heures bre-
tonnes ont été exécutées, soit dans la maison des Kerver, soit
dans une maison qui disposait du matériel des Kerver.
La maison des Kerver est d'ailleurs bien connue comme ayant
travaillé pour les Bretons^ C'est Jacques Kerver qui imprima en
1576 la traduction bretonne du Catéchisme de Canisius :
Gatechism^ hac instruction eguit an Gatholicquet, meurbet necesser
en amser presant, eguit quelen, ha discquifu an iaouancdet, quentafu
composet en latin gant M. P. Canisius, doctor en theology, ues a
Société an hanu a Jésus. Goude ez eux un abreget ues an pez a dleer
principalafu da lauaret en prosn an offeren dan tut lie. Troet bremman
quentafu a latin en brezonec gant Gilles K[aer]anpuil, Persson en
Gledguen Pochoer hac Autrou a Bigodou.
1. Cette circonstance n'autorise pas à attribuer une origine bretonne aux
Kerver, qui tiennent une si grande place dans les annales de la typographie
parisienne au xvi° siècle. Le fondateur de la maison s'est lui-même qualifié de
« teuton » dans la souscription de plusieurs des premiers livres qu'il a imprimés.
2. Je cite ce titre d'après M. Whitiey Stokes {Middle-breton hours, p. 58).
— Le Catéchisme breton de 1576, dont je donnerai la description dans l'Appen-
dice, est un livre rare; il n'est pas cité dans la bibliographie très développée
que le R. P. C. Sommervogel a consacrée à Canisius, au tome II de la der-
nière édition de la Bibl. de la Compagnie de Jésus. — Voyez plus loin, p. 79.
54 LES HEDRES BRETONNES
A Paris. Pour Jacques Kerver, demeurant rue Sainct Jacques, à
l'enseigne de la Licorne. ^ 576.
Après avoir fixé le lieu d'impression des Heures bretonnes,
il reste à en déterminer la date. Nous y parviendrons, je l'espère,
au moins d'une façon approximative. Pour y arriver, il faut com-
parer l'état des bois qui ont servi à l'impression des Heures avec
l'état de ces mêmes bois quand ils ont été employés pour l'exécu-
tion des livres de 1527, de 1542 et de 1550-1556.
Dans les Heures bretonnes, au feuillet xxix, le trait supérieur
de la bordure du second tableau de l'Annonciation se présente
avec une cassure dont il n'y a pas trace dans les livres de 1527,
de 1542 et de 1550-1556.
La même observation peut se faire sur une cassure du trait
supérieur de la bordure du tableau de la Mort, cassure très
accusée dans les Heures bretonnes (fol. xci v°) et n'existant pas
dans les livres de 1527, de 1542 et de 1550-1556.
Le livre de 1550 est donc antérieur aux Heures bretonnes.
Au premier abord une objection pourrait être faite à la conclu-
sion tirée des cassures ci-dessus indiquées.
En effet, sur la bordure du tableau du Massacre des Innocents,
on distingue dans le livre de 1550 (fol. K2 v") trois cassures qui
ne s'aperçoivent pas dans les Heures bretonnes (fol. lxiiii v°).
Mais un examen approfondi de ce tableau permet de constater
qu'il n'a pas été imprimé sur le même bois dans le livre de 1550
et dans les Heures bretonnes. On peut, sans trop de témérité,
conjecturer que le bois primitif, brisé, usé ou perdu, avait été
remplacé par un nouveau bois, servilement copié d'après le pre-
mier, mais avec des variantes très appréciables. Nous pouvons
donc, en toute assurance, considérer les Heures bretonnes comme
postérieures à l'année 1550.
Il y a plus. Les Heures bretonnes pourraient bien n'avoir vu
le jour qu'aux environs de l'année 1570. En voici la raison :
Sur la dernière page du cahier b commence une paraphrase
de l'oraison dominicale en quatrains bretons, intitulée :
An pater en Brezonec facilhafu maz |i eu possibl. Gant. G. K.
p. e. G.
Ce que M. Whitley Stokes traduit par :
The pater nosler in (the) easiest Breton that is possible, by Giles
de Kaeranpuil, parson in Cledguen.
DU XVI^ SIÈCLE. 55
Au fol. II du cahier c, une paraphrase bretonne du Symbole
des Apôtres est précédée de cette rubrique :
An daoudec Articl an fez Ghristen, ha || Gatholic : piou pennac n'o
cred, nen deu || guir servicher da doue, na neguell 1| bezafu saluet.
Gant G. K. p. e. G.
Ce qui a été ainsi traduit par M. Whitley Stokes :
The twelwe Articles of the Ghristian and Gatholic faith.
Whosoever believes them not is not a true servant of God, nor
can he be saved.
By Giles de Kaeranpuil, parson in Gledguen.
Je ne doute pas que l'interprétation des initiales G. K.p. e. C.
par Gilles Kaeranpuil, parson en Cleclguen, c'est-à-dire
Gilles de Keranpuil, curé de Cledguen^, ne soit parfaitement
exacte, et je vois dans Gilles de Keranpuil l'auteur ou l'éditeur
des Heures bretonnes. Or, ce Gilles de Keranpuil, curé de Gled-
guen, est connu pour avoir publié en 1576 chez Jacques Kerver
la traduction bretonne d'un abrégé du Catéchisme de Canisius.
Y aurait-il de l'imprudence à supposer qu'il a fait imprimer ses
Heures bretonnes chez le même Jacques Kerver, à peu près en
même temps que son abrégé du Catéchisme de Canisius?
Voilà donc parfaitement établie l'origine des Heures bretonnes.
Il reste à déterminer, autant que possible, le diocèse à l'usage
duquel ce livre a été imprimé. C'est, je crois, le diocèse de Saint-
Pol de Léon. En effet, la signature du premier feuillet du cahier B
est précédée de la syllabe Le, qu'il faut interpréter, ce semble,
par Leonensis. C'est aiûsi que, dans un vieux Bréviaire de
Saint-Pol de Léon et dans un vieux Missel du même diocèse,
dont la description se trouvera à la fin de la présente notice, la
lettre L accompagne la signature du premier feuillet de tous les
cahiers.
L'examen du calendrier ne contredit, pas cette conjecture, mal-
1. Clédea-Poher, Finistère, arr. de Châteaulin, cant. de Carliaix. — M. l'abbé
Paul Peyron, chanoine et archiviste diocésain de Quimper, a trouvé un acte
de 1573 dans lequel Gilles de Keranpuil est qualifié recteur de Motreff, paroisse
voisine de Cléden : « Die décima quinta mensis decembris anno Domini 1573...
Canonici... ecclesie Corisopitensis... dederunt annatara parecie de Mottref,
magistro Egidio de Keranpuill, rectori et titulario de Motreif, ejusdera parecie,
pro somma viginti scutorum... » — Cléden et Molreff sont deux paroisses de
l'ancien diocèse de Quimper.
56
LES HEURES BRETONNES
gré les places d'honneur qu'on y a réservées à deux évêques de
Quimper : Gorentin et Conocain. Nous y avons relevé les noms
suivants :
Januarii
XI.
Golumbine virginis.
xxrx.
Gildasii abbatis.
Februarii
' VIII.
Deriani confessoris.
XIII.
Gongadi episcopi.
Martii
II.
Joevini episcopi.
III.
Guengaloei abbatis.
V.
Pierani episcopi.
VI.
Senani episcopi et conf.
X.
Patricii episcopi.
XII.
Pauli episcopi.
XIIII.
Lazari episcopi.
XXVI.
Disme confessoris.
Aprilis
XV.
Juveite virginis.
XVI.
Paterni episcopi.
XXX.
Brioci episcopi.
Mail
I.
Philippi et Jacobi. Tran
XV.
Primaelis episcopi.
XVI.
Karadoci abbatis.
XIX.
Ivonis confessoris.
Junii
I.
Romani [sic] episcopi.
VII.
Pauli episcopi.
XVII.
Hoarvei confessoris.
Julii
I.
Goluini episcopi.
VIII.
Numii episcopi.
XIII.
Turiavi episcopi.
XVI.
Tenenani.
XXVIII
. Sampsonis episcopi.
Augusli
XVI.
Armagili confessoris.
XXVII.
Georgii et Auref. {sic).
Septembris
VI.
Theogonici conf.
XIX.
Sizgni episcopi et conf.
Octobris
II.
Melorii raartyris.
III.
Ternoci episcopi.
X.
Pauli episcopi Leonensis
XV.
GOGNOGANI episcopi.
XXIIII.
Maglorii episcopi.
Translatio sancti Corentini.
DU XVr SIECLE.
57
XXV.
lioeznovei episcopi.
XXVI.
Florii^ episcopi.
XXIX.
IVONIS CONFESSORIS.
Novembris m.
Guenualei abbalis.
un.
Clari episcopi.
VI.
Melani episcopi.
VII.
IlduILi abbatis.
X.
Martini et Verani.
XII.
Renati episcopi.
XIIII.
Gendulphi episcopi.
XV.
Maclovii episcopi.
XVIII.
Maudeti abbalis.
XIX.
Hoarvei episcopi.
XXVII.
Alani episcopi.
Decerabris ii.
Tugduali episcopi.
m.
Gaciani episcopi.
XII.
Chore.mini episcopi.
La liste des confesseurs qui sont invoqués dans les Litanies
des saints (fol. lxxxvi) est encore plus significative : saintPoly
figure immédiatement après huit saints confesseurs qui étaient
l'objet d'un culte très solennel dans toutes les églises de l'Oc-
cident.
Silvester.
Léo.
Martine,
Gregori.
Ambrosi.
Hieronyme.
Augustine.
Nicolae.
Paule.
Chorentine.
Golvine.
Gueuroce.
Mevenne.
Joevine.
Tenenane.
Senane.
Tudguale.
Brioce.
Guillerme.
Maclovi.
Sampson.
Paterne.
AUore.
Juliane.
Ronane.
Gaciane.
Gognogane.
Brici.
Sulpici.
Yvo.
Maudete.
Fiacri.
1. Il faut lire Atorii.
58 LES HEDRES BRETONNES
Gildasi. Maure.
Desideri. Golumbane.
MaLurine. Caradoce.
Guengaloee. Hoarvee.
Guennaele. . Dominice.
Leonori. Francisée.
Antoni.
Saint Pol de Léon arrive également en tête de la série des
saints bretons qui ont les honneurs d'un article spécial dans la
série des Suffrages. Je copie les rubriques de cette partie des
Heures :
Sdffrageod an Sent.
Aman es commanc suffrageou an sent.
Ha da quentaff dam dreyndet byniguet. (La Trinité.)
Oreson da Doe lat. [Le Père.)
Oreson dan mab. (Le Fils.)
Oreson dan speret glan. {Le Saint-Esprit.)
Nep a lauaro an anten man gant he oreson dirac ymag an Vero-
nyc {La Véronique.)
Da sant Michael. (S. Michel.)
Da sant Jaiian Badezour. (S. Jean-Baptiste.)
Da sant Jahan evangelist. [S. Jean VÊvangéliste.)
Dan sent Pezr ha Paul. (5. Pierre et S. Paul.)
Da sant Jaques am bras. (S. Jacques le Majeur.)
Da sant Mazeu. [S. Matthieu.)
Da sanl Slephan. (5. Etienne.)
Da sant Laurence. (S. Laurent.)
Da sant GhristofT. {S. Christophe.)
Da sant Sébastian. (S. Sébastien.)
Da sant Denes. {S. Denis.)
Da sant Nicolas. (S. Nicolas.)
Da sant Glauda. (S. Claude.)
Da sant Anthon. [S. Antoine.)
Da sant Roc. (S. Roch.)
Da sant Paul, escop a Léon. (S. Pol, évêque de Léon.)
Da sant Gouluenn. (S. Golvein.)
Da sant Ghorentin, patron a Querneau. (S. Corentin, 'patron de
Cornouaille.)
Da sant Dider. (S. Didier.)
DU XVI^ SIÈCLE. 59
Da sant Yven, natiu a Treguer. (5. Yves, natif de Tréguier.)
Da sant Guillerm. {S. Guillaume.)
Da sant Maudez. {S. Mandé.)
Da sant Fiacr. {S. Fiacre.)
Da sant Hervé. {S. Hervé.)
Da sant Men. {S. Méen.)
Da santés Anna. (5'^ Anne.)
Dan Magdalen. [La Madeleine.)
Da santés Katherin. (5'^ Catherine.)
Da santés Genovefa. (5*^ Geneviève.)
Da santés Margarit. (5'^ Marguerite.)
Da santés Barba. (5*^ Barbe.)
Dan unnec rail guerches. [Les onze mille vierges.)
Da santés Apolina. (5'^ Apolline.)
Par ces différents motifs, j'ai cru devoir attribuer au diocèse de
Saint-Pol de Léon les Heures bretonnes, qui durent être exécutées
à Paris quelques années après le milieu du xvf siècle.
Je termine par la description de l'ancien Bréviaire et de l'an-
cien Missel de Saint-Pol de Léon, dont le témoignage a été invoqué
à propos de la signature d'un cahier des Heures.
On fait honneur* de la rédaction du Bréviaire à Gui Le Clerc,
qui occupa le siège de Saint-Pol depuis 1514 jusqu'en 1521. Le
Missel dut être publié sous les auspices de Gui de Chauvigné, qui
fut nommé évêque de Saint-Pol le 3 juin 1521 et qui se démit de
son évêché en 1554. C'est à ce prélat, selon toute apparence,
que s'adresse une épître dédicatoire dont le texte sera donné un
peu plus loin, mais dont la suscription est malheureusement
mutilée.
Breviarii Leonensis pars htemalis. Parisius, ^o^6.
[L] Fol. I. Incipit psalterium secundum usum II ecclesie Leonen-
sis. 56 feuillets, cotés i-lvi. Cahiers signés A-G en rouge.
[IL] Fol. \ . Brève de in anno. Fol. 7 v". De festis paschalibus.
8 feuillets non cotés. Signature A.
[III.] Propre du temps, de l'Avent à la Trinité. Fol. i. Incipit ordi-
narium horarum || canonicarum secundum morem ecclesie Leonen-
sis. Fol. cxii v°. Finit tempus hyemale. U2 feuillets cotés ai-acxii.
1. Gallia christiana, XIV, 982.
60 LES HEURES BRETONNES
[IV.] Propre des saints, de la Saint-André à la Sainte-Basilide.
Fol. AA I. Incipit sanctorale hyemale. Fol. MM ii. Explicit sanctorale
hyeraale. Fol. MM vrii v". Finit tempus hyemale brejviarii Leonensis.
96 feuillets non cotés. Cahiers signés AA-MM.
[V.] Commun. Fol. A i. Incipit commune sanctorum. 24 feuillets,
cotés A i-A xxiiii (la lettre A étant en rouge). Signatures A-G.
A la fin du Commun, fol. A xxiiii v^ Explicit Breviarium ad
usum II Leonensem, summa diligentia cor||rectum, Parisius impres-
sum per || Desiderium Maheu, in vico Sancti H Jacobi commorantem,
sub interllsignio divi Nicolai, impensis II ejusdem Desiderii Maheu,
Yvodnis Quillevere et Alani Prigent, ff in hoc opère sociorum. Anno
-13^6.
In-8°, 296 feuillets, dont le numérotage et les signatures sont
indiqués ci-dessus. La signature placée en tête de chaque cahier est
accompagnée de L, initiale de Leonense. Caractères gothiques. A deux
colonnes.
Description prise sur l'exemplaire de la Bibliothèque nationale
(Réserve, B. 4920), auquel manque le feuillet 49 du Psautier.
Alain Prigent, qui, d'après la souscription ci-dessus rapportée,
contribua pour une part à l'impression du Bréviaire de Saint- Pol
de Léon en -lD^6, devait tenir une maison de librairie à Landerneau.
On trouva en ^520, entre les mains de l'imprimeur de ce môme
Bréviaire de Saint-Pol, une reconnaissance datée du 2\ juin 'I5^9,
par laquelle « Alain Pregent, marchand à Landerneau, » reconnaissait
devoir à Didier Maheu une somme de i2\ livres 4 sous 4 deniers
obole*. Cette somme représentait sans aucun doute le prix de livres
achetés chez Didier Maheu pour être vendus en basse Bretagne.
MissALE Leonense. Parisius, 1526.
Missale secundum vcrum usum insignis ecclesie II Leonensis, una
cum dicte ecclesie inslitutis consuetudinibusque, hue usque nun-
quam || impressum-, adjectis pluribus multum desideratis, tabula
etiam perpulchra II post kalendarium posita, secundum numerum
foliorum, singulas dominicas et festa || distincte demonstrans-, in
kalendario etiam reperies festa sanctorum dicte dioHcesis per ordinem,
necnon eorum officia, suis in locis ad longum posita, sine recurjjsu
ad commune, demptis epislolis, prosis et evangeliis quando non
1. Inventaire publié par M. Coyecque dans le Bulletin de la Société de l'his-
toire de Paris, année 1894, t. XXI, p. 205.
DU XVI® SIÈCLE. 6^
habenl propria; non sine ingenti ac pervigili cura consuramatum in
aima Parisiorura academia, 1 anno Dornini millesimo quingentesimo
vigesimo sexto.
Au-dessous de ce titre, une image de saint Pol, domptant un dra-
gon; la ville de Saint-Pol est représentée au fond du tableau; dans
les deux angles supérieurs du tableau : à gauche, les armes de Bre-
tagne-, à droite, celles de Saint-Pol de Léon (un sanglier).
Sur les côtés du tableau, la mention : Gum privilegio regali ad
quinquennium, et cum consensu capituli.
Au-dessous, l'adresse du libraire : Venumdatur Parisiis ab Yvone
Quillevere.
Tout au bas de la page, pièce de trois distiques :
A.d sacerdotes exhortatio.
Qui divina cupit summo libamina patri
Donaque sublimi mystica ferre Deo,
Hec légat a tetra purgata volumine labe ;
Nam prestant faciles ad pia sacra vias.
Horum presidio mysteria sancta parabit,
Et celi domino munera grata feret.
Titre final, au verso du dernier feuillet : Ad laudem Dei omnipo-
tentis ejusque intemeratell genitricis et virginis Marie ac sancLi Pauli,
patroni ecclesie Leonensis, in || cujus honorem fundata est ecclesia
dicti Pauli, totiusque curie celestis, actum || et completura extat arte
impressoria presens hoc missale, seu misse ordiinarium, hue usque
nunquam impressum, in preclara urbe Parisiensi, prefatequell eccle-
sie ritui adaplatum, in quo diligenter, adjunctis ipsius ecclesie cons-
tilltutionibus atque consuetudinibus, singulisque festivitatibus, cum
prosis orajtionibusque cuilibet festo propriis adjunctis, suum ad
locum appositis; cumque || pluribus raissis votivis in fine additis;
atque insuper quorumvis sacramen||torum, quorum a baptismo usque
ad extremam unctionem quisque animarum re||ctor (non pontifex)
accepit ministerium, administrationis ténor, et ea que || circa eam
contingere possunt dubia, exarata sunt. Impressum per Nicolaura
Il Prévost, impensis Yvonis Quillevere, anno Domini millesimo
GGGGG XXVI, n die vero xriii julii.
Au-dessous de ce titre, la marque du libraire : saint Pol et saint
Yves, à l'ombre d'un laurier, au tronc duquel est appendu un écusson
portant les initiales Y Q. Sur la tête des deux saints, cartouche ren-
62 LES HEDRES BRETONNES
fermant les noms : S. PAVLVS — S. YVO. Au bas de la marque est
imprimé en rouge le nom du libraire : Yvo QuillevereK
La partie inférieure de la page est remplie par ces quatre vers :
Gum nichil absque Deo fît proficui vel honoris,
Primum regnum (sic) Dei queras et in omnibus horis,
Et sic omne bonum tibi plenius adjicietur,
Quique Deo servit, regnare Deo perhibetur.
In-4'', 288 feuillets, savoir : 8 pour le titre et le calendrier (cahier
non signé) ; i36 pour le Propre du temps (cahiers a-r) ; ^00 pour le
Propre des saints (cahiers A-N) ; 44 pour le Commun (cahiers A-F en
rouge). Les feuillets du Propre du temps et du Commun sont numé-
rotés. Caractères gothiques. A deux colonnes.
Exemplaire de la bibliothèque de feu M. Pol de Courcy. Il y manque
les feuillets cxxix et cxxxvi du Propre du temps et xxx du Commun.
Ces trois feuillets existent dans un autre exemplaire du même missel,
conservé au grand séminaire de Quimper, au sujet duquel M. le cha-
noine Peyron a bien voulu me renseigner.
Le feuillet cxxix (remplacé dans l'exemplaire de M. de Courcy par
un feuillet de livre d'heures imprimé sur vélin) contient au recto une
fin de préface et le Sanctus; au verso une image du calvaire.
Sur le feuillet cxxxvi se trouvent : ^Ma fin du petit poème Peni-
teas cito; 2° Modus incipiendi et finiendi orationes ecclesiasticas ;
3° Spéculum sacerdotum missam celehrare volentium.
Quant au feuillet xxx du Commun, il contient les cérémonies du
mariage et de l'exlrême-onction, avec un texte breton que M. le
vicomte de La Villemarqué a cité dans le Barzas Breiz (éd. de -1867,
p. 4-18) et qui a été publié par M. Whitley Stokes [Middle-hreton
hours, p. 37).
Au verso du titre, l'éditeur a placé une dédicace et une pièce de
vers, dont je reproduis le texte, avec d'autant plus d'empressement
que le feuillet initial du Missel, sur lequel sont ces deux morceaux,
manque dans l'exemplaire du séminaire de Quimper :
Reverendissimo
[di]gnissimo, Alanus Qu...us^ Leoni...^ humillimam S. D.
1. L'imprimeur de Saiot-Brieuc, L. Prud'homme, s'est approprié cette marque.
2. Peut-être Quentinus.
3. La lecture de ces cinq lettres n'est pas certaine. Je crois cependant qu'il
doit y avoir ici le mot Leonigeus (Léonnais), comme dans la rubrique de l'Éloge
de la Bretagne mis en léte du Catholicon de 1521 ; voyez plus loin, p. 69.
DU XVI^ SIÈCLE. 63
Qui templi fores reserant ut inlroitum pandant volentibus obstrusa
sacra contueri, sacratissime presul, non modicum prestant illisadmi-
niculum quo sui desiderii compotes fiant. Haud aliter qui sanctos
elucidarunt authores divinorum mysteriorum interprètes, ut illorum
pervia magis esset intelligentia perceptibiliorque^ sensus, non contem-
nendam tulerunt opem cupientibus recondita in illis allissirae sapien-
tie arcana pio mentis obtutu conspicere. Sicut ad templorum adita
penetraliaque secretiora non datur cuiquam introitus, nisi valvis ada-
pertis foribusque reclusis, ila plane nec deiloquorum patet authorum
sententia, in qui bus abdita sunt et occultata celesLium sacrorum
munia, nisi sit qui viam aperiat, seras patefaciat et illato lumine
dimoveat obscura. At vero, inter eos qui post sanctorum eloquiorum
fautores celestia nobis mysteria devoLionis adminiculo tradiderunt,
reverendus ecclesie Leonensis antistes cum primis annumerandus
est, quem nunc video ad magne glorie fastigium provectum, quem
colo, quem ammiror ac veneror, quem amplissime insignis ecclesie
Leonensis decus ac sydus quoddam luculentissimum qui quidem
noverit, dubitare nemo possit meritis premiis, debitis honoribus tue
R. D. virlus decorata est^. Nunc facilius probitatis tue laus elucescit,
nunc prudencia, nunc bonitas et religionis flagrantissimus illustrabi-
tur amor, quibus plane rébus floruisti semper, R. D.,a teneris, utGreci
dicunt, unguiculis. Soient quidem ^ primi urbium conditores, R. D.,
splendore virtutum suarum rerumque gestarum gloria magnam
afferre conditis a se urbibus commendationem et laudem, ut lanto
preclarior urbs aliqua habeatur quanto prestantior claritudine nomi-
nis fuerit qui eam primus condidit. Haud aliter et eximia vite sanc-
timonia illustrisque doctrina eorum qui régulas ecclesiastice institu-
tionis primi ordinarunt legesque tulerunt, quibus in eo vite génère
sancte religioseque vivatur, non modicam affert dignitatem et autho-
ritalem ecclesiastice professioni, ut eo debeat haberi commendatior
quo excellentiores eruditione et virtute fuerunt qui eam tanquam
rerum publicarum législatures certis legibus ac regulis instituerunt.
Sed pari quoque digni sunt laude canonici ejusdem ecclesie Leonen-
sis rectoresque et conservatores ejusdem diocesis quorum virtute,
ope, authoritate illa geruntur in quibus universa lex pendet et tota
sita est ecclesie ratio et recte ac laudabiliter vivendi disciplina. Hec
1 . L'édition porte : preceptibilior.
2. Il semble qu'il y ait dans cette phrase ou une omission ou un vice de
construction.
3. On a imprimé quidam.
64 LES HEURES BRETONNES
duo sunt eterni mandata principis : primum, ut colatur Deus; alte-
rum, huic simile, ut proximus diligatur. Hoc jubent leges, hoc jura
divina et humana contendunt, hoc studio omni curare debent eccle-
siarum rectores et raagistratus, ut per rectam illorum administratio-
nem juste, pie, moderate, tranquille vivatur horainum conciliatione
ac societate. Tantisper enim bona fuerit, tranquilla et beata ecclesia,
dum boni et sapientes extiterunt qui magi stratus gerunt, taies namque
constat esse civitates ac populos quales hi fuerint qui eis gubernandis
ac regendis presunt. Boni sunt qui intelligunt se gerere personam civi-
tatis etejus dignitatem sustinent. Boni sunt rursus qui justitiam dili-
gunt, leges servant, j ura atque instituta tuentur. Boni quidem' sunt qui
concordiam amant, unitatem spiritus consectantur, pacem amplectun-
lur, que bonorum omnium cumulum prestat. Félix ista natio existi-
manda est que luculentissimipresulis culmine enitescit! Félix, inquam,
ista natio que devotionis fervoreac sanctorum splendescitamplitudine!
Félix profecto ac beata ista natio que tôt tamque clarorum virorum
et prestantium dominorum eminet ac refulget glorial Enim vero hic
prestanlissimi presulis et omnium qui ecclesiastica nobis de Deo
divinisque mysteriis monumenta pararunt precipuus est finis ut ex
illis Deus cognoscatur, syncerius cognitus ametur, ardentius autem
amatus in spiritu et verilate colatur, adoretur et laudetur ubcrius.
Itaque sit hec nostra velim lucubratio tue prestantissime dignitati
accepta, pro amplissima in me tua benevolentia vel quantulumcum-
que gratitudinis argumentum, celebranlibus autem omnibus utilis,
plebecule vero instar perpendiculi fructifera et ad percipiendam supra-
mundanorum devotionem accommoda. Vale, litterarum et virtutura
decus. Ex Parisiis, M D XXVI.
Ejusdem ad ecclesie Leonensis capitulum epigramma.
Ecce Leonensis Britonum conventio rudi
Exiguum populo tradere ccpit opus.
0 sermone potens Britonum conventio, mitis,
Suavis et ornato subdita pontifici,
Quam bene christicolis fîdei precepta ministras,
Divinos ritus et sacra jura docens !
0 felix paslor (nemo feliciorj ecce
Dat tibi felicem cantor ApoUo chorum.
Sic vos feli[ces] sic vos clementer et equa
La i numina summa regunt.
1. On Ht encore ici quidam dans l'imprimé.
DU XVI® SIÈCLE. 65
Le nom d'Yves Quillevere, auquel est due, au moins en par-
tie, la publication du vieux Bréviaire et du vieux Missel de Saint-
Pol de Léon, doit être cher aux Bretons. C'est de la maison de
ce libraire que sont sortis deux des plus précieux livres bretons
du xvf siècle : en 1521 le Catholicou, et en 1530 le Mystère de la
Passion, dont la valeur a été si bien mise en relief par M. le
vicomte de La Villemarqué.
L. Delisle.
APPENDICE
NOTES SUR QUELQUES LIVRES BRETONS
IMPRIMÉS AU XV*" ET AU XVI^ SIÈCLE.
Quand roccasion s'est présentée de faire entrer à la Bibliothèque
nationale les Heures bretonnes auxquelles le travail de M. Whitley
Stokes a donné de la célébrité, j'ai dû me rendre compte de la place
que ce livre doit occuper dans la série des plus vieux libres bretons
imprimés. A cette fin, j'ai passé en revue ceux de ces livres dont la
Bibliothèque nationale possède des exemplaires, et j'ai pu comprendre
dans ma revue le Catéchisme breton de l'année -1 376, dont un exem-
plaire m^a été gracieusement communiqué par M"® la comtesse de
Kergariou, et deux livrets : le Mystère de sainte Barbe et le Miroir
de la mort, dont nous devons la description à M. Arthur de La Bor-
derie.
L Le Gatholicon de Jean Lagadedc, 4499-4321.
Un peu après le milieu du xv® siècle, Jean Lagadeuc, de la paroisse
de Plougonven, au diocèse de Tréguier, prenant pour modèle le
célèbre Gatholicon de Jean de Gênes, rédigea un Dictionnaire qui
avait pour but d'aider les Bretons à apprendre le français et le latin.
11 nous en est parvenu un manuscrit, qui vient d'Antoine Lancelot et
4895 5
66 LES HEURES BRETONNES
qui porte le n» 7656 dans le fonds latin de la Bibliothèque nationale
(volume sur papier, de iSi feuillets, mesurant 286 millimètres
sur 2i4). Ce manuscrit n'est malheureusement pas complet. La
copie n'en a jamais été terminée; elle s'arrête à l'article PRES, au
bas du recto du feuillet -131 , feuillet dont le verso est resté en blanc.
De plus, il existe une lacune entre les mots : INSTRUCTION et
MOLESTAFF. L'article INSTRUCTION se trouve au haut du qua-
trième feuillet d'un cahier dont les dix dernières pages (fol. ^ 05-1 09)
sont restées en blanc. En tête, l'auteur a mis une courte préface
datée du -16 août -1464. La copie doit être de bien peu postérieure à
cette date. Voici le texte de la préface :
Principio Dominum rogo trinum semper et unum
Ut Britoni librum valeam complere novellum.
Si quid in hoc opère videaris non bene dictum.
Non mox arguere studeas tanquam maie pictum.
Primo consulere piaceat tibi sepe peritum
Qui sciât instruere necnoa discernere scriptum.
Quoniam quidam raulti scolares, adhuc in limine gimnasii, non
habentes periciam latinitatis, trahunt vocabula latina ad sensum extra-
neum et extortum, squamas avibus et plumas piscibus apponentes, alii
quippe de novo latinum fingunt ac alii barbarizant, eciam quia quam
plures Britones muUum indigent gallico, idcirco ego Johannes Lagadeuc,
parrochie de Ploegonven, diocesis Trecorensis, in artibus et decretis
bachalarius, quamvis indignus, ad utilitatem pauperum clericulorum
Britanie vel rudium in pericia latinitatis, hoc opusculum composui,
primo ponens et ordinans britonicum secundum ordinem quem frater
Johaunes Januensis tenet in suc Catholicon, sibi addiciens gallicum et
dcinde latinum ejusdem significationis, ut per illud britonicum poterunt
ad galiici et latini pervenire cognicionem : liic enim suplebitur quidquid
ex hujus deiïeclu hactenus pretermissum est. Queso autem mente
de vota, super hujusmodi operis imperfectione veniam a scolaribus et
magistris postulans, ut non bene dicta corrigant, defectus suppléant ac
in melius reforment, ac britonicum secundum earum {sic) prolacionem
hic interserant, ut meUus utique convalescat. Datum die xvi* mensis
augusti, anno Domini millesimo quadringentesimo sexagesimo quarto.
On connaît trois éditions imprimées du Catholicon.
-I" édition. Tréguier, 1499.
Cy est le Catholicon en troys lan||gaiges, sçavoir est breton, fran||-
czoys et latin, selon l'ordredel'a, (| b,c, d,etc. — Marque de J. Galvez.
(Au verso du titre, à la suite d'une préface commençant par les
DD XVI* SIÈCLE. 67
mots Qui lingua loquitur oret ut interpretur et qui n'offre point
d'intérêt, au bas de la col. 2 :) Incipit Dictionarius Britonum, conti-
nens || tria ydiomata, videlicet britanicum secundum [j ordinem lit-
terarum alphabeti, gallicutn et 11 latinum superaddita a M. J. Laga-
dec, dio[|cesis Trecorensis, corapositus ad utilitatem || clericorum
novellorum Britanie.
(A la fin :) Cy finistce presant libvre nommé le Gajlholicon, lequel
contient trois langaiges, || sçavoir breton, franczoys et latin, lequel
Il a esté construit, compilé et intitulé par noble et || vénérable maistre
Auff"ret Quatquevellran, en son temps chanoine de Treguier, [| rec-
teur de Ploerin prèsMorlaix, prevoians f| que c'estoist une chose pro-
pice et utile de [] mettre ces trois langaiges concordens |1 Pung à
l'aultre, quant affîn et pour instruire les simples gens a avoir la
cognoissance || des ditz langaiges, ainsi que le hbvre le || demonstre.
Et imprimé à la cité de Lantre||guier par Jehan Galvez, le cinquiesme
jour II de novembre, l'an mil GGGC IIII vingtz || et dix-neuf.
Euzen Roperz, credet querz, a Kaerdu,
En composas ung pas ne fallas tu
Bedenn yssu hac en continuas.
Marque de J. Galvez.
In-folio. ^06 feuillets non numérotés, dont le dernier est blanc.
n cahiers signés a-r, chacun de 6 feuillets, sauf les deux premiers
qui en ont chacun 8. Garactères gothiques. A deux colonnes.
Exemplaire ayant appartenu à Jacques Gorbinelli et à Huet. Bibl.
nat.. Réserve, X. 252. — Second exemplaire, incomplet des feuil-
lets a 1 , c ^ , 1 6, m ^ -6, et r 6. Réserve, X. 433.
Sur cette édition, il faut consulter A. de La Borderie, l'Imprimerie
en Bretagne au XV^ siècle, p. 83-94, et Thierry-Poux, Anciens
monuments de la typographie française, p. -16, notice U9, pi. XXX.
G'est de cette édition que M. Le Men a donné un abrégé dans le
yo\\imQmiiiu\éCatholicon de Jehan Lagadeuc. Lorient, [^867], in-8".
2* édition ? ?
Le premier feuillet manque.
(Titre courant au haut du fol. ii :) Incipit Dictionarius || Brito-
num, continens tria ydiomata, videliijcetbritannicum secundum ordi-
nem litterarum aljlphabeti, gallicum et latinum superaddita, [| a ma-
gistro Johanne Gorre Trecorensi correctus |i et revisus.
68 LES HEURES BRETONNES
Le dernier feuillet manque, et le feuillet xvii a été refait à la main.
In-quarto. 1 00 feuillets numérotés. Cahiers signés A-Q. Caractères
gothiques. A deux colonnes.
Exemplaire ayant appartenu à J.-B. de S. Port, puis à Falconet.
Bibl. nat. , Réserve, X. 946. Le présent exemplaire parait être celui
dont parle Brunet^
On peut supposer que cette édition du Catholicon est celle dont il
se trouva six exemplaires dans l'hôtel du libraire Didier Maheu, à
Paris, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de Saint-Nicolas, le 2\ avril
■J520, lors de l'inventaire dressé après la mort de Jeanne Corset,
femme de Didier Maheu : « Six Calholicum, en françois et en breton,
VI s. VI d. t.2. » En -1520, on n'estimait donc que ib deniers l'exem-
plaire d'un petit volume qui se paierait aujourd'hui bien au delà du
poids de l'or.
3^ édition. Paris, ^52i.
Catholicon. || Artificialis Dictionarius tripha|)riam partitus : brito-
nice scilicet, gallice et latine, (| non parva accuralione et diligentia
recenter ParrhilJsius impressus, necnon a complusculis mendis tersus
Il atque castigatus, nonnuUisqueadditis crementum acjlcessionemque
hac in secunda recognitione suscipit.
Grande marqua de Yvo Quillevere.
Venmidatur Pharrisius ab Yvone Quillevere, || commorante in
vico sic nuncupato la Bucherie.
(Titre de départ au haut de la col. ^ du fol. ii :) Incipit Dictiona-
rius Il qui intitulatur Catholi||con, continens tria ydio||mata : videlicet
britanni|]cum secundum ordinem litterarum || alphabet), gallicum et
Il lalinum super addita, || jam pridem ab innumeris jl deffeclibus cor-
rectus et || revisus.
(A la fin, col. 2 du fol. clx :) Explicit Ca||tholicon seu Dictionarius
trino parîltitus vernaculo, expensis honesli || viri Yvonis Quillevere,
Parisius j] commorantis, rursum impressus, nec||non opéra ac ipsius
industria dihgen||ter tersus et emendalus, anno sesqui || millesimo
vicesimo primo, pridie || kalendas februarias.
1. Manuel, t. I, col. 555. — Au lieu de Johanne Corre Trecorensi, Brunet a
lu Johanne Trecorensi. — M. Le Men cite cette édition sous le nom de Jean
Cozre ; voyez la réimpression du Catholicon de Jehan Lagadeuc, publiée à
Lorient en 1867, p. 8 de la partie liminaire.
2. Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, 1894, t. XXI, p. 200.
DU XVI^ SIÈCLE. 69
Au bas de la même page, deux distiques :
Ad invidum.
Non aliéna tuis quatiuntur pectora tells.
Non aliis rapidus sed tibi livor obest.
Hereat altus amer tibi : de pectore sevum
Livorem pellas : hic teret, ille fovet.
Sur le fol. cLx v°, les armes de Bretagne, supportées par deux
anges.
Petit in-octavo. ^60 feuillets numérotés, répartis en 20 cahiers qui
sont signés A-V. Caractères gothiques. A deux colonnes.
Bibliothèque nationale, Réserve, X. 2059.
C'est l'édition de 'I52^ que Brunet^ a décrite d'une façon très
inexacte, en lui assignant pour date l'année '^50^. La même erreur
a été commise par M. LeMen^, qui paraît cependant avoir vu l'exem-
plaire de la Bibliothèque nationale.
Le Catholicon de ^52^ s'ouvre par un pompeux éloge de la Bre-
tagne, qui couvre le verso du titre et qui mérite bien d'être reproduit :
Leonigeus in laudes Britannie.
Optima patrie jacta fundamenta Socrates, ille philosophie parens,
dicebat et perpétua firmitate constare si sapiens, si virilis, si temperans,
si justa foret : que quidem magne eximieque virtutes, tam et si totius
humane vite contineant rationem, precipue tamen ad bene regendam
communitatem necessarie sunt, ut absque earum presidio nulla nec
munita satis nec tuta sit patria. Sed quid ratio petit, quid spectat aliud
quam virtutis actionem atque exercitationem et tum sapientiam, pru-
dentiara, tum equitatem, animi magnitudinem, verecundiam, modes-
tiam, probitatem eidem colendam suadet, praecipit, imperat. Quis est
qui ignoret temperantiam in Britannia clarescere ac plurimum domi-
nari? Quis igitur Britanniam non laudet, quis non predicet, quis non
plurimum admiretur, apud quam certi sunt rerum fines, totiusque deni-
que vite ordo modusque servatur, et eorum que vel dicuntur vel fiunt
recta mensura est? Eidem constantiam, nobilitatem, gravitatem cete-
rasque tum multas tum maximas virtutes si pergam, non dicam laudare,
sed referre, deticiat me dies. Taceo igitur celi clementiam, aeris salu-
britatem, ubertatem soli, agrorum fertilitatem , loci opportunitatem,
segetum commoditatem, varietatem fructuum, cujusque generis annone
mirificam copiam, magnam vim frumentorum, optimi pecoris posses-
sionem, numerosa armenta, pascuorum feracitatem, optima et pinguium
l. Manuel, t. I, col. 555
1. Manuel, t. I, col. 555.
2. Réimpression du Catholicon, p. 8 de la partie liminaire.
70 LES HEURES BRETONNES
pratorum, coUium etvirentium convallium pabula. Jam de amplissima
Britannie ditione quid multa dicere opus est? Terre manque Britannia
imperat; opida complura, castella permulta, populi non ignobiles illi
serviunt. Urbes etiam non incelebres ejus dicioni subjacent. In his fera-
cissima ora et omnis regio circumscripta littoribus occeani maris, que
quasi frumentaria cella finitimorum omnium ac per altum, precipue ex
celeberrimo Abrevetule portu, multa exportans necessaria alimenta,
etiam exteris et longinquis populis subministrat, quibus inter se homi-
nés juvare, civitates continere, vite presidia conferre possint. Verum
hos soient sapientes dignos exîstimare qui reipublice presint, qui magis-
tratus gérant, qur populorum gubernaculis preficiantur. Pastores nam-
que suntqui alios regunt, ut scite Homerus pastorem populorum Aga-
memnonem appellare sit solitus. Qui una nostris seculis in bac preclara
atque optime instituta republica florent nec minus splendescunt quam
quondam bellica gloria prestans Lacedemon, imperio et summis opibus
Roma refulgens : in bac, inquam, patria in qua omnium pêne consensu
aurea dominatur libertas. Taies qui modo gubernant viros moderatione,
integritate ornatos et reipublice studio ac patrie cbaritate flagrantes.
Taies quoque magistratus annuunt pennates in bac preclara commitio-
rum celebritate, ut et summa ipsi virtute prediti, invitati exemplo,
patriam conservent, juveut, amplificent, quorum ope et presidio sit illa
« Imperium occeano famam que tcrminet astris, » ad eterni principis
decus et ejus florentissimi populi gloriam et tranquillitatem.
Pour montrer dans quel rapport sont entre elles la copie manus-
crite et les trois éditions du Catholicon, je prends au hasard quelques
articles de la lettre B, Les mots bretons qui sont dans le corps des
articles seront imprimés en caractères italiques.
Manuscrit. Édition de 1499'.
Baetes : gallice bleteou bpte,de Baetes : gallice bete ou blcte^,
quoy on fait la pourrée; latine bec de quoy on fait la porée ; latine
betha, bethe. bec beta, bete 3.
Bagat : g. assemblée, multitude Bagat : g. assemblée, multitude
de gens; 1. bec turba, e. Item bec de gens''; 1. bec turba, be. Item
turma, e; g. compaigaie de trante. bec turma, me; g. compaingnie de
trante-».
1. Je donne en note les variantes de la deuxième et de la troisième édition,
désignées par les chiffres 2 et 3.
2. « G. blete, 1. beta. » 3.
3. « Et betacius et betacium. » 2. — « Et betacius. » 3.
4. « Des gens. » 2 et 3.
5. « BriJannice Compainunez a tregont. » 2. — a Compainnunez a. t. » 3.
DU XVr SIECLE.
74
Bagat chatal : g. tropel de gros-
ses bestes ou de brebis; 1. hic grex,
gis. Item hoc armentum, armenti;
b. bagat ouhen.
Bagat galantet : g. compaignie
de galans; 1. bec caterva, caterve.
Inde catervarius, a, um : g. qui
ensuyt compaignie de caterve de
galans. Item catervatim , adver-
bium : g. de compaignie, en com-
paignie ou par compaignies.
Bahu : g.
Baill : g. bausen, latine.
Balance : g. idem; 1. bec state-
ra, e. Item hic stater, teris : c'est
ung poys à poiser. Item agma, ne
(sic) : g. treu de balance. Item hic
libripens, dis : g. balance à poi-
ser, ou la languete de la balance.
Item bec trutina, ne. Inde truti-
nula, e, et trutinella, le; ambo
diminutiva.
Bagat chatal : g. tropel * de
grosses bestes ou de brebiz^; 1, hic
grex, gis. Item hoc armentum, ti^;
b. bagat ouhen''.
Bagat galantet : g. compain-
gnie de galans ; 1. bec caterva, ve^.
Inde catervarius, a, um : g. qui
ensuyt compaingnie de caterve de
galans^. Item catervatim, adver-
bium : g. de compaingnie, en com-
paingnie ou par compaingnies'^.
Balancc : g. idem 8; 1. bec sta-
tera, re^. Item hic stater, ris''':
c'est un poix à peseH'. Item agma,
me : g. tieu de balance *2. Item bec
libribens'3, dis : g. balance à peser
ou la languete de balance '•*. Item
bec trutina, ne. Inde trutinula, le,
et trutinella, le; ambo diminu-
tiva'^.
1. « Tropeu. » 2.
2. et Tropeau des menues bestes. » 3.
3. « G. tropeau de grosses bestes. » 3.
4. « B. hagat egennet pe ouhen. » 2. — « B. bagat chatal bras, euei egen-
net, etc. » 3.
5. Toute la fin de l'article est ainsi rédigée dans 3 : « Tamen proprie est
Gallorum legio, sicut phalanx Macedonum, que certo numéro constat; nam
auctore Vegecio in caterva erant sena militum milia. Plerumque tamen pro
multitudine sumitur. Et catervatim, adverbium id est per varias catervas. Et
catervarii, catervatim conglobali. »
6. « Compaingnie de caterve des galans ; b. neb a heul conipainunez galan-
tet. » 2.
7. « B. dre compainunez. » 2.
8. « Gallice balance. » 2 et 3.
9. a A stando dicta. » 3.
10. « Et hic stater, ris, qui duo habet didragmata. » 3.
11. « G. C'est un poix à peser; b. poes. » 2.
12. L'explication française manque dans 2 et 3.
13. « Item libripens. » 2. —L'article « Libripens » manque dans 3, où il est
remplacé par ceci : « Item bilans, cis, quod duas habet lances. Et bilipris, id
est duarum uncium. »
14. « B. Steudenn an balancc. » 2.
15. Les mots « ambo diminutiva » manquent dans 3.
72 LES HEURES BRETONNES
Balanczaff : g. balancer, poi- Balanczaff : g. balancer ^, pe-
ser; 1. libro, as, avi, activi gène- ser; 1. libro, as, avi, etc., activi
ris. Item trutino, as. generis^. Item trutino, as.
Balauenn : g. papeillon; 1. hec Balauenn : g. papeillon; l. hec
papilio, onis. Idem hic flocus, ci; popilio, nis.
b. balauenn erch.
Cet exemple suffît pour montrer que le texte du manuscrit diffère
assez peu du texte des éditions, et surtout de l'édition de -1499. Tou-
tefois, les variantes mises au bas des pages laissent entrevoir que la
deuxième et la troisième édition renferment des additions, et notam-
ment des gloses bretonnes, qui n'existent ni dans le manuscrit ni
dans la première édition. On jugera encore mieux du nombre et de
l'importance de ces additions en examinant le texte de l'article LESTR
A MOR, tel qu'il nous est offert par les trois éditions 3. Cet article
fournit d'ailleurs d'assez curieux renseignements sur les termes de
marine employés en Bretagne au commencement du xvi^ siècle :
Edition de 1499. Deuxième édition''.
Lestr a MOR : g. nef; 1. hec car- Lestr a mor : g. nef; 1. hec car-
basus, asi, et pluraliter hec car- basus, asi, et pluraliter hec car-
basa, orum. basa, crum, ethero.
Item carbasus est voile. Item Item carbasus, c'est voile; b.^oeZ
c'est robe. lestr. Item c'est robe; b. sae.
Item hec ratis, tis : g. nef. Item hec ratis, tis : g. nef; b.
lestr.
Item hec pelagiaris, ris : c'est Item hec pelagiaris^, ris : g.
grant nef. Item hic et hec pelagia- c'est grant nef; b. lestr bras. Item
ris et hoc re. hic et hec pelagiaris et hoc re.
Item hec trieris, eris, idem quod Item hec trieris, eris, idem,
pellagiaris : grande nef.
Item hic capulus, li : petite nef Item^î hic capulus, 11 : g. petite
de verges faicte. nef de verges faicte; b. lestr a goa-
lennier.
Item hic dromo, onis : c'est une Item hic dromo, nis^ : g. c'est
1. Le mot « balancer » est omis dans 3.
2. « Avi, are, activi generis. Et trutino, nas. » 3.
3. Cet article se trouve compris dans la lacune que présente le texte manus-
crit du Catholicon.
4. Je donne en note les variantes de la troisième édition, publiée à Paris en
1521.
5. « Pelargiaris. » 3.
6. Paragraphe omis dans 3.
7. Ici s'arrête le texte de ce paragraphe dans 3.
DU XV!** SIECLE.
73
manière de nef longue et isnelle,
et s'appelle dromon.
Item hec legia, ie : c'est petite
nef, nasselle.
Item hec pupis, is : c'est la der-
renière partie de la nef.
Item hic fasellus, li : une nef
corme et isnelle. Item c'est une
manière de lyon, ou une manière
de potaige. Item c'est une isle.
Item hic ypogabus, bi : c'est nef
ouquel l'en porte les chevaulx.
Item hec prora, re : c'est le pre-
mier bout de la nef.
Item hic miparo, est nef pour
piratez, id est larrons de mer.
Idem hec scalacia, e.
Item salamus, mi : nef.
nebris. Idem letibulus, li.
Idem
Item hec navis, is, in accusativo
navem vel navim : g. nef.
Item stolus, li : g. grand mul-
titude de nefz. Idem hec classis,
sis.
une manière de nef longue et is-
nelle, et s'appelle dromon; h. lestr
hir ha squaff.
Item hec legia, e : g. c'est petite
nef, nasselle^; b. bag pe lestric^.
Item hec pupis, is : g.^ c'est la
dernière partie de la nef; b. stur.
Item fasellus, li, generis mascu-
lini vel feminini, qui et fasellus
dicitur genus navigii campani; in
génère masculino, genus est legu-
minis, exibis'* et teretis, qui et
phaseolus et phasilus dicitur.
Item hic ypogabus, bi : g.^ c'est
une nef auquel l'en porte les che-
vaulx; b. lestr pe bac da doen ron-
ceet.
Item hec prora, re : g. c'est le
premier bout de la nef; b. en pen
quentaff an lestr^.
Item hec miparo : g. nef pour
piratez, id est larrons de mer^ ; b.
lestr eguit lazron a mor. Idem hec
scalacia, e.
Item salamus, mi : g. nef; b.
lestr ^. Idem nebris. Idem letibu-
lus, 119.
Item hec navis, is, in accusativo
navem vel navim : g. nef; \i.lestr^^.
Item stolus, li : g. grant multi-
tude de nefz; b. flot listry. Idem
hec classis, sis.
1. Le mot « nasselle » omis dans 3.
2. « Lestric bihan. » 3.
3. L'explication française et la glose bretonne sont remplacées dans 3 par « id
est navis. »
4. Ainsi portent la deuxième et la troisième édition, sans doute pour « exilis. »
5. Le français et le breton de ce paragraphe sont remplacés dans 3 par « navis
ad potandum [sic] equos. »
6. Après le mot lestr, on lit dans 3 : « penn[ultima] prod[ucta], dicitur qui
custos est et gubernator in navis prora. »
7. « Id est larrons de mer » manque dans 3.
8. Le terme français et le terme breton omis dans 3.
9. « Et nebris vel letibulus, li. » 3.
10. Les mots français et breton omis dans 3.
74
LES HEURES BRETONNES
Item hoc navale, lis : g. ensem-
blée de nefz.
Item hec navicula, le : g. petite
nef.
Item navigo, as : g. naiger.
Item nauticus, a, um : g. de
nef.
Item hic et hec manalis {sic) et
hoc le : g. de nef.
Item hic paro : c'est nef pour
pechier.
Item hec barcha, che : c'est nef
des marchans; g. barche; b. barc.
Item hic celox, quasi veiox, est
une nef isnelle. Idem hic celoni-
cus.
Item denter est une nef estroitte
devant.
Item hic musculus, li, est une
petite nef, et est ronde.
Item hic cimbulus, li, est une
petite nef couverte de cuyr pour
pécher.
Item hic lembus, bi, est une nef
isnelle.
Item hic linter, tris, est une
manière de nef, mais proprement
linter c'est g. auge à porceaulx.
Item hic carabus, bi : g. cara-
nelle.
Item hoc navale, lis : g. ensem-
blée de nefz; b. assemble a listry^.
Item hec navicula, le : g. petite
nef; b. lestric^.
Item navigo, as : g. naiger, b.
neuff.
Item nauticus, a, um : g. de
nef; b. a lestr^.
Item hic et hec manalis-' et boc
le : g. de nef; b. a lestr.
Item hic paro : g. c'est nef pour
peschier; b. scaff da pesquetaff.
Item hec barcha, che : g. c'est
nef des marchans^; g. barche; b.
barc.
Item^ hic celox, quasi velox : g.
c'est une nef isnelle ; b. lestr buhan
en mor. Idem hic celonicus.
Item denter : g. une nef estroicte
devant; b. lestr striz a diarauc.
Item hic musculus, li : g. une
petite nef, et est ronde; b. lestric
crenn.
Item' hic cimbulus, li : g. c'est
une petite nef qui est couverte de
cuir pour pécher; b. lestric goloet
da pesquetaff.
Item hic lembus, bi : g. c'est
une nef isnelle; b. lestr squaff.
Item hic linter, tris : g. auge à
porceaulx ; b. laouezr an moch.
Item hic carabus, bi : g. cara-
nelle, geniis piscis.
1. La traduction en français et en breton omise dans 3.
2. Dans 3, le mot « diminutivum » lient lieu de la traduction française et de
la traduction bretonne.
3. « Item nauticus qui navem gubernat. » 3.
4. Cette faute d'impression prouve que la deuxième édition dérive de la pre-
mière. La troisième porte : « Item hic et hec navalis, et hoc le, quod ad naves
pertinet. »
5. « G. c'est nef de marchans, » omis dans 3.
6. Les paragraphes relatifs aux mots « celox » et « denter » manquent dans 3.
7. Ce paragraphe et les sept suivants sont représentés dans 3 par les mots
« Item hic cimbulus, i; idem hic lembus, bi. Item scaffa, scaffe. >
DU XVr SIECLE.
75
Item hec cimba, be : c'est une
nef large et basse.
Item hec legia, e : c'est la nef
des captives et pouvres.
Item hec caudea, ee, a cauda :
c'est une nef estroitte devant et
large d arrière.
Item hec scaffa, fe : c'est nef à
pécher.
S'ensuyvent les instrumeas de
la nef :
Hic malus, li : g. mast; b. guern
an lestr.
Item hec carthesia, e : h. an
tour castell.
Item hec anchora, e : g. ancre;
b. idem.
Item hec linthea, orum, vélum,
li, hec carbasus, si : g. voile de
nef; b. gouei lestr.
Item hiccheruchus, chi : g. gra-
lichet, c'est le petit voile qui mons-
tre dont est le vent; b. guiblenn.
Item hic contus, ti : g. c'est la
perche pour bouter la nef.
Item hic remus, i : g. aviron;
b. roeuff.
Item rudentes sont les cordes de
la nef.
Item hoc transtrum, stri : c'est
le siège au marinyer pour aviron-
ner.
Item amplustre, stris, id est gu-
bernaculum navis.
Item antempne sunt corde a
quibus vêla dépendent.
Ista et hujusmodi alla vocabula
Item hec cimba, be : g. c'est une
nef large et basse; b. lestr ledan
hac ysel.
Item hec legia, e : g. la nef des
pouvres; b. lestr an re quemeret
oar mor.
Item hec caudea, ee, a cauda :
g. c'est une nef estroitte devant et
large derrière; b. lestr striz a dia-
raoc ha ledan a dreff.
Item hec scaffa, fe : g. c'est nef
à pescher.
Sequuntur nomina instrumento-
rum carbasi :
Hic malus, li : g. mast; b. guern
an lestr.
Item hec carthesia, e : g. la tour
de la nef; b. an tour castell.
Item hec anchora, e : g. ancre;
b. idem.
Item hec linthea, orum, vélum,
li, hec carbasus, si : g. voile de
nef; b. gouel^ lestr.
Item hic cheruchus, chi : g. gra-
lichet, c'est le petit voile qui mons-
tre dont est le vent^; b. guiblenn.
Item hic contus, ti : g. c'est la
perche pour bouter la nef; b. un
perchenn da poulsaff an lestr.
Item hic remus, mi : g. aviron ;
b. roeuff.
Item rudentes : g. sont les cor-
des de la nef; b. querdenn an lestr.
Item hoc transtrum 3, stri : g.
c'est le siège à marinier pour avi-
ronner; b. an lech da roeuffijat.
Item amplustre, stris, id est gu-
bernaculum navis.
Item antempne sunt corde a
quibus vêla dépendent.
Ista et hujusmodi alla vocabula
1. « Goel, » 3.
2. Les mots « c'est le — le vent » manquent dans 3,
3. « Tanstrum. » 3.
76 LES HEURES BRETONNES
si qua sint diversis in diversis lo- si qua sint diversis in diversis lo-
cis istius operis diligenter invenies cis istius operis diligenter invenies
assignata. assignata.
II. Calendriers bretons.
Je rappelle ici pour mémoire ces « calendriers français-bretons, »
imprimés xylographiquement, que M. Loth* cite comme renfermant
quelques mots bretons, et dont il indique trois éditions : « Tune au
tt Musée britannique (Sloane, 966), gravée par G. Brouscon, du Con-
« quet, un feuillet in-folio ; l'autre chez le duc d'Aumale, ^ 2 feuillets
« (xvi« siècle); la troisième (de -14d8, paraît-il) chez lord Spencer,
« à Althorp, » [aujourd'hui chez M"'^ Rylands, à Manchester].
A la même catégorie que ces documents doit se rattacher un livret
de H feuillets de parchemin, •103 millimètres sur 67, conservé à la
section géographique de la Bibliothèque nationale 2. 11 contient un
portulan à très petite échelle des côtes de l'Océan, de la Manche et
de la mer du Nord, avec un calendrier, des roses des vents et des
tableaux pour le comput et pour le calcul des longitudes. L'exécution,
qui en est très grossière, doit appartenir à la première moitié du
XVI® siècle; le port du Havre y est mentionné sous la dénomination
de « Hableneuf. »
Plusieurs des noms inscrits au calendrier dénotent une origine
bretonne. Une colonne de ce calendrier est remplie par des figures
symbohques caractérisant les principaux saints de chaque mois, sui-
vant le système de ces calendriers gravés sur planchettes qu'on a
longtemps attribués aux peuples du Nord.
Les rares mots bretons (noms des points de l'espace) que contient
le livret de Chantilly ont été étudiés par M. Ernault dans la Revue
celtique, t. XII, p. 4<3-4<9.
III. Le Mystère breton de la Passion. Paris, ^^30.
Aman ez dezrou an ]| Passion, ha he goude an Resur||rection, gant
Tremenuan an ylron |) Maria ha he Pemzec leuenez, bac || en diuez
ezedy Buhez mab den. || E Paris a neuez imprimet Enllbloaz mil
pemp cant ha tregont.
1 . Chrestomathie bretonne, 1" part., p. 239.
2. Il a figuré sous le n* 380 à l'exposition géographique organisée en 1889 à
la Bibl. nat.; voyez le livret de cette exposition, p. 10.
DU XVI* SIECLE. 77
Marque de Eozen Quille vere.
E Paris ho guerzeur, e ty Eozen |1 Quillevere : equichen an pont
bihan || en assaing an .f. du en ru hâuet la Bucherie.
A la fin :
Aman ez achief an lefr man
Meurbet deuot da peb unan
Da lenn dan re a goelet breiz
Eguit chom fermocb en ho feiz.
Mil. GGGGC. ha. XXX.
Petit in-octavo allongé. 420 feuillets répartis en 45 cahiers, qui
portent les signatures A-P. Manquent le premier et le dernier feuillet
du cahier G.
Bibliothèque nationale, Réserve, Yn. \i. Caractères gothiques.
A la suite du Mystère sont imprimés trois petits poèmes :
V (fol. M 7). Tremenuan an ytron guerches Maria. (Le Trépasse-
ment de madame la vierge Marie. )
2° (fol. 0 7). Pemzec leuenez Maria. (Les Quinze joies de Marie.)
3° (fol, P2). Buhez mab den. (La Vie de fils d'homme.)
Le Mystère et les trois petits poèmes ont été réimprimés à Morlaix
en i 622 :
Aman ez dez|jrou an passion, ha he||goude an résurrection, gant ||
Tremenuan an ytron Maria, ha he Pemzec |) leuenez, hac en diuez
ezedi buhez mab den. |1 An oll corriget hac amantet gand Tanguy
Gueguen, |i bselec hac Organist, natifï a Léon. |) Imprimet e Mont-
rouUes, |J gant George AUienne, -1622.
In-seize. •176 feuillets non chiffrés. 22 cahiers signés A-Y.
Au verso du titre : A Quimper-Gorentin, i| en la boutique dudit
Allienne, )J à la place Maubert. — A la fin du livre : Extraict du
Privilège du Roy, en date du 27 juin 4620.
Bibliothèque nationale. Réserve, Yn. 43.
M. le vicomte de La Villemarqué a remis en lumière le Mystère de
la Passion et les trois petits poèmes qui lui font suite dans les deux
livrets de 4 330 et de 4622 :
Le Grand mystère de Jésus, passion et résurrection. Drame breton
du moyen âge. Avec une étude sur le théâtre chez les nations cel-
tiques, par le vicomte Hersart de La Villemarqué... Paris, hbrairie
académique Didier et G'% 4865. In-8° de cxxxv et 263 p.
Poèmes bretons du moyen âge, publiés et traduits d'après Tincu-
nable unique de la Bibliothèque nationale, avec un glossaire-index,
78 LES HEURES BRETONNES
par le vicomte Hersart de La Villemarqué... Paris, librairie acadé-
mique Didier et G'«; Nantes, A.-L. Morel, ^879. In-8° de 285 p.
IV. Mystère de sainte Barbe. Paris, 1557.
Aman ez dezrou buhez San|ltes Barba dre rym : euel maz 1| custu-
mer he hoari en goelet]) breiz. E Paris neuez imprillmet gant Benard
de Leaue. || Imprimet E Paris euit || Bernard de Leau peliiuy [sic] || a
chom e Mouutroulles [sic], || var pont Bourret, || en bloaz || M. D. LVII.
In-oclavo. 88 feuillets. Caractères gothiques. Cahiers signés A-L.
Exemplaire qui appartenait en ^879 à M. Charles de Saint-Prix,
et qui a été décrit par M. de La Borderie dans le Bibliophile breton,
année ^884, n" 26, p. 4 ; il y manque le premier et le dernier feuillet
des cahiers B, C, D, G. — La copie que M. le vicomte de La Ville-
marqué en avait prise a permis à M. Emile Ernault d'en publier le
texte dans le tome III des Archives de Bretagne, sous le titre de :
le Mystère de sainte Barbe, texte de ^557; Nantes, ^885. In-4°.
A défaut de l'édition de -1557, on peut recourir à une réimpression
du XVII® siècle : Amant ez dezraou buhez santés Barba dre rym...
E Montroulez, gant Jan Hardouyn, imprimer ha librer, peheny à
chom é Rù... M. DG.'XLVII. — Petit in-8» de 206 p. Bibhothèque
nationale, Réserve, Yn. ^6.
V. Le Miroir de la mort. Cuburien près Morlaix, -1575.
Le Mirouer de la mort, en breton, |) auquel doctement et dévote-
ment est trecté || des quatre fins de l'home ||... Imprimet é S. Françes
Cuburien, -1575.
(A la fin :) An leffr man a voe coraposet en bloaz <5I9 l] gant
mcestre Jehan an Archer coz a parhos 11 Ploegonuen. Hac a voe impri-
met e S. Frances || Cuburien en bloaz M CCCCC LXXV. — Petit
in-8° (?) de 72 feuillets, dont le dernier n'est pas numéroté.
Caractères romains.
Exemplaire dans la bibliothèque de feu M. de Kerdanet, à Lesne-
ven, décrit par M. de La Borderie [le Bibliophile breton, année ^884,
n" 26, p. 6), d'après les notes de M. de La Villemarqué.
Des extraits de ce livret ont été donnés par M. Loth, dans Annales
de Bretagne, 1886, t. Il, p. 255, et dans Chrestomathie bretonne,
r« partie, p. 295.
Le traité des quatre fins de l'homme, en vers bretons, que le
DU XVI' SIÈCLE. 79
P. Grégoire de Rostrenen et M. de Kerdanet ont cité comme imprimé
à Morlaix en -1570, pourrait bien être un exemplaire du même opus-
cule dont la date aurait été mal lue.
VI. Vie de sainte Catherine. Cuburien, 1576.
Aman ez dezraou || buhez an itron sanctes () Cathell guerhes ha
merzeres, || en brezonec, neuez imprimet, e Cuburien, Il euit Bernard
de Leau, peheny a chom e Mon|ltroiles, voar pontz Bouret, en bloaz.
Il M. D. LXXVL
Petit in-8° de 4 6 feuillets, répartis en quatre cahiers signés A-D.
Bibliothèque nationale, Réserve, J. 3007.
Cet opuscule a été réimprimé par M. Ernault dans la Revue cel-
tique^ t. VIII, p. 76, et en partie par M. Loth, dans sa Chrestoma-
thie bretonne, p. 288-294.
VII. Le Petit Catéchisme de Pierre Ganisids, traduit
PAR Gilles de Keranpuil. Paris, 1576.
CATECHISM II hac instruction jj eguit an catholicquet || meurbet
necesser en amser presant, eguit || quelen, ha discquifu an laouanc-
det : Il quentafu composât en latin, gant \\ M. P. Canisius, doctor en
Il theology, ves à socie||té an hanu à Jésus. |1 Goudé ez eux un abreget
ves an pez a dléer principalafuljda lauaret en prosn an offeren dan
tut lie. Il Troet bremman quentafu à latin en brezollnec, gant Gilles
Kanpuil, persson en || Gledguenpochœr, hac autrou à Bigodou. ||
... A Paris, || pour Jacques Kerver, demeurant rue Sainct || Jacques,
à l'enseigne de la Licorne. |J M. D. LXXVI.
In-8° de 40 feuillets, répartis en cinq cahiers qui portent les signa-
tures A-E. Les 12 premiers et les 4 derniers feuillets ne sont pas
numérotés. Les feuillets de la partie intermédiaire, consacrée au
texte du Catéchisme, sont numérotés 1-24, le feuillet 24 étant coté
par erreur 23, comme le précédent. Caractères romains.
Fol. A II. Ëpitre dédicatoire à l'évêque de Quimper, François de
La Tour, datée de Paris, le 8 octobre 1 576. En français. Voyez plus
loin, p. 80.
Fol. Ami. Préface en latin : « Ghristiano lectori || ^Egidius de
Kanpuil, pa||rochus de Cledguenpochœr et dominus de || Bigodou.
Fol. A V yo. Autre préface en français. Voyez plus loin, p. 81.
80 LES HEURES BRETONNES
Fol. Bill. Préface en breton : a Da pep guir chri|]sten, ha parfaict
catholic, vés an diœce;|sou à Querneau, Léon, Treguer, ha Guenet, ||
Gilles Kanpuil à désir salut ha peuch en Jésus Christ. »
Fol. B iiii v°. « Un Epistolen A. M. P. Canisius dedyet dan lenner. »
Fol. B V, chiffré ^. Commencement du Catéchisme, avec ce titre de
départ : « Catechism pé un || instruction bihan eguit 1| an catho-
licquet. »
Fol. E V, non chiffré. Appendice contenant l'oraison dominicale, la
salutation angélique, le symbole des apôtres, les commandements de
Dieu et de l'Église, la confession, les cas réservés à l'évêque et au
pape. Texte breton, en regard duquel on a imprimé pour plusieurs
morceaux le texte latin. Titre de départ en tête du fol. E v : « Gathe-
chism hac instru||ction christen, da vezafu la)|uaret pep sul, ha pep
solennitez, dan tut licq en prosn |) an offeren. Necesser da vezafu
disquet hac entenlet || gant an oll chrystenyen. Practicquet ha graet
quenta^fu en Gallec, gant M. R. Benoist, doctor en thcology || ha
persson en Sant Eustach en Raer à Paris. Hac yuez || practiquet en
dioces à Angau. Troet en brezonec. |J G. G. K. P. E. G. P.
Fol. E vrii. Errata.
Il m'a semblé utile d'extraire de la Dédicace et de la Préface en
français quelques lignes relatives à la personne du traducteur et aux
circonstances dans lesquelles il a publié son livret :
A Révérend Père en Dieu messire Françoys de la Tour, cvesque de Cor-
nouaille et seigneur de Penanstang, Gilles de Kanpuil, son humble ser-
viteur, donne salut.
Monseigneur, Désirant supléer mon absence par quelque moyen et
bienfaict, afin d'avoir quelque excuse, premièrement devant Dieu, devant
vous et tous ceux que j'ay en charge, j'ay pensé n'estre moins expédiant
que nécessaire de prévenir et obvyer à la rudesse du peuple vulgaire en
la jurisprudence divine... Je me suis ad visé de traduire en nostre langue
brette un petit catéchisme, premièrement composé par M. Pierre Cani-
sius, docteur en théologie, lequel catéchisme, par estre plain de théo-
logie et divine leçon, pourra beaucoup proliter à ceux de vostre diocèse...
Seulement luy reste vostre faveur et authorité. Monseigneur, si tant est
que vueiUez me consentir le vous estre dédié, comme je désire, et vous
supplie affectueusement et humblement, l'ayant Iraduict expressément
pour l'usage du peuple de vostre diocèse, lequel, s'il est si humainement
receu de vous, et après d'iceluy vostre peuple, comme je le vous olîre
en forme des premières prémices et estreines de mon pauvre labeur,
m'avanceré de vous présenter et dédyer un autre et plus grand suject
AC XVF SIÈCLE. 8^
que j'ay entre mains, si Dieu me favorit de sa grâce, pour le réduire à
telle perfection que je désire, pour l'accommoder à sa gloire et à l'édi-
fication du peuple catholique, spécialement de vostre diocèse... De
Paris, le huictiesrae jour d'octobre mil cinq cens septante six. De vostre
plus attenu et obéissant serviteur à jamais, GILLES DE KANPUIL.
Aux lecteurs catholiques, Gilles de Kanpuil désire salut et félicité.
Depuis que Dieu m'a appelle à ceste charge et mienne profession
(encores que j'en sois indigne), je me suis estudié de sçavoir quel pou-
voit estre mon plus nécessaire et principal devoir pour d'un bon zèle
m'y employer... Ce considéré, me suis laissé persuader de mon devoir
et estât, et aussi de quelques miens amis, de vous traduire, lecteurs
chrestiens, ce petit catéchisme, autresfois composé par M. P. Canisius,
docteur en théologie... Je l'ay translaté et traduict en idiome brette,
language vulgaire de ma patrie, pour ne laisser au peuple aucune occa-
sion d'excuse de n'apprendre ce que luy est nécessaire pour son salut...
N'ayant estudié à, orner le langage breton, ne l'estant quasi que par
force, ayant esté, la grâce à Dieu et ceux qu'il m'a laissé pour pères
(puisque, par sa volonté, j'ay perdu mes naturelz avant l'aage de discré-
tion), nourry entre les François et autres nations jusques à présent;
aymant mieux, par la rudesse et simplicité de mon langage, exprimer
le vray sens de mon subject qu'user de belles paroles, avecques peu de
fruict et d'édification; joinct que la première modelle n'est jamais pol-
lie, mais s'approprie par la veue et maniement des bons espritz, qui ast-
joustent ou diminuent ce qu'ilz voyent d'excez et peu à propos. Sup-
pliant tous lecteurs de corriger ce qu'ilz voirront nécessaire en ce petit
catéchisme, ou bien excuser les fautes qu'ilz y pourront noter et avoir
esgard que ceste langue n'a jamais esté imprimée et hantée comme les
autres, dont n'ay peu me prévaloir des traictz d'autruy et naturelz
d'icelle, espérant estre excusé de mes propres...
Si vous demandez la cause pour laquelle j'ay voulu traduire en langue
vulgaire ce petit catéchisme, c'est que l'usage en a esté célèbre en l'église
ancienne, comme sainct Augustin, sainct Cyrille et plusieurs autres
sainctz et grandz personnages nous l'appreignent par leurs escrits...
Autre raison, pour ce que estant adverty par un libraire de Paris,
auquel on avoit faict des grandes instances pour imprimer le Nouveau
Testament, traduict en langue brette par un Breton fugitif en Angle-
terre. Et d'autant que je cognois, tant par la relation de plusieurs doctes
personnages anglois que par le travail que je prins à la conférence de
la langue angleche à la nostre, avecques laquelle elle a proche affinité,
que la traduction qu'on a jà faicte en langue angleche estre en infinis
lieux falsifiée et corrompue, et que telles traductions et traducteurs,
estans hors l'Église, n'ont et ne peuvent avoir aucune vérité, et que
^895 6
82 LES HEURES BRETONNES
cependant cet apostat voudroit introduire son Nouveau Testament,
autant ou plus suspect que celuy d'Angleterre, au grand désavantage
des simples et aussi des autres, pour ce que ceste nouveauté, qui est
en nostre temps fort prisée, leur feroit recevoir ceste translation,
laquelle, pour l'imperfection de la langue, ne se peult bonnement faire
sans erreur ou corruption, j'ay dressé ce petit bastillon, pour, si le mal-
heur advient que ceste suspecte translation (pour le lieu d'où elle vient
et celuy qu'on dict l'avoir faicte) est mise en lumière, que le peuple,
estant auparavant tellement quellement adextré et préveu par ce petit
catéchisme, puisse de premier front cognoistre le pernicieux désir de
ce nouveau monstre, le débeller et vaincre. Il sera aussy bon et propre
pour prélatz, pasteurs, recteurs, maistres d'escole et pères de famille,
pour eux instruire leurs enfans et domestiques...
La « langue angleche, » dont parle Gilles de Keranpuil et à
laquelle il trouvait beaucoup d'affinité avec la « langue brette, »
devait être le gallois. C'est là une conjecture très plausible de
M. Ernault, professeur à la Faculté des lettres de Poitiers. Je
remercie bien ce savant celtisant et mon excellent confrère et
ami M. d'Arbois de Jubainville des précieuses indications qu'ils
m'ont données et qui m'ont évité de regrettables erreurs.
En terminant cette revue, j'exprime le regret de n'avoir pas
mentionné l'usage que M. Ernault a fait des différents textes du
Catholicon pour composer son Dictionnaire étymologique du
breton moyen (à la suite du Mystère de sainte Barbe) et son
Glossaire moyen breton (dans les Mémoires de la Société de
linguistique, à partir du tome VI). — J'aurais dû aussi renvoyer
aux observations que MM. Whitley Stokeset Gaidoz ont insérées
dans la Revue celtique (t. I, p. 395-399) sur le manuscrit et
les trois éditions du Catholicon.
Sur la page qui suit, le lecteur trouvera le fac-similé d'une page
des Heures bretonnes qui ont donné lieu au présent article. C'est
le recto du premier feuillet du cahier C. Le titre courant Anpater
en Brezonec et les initiales des quatre strophes bretonnes sont
imprimés en rouge.
AU XVI^ SIÈCLE. 83
3npaterettlSrejonec*
à>mctifmtut mmm tnnm
B ejet Ijoj Ijanu fantifltt
SDrc quemment cljjtiden s fo ganet.
^aîrm«mpDcoc!j/mo?/l)aaIoaj
tJej t)on oU ol}er/l)a lauar
31Duemat rcgnum tnnm.
O euetDeompfjclljoîîaoenteleî
Soa tjaflafu !)on filuîutgiiej
îRacauDefirtocjIjojjoaîott
(Êuamagljon encffuûiu
jïiat î)ûlunta0 tua/ ficut m
celog^ in terra;
0 tûcteuelenneff/tjarenîiouat;
fe oj puîffancc bra0/ aTo Dirpac
^pafuplf^cnliiuej:
a)a ï)e?û graetl^o îjolontej.
panem noftrum quotifiianum/
îianobij^ljoDte*
B eit îjon cû?ffou an bara matertel
D on eneffou an bâta celcfttel
ï^p?iu m ma j ijijimp aman
f^û corfF p?cau0 cguit an gueïlfjafu.
€t\}mittt nobtèîicbita noftra
ê>icut^nû0î)imfttnnu0 DthU
tojibugnoftnjQ?
DU GUESCLIN ARMÉ CHEVALIER
Les lettres du 6 décembre 1357, par lesquelles le dauphin
Charles accorde à Bertrand du Guesclin une rente de deux cents
livres tournois pour les services par lui rendus au siège de
Rennes*, sont le premier acte authentique connu jusqu'ici où le
futur connétable de Charles V soit qualifié de chevalier. Le peu
de renseignements positifs que nous possédons sur la partie anté-
rieure de sa carrière laisse donc un vaste champ ouvert aux
hypothèses, quand il s'agit de déterminer la date exacte et les
circonstances dans lesquelles il fut promu dans la chevalerie.
Dans le volume qu'il a consacré à la Jeunesse de Bertrand^,
M. Luce, s'appuyant sur une tradition rapportée par un histo-
rien breton du xvf' siècle, d'Argentré^ a cru devoir fixer cette
date au 10 avril 1354. Ce jour-là, Bertrand aurait contribué à
repousser une attaque dirigée contre le château de Montmuran'*
par le capitaine anglais de Bécherel, Hugh de Caverly, et, en
récompense de son courage, aurait été armé chevalier sur le
champ de bataille par un capitaine de Caen, Eslatre des Mares,
venu en Bretagne avec le maréchal Arnoul d'Audrehem. Nous
sera-t-il permis d'exposer en quelques mots les raisons qui sem-
blent contredire la solution adoptée par l'éminent historien de
du Guesclin ?
Le fait, M. Luce l'a lui-même reconnu, nous est raconté pour
la première fois par un auteur du xvf siècle, c'est-à-dire plus de
deux siècles après qu'il s'est produit, et l'on peut s'étonner qu'il
1. Cf. BM. de l'École des chartes, année 1891, p. 615.
2. Siméon Luce, Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époque. La jeu'
nesse de Bertrand, p. 107-119.
3. Histoire de Bretagne, llv. IV, ch. xxx, p. 397.
4. Monlmurau, Ule-et-Vilaine, arrondissement de Montfort, canton de Béche-
rel, commune des Ifs.
DU GUESCLIN ARMÉ CHEVALIER. 85
n'ait été mentionné par aucun historien antérieur, ni par Cuve-
lier, le narrateur consciencieux et abondant des gestes du conné-
table, ni par Pierre Le Baud, dans ses vastes recherches sur les
antiquités bretonnes. D'ailleurs, si d'Argentré, ayant puisé à des
sources aujourd'hui perdues, nous rapporte parfois des événe-
ments exacts quant au fond et qu'on ne retrouve pas ailleurs, il
faut aussi reconnaître qu'il manque souvent de critique dans le
choix des traditions qu'il reproduit et garde la plus grande liberté
quant à la date et aux circonstances de ces événements'. L'épi-
sode du combat de Montmuran est, il est vrai, raconté par un
auteur contemporain 2, mais, chose étrange, la Chronique nor-
mande, qui connaît déjà à cette époque du Guesclin, qui parle
de la part qu'il prit peu de temps auparavant aux joutes de Pon-
torson, ne mentionne pas sa présence à Montmuran. Il semble
donc que, loin de considérer ce témoignage comme une preuve
en faveur de la chevalerie de Bertrand, il faille y voir un argu-
ment négatif d'une réelle importance^.
Un fait plus grave encore restait à expliquer : le sOence de
Cuvelier. M. Luce a supposé que ce dernier, qui écrivait pendant
les premières années du règne de Charles VI, avait voulu, en
taisant cet incident, éviter la colère des oncles du roi. Montmu-
ran appartenait en effet à la famille de Laval, et celle-ci avait,
dans les dernières guerres de Bretagne, pris parti en faveur du
duc Jean IV contre Charles V. Il semble possible de donner de
ce silence une autre explication. Si Cuvelier ne raconte pas que
du Guesclin a été fait chevalier à Montmuran, c'est que pour lui
du Guesclin n'a été fait chevalier que beaucoup plus tard et dans
de tout autres circonstances sur lesquelles il s'explique à deux
reprises différentes avec la plus grande netteté. La première fois
1. Nous n'en pouvons donner de meilleur exemple que les détails fantaisistes
dont il accompagne le récit de l'expédition de du Guesclin à Jersey en 1373.
Voir Revue historique, 1895.
2. Chronique normande, p. 107.
3. Un témoignage du xiv' siècle, il est vrai, semblerait indi([iier, sinon que
du Guesclin fut fait chevalier à Montmuran, du moins qu'il était chevalier au
moment du siège de Rennes. Froissart, en effet, le qualifie à cette époque de
« Jones bacelers » (édit. Luce, t. V, p. 86), mais Froissart, qui d'ailleurs ne
vise pas à la précision des termes, veut surtout indiquer par là que Bertrand
était alors un tout petit personnage, et son témoignage est si peu probant que
M. Luce a cru devoir le réfuter ou au moins l'expliquer, pour le faire concor-
der avec celui de d'Argentré {Histoire de Bertrand du Guesclin, p. 188).
86 DD GUESCLIN ARME CHEVALIER.
c'est, plus de deux ans après l'affaire de Montmuran, au moment
du siège de Rennes, commencé dans les premiers jours d'octobre
de l'année 1356. Le duc de Lancastre, qui a déjà eu plus d'une
fois à souffrir des attaques et des ruses de du Guesclin et qui ne
peut s'empêcher d'admirer son courage, s'efforce de l'attirer dans
son parti. Or, entre autres promesses qu'il lui fait, il lui propose
de le faire chevalier :
a Bertran, se demourer volez avec mi,
Bien vous porriez vanter, pour certain le vous di,
Qu'en moi ariez trouvé .i. bon loial ami;
Chevalier vous ferai et vous donrai ausi
Terres et grant avoir du tout a vostre otri ' . »
Ainsi donc, à la fin de 1356 ou au commencement de 1357,
du Guesclin n'était pas encore chevalier. Il ne devait pas tarder
toutefois à le devenir. C'est encore Cuvelier qui va nous apprendre
dans quelle circonstance. Le duc de Lancastre avait dû lever le
siège de Rennes au commencement de juillet 1357, et ce résultat
était dû pour une bonne part aux efforts de Bertrand. Charles de
Blois, qui suivait avec un vif intérêt les péripéties de la lutte,
mais ne pouvait y prendre part à cause de ses engagements avec
le roi d'Angleterre, vint à Rennes peu de temps après le départ
du duc de Lancastre et, pour témoigner à Bertrand sa reconnais-
sance, lui confia la garde de la Roche-Derrien et le fit chevalier.
« En Bretaigne régna Bertran li posteiz
Tant pour Cliarles de Bloiz à qui il fu subgiz
Qui le fist chevalier, ce nous dit li escrips^. »
Nous avons donc à enregistrer un double témoignage de Cuve-
lier, attestant de la façon la plus expresse que du Guesclin n'a
pas été fait chevalier avant 1357. L'incontestable autorité du
trouvère picard, sur laquelle d'ailleurs repose en somme toute
l'histoire des premières années de Bertrand, ne saurait permettre
de traiter ce témoignage à la légère ; on le pourrait d'autant
moins en cette circonstance qu'à propos d'un fait un peu anté-
rieur, M. Luce lui-même n'a pas hésité à avancer de plusieurs
années la prise du château de Fougeray, surtout parce que Cuve-
1. Cuvelier, Chronique rimée de du Guesclin, édit. par Charrière, t. I,
vers 1648-1652.
2. IMd., vers 2091-2094.
DU GUESCLIN ARMÉ CHEVALIER. 87
lier ne donne jamais à cette date à son héros que le titre d'êcuyer*.
Mais nous avons mieux que le récit d'un trouvère. Une chronique
latine inédite, composée à Saint-Denis pendant la première partie
du règne de Charles VI, et qui nous donne sur l'iiistoire de du
Guesclin jusqu'à 1364 des renseignements aussi nombreux que
précis, présente sur la question qui nous intéresse une concordance
frappante avec l'exposé de Cuveher^, et termine ainsi le récit du
siège de Rennes : « Comes vero Blesensis, audiens que facta fue-
rant et Bertrannum multis laudibus commendans, eidem concessit
custodiam Rupis Deriani et eum accinxit noviter haltheo
militari'^. »
Une circonstance vient encore fortifier la version de ces deux
auteurs. Tous deux s'accordent à prétendre que Charles de Blois,
en même temps qu'il arma du Gueschn chevalier, lui donna la
châtellenie de la Roche-Derrien. Or, plusieurs actes postérieurs
nous montrent effectivement du Guesclin exerçant des droits en
cette ville, sans qu'il semble possible d'assigner à ces droits
d'autre origine que la donation de Charles de Blois. C'est ainsi
que, le 25 décembre 1371, Bertrand de Saint-Pern, capitaine du
château et de la ville de la Roche-Derrien pour Bertrand du
Guesclin, consent que le duc Jean IV y fasse lever par ses officiers
les fouages, gabelles et autres subsides accoutumés^.
Qu'on nous permette enfin de citer un autre témoignage qui a
lui aussi son importance, celui de Pierre Le Baud, qui, plus
ancien que d' Argentré, a comme lui eu entre les mains de précieux
1. « Il faut remarquer que Cuvelier, dans le récit de la prise de Fougeray,
ne donne jamais à son héros que la qualification d'écuyer » (S. Luce, Histoire
de Bertrand du Guesclin, p. 87).
2. Ces ressemblances entre le poème de Cuvelier et cette chronique qui sera
prochainement publiée se répètent en beaucoup d'autres passages; nous nous
proposons d'ailleurs de montrer bientôt que cette chronique a été une des
sources dont Cuvelier s'est le plus abondamment servi pour une notable par-
tie de l'histoire du connétable.
3. Bibl. nat., lat. 5005^, fol. 167 v°. Quant à l'expression de noviter, qui peut
sembler bizarre ici, on ne saurait dans tous les cas l'entendre dans le sens :
une seconde fois, non seulement parce qu'elle n'a jamais eu ce sens et que
notre auteur, qui l'emploie à plusieurs autres reprises, ne le lui donne point,
mais encore parce qu'elle laisserait supposer un fait sans exemple et absolu-
ment contraire à toutes les lois de la chevalerie.
4. Inventaire du Trésor des chartes des ducs de Bretagne, en 1579, arm. F,
cass. E, n" 2. Voir aussi Archives de la Loire-Inférieure, E 183, anc. arm. V,
cass. D, n" 21, et Bibl. de l'École des chartes, t. VIII, p. 237.
88 DU GCESCLIN iRMÉ CHEViLIER.
documents aujourd'hui disparus. Or, pour lui comme pourCuvelier
et pour le Religieux de Saint-Denis, du Guesclin n'était pas encore
chevalier au moment du siège de Rennes ; après avoir parlé des
efforts du duc de Lancastre pour entrer dans la viUe, il ajoute
qu'il n'y put réussir, « car dedans estoient le vicomte de Rohan,
le sire de Laval, messire Charles de Dinan et plusieurs aultres
seigneurs et soudoyers, entre lesquels estoit Bertran du Gues-
quin, jeu7ie escuyer, lequel se combatit devant la cité à un
nommé messire Nicolas Dagorne*. »
Bien plus, il n'y a pas jusqu'à d'Argentré lui-même qui, par
une contradiction étrange, après avoir dit que du Guesclin fut
fait chevalier à Montmuran, ne reproduise le récit de Cuvelier au
sujet du siège de Rennes et des tentatives du duc de Lancastre
pour gagner Bertrand à la cause de Montfort : « Le duc se prist
à rire et luy dist : « Ecoute, Bertrand, si tu veux prendre ce
« party, jeté feray chevalier ^ » D'ailleurs, s'il fallait absolu-
ment fournir une explication de la légende à laquelle d'Argentré
a prêté l'autorité de son nom, on la trouverait peut-être dans ce
fait que, du Guesclin ayant plus tard épousé Jeanne de Laval,
héritière de Montmuran, la famille de Laval aurait trouvé flat-
teur de rattacher à ce château l'entrée de Bertrand dans la che-
valerie. D'Argentré se serait trouvé en présence de cette tradition
intéressée en possession d'une ancienneté déjà respectable et, de
bonne foi ou non, l'aurait reproduite d'autant plus facilement
qu'elle pouvait se greffer à un événement très vraisemblable, l'at-
taque de Hugh de Caverly contre Montmuran dont parle la Chro-
nique normande.
Si l'on en croit les raisons que nous venons d'exposer, on est
donc amené à reculer jusqu'au mois de juillet 1357, c'est-à-dire
à la fin du siège de Rennes, la date à laquelle du GuescHn fut fait
chevalier, et à rapporter à Charles de Blois lui-même l'honneur
d'avoir ceint l'épée au futur connétable de Charles V. Il ne faut
pas trop s'étonner de cette promotion tardive : « De pure forme
ou à peu près pour les princes du sang et les grands feudataires,
le titre de chevalier était au contraire fort diflScile à obtenir pour
1. Le Baud, Histoire de Bretagne, édit. de 1638, p. 314.
2. D'Argentré, Histoire de Bretagne, p. 331. — D'Argentré ajoute, il est vrai,
entre parenthèse : « El lors n'esloit-il encores que bachelier; » mais, tout bache-
lier étant nécessairement chevalier, on voit que la contradiction n'en subsiste
pas moins.
I
DU GUESCLIN ARMÉ CHEVALIER. 89
les nobles d'un rang inférieur, surtout quand ils étaient peu favo-
risés de la fortune ^ » Le fameux chef de bandes Robert Knolles,
qui, dès 1352, enlevait Fougeray à du Guesclin et prenait,
quelques années plus tard, une part importante au siège de
Rennes, ne fut fait chevalier qu'au sac d'Auxerre, le 10 mars
1359; d'ailleurs, du Guesclin lui-même dut attendre jusqu'en
1362 pour abandonner le pennon de simple chevalier et devenir
banneret. On nous pardonnera donc d'avoir autant insisté sur
les véritables circonstances de la promotion de Bertrand du Gues-
clin dans la chevalerie, puisque cette promotion « fut le point de
départ indispensable de ses hautes destinées. »
J. Lemoine.
1. s. Luce, Histoire de Bertrand du Guesclin, p. 106.
LE SIÈGE DE REIMS
1359-1360.
Le 30 octobre 1359, Edouard III débarqua à Calais pour se
mettre à la tête d'une armée formidable ^ La bataille de Poitiers
lui avait livré le roi Jean; la Jacquerie, l'odieuse révolte
d'Etienne Marcel et de la populace parisienne à peine réprimées,
montraient la faiblesse des éléments de résistance : le royaume
était à la merci de lâches agitateurs qui n'hésitaient pas à sacri-
fier le pays à leur ambition personnelle. Aussi le moment était-il
bien choisi pour donner le coup de grâce à la monarchie fran-
çaise ; c'est pourquoi Edouard III crut que le vrai moyen d'obte-
nir une solution très rapide était d'atteindre Reims, afin de s'y
faire consacrer et de s'appu}-er sur l'autorité conférée par l'onc-
tion traditionnelle de la Sainte-Ampoule, pour rallier autour de
sa personne les révolutionnaires à qui l'asservissement de la
France à l'Angleterre importait si peu.
Peut-être comptait-il sur la bonne volonté de l'archevêque de
Reims, Jean de Craon. On racontait à Reims, parmi les bour-
geois, que, lorsque le roi Jean avait mandé l'archevêque pour lui
amener des troupes chargées de coopérer à la poursuite du prince
de Galles, terminée si malheureusement à Poitiers, le prélat
avait montré à plusieurs bonnes gens de la ville les lettres royales ;
puis il avait dit que vraiment « les voies estoient mal rabotées, »
et ajoutait que, malgré les recherches qu'il avait ordonnées dans
les registres de la Chambre des comptes, il n'avait pas trouvé
trace « que oncques arcevesques de Reins eust fait service à roy
de France. » La malignité publique insinuait encore que les gens
de l'archevêque vantaient la parenté de leur maître avec le roi
1 . J'ai résumé ce qui concernait le siège même de Reims, assez connu, en
m'étendant sur deux épisodes de ce siège auxquels on n'avait prêté nulle
attention.
LE SIÈGE DE REIMS. 91
d'Angleterre ; on allait même jusqu'à assurer que lui-même en
avait parlée
Tout ceci explique que les habitants de Reims, très attachés à
leur roi et au régent son fils, aient épié d'un œil inquiet l'attitude
de l'archevêque. Peu après la défaite de Poitiers, effrayés de ses
conséquences, ils avaient cédé à un moment d'affolement et, le
29 septembre 1358, réunis à Saint-Denis, ils s'étaient enhardis
jusqu'à exiger que l'archevêque sortît du château ^ qui englobait
dans ses remparts une ruine romaine célèbre, la porte de Mars;
ils voulaient qu'il vînt habiter le palais qui était attenant à la
cathédrale. Leur inquiétude s'explique par ce fait que le château
de la porte de Mars n'était séparé de la ville par aucune fortifi-
cation, et que l'ennemi, une fois dans le château, eût été du même
coup maître de Reims.
L'archevêque, ému d'une telle prétention, avait cédé, puis les
bourgeois, émus des suites de leur acte, s'étaient empressés
de rendre au prélat les clefs du château de la porte de Mars
en le suppliant de leur pardonner. Ceci expliquera le peu de
confiance qu'en somme les bourgeois et l'archevêque avaient dans
leurs intentions réciproques.
Cependant, tout le monde se mit d'accord pour choisir le capi-
taine chargé de diriger la défense, dans le cas de plus en plus
vraisemblable d'une attaque. L'archevêque, les bourgeois, le
régent 3 s'entendirent pour confier cette charge à Gaucher de
Châtillon. Le danger approchait en effet. Dans les derniers jours
de l'année 1358, la forteresse de Roucy avait été emportée, le
comte de Roucy avait été fait prisonnier avec la comtesse et sa
fille ^ ; puis c'avait été le tour de Vailly, de Pont-Arcy, de Cour-
landon, Saponay, Sissonne, etc.^ Le cercle se resserrait cons-
tamment autour de Reims.
L'archevêque, fils de Béatrice de Roucy, particulièrement
1. Bibl. nat., Collection de Champagne, vol. 150, pièce 28. L'archevêque
dans ses dires, qui jusqu'à présent étaient seuls connus, faisait aussi allusion
à ces soupçons de la part des Rémois (J. Hubert, le Siège de Reims par les
Anglais en 1359, p. 97).
2. D. Marlot, Hist. de la ville, cité et université de Reims, t. IV, p. 77, note 1.
3. Varin, Archives administratives de la ville de Reims, t. III, p. 117.
4. Froissart, éd. Luce, t. V, p. 137, Fragments inédits de la chronique de
Jean de Noyai, publiés par A. Molinier; Annuaire-Bulletin de la Société de
l'histoire de France, année 1883, p. 257 et 259.
5. S. Luce, Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époque, p. 460
et 485 à 487.
92 LE SIÈGE DE REIMS.
intéressé au sort du comte de Roucy, son cousin, se mit à la tête
d'une expédition qui avait pour but de reprendre Sissonne et le
château de Roucy * ; avec lui partirent le comte de Porcien , des
gens d'armes du Laonnais, du Rethélois, ceux-ci sous les ordres de
Watier des Mares ^ et une partie de la garnison de Reims sous le
commandement de Gaucher de Châtillon. Sissonne tomba entre
leurs mains aux environs du l®"" juillet. Ils se rendirent alors
devant Roucy. Après vingt-huit jours de siège, la place, qui était
forte, fut emportée et les défenseurs massacrés^. On était convenu
d'attaquer ensuite Pont-Arcy ; mais sans doute content du résul-
tat obtenu, puisqu'il avait rerais son bien à son parent, l'arche-
vêque « fist bouter les feus en ses hayons » et s'en retourna à
Cormicy^, sans plus se soucier de ses ouailles horriblement
inquiètes de rester isolées dans le voisinage des garnisons anglaises
de Vailly et de Pont-Arcy ^
Les projets d'Edouard III n'étaient pas secrets. Dès le 10 juil-
let, le régent prévenait les habitants de Reims du danger qui les
menaçait, et ceux-ci, empressés à faire leur devoir, attaquaient
et mettaient à mort les partisans qui pillaient autour de Reims
amis et ennemis, sacrifiaient les maisons qui gênaient les travaux
de défense'^. Ils obtinrent même que l'archevêque leur donnât
la garde de son château de la porte de Mars^, et bien que l'im-
portance de cette concession fût diminuée par ce fait que Gaucher
de Châtillon avait élevé des remparts entre la ville et le château
qu'il isolait ainsi ^, c'était évidemment une assurance de plus pour
les habitants.
1. Froissart, éd. Luce, t. V, p. lui, note 2, et Fragments inédits de la chro-
nique de Jean de Noyai, publiés par A. Molinier; Annuaire-Bulletin de la
Société de l'histoire de France, année 1883, p. 258.
2. Voir le traité d'alliance entre les villes de Reims et de Rethel dans Varin
{Archives administratives de la ville de Reims, t. III, p. 123).
3. Froissart, éd. Luce, t. V, p. 181 et 382. Le régent accorda aux habitants de
Reims qui avaient repris Roucy le tiers des rançons que ceux du plat pays
devaient aux ennemis (31 août 1359. Varin, Archives administratives de la ville
de Reims, t. III, p. 144).
4. Cormicy, Marne, arr. de Reims, cant. de Bourgogne.
5. Bibl. nat., Collection de Champagne, vol. 150, pièce 28.
6. D. Marlot, Histoire de la ville, cité et université de Reims, t. IV, p. 81,
et Varin, Archives administratives de la ville de Reims, t. 111, p. 141.
7. D. Marlot, Uistoire de la ville, cité et université de Reims, t. IV, p. 82,
et Varin, Archives administratives de la ville de Reims, t. III, p. 139, 147,
152, 153, IGO, 572; Archives législatives de la ville de Reims, t. II, p. 86.
8. D. Marlot, op. cit., p. 83.
9. Varin, Archives administratives de la ville de Reims, t. III, p. 136 à 139.
LE SIÈGE DE REIMS. 93
Cependant l'armée anglaise, qui s'était mise en marche au
début du mois de novembre 1359, avançait à travers l'Artois, la
Picardie et le Vermandois. Froissart*, d'accord avec Knighton^,
raconte que l'armée anglaise était divisée en trois corps, et
donne des détails précieux qui témoignent du soin avec lequel
l'expédition avait été préparée et son ravitaillement assuré. Ces
trois corps, qui ne rencontrèrent nulle résistance, se rejoignirent
à une petite localité située à dix lieues en avant de Reims ^ ; là, le
29 novembre, le roi d'Angleterre tint un grand conseil avec le
duc de Lancaster et plusieurs seigneurs, et, le jour suivant, les
trois corps, ayant repris chacun leur marche, se dirigèrent sur
Reims.
Les habitants, sous la direction de Gaucher de Châtillon,
avaient mis la dernière main à leurs préparatifs, et comme l'ar-
chevêque n'avait logé à Cormicy qu'une garnison insuffisante,
dix hommes d'armes pour défendre la place comme le château, et
une artillerie non moins insuffisante, ils se crurent forcés de sup-
pléer à cette négligence et y envoyèrent vingt arbalétriers, de
l'artillerie et plusieurs gens d'armes ; il paraît même que le prélat
les remercia de leur aide *.
Pendant ce temps, l'armée anglaise investissait la ville.
Edouard III s'établit à l'abbaye de Saint-Basle^ en partie détruite
et qu'il quitta parfois pour la localité toute voisine de Verzy^; le
prince de Galles logea à Villedomange, les comtes de Richmond
et de Northampton à l'abbaye de Saint-Thierry, le duc de Lan-
caster à Brimont, tandis que le maréchal d'Angleterre prenait
quartier à Cernay-les-Reims, et Jean de Beauchamp à Bétheny.
Le cercle était fermé, mais non pas infranchissable, car, le
3 décembre, une lettre du régent était arrivée, encourageant les
habitants de Reims à la résistance, et, de leur côté, ceux-ci
purent, en réponse, adresser au prince un pressant appel '.
1. Éd. Luce, t. V, p. 199 et 399.
2. Twysden, Rerum Anglicarum... scriptores X, t. II, col. 2621.
3. Sans doute dans la direction de Berrieux (Aisne, arr. de Laon, cant. de
Craonne) ou d'Amifontaine (Aisne, arr. de Laon, cant. de Neufchâtel).
4. Bibl. nat., Collection de Champagne, vol. 150, pièce 28.
5. Marne, arr. de Reiras, cant. et comra. de Verzy.
6. Des lettres de quittance d'une partie de la rançon de David Bruce sont
datées par Edouard III de Virizt/, 1»' janvier 1360 (n. st.). — Rymer, Fœdera,
éd. 1825, t. III, pars i, p. 453.
7. D. Marlot, Histoire de la ville, cité et université de Reims, t. IV, p. 84,
LE SIEGE DE REIMS.
Malgré le nombre de ses troupes, Edouard III, à la vue des
préparatifs des défenseurs, n'eut garde d'essayer d'enlever de
vive force la ville du sacre. Peut-être même l'attitude de l'arche-
vêque ne put-elle pas être ce que l'Anglais s'était plu à espérer.
Quoi qu'il en soit, l'histoire ne relate pas d'attaque sérieuse :
Knighton raconte que ses compatriotes s'invitaient à des repas,
comme ils l'eussent fait en Angleterre ^ tout cela ne témoigne
pas d'une bien vive ardeur guerrière.
Seulement l'instinct d'aventure ou, disons mieux, l'instinct de
pillage propre à la race reprenant le dessus, plusieurs gentils-
hommes de l'armée d'invasion, las de cette inaction, se mirent à
ravager non seulement les environs de Reims, mais encore le
Rethélois jusqu'à Warcq, Mézières, Donchery et Mouzon. Eus-
tache d'Auberchicourt, le redoutable chef de bandes, s'empara
d'Attigny^; il y trouva, dit Froissart, plus de mille tonneaux de
vin; Attigny était en effet au centre d'une région de vignobles
estimés encore il y a soixante ans. Eustache d'Auberchicourt
offrit une partie de sa prise au roi d'Angleterre et à ses enfants.
Je m'empresse d'ajouter que la vendange de 1359 passait pour
n'avoir rien valu^.
Pendant qu'Eustache d'Auberchicourt ravageait les deux rives
de l'Aisne et que Barthélémy de Burghersh, auquel s'étaient
joints plusieurs gentilshommes de la maison du prince de
Galles et de la suite du comte de Richmond (20 décembre),
assiégeait Gorraicy, le duc de Lancaster, le comte de Richmond,
le comte de March, Jean Chandos et Jean Audley partirent,
le 29 décembre, à la nuit, dans la direction de l'est. Ils comp-
taient attaquer Cernay-en-Dormois'*, « un moult biel fort S »
place effectivement assez forte, entourée d'un double fossé dont
on reconnaît encore les profils au midi; les murailles, sans doute
en moellons de craie ou de gaise, étaient hautes, flanquées de
tours, et la garnison comptait un bon nombre de gens d'armes.
Elle était commandée par deux hommes déterminés. Le premier,
1. Twysden, Rerum Anglicarum... scriptores X, t. II, col. 2621.
2. On ne s'explique pas que M. A. Moliaicr (Fragments inédils de la chro-
nique de Jean de Noyai, Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de
France, année 1883, p. 257, note 4) ait renoncé à identifier la célèbre localité
d' Attigny (Ardennes, arr. de Vouziers, chef-lieu de canton).
3. Froissart, éd. Luce, t. V, p. 202 et 213.
4. Marne, arr. de Sainte-Menehould, cant. de Ville-sur-Tourbe.
5. Froissart, éd. Luce, t. V, p. 213.
LE SIÈGE DE REIMS. 95
Edouard du Bois, qui, par son père Henri du Bois, l'un des fami-
liers de Philippe de Valois S avait des traditions de loyalisme et
de courage, appartenait à une famille fixée dans le pays S issue
de Hugues Cholet, comte de Roucy ; l'un des fils de Hugues Cholet,
nommé Hugues comme son père, avait eu dans sa part d'héritage
la Ville-aux-Bois-lez-Pontavert^ dont ses descendants échan-
gèrent au xv'' siècle le nom contre celui, tombé en quenouille,
de leurs aïeux. Un autre gentilhomme partage avec Edouard du
Bois l'honneur d'avoir tenu tête aux Anglais : c'est Guy de
Cheppes, d'une petite famille du voisinage'*.
Le 30 décembre, au matin, la garnison de Cernay aperçut les
Anglais à une lieue environ de la place. Rien, en effet, dans les
monotones plaines ondulées de la Champagne, n'arrête la vue :
pas un buisson, pas un arbre. Les Anglais avancèrent aussi près
qu'ils purent de Cernay ; leur chef, le duc de Lancaster, mit pied
à terre afin d'examiner la profondeur des fossés. Quand sa troupe
le vit à pied, elle fit comme lui, puis se jeta à l'assaut, paraît-il,
sans attendre ses ordres. Au premier choc, le premier fossé,
le second ensuite furent traversés et l'attaque des murailles
commença. Elle fut très vive et les Anglais y perdirent le sire de
Mussidan, qu'une pierre reçue sur son bassinet, qu'elle défonça,
blessa si grièvement que, ramassé par ses gens, ce Gascon
mourut aussitôt. Cette perte anima les assaillants, parmi les-
quels les plus acharnés étaient les compatriotes du sire de Mus-
sidan, ardents à venger leur chef; la résistance fut opiniâtre,
et Froissart reconnaît qu'il en coûta cher aux Anglais pour s'em-
parer des murs ; de même, Knighton constate que c'est avec les
1. Cf. la Trahison de Jean de Vervins, Bibliothèque de l'École des chartes,
année 1892, t. LUI, p. 608.
2. Il possédait avec ses sœurs le village de Termes (Ardennes, arr. de Vou-
ziers, cant. de Grand pré), et paya de l'incendie de Termes sa fidélité au régent.
3. Aisne, arr. de Laon, cant. de Neufchàtel. Il était aussi seigneur de Tiiony,
hameau aujourd'hui détruit, dont l'emplacement est sur le territoire de la com-
mune de Pontavert.
4. Froissart (éd. Luce, t. V, p. 213) donne ses armes : d'or à une croix ancrée
de sable. Douët d'Arcq {Archives de l'Empire, collection de sceaux, t. II,
p. 71, n" 3561) décrit le sceau du même personnage : une croix ancrée
chargée de cinq besanls, et son nom est Guiot de Sainte -Marie- sous-
Bourcq (Ardennes, arr. et cant. de Vouziers), seigneur de Cheppes. Les seigneurs
qui, au xvi' siècle, succédèrent à la famille de ce personnage portèrent avec
une légère variante les armes que Froissart lui attribue : d'or à la croix ancrée
de sable chargée en cœur d'un losange du premier (D"^ H. Vincent, les Inscrip-
tions anciennes de l'arrondissement de Vouziers, p. 378).
96 LE SIEGE DE REIMS.
plus grandes peines qu'ils y réussirent. Les défenseurs, forcés
sur leurs fortifications, se jetèrent deliors, mais beaucoup périrent
embourbés dans les marécages formés par la Dormoise ; d'autres
s'étaient retirés au château avec leurs deux chefs. Mais ceux-ci,
voyant toute résistance impossible, rendirent la place au duc de
Lancaster ; celui-ci les fit prisonniers avec les gentilshommes qui
les entouraient.
Quant au bourg, il était condamné : les Anglais ne pouvant y
laisser une garnison avaient résolu de le détruire ; ils y mirent le
feu le même jour, et, comme dans ce pays les parties essentielles
des bâtiments sont en bois, Cernay fut bientôt en cendres. Pds
ils se retirèrent dans un village voisin des quartiers du comte de
March, village qui pourrait bien être Bouconville*.
Le surlendemain, l**" janvier, la même troupe, augmentée
d'Eustache d'Auberchicourt, continuant sa marche à trois lieues
envù*on à l'est de Cernay, avança jusqu'à la rive gauche de l'Aisne,
à Autry^, place forte qu'une situation exceptionnelle, au pied
d'un roc surmonté d'un puissant château, et une grosse dériva-
tion de l'Aisne destinée à alimenter le moulin, rendaient presque
imprenable. Knighton^, qui seul relate cet épisode, donne des
détails topographiques si exacts qu'il faut qu'il les ait tenus d'un
témoin oculaire. Ce bourg, ajoute-t-il, était bien fortifié et plus
fort que Cernay. Malgré ces conditions favorables à une résis-
tance, les habitants, à la nouvelle de l'approche des ennemis,
s'enfuirent et se cachèrent dans les forêts épaisses qui couronnent
les coUines bordant la vallée de l'Aisne, de sorte que les Anglais
ne rencontrèrent aucun obstacle. Sans doute ils pillèrent autant
qu'ils purent ; mais il ne semble pas qu'ils aient incendié Autry.
Les habitants n'y gagnèrent rien : Eustache d'Auberchicourt
prit possession d'une place aussi peu défendue. De là, il leva
toute sorte d'impositions sur les environs, garnit le château de
vivres et finalement vendit Autry au duc de Bar, le 16 juin 1360,
moyennant 7,000 florins d'or de principal^.
N'ayant rencontré aucune résistance à Autry et la journée
1. Bouconville, Ardennes, arr. de Vouziers, cant. de Monthois. Bouconville
est sur la route que durent suivre les Anglais de Cernay à Autry.
2. Autry, Ardennes, arr. de Vouziers, cant. de Monthois. Sur cette localité,
voir «n Incident de frontière dans le Verdunois, Bibliothèque de l'École des
chartes, année 1893, t. LIV, p. 347, note 2.
3. Twysden, Rerum Anglicarum... scriptores X, t. II, col. 2622.
4. Froissart, éd. Luce, t. Y, p. lxviii, note 8.
LE SIÈGE DE REIMS. 97
étant peu avancée, le duc de Lancaster songea à employer les
heures de jour qui lui restaient à enlever Manre. Placé sur un
éperon, butte avancée le long d'une sorte de défilé qui mène en
pente assez douce des monts de Champagne dans la vallée de
l'Aisne, le bourg de Manre était avec Cernay, Autry et Attigny
une des bonnes forteresses de la région. Pas plus qu'à Cernay,
à Autry ou à Attigny, il ne reste de traces de fortifications, mais
du moins on montre encore derrière la mairie et le presbytère,
en avant de l'église, l'emplacement évident du château. Là,
comme à Autry, on voit quelques débris de voiites qui sont bien
probablement contemporaines des événements que je relate.
Bref, quelque fort que fut le bourg de Manre, les habitants
n'osèrent pas attendre les Anglais qui entrèrent sans rencontrer
personne et purent incendier tout à leur aise ; ils épargnèrent sans
doute le château qu'une garnison assez faible pouvait garder;
Eustache d'Auberchicourt s'empressa de la fournir et de conserver
cette autre place pour son propre compte. Mais ce n'était là pour
lui qu'un moyen d'extraire du pays tout ce qu'il pouvait rendre,
et, dès qu'il l'eut pressuré au point de n'en plus rien tirer, il se
trouva heureux, comme il le fit pour Autry, de se débarrasser du
château à beaux deniers comptants. En effet, le 19 mai 1360, il
vendit Manre, en même temps qu' Attigny, au comte de Flandre,
alors comte de Rethel*; ce furent les malheureuses populations du
comté de Rethel qui, déjà rançonnées par Eustache d'Auberchi-
court, durent, par une imposition spéciale, acquitter le prix
d'achat qui s'élevait à 25,000 deniers d'or.
Après une journée si bien remphe, le duc de Lancaster retourna
devant Reims. Au moment de son départ pour Cernay, on se
rappelle que Barthélémy de Burghersh avait assiégé Cormicy
(20 décembre 1359). Cormicy était entouré d'une double ceinture
de fossés, les murailles étaient solides, au moins au dire de
Knighton; quoi qu'il en soit, le soir même, la garnison dut aban-
donner la ville et se réfugier dans le château. Celui-ci, élevé au
milieu du bourg, était une construction fort bien faite, et le don-
jon carré était presque imprenable ; les ennemis placèrent au bas
des murailles des mineurs qui étaient à l'évêque de Liègé^ ceux-ci
creusèrent le sol sous le fossé et étançonnaient tout en creusant.
Froissart raconte que, après qu'ils eurent miné les murailles de
la grosse tour, Barthélémy de Burghersh eut la galanterie de
1. Froissart, éd. Luce, t. V, p. lxviii, note 8.
1895 7
98 LE SIÈGE DE EEIMS.
sommer le capitaine de se rendre. Il s'appelait Henri de Vaux*.
Ainsi mis en demeure, il ne fit que rire de la menace ; mais, le
capitaine anglais lui ajant offert de lui montrer pourquoi sa
sommation était sérieuse, il réfléchit, sortit après avoir pris des
sûretés. On lui montra la mine et les étançons qui seuls soute-
naient un pan de mur de la tour ; il comprit qu'il était perdu et
se rendit avec ses hommes (6 janvier 1360) (n. st.). Quand ils
furent sortis, Barthélémy de Burghersh fit mettre le feu aux étan-
çons dont la chute entraîna l'écroulement d'un pan de la tour qui
s'ouvrit en deux (9 janvier) ; en même temps, le bourg fut détruit ^.
Tous ces succès n'avançaient pas en somme les afiaires du roi
d'Angleterre, qui se trouvait devant Reims au même point que
lors de son arrivée, au commencement du mois de décembre. En
outre, il apprit, probablement en même temps que les habitants de
Reims, que des gens d'armes se réunissaient à Troyes pour les
secourir. Le l*"" décembre, en efiet, le connétable de France était
à Auxerre^, puis il alla à Troyes, d'où il devait mener les troupes
devant Reims, et, s'il est vrai que le régent le rappela quelques
jours auprès de lui, il n'en promettait pas moins, le 26 décembre,
aux habitants de Reims de l'envoyer au plus tôt k leur aide^.
Soit donc qu'Edouard III eût peur d'être pris entre la garnison
de Reims et le corps de secours, ou qu'il vît simplement qu'il fal-
lait renoncer à emporter Reims, lise décida à lever, le 11 janvier
1360, le siège qui durait depuis plus de cinq semaines. Le roi
d'Angleterre se dirigea ensuite vers le sud et cette campagne
entreprise avec une armée formidable et des préparatifs immenses,
après le retentissant échec de Reims, un plus bruyant échec
encore devant Paris, ne servit sans doute qu'à assurer aux
Anglais les concessions que la lassitude et la misère générales
imposèrent au régent par le traité de Brétigny.
H. MOR AN VILLE.
t. D'après Froissart, éd. Luce, t. V, p. 220, Henri de Vaux était Champenois,
portait de sable à cinq anneaux d'argent, et son cri était « Viane. » Or, un
armoriai du xv' siècle donne parmi les clievaliers de la province de Champagne :
« Le sire de Vaulx, de sable à v aniaulx d'argent, et crie : Viane. » (Bibl. nat.,
volumes reliés du Cabinet des titres, n' 927, p. 70.) Ceci montrera une fois de
plus, comme on l'a vu plus haut dans un cas analogue, combien Froissart, en
certaines circonstances, a été sûrement informé, même pour de menus détails.
2. Twysden, Reruvi Anglicarum... scriplores X, t. II, col. 2622.
3. Froissart, éd. Luce, t. V, p. lxv, note 2.
4. D. Marlot, Histoire de la ville, cité et université de Reims, t. IV, p. 84.
JEAN MESCHINOT
SA VIE ET SES OEUVRES
SES SATIRES CONTRE LOUIS XL
Meschinot est aujourd'hui bien oublié, mais pendant tout un
siècle il brilla, on peut le dire, au grand soleil de la gloire litté-
raire. Il eut plus d'éditions que Villon, environ une trentaine.
Mentionné avec éloge par tous les critiques et tous les bibliographes
du xvi'' siècle, son nom a eu la rare fortune d'être en quelque
sorte consacré et porté à la postérité par un vers pittoresque de
Clément Marot, qui, dans son épigramme à Hugues Salel, énu-
mérant les cités et les provinces d'où étaient venus les meilleurs
poètes français, inscrit dans cette liste en lieu d'honneur la patrie
de Meschinot :
Nantes la Brette en Meschinot se bagne ^ .
La vogue, on pourrait même dire la gloire de Meschinot ne fut
définitivement emportée que par la révolution malherbienne, qui
jeta aux gémonies toutes les vieilles illustrations poétiques de la
France, en particulier tout le moyen âge.
Malgré cette chute, un succès aussi éclatant, aussi prolongé
que celui de Meschinot mérite qu'on en recherche la cause, qu'on
essaie de déterminer la véritable physionomie du poète, le véri-
table caractère de ses œuvres.
Nous allons examiner la biographie de Meschinot, écartant
les erreurs dont on l'a trop longtemps encombrée, essayant, sinon
1. Et non pas : « Nantes la Brette, où Meschinot se baigne, » comme l'écrit
M. Levot dans la Biographie bretonne (II, p. 469), réduisant toute la gloire de
Meschinot à s'être baigné à Nantes.
^00 JEAN MESCHINOT
de la compléter, du moins d'y introduire quelques faits et quelques
documents nouveaux.
Nous étudierons ensuite ses œuvres, que personne depuis trois
siècles n'a lues en entier, où on peut espérer par conséquent feire
quelque découverte intéressante.
PREMIÈRE PARTIE.
LA VIE DE MESCHINOT.
I.
A part la récente notice de M. Trévédy* et la note de Brunet
dans la 4° édition du Manuel du libraire (1843), note fort
courte mais relative à un point fort important^ tout ce qu'on a
écrit sur Meschinot et ses œuvres se distingue par une absence
de critique vraiment étonnante : caractère qui brille surtout dans
les deux notices le plus souvent citées, approuvées, et auxquelles
jusqu'à ces derniers temps on accordait le plus d'autorité, je veux
dire celles de Goujet et de Levot^.
M. Trévédy a justement et plaisamment démoli celle de Levot :
le bon, laborieux, consciencieux auteur de la Biographie bre-
tonne a eu là des distractions si étranges qu'elles ressemblent
comme deux gouttes d'eau à des insanités. Par exemple, plaçant
la naissance de Meschinot en 1430 et sa mort en 1491, donc lui
donnant en tout soixante-un ans de vie, Levot dit qu'il « exerça
la charge de maître d'hôtel pendant plus de soixante ans,
tant auprès de Jean V, duc de Bretagne, et de ses successeurs
qu'auprès de la duchesse Anne et des rois de France Charles VIII
et Louis XII. »
Louis XII étant monté sur le trône en 1498 , cela revient à
dire que Meschinot « exerça » cette charge dès sa 7iaissance et
continua de la remplir non seulement jusqu'à sa mort, mais sept
ans après.
1. Études bretonnes. Jehan Meschinot poète de la duchesse Anne. Vannes,
Lafolye, 1890.
2. Note reproduite en 1862 dans la 5» édition du Manuel, t. III, col. 1666.
3. Goujet, Bibliothèque françoise, t. IX (1745), p. 404 à 419; Levot, Biogror
phie bretonne, t. II (1857), p. 467-470.
SATIE ET SES dUVRES. ^0^
« De là vient, continue Levot, le titre de maistre d'hostel de
la royne de France, qu'il prend en tête de ses poésies. »
Comment l'eût-il pu prendre, n'ayant jamais vu Anne de Bre-
tagne sur le trône de France? Elle y monta seulement le
6 décembre 1491 par son mariage avec Charles VIII, et Meschi-
not était mort le 12 septembre (comme Levot le proclame), c'est-
à-dire deux mois avant.
Ceci seulement à titre d'exemple, car il y a bien d'autres drô-
leries qu'on peut voir dans la critique de M. Trévédy; mais
Goujet n'en a guère moins; Niceron^ et Colletet, si peu qu'ils
disent, n'en sont point exempts.
Laissons ces critiques rétrospectives, voyons quels fondements
solides on peut trouver pour la biographie de Meschinot.
IL
D'abord, la date précise de sa mort : elle nous est fournie par
une épitaphe en vers, imprimée dans une des plus vieilles éditions
de notre poète, non toutefois (comme l'a cru M. Trévédy) la
première donnée à Nantes par Etienne Larcher en 1493, mais
une autre sans date, imprimée quelques années après à Paris par
Pierre Le Caron. Brunet la croit antérieure à celle de Pigouchet
de 1495; tout au moins est-eUe du xv® siècle. Comme cette épi-
taphe, curieuse en plus d'un point, n'a pas été réimprimée en
entier depuis Goujet (1745) et qu'on n'en cite jamais que deux
ou trois vers, il convient d'en reproduire ici le texte complet, en
forme de rondeau, ainsi conçu :
Vertueux glst d'honneur bien proche.
En armes servit sans reproche
Cinq ducs. One ne fut reprochié.
Priez Dieu qu'il soit approchié
Du pardon qui sa joye approche.
De Meschinot fut son surnom,
Lunettes fît (cil Iehan eut nom)
Et maint beau dicté sans redite.
1. Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de la
république des lettres, t. XXXVI (Paris, 1736), p. 357-361.
^02 JEAN MESCHINOT
Mil cinq cens, neuf moins, plus non,
Douze en septembre, en granL renom,
Servant dame qui Royne est dite,
Par Atropos, qui humains croche
Et qui tout preux de son dard broche,
Fut ce noble homme à mort brochié.
De vertus n'estoit decrochié;
Donc dire en dolbt : Soubs ceste roche
Vertueux gist^
C'est le neuvième vers de cette pièce qui nous donne l'année de
la mort de Meschinot; mais, pour l'y trouver, il faut bien lire.
Et d'abord on lut fort mal. On lut tout d'une venue Mil cinq
cens neuf, et sans s'inquiéter de la fin du vers, on mit résolu-
ment la mort de Meschinot en 1509. Telle est l'opinion de tous
les anciens auteurs, Niceron, Goujet, Kerdanet, Levot lui-même,
dans une première notice sur notre poète donnée par lui en 1843
à la Biograjjhie universelle de Michaud"'. C'est pourtant en
cette même année 1843 que la bonne lecture, la vraie interpré-
tation de ce vers fut découverte et signalée, non pas par Levot
qui sembla s'en faire honneur plus tard^ mais par Brunet dans
la 4'' édition de son Manuel (t. III, p. 370).
En tête de son article Meschinot, Brunet avait reproduit dans
son texte le titre de la l""-^ édition donnée en 1493 par Etienne
Larcher, titre qui porte :
Cy commence le livre appelle les Lunettes II des princes, avecques
aulcunes balades de y plusieurs matières composées par feu Jehan
Il Meschinot, seigneur des Mortiers, escuyer, en || son vivant princi-
pal maistre d'hoslel de la il duchesse de Brelaigne, à présent royne
de France.
Si Meschinot ne vivait plus en 1493, impossible à lui d'être
mort une seconde fois en 1509. Pour concilier l'épitaplie de l'édi-
1. Je n'ai pas sous la main l'édition de Le Caron; je donne cette pièce d'après
la double réimpression de Niceron [Mém. des honunes illustres, XXXVI, p. 358)
et de Goujet (Bibl. françoise, IX, p. 407), dont le texte est identique.
2. Sup|)lément, t. LXXIII, p. 51-2-514.
3. En 1857, dans la Biographie bretonne (11, 4G9), Levot donne cette opinion
comme s'il l'eût toujours professée et sans en rapporter l'honneur à Brunet,
ainsi que l'a très justement remarqué M. Trévédy.
SA VIE ET SES (EDVRES. i03
tion Le Caron avec le titre de l'édition Larcher, M. Briinet pro-
posa de lire, Don pas « Mil cinq cens neuf, » mais « Mil cinq
cens, NEUF MOINS, » c'est-à-dire Mi7 cinq cens moins neuf, soit
1491. Et si l'on veut bien remarquer que ce vers, tel que nous
l'avons, est estropié, puisqu'il a sept pieds seulement quand toute
la pièce est en vers de huit ; si l'on se donne la peine de restituer
très naturellement le pied, je veux dire la syllabe qui manque, on
a une leçon de ce vers très facile à comprendre :
Mil cinq cens, neuf moins et plus non,
C'est-à-dire : « Mil cinq cens moins neuf, et non pas plus
neuf. » Ce vers, ainsi rétabli, dit cela à peu près aussi clairement
qu'il le pouvait dire, étant donné le style habituel de la poésie de
ce temps. Le 12 septembre 1491, voilà donc la date certaine de la
mort de notre poète.
IIL
Du titre de l'édition de Larcher, de l'épitaphe de celle de
Le Caron, — deux documents d'une autorité irrécusable, direc-
tement émanés des contemporains de Meschinot, — il y a encore
autre chose à tirer.
D'après l'épitaphe, Meschinot 5eri;i^ cinq ducs de Bretagne,
qui ne peuvent être que les cinq derniers : Jean V, François P^
Pierre II, Arthur III , François II, et il les servit en armes,
ce qui implique qu'il fît partie de leur armée ou plutôt de leur
maison militaire. — D'après le titre de l'édition Larcher, Meschi-
not exerça aussi les fonctions de maître d'hôtel, non pas (comme
Levot l'affirme d'après Goujet) sous les cinq ducs de Bretagne
ci-dessus nommés, mais sous la fille du dernier d'entre eux, sous
Anne de Bretagne, et encore seulement pendant qu'elle était
duchesse de Bretagne et avant son avènement à la couronne de
France. Anne étant montée au trône de Bretagne le 9 septembre
1488 et Meschinot étant mort le 12 septembre 1491, il eût été
maître d'hôtel de la maison ducale pendant trois ans au plus, et
tout le reste de sa vie, depuis les dernières années de Jean V
jusqu'à la mort du duc François II (de 1440 environ à 1488),
aurait été consacré à la profession des armes. Cela se déduit net-
tement des deux textes que l'on vient de lire ; cela détruit absolu-
ment la légende du Meschinot maître d'hôtel perpétuel « pendant
>|04 JEAN MESCHINOT
soixante ans et plus, » et cela est, nous le verrons, confirmé par
nombre de documents historiques.
L'intitulé de l'édition de 1493 fournit encore un renseignement
important : le titre féodal de Meschinot, qualifié là (on l'a vu) sei-
gyieur des Mortiers; titre qui permet de le reconnaître à coup
sûr parmi ses homonymes, assez nombreux au xv^ siècle en Bre-
tagne et ailleurs, et qui, si l'on parvient à retrouver sur la carte
ce manoir des Mortiers, nous fera connaître la résidence habi-
tuelle de sa famille, par conséquent le lieu d'origine du poète, son
point d'attache dans la société de son temps.
Or, nous avons découvert^ un aveu de cette terre des Mortiers,
rendu le 6 mars 1451 par Guillaume Meschinot, le père de notre
poète. Le manoir de cette petite seigneurie était situé en la
paroisse de Monnières^, sur la limite de Gorges, avec des fiefs
(peu nombreux) répandus dans les paroisses de Gorges, de
Saint-Lumine de Clisson et de Saint-Hilaire des Bois. Elle rele-
vait de la baronnie de Clisson, et l'aveu de Guillaume Meschi-
not est en effet présenté au sire de Clisson, qui était à cette
époque le prince François de Bretagne, comte d'Étampes, destiné
à devenir huit ans plus tard le duc François IL — Cette situa-
tion des Mortiers, bien constatée, confirme pleinement l'extrac-
tion bretonne de notre poète, sa résidence originelle et constante
au pays nantais, et coupe court par conséquent aux tentatives
d'assimilation qu'on a voulu faire entre lui et un Jean Meschinot
originaire du Poitou, possessionné et domicilié à Pouzauges,
lequel eut, en 1444, des aventures conjugales fort peu enviables 3.
Nulle preuve même que ce Meschuiot et le nôtre fussent de la
même famille.
1. Grâce à un ami, M. René Blanchard, qui a bien voulu nous transmettre
une copie de ce document existant aux Arch. dép. de la Loire -Inférieure,
liasse E 217, anciennement Titres du chàleau de Nantes, G. G. 16. Voir ci-des-
sous, p. 133.
2. Aujourd'hui commune du canton de Clisson, arrondissement de Nantes,
Loire-Inférieure.
3. Voir à ce sujet l'article Meschinot dans la Nouvelle biographie générale
de Firmin Didot, t. XXXV (1861), col. 140. L'assimilation proposée entre ce
Meschinot de Pouzauges et le poète est d'autant moins acceptable que (nous le
verrons plus loin) ce dernier servait comme écuyer dans la maison du duc de
Bretagne de 1442 à 1446 et ultérieurement, en sorle qu'il ne pouvait être
domicilié à Pouzauges en 1444. M. de Courcy, dans la troisième édition de son
Nobiliaire de Bretagne, a donc eu tort de donner pour femme au poète Mes-
chinot PhiUppa d'Andouelle, femme du Meschinot de Pouzauges.
SA VIE ET SES ŒUVRES. '•OS
Cette terre des Mortiers était d'ailleurs un fief très modeste ; la
famille dont il formait le principal domaine devait être d'une for-
tune non moins modeste, quoique d'une noblesse incontestable,
reconnue dans toutes les réformations des xv' et xvf siècles.
Selon M. de Courcy, elle portait pour armes d'azur à deux
fasces d'argent au croissant de même entre elles K
IV.
Voyons maintenant les documents historiques proprement dits,
et d'abord passons en revue ceux qui ont été entassés avec tant
de science et de patience par les Bénédictins dans les Preuves
de l'histoire de Bretagne.
Le nom de Jean Meschinot s'y rencontre souvent au xv* siècle.
La mention la plus ancienne est de 1405, la plus récente qui se
puisse rapporter à notre poète de 1487.
De 1405 à 1420, nous voyons figurer jusqu'à cinq fois dans
divers documents, notamment dans des comptes et dans des états
de la maison ducale, un Jean Meschinot qualifié « écuyer du duc »
et, plus précisément, « escuier du corps et de la chambre » du
duc Jean V^; quand ce prince fit l'hommage au roi à Paris, en
l'hôtel Saint-Paul, le 7 janvier 1405, Jean Meschinot fut l'un des
témoins officiels de cette solennité féodale, ce qui montre en lui
dès cette époque un personnage marquant de la cour ducale 3.
Mais ce Jean Meschinot de 1405 à 1420 ne saurait être le nôtre;
car, étant un homme notable dès 1405, il devait avoir alors au
moins vingt-cinq ans et être né au plus tard en 1380, ce qui l'eût
fait mourir plus que centenaire en 1491 ; circonstance invraisem-
blable. Si par impossible elle s'était produite pour un homme
1. Voir Nobiliaire de Courcy, 2' et 3° éd. Je ne sais où M. de Courcy a trouvé
ces armes; il s'en réfère à l'Armoriai breton de Gui le Borgne (1681); mais on
n'y trouve même pas le nom de Meschinot.
2. D. Morice, Preuves, II, col. 897.
3. Il n'y eut, du côté breton, que seize gentilshommes à assister à cette céré-
monie : dix chevaliers des plus grandes familles et six écuyers, dont Meschi-
not (D. Morice, Preuves, II, 735). — Pour les autres mentions de ce Jean Mes-
chinot, voir le compte du trésorier de Bretagne de 1412-1414, la réformation de
l'hôtel du duc en 1416, l'état de la maison ducale en 1417, le compte du tré-
sorier de Bretagne du 22 avril au 7 décembre 1420 (dans D. Morice, Preuves,
II, col. 875, 897, 946, 1066 et 1069).
i06 JEAN MESCeiNOT
déjà célèbre, elle n'eût pas manqué d'être notée par les chroni-
queurs, et, ne l'ayant pas été, elle est fausse.
En outre, dans une Supplication au duc François II dont
nous parlerons plus loin, Meschinot le poète expose à ce prince
« comme dès son jeune aage il a continuellement servi ses
« prédécesseurs, les ducs Jehan, Françoys, Pierre, Artuz. »
S'il était né en 1380, il aurait eu à l'avènement du duc Arthur III
soixante-dix-sept ans; il n'eût donc pu, en se reportant à cette
époque, parler sans absurdité de son jeune âge.
Donc le Jean Meschinot mentionné de 1405 à 1420 n'est cer-
tainement pas le nôtre; ce n'est pas non plus son père, car son
père s'appelait Guillaume, et nous l'avons vu en 1451 rendre
aveu de la terre des Mortiers. Mais dans le premier Jean Meschi-
not on pourrait bien voir le grand-père de notre poète, et la
mémoire des bons services de l'aïeul eût frayé la voie à son petit-
fils, quand celui-ci s'offrit à son tour pour servir en armes dans
la maison du duc.
De 1420 à 1442, éclipse totale de Jean Meschinot. Dans le
compte du trésorier de Bretagne de 1442 à 1444, ce nom reparaît,
et encore parmi les « escuiers du duc*. » Cette fois, il s'agit de
notre poète, car puisque, d'après son épitaphe confirmée par la
Supplication citée ci-dessus, il « servit en armes » le duc
Jean V, dont 1442 est la dernière année, il est grand temps qu'il
paraisse.
Je n'hésite pas à lui rapporter aussi toutes les mentions de Jean
Meschinot contenues dans les Preuves de l'histoire de Bre-
tagne, depuis cette date jusqu'en 1487'. Nous y trouverons des
notions intéressantes pour la biographie de l'auteur des Lunettes
des pr'inces^.
Sous les règnes des trois premiers successeurs de Jean V, —
c'est-à-dire sous François P% Pierre II et Arthur III, — Jean
1. D. Morice, Preuves, II, col. 1372.
2. A la fin du xv' siècle, vers 1490, il y avait au pays nantais cinq Meschinot
(lu nom de Jean : Jean Meschinot, sgr de la Clavelière en Saint-Lumine de
Coûtais; Jean Meschinot, sgr des Mortiers, chacun d'eux pourvu d'un fils aussi
appelé Jean, et un cinquième Jean Meschinot, sgr de Marlignc eu Dongc. Mais
la désignation de seigneur des Mortiers donnée au poète, et aussi attrihuée au
Jean Meschinot qui a servi les cinq ducs de Bretagne de Jean V à François II,
établit nettement Tidentité de l'un et de l'autre.
3. Titre du poème le plus connu de Meschinot.
SA VIE ET SES ŒÏÏVRES. ^07
Meschinot continue de figurer au rôle des « escuiers du duc. »
Nous relevons en outre, sous ces trois princes, certains faits spé-
ciaux propres à caractériser sa situation et son rôle à la cour de
Bretagne.
Dans des vers que nous citerons tout à l'heure, il vante avec
effusion le duc François I". Les documents (fort incomplets
hélas!) qui nous restent de ce règne nous montrent Meschinot
compris dans la distribution des étrennes faite à la maison ducale
par ce prince au 1" janvier 1446 et recevant à ce titre un gobelet
d'argent du poids de deux marcs^ Deux ans plus tard, l®"" jan-
vier 1448, il est encore auprès du même duc au château de Suci-
nio, et il reçoit pour le même motif un présent dont on ne dit ni
la nature ni la valeur^. Il s'est plu à célébrer dans ses vers la
vaillance et la générosité de ce prince, la désolation universelle
causée en Bretagne par sa mort prématurée.
Le duc Pierre II témoigna à Meschinot beaucoup de confiance.
Dans ses deux voyages à la cour de France, le premier à Tours
en février 1452, le second à Bourges en juillet 1455, il l'emmena
avec lui^. Ces deux voyages avaient pour objet des négociations
fort importantes, surtout le second, où le duc s'occupa d'arrêter,
de concert avec le roi, les meilleures mesures à prendre pour
régler la succession du duché de Bretagne. Dans ces deux cir-
constances, Pierre II était accompagné d'une suite brillante et
nombreuse de seigneurs, de gens de conseil, et le roi de France
donna au duc de belles fêtes ^ C'était donc une faveur d'être de
ces voyages.
En 1453, pendant qu'il lançait sur la Guienne cette vaillante
armée bretonne qui gagna la bataille de Castillon (17 juillet 1453)
et délivra définitivement la France des Anglais, Pierre II, crai-
gnant avec raison une descente de ces insulaires en Bretagne,
garda près de lui quelques troupes solides dont fit partie Mes-
1. Compte du trésorier de Bretagne de 1445-1446, dans D. Morice, Preuves,
II, col. 1396.
2. Compte du trésorier de Bretagne de 1447-1448, dans D. Morice, Preuves,
II, col. 1412.
3. Voir compte du trésorier général de Bretagne en 1451-52 ; compte du tré-
sorier de l'épargne en 1455, dans D. Morice, Preuves, II, col. 1604, 1605, 1689;
et sur ces deux voyages voir Lobineau, Hist. de Bretagne, I, p. 653 et 657-658.
4. Compte du trésorier de Bretagne pour 1452-1453, dans D. Morice, Preuves,
II, col. 1629.
408 JEAN MESCHINOT
chinot. Et, l'année suivante (1454), en vue du même péril,
le duc ayant équipé plusieurs compagnies d'élite de 30 lances
(120 hommes) chacune, nous voyons Meschinot au poste le plus
menacé, à Saint-Malo, dans la compagnie du sire de Derval et,
trois ans plus tard, dans celle de Le Galois de Rougé*.
Sous le règne trop court du grand connétable de Richemont,
devenu Arthur III de Bretagne, la faveur de Meschinot continue,
et sa réputation de poète se dessine. En décembre 1457 et jan-
vier 1458, quand le duc se rend à Tours avec un brillant cortège
pour prendre part aux fêtes qu'y devait donner le roi de France,
il a bien soin d'amener avec lui Meschinot, et il lui fait composer
des vers qu'il paie généreusement : A Meschinot, 2)0ur un ron-
deau, cinq escuz, porte le compte du trésorier de Bretagne, et,
quelques lignes plus bas, autre don au même de dix écus, etc. 2.
Dans son poème les Lunettes des ^jrinces, Meschinot, déplo-
rant la mort rapide de ces quatre ducs, a célébré leur souvenir
et celui de leurs bienfaits. Reflet fidèle des sentiments de la Bre-
tagne à l'égard de ces quatre princes et aussi des sentiments
personnels de l'auteur qui les avait connus, approchés et servis,
ces portraits ont ici leur place naturelle ; ils font partie de la bio-
graphie de notre poète. Les voici :
Et en noz jours ce prince de sagesse^,
Le bon duc Jehax, nompareii en largesse,
Ne le prinl Mort par son cruel oullraige?
Certes si fist : dont amère deslresse
A longuement esté nostre maistresse ;
L'avoir perdu nous fut haultain dommaige.
Fier fut aux fiers, aux bons doux en couraige,
Prudent en faictz et benign en langaige.
Autant valoit que ung seellé sa promesse ;
Oncques ne fist ung deshonneste ouvraige.
Des benoistz cieux Dieu lui doint Theritaige,
Car en son temps père estoit de noblesse.
1. Compte du trésorier de l'épargne en 1453-1455 et en 1457 (Ibid., col. 1646
et 1728).
2. Compte du trésorier de Bretagne en 1457-1458 (Ibid., col. 1722, 1723, 1725).
3. Meschinot, Lunettes des princes, 14"= douzain. — La première moitié des
Lunettes des princes se compose de 85 douzains; les éditions de Meschinot
n'étant point paginées, je fais les renvois par le chiffre des douzains.
SA VIE ET SES ŒDVRES. '09
Mort de nouveau a faict bien grant effort :
Le duc François et comte de Montfort
Et Richemont, qui tant fut bel et fort,
Est decebdé, Dieu le prenne à mercy^ !...
Quand celle mort nostre bon maistre a prins,
Ce jour, je vy nobles, clercs et commun
Tant fort pleurer qu'il sembla que chascun
N'eust oncquesmais aultre mestier aprins,
Et fu de dueil tellement entreprins
Que mon ennui ne peut estre comprins ^.
Las ! or n^a il fors huit ans dominé,
Après que Mort avoit exterminé
Le bon duc Jehan, dont j'ay faict mention.
Duquel fut filz tant bien moriginé
Que, tout son cas au long examiné,
Doibt posséder d^honneur la mansion.
En armes mist corps et entention;
A gens vaillans gages et pension
Donna si grans, par sens illuminé,
Que des Anglois la grant contention
Ravala bas; ainsi que ostension
Fait son procès, s'il est bien fulminé 3.
En son temps fut de Bretaigne le chief.
Mort, tu l'as prins et mis ses jours à chief,
Dont je maudy toy et tes piteux faictz
4
Se triste suis et mon cueur s'appareille
A grant douleur, j'ay perte nompareille
De ce bon duc, qui tant de bien faisoit^ !
1. Lunettes, 16' douzain.
2. Lunettes, 17" douzain. — Cette désolation extraordinaire et universelle
des Bretons à la mort du duc François P'" prouve bien que (quoi qu'en disent
certains historiens) ses contemporains ne voyaient point en lui l'assassin de son
frère, Gilles de Bretagne.
3. Ibid., IS"" douzain.
4. Ibid., 19° douzain.
5. Ibîd., IZ^ douzain.
i^O JEAN MESCHINOT
Pour ce prince, qui jeune decebda,
Comme j'ay dict, vint et luy succéda
Ung sien frère qui grandement valut,
Pierre nommé, et tant bien procéda
Qu'à son peuple franchise concéda
Et le nourrir très chièrement voulut;
De ma pitié doucement luy chalut,
A le servir me choisit et eslut.
Et de ses biens largement me céda.
La mort depuis aussi le nous tollut,
Repos es cieux ayt son ame et salut !
Son droit règne sept ans point n'excédai
Après ces deux princes derrains nommez,
Qui en valeur furent tant renommez,
Ung ancien, leur oncle très notable.
Leur succéda quant mort les eut sommez
Et de son dard meurtriz et assommez.
Artds eut nom, de France connestable,
Saige, vaillant, vertueux et estable.
Aux ennemys cruel et redoutable.
Or ont esté ses jours brief consommez
En quinze mois : c'est cas espouenlable !
Ha! qu'est cecy, fortune très mutable,
Tant de maux fais qu'estre ne peuent sommez 2.
Par ceste mort je sens guerre mortelle^.
Arthur III, mort le 26 décembre 1458, fut remplacé sur le
trône de lîretagne par son petit-neveu François IL Sous ce duc,
il se produisit dans la maison militaire des souverains bretons
un changement notable. Les ducs précédents s'étaient habituel-
lement contentés d'une garde du corps assez peu nombreuse, dont
1. Ibid., 24° douzain.
2. Ibid., 25° douzain.
3. Ibid., 26° douzain.
SA VIE ET SES œOVRES. ^^^
les membres servaient par quartier, de façon que le duc eût tou-
jours autour de sa personne un petit bataillon d'élite de vingt ou
trente gentilshommes de vieille famille, d'un absolu dévouement,
et qui portaient le titre d' « escuiers du duc » ou (comme on l'a vu
plus haut) « escuiers de corps et de chambre. » C'est dans ces
conditions que Jean Meschinot « servit en armes » les ducs
Jean V, François 1"% Pierre II et Arthur III. — François II
augmenta le chiffre de sa maison militaire, dont il fit deux com-
pagnies « d'ordonnance, » formant ensemble 50 ou 51 lances,
chacune de ces lances, appelées aussi hommes d'armes ou gen-
tilshommes de la garde, ayant à sa suite au moins deux
archers et parfois en outre un « coustilleur. » En diverses cir-
constances, le chiffre des lances composant les compagnies d'or-
donnance fut augmenté, comme on le voit, par exemple, dans le
compte du Béguin de François II, où la garde du duc se com-
pose de 75 gentilshommes, 33 coustilleurs et 131 archers*.
En principe, le service des gentilshommes de la garde était
permanent ; en fait, plusieurs d'entre eux étaient souvent détachés
dans des missions spéciales ou même attachés temporairement au
service de quelque grande famille prochement apparentée à la
maison ducale : l'histoire de Meschinot en fournira une preuve.
Chaque lance recevait du duc une solde de 25 livres par mois,
soit 300 livres par an, répondant (dans la seconde moitié du
xv*" siècle) à 9,000 francs environ, valeur actuelle. — D'ailleurs,
sous le duc François II, les titres d' « escuier du duc, » d' « escuier
de corps et de chambre » disparaissent, remplacés, on vient de le
dire, par ceux de « lance, » d' « homme d'armes » ou de « gen-
tilhomme de la garde. »
Dans les comptes de cette époque, Jean Meschinot figure sous
ces titres de 1461 à 1487, c'est-à-dire pendant toute la durée du
règne du duc François II (1459-1488), sauf les deux premières
années ^ La confiance de ce prince lui donna assez souvent des
1. Voir A. de la Borderie, Complot breton de 1492, dans les Archives de
Bretagne, t. II, p. 82 à 85. Voir aussi, sur la maison militaire de François II,
D. Morice, Preuves, II, col. 1777, et III, col. 120, 270, 388, 427, 538, etc.
2. Voir, entre autres, le 1"' compte d'Olivier Baud, trésorier des guerres,
commencé le 1" juillet 1461; — 5'' compte du même pour 1464-1465; —
k' compte de Pierre Landais pour 1465-1466; — montre de la compagnie d'or-
donnance du duc sous la charge de M. de la Roche en 1474; — 2" compte d'Yves
Milon pour 1481-1482; — état de dépense pour le fait de la guerre en 1483; —
H2 JEAN MESCHINOT
missions qui l' éloignaient de la personne ducale. Durant ce règne,
si fréquemment agité de guerres ou de craintes de guerre, on tenait
incessamment par toute la Bretagne des revues ou montres
d'hommes d'armes, de recrues féodales et d'hommes de milice, et
il était fort important d'avoir, pour passer ces revues, des per-
sonnages de confiance et de grande expérience militaire; notre
poète y fut souvent employé, notamment dans l'évêché de Léon,
en 1469, 1474-75, 1477^ ; les lettres du duc qui lui confient cette
mission le désignent même plusieurs fois sous son titre féodal :
« Jehan Meschinot, sieur des Mortiers, » ce qui ne laisse place
à aucun doutée
Il fut aussi, nous le verrons, très employé dans le service delà
maison de Laval, dont le chef Gui XIV, baron de Vitré , de
Montfort, etc., était cousin par alliance du duc François IL
Mais, — en dépit des affirmations positives, si assurées, si
réitérées de Niceron, Goujet, Levot et autres biographes, — un
emploi où on ne le voit jamais, ni sous le duc François II ni
sous ses prédécesseurs, c'est celui de maître d'hôtel du duc.
Et je ne parle pas ici de ces hautes dignités de grand-maître
d'hôtel de Bretagne ou de maître d'hôtel héréditaire, dont les
titulaires n'exerçaient leurs fonctions de parade que dans des cir-
constances exceptionnelles ; je parle des maîtres d'hôtel pratiques,
domestiques, ordinaires, chargés de diriger chaque jour le ser-
vice de la table et de la maison ducale. Il y a beaucoup de ces
fonctionnaires nommés dans les actes du xv'^ siècle; aucun ne
porte le nom de Meschinot. Il y a mieux : à côté de notre Mes-
chinot, figurant comme d'ordinaire parmi les hommes d'armes,
plusieurs documents mentionnent à une autre place, dans une
autre catégorie, les trois maîtres d'hôtel du duc, car il y en avait
compte de Guillaume Juzel pour 1487 (dans D. Morice, Preuves, t. II, col. 1777,
et t. III, col. 121, 146, 270, 388, 427, 53C). — Le Meschinot qui figure dans tous
les documents est certainement notre poète; toutefois, le 2° compte d'Yves
Milon pour 1481-82 mentionne deux Jean Meschinot : l'un dans les « 50 hommes
d'armes de la garde du duc, » l'autre dans les « 60 lances du maréchal » de
Rieux (col. 388 et 389); le premier est le poète, le second est son (ils, dont nous
parlerons plus loin. Je croirais volontiers aussi que c'est ce dernier qui fut envoyé
avec diverses troupes tenir garnison à Clisson, par mandement ducal du 22 fé-
vrier 1485, n. st. (voir D. Morice, Preuves, III, col. 460).
1. Voir Extraits des registres de la chancellerie de Bretagne pour ces diverses
années, dans D. Morice, Preuves, III, col. 201, 281, 282, 323.
2. Ibid., col. 282, 323.
SA VIE ET SES ŒUVRES. ^^3
trois pour les diverses parties du service. Ainsi, en 1466, dans
rénumération des gens de la cour de Bretagne qui reçurent des
vêtements de deuil à la mort de M'^*' d'Etampes, mère du duc
François II, nous trouvons, entre autres, « Jehan de Malecanelle,
maistre cChostel, Gilles du Mas, 7naistre d'hostel, Mareschée,
maistre d'hostel, » et plus loin, parmi les gentilshommes, Mes-
chinot^ Dans le compte du Béguin ou deuil du duc Fran-
çois II figurent aussi les trois derniers maîtres d'hôtel de ce
prince; ils s'appellent « Plessix-Guérifif, Guillaume Le Moine et
Guillaume Guillemet". »
Mais de Meschinot, à une telle place, pour une telle charge,
nulle mention. Donc jamais il ne fut maître d'hôtel d'aucun des
ducs de Bretagne du xv* siècle. Il les servit l'épée à la main, non
avec la chaîne et la baguette du majordome.
Il fut cependant maître d'hôtel de la maison ducale, mais seu-
lement sous Anne de Bretagne, et c'est ce compte du Béguin de
François II, cité en dernier lieu, qui en fournit la preuve. Outre
la longue nomenclature des personnages, conseillers et officiers
de la cour de François II, ce compte donne aussi la liste des nou-
veaux officiers que la nouvelle souveraine, Anne de Bretagne,
s'était donnés dès son avènement. Elle ne garda pas à son service
les maîtres d'hôtel de son père, elle en nomma trois autres pour
sa maison; ils sont ainsi désignés dans ce document :
Mais très d'hostel^.
« Meschinot;
« Louppe de Dicastillo ;
« Jehan de Breifeillac ;
« A chascun 3 aulnes et demye de drap à 10 livres l'aulne, et
1/4 en oultre pour led. Meschinot. Somme, 107 1. 10 s. »
Non seulement Meschinot fut maître d'hôtel d'Anne de Bre-
tagne pendant qu'elle n'était encore que duchesse de Bretagne,
mais il fut mis par elle à la tête du service de sa maison : en effet,
son nom est ici placé en tête, et il reçoit pour son deuil une part
de drap plus considérable que les deux autres maîtres d'hôtel.
1. D. Morice, Preuves, III, col. 145-146.
2. Dans A. de la Borderie, Complot breton de 1492, p. 87.
3. Ibid., p. 98.
1895 8
^^4 JEAN MESCHINOT
Ce qui justifie pleinement le titre de l'édition donnée par Etienne
Larcher en 1493, où Jean Meschinot est qualifié « principal
maistre d'hostel de la duchesse de Bretaigne, à présent rojne
de France. »
VI.
Nous ignorons quels étaient les gages de Meschinot comme
maître d'hôtel de la duchesse Anne de Bretagne ; ils ne devaient
pas dépasser la solde touchée par lui sous le règne précédenf
comme gentilhomme de la garde ducale, c'est-à-dire 300 livres
par an, répondant à 9,000 francs environ, valeur actuelle.
Meschinot y ajoutait sa fortune personnelle, consistant depuis
la mort de son père dans la terre patrimoniale des Mortiers, dont
la déclaration, fournie en 1451 par Guillaume Meschinot au
comte d'Etampes, seigneur de Clisson, peut servir dans une cer-
taine mesure à indiquer l'importance*.
Aujourd'hui, sur la limite commune des paroisses de Gorges et
de Monnières, tout près du point où cette limite vient buter contre
celle de Maidon^, il existe trois lieux (fermes ou petits villages)
portant le nom des Mortiers : au nord-ouest, les Mortie7^s-Huet ;
au sud, les Bas-Mortiers, et au sud-est de celui-ci, les Hauts-
Mortiers. Ces deux derniers, actuellement, sont en la commune
de Gorges et le premier en Monnières. Tel est l'état figuré sur la
carte de France de l'état-major^. La carte de Cassini, dressée au
dernier siècle, porte aussi ces trois villages, mais là les Hauts-
Mortiers s'appellent simplement les Mortiers, et les Bas-Mor-
tiers sont la Cour des Mortiers; les Mortiers-Huet gardent leur
nom. Sur l'aveu de 1451, le manoir chef-lieu de la terre de Guil-
laume Meschinot est dit les Mortiers - Guibort et mis en la
paroisse de Monnières ; dans les dépendances sont indiquées une
métairie, qui devait, comme le manoir, porter le nom des Mor-
tiers, et des censives tenues par Nicolas Huet, qui représentent
1. Les Mortiers, je l'ai dit, étaient une terre noble relevant de Clisson; l'aveu
est du G mars 1450, v. st., en style actuel 1451. On en trouvera le texte com-
plet à la suite de notre première partie, Appendice, n" I, ci-dessous, p. 133.
2. Maidon ou Maisdon, Monnières et Gorges, aujourd'hui trois communes de
la Loire-Inférieure et de l'arrondissement de Nantes, la première dans le can-
ton d'Aigrefeuille, les deux autres dans celui de Clisson.
3. Feuille 118, dite de Cholet, autrefois Beaupréau.
SA VIE ET SES ŒDVRES. Uh
les Mortiers-Huet d'aujourd'hui. Le nom de Cour des Mortiers,
donné dans Cassini aux Bas-Mortiers, montre que là était le
centre, le chef-lieu de la terre, c'est-à-dire le manoir noble appelé
dans l'aveu de 1451 les Mortiers-Guibort*. Ily amême là encore
aujourd'hui une vieille gentilhommière, construction du xvi^ siècle
(vers 1580) qui a beaucoup de caractère : le corps de logis prin-
cipal flanqué de deux tourelles en encorbellement, percé de larges
baies à croisées de pierre, et dans la toiture une fenêtre à fronton
triangulaire, orné au sommet d'une tête de nègre. Les deux autres
Mortiers, au contraire, n'ont dans leurs bâtiments aucune marque
d'ancienneté et doivent avoir été de tout temps des dépendances
de la Cour des Mortiers.
Donc, au xv*" siècle (en 1451), ces trois fermes formaient un
seul domaine, dont le chef-lieu était le manoir des Mortiers-Gui-
bort ou Guibour (aujourd'hui les Bas-Mortiers) , domaine compris
alors tout entier en la paroisse de Monnières ; ce domaine, s'éten-
dant au nord jusque vers le village du Coursai, était borné d'une
part (à l'ouest) par les landes de Maidon, de l'autre par un ruis-
seau qui descend de ce village du Coursai à celui de la Cormeraie^
et se dirige ensuite vers le sud-est. Ce domaine pouvait contenir
dans son ensemble une centaine d'hectares ; mais que pouvait-il
rendre? D'après la déclaration de Guillaume Meschinot en 1452,
il consistait en « l'hostel, manoir et herbregement des Mortiers-
« Guibort, ô ses appartenances, tant maisons, courtils, vignes,
«prés, bois, garenne, mestairie, sausaie, pastures, clostures,
« terres arables et non arables. »
Dans tout cela, il n'y avait de réellement productif que les
« courtils, vignes, prés, » dépendance et entourage immédiat du
« manoir ou herbregement, » c'est-à-dire du logis seigneurial,
puis « les terres arables » composant la « mestairie ; » et, comme
il n'y avait qu'une métairie, ces terres arables ne devaient pas
être de bien grande étendue. Le reste, « bois, garenne, sausaie,
1. Ou Mortiers Guibourg, dans les aveux de la baronnie de Clisson des
années 1522, 1544, 1556, 1580, 1605, 1674. La déclaration du 10 avril 1679 porte :
« Ensuit les hommes de foy de la seigneurie de Clisson : ... le sieur du Mortier
Guibourg, en Monnière » (Domaine de Nantes, vol. XII, fol. 9). Tous ces titres
sont aux Arch. dép. de la Loire-Inférieure. Je dois ces renseignements et ceux
qui suivent sur l'état actuel du manoir des Mortiers (Cour des Mortiers ou
Mortiers-Guibort) à l'obligeance de M. Arthur de Lisle du Dreneuc.
2. La Cormeraie et le Coursai figurent sur la carte de l'état-major.
^^6 JEAN MESCHINOT
« pastures, » fournissait du pacage pour les bêtes, du bois de chauf-
fage, des cercles de barrique, un petit terrain de chasse, — rien
de plus.
Je me trompe; il y avait en outre des rentes féodales. La décla-
ration de 1451 énumère, non sans orgueil, jusqu'à cinq fiefs semés
en diverses paroisses et relevant du seigneur des Mortiers. En la
paroisse de Saint-Hilaire des Bois*, c'était « une tenue et tene-
ment » au village du Chesne (aujourd'hui le Chêne-Penaud), une
autre au village de Beauleu (aujourd'hui Beaulieu). En Saint-
Lumine de Clisson, deux tenues aussi : l'une à la Grossière
(aujourd'lmi la Groussière), l'autre à la Noë, la cinquième enfin
à la Goubretière (aujourd'hui la Gobertière) en Gorges. Les
rentes annuelles dues au seigneur des Mortiers par les tenanciers
de ces cinq petits fiefs montaient ensemble à 3 livres 16 sols,
plus 4 oies, 11 chapons, 9 setiers de seigle et une mine d'avoine
grosse.
Mais, comme le sieur des Mortiers devait chaque année payer
au sire de Clisson et à divers seigneurs ses voisins des redevances
montant ensemble à 12 livres 14 sols 3 deniers, le produit des
rentes féodales actives se trouvait absorbé et au delà par le paie-
ment des rentes passioes : si bien que tout ce qui pouvait en
réalité donner quelque revenu au sieur des Mortiers, c'était le
domaine proche décrit plus haut.
D'après ce que nous avons dit, si le maître de ce domaine en
pouvait tirer, bon an mal an, quelques milliers de francs (met-
tons trois mille francs, valeur actuelle), c'était assurément le bout
du monde.
Donc, après avoir peiné, sué, porté le harnois pendant plus de
quarante ans pour le prince et la patrie, notre poète se trouvait
jouir annuellement d'une douzaine de miUe francs, valeur actuelle.
Ce n'était pas une fortune bien brillante.
VII.
Pour l'améliorer, Meschinot, autorisé par le duc, entra comme
gentilhomme dans une grande maison quasi princière, où, défrayé
de tout, il trouvait une existence plantureuse, de bons gages et
1. Aujourd'hui commune du canton de Clisson, arrondissement de Nantes,
Loire-Inférieure.
SA VIE ET SES ŒUVRES, ii7
de bonnes gratifications pour les afiaires dont il était chargé, sans
être d'ailleurs astreint à des fonctions permanentes, ce qui lui
permettait de reprendre de temps à autre, au premier appel, son
service dans la garde ducale et d'y garder son rang.
La maison à laquelle il s'attacha fut celle de Gui XIV, comte
de Laval, qui, malgré ses grandes possessions en France, était
devenu plus Breton que Français par ses deux mariages succes-
sifs, d'abord avec Isabeau de Bretagne, fille du duc Jean V, puis
avec la très jeune veuve du malheureux prince Gilles, la célèbre
Françoise de Dinan. La maison de Laval avait d'ailleurs de vastes
domaines en Bretagne, notamment les baronnies de Vitré et de
la Roche-Bernard, les seigneuries de Bécherel et de Gaël-Mont-
fort. Par sa seconde femme, Gui XIV était en outre baron de
Châteaubriant, sire de Montafilant, du Guildo, etc. Ses richesses,
sa puissance territoriale, sa proche parenté avec le duc faisaient
de lui l'un des plus grands seigneurs de Bretagne.
Si les archives du château de Vitré s'étaient conservées jusqu'à
nous, elles fourniraient de fréquentes mentions de Meschinot et
de son rôle dans la maison de Laval. Malheureusement, il n'en
reste que des bribes; c'est un pur hasard qui a mis entre mes
mains une liasse de pièces où il est question de notre poète.
Cette liasse concerne l'administration de la seigneurie de Mar-
cillé ' , l'une des grandes châtellenies composant la baronnie de
Vitré. Il y avait là, de toute antiquité, un château encore pas-
sablement fort au xv^ siècle et même assez important, parce qu'il
était, avec la place de la Guerche, chargé de défendre un point
vulnérable de la frontière bretonne. Pour le comte de Laval
(Gui XIV), qui résidait habituellement à Vitré, mais qui allait
souvent de son château de Vitré à celui de Châteaubriant, fré-
quemment même à la cour du duc de Bretagne, c'est-à-dire jusqu'à
Nantes, Marcillé était un lieu d'étape très commode, parce que le
comte trouvait là toute une administration relevant de lui : le
capitaine du château, le châtelain ou receveur de la seigneurie,
le sénéchal, l'alloué, le procureur de la juridiction, etc., tous
empressés à exécuter ses ordres, préparer ses logements et lui
rendre ce passage agréable. — Puis l'on mettait sans façon tous
les « frais d'auberge » (car le château n'était guère habitable) à
1. Dit aujourd'hui Marcillé-Roberl, commune du canton de la Guerche, arron-
dissement de Vitré, Ille-et- Vilaine.
-H8 JEAN MESCfllNOT
la charge de la recette de Marcillé. Aussi, dans les comptes du
receveur, dont quelques-uns sont venus jusqu'à nous, voit-on sou-
vent le train princier du comte de Laval, — lui, sa femme et ses
enfants, ses gentilshommes, ses veneurs, ses palefreniers, hommes,
chiens, chevaux, — s'abattre tout à coup sur Marcillé, y faire
une copieuse « disnée, ■» puis la couchée, et repartir le lendemain
matin en laissant au pauvre châtelain le soin de payer la note.
En 1470 et 1471, par exemple, nous ne trouvons pas moinïde
huit ou dix de ces grandes dînées et couchées de la maison de
Laval à Marcillé.
Le 12 juin 1470, le comte loge à MarciUé, venant de Vitré,
« allant à Redon devers le duc ; » le 28 du même mois, il y couche,
revenant de Redon et retournant à Vitré. — Le 22 août, le comte
va encore de Vitré à Redon, où vont s'ouvrir les Etats de Bre-
tagne, et il couche encore à Marcillé. — Un mois plus tard (26-
27 septembre), il y passe avec toute sa famille, revenant de Ghâ-
teaubriant à Vitré.
En 1471, « le vendredi 14* jour de juign, partit Monseigneur
le comte du chasteau de Vitré, allant à Nantes aux nopces du
duc, et gista (logea) ce soir à Marcillé. » Il s'agissait du mariage
du duc François II avec Marguerite de Foix. Après ces fêtes,
Gui XIV installa sa résidence à Châteaubriant, et, à diverses
dates des mois de juillet et d'août, les divers membres de sa famille
viennent l'y rejoindre, tous passant et couchant à Marcillé. —
Enfin, dans les premiers jours d'octobre (2, 3, 4), toute la famille,
tout le train seigneurial repasse en grande pompe à Marcillé, y
dîne et y couche encore pour retourner à Vitré*.
VIII.
Dans presque toutes ces étapes à Marcillé, le comte de Laval a
parmi sa suite un gentilhomme du nom de Jean Meschinot, et il
n'y a pas de doute possible, il s'agit bien de notre poète, car on
lui donne à plusieurs reprises son titre de « seigneur des Mor-
tiers. »
Toujours, dans ce train seigneurial vraiment princier, il est en
place honorable et même en bel équipage, tantôt suivi de deux
chevaux, tantôt de trois et même de quatre, ce qui prouve qu'il
1. Voir l'Appendice de noire première partie, n° II, ci-dessous, p. 135.
SA VIE ET SES ŒUVRES. i\9
menait avec lui jusqu'à trois serviteurs à son usage. C'est surtout
dans le voyage du 14 juin 1471, quand le comte de Laval allait
à Nantes assister au second mariage du duc François II, que
Gui XIV semble témoigner à Meschinot une considération toute
particulière. Non seulement notre poète a dans cette chevauchée
quatre coursiers à son service, mais il paraît qu'aucun de ces
quatre n'était digne de le porter, car on envoie un exprès de Mar-
cillé à Nantes en chercher un cinquième, sur lequel Meschinot,
enfin monté à son gré, poursuit son voyagea
Le grand seigneur eut lieu en effet d'être fier de son poète :
dans les fêtes de ce mariage, il joua un rôle principal. C'est lui
qui, au nom de la Bretagne, adressa à la nouvelle duchesse le
salut de bienvenue, et cela dans une très jolie ballade, l'une de
ses meilleures pièces, que l'on n'a jamais citée nulle part et qui
vaut cependant la peine d'être connue. La voici :
Balade [aide pour la duchesse Margarite de Foix
quant elle vint en Bretaigne^.
Riche pais, contrée très heureuse,
Amez de Dieu, ce voit-on clerement;
Duché sans pair, Bretaigne plantureuse,
De noblesse trésor et parement,
Plus que jamais debvez joyeusement
User vos jours par raison et droiture;
Princesse avez, très noble créature
Et en vertus nompareille tenue,
Semblant des cieux estre la nourriture.
Benoiste soit sa joyeuse venue !
C'est la belle fleurette précieuse,
De trois couleurs ornée doulcement,
Par le blanc, vert et vermeil lumineuse,
Et au milieu paroît l'or proprement :
Qui sont choses de grant entendement^.
1. Voir ci-dessous, p. 135-136.
2. Édition 1522, fol. 121 v" et 122.
3. De haute signification. — Le poète donne dans cette strophe l'interpréta-
tion symbolique des couleurs de l'écusson de Marguerite, qui étaient or et
420 JEAN MESCeiNOT
Vert, c'est grâce de Dieu et de nature;
D'innocence, chasteté nette et pure,
Blanc et vermeil ont l'enseigne obtenue;
Vor dénote royalle géniture.
Benoiste soit sa joyeuse venue !
De sens, d'honneur, de bonté amoureuse
Est^ tant que peut comprendre sentement. '^
Maintien rassis, parole gracieuse,
Amour, doulceur et valeur tellement
L'accompaignent, et vit tant sobrement
Qu'elle ressemble à divine facture^
Plus qu'humaine, — dont très bonne adventure
A Bretaigne est. Dieu mercy, advenue.
Par quoi pouons dire sans couverture :
Benoiste soit sa joyeuse venue !
Prince parfait, mettez sens, temps et cure
A la chérir, tant qu'elle nous procure
Le plus grant bien qui soit dessous la nue :
C'est un beau filz. Lors dirons sans mesure :
Benoiste soit sa joyeuse venue !
Cette poésie est pleine de grâce et de fraîcheur ; ce qui en
fît surtout le succès en 1471, dans la brillante fête de Nantes,
près de l'iUustre et nombreux auditoire devant lequel Meschi-
not eut l'honneur d'adresser à la princesse cette touchante
salutation, c'est le sentiment breton, l'amour de la Bretagne qui
éclate dans ces vers et que d'ailleurs l'on retrouve souvent, sous
diverses formes, dans les œuvres de notre poète.
Il avait un fils appelé comme lui Jean Meschinot. Il voulut pro-
fiter de la bienveillance que lui témoignait le comte de Laval pour
procurer à ce fils un établissement avantageux, au service de ce
grand et libéral seigneur. Comme, en cette année 1471, on redou-
tait avec raison une reprise des hostilités du roi Louis XI contre
la Bretagne, il était urgent de mettre en bon état de défense le
gueules (or et vermeil), et de celles des supports de cet écusson, qui étaient
blanc et vert.
1. C'est-à-dire : elle est amoureuse de sens, d'honneur, de bonté.
2. A une œuvre divine plutôt qu'à une œuvre humaine.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 424
château de Marcillé et de donner à cette place un gardien sûr,
actif et vaillant. Meschinot demanda ce poste pour son fils et l'ob-
tint. — Dans les premiers mois de 1471 (en février et en mars),
notre poète fut envoyé deux fois en mission à Marcillé par le
comte de Laval*; le but de ce double voyage, qui, en raison des
circonstances, n'est pas explicitement indiqué dans les lettres du
comte, c'était d'inspecter la place, d'en connaître les besoins,
afin de pouvoir prêter à son fils, qui allait en être chargé, le
secours de son expérience militaire. Presque aussitôt après cette
mission, c'est-à-dire en avril 1471, le fils du poète fut nommé
capitaine du château de Marcillé ; il entra de suite en fonction et
en action. Le 28 mai, il nomma un miseur ou comptable spécial
pour les travaux qu'on allait faire dans la place, lui traça le pro-
gramme de ces travaux, lui ordonna de s'y mettre de suite et de
les pousser activement.
Pour commencer, il y avait à rétablir les ponts, relever beau-
coup de brèches qui s'étaient faites dans les murs du baile ou
basse-cour du château^ réparer un peu partout les couvertures et
les mâchicoulis, qui avaient beaucoup souffert ; enfin il fallait
achever l'une des tours, dite tour Saint-Jame, commencée depuis
assez longtemps, mais qui n'avait pas été montée à une hauteur
suffisante 2.
Ces travaux étaient poussés activement; Meschinot le fils les
dirigeait de façon à s'en faire honneur, quand tout à coup lui sur-
vint une aventure qui pesa lourdement sur son avenir et remplit
de troubles et d'ennuis, au moins pour quelques années, la vie de
son père.
IX.
Le pis est que nous ne la connaissons pas bien, cette aventure;
elle reste entourée pour nous d'obscurité.
1. Voir les pièces relatives à cette mission, ea date des 30 janvier, 5 février,
11 et 28 mars 1471, ci-dessous, p. 136-137, Appendice, n"^ III et IV.
1. « Compte et dit André Le Moenne, recepveur et miseur des deniers ordon-
nez pour la fortifficacion du chasteau de Marcillé, avoir esté fait commande-
ment par Jehan Meschinot, capitaine dudit chasteau, de faire faire le pont
dormant d'iceluy chasteau, rediffier pluseurs brèches de murailles qui estoient
es murs et clostures de la basse court, reparer les avant murs (mâchicoulis)
et hausser la tour Saint Jamrae, autresfois encommencée, qui estoit trop
basse... » (Compte d'André Le Moyne, miseur du château de Marcillé, de 1471
à 1474, art. 2, 14, 33; ms. de la bibl. de Vitré.)
^22 JEAN MESCHIiyOT
Dans le pays de Ploermel existait alors une famille noble, non
peut-être d'une bien ancienne noblesse, certainement d'une très
petite illustration, puisque son nom n'est parvenu à se glisser
dans aucun des armoriaux de Bretagne. C'était la famille du Bois-
brassu, ainsi appelée d'un petit fief de ce nom qu'elle tenait en la
paroisse de Carentoir. Le seul homme notable de cette famille au
xv^ siècle était Jean du Boisbrassu, qui avait été trésorier da^l'in-
fortuné prince Gilles de Bretagne mort en 1450, et qui vivait
encore en 1472 et 1473 ^
Quelle circonstance rapprocha Jean du Boisbrassu de Jean
Meschinot le fils? Nous l'ignorons. Quel motif les mit en querelle
l'un contre l'autre et les irrita tellement qu'ils en vinrent à s'ac-
cabler l'un l'autre d'injures verbales? Nul ne le peut dire. Mais
ces injures étaient certainement fort graves, et il semble qne de
ce combat de gueule Meschinot sortit le plus maltraité, car ce
sont les Meschinot qui éprouvèrent les premiers le besoin d'invo-
quer contre leurs agresseurs l'aide de la justice et les ajournèrent
en réparation d'injures devant le Conseil du duc. Je dis les Mes-
chinot, car dès le principe le père joignit sa plainte à celle du
fils et comparut comme son procureur. D'autre part, Pierre du
Boisbrassu, fils de Jean, se joignit également à son père, et ce
fut ainsi une sorte de partie carrée dans laquelle s'engagèrent
l'une contre l'autre les deux familles. Notre poète, en portant sa
plainte directement au Conseil du duc, avait sans doute espéré,
comme gentilhomme de la garde, y trouver quelque faveur. Mais
cet espoir fut trompé, et le Conseil renvoya les parties, pour être
jugées au fond, devant Olivier du Breil, sénéchal de Ploermel.
Pourquoi à Ploermel? Sans doute à cause du domicile des Bois-
brassu en Carentoir ; quant à la querelle, eUe s'était produite à
Nantes, car à Nantes eut lieu l'enquête instituée par la justice
pour « esclardir » les faits, fixer les responsabilités, savoir sur-
tout qui avait commencé.
De part et d'autre on produisit des témoins; comme sans doute
ces témoins ne manquèrent pas de se contredire, on assigna les
parties à faire leurs déclarations en prêtant serment « sur les
« relicques Mons"" saint Hervé et autres relicques estantes en
1. Sur les Boisbrassu, voir René Kerviler, Répertoire de bio-bibliographie
bretonne, t. IV, p. 170. M. de Courcy, qui n'en avait point parlé dans les deux
premières éditions de son Nobiliaire de Bretagne, les mentionne dans la troi-
sième d'après M. Kerviler.
SA VIE ET SES CEnVRES. -123
« l'église de Nantes ; » on nomma des commissaires pour les faire
jurer et pour ouïr leurs déclarations. De tout cela ne sortit aucune
lumière ; Olivier du Breil, le sénéchal de Ploërmel, ne voyant
goutte dans la cause, s'abstenait de juger.
Pendant ces longues procédures, les langues de chaque côté
continuaient d'aller, de percer, de déchirer cruellement leurs
adversaires. Meschinot le poète ressentait douloureusement toutes
ces attaques; il en redoutait le résultat pour sa tranquillité, pour
sa considération, pour sa fortune et celle de son fils. Cela le décida
à implorer la protection du duc dans une requête d'un style tout
particulier, dont nous parlerons tout à l'heure et qui, en efiet,
détermina François II à intervenir, à appeler devant lui les par-
ties et leur imposer le pardon, l'oubli réciproque de leurs injures,
en un mot, une paix et un accord définitif conclu devant le Con-
seil ducal, le 9 février 1473 ^
C'est en efiet, croyons-nous, à l'occasion de ce procès contre
les Boisbrassu que Meschinot présenta à François II la pièce citée
par les biographes sous le titre de Supplication du Banni de
liesse. Comme le texte en a souvent été cité de travers, presque
toujours mal interprété, il est utile d'en reproduire ici les prin-
cipaux passages, avec quelques observations pour en déterminer le
caractère, la portée et la signification.
Voici d'abord le titre exact et le début de la pièce :
S'ensuit une supplication que fist ledit Meschinot au duc
DE Bretaigne, son souverain seigneur^.
Supplie très humblement vostre pouvre vassal, loyal subget et
obéissant serviteur nommé le Banni de liesse, à présent demourant
au diocèse d'Infortune, paroisse d'Affliction et voisin prouchain de
Désespoir; exposant comme dès son jeune aage il a continuellement
servi Messeigneurs voz prédécesseurs les ducs Jehan, François,
Pierre, Artuz, dont Dieu ait les âmes ! et que à vostre eureux adve-
nement il vous a pieu de le retenir vostre domestique et commensal
1. Voir l'instrument officiel de cet accord, ci-dessous, p. 137-138, Appen-
dice, n° V.
2. Meschinot, édition de 1522, fol. 105 v à 107 v».
^24 JEAN MESCHINOT
serviteur, dont humblement vous rend grâces, comme celui qui par
ce moyen a esté et est du nombre de ceulx de vostre especialle sau-
vegarde et protection.
Le soin avec lequel les formes officielles des suppliques en jus-
tice sont ici observées (jusqu'à désigner le domicile du suppliant
par diocèse et paroisse) induit à croire que, malgré son stjle litté-
raire, allégorique et fantaisiste, cette pièce fut destinée à figurer
dans une véritable instance judiciaire.
L'auteur attribue à « son jeune aage » tout le temps qu'il a
servi les ducs Jean V, François P^ Pierre II, Arthur III. Si,
comme on le doit croire, il naquit vers 1420 ou 1422, il avait,
lors de la mort du dernier (en 1458), trente-six ou trente-huit
ans, ce qui peut en effet être tenu pour les dernières limites du
« jeune âge. »
Domestique et commensal serviteur marque seulement que
l'auteur de la supplique faisait partie de la maison ducale, soit
militaire soit civile. Et le soin avec lequel il insiste sur le droit
que cette qualité lui donnait à la protection spéciale du duc montre
tout le besoin qu'il en avait dans la circonstance. Il poursuit
ainsi :
Ce néantraoins, un larron public, ennemi de Humanité, appelle
Malheur, demeurant de tout temps avec Fortune, accompaigné d'une
vieille maigre dessiréeV laquelle est nommée Pouvreté, ont inces-
samment guerroyé et poursuy de près en toutes places ledit sup-
pliant, lendans à sa totale destruction. A la fureur desquelz a
tousjours jusques ci résisté par les bons support et ayde qu'il vous
a pieu lui faire. — Et soit ainsi, mon souverain seigneur, que, com-
bien que es temps passez celui Banni de liesse eust esté cruellement
traicté et assailli par les dessuz nommez Malheur et Pouvreté, à pré-
sent l'ont attaint, prins et lié de toutes parts, en manière que sans
voz remède et secours il ne peut à leur malice résister; car, en con-
duisant leur cruelle inimitié, ont expolié ledit suppliant de cinquante
ans et plus qu'il avoit reçuz de Dieu et de nature, privé de l'espérance
de jamès pouvoir en recouvrer aucun d'iceux^.
1. Déchirée.
2. Selon Goujet, ce passage signifierait « que Meschinot avoit alors plus de cin-
« quante ans ou que depuis ce môme nombre d'années il étoit attaché aux ducs
« de Bretagne ; car la manière dont il s'exprime peut recevoir ces deux sens »
{Bibl. française, IX, p. 405). Le second sens attribué à ce passage est une pure
SA VIE ET SES OEUVRES. 425
Ce passage est important pour fixer l'âge de Meschinot et la
date de cette pièce ; quand il l'écrivit, l'auteur avait un peu plus
de cinquante ans, soit cinquante-un ou cinquante-deux. S'il est
né, comme on le disait tout à l'heure, vers 1420, cela met la date
de cette pièce en 1472, juste au plus vif du procès contre les Bois-
brassu; plus de doute dès lors qu'elle n'ait été écrite, présentée
au duc à l'occasion de cette affaire.
C'est immédiatement après ce passage que Meschinot fait allu-
sion, sous le voile de l'allégorie, aux attaques et aux persécutions
des Boisbrassu. Il se garde de les nommer, son stjle allégorique
le lui interdit ; il met tous leurs méfaits sur le compte de « Mal-
heur et Pouvreté : »
Et en ce point (continue- t-il, c'est-à-dire en ce moment), comme
serf ou esclave détiennent ledit Banni de liesse et, qui pis est, ont
fait commandement à Fureur, Souci, Ennui et Douleur, leurs armu-
riers, de forger audit Banni un pesant harnoys, dont les estoffes ^ sont
d'acier de mélancolie mixtionné d'aigreur.
Suit la description de ce « harnois, » c'est-à-dire de cette
armure, dans laquelle les ennemis de Meschinot ont concentré
tous les maux, tous les outrages dont ils veulent l'abreuver. Cette
allégorie, qui dure plus d'une page, est tellement cherchée, tor-
due, fatigante, qu'il est inutile de la citer, on ne la lirait pas.
J'j prendrai seulement quelques traits qui montrent bien le genre
de persécutions dont Meschinot entend se plaindre et accuse ses
adversaires.
Il se plaint du « courroux » de ses ennemis, de la fumée de leur
« ire, » de leurs « clameurs horribles, » — allusion bien claire
aux injures des Boisbrassu. Ils veulent, dit-il, le « tremper dans
« un ruisseau de larmes coulant par la vallée de vergogne près
« de sa dolente demeure, » — allusion aux calomnies semées contre
lui et contre son fils. Ils prétendent le noyer sous une « pluie de
forcenneries et de controversités, » allusion aux longueurs et
aux chicanes du procès ; — l'écraser sous une meule mise en
branle par « scandale, ruine et confusion. » — « Et je crois
bien, » dit-il enfin au duc, « que finablement ils tendent à oster
vision de Goujet; Meschinot ne fait aucune allusion au temps passé par lui
auprès des ducs de Bretagne; il parle uniquement de son âge.
1. Les étoffes sont les matières dont est fait le harnois ou armure.
^26 JEAN MESCHINOT
« au Banni de liesse (c'est-à-dire à Meschinot) la puissance de
« vous servir : ce que, mon souverain seigneur, vous plaise ne
« souffrir, car eux ni autres ne lui en sauroient oster le vouloir. »
Notre poète révèle ici ses craintes secrètes et l'évidente inten-
tion de ses ennemis, qui était, par les clameurs, la vergogne,
le scandale du procès Boisbrassu, d'obliger le duc à expulser
Meschinot de son service et de sa maison militaire.
Aussi supplie-t-il instamment le prince de ne point l'abandonner
dans sa vieillesse, de lui continuer ses bienfaits jusqu'à la fin. Ce
qu'il exprime comme il suit, dans un langage un peu apprêté qui
n'est pas sans élégance :
Or ainsi esl-il qu'une notable et révérante dame qu'on appelle
Vieillesse, voyant la captivité en quoy Malheur et Pouvreté détiennent
celui Banni de liesse, a proposé et désiré le délivrer de brief de leurs
mains et luy tenir bonne et loyale compaignie jusqu'à la fin, moyen-
nant voslre bonne grâce et aide : car autrement elle n'a puissance de
pourvoir à ses nécessités ni le restituer en sa franchise.
On a généralement assez mal compris ce passage. La plupart
des auteurs ont cru y voir la preuve que Meschinot était alors
dans une vieillesse avancée, fort avancée même, selon quelques-
uns. Or, il nous a dit plus haut qu'il avait un peu plus de cin-
quante ans; il ajoute ici, non pas que Vieillesse lui tient déjà
compagnie, mais qu'elle se propose de le faire de brief, c'est-à-
dire prochainement, ce qui prouve qu'elle ne le faisait pas encore.
Et de fait, cinquante ans, c'est plutôt la fin de l'âge mûr que la
vieillesse; tout au plus est-ce la vieillesse en proche perspective.
Puis le Banni de liesse, revenant à ses ennemis, dit au duc :
Qu'il vous plaise, mon souverain seigneur, commander à Honneur,
procureur gênerai de vos entreprises, s'adhérer avec ledit suppliant
et conduire sa cause en manière que ses ennemis soient chassés et
ne demeurent impunis, ni lui en cette immense destruction, attendu
que ces excès lui ont esté faits sous votre sauvegarde et en vostre
service.
Ici, en réahté, l'allégorie disparaît : Meschinot demande net-
tement au duc la condamnation des ennemis qui sont venus l'at-
taquer, l'insulter, le poursuivre, sous l'abri de la protection spé-
ciale du prince dont il était couvert ; nul doute qu'il ne s'agisse
des Boisbrassu. Si François II n'alla pas aussi loin, du moins il
SA VIE ET SES œUVRES. ^27
soutint et il releva Meschinot, en imposant silence à ses adver-
saires, en les forçant de le laisser en paix et enfin en exauçant
pleinement la dernière demande du Banni de liesse, dont la
Supplication se termine ainsi :
Et au sourplus, qu'il vous plaise, mon souverain seigneur, faire
et ordonner tel estât au Banni de liesse qu'il puisse, en vous servant,
le sourplus de ses briefz jours joyeusement accomplir. Ce faisant, de
plus en plus s'efforcera de loyaument vous servir à sa puissance,
priant à jamais Dieu qu'il luy plaise vous donner honneur, bonne vie
et longue durée, avec tout ce que vostre noble cueur désire. Amen.
Cette supplication du Banni de liesse est donc l'un des docu-
ments les plus curieux de la biographie de Meschinot,
XL
Selon la plupart des auteurs, notre poète serait mort dans un
âge fort avancé, Colletet dit même, avec beaucoup d'assurance :
« J'apprends de la lectut^e des œuvres de Meschinot qu'il
mourut fort vieil. »
J'ai lu toutes les œuvres de Meschinot, en vue particulièrement
de vérifier cette assertion de Colletet : je n'y ai rien appris de
semblable.
Meschinot parle deux fois de sa vieillesse.
Il en parle, nous venons de le voir, dans la Supplication du
Banni de liesse, mais pour dire qu'il n'y est pas encore arrivé,
que toutefois il compte à ce moment (en 1472) un peu plus de
cinquante ans.
Mais le 36'^ douzain des Lunettes des princes semble plus
propre à justifier l'assertion de Colletet. Là, en efi"et, le poète se
plaint qu'après avoir, quand il était jeune et ardent, servi les
dames, tout ce qu'il en a rapporté,
...C'est vergongne,
Vieillesse aussi, rides, toux, boutz et rongne.
Et, dans le 84® douzain, il dit : « Car vieillesse m'oppresse. »
Mais, la preuve qu'on ne doit pas prendre cette expression à la
lettre, c'est qu'un peu plus haut (au 29^ douzain du même poème)
il nous parle de sa jeunesse comme encore subsistante :
Je veille en pleurs, je dors en frénésie,
^28 JEAN MESCHINOT
Il n'est chose qui ma douleur supporte :
Pire est mon mal que n'est paralysie ;
Ma jeunesse est de tout bien dessaisie.
Triste et misérable jeunesse sans doute, mais, comme âge, le
contraire de la vieillesse. Donc, tout ce qu'il veut dire^ans les
deux autres passages (36^ et 84'^douzains), c'est que, malgré son
âge peu avancé, il souffre déjà les maux et les infirmités de la
vieillesse.
Il est facile d'ailleurs de savoir quel était son âge quand il com-
posa les Lunettes des princes. Dans ce poème, il parle avec
grand éloge et grande reconnaissance des ducs de Bretagne qu'il
avait servis jusqu'à ce moment, c'est-à-dire des ducs Jean V,
François P% Pierre II, Arthur III (mort le 26 décembre 1458),
mais il s'arrête là. De François II, qu'il servit ensuite et qu'il
loue aussi dans d'autres parties de ses œuvres, pas un mot.
La cause de ce silence est évidente : c'est que le poème a été
composé, tout au moins pour ce qui concerne la première partie,
après la mort d'.\rthur III et avant l'entrée de Meschinot au ser-
vice de François II, c'est-à-dire en 1459 ou 1460, car les docu-
ments historiques par nous ci-dessus interrogés ne nous montrent
pas Meschinot dans la maison militaire de François II avant
1461*.
Tout à l'heure, en examinant la Supplication du Banni de
liesse, nous avons vu que notre poète, en 1472, devait avoir un
peu plus de cinquante ans, ce qui porte sa naissance de 1420 à 1422.
Donc, en 1459, il avait de trente-sept à trente-neuf ans, ce qui
est encore la jeunesse, ce qui justifie le 29'^ douzain, ce qui prouve
aussi que la vieillesse dont il se plaint aux 36° et 84'' douzains, ce
n'est point la vieillesse des années, mais celle des maladies, des
infirmités précoces, qui peut atteindre tous les âges. Nous revien-
drons d'ailleurs sur ce point quand nous parlerons des œuvres de
Meschinot.
Bref, notre poète, né de 1420 à 1422, trépassé en 1491, est
mort « vieil » sans doute, mais non pas « fort vieil, » comme dit
Colletet, et il fut loin d'atteindre cette « extrême vieillesse » que
lui donnent la plupart des auteurs.
Ajoutons que, outre son fils Jean dont nous avons parlé, Mes-
chinot en avait au moins un autre, appelé Gilles, que nous voyons
1. Voir ci-dessus, p. lll.
SA VIE ET SES (EUVRES. ^29
figurer comme sieur des Mortiers dans divers actes de 1509
à 1517, — à moins que ce Gilles ne fut un petit-fils*.
XII.
Nous pouvons maintenant, ce semble, tracer de la figure de
Meschinot une esquisse plus exacte et un peu mieux arrêtée que
ce qu'on nous a, à cet égard, donné jusqu'à ce jour.
Débarrassons-le d'abord de cette solennelle casaque de maître
d'hôtel, à laquelle tous nos devanciers (sauf M. Trévédy) l'ont
condamné à perpétuité, de sa naissance à sa mort, pour ainsi dire,
tandis qu'il la porta uniquement les trois dernières années de sa
vie et que, loin de constituer (comme on le prétend) sa carrière,
son existence, cette charge ne fut pour lui qu'une retraite, un
pis-aller.
Sa carrière, son existence, c'est la profession d'homme d'armes,
la qualité d'écuyer du duc ou gentilhomme de la garde ducale,
service qu'il remplit pendant près d'un demi-siècle (1442-1488);
en lui, c'est l'élément permanent et essentiel. Le poète n'est qu'in-
termittent et accidentel.
On se plaît à nous le peindre comblé des libéralités des ducs de
Bretagne et, s'il se plaint assez souvent de sa fortune, c'est,
dit-on, « morosité fâcheuse ou insatiable cupidité 2. »
Sur ces prétendues largesses les documents historiques sont
muets. Nous y voyons Meschinot, comme écuyer et ensuite comme
gentilhomme de la garde du duc, toucher la pension réglemen-
taire assignée à ce service et recevoir, au jour de l'an, des
étrennes assez modestes, non à titre de faveur personnelle, mais
comme un revenant -bon de sa charge^. Sa personne, grâce à
1. Voir l'Appendice de notre première partie, n° VI, ci-dessous, p. 138-140.
2. Levot, Biographie bretonne, t. II, p. 467.
3. Levot reproche à Meschinot de se contredire quand il se plaint de son sort,
tout en avouant les libéralités reçues par lui des ducs de Bretagne. Ceci n'est
pas très exact; notre poète vante beaucoup les cinq ducs qu'il a servis, mais
sur leurs prétendues largesses envers lui je n'ai pu trouver qu'un seul vers,
relatif à un seul de ces princes, le duc Pierre II, dont Meschinot (dans le
24^ douzain des Lunettes des princes) dit :
« A le servir me choysit et esleut
Et de ses biens largement me céda. »
Mais Pierre II ne régna que sept ans (1450-1457); cette période de libéralités
ne fut pas longue et n'enrichit probablement guère notre poète, obligé à des
4895 9
^30 JEAN MESCBINOT
son esprit sans doute, semble avoir été agréable aux ducs de
Bretagne, surtout à Pierre II et Arthur III, qui dans leurs
voyages à la cour de France l'emmenaient volontiers avec eux*.
Mais, pour s'entretenir dans ces voyages et à la cour de Bre-
tagne, très fastueuse alors, il lui en coûtait gros ; gros aussi pour
élever et entretenir sa famille. Sa pension de gentilhomme de la
garde et son domaine des Mortiers n'y suffisant pas, il fut con-
traint pour y subvenir de s'attacher plus ou moins régulière-
ment, outre le service du duc, à celui de la maison de Laval :
preuve que sa situation de fortune fut toujours étroite. Ses
plaintes n'ont donc rien de bien étonnant ; si on les trouve exces-
sives, il faut songer que l'hyperbole fait partie intégrante du style
poétique.
Doit-on appeler Meschinot, comme on l'a souvent fait, « le
poète de la duchesse Anne? » Il faut, je crois, y regarder à deux
fois. En le nommant son maître d'hôtel, eUe récompensa en lui un
dévoué serviteur de son père et de la Bretagne. Mais cette prin-
cesse, née le 25 janvier 1477, n'avait que quatorze ans à la mort
de Meschinot, et, parmi les inquiétudes, les alarmes incessantes,
tous les périls qui remplirent son règne en Bretagne (septembre
1488 à décembre 1491), elle ne pouvait avoir ni assez de loisir ni
assez de calme d'esprit pour se plaire aux amusements littéraires.
En revanche, on pourrait à juste titre nommer Meschinot « le
poète de Richemont, » car c'est le duc de Bretagne Arthur III,
c'est-à-dire le connétable de Richemont, ce terrible homme de
guerre, l'un des plus rudes de l'époque, qui le premier apprécia le
talent de notre poète et le proclama publiquement par les encou-
ragements, les applaudissements qu'il lui donna à Tours, en face
de la cour de France, en 1457. Depuis lors jusqu'à sa mort, tout
au moins jusqu'en 1487, Meschinot continua de « courtiser la
Muse; » nous en donnerons la preuve dans notre seconde partie,
consacrée à l'étude de ses œuvres.
XIII.
Ses poésies ne furent imprimées que deux ans après sa mort ;
la première édition fut donnée à Nantes, en 1493, par l'impri-
dépenses relativement considérables par les voyages à la cour de France, dans
lesquels ce même duc l'emmenait avec lui.
1. Voir ci-dessus, p. 107 et 108.
SA VIE ET SES OEUVRES. ^3^
raeur Etienne Larcher, qui en publia une seconde l'année sui-
vante. Brunet, dans la dernière édition du Manuel du libraire,
décrit vingt-deux éditions de Meschinot, sans parler de cette
seconde, qu'il n'a pas connue, ni de quelques autres encore, qui
doivent bien porter à trente le nombre total. Celle de 1539, pro-
bablement, n'est pas la dernière ; car, comme je l'ai dit et comme
nous allons le voir tout à l'heure, notre poète conserva sa gloire
jusqu'à Malherbe.
Voici d'abord — sans parler de Clément Marot qu'on doit
placer en tête, —voici, d'après le vieux Colletet, une liste de dix
auteurs du xvf siècle qui tous chantent les louanges de Meschi-
not. Ce sont :
« Pierre Fabry, curé de Méray, qui, dans le deuxième livre de
son Grand art de plaine rhétorique, rapporte plusieurs vers
extraits tant de ballades que lais et virelais de Meschinot et les
propose comme autant d'exemples et règles infaillibles de véri-
table poésie.
« Pierre du Val, dans son Pmj du souverain amour, le met
au nombre des bons poètes que la Renommée va trouver et entre-
tenir dans les Champs-Elysées.
« Geoffroy Thory, de Bourges, dans son Champ fleur y, par-
lant des meilleures productions de notre langue, dit que les Lu-
nettes des princes sont bonnes pour le doux langage qui y est
contenu. [Geofroi Tory, imprimeur, dessinateur et graveur
renommé, né en 1480, mort en 1536.]
« Etienne Pasquier, dans ses Recherches de la France, le
met au rang de ces hommes renommés par leurs œuvres qui pré-
cédèrent l'avènement du roi François P^ [Pasquier, né à Paris
en 1529, mort en 1615.]
« Georges Draude et Philibert Mareschal ne l'ont pas oubhé
dans leur Catalogue des auteurs françois. [G. Draud, biblio-
graphe et ministre protestant, né à Dauernheim (Hesse) en 1573,
mort en 1634.]
« Guillaume Crétin le met encore au nombre des bons esprits
qu'il sollicite d'honorer la mémoire d'Oliergon, trésorier de Saint-
Martin de Tours :
Simon Greban, qui fustes du mestier,
Que n'avez-vous laissé pour héritier
Un Meschinot, un Milet, un Nesson ?
[Guill. Crestin, né à Paris en ..., mort en 1525.]
^32 JEAN MESCHINOT
« Ce qui depuis fut imité par Thamot, avocat du Mans, dans
une de ses « épistres en ryme, » comme je l'ai observé dans la
Vie de Pierre Nesson.
« Charles Fontaine, dans son Quintil censeur, faisant l'apo-
logie des vieux poètes que Joachim du Bellay avait blâmés, porte
bien haut la gloire de Meschinot et des autres, disant' « qu'ils
« n'avoient pas moins bien écrit ni dit de moindres choses que
« les nouveaux, » et en un endroit il dit que Meschinot, Molinet,
Crétin et Marot sont « des personnages tels que tout le monde les
« congnoist. » [Charles Fontaine, élève et ami de Marot, né à
Paris en 1515, mort en 1589.]
« Et, depuis peu, Pierre de Saint-Romuald, dans les additions
de son Tlu^esor chronologique ci historique , dit que Jean
Meschinot, gentilhomme breton, « prenoit pour sa devise Banny
« de liesse ^ . »
Goujet ajoute à cette liste deux noms : Jean Bouchet (né à
Poitiers en 1476, mort en 1555) et Pierre Grognet (né à Touci
près Auxerre, mort vers 1540) :
« Jean Bouchet, dit-il, qui estimoit les Lunettes des princes,
« en parle ainsi dans son Temple de bonne Renommée,
« fol. 62 :
Si vous lisez des Princes les Lunettes,
Vous n'y verrez que matières très nettes
Pour acquérir les vertus cardinales,
Semblablement les trois théologales.
« Pierre Grognet n'en parle pas moins avantageusement dans
« la Notice des poètes de son temps^. »
La Croix du Maine (né au Mans en 1542, mort en 1592) et
Du Verdier (né à Montbrison en 1544, mort en 1600) le men-
tionnent honorablement dans leurs Bibliothèques françoises.
Enfin, dans ses Contes d'Eutrapel, publiés en 1585, Noël
du Fail, grand amateur de vieilles lettres et de vieux proverbes,
en cite plusieurs tirés de Meschinot :
« Mais, comme disoit Meschinot, poète breton, a2)rès le
« beau temps vient la pluie, après la pluie vient le beau
« temps. Je m'attends, d'ici à cent ans, être aussi riche que
« le roi. »
1. Extrait de la Vie de Jean Meschinot par Colletct, publiée par M. Olivier
de Gourcufl" (Vannes, Lafolye, 1890), p. 13-14.
2. Goujet, Bibl. française, t. IX, p. 141.
SA VIE ET SES OEUVRES. 433
Et ailleurs : « Je m'allongeois, rechignois, frappois la terre
« du pied, dansant, escrimant et disant comme Meschinot, ancien
« poète nantois :
« Il n'est nulles laides amours,
Pour un plaisir mille douleurs ^ »
Donc, jusqu'à la fin du xvf siècle, la renommée de Meschinot se
soutint et demeura populaire. Nous allons rechercher maintenant
si ses œuvres pouvaient mériter ou tout au moins expliquer ce
succès.
Arthur de la Borderie,
Membre de l'Institut.
APPENDICE.
I.
At'eu de la terre des Mortiers rendu au sire de Clisson
par Guillaume Meschinot ^.
(1454, n. st., 6 mars.)
De vous, mon très redouté et puissant seigneur Mons' le conte
d'Estampes, de Gliçon et de l'Espine Gandin, je Guillaume Meschi-
not congnoès et confesse estre vostre homme et de vous tenir noble-
ment, à foy et à rachat et à devoir de chambelenage quant le cas y
advient, les choses qui ensuivent, à cause de vostre seignorie et
chastellenie de Gliçon :
\ . C'est assavoir, mon hostel , manoir et herbregement des Mor-
tiers Guibort, ô ses appartenances, tant mesons, courtils, vignes,
prez, bois, garanne, mestairie, sausais, pastures, clostures, terres
arables et non arables : sisses celles choses en la parroesse de Mon-
nières, entre les terres, bois et demaine de la Gormeraye, ung russeau
1. Noël du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, ch. xvii et xxviii, édit. de
1585, fol. 89 et 156 v°.
2. Arch. de la Loire-Inférieure, Titres du château de Nantes, G. C. 16, ancien
inventaire; aujourd'hui liasse cotée E 217. Communiqué par M. René Blanchard,
Voir ci-dessus, p. 104 et 114.
^34 JEAN MESCHINOT
entre deux venant des tieulières de Coursay au pas Brenart, d'un
cousté, et d'aultre, les terres et sanssives que tiennent Nicollas Huet
et ses consors, rendant des Mortiers Micheau Macé et ses consors aux
terres de Coursay, devers les landes de Mayden\ et d'un bout es
bois et pastiz dudit Micheau Macé et sesd. consors. Sur lesquelles
choses je vous doy, par chascun an, de rente, dix neufî solz trois
deniers, savoir, au terme de My aoust seze s. trois d., et à la Chan-
deleur troys s.
2. Item, sur l'obligacion desd. choses est deu, chascun an, de
rente, à Guillaume de Saint Gille, à cause de la court siise en la par-
roesse de la Haye, huit livres mon. es termes de Nostre Dame de
mars et de Nostre Dame de septembre, par moitié.
3. Item, à Picorit, chascun an, de rente soixante et quinze solz es
termes de Noël et de Méaoust, par moitié.
4. Item, tiens de vous, et que me devent chascun an, de rente, les
personnes qui enssuivent, c'est assavoir : Jehan Pineau, sur la terre
et tenement du Chesne, en la paroesse de Saint YUaire du Bois, que
il tient de moy, à huyt sextiers de seille, mesure de Cliçon, au terme
de la Méaoust, et vint et cinq solz, quatre chappons; savoir, à la
Méaoust quinze s. et à Noël dix s., et lesd. quatre chappons à la
Toussaint.
5. Item, que me devent Perrin et Prançoys les Doillars, sur leur
tenue de Beauleu en lad. parroesse de Saint YUaire, quarante et cinq
solz, six chappons et quatre oaes, savoir, à la Toussaint trante s.
quatre oaes, et à Noël quinze s., seix chappons.
6. Item, que me devent [sic] chascun an de rente Perin Garnier
sur la Grossière, que souloit autresfoiz tenir ung nommé Borma-
leau, en la paroesse de Saint Lumine, au terme de Méaoust, ung
sextier seille, une myne d'avoyne grosse, dicte mesure, et douze
deniers.
7. Item, que me doit chascun an de rente Jehan Baudy, sur son
tenement de la Noë, en la paroesse de Saint Lumine, au terme de
Pasques, et que souloit tenir Macé Villaine...^.
8. Item, que me devent chascun an de rente Jehan Boulin et Jehan
Pertus, sur une petite sansive sisse à la Goubretière, près l'oslel dud.
1. Sic. Maydon, aujourd'hui Maidon ou Maisdon, commune du canton d'Aigre-
feuille, arrondissement de Nantes, Loire-Inférieure. Sur les noms de lieux que
contient celle pièce, voir ci-dessus, p. lli-116.
2. Sic. L'objet de la rente n'est point exprimé, peut-être parce qu'elle n'était
plus payée.
SA VIE ET SES OEUVRES. ^35
Boutin, en la paroesse de Gorges, au terme de Toussains, cinq solz,
ung chappon.
Et plus n'en tien, et en doy à mond. seign"" obéissance comme
homme doit à son seigneur. Tesmoing mon propre seau et signe
manuel, le seixiesme jour de mars, l'an mil GCGG cinquante.
{Signé] G. Meschinot, voir est (avec paraphe).
(Original jadis scellé en cire rouge sur simple queue.)
IL
Passages de Jean Meschinot à Marcillé en compagnie du comte
de Laval \
(^470, 28 juin, à Utli, 4 octobre.)
— Jeudi 28 juin -1470. Mons'^ disner à Marcillé, venant de Redon
vers le duc :
A dom Ernaud... disnée de il) ehevaulx à Meschinot...^.
— Jeudi 27 sept. -1470. Mons^, Madame, M' de Montfort, Pierre
Mons'' et M"" de Montaffîlant^ à Marcillé disner, et giste à Vitré :
A dom Eon Ernault, soupée et disnée de ij ehevaulx à Meschinot
et ij sourcrois, iij s. x d.^.
— Vendredi '14" jour de juign l'an ^47^, partit Monseigneur du
chasteau de Vitré, allant à Nantes aux nopces du duc, et giste ce soir
à Marcillé :
A l'oste, souppée et disnée du landemain de xxx ehevaulx, savoir,
Mons' ij, le chariot vj, Renoul, Branchu, Roncin, Olivier Perler iiij,
maistre Guillaume de la Valée ij, Sevigné iiij, Du Breil et Meschinot
des Mortiers iiij, Acigné iiij, Ghristofle de Beaufort, Ponthalouart
iiij, L s.
A Jehan Ghotart, ij ehevaulx à Meschinot^ iij s.
A Guillaume Alair, qui ala à Nantes quérir ung cheval de loaige
audit Goucet, baillé audit Meschinot des Mortiers du commandement
de Mons% xx d.; pour loaige dud. cheval, v s. — Somme, vj s. vrii d.
1. Voir ci-dessus, p. 118, 119.
2. Mons' ou Monseigneur, c'est le comte de Laval, baron de Vitré.
3. Collection A. de la Borderie, Garants du compte de Mathurin Bauvergne,
châtelain de Marcillé en 1470-1471, no 5, art. 14.
4. Mons', Madame, c'est le comte et la comtesse de Laval (Françoise de
Dinan) ; les trois autres sont leurs enfants.
5. Garants de Mathurin Dauvergne, n" 11, art. 40.
^36 JEAN MESCHINOT
A Olivier Goucet, pour avoir logé Meschinot, s' des Mortiers, et
Du Breil, xx d.'.
— Mercredi 2 octobre ^47^. Mons^ Madame, M' de Montaffilant et
François Mons' partirent de Ghasteaubrient alans à Vitré et vindrent
au giste au Tail ^ :
A Pierre Morel, soupée de ij (chevaulx) à Meschinot, ij s. vj d.
— Jeudi 3 octobre U7^, les mêmes au Taill, pour tout le jour à
la Rigaudière et le tinel au Taill :
A Pierre Morel, disnée et soupée de ij (chevaulx) à Meschinot y
iij s. iiij d.
— Vendredi 4 octobre 4474, les mêmes venans du Teill ce jour
disner à Bays, et giste à Vitré :
Aux hostes, disnée de Ixvj chevaulx, savoir : Mons'iij, Madame v,
le queurre v, M' de Montafillant iij^ François Mons"" i, i** haquenée à
Pierre Mons^.., Meschinot ij, etc. — Ensemble, xxxvj s. iiij d.^.
m.
Mission de Jean Meschinot à Marcillé ^.
{U74 , n. st. , 30 janvier et 5 février.)
Le conte de Laval, etc. Mathelin Dauvergne, nostre chastelain de
Marcillé : nous envoions par delà Jehan Meschinot pour aucunes
choses. Si vous mandons poier et acquiter son deffroy durant qu'il y
sera. Et par sa relacion sa mise vous vauldra garent, et vous sera
alouée à voz comptes. Donné à Vitré, le penultime jour de janvier,
l'an mil 1111= soixante dix.
{Signé) GuT de Laval.
[Et plus bas] Y. Rogier.
[Au dos^ ;] Je Jehan Meschinot suys confessant avoir esté seix
jours aud. lieu de Marcillé, et a poiéMathurin Dauvergne, chastelain
dud. lieu, pour mon deffroy et de mes chevalx, pour lesd. seix jours,
1. Garants de Mathur'm Dauvergne, n» 40, art. 6, 8, 13 et 14.
2. Aujourd'hui le Teil, commune du canton de Retiers, arrondissement de
Vitré, lUe-et-Vilaine. Le Teil n'est pas loin de Marcillé. Bais, où le comte de
Laval dîna le lendemain, est aujourd'hui commune du canton de la Guerche,
arrondissement de Vitré.
3. Garants de Maihurin Dauvergne, n° 45, art. 13, 26, 48.
4. Garants de Mathurin Dauvergne, n° 23. Voir ci-dessus, p. 121.
5. Autographe de Meschinot.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 437
la somme de cinquante et quatre soubz v d. mon. Et ge ce certiffîe estre
vroy, tesmoin ceste relacion signée de mon signe manuel. Ge fut le
cinquiesme jour de febvrier, l'an mil IIIIc saexante et diz.
(Signé) Jhn Meschinot.
(Original, papier.)
IV.
Autre mission du même au 7nême lieu\
(U74, n. st., 14 et 28 mars.)
Le conte de Laval, etc. Mathurin Dauvergne, nostre chastellain de
Marcillé, nous envoyons Jehan Meschinot par delà pour auchunes
choses que avons à besongner. Pour ce vous mandons le defTroyer
durant qu'il sera par delà. Et par sa relacion il vous sera aloué à
vostre prochain conte. Dieu soit garde de vous. Escript à Vitré, ce
xi« jour [de] mars, l'an mill lUIc LXX.
[Signé] Gui de Laval.
[Au dos^ .'] Jehan Michinot (sic) confesse avoir despencé chiers
Guillaume Goucel, à ce lieu de Marcillé, par vertu du mandement de
l'aultre part contenu, tant pour despence de bouche que de chevaulx,
la somme de seix libvres sept sols seix deniers, quelle despence ay
faicte dempuix le onziesme jour de mars, l'an mil IIIIc saexante et
dix, jusques au vignt et ouytiesme jour dudit moys, tesmoin ceste
relacion signée de mon signe, led. vignt et ouytiesme jour dud. moys,
l'an mil IIIlc LXX.
[Signé] Jhn Meschinot.
(Original, papier.)
V.
Lettres de François II, duc de Bretagne^ éteignant, sur Vaccord des
parties, une poursuite pour injures verbales intentée par Meschi-
not père et fils contre Jean et Pierre du Boisbrassu^.
(U73, n. st., 9 février.)
François, par la grâce de Dieu duc de Bretaigne, conte de Mont-
1. Garants de Mathurin Dauvergne, n° 24. Voir ci-dessus, p. 121.
2. Autographe de Meschinot.
3. Arch. de la Loire-Inférieure, liasse E 667, Titres de familles, au mot Bois-
brassu. Communiqué par M. René Blanchard. Voir ci-dessus, p. 122-123.
^38 JEAN MESCHINOT
fort, de Richemont, d'Estampes et de Vertuz, savoir faisons que, au
jour d'uy, davant nous et nostre Conseil se sont comparuz nostre
bien amé et féal escuier Jehan Meschinot, seigneur des Mortiers, en
son nom et comme procureur gênerai (comme apparut par lettres) de
Jehan iMeschinot son filz, d'une partie, et maistre Pierre du Boais-
brassu, ou nom et comme gênerai procureur, du jour d'uy prouvé
par lettres, de nostre bien amé et féal escuier Jehan du Boaisbrassu
son père, d'autre part. Quelles parties et chascune, et èsd. noms, ont
cognu avoir ahuy davant nous et nostred. Conseil ajournement, à
l'enortacion desd. Mechinotz. Ce cognu, ilz ont voulu et consenti
d'icelui ajournement se aller délivrer davant nostre bien amé et féal
conseillier maistre Olivier du Breil, nostre seneschal de Ploërmel,
durant les plez generaulx dud. lieu, et de leur consentement avons
commis et commectons nostred. conseillier pour cognoestre et desi-
der [sic] led. ajournement ainsi que de raison appartendra, et à touz
autres juges en avons interdicte et interdissons toute cognoessance et
décision. Et dempuix, pour ce que a esté cognu dud. Meschinot, sgr
des Mortiers, et dud. raestre Pierre du Boaisbrassu, oud. nom, que
enlr'eulx, davant nous et nostred. Conseill, y avoit eu cieins croiez
ou débat de certaines injures verballes, qui estoint uncores indiscus,
et en partie desqueulx cieins y avoit eu serment appointé sur les
relicques Mons'' saint Hervé et autres relicques estantes en l'église de
Nantes, et commissaires baillez pour le voir faire et esclardiz, et en
autres cieins y avoint lesd. parties poursceu et tesmoigns présentez
et jurez. Ce cognu, icelles parties et chascune, et oud. nom, se sont
departiz desd. cieins, et ont remis et pardonné l'une à Taulre lesd.
injures et s'entre sont quicté à causes d'icelles injures, et par tant
les en avons jugé et quicté. Donné en nostre ville de Nantes, le neuf-
fiesme jour de février, l'an mil IIII<: soixante doze.
Par le duc, à la relacion de son Conseill.
{Signé) Lelaceurs.
(Expédition originale sur parchemin n'ayant pas été scellée.)
VI.
Extraits d'actes concernant Gilles Meschinot,
seigneur des Mortiers.
Un fait encore qui s'oppose à ce que, dans l'épitaphe de Jean
Meschinot (ci-dessus, p. 102), on interprète la date de la mort
i
SA VIE ET SES (KDVEES. -139
par le 12 septembre 1509 et qui oblige dès lors à y voir le 12 sep-
tembre 1491, c'est qu'un acte du 4 mars 1509 mentionne l'exis-
tence à cette date d'un « seigneur des Mortiers » qui n'est plus
notre poète et s'appelle Gilles Meschinot.
Ce Gilles était probablement un frère du Jean Meschinot, fils
de notre poète, qui s'était pris d' « injures verbales, » en 1473,
avec Du Boisbrassu (ci-dessus, p. 122) ; il pouvait aussi, à la
rigueur, être un fils de ce Jean.
Ce Gilles est mentionné dans plusieurs actes de 1509 à 1517,
dont nous allons donner des extraits, et il est, par conséquent, le
« Meschinot, seigneur des Mortiers, » qui, avec beaucoup
d'autres ofiîciers de la maison de la reine-duchesse Anne de Bre-
tagne, fit cortège, le 19 mars 1514, autour du cœur de cette prin-
cesse, quand on alla le déposer sous une chapelle ardente dans
l'éghse des Pères Carmes de Nantes*.
Voici, par extrait, les actes à notre connaissance où il est ques-
tion de ce personnage^ :
1509 (n. st.), 4 mars. — Par nostre court de Nantes, en droit a
esté présent devant nous messire Gilles Meschinot, escmjer, seigtieur
des Mortiers et l'Abbaye, lequel confessa avoir vendu à Jehan Labart,
marchant, demourant en ceste ville de Nantes près les Changes...,
c soulz de rente, que led. s' des Mortiers dit que luy doyt par chas-
cun an Artur Légat sur la maison en laquelle il est à présent demeu-
rant..., syse en la paroesse Saincte Groez, rue de la Barderie... Lad.
vente faicte pour c livres monnoie de Bretaigne, de laquelle somme
s'est led. Meschinot tenu bien poyé. Fait en ceste ville de Nantes, le
quart jour de mars mille cinq cent ouict. (Archives de la Loire-Infé-
rieure, série H, liasse ^38.)
45^0 (n. st.),'l4janvier. — En nostre cour de Nantes, Artur Légat,
notaire de nostredicte court... a esté cognoessant que il doyt à Jehan
Labart, marchant, cause ayant de messire Gilles Meschinot, cheva-
lier, seig"" des Mortiers, à ce présent et acceptant... c soulz de rente
sur sa maison rue de la Barderie etc.. Gréé en ceste ville de Nantes,
ou jardin du prieuré de Saincte Groez, le xiiii* jour de janvier mil
cinq cent neuff. (Archives de la Loire-Inférieure, H -138.)
1. Lobineau, Hist. de Bretagne, I, p. 837.
2. Tous ces actes nous ont été communiqués avec grande obligeance par
M. Artliur de Lisle du Dreneuc. Voir ci-dessus, p. 128-129.
-140 JEAN MESCHINOT, SA VIE ET SES ŒUVRES.
45i5 (n. st.), ^0 janvier. — Sachent touz que par nostre court de
Nantes en droit ont esté presens nobles gens messire Gilles Meschi-
not, chevalier^ seig^ du Mortier Gnybourg, Françoys Golieau, s'' de
Saint Aignen, et chascun... et par ces présentes confessent avoir
vendu... à raaistre Mathurin Perthuys, prebstre, le nombre de
XX livres monnoye par chascun an, sur Tipothecque de tous et chas-
cun les biens meubles et heritaiges desd. vendeurs. Faict et passé le
x« janvier mil cinq cent quatorze. (Archives de la Loire-Inférieure,
G 458.)
•1547 (n. st.), 34 janvier. — Dernier jour dud. mois fut baptizé
Bertran, filz de Georges Dupas et Jehanne, sa femme; parains Ber-
tran de Tours et Gilles Meschinot, chevalier, seig^ des Mortiers;
marraine Jciianne Giron, femme de maistre Franczois Gabart.
(Archives municipales de Nantes, registres paroissiaux de Sainte-
Croix.)
(A suivre.)
DATE DE LA MORT
DE
NICOLAS DE LIRE
Tous les érudits qui s'occupent du moyen âge connaissent le
célèbre théologien appelé Nicolas de Lire, l'auteur des Postillœ
perpetuœ in universa Biblia, dont les œuvres furent impri-
mées tant de fois à la fin du xv^ et au commencement du xvf siècle.
Si on ne connaît pas exactement la date de sa naissance, on
croyait au moins être sûr de la date de sa mort et du lieu qui lui
donna le jour, puisque, disait-on, une épitaphe en vers, faite par
ses contemporains et gravée en lettres d'or sur une table de
marbre placée dans le couvent des Grands-Cordeliers de Paris,
où il était mort, fournissait à ce sujet tous les renseignements
désirables. Une autre épitaphe, mais celle-ci faite seulement
en 1631 par frère Doles, gardien du couvent, reproduisait égale-
ment la date donnée par la première, c'est-à-dire le 23 octobre
1340. On peut consulter à ce sujet : Wadding, Annales mino-
rum, t. III, p. 468 et 469; le même, Scriptores Ordinis mi-
norum, p. 265 à 267; Du Boulay, Histoire de V Université de
Paris, t. IV, p. 976, et Piganiol de la Force, Description his-
torique de la ville de Paris, éd. de 1765, t. YII, p. 38 à 42 ;
ces auteurs rapportent l'une ou l'autre de ces inscriptions, ou
même toutes les deux, et s'appuient sur elles pour fixer la date
de la mort de Nicolas de Lire et son lieu d'origine. Lire près
d'Evreux en Normandie.
Quelques rares auteurs, comme dom Félibien, dans son His-
toire de la ville de Paris (t. I, p. 286), et un certain Rodul-
phus Willotus, cité par Wadding {Annales ^ninorum, t. III,
p. 469), s'appuyant sur je ne sais quel document (car dom Féli-
bien ne donne pas de référence), assignaient l'année 1349 comme
-142 DATE DE LA MORT
date de la mort de ce personnage. Leur opinion, rejetée par les
écrivains que j'ai cités, semble avoir été tout à fait abandonnée
depuis. En efiet, les Biographies Michaud et Didot, dans l'article
qu'elles lui consacrent, l'abbé Ulysse Chevalier, dans sa Bio-
hihlio graphie, M. Hauréau, dont la science fait autorité en ces
matières, dans ses Notices et extraits de quelques maiiuscrits
latins de la Bibliothèque nationale {i. III, p. 4), répètent que
Nicolas de Lire est mort en 1340. Et cependant, malgré les épi-
taphes qui semblent être des témoins irrécusables (au moins la
première), cette date est fausse, et c'est la seconde, celle de 1349,
qui paraît bien être la vraie. La preuve m'en est fournie par une
mention des Journaux du Trésor à la date du 20 juillet 1349,
et qui porte dans l'édition que je prépare le n° 2031 . La voici en
entier :
Galterus de Cantulupi, provisor garnisionum vinorum Régis, pro
denariis per ejus litteram recognitoriam dalam vi^ hujus mensis
receptis, pro emendo unam caudam vini Belnensis, donandam fratri
Nicholao de Lyra, ordinis Fratrum Minorura, magislro in theologia,
de preceplo domine Reghie, 24 1. 4 s. p., compt. per fratrem Galte-
rum de PaviUionibus ut supra, super dictum Gallerum in partibus suis.
Je crois qu'après cela il ne peut subsister aucun doute, car ce
Nicolas de Lire, de l'ordre des Frères Mineurs et maître en théo-
logie, ne saurait être que le célèbre auteur des Postilles. Il ne
mourut donc qu'après le 6 juillet 1349, puisqu'à cette date il
reçoit un tonneau de vin de la reine, et même après le 20 de ce
mois, puisque alors on ne le signale pas comme défunt. Il est donc
bien probable que l'année 1349, donnée par dora Félibien, est
celle de sa mort.
Mais, après cette constatation, surgissent de nouvelles diffi-
cultés. Pendant longtemps, différents pays se disputèrent l'hon-
neur d'avoir donné le jour à ce théologien; les uns voulaient qu'il
fut Flamand, d'autres Anglais, d'autres Français, car le nom de
Lire est porté par différentes villes situées dans ces contrées. Ce
n'est même qu'assez tard qu'on lui assigna comme lieu d'origine
Lire, petit bourg situé près d'Evreux. Et sur quoi semble-t-on
particulièrement s'appuyer pour répondre aux objections de ceux
qui en faisaient un Flamand ou un Anglais ? sur l'épitaphe que
j'ai signalée. Or, sans vouloir prendre parti pour les tenants d'un
pays ou d'un autre, si cette inscription donne pour sa mort une
DE VICOLAS DE LIRE. ^43
date erronée, peut-elle offrir plus de garantie au sujet de la ville
qui fut son berceau? Je vais même plus loin, et, si j'examine bien
ces vers faits en l'honneur de Nicolas de Lire, je soupçonne for-
tement qu'ils furent composés par quelque partisan de l'origine
française, afin de donner de cette manière un argument à l'appui
de cette opinion. Le distique suivant :
Lyra brevis vicus, Normanna in gente celebris
Prima mihi vitœ janua, sorsque fuit,
me semble n'insister sur ce lieu d'origine et le désigner avec tant
d'exactitude que pour répondre à quelque objection que l'on
aurait pu présenter. Bien peu d'épitaphes, je crois, offrent un tel
caractère de précision au moyen âge. Aussi, sans vouloir dépouil-
ler Lire de l'honneur qui lui est attribué, je mettrai seulement en
doute le témoignage que l'on invoque, et je crois que les futurs
historiens de Nicolas de Lire feront bien de chercher ailleurs des
preuves plus solides pouvant permettre d'affirmer qu'il est bien
de Lire en Normandie, plutôt que de toute autre localité portant
le même nom.
J. VlARD.
ANDRÉ RÉVILLE
(1867-1894).
André Réville, agrégé d'histoire, archiviste paléographe, pro-
fesseur à l'Enseignement populaire supérieur de Paris, est mort à
Neuville, près de Dieppe, le 22 juillet 1894, d'un mal foudroyant
qui l'a emporté en trois jours.
Il était né en Hollande, à Rotterdam, de parents français», le
28 janvier 1867. Sa famille revint en France quelques années
après, et il commença ses études au collège de Dieppe. Il était de
saine et vigoureuse constitution ; on ne lui avait pas fait aimer
seulement les livres, mais le grand air, la mer, les exercices phy-
siques. A treize ans, il entra au lycée Henri IV, à Paris, et y
termina son instruction secondaire. De ces premières études d'An-
dré Réville , je veux retenir ici et la constance de son labeur,
récompensée par d'innombrables succès, et la solidité de sa cul-
ture littéraire, — il écrivait le latin avec une correction et une
aisance peu fréquentes aujourd'hui, — et surtout le goût qu'il
manifestait pour les sciences exactes : il eut dans presque toutes
les classes un prix de mathématiques. Son esprit précis trouvait
un vif plaisir dans la démonstration des vérités absolues de la
géométrie. Dès ce moment, cependant, et bien avant qu'il fût
temps pour lui de choisir une carrière, il avait résolu de se consa-
crer à l'histoire, qu'il voyait cultiver avec éclat dans sa famille
même. Mais quelle voie choisirait-il? Ses professeurs le poussaient
sur la route de l'École normale et s'efforçaient de lui démontrer
que hors de là il n'était point de salut. André Réville cependant ne
se laissa pas convaincre. Il accomplit un acte d'indépendance
très rare alors, au moins à Paris, parmi ceux qui voulaient suivre
la carrière universitaire : il ne se présenta point à l'Ecole normale.
1. Son père, aujourd'hui professeur au Collège de France, était pasteur de
l'Église réformée française de cette ville.
ANDRÉ RÉVILLE. 1-55
En même temps qu'il préparait à la Sorbonne la licence et l'agré-
gation, il entrait à l'École des chartes en 1886, et il y faisait de
fortes études, qui eussent été plus briUantes encore s'il avait pu y
consacrer tout son temps. A l'École des Hautes-Etudes, il fut un des
élèves les plus assidus de M. Bémont. Ces travaux multiples ne
le rebutaient pas un instant, n'altéraient jamais la sérénité de son
humeur. Parmi les archivistes de la promotion 1890, qui ne se
souvient de l'excellent camarade qu'était André RéviUe, si affable,
si discret, et, à l'occasion, de si bon conseil?
André Réville soutint sa thèse pour obtenir le diplôme d'archi-
viste paléographe en janvier 1890. Elle avait pour sujet un épi-
sode important de l'histoire sociale de l'Angleterre. C'était une
Étude sur le soulèvement des paysans d' Angleterre sous
Richard 11 en 1381; la révolte dans les comtés de Hertford,
Suffolk et Norfolk. Il avait fait deux voyages à Londres pour
en recueillir les matériaux. Mais le temps lui avait manqué pour
mettre en œuvre à sa propre satisfaction tous les éléments qu'il avait
amassés au cours de ses recherches. Néanmoins il fut classé dans
un bon rang. Il sortit troisième de l'Ecole' et la même année fut
reçu second à l'agrégation d'histoire. Son apprentissage scienti-
fique était terminé. Il en garda un bon souvenir. Il se sentait les
reins solides et parlait avec confiance de l'œuvre qu'il voulait entre-
prendre. II obtint une bourse de voyage et séjourna pendant l'an-
née 1890-1891 en Angleterre pour reprendre jusque dans ses fon-
dations le travail qu'il avait fait sur la rébellion de 1381 et le
transformer en thèse de doctorat es lettres. Sa tâche le passion-
nait. Il se sentait déjà attiré vers l'histoire économique et sociale :
décrire la condition des classes laborieuses dans les anciens âges,
leurs croyances, leurs espoirs et leurs révoltes, lui paraissait à
juste titre un travail plein d'intérêt et d'utilité. D'autre part, il
étudiait depuis longtemps avec un goût particulier le passé de
l'Angleterre. Si français qu'il fût par ses sentiments et la géné-
rosité de son cœur, il aimait et admirait les Anglais, leur sang-
froid, leur énergie, leur joie de vivre et d'agir. Pendant son séjour
à Londres, il prenait plaisir, le dimanche, à gagner les pelouses
lointaines de Victoria-Parii, pour entendre discourir les orateurs
socialistes ; il notait avec curiosité les progrès que l'idée démo-
cratique a faits outre-Manche depuis l'année où Taine écrivit son
1. Les trois premiers de cette promotion étaient à peu près ex œquo.
1895 \Q
446 ANDRÉ RÉVILLE.
livre sur l'Angleterre ; et puis il aimait à retrouver, parmi ces
hommes à la face enluminée qui écoutaient les démagogues, la
même tranquillité, la même tolérance, le même profond respect de
la liberté qu'il voyait pratiquer par les gentlemen. Accueilli
affablement par nombre de notabilités scientifiques, il put en effet
connaître et apprécier à sa valeur la haute société anglaise.
Après avoir terminé ses recherches au British Muséum et au
Record Office, il passa une partie de l'été de 1891 à Oxford et à
Cambridge. Il y fît de bonne besogne, et notamment découvrit une
série de sermons du xiv« siècle qui jettent un jour singulier sur
les aspirations sociales de ce temps. Il quitta l'Angleterre sans
avoir terminé des recherches qu'il ne devait jamais reprendre.
De puissants intérêts l'appelaient à Paris. Il avait appris que
la Commission d'enseignement du Conseil municipal voulait créer
une nouvelle chaire dans l'Enseignement populaire supérieur; il
s'agissait d'une chaire d'histoire du travail. Aucun enseignement
ne pouvait mieux plaire à André Réville. Sa candidature réussit,
et il inaugura ses cours dans l'hiver de 1891-1892. Quelques
mois après, il épousait une jeune fille digne de lui. On parlait de
lui comme d'un homme heureux; il l'était, en effet, et avait pleine
conscience de l'être.
Les trois dernières années de la vie d'André Réville furent con-
sacrées à l'étude approfondie de l'histoire économique et sociale.
Les notes laissées par lui témoignent du prodigieux travail qu'il
fournit alors et qui, ajouté aux fatigues antérieures, usa peut-être
sa santé. Du reste, ces longs labeurs préparatoires n'alourdissaient
nullement les cours qu'il faisait ; il rejetait résolument mille détails
qu'il avait eu grand'peine à réunir, mais qui auraient ralenti sans
réelle utilité son exposé. Il n'était pas seulement un habile orateur,
sachant mettre en ordre et exprimer ses idées; il prenait grand
soin d'adapter ses leçons à l'intelligence et à la culture du public
qui les écoutait. Il multipliait les anecdotes caractéristiques et
pensait qu'un de ses premiers devoirs était de ne jamais ennuyer.
Une fois rentré chez lui, il notait les impressions qu'il avait lues
sur le visage de ses auditeurs et en faisait son profit. Ce public
assidu et chaleureux de bourgeois, de petits employés et d'ou-
vriers, il se préoccupait de le retenir, de le voir s'augmenter sans
cesse. Il fournissait avec une patience infatigable les éclaircisse-
ments qu'on venait souvent lui demander. Pénétré de l'importance
des faits qu'il exposait et des idées qu'il semait, il voulait avoir
iÀ
ANDRE REVILLE. -|47
beaucoup d'auditeurs, parce qu'il était sûr d'être utile : il avait
une foi absolue dans l'histoire. Quelques mois avant sa mort,
appelé à faire des conférences à Genève, il eut la satisfaction de
parler, avec un succès éclatant, devant un public bien plus nom-
breux encore que celui de l'Hôtel de ville. Au retour, il disait à
ses amis combien il regrettait de voir l'attention du peuple pari-
sien attirée par tant d'objets, parfois indignes d'intérêt, par tant
de distractions, souvent peu relevées, combien il déplorait de ne
réunir qu'une centaine d'auditeurs et de ne pouvoir donner à ses
cours la portée d'un véritable enseignement populaire, pénétrant
profondément dans l'âme de la foule.
André Réville alliait en effet à une rare intelligence les plus
nobles dons du caractère et du cœur. La pureté de sa vie, l'éton-
nante sérénité de son humeur, son désintéressement et sa bonté,
l'ardeur discrète et constante de ses affections étaient un objet de
réelle admiration pour ses parents et ses amis.
Cependant, ce n'était pas à eux seuls qu'il se dévouait. Tandis
qu'il était étudiant, il faisait partie d'une société pour secourir
les pauvres à domicile. Depuis 1889, il était membre du Comité
des anciens élèves du lycée Henri IV, où l'on s'occupe surtout
d'œuvres de bienfaisance. H compta parmi les promoteurs les
plus ardents de l'Association des étudiants et fut nommé membre
du Comité en 1889. Toutefois, lors des scandaleux incidents qui
l'année dernière provoquèrent la démission d'un grand nombre
de membres honoraires, et au moment où quelques-uns d'entre
eux étaient attaqués par une certaine presse, il n'hésita point à
prendre parti : il écrivit au nouveau président qu'il comptait sur
lui pour relever l'Association, mais qu'à l'heure présente il vou-
lait se ranger « du côté des bafoués. » Enfin il attachait à son
enseignement, nous l'avons dit, une importance sociale, et en
recherchant la vérité historique il croyait aussi faire le bien. Ses
études lui donnaient d'ailleurs la faculté de connaître des souf-
frances que trop de gens ignorent, et son amour de l'humanité
devenait ainsi chaque jour plus corapréhensif, plus éclairé. Né et
armé pour l'action, peut-être désirait-il quitter un jour l'ensei-
gnement pour servir plus utilement encore la cause qu'il croyait
juste ; en tout cas, conscient des maux créés par cette évolution
économique dont il connaissait les origines, il avait confiance dans
un avenir meilleur et voulait contribuer à le préparer.
En même temps son intelligence s'élargissait, se dégageait
HS ANDRÉ RÉVILLE.
des idées toutes faites que l'éducation moderne impose aux
hommes cultivés, et la précision minutieuse de ses travaux
ne faisait point tort au développement de son esprit. Il avait toutes
les qualités d'un historien ; il eut à peine le temps de les montrer.
Son œuvre imprimée se réduit à peu près à un compte-rendu
détaillé du livre de Henri Baudrillart sur les Populations agri-
coles de la France^, où il critique vivement la méthode ou plu-
tôt le manque de méthode de l'auteur, et indique avec netteté le
plan qu'il aurait fallu suivre ; — à deux chapitres de Y Histoire
générale, rédigés en collaboration avec M. Giry^; — enfinà l'étude
approfondie d'une institution anglaise, V Abjuratio regni, appli-
cation atténuée du droit d'asile, dont il est déjà question dans les
textes du xii'' siècle, et qui ne fut abolie qu'en 1623^. — Quant
aux cours qui furent professés par André Réville, sur l'histoire
des classes laborieuses en Occident depuis l'époque romaine jus-
qu'à la Révolution française, il ne nous en reste malheureusement
que les plans. Du moins, les quatre conférences qu'il fit à Genève
sur les Paysans au moyen âge, et qu'il avait rédigées entière-
ment, pourront-elles être publiées et donner une idée de l'étendue
de son information, de l'excellence de sa méthode.
Les amis d'André Réville ne pensent pas non plus qu'il leur
soit permis de laisser inédite la thèse qu'il fit à l'École des
chartes (250 pages de texte manuscrit, environ 700 pages de
pièces justificatives). Le soulèvement de 1381, comme l'expliquait
l'auteur dans son Introduction, est un des grands événements de
ce temps-là ; c'est la manifestation spontanée de l'état moral et
des besoins sociaux du peuple anglais à cette époque ; or, Pauli,
Green, Stubbs et les autres historiens qui s'en sont occupés n'ont
guère puisé qu'aux sources narratives et se sont contentés de
décrire la révolte de Londres, les gestes et la mort de Wat Tyler ;
quant àRogers, dans son Histoire de l'agriculture en Angleterre,
il n'a fait que noter les causes économiques du mouvement. Res-
tait donc à exploiter les sources diplomatiques, et particulièrement
les documents d'ordre judiciaire, à compléter les indications de
1. Revue internai ionale de sociologie, février 1894. — Signalons pour
mémoire un compte-rendu de la publication des Chartes des libertés anglaises,
par M. Béraont {Bibl. de l'École des chartes, LUI, 459).
2. T. II, ch. vjii.
3. Revue historique, t. L, p. 1-42. — Cette étude était faite en partie d'après
des documents inédits recueillis au Record Office.
ANDRÉ RÉVILLE. 4 49
Rogers, enfin à décrire les soulèvements si diSérents d'origine et
de caractère qui se produisirent hors de Londres, dans les divers
comtés. André Réville recueillit au British Muséum et surtout au
Record Office les éléments d'un travail presque entièrement neuf.
Lorsqu'il quitta l'Angleterre en 1891, il avait poussé très loin ses
recherches à Londres, à Oxford, à Cambridge et à Ely. 11 lui
restait encore quelques archives locales à explorer. Malheureu-
sement, la préparation de ses cours ne lui permit point de retour-
ner en Angleterre. Sa tlièse de l'École des chartes, comme nous
l'avons dit, ne traite que de la révolte dans le Herts, le Sufiblk
et le Norfolk, où le soulèvement fut particulièrement intéressant
et a été mal connu des chroniqueurs.
Il n'a pas été donné à André Réville de vivre assez pour ins-
crire son nom parmi les noms illustres. Mais la mémoire de tels
hommes ne périt pas entière ; ils ont suscité des affections plus
fortes que la mort, ils vivent dans le cœur de ceux qui les ont
connus. Emporté si jeune dans la tombe, André Réville nous
laisse mieux encore qu'un livre d'histoire, il nous lègue l'exemple
de sa vie, qui fut sereine, heureuse et bienfaisante.
Ch. Petit-Dutaillis.
BIBLIOGRAPHIE.
Histoire poétique des Mérovingiens, par Godefroid Kurth, profes-
seur à l'Université de Liège. Paris, Picard, i 893. Jn-S", iv-552 pages.
Prix : ^0 francs.
La Bibliothèque de l'École des chartes aurait dû depuis longtemps
rendre compte du très important ouvrage de M. Kurth, mais il n'est
jamais trop tard pour annoncer un- bon livre, et l'ouvrage du savant
professeur de Liège rentre assurément dans cette dernière catégorie.
L'exposition en est parfois un peu prolixe, quelques-unes des remarques
de l'auteur peuvent paraître discutables et subtiles, mais le tout est,
pour employer un terme fort goûté aujourd'hui, extrêmement sugges-
tif, et alors même que sur tel ou tel détail il ne partage pas absolument
l'opinion de l'auteur, le lecteur est amené à réfléchir et à se faire une
idée plus précise des conditions auxquelles est soumise la connaissance
des faits historiques.
Le titre suffit à lui seul pour indiquer l'objet des recherches de
M. Kurth; il s'est proposé de dégager dans les premiers livres de Gré-
goire de Tours, dans le pseudo-Frédégaire, enfin dans les Gesta regum
Francorum, les éléments traditionnels et poétiques. Mais ce titre, à par-
ler franc, ne nous satisfait pas entièrement; il est trop particulier, trop
affirmatif, et de nature à prêter à l'auteur une tendance au paradoxe,
tendance qui existe bien dans une certaine mesure, mais que corrige
fort heureusement la conclusion même du volume, pleine de sages
réserves.
Le sujet traité par M. Kurth a déjà tenté plusieurs érudits. Sans
parler des vues fort sages exposées en passant par des hommes tels que
Fauriel et Ampère en France, et Schlegel en Allemagne, trois écrivains
jusqu'ici ont, à notre connaissance, étudié la question : Arsène Dar-
mesteter, dans son étude sur Floovant, Junghans dans V Histoire de
Chlodovech, qu'a traduite et annotée M. G. Monod, et enfin Pio Rajna,
dans le célèbre ouvrage sur les origines de l'épopée française. Tout le
monde reconnaît que les historiens plus haut cités renferment quantité
de traditions populaires, d'origine incertaine, et personne aujourd'hui
ne s'aviserait d'écrire des Récils mérovingiens, à la façon de ceux d'Au-
gustin Thierry, dans lesquels ces mêmes traditions servent à enjoliver
BIBLIOGRAPHIE. -154
les brèves indications de Grégoire ou du pseudo-Frédégaire. Ces résul-
tats négatifs ne figureront sans doute jamais dans les livres d'enseigne-
ment ; imagine-t-on un professeur de l'enseignement secondaire réduit
à confesser que de Glovis on ne sait à peu près rien ? Mais vraiment il
y aurait mauvaise grâce à rayer des programmes tant d'anecdotes amu-
santes et inoffensives, si fausses qu'elles puissent être ; les enfants n'ont
pas besoin de leçons de scepticisme et l'histoire du vase de Soissons a
tout au moins un avantage, celui de les distraire.
Le plan adopté par M. Kurth est le plus simple et le plus rationnel ;
suivant l'ordre chronologique, il étudie siècle par siècle tous les faits
historiques dont le récit lui a paru offrir traces de traditions populaires.
Il prouve tout d'abord fort aisément, à l'aide du passage si souvent allé-
gué du De moribus Germanorum et de quelques phrases de Jordanès,
de Paul Diacre et de Widukind, que les Germains, comme la plupart des
populations primitives, avaient des chants nationaux, des traditions
populaires ; à ses yeux, le fameux prologue de la Loi salique est le plus
ancien de ces chants. Il montre encore comment les différentes tradi-
tions rapportées par lui se rattachent par certains traits particuliers à
l'ancienne mythologie germanique et se retrouvent dans le Folk-lore
soit des races germaniques soit des autres populations primitives de
l'Europe. Il rappelle encore fort justement ailleurs que dans Grégoire
de Tours, dans le pseudo-Frédegaire, le style ou plutôt la forme exté-
rieure du récit change toutes les fois qu'au lieu d'annales brèves mais
exactes , ces auteurs prennent pour guides des traditions orales ; les
détails pittoresques abondent et se multiplient, la narration devient
plus imagée, plus longue, plus abondante. M. Kurth étudie ensuite les
règnes de Glodion et de Mérovée, et montre sans peine que sur le pre-
mier de ces princes on ne possède que le texte célèbre de Sidoine, et
que du second on ne sait, à vrai dire, rien de certain; tout ce qu'on
peut faire en bonne critique, c'est admettre l'existence même du chef
éponyme de la première dynastie franque. Avec Childéric, on est,
semble-t-il, sur un terrain plus solide; à ce roi, Grégoire a consacré un
chapitre tout entier, et VHistoria epitomata complète ce récit sommaire
en l'enjolivant de mille circonstances. M. Kurth accepte sur ce point la
théorie de Junghans; ce récit vient de la tradition populaire et il est
bien difficile d'y reconnaître les éléments historiques. Tout dans l'anec-
dote : fidélité des serviteurs, anneau rompu et servant de signe de
reconnaissance, mariage de Basine, chacun de ces traits se retrouve
partout dans les produits de l'imagination populaire. Quant au pré-
tendu séjour de Childéric à Constantinople, à ses relations avec un
empereur Maurice, M. Kurth y voit un souvenir confus de l'aventure
du prétendant Gondovald, révolté contre le roi Gontran.
Le livre II (p. 2H) est consacré à Glovis et aux fils de ce prince. Ici
la récolte est encore plus riche, et, quand on a lu l'exposé de l'auteur.
-152 BIBLIOGRAPHIE.
qui ne fait guère que confirmer, en donnant plus de détails, les résultats
déjà acquis par Junghans, on se demande avec quelque inquiétude
quels renseignements précis nous possédons sur l'histoire de la Gaule
franque de 480 à 540. M. Kurth essaie, il est vrai, de sauver de
ce naufrage complet l'histoire du vase de Soissons, laquelle a une ori-
gine particulière et doit venir de Reims. Il aurait pu, croyons-nous, être
encore plus sceptique sur ce point; les luttes des Francs contre le
romain Syagrius, le mariage de Clotilde sont des faits réels, sans que
nous puissions rien affirmer des circonstances qui les ont accompagnés;
mais l'anecdote en question nous paraît de tout point inadmissible et
on peut, sans grand dommage, la rejeter avec tant d'autres qui rem-
plissent et encombrent l'histoire ancienne et moderne. Un peu plus
loin, à propos du meurtre de Sigismond, roi des Burgundes (p. 324),
M. Kurth nous paraît également avoir eu tort d'alléguer le témoignage
de la Passio Sigismundi; M. Krusch,ie dernier éditeur de ce texte, a
démontré péremptoirement que la Passio n'est pas antérieure au
VIII» siècle, et que l'auteur anonyme, moine à Saint-Maurice d'Agaune,
n'a fait que développer quelques phrases de Marius d'Avenche et du
pseudo-Frédégaire.
Un peu plus loin, parlant de la première invasion danoise en Frise,
M. Kurth rapproche fort ingénieusement du récit des chroniqueurs
gallo-romains un passage du célèbre poème anglo-saxon, le Béowulf.
La remarque est curieuse et paraît juste ; on peut même, semble-t-il,
à l'aide du récit du poète anonyme, compléter dans une certaine
mesure le texte de Grégoire, le fait d'une invasion danoise dans cette
partie de l'empire franc n'ayant rien d'invraisemblable. Au surplus,
suivant M. Kurth, autour de Thierry de Metz et de ses fils s'est créé
de bonne heure tout un cycle poétique.
Vers l'an 560, le récit de Grégoire de Tours change entièrement de
caractère; désormais, l'auteur utilise des données absolument histo-
riques, fruits de ses propres observations ou rapports de témoins
oculaires. C'est dans le pseudo-Frédégaire et dans les Gesta Francorum
qu'il faut désormais chercher les traditions populaires sur les petits-
fils de Clovis et leurs successeurs immédiats. La récolte ici est toujours
aussi abondante; sur Frédégonde, Brunehaut et Clotaire II, on trouve
dans ces auteurs quantité de passages d'ordre légendaire. De ces textes,
les uns pour M. Kurth viennent de chansons héroïques, l'une d'elles,
relative à Clotaire II, est citée par Hildegarius, auteur de la vie de saint
Faron; d'autres reproduisent des anecdotes domestiques, nées dans le
palais royal longtemps après les événements. A cette dernière classe
appartient l'histoire des premières amours de Frédégonde et de Chilpé-
ric, celle des intrigues de la môme reine avec Laudéric. Par contre,
pour le règne de Brunehaut, le pseudo-Frédégaire a utiUsé les sources
annalistiques, et, dans cette partie de la compilation bourguignonne,
BIBLIOGRAPHIE. ^ 53
M. Kurth ne relève que quelques indices de traditions poétiques, indices
tellement faibles qu'à notre sens ils sont imperceptibles; par contre,
nous reconnaîtrons avec l'auteur que la partie des Gesta relative à l'his-
toire de la fin du vi« et du début du vh« siècle est tout entière emprun-
tée à des traditions populaires.
On voit, par ce court exposé, avec quel soin, quelle patiente minutie
M. Kurth a examiné, pour ainsi dire à la loupe, tous ces vieux textes.
On ne saurait affirmer que l'auteur ait entièrement prouvé toutes ses
assertions; certains passages dont il fait des fragments de récits épiques
n'ont peut-être pas, autant qu'il le suppose, ce caractère. Le titre même
de l'ouvrage est un peu inquiétant et la conclusion, fort heureusement,
est de nature à atténuer cette première impression. Sans doute, là
encore il y aurait quelques réserves à faire; il paraît notamment diffi-
cile d'accepter pleinement cette assertion (p. 479), que de toutes les
poésies primitives la poésie franque serait la plus vivante et la plus
répandue ; c'est faire vraiment trop bon marché de la poésie primitive
des Grecs, autrement belle et autrement puissante. Par contre, l'auteur
établit ailleurs une distinction légitime entre les chants héroïques pro-
prement dits et ce qu'il appelle très justement les impressions épiques.
Des premiers, on ne saurait citer qu'un bien petit nombre; mais
M. Kurth a démontré définitivement que toute une partie de Grégoire
de Tours, le début du pseudo-Frédégaire et les deux tiers des Gesta
sont pour ainsi dire pleins de ces impressions épiques. C'est là un résul-
tat important; le fait était déjà soupçonné; depuis longtemps certaines
parties de la thèse de M. Kurth avaient été traitées; au savant pro-
fesseur de Liège revient l'honneur d'avoir épuisé le sujet, d'avoir démon-
tré définitivement combien est peu sûre l'histoire traditionnelle de la
Gaule barbare.
A. M.
Les Grands écrivains français. Froissart, par Mary Darmesteter.
Paris, Hachette, -1894. In-16, 4 74 pages, une gravure. 2 francs.
On ne fait pas large place au moyen âge dans la collection des Grands
écrivains français, que publie la maison Hachette. Notre littérature
médiévale n'avait obtenu jusqu'ici qu'un représentant : Rutebeuf, auquel
M. Clédat consacrait une étude il y a quatre ans. En voici un second :
Froissart. Espérons que les critiques moroses, — il s'en est trouvé, —
qui avaient été choqués de voir Rutebeuf coudoyer George Sand, seront
moins sévères pour le brillant chroniqueur. C'est M™^ Darmesteter qui
s'est chargée de le présenter au public : elle l'a fait avec agrément, sans
apporter grand'chose de nouveau. On ne saurait lui en faire un reproche.
Il n'y avait point ici à faire œuvre d'érudition, mais de vulgarisation ;
ce n'est point aux spécialistes, mais au grand public que s'adressent
454 BIBLIOGRAPHIE.
les volumes de la collection, La seule partie neuve est l'analyse de
Méliador, le roman longtemps perdu, et retrouvé heureusement par
M. Longnon ; mais ce roman n'ajoutera rien à la réputation de Frois-
sart; et s'il n'eût produit que cela, nul doute qu'il n'eût jamais trouvé
place dans la collection Hachette.
Au reste, M^e Darmesteter est suffisamment bien informée de ce qui
a été écrit avant elle sur le sujet; et elle en a tiré la matière d'un
volume qu'on lit avec plaisir, malgré le mélange un peu bizarre d'ex-
pressions anciennes et de modernismes; il est vrai que ce sera un attrait
nouveau pour beaucoup de lecteurs.
Notons encore que dans un ouvrage de ce genre, on s'attendait à trou-
ver une appréciation, qui fait presque défaut, des mérites littéraires de
Froissart.
E.-G. Ledos.
Jeanne d'Arc considérée au point de vue franco-champenois, par
l'abbé Etienne Georges. Troyes, Léopold Lacroix; Paris, Emile
Lechevalier, 4 894. In-S", v-d38 pages.
Dans l'étude qui porte ce titre, M. l'abbé Georges s'est proposé de
grouper et de présenter les arguments et les considérations qui peuvent
rattacher la libératrice de la France au pays champenois, avec l'histoire
duquel de nombreux travaux l'ont depuis longtemps rendu familier.
L'ouvrage est divisé en quatorze chapitres, dont les deux premiers
[Élat de la Champagne au temps de la famille de Jeanne d'Arc, p. 1-48,
et La Champagne considérée comme la patrie provinciale des ancêtres de
Jeanne d'Arc, p. 49-72) sont consacrés à des considérations générales sur
l'histoire de Champagne, et dont le dernier {Récapitulation des principaux
arguments relatifs à la patrie provinciale de Jeanne d'Arc, p. 502-535)
contient plus spécialement l'exposé actuel de la question, toujours pas-
sionnément discutée, de la nationalité exacte assignée au lieu natal de la
Pucelle. Le rôle joué par la Champagne, à tous les âges, dans la cons-
truction et dans la défense de la patrie française, est certes un des plus
actifs et des plus nobles : n'est-il cependant pas quelque peu dispro-
portionné d'en exposer toutes les phases depuis l'origine de la guerre de
Cent ans? Aussi peut-on se contenter de mentionner seulement cette
première section du volume. Quant au dernier chapitre, l'occasion s'of-
frira de le discuter en détail.
Pour en venir à la fraction plus rigoureusement personnelle de cette
longue étude, il convient tout d'abord de relever les renseignements
fournis par les chapitres m et iv^ sur l'origine de la famille paternelle
et maternelle de Jeanne d'Arc. C'est ainsi que de nombreux détails
sont réunis sur Ceffonds, le village champenois voisin de la célèbre
abbaye de Montierender, localité qui, d'après la tradition, confirmée
BIBLIOGRAPHIE. 455
par des témoignages fixés dès les premières années du xvn^ siècle, passe
généralement pour le lieu natal de Jacques d'Arc. Même groupement
en ce qui concerne le bourg de Vouthon, situé peut-être en pays bar-
rois, mais en tout cas dans les cantons mouvants de la couronne de
France, petit centre agricole qui semble le berceau originel d'Isabelle
Romée. Les relations de cette branche barroise de la famille de Jeanne
d'Arc avec la contrée champenoise, notamment avec le district Per-
thois, où viennent s'implanter plusieurs de ses rameaux, sont également
l'objet d'un complet exposé. L'auteur est au courant des dernières
recherches de l'érudition sur ces points et, en les éclairant mutuellement
l'un par l'autre, résume judicieusement les résultats acquis.
« L'influence du milieu champenois... et la réaction de ce milieu
contre la Lorraine, restée féodale et devenue anglo-bourguignonne, »
tel est (p. 122) le thème du chapitre suivant. Termes qui représentent,
comme croit devoir le rappeler M. l'abbé Georges en citant (p. 524) un
passage d'une lettre particulière en date de février 1888, l'expression
même de la pensée de M. Siméon Luce sur la question. On trouvera
dans ce chapitre, et dans celui qui lui fait suite, un résumé de cette
histoire régionale de la Champagne orientale, entre 1420 et 1429, que
l'auteur des Recherches critiques sur les origines de la mission de la
Pucelle avait créée de toutes pièces et pour ainsi dire sortie du néant.
Il serait superflu d'insister sur l'importance des événements dont la
Champagne fut le théâtre, dans la triomphale campagne de 1429, après
la levée du siège d'Orléans, et sur la situation privilégiée occupée de
tout temps dans l'histoire de France par la métropole rémoise, où se
symbolise, en cette année mémorable, le couronnement de la carrière
de la Pucelle. L'auteur consacre ses deux chapitres vm et ix (p. 240-326)
au récit de ces faits, exactement présentés, quoique sans contribution
nouvelle, difficile d'ailleurs à imaginer sur des événements depuis
longtemps suivis de si près.
Par contre, n'est-on pas en droit de trouver une exagération singu-
lière dans le développement de la théorie que soutient ailleurs M. l'abbé
Georges (chap. vu, p. 192-239)? L'esprit des croisades, dont Jeanne
d'Arc aurait été l'expression idéale, serait l'esprit champenois lui-même !
Était-il bien nécessaire de consacrer encore de longues pages, ingé-
nieuses certainement, mais ne côtoyant même pas la question, à « la
Champagne, considérée comme berceau de la langue d'oïl, langue spi-
rituellement parlée par Jeanne d'Arc » (chap. x, p. 326-376)? Chres-
tien de Troyes, Villehardouin et le comte Thibaud peuvent avoir pos-
sédé, chacun à leur heure, leur charme expressif, sans autoriser pour
cela d'aussi lointains et inattendus rapprochements. De même, est-on
bien en droit d'assurer que le « caractère franco-champenois » soit
celui que personnifie Jeanne d'Arc pendant le cours de son procès
(chap. XI, p. 377-422)? Il me semble qu'un autre Champenois, et non
\ 56 BIBLIOGRAPHIE.
des moindres, jouait aussi dans ce procès quelque rôle, et ne suffirait-il
pas, pour infirmer l'excès d'une telle thèse, d'opposer à l'héroïque vic-
time le souvenir de son haïssable juge, le Rémois Pierre Gauchon?
A part l'origine familiale de Jouvenel des Ursins, qui préside la pre-
mière instance de réhabilitation ouverte en 1455, et celle de Jacques
Gelu, auteur d'un des mémoires adressés à cette occasion à Charles VII,
on ne voit pas bien non plus que le rôle joué par la Champagne dans
le procès de réhabilitation, et auquel est cependant réservé tout le cha-
pitre xm (p. 462-561), ait été si considérable et si prépondérant. Rien
n'est certes plus louable, plus fécond en œuvres comme en caractères,
que le patriotisme local : il convient cependant de le maintenir dans
les limites auxquelles il a droit, et qu'il ne lui convient pas d'outre-
passer.
On rentre dans une discussion plus sûre avec la partie consacrée
aux événements accomplis dans la'région champenoise de 1430 à 1453,
depuis la capture de Jeanne d'Arc jusqu'à l'expulsion définitive des
Anglais (chap. xn, p. 422-461). Bien que cet exposé n'ait plus de rap-
port avec la carrière même de la Pucelle, il achève l'histoire de l'inva-
sion en Champagne, de 1420 à 1429, résumée, comme on l'a vu, dans
une des parties antérieures de l'ouvrage. On y rencontrera un utile
groupement de faits, tous déjà connus sans doute, mais habituellement
dispersés dans de multiples études, et dont on ne trouverait pas
ailleurs une aussi complète réunion.
La fin de l'ouvrage (chap. xiv, p. 502-535) représente une annexe
spéciale, exclusivement réservée à la discussion de l'exacte nationalité
provinciale de Jeanne d'Arc, champenoise, barroise ou même absolu-
ment lorraine. En 1882, M. l'abbé Georges avait déjà consacré à cette
question une étude qui tient sa place dans la liste déjà longue des publi-
cations réservées à ce problème historique <. Il y ajoute cette fois les
contributions nouvelles apportées depuis, dans un sens ou dans l'autre
de cette polémique toujours ouverte et qui ne laisse pressentir aucune
clôture prochaine.
L'énigme est en effet des plus complexes. On nous pardonnera, à l'oc-
casion du compte-rendu de cet ouvrage, d'élargir le cadre de cette simple
analyse et de reprendre la discussion, en nous bornant strictement
à l'examen des arguments déjà émis, sans chercher, à aucun prix, à en
ajouter d'autres au débat, mais en essayant d'en résumer brièvement
les divers et multiples aspects.
En ce point de l'Argonne et de la vallée de la Meuse, pays d'origine
et d'attache de la libératrice de la France, le régime féodal avait accu-
1. Jeanne est-elle Champenoise ou Lorraine ? Mémoire récapitulatif. Troyes,
Dufour-Bouquot, 1882, in-8% 32 p. (Extrait de VAnnuaire du département de
l'Aube, année 1882, 2' partie, p. 1-32.)
BIBLIOGRAPHIE. <57
mulé les complications de territoire les plus bizarres et les plus hétéro-
clites ^ Duché de Lorraine, Barrois, comté de Champagne enchevê-
traient leurs frontières administratives et naturelles dans la plus
inextricable confusion. A la rive droite de la Meuse finissait la Lorraine
proprement dite ; le comté de Champagne et, par lui, le royaume de
France atteignaient la rive gauche ; quelques lieues plus bas, le comté
de Barrois, haussé depuis i355 au titre de duché, occupait les deux
bords, et, entre les deux grands états voisins, multipliait ses pénétra-
tions et ses enclaves. Depuis divers actes passés en 13022 et en 1308 s,
dans le détail desquels il serait oiseux d'entrer, la partie du Barrois
située sur la rive gauche de la Meuse, et notamment la châtellenie de
Gondrecourt, relevait du royaume de France, l'autre portion continuant
à dépendre du duché de Lorraine. Les deux fractions, possédées par le
même souverain, portaient le nom, la première de Barrois Mouvant ou
Royal, la seconde de Barrois non Mouvant ou Ducal.
Il n'a jamais été question de placer Domremy dans le Barrois Ducal.
La thèse que les partisans de l'origine absolument lorraine de la libéra-
trice de la France se hasardent à avancer se réduit à deux arguments.
Domremy tout entier faisait partie de l'ancien duché de Lorraine-
Mosellane, se contente de soutenir, avec une inattaquable modération,
M. Léon Germain, et les habitants de la région géographique barroise,
tout comme ceux de Metz ou de Nancy, ont droit par tradition acceptée,
par expression générale, au nom et à la qualité de Lorrains*. Cette
opinion serait-elle reconnue comme exacte, — discussion qui outrepas-
serait singulièrement les limites déjà trop agrandies de cette analyse, —
il n'en resterait pas moins avéré que ce débat n'offre qu'un intérêt
d'ordre purement rétrospectif ou sentimental.
1. Une intéressante carte polilique de la région, vers cette époque, figure
dans l'étude de M. le colonel de BoureuUe, qui adopte et résume la thèse de
M. Siraéon Luce. [Le Pays de Jeanne d'Arc. Saint-Dié, 1890, in-8°, 28 p., avec
plan. — Extrait du Bulletin de la Société philomathique vosgienne, 15' année,
1889-1890, p. 227-252.)
2. Traité de Bruges, en date de l'octave de la Trinité, 1301, et non conclu
en 1302, ainsi qu'on le répète généralement. C'est ce qu'a établi M. Cha-
pellier, Élude sur la véritable nationalité de Jeanne d'Arc (première élude),
dont l'indication bibliographique exacte est donnée ci-après.
3. Acte d'avril 1308, publié par M. Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domremy,
Preuves, III, p. 4.
4. Le savant érudit lorrain ne paraît avoir encore exprimé cette opinion dans
aucune étude spéciale, mais occasionnellement seulement, à propos du compte-
rendu de deux ouvrages consacrés à cette question, par M. le colonel de Bou-
reuUe {le Pays de Jeanne d'Arc), et par M. Chapellier {Étude sur Domremy,
pays de Jeanne d'Arc). Cette double analyse est contenue dans les Annales de
l'Est, t. V, avril 1891, p. 299-304.
^58 BIBLIOGRAPHIE.
La seconde théorie manifeste plus d'exigences : elle veut qu'on puisse
qualifier Jeanne d'Arc de Lorraine, au sens politique du mot. M. Ghapel-
lier, bibliothécaire de la ville d'Épinal, s'en est fait le plus actif et le plus
énergique partisane Les raisons qu'il allègue se ramènent pourtant, et
seulement, à celle-ci, à savoir que, pendant une partie du cours de la
vie de la Pucelle, le duché de Bar, comprenant le Barrois Mouvant, et
le duché de Lorraine furent unis tous deux sous le même souverain,
René d'Anjou, — le roi René^, — mis en possession du duché de Bar
en 1420 par son grand-oncle, le dernier duc, dont il était institué héri-
tier dès 1419, marié en 1420 à Isabelle, héritière du duché de Lorraine,
puis duc de Lorraine lui-même à partir du 25 janvier 1431. Mais il ne
faut pas oublier d'observer que, pour que cette opinion puisse être seu-
lement soutenue, il serait nécessaire de prouver que le lieu natal de
Jeanne d'Arc se trouvait lui-même en Barrois Mouvant, condition préa-
lable dont on va peut-être démontrer toutes les difficultés. Il faut
remarquer en outre que, cette preuve serait-elle faite, l'union person-
nelle des duchés de Bar et de Lorraine, depuis l'avènement de René
d'Anjou, laissait, comme par le passé, le Barrois Ducal à l'état de fief
lorrain et n'empêchait nullement le Barrois Mouvant de demeurer
fief de la couronne de France. En tout cas, et de toutes façons, Jeanne
d'Arc ne peut donc être née ni avoir jamais vécu sujette de la cour de
Nancy. C'est une affirmation à laquelle il faut désormais renoncer.
Comme originaire, non de Lorraine, mais des Marches de Lorraine, la
vierge de Domrcmy n'a droit qu'à la vague et traditionnelle désignation
consacrée par les vers immortels de Villon, sans lesquels, sans doute,
on ne songerait pas à relever cette touchante mais inacceptable théorie.
Si Jeanne d'Arc n'est pas Lorraine, au sens propre et exact du mot,
continuent cependant les représentants de l'école d'érudition dont les
opinions viennent d'être citées, elle n'est pas davantage Française. Elle
est tout au moins née Barroise, le lieu de sa naissance faisant partie
du territoire compris dans les limites du Barrois Mouvant. En tout cas
elle n'est pas née sur terre de France.
C'est ici que la question se précise et exige un scrupuleux examen.
Les recherches de Vallet de Viriville^, les résultats condensés par
1. Cette opinion est soutenue dans l'étude de M. Chapellier qui a pour titre :
Sous René d'Anjou, Domremy, Greux et Bazoilles étaient du Barrois Mou-
vant, parue dans le Journal de la Société d'archéologie lorraine, 38= année,
février 1889, p. 35-42, et réunie à une autre étude, sous ce titre : Deux actes
inédits du XV' siècle sur Domremy, Nancy, 1889, in-S", 10 p. (Voir ci-dessous,
p. 1G2, n. 3.)
2. Sur ces faits, Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, Intr., p. lxv-lxx,
3. Vallet de Viriville, Nouvelles recherches sur la famille et sur le nom de
Jeanne Darc. Paris, Dumoulin, 1854, in-8% 50 p., et dans Investigateur de mai,
juin, juillet 1854, 3° série, t. IV, année 1854, p. 133-192.
BIBLIOGRAPHIE. ^59
M. Wallon', l'enquête plus récente de Siméon Luce^, ont établi qu'à
ce moment du xv^ siècle, le groupe d'habitations connu sous le nom
global de Domremy se trouvait scindé en deux sections inégales. L'une,
la plus considérable, dépendait alors, par la châtellenie de Gondrecourt,
du Barrois mouvant. L'autre, la moindre, avec tout ou partie du village
de Greux, limitrophe et tout voisin, relevait, par le bailliage de Ghau-
mont-en-Bassigny, du territoire directement français. Le cours d'un
ruisseau, affluent de la Meuse, aurait servi de limite et strié ainsi le vil-
lage entre Ghampagne et Barrois. En tout cas, c'est dans cette seconde
section de Domremy, la section strictement française, que se trouvait
située l'habitation de Jacques d'Arc et d'Isabelle Romée, père et mère
de Jeanne, habitation où la libératrice de la France vint au monde,
comme on le croit, le 6 janvier 1412.
Entre autres arguments, — qui feraient double emploi avec ceux
qu'on se verra obligé d'énumérer tout à l'heure, à l'occasion d'un second
aspect de la question, — il existe un certain nombre de témoignages,
contre lesquels rien ne peut prévaloir, et qui mettent cette thèse
au-dessus de toute discussion. Le texte officiel de l'interrogatoire auquel
Jeanne d'Arc fut soumise à Rouen (n^ 4 des 70 articles de l'interroga-
toire définitif, séance du mercredi 28 mars 14313); — le texte officiel
des lettres d'anoblissement de la famille d'Arc, en date de décembre
1429''*; — le texte officiel de la décharge d'impôts accordée aux habi-
tants de Domremy et de Greux, en date du 31 juillet 1429^, contiennent
tous trois l'indéniable et administrative mention que le lieu natal de la
Pucelle dépendait du bailliage français de Chaumont-en-Bassigny,
et, ajoute l'un d'eux**, d'une des prévôtés de ce bailliage, de la prévôté
d'Andelot. Témoignages prépondérants, que l'ouvrage de M. l'abbé
Georges aurait gagné à distinguer plus nettement des autres, en insis-
tant sur ce fait, dont il paraît négliger la mention, à savoir que ces
trois documents signalent expressément, et non pas seulement par
déduction, le rattachement légal de Domremy, ou tout au moins d'une
de ses sections, au bailliage français de Ghaumont.
Est-il vraiment besoin, devant de tels arguments, d'énumérer les
1. 'Wallon, Jeanne d'Arc, t. I, app. IX.
2. Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, Intr., chap. i et u.
3. Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, 1. 1, p. 208-209 : « ... Nutrita in juven-
tute... in villa de Domprerni super fluvium Mosae, diocesis Tullensis, in bal-
liviatu de Ghaumont-en-Bassigny, et praepositura d'Andelo. »
4. Ibid., t. V, p. 150-153 : « ... de Dompremejo, de ballivia Calvimontis seu
ejus rassortis. »
5. Ibid., t. V, p. 137-139 : « ... des ville et villaige de Greux et Domreray,
oudit bailliaige de Chaumont-en-Bassigny. »
6. Ci-dessus, n. 3.
160 BIBLIOGRAPHIE.
raisons que les partisans lorrains de l'origine barroise ont cru pouvoir
tirer d'un déplacement, encore contestable, paraît-il, du ruisseau-fron-
tière auquel il vient d'être fait allusion?
Le tracé actuel de ce ruisseau, dit des Trois-Fontaines, qui coupe
en effet, aujourd'hui encore, le village de Domremy en deux parties
inégales', pourrait, reconnaissent les érudits lorrains, servir de preuve
aux partisans du rattachement d'une section du village au territoire
français, section dans laquelle, à l'heure qu'il est, et à n'en juger que
d'après la configuration présente du sol, se trouverait distribuée l'habi-
tation natale de Jeanne d'Arc. Mais, se hâtent-ils d'ajouter, le sillon
actuel du cours d'eau n'est tel que depuis le courant du xvnie siècle,
époque où il est avéré que des travaux de route eurent à détourner la
pente naturelle et ancienne des eaux, qui laissait Domremy tout entier
d'un même côté, c'est-à-dire le côté barroi^. Si donc, continuent-ils,
on prend pour base la limite tracée par le cours même du ruisseau des
Trois-Fontaines, avant sa déformation récente, il faut admettre que le
territoire intégral de Domremy se trouvait en terre de Bar.
On vient cependant de voir combien cette modification de direction,
détail complémentaire de la question, importe peu en elle-même,
puisque d'autres éléments d'information plus sûrs, tirés de raisons
administratives, et non plus topographiques, permettent de négliger
son apport dans la discussion. De 1851 à 1857, une polémique assez
serrée s'était engagée, sur ce point comme sur les autres, entre
M. Henri Lepage, archiviste de la Meurthe, et M. Athanase Renard,
ancien député de la Haute-Marne, maire de Bourbonne, partisans, le
premier de l'origine barroise et lorraine, le second de l'origine champe-
noise et française 2, polémique au cours de laquelle un autre érudit, M. Per-
1. Rappelons à ce sujet que tous les plans de Domremy, édités dans les
diverses études consacrées à cette discussion, sont tirés, — sauf ceux donnés
par M. Chapellier dans son Étude sur Domremy, pays de Jeanne d'Arc, et
dans sa seconde Étude sur la véritable nationalité de Jeanne d'Arc, sauf aussi
celui inséré par M. Lepage dans sa troisième Dissertation sur la question :
Jeanne d'Arc est-elle Lorraine? — de l'excellent plan dressé en 1820 par Pros-
per JoIIois, le sagace érudit dont les persévérants eflorls ont conservé au
culte national la maison même de Jeanne d'Arc. {Histoire abrégée de la vie et
des exploits de Jeanne d'Arc. Paris, P. Didol, l'aîné, 1821, in-fol., 202 p., pi. I,
p. 190.) Ce plan a l'extrême mérite de n'avoir été dressé pour les besoins d'au-
cune cause, et c'est toujours à lui qu'il faut se rapporter pour tout ce qui n'est
pas, dans la discussion, levé d'arpentage ou détail cadastral.
2. En voici les phases successives, indiquées d'après une série d'opuscules et
de recueils relativement difficiles à grouper. — Guerrier de Duraast, Philoso-
phie de l'histoire de Lorraine. Nancy, 1850, in-8', 36 p. (Extrait du Congrès
scientifique de France, XVII° session. Nancy, 1850, t. II, p. 275-304). — A. Renard,
Souvenirs du Bassigny champenois. Jeanne d'Arc et Domremi (1851). Paris,
BIBLIOGRAPHIE. ^6^
not, de Vassy, dégageait la formule : Jeanne d'Arc Champenoise et non
pas Lorraine '. Dès cette époque, M. Renard signalait toute l'importance
des constatations administratives ressortant des textes ofQciels contem-
porains et les opposait aux déductions topographiques de son érudit
contradicteur. Argument déjà ancien, mais auquel sa date n'ôte rien
de sa valeur. L'auteur du présent ouvrage, qui fait seulement allusion
à cette polémique, aurait pu utilement le rappeler.
Plus spécieuse serait la thèse qui tend à démontrer qu'à aucune
époque, — question topographique à part, — aucune partie de Dom-
remy n'aurait fait partie du territoire français. Déjà soutenue, subsi-
diairement à la précédente, par M. Henri Lepage, avec une entière et
remarquable connaissance des documents locaux relatifs à la question,
cette théorie a été reprise par M. J.-Gh. Ghapellier, bibliothécaire de la
bibliothèque d'Épinal, dans ses deux notices sur la véritable nationalité
Claye, 1857, in-8°, 24 p. (Extrait des Mémoires de la Société historique et
archéologique de Langres (1851), t. I, 1847-1860, p. 103-177.) Réponse au précé-
dent. — H. Lepage, Jeanne Darc est-elle Lorraine ? (première dissertation).
Nancy, 1852, in-8'', 56 p., avec plan. (Extrait des Mémoires de l'Académie de
Stanislas, année 1852, p. 139-190.) Réponse au précédent. (Voir à ce sujet :
Rapport fait à l'Académie des inscriptions et belles-lettres au nom de la Com-
mission des antiquités de la France, par Berger de Xivrey, dans Mém. de
l'Acad. des inscr., t. XX, p. 244, séance publ. du 25 novembre 1853; lettre par-
ticulière de Quicherat à M. Lepage, en date du 3 novembre 1852, publiée dans
la seconde Dissertation de M. Lepage, p. 53, n. 1; analyse de Vallet de Viri-
ville, dans Atheneum français du 10 juin 1854.) — A. Renard, Jeanine d'Arc
était-elle Française? Réponse au mémoire de M. Henri Lepage intitulé :
« Jeanne Darc est-elle Lorraine? » Langres, L'Huiilier, 1852, in-8°, 34 p. (Voir
à ce sujet : Lettre de M. Lepage, en date du 16 octobre 1852, dans YVnion
de la Haute-Marne du 22 octobre 1852; lettre particulière de Quicherat à
M. Renard, en date du 9 janvier 1853, publiée dans la seconde Réponse de
M. Renard, p. 30, n. 2; analyse de Vallet de Viriville, dans i^Aerieuw français
du 10 juin 1854.) — H. Lepage, Jeanne Darc est-elle Lorraine? (seconde disser-
tation). Nancy, 1855, in-S", 90 p. (Extrait des Mém. de l'Acad. de Stanislas,
année 1854, p. 273-362.) Réponse au précédent. — A. Renard, Jeanne d'Arc
était-elle Française ? Deuxième réponse à M. Henri Lepage. Paris, Claye, 1855,
in-8'' 32 p. — H. Lepage, Un dernier mot sur cette question : Jeanne d'Arc
(sic) est-elle Lorraine? (troisième dissertation). Nancy, 1856, in-S", 16 p. (Extrait
du Journal de la Société d'archéologie lorraine, 5" année, juin 1856, p. 82-95.)
— A. Renard, Jeanne d'Arc était-elle Française ? Troisième et dernière réponse
à M. Henri Lepage. Paris, Claye, 1857, in-S", 29 p.
1. Jeanne d'Arc Champenoise et non pas Lorraine. Orléans, 1852, in-8°,
19 p. (Extrait du Congrès scientifique de France, XVIIP session. Orléans, 1851,
t. II, p. 249-265.) — Vers la même époque paraissait l'étude de M. Mourin :
Jeanne d'Arc est-elle Champenoise ou Lorraine? Reims, 1853, in-8°, 11 p.
(Extrait des Travaux de l'Académie de Reims, t. XVIII (1852-1853), p. 52-62.)
\S9^ U
^fi2 BIBLIOGRAPHIE.
de Jeanne d'Arc, éditées en 1870 ^ et en 1886 2, et, plus récemment
encore, dans la publication intitulée : Deux Actes inédits du XV^ siècle
sur Domremy^, toutes résumées dans sa récente Étude sur Domremy, pays
de Jeanne d'Arc^.
Il peut être parfaitement exact que, dès 1246, on constate que les
seigneurs de Bourlemont, suzerains du lieu, possédaient des terres à
Domremy et à Greux, ainsi que le fait voir un acte cité pour la pre-
mière fois, à ce qu'il semble, par M. Lepage^. — 11 n'en est pas moins
vrai qu'en 1334, les mêmes seigneurs de Bourlemont, tout en retenant
encore certains droits à Greux et à Domremy, ainsi que le fait voir un
acte de 1320^, cité par M. Siméon Luce, faisaient hommage au comte
de Bar, non pas de la totalité, mais bien seulement d'une fraction de Dom-
remy, limitée, sinon par tout le cours du ruisseau déjà cité, au moins
par un repère situé sur ce cours d'eau, repère qu'on retrouvera, identique
et pareil, cent vingt-cinq ans plus tard". Il n'en est pas moins vrai
qu'en 1398, l'aveu et dénombrement rendu par Jean de Bourlemont
au duc de Bar excepte Greux de sa seigneurie, en y conservant néan-
moins toujours certains droits, et que si l'acte énumère un certain
nombre de biens lui appartenant à Domremy, il ne s'ensuit nullement
pour cela qu'il possédât la totalité du village s. Il n'en est pas moins
1. Étude sur la véritable nationalité de Jeanne d'Arc (première élude). Épi-
nal, 1870, in-8°, 15 p. (Extrait des ^uno/es delà Société d'émulation du dépar-
tement des Vosges, t. XIII, 1869, p. 227-238.)
2. Etude sur ta véritable nationalité de Jeanne d'Arc (seconde étude). Nancy,
1886, in-S", 15 p., avec plan. (Extrait An Journal de la Soc. d'arch. lorraine,
34= année, décembre 1885, p. 263-273.)
3. Deux actes inédits du XV" siècle sur Domremy. Nancy, 1889, in-8', 16 p.
(Extraits du Journal de la Soc. d'arch. lorraine, 38" année, janvier-février
1889, p. 6-10 et 35-42, sous ces litres : £/n nouveau document sur le père de
Jeanne d'Arc, et : Sous René d'Anjou, Domremy, Greux et Bazoilles étaient
du Barrois Mouvant.)
4. Étude historique et géographique sur Domremy, pays de Jeanne d'Arc.
Saint-Dié, 1890, p. 325-373, avec plans. (Extrait du Bulletin de la Société phi-
lomathique vosgienne, 15' année, 1889-1890, p. 325-373.)
5. Actes de 1246 et 1248, cités et publiés par M. Chapellier en 1868, dans les
Documents rares ou inédits de l'histoire des Vosges, t. I, année 1868, p. 1-3;
réédités dans sa seconde Étude, dans son Élude sur Domremy, dans Siméon
Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, Supplément aux Preuves, I, p. 281.
6. Acte de 1320, cité par M. Siméon Luce, lac. cit., Intr., p. xxxiv, n, 2.
7. Acte de 1334, cité par M. Henri Lepage, dans sa première et sa seconde
Dissertation, en 1852 et 1855, publié par M. Chapellier en 1868, dans les Doc.
rares ou inédits de l'hist. des Vosges, t. I, année 1868, p. 3-4, et analysé en 1869
dans sa première Étude; réédité dans son Étude sur Domremy, dans Siméon
Luce, loc. cit., Suppl, aux Preuves, II, p. 281-282.
8. Acte de février 1398 (1397, anc. st.), cité, publié et réédité par les mêmes,
BIBLIOGRAPHIE. 463
vrai (en négligeant les textes contemporains du procès dont il a été
parlé^) qu'en 1460, une décision de l'élection de Langres délimitait
minutieusement la section de Domremy directement comprise dans le
royaume de France, ainsi que celle appartenant à la châtellenie de
Gondrecourt et au duché de Bar, et que cette délimitation officielle se
basait sur le même repère que la répartition résultant de l'aveu de 1334,
repère traditionnel qui paraît être demeuré identique et intact 2. Il n'en
est pas moins vrai qu'en 1481, et depuis, sans interruption, à ce qu'il
semble, jusqu'en 1571, le nom de Domremy et celui de Greux figurent
sur les registres de l'élection française de Langres 3. Ces faits établis, il
peut être parfaitement exact qu'en 1730, voire même en 1603, des pro-
cès privés constatent plus ou moins le rattachement de Domremy tout
entier à la Lorraine'*, qu'en 1611 et en 1586, l'enregistrement des actes
passés à Domremy s'opère à Gondrecourt, qu'en 1580 Domremy soit
représenté aux États de Lorraine-'. Tous ces derniers arguments seraient
en effet de date postérieure au concordat de 1571, conclu entre le duc de
Lorraine et le roi de France, acte sur lequel M. Vallet de Viriville, dans
plusieurs de ses études, a particulièrement insisté, en exagérant peut-
être quelque peu son importance en ce qui concerne cette question
délicate^. Encore trouve-t-on Domremy et Greux figurant sur les
registres de l'élection de Langres ou de Chaumont''^, après ce concor-
dat, en 1572, 1576 et 1584 8, et, à cette dernière date encore, classés tous
à la suite du précédent. Cf. Testament de Jean de Bourlemont, en date d'oc-
tobre 1399, cité et publié par M. Siméon Luce, loc. cit., Preuves, XIII, p. 16-21.
1. Interrogatoire, anoblissement et exemption, cités ci-dessus, p. 159, n. 3, 4, 5.
2. Acte de 1460 et 1461, cité et publié par M, Lepage en 1852, dans sa pre-
mière Dissertation; réédité dans Cbapellier, Étude sur Domremy, dans Siméon
Luce, loc. cit., Suppl. aux Preuves, XXXIX, p. 349-354.
3. Actes de 1481 à 1572, cités et publiés par M. Lepage lui-même dans sa
seconde Dissertation.
4. Acte de 1603, cité et publié par M. Lepage, en 1852, dans sa première
Dissertation. — Acte de 1730, cité et publié par M. Cbapellier, en 1889, dans
Sous René d'Anjou, Domremy (voir ci-dessus, p. 162, n. 3). Tous deux analysés
et discutés dans la récente Étude sur Domremy, du même auteur.
5. Actes de 1586 et 1611, cités et publiés par M. Lepage, en 1855, dans sa
seconde Dissertation. — Acte de 1580, cité par M. Lepage en 1852, dans sa
première Dissertation.
6. Principalement dans une Analyse de la première Dissertation de M. Lepage
et de la première Réponse de M. Renard, en 1852, dans Atheneum français du
10 juin 1854 (année 1854, p. 528). Cf. Privilège de Domremy-la-Pucelle, dans
Bulletin de la Société d'Histoire de France, juin 1854 (année 1854, p. 103-112).
7. Les différents auteurs qui ont traité les détails de cette question se sont-
ils suffisamment rendu compte qu'en 1574 une élection avait été établie à
Chaumont?
8. Actes cités et publiés par M. Lepage, dans sa seconde Dissertation.
464 BIBLIOGRAPHIE.
deux dans la prévôté d'Andelot, l'une des prévôtés du bailliage français
de Chaumont-en-Bassigny <. Donc, quoi qu'il en soit, pour la période
antérieure et postérieure au xv" siècle, il n'en est pas moins établi
qu'au temps de la naissance et de la vie de Jeanne d'Arc, Domremy,
ou tout au moins une des sections du village, était regardé comme partie
intégrante du domaine et comme terre de France.
Tel était l'état de la question quand récemment un document fut
produit, auquel les partisans de la cause lorraine se sont peut-être
trop hâtés d'attacher l'importance décisive qu'ils semblent lui réser-
ver. Je veux parler de la main-levée, en date du 12 septembre 1468,
publiée par M. Ghapellier dans sa dernière étude : Deux Actes inédits
du XV^ siècle sur Domremy^. De cette pièce, tirée des archives départe-
mentales de la Meurthe, il résulte qu'à cette date précitée de 1468, les
autorités du bailliage français de Chaumont se voyaient obligées de lever
une saisie indûment pratiquée, sous prétexte de défaut d'hommage,
sur les fiefs de Jean IV, comte de Salm, sis à Domremy et à Greux^.
M. Ghapellier croit pouvoir en déduire que les deux villages tout entiers
« étaient, comme toute la châtellenie de Gondrecourt, du Barrois Mou-
vant. » Gonclusion parfaitement exagérée, l'acte eu question prouvant
tout simplement une fois de plus, — ce que personne ne songe à con-
tester, — que la partie de la seigneurie de Domremy et de Greux,
reconnue de tout temps, et encore en 1460, dans la décision de l'élec-
tion de Langres, comme relevant du Barrois, était classée comme en
dépendant encore en 1468. G'est ce qu'une lettre privée de M. Siméon
Luce, en date du 9 mars 1890, citée par M. l'abbé Georges (p. 524-525),
met très nettement en lumière. G'est ce que vient confirmer un autre
élément de discussion assez décisif, à ce qu'il semble, et qu'on pourrait
s'étonner de ne voir invoqué nulle part, à savoir la remarque suivante.
La section de Domremy signalée dans la décision de 14G0 comme rele-
vant seule du Barrois et celle indiquée dans la main-levée do 1468
comme dépendant également du duché de Bar sont exactement iden-
tiques. Dans l'un et l'autre acte, cette section est définie comme appar-
tenant au comte de Salm, Jean IV, héritier direct des Bourlemont,
anciens possesseurs, comme on l'a vu, de cotte fraction du village ■*.
Tous les arguments tirés de la décision de 1460, pour ne parler que de
1. Tous ces actes de 1571 à 1603 ont élé l'objet d'une discussion approfondie
de la part de M. Wallon, Jeanne d'Arc, t. I, Appendice IX.
2. Sous René d'Anjou, Domremy, Greux et Bazoilles, dans Deux actes
inédits (voir ci-dessus, p. 162, n. 3).
3. « Mainlevée de la saisie des liefs de Greux et Doinpremy, > en date du
\1 septembre 1468, Pièce justificative; Deux actes inédits, p. 12-15. Texte
analysé de nouveau dans Étude sur Domremy.
4. Sur l'identification de ce personnage, Siméon Luce, loc. cit., Suppl. aux
Preuves, XXXI.X, p. 350, n. 2.
BIBLIOGRAPHIE. ^65
cette pièce, où la scission des territoires est si curieusement spécifiée,
ne perdent donc rien de leur valeur et subsistent dans toute leur force.
Comme corollaires à ce document, M. Chapellier, au cours de la
même étude, citait particulièrement deux autres textes, l'un de 1500,
où le village de Greux est dit « ou duchié de Bar, » l'autre de 1616,
d'où il ressort que « la maison de Jeanne la Puceile » est bien située
sur le territoire de Domremy et non sur celui de Greux ^. La première
de ces deux assertions ne semble pas du tout constituer un argument
sans réplique, ces sortes de dénominations territoriales étant souvent,
par essence, aussi vagues que contradictoires, et Greux pouvant par-
faitement, alors comme à d'autres époques, constituer un village
mi-partie. Puis, si l'on veut bien se rapporter au texte même, et non
pas seulement au fragment cité de la pièce, on voit que cet acte repré-
sente une requête adressée au roi de France à l'effet d'obtenir confir-
mation de l'exemption d'impôts concédée en 1429. Considérations qui
rendent assez illusoire le passage mvoqué par l'érudit lorrain. Quant à
la seconde affirmation, à savoir que la maison de Jeanne d'Arc était
située sur Domremy même, elle n'a jamais été révoquée en doute par
qui que ce soit d'autorisé. Elle vient simplement confirmer ce que
Jeanne d'Arc disait d'elle-même à un juge de France, à savoir « qu'elle
était née à Domremy, village qui ne fait qu'un avec Greux » (interro-
gatoire préalable, séance du mercredi 21 février 1431)2. Ce dernier docu-
ment produit par M. Chapellier, tout comme le précédent, et celui
qu'ils accompagnent, doit donc être regardé comme absolument insuffi-
sant à fournir un argument quelconque en faveur de la thèse en soutien
de laquelle ils sont spécialement avancés. Tous trois sont intéressants
sans doute, mais sans portée départageante, et aucune des raisons énu-
mérées en appui de l'origine purement française de la Puceile ne peut
s'en trouver atteinte ou atténuée 3.
Le seul point sur lequel la récente découverte d'un document vai-
nement recherché jusqu'alors ait pu modifier les conclusions proposées
depuis les recherches de M. Siméon Luce-*, est le suivant. A l'heure
1. Deux actes inédits, p. U et 16. Textes cités de nouveau dans Étude sur
Domremy. Le premier de ces actes, celui de 1500, a été, en réalité, produit
pour la première fois, discuté et publié par M. Lepage, dès 1855, dans sa
seconde Dissertation.
2. Quicherat, Procès, t. I, p. 46 : «... nata est in villa de Dompremi, qua
est eadem cum villa de Grus... »
3. C'était sur la France que « s'orientait » Domremy et la région avoisinante,
selon l'heureuse expression de M. Ludovic Drapeyron, dont M. l'abbé Georges
cite plusieurs lettres privées, de 1885 à 1888 (p. 526-529), et qui a consacré à
celte question une intéressante étude technique. {Une application de la géogra-
phie à l'étude de l'histoire, dans Revue de géographie, t. XV, nov. 1884, p. 321-
332, et t. XIX, nov. 1886, p. 321-343.)
4. Jeanne d'Arc à Domremy, Introd., ch, i.
466 BIBLIOGRAPHIE.
qu'il est, on ne saurait plus à quelle époque précise le lieu natal de
Jeanne d'Arc, c'est-à-dire la section nord de Domremy et tout ou partie
du village de Greux, serait devenue partie intégrante du domaine royal
français. On aurait pu croire que ce territoire avait été compris dans
l'échange de la seigneurie de Vaucouleurs, faite par Jean de Joinville,
seigneur dudit lieu, à Philippe VI de Yalois, en 1335, acquisition
déclarée indissolublement unie à la cour par une ordonnance de 1365^.
Un curieux texte, tout dernièrement signalé aux archives municipales
de Vaucouleurs même, — intercalé dans une série de pièces de pro-
cédure en date de 1620 et de 1702, — par M. Ghévelle, maire de Vau-
couleurs, fait voir que cette assertion ne serait plus exacte 2. Ce docu-
ment n'est autre que le procès-verbal même de prise de possession du
territoire ainsi cédé par Jean de Joinville au roi de France, procès-
verbal dressé en 1341, peu après la cession, pièce dont M. Siméon Luce
regrettait profondément et loyalement de n'avoir pu retrouver trace^. Or,
ce procès-verbal ^, qui contient l'éaumération des villages composant
ladite seigneurie, ne porte pas trace de Domremy ni de Greux ^
Onignoreraitdonc, — jusqu'à découverte d'un texte ou d'un fait plus
explicatif, — quand et par suite de quelles circonstances une partie du
territoire de Domremy, ainsi que Greux, aurait pu passer au domaine
français ^.
1. Ibid., id., p. xx-xxm, et Preuves, VI, p. 7-9.
2. C. Chévelle, Estât et compte de l'eschange faict entre le roy Philippe et
viessire Jean de Joinville, seigneur de Vaucouleurs, 1341. Bar-le-Duc, Con-
tdiU-Laguerre, 1891, in-8°, 24 p. (Extrait de l'Annuaire du département de la
Meuse, année 1891, 3"^ partie, p. 1 à 22.) Texte analysé dès 1890, dans son Étude
sur Domremy, par M. Chapellier, qui en avait reçu communication en 1887.
3. Jeanne d'Arc à Domremy, Preuves, VI, p. 8, n. 3. — Depuis, M. Siméon
Luce a pu analyser cet acte intéressant dans une dernière étude : Jeanne
d'Arc, son lieu natal et ses premières années, d'après des découvertes récentes.
{La France pendant la gueire de Cent ans, première série, p. 261-291. Extrait
du Correspondant du 25 juillet 1889.)
4. L'acte d'échange, en date du 15 août 1335, a été publié par M. Siméon
Luce {Jeanne d'Arc à Domremy, Preuves, VI, p. 7-9). — Le procès-verbal de
prisée des biens cédés par Philippe VI (ville de Méry-sur-Seine), paraissant daté
du 4 octobre 1337, cité par Siméon Luce {loc. cit., p. 8, n. 3), a été vu en 1886
à Paris, à la librairie Techener, par M. Chapellier {Étude sur Domremy, p. 13-
14). — Le procès-verbal de prisée des biens cédés par Jean de Joinville (châ-
tellenie de Vaucouleurs), en exécution de lettres du 10 juin 1341, est le docu-
ment publié par M. Chévelle.
5. Voir la teneur de l'acte précité.
6. Il convient de rappeler ici que le sentiment public de la majeure partie
des habitanls de Domremy est favorable au rattachement entier du village à la
Lorraine au temps de Jeanne d'Arc. C'est ce qu'établit une note de M. l'abbé
Durand, curé de Domremy, en date du 19 mai 1850, publiée par M. Lepage
BIBLIOGRAPHIE. 467
N'est-il pas beaucoup plus simple, plus logique, plus satisfaisant d'ad-
mettre une autre thèse, dont la vérité saute aux yeux cependant, à savoir
que la section nord de Domremy et le village de Greux, en tout ou en
partie, se rattachent tout naturellement aux mêmes circonscriptions que
celles dont ces territoires dépendaient au temps de Jeanne d'Arc, c'est-
à-dire, dans le bailliage de Chaumont, à la prévôté d'Andelot? Ces ter-
roirs ne figurent pas dans la prévôté de Vaucouleurs en 1335, parce
qu'ils ne lui ont jamais appartenu, dépendants qu'ils étaient en réaUté
d'un autre ressort. Par conséquent, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'on
ne les voie pas réunis au royaume en 1335 ou 1341, puisqu a cette date
ils l'étaient depuis longtemps, ayant suivi le sort des cantons rattachés
à la Champagne, et incorporés au sol français avec cette province, à la
fin du xni« siècle. Ils n'ont pas eu à entrer dans le domaine, parce qu'ils
en faisaient déjà partie, et n'en avaient pas été distraits '.
Voilà, semble-t-il, l'erreur où M. l'abbé Georges, à la suite, il est
vrai, de l'auteur de Jeanne d'Arc à Domretmj'^, s'est laissé entraîner, en
suivant une piste fausse et sans considérer suffisamment la valeur intrin-
sèque des actes contemporains du procès.
Le fait que, sans distinction inutile de période, des sections au moins
de Domremy et de Greux comptaient comme terre de France, subsiste
donc avec toutes les mêmes preuves que précédemment. Les actes con-
temporains et officiels, déjà cités, un peu oubliés peut-être par tous, au
fort de cette mêlée de textes secondaires, mais auxquels on serait par-
faitement en droit de limiter exclusivement la discussion, n'en perdent
pour cela rien de leur force et n'en pèsent pas moins dans le débat de
tout leur poids décisif 3.
Cette dernière partie de l'ouvrage de M. l'abbé Georges contient en
somme, sur cette question irritante, un exposé confus et inégal, mais
alimenté d'arguments meilleurs que l'auteur ne le croit peut-être lui-
même. M, l'abbé Georges est au courant du dossier du débat, il n'en
dans sa troisième Dissertation, ainsi qu'une seconde plus récente, en date de
1886, due à M. Huniblot, instituteur de Domremy, et signée de M. l'abbé Bour-
gaut, curé de Domremy, note publiée par M, Chapellier dans sa seconde Étude
et dans son Élude à Domremy.
1. C'est ce que, au cours de l'impression de cette analyse, a démontré avec
beaucoup de force M. l'abbé Misset dans une toute récente et solide étude dont
indication est donnée ci-après [Jeanne d'Arc Champenoise, ch. ii, p. 19-20).
2. Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, Introduction, ch. i, p. xx-xxiii,
et Preuves, vi, p. 7-9. Cette hypothèse erronée avait été proposée par M. Per-
not, en 1851, dans son étude : Jeanne d'Arc Champenoise et non pas Lorraine,
p. 9-10. Elle avait déjà été émise par M. de Montrol dans son Résumé de l'his-
toire de la Champagne (Paris, 1826, in-18, 452 p.), p. 280-281. Cette filiation
peut être curieuse à signaler.
3. Interrogatoire, anoblissement et exemption, cités ci-dessus, p. 159, n. 3, 4, 5.
J68 BIBLIOGRAPHIE.
tire pas tout le parti possible, et, en fait de dissertations sur la matière
non visées dans ce chapitre, on ne voit guère que les études simulta-
nées de M. l'abbé Nalot^ et de M. Léon Mougenot^. On ne peut encore
que signaler ici le mémoire que M. l'abbé Misset vient de consacrer au
même sujet, et dont la nette, incisive et lucide polémique provoque à
l'heure qu'il est un retentissement justifié 3.
Mais pourquoi l'auteur n'a-t-il pas cru devoir assurer à ce chapitre,
presque le plus important du volume, une composition mieux ordonnée
et une critique plus ferme ? Ce parti est profondément regrettable. L'ab-
sence absolue de toute référence, de toute indication de source, de toute
note même, ôte à cette discussion, cependant érudite, comme aussi à tout
l'ouvrage, une très grande part de l'importance et de la valeur propre
qu'elle mériterait certainement sous une autre méthode. Ce n'est pas sans
peine, en effet, que les arguments mis en œuvre au cours de ce cha-
pitre, — exacts et vrais sans doute, mais confusément produits, — ont
pu être ainsi dégagés et classés, augmentés peut-être, dans l'ordre où
ils viennent d'être présentés. Il n'en subsiste pas moins, pour parler de
l'ensemble de cette patiente étude, que, malgré d'insoutenables généra-
lisations et d'évidents défauts de proportion, l'œuvre témoigne d'un réel
effort et d'une connaissance indéniable de tous les points du sujet traité.
Germain Lefèvre-Pontalis.
Perindik. Une Bretonne compagne de Jeanne d'Arc. Étude histo-
rique, par M. W. Pascal-Estienne, avec préface de Lionel Bonne-
mère. 2* édition, revue, corrigée et augmentée. Paris, Chamuel,
1893. In-^e, ix-^IGS pages.
Il n'y a pas à le nier, il existe une « question » de Perrinaïc, ou plus
véridiquement de Pierronne de Bretagne, autour de laquelle, depuis
quelque temps, se dépense beaucoup de zèle et contre qui s'exerce
une polémique excessive peut-être, aux yeux des spectateurs impar-
tiaux du débat.
Les initiés savent, mais il n'est peut-être pas inutile de rappeler,
si brièvement que ce soit, qu'il s'agit d'une femme de Bretagne,
du nom constaté de « Pierrone-» », dont les textes signalent la pré-
1. Abbé Nalot, chanoine honoraire de Reiras, Recherches sur la nationalité
de Jeanne d'Arc. Montreuil-sur-Mer, iraprimerie Notre-Dame-des-Prés, 1894,
in-lG, 58 p.
2. Léon Mougenot, Jeanne d'Arc, le duc de Lorraine et le sire de Baudri-
court. Nancy, Berger-Levrault, 1895, in-8°, 153 p.
3. Abbé E. Misset, Jeanne d'Arc Champenoise. Étude critique sur la véri-
table nationalité de la Pucelle. Taris, Champion; Orléans, Herluison, 1895,
iu-8% 86 p.
4. Journal d'un Bourgeois de Paris (voir note suivante). La forme « Péri-
BIBLIOGRAPHIE. ^ 69
sence et les dévotions religieuses à Jargeau, auprès de Jeanne d'Arc,
en compagnie du célèbre frère Richard, le 25 décembre 1429, trois
mois après la fin de la campagne du Sacre, puis mentionnent la capture
à Corbeil, par le gouvernement anglo-bourguignon, au moment même où
la Pucelle reparaissait aux environs de la capitale, vers les derniers
jours de mars ouïe début d'avril 1430, enfin relatent le procès, le témoi-
gnage en faveur de Jeanne d'Arc prisonnière, la condamnation au
bûcher et l'exécution à Paris, le 3 septembre suivante Une œuvre
récente, où M. N. Quellien, en compatriote et en héritier de Brizeux^,
entreprenait, sans nulle prétention érudite, de restaurer le souvenir
oublié de l'humble Bretonne^, avait ouvert à ce sujet, en 1892-', une
discussion continuée depuis^, et dont les diverses et multiples manifes-
tations échappent de plus en plus au domaine de la critique. L'étude
qui donne lieu à cette présente analyse exige cependant, par son appa-
rence au moins, un examen et une vérification sommaires.
naïk » paraît avoir été créée par M. de la Villemarqué {Mijrdhinn ou l'enchan-
teur Merlin, livre III, ch. ii. Paris, 1862, in-8% xi-435 p., p. 324).
1. Journal d'un Bourgeois de Paris, 1431, 4 juillet. (Éd. Tuetey, p. 270-272 :
fragment dans Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, t. IV, p. 473-474.) — Jean
Nider, Formicarium, livre V, ch. viii. (Éd. de 1516, Strasbourg, in-4°, 90 fol.,
fol. 82, col. 1 : fragment dans Quicherat, Procès, t. IV, p. 502-504.) — Jour-
nal d'un Bourgeois de Paris, 1430, 3 septembre. (Éd. Tuetey, p. 259-260 :
fragment dans Quicherat, Procès, t. IV, p. 467.)
2. N. Quellien, Chansons et danses des Bretons. Paris, J. Maisonneuve et
Ch. Leclerc, 1889, in-8% iii-300 p. (Cf. compte-rendu par Jean Kaulek, Bibl. de
l'École des chartes, t. L, 4°-5» livr., juillet-octobre 1889, p. 463-464.)
3. N. Quellien, Perrinalc. Une compagne de Jeanne d'Arc. Paris, Fischba-
cher, 1891, in-8% 43 p.
4. En rendant compte de cette œuvre, d'un caractère uniquement littéraire
{Bibl. de l'École des chartes, t. LUI, l"-2'' livr., janvier-avril 1892, p. 162-164),
j'avais signalé et éclairé l'un par l'autre, pour la première fois à ce qu'il semble,
ces textes indiscutables, connus d'ailleurs depuis longtemps. Compte-rendu sur
la nature duquel, soit dit en passant, l'auteur de la présente étude (p. 91, n. 4,
et p. 157) paraît avoir aventuré une complète méprise, en considérant et en
critiquant comme opinion de fond une simple inexactitude d'analyse, commise
au sujet de l'endroit précis du supplice de Pierronne à Paris. Cette imputation
s'étant trouvée répétée depuis, sans plus ample contrôle, dans diverses publica-
tions qu'il serait trop long de citer, et risquant de continuer à l'être, il a
paru nécessaire de remettre les choses au point.
5. J. Trevedy, le Roman de Perrinalc. Vannes, Lafolye, 1894, in-8% 48 p.
(Extrait de la Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, de janvier, février,
avril 1894.) — E. Jordan, Perrinalc, dans Annales de Bretagne, d'avril 1894
(p. 424-428). — Arthur de la Borderie, Une prétendue compagne de Jeanne
d'Arc, dans le Correspondant du 10 juin 1894 (p. 898-912). — L'étude de
M. Trevedy contient une bibliographie assez complète des articles ou opus-
cules consacrés à la question jusqu'en mai 1894.
^70 BIBLIOGRAPHIE.
On ne voit malheureusement pas le droit que l'auteur peut invoquer
à prendre la parole en un pareil débat, ni l'appoint utile que ce travail
doit ajouter aux indiscutables mais trop courtes notions que l'histoire
possède sur le personnage énigmatique de Pierronne de Bretagne.
Cette étude, qui se présente, non pas comme œuvre d'imagination,
dont l'appréciation intrinsèque cesserait de relever du domaine de
l'érudition, mais bien comme démonstration historique appuyée de
références et de preuves, offre en effet le tort fondamental de citer et de
présenter, comme événements vérifiés, des images et des fictions tirées
de l'œuvre déUcale à laquelle il vient d'être fait allusion, et dont le poète
même qui les créa prenait soin de laisser voir l'origine et la portée.
C'est ainsi qu'entre autres, tout le récit de la vie de Pierronne, jusqu'à
la constatation de sa présence à Jargeau, le jour de Noël de l'an l'iîQ
(chap II, p. 31-40), récit qui pourrait faire croire à quelques documents
nouveaux récemment acquis à la critique, ne repose à proprement par-
ler sur rien. Il en est absolument de même de tout ce qui est dit au
sujet de la statue de la forêt de Coat-an-Nos en Bretagne*, soi-disant
consacrée au souvenir de Pierronne (chap. vni, p. 151-154). Une gra-
cieuse et manifeste rêverie littéraire ne peut autoriser un historien à
affirmer, surtout en termes d'une précision vraiment abusive, l'exis-
tence d'un monument d'une aussi imaginaire et déroutante icono-
graphie 2.
Également invraisemblable est l'interprétation, toute personnelle
d'ailleurs, décernée à deux témoignages archéologiques sur la signifi-
cation desquels s'étend un commentaire par trop hasardé. — On
connaît le portail du transept méridional de Notre-Dame de Paris, qui
regarde la Seine, édifié en 1257 par l'architecte Jean de Ghelles (pour-
quoi l'appeler Jean de Sceaux, p. 133, n. 2?), ainsi que l'établit l'ins-
cription célèbre gravée sur le soubassement. Or, dans les sculptures
des quatre médaillons du côté gauche, dont l'identification exacte, il
faut le reconnaître, peut prêter à diverses conjectures, l'auteur veut net-
tement distinguer quatre scènes se rapportant au supplice historique et
à la réhabilitation gratuitement supposée de Pierronne (chap. vi,
p. 129-142). Le portail où sont tracées ces sculptures, sans aucune
hypothèse possible de raccord ou d'incrustation postérieure, datant de
1257, on peut estimer que toute discussion, même élémentaire, sur ce
point, cesserait de demeurer sérieuse^. — Il en est de môme pour la
1. Coat-an-Nos, Côtes-du-Nord, comm. et cant. de Belle-Isle-en-Terre, arr. de
Guingamp.
2. Celte fiction a été, depuis, encore sérieusement soutenue par M. Lionel
Bonncmère {Perinalk, dans VOuest arlis/ique et littéraire du 15 juin 1893).
3. Celte méprise avait été, en mt^me temps, spontanément adoptée par
M'" Pauline de Grandpré {Perrinalc, dans ['Univers du 26 avril 1893), et a été
encore défendue par M. Lionel Bonnemère {loc. cit.).
.f
BIBLIOGRAPHIE. iTi
médaille en plomb, attribuée jusqu'ici, avec une autre, malgré certaines
hésitations, au souvenir de Jeanne d'Arc ^, et dont cette nouvelle théo-
rie veut transporter l'assignation à Pierronne (chap. vn, p. 145-150).
On ne voit à cela aucune espèce de raison : aussi bien l'auteur n'en
fournit-il pour ainsi dire pas. Les arguments par lesquels on serait en
droit de combattre l'attribution de ce témoignage à la Pucelle peuvent
parfaitement subsister, sans pour cela constituer des raisons à l'appui
de cette thèse aventurée, une longue chevelure et une robe mi-ouverte
(p. 150) ne suffisant pas, à ce qu'il semble, pour caractériser Pierronne
de Bretagne et la différencier de toute autre représentation féminine
quelconque.
Cette nouvelle paraphrase n'apporte donc aucun élément dont la cri-
tique ait à tenir compte. Elle risquerait seulement de prêter des raisons,
sérieuses cette fois, opposables au touchant mouvement qui se mani-
feste pour tirer de l'oubli la fidèle et vaillante associée de la grande libé-
ratrice de la France 2, dont le rang est marqué dans la liste des héros
ignorés de la reconquête nationale. A la suite de pareilles exagérations,
concluant du particulier au général, n'a-t-on pas presqu'avancé,
sinon assuré, que Pierronne de Bretagne n'avait jamais existé! Sou-
haitons cependant, pour l'intégrité de son renom, que le zèle d'apolo-
gistes historiques mieux intentionnés qu'informés ne vienne pas four-
nir d'arguments ni d'armes équivoques contre le souvenir ému auquel
sa mémoire a droit.
Germain Lefèvre-Pontalis.
Les juges de Jeanne d'Arc à Poitiers. Membres du Parlement ou gens
rf'^'g'^we.!' par Octave Raguenet de SAIIVT-ALBI:^I. Orléans, Herluison,
-1894. In-8°, 46 pages. (Extrait des Mémoires de V Académie de
Sainte-Croix.)
A l'occasion d'un détail scénique de la représentation du Nouveau
Mystère du siège d'Orléans, dû à la poétique initiative de M. Emile Eude,
architecte du monument projeté de Vaucouleurs, et représenté à Orléans
le 6 mai dernier, M. Raguenet de Saint-Albin s'est trouvé amené à
rechercher quelle avait été la composition exacte de la commission d'en-
quête instituée à Poitiers, au sujet de Jeanne d'Arc, en mars 1429,
à la suite de ses premiers entretiens avec Charles VII, comme chacun
sait. A ce propos, l'auteur rassemble et présente nombre de preuves
1. Résumé de la discussion dans Vallet de Vlriville, Notes sur deux
médailles de plomb relatives à Jeanne d'Arc. Paris, 1861, in-8°, 30 p. (Extrait
de la Revue archéologique, avril et mai 1861, nouv. série, t. III, p. 380-392
et 425-438.)
2. Voir ce qu'en dit, sur ce point, Vallet de Vlriville, Procès de Jeanne
Darc, p. LXiv-Lxv.
472 BIBLIOGRAPHIE.
destinées à mettre hors de doute que ce tribunal extraordinaire offrait
un caractère exclusivement religieux, sans intervention officielle du
Parlement, et que la sentence prononcée par ces juges eut par suite un
caractère purement théologique.
Cette démonstration a-t-elle bien besoin de se produire sous une
forme aussi consciencieuse? En efiet, il ne paraît pas que cette opinion
ait jamais été combattue par qui que ce soit d'autorisé, et les historiens
de Jeanne d'Arc ou de son époque n'ont jamais prétendu autre chose.
Quicherat (t. V, p. 471-473), Vallet de Viriville (t. II, p. 61-62), M. de
Beaucourt (t. II, p. 210-211), M. Wallon (liv. II, 1), M. Marius Sepet
(liv. I, 3), M. Ledain, qui a consacré de récentes études au séjour de
Jeanne d'Arc à Poitiers ^, concordent tous sur ce point. Pour clore le
débat, si même il y avait lieu de l'engager sur ce point, l'auteur aurait
pu se contenter d'invoquer d'aussi unanimes et aussi décisives inter-
prétations.
C'est à un passage de la lettre bien connue adressée par Perceval de
Boulainvilliers au duc de Milan, en date du 21 juin 1429, qu'il faut
attribuer, prouve M. Raguenet de Saint-Albin (vi, p. 26-36), la tradi-
tion erronée et persistante recueillie par Antoine Astesan, puis par le
Mistère du siège d'Orléans, et d'après laquelle la direction des interroga-
toires de Poitiers aurait été réservée au seul Parlement. Mais, si cette
thèse a recruté quelques adeptes dans ce que l'auteur appelle la « litté-
rature johannique » (p. 22 et 38), elle n'a jamais effleuré qui que ce soit
de sérieusement informé de l'histoire et de la vie de la libératrice de la
France.
On aurait toutefois mauvaise grâce à critiquer outre mesure sur cette
question préjudicielle l'auteur de ce simple opuscule, qui a seulement
manifesté l'intention, dit-il lui-même (p. 46), sans prétention à la nou-
veauté, de réfuter une erreur qui pourrait se multiplier dans certains
milieux de vulgarisation sans contrôle, au grand dommage de la réalité
historique.
Germain Lefèvre-Pontalis.
Archives de V Hôtel-Dieu de Paris (1 i 57-4 300) , publiées par Léon
BiiiÈLE, diVQC Notice, appendice et table par Ernest Goïecqce. Paris,
Imprimerie nationale, 4 894. In-4°, lxi-633 pages.
Le titre sous lequel l'ancien archiviste de l'Assistance publique avait
entrepris ce recueil, il y a plus de quinze ans, ne nous semble pas très
1. Bélisaire Ledain, Jeanne d'Arc à Poitiers. Saint-Maixent, 1891, in-8°,
15 p. (Extrait de la Revue poitevine et saiufongeaise, l. VIII, mars 1891,
p. G6-67.) — Examen d'une brochure de M. l'abbc Denizeau, intitulée : Jeanne
d'Arc à Poitiers, dans Revue poitevine et saintongeaise, t. VIII, mai 1891,
p. 149-154.
BIBLIOGRAPHIE. ^3
bien choisi; celui de Cartulaire général aurait, à notre avis, plus claire-
ment indiqué la nature de l'ouvrage. Léon Brièle avait imprimé déjà
tous les textes qu'il comptait faire entrer dans sa publication, quand
M. Goyecque lui fut adjoint pour en dresser la table.
Ayant consacré à l'Hôtel-Dieu une savante étude, ce dernier était
mieux à même que personne de donner à l'œuvre commencée le com-
plément et les perfectionnements qu'elle demandait. Les testes n'avaient
pas toujours été établis par L. Brièle avec un soin suffisant, les identi-
fications contenues dans les analyses placées en tête de chaque pièce
laissaient quelquefois à désirer.
Pour remédier à ces imperfections, M. Goyecque dut dresser une table
détaillée des actes contenus dans les trois cartulaires de l'Hôtel-Dieu,
avec l'indication précise de la personne dont ils émanaient et de la date
à laquelle ils appartenaient. Puis, au moyen de la table, il rectifia les
lectures et les identifications défectueuses. Le choix des documents
publiés avait été fait d'une façon assez arbitraire, et les actes non datés
avaient été systématiquement écartés. Un supplément était donc utile;
M. Goyecque l'a dressé et y a fait figurer, en analyse ou in extenso,
toutes les pièces relatives à l'Hôtel-Dieu qu'il a pu rencontrer dans les
archives de l'Assistance publique ou dans les autres dépôts. Grâce à ces
additions, on trouve dans ce volume l'ensemble complet des chartes qui
concernent l'Hôtel-Dieu de Paris avant le xiV siècle, et les rectifications
apportées, soit par les tableaux placés en tête de l'ouvrage, soit par l'in-
dex final, donnent à la publication des textes le degré d'exactitude dési-
rable. Mais l'emploi de ces textes est forcément rendu un peu compli-
qué, puisqu'on est obligé de se reporter aux tableaux préliminaires ou
à l'index pour être sur d'avoir la bonne leçon.
Gomme le fait remarquer M. Goyecque, les documents que renferment
les Archives de l'Hôtel-Dieu ne sont pas les plus précieux qui existent
pour l'étude de l'organisation intérieure de l'établissement. Ge n'est pas
en effet dans les cartulaires qu'on a chance habituellement de rencon-
trer des renseignements de cette nature. Les titres de propriété dominent
ici comme dans les autres recueils du même genre, et c'est surtout la
topographie ou l'histoire des biens et des personnes qui peuvent en
profiter.
Nous ne saurions entreprendre de faire ressortir toutes les pièces inté-
ressantes qu'on trouvera dans ce livre. Nous devons nous contenter de
signaler au hasard quelques-unes de celles qui nous ont frappé. Le n" 213,
par exemple, reproduit une charte datée de 1226, où Bouchard de Marly
énumère différents établissements hospitaliers des diocèses de Paris et
de Ghartres. Sous le n" 14 se lit un accord passé devant le roi Louis VH,
en 1179, pour mettre fin à un procès assez curieux : Simon de Vert
ayant légué à l'Hôtel-Dieu une grande partie de ses biens, son gendre,
Garin, attaqua cette libéralité, « eam asserens immoderatam nec rationi
-174 BIBLIOGRAPHIE.
vel consuetudini terre consentaneam ; » la cause fut portée devant le
roi et les parties en vinrent à une transaction en vertu de laquelle
Garin n'aurait à livrer qu'une rente de deux muids de blé et de deux
muids d'avoine. Parmi les documents intéressants pour l'histoire hos-
pitalière, on peut citer une charte de 1261 (n° 694), où il est parlé de
l'autel Saint-Pierre et Saint-Paul, élevé dans la grande salle de l'Hôtel-
Dieu, selon l'usage de l'époque; la donation de Tiphaine La Coramine,
qui fournit d'utiles renseignements sur les salles de l'hôpital et sur
divers points de son régime intérieur (1294, n» 862); enfin la donation
faite par Gaucher de Châtillon en 1204 (n» 76). Ce bienfaiteur recom-
mande que chaque année 20 sous soient prélevés sur les revenus des
biens dont il a enrichi l'Hôtel-Dieu, pour donner aux malades, le jour
de son anniversaire, « les aliments dont ils auront envie, pourvu qu'on
puisse se les procurer ; » il emploie ainsi une formule qu'on retrouve
dans la plupart des règles d'hôpitaux, à l'article de la nourriture des
pauvres.
Léon Le Grand.
Chartes de Durbon, quatrième monastère de l'ordre des Chartreux^
diocèse de Gap, publiées sous les auspices de la Société d'Études
des Hautes-Alpes, par l'abbé Paul Gdilladme, archiviste des
Haute3-x\Ipe3. Paris, Picard, -1893. In-8% xxx-904 pages.
Le monastère de Durbon, quatrième maison de l'ordre des Chartreux,
fut fondé en 1116, par un disciple de saint Bruno, au fond d'un vallon
solitaire, actuellement situé sur le territoire de la commune de Sainl-
Julicn-cn-Bcauchaine. Son histoire a été racontée par Gharronnet', ancien
archiviste des Ilautes-Alpes, et M. l'abbé Guillaume nous promet de la
refaire prochainement. En attendant, il nous donne en un fort volume
de près de 1000 pages, élégamment imprimé par les presses cartusiennes
de Notre-Dame-des-Prés, la collection des chartes de ce monastère de
l'année 1116 à 1452, comprenant 774 pièces, dont 524 empruntées aux
Archives des Hautes- Alpes et 250 extraites du Cartulaire de Durbon,
manuscrit du xiii" siècle, qui a été décrit par M. Roman dans les Notices
et documents publiés par la Société de Vhistoire de France pour le cin-
quantième anniversaire de sa fondation'^.
Pour des raisons que devineront tous ceux qui ont lu le factum inti-
tulé Supplément aux chartes de Durbon, M. l'abbé Guillaume n'a pu
obtenir communication de ce manuscrit, qui appartient à un parent
de l'auteur de ce factum; mais il en avait heureusement à sa disposi-
1. Charronnet, Monastères de Durbon et de Berthaud {diocèse de Gap). Gre-
noble, Alph. Merle, s. d., io-S» de 90 p.
2. Paris, 1884, p. 101 et suiv.
BIBLIOGBAPHIE. Mh
tion deux excellentes copies dressées par MM. Gharronnet et Laudy,
anciens élèves de l'École des chartes, lesquelles étaient déposées aux
Archives des Hautes-Alpes et aux Archives des Bouches-du-Rhône.
C'est à laide de ces copies et des chartes originales conservées dans le
dépôt dont il a la garde que M. l'abhé Guillaume a pu mener à bonne
fin sa laborieuse et méritoire entreprise.
L'intérêt des chartes de Durbon a déjà été signalé par M. Laudy,
archiviste des Hautes-Alpes, dans un rapport présenté en août 1873
au Conseil général de ce département.
Comme dans tous les cartulaires, on y trouve de précieux renseigne-
ments sur la condition des personnes et des terres dans les montagnes
du Dauphiné du xn« au xv^ siècle; sur les institutions religieuses, féo-
dales, judiciaires et communales; sur l'agriculture, les poids et mesures,
les usages locaux. Les noms que révèlent ces chartes, les faits qu'elles
relatent fixent d'une manière plus sûre les listes chronologiques des
évêques de Gap et des comtes de Die et éclairent l'histoire des relations
du Gapençois avec la Provence et le Dauphiné. Bien que presque toutes
soient rédigées en latin, leur texte est émaillé de mots en langue vul-
gaire que les philologues ne recueilleront pas sans profit.
A la suite de son introduction, M. Guillaume a placé la liste des
prieurs et des procureurs de Durbon, et il a complété utilement sa publi-
cation par un tableau chronologique des chartes de Durbon, dont les
originaux ou les copies n'existent pas aux Archives des Hautes-Alpes
et qui probablement sont perdus, dressé d'après un inventaire général
des archives de Durbon, rédigé en 1694, et d'autres sources. Enfin une
copieuse table alphabétique rend facile et prompte la consultation de ce
beau volume, qui fait grand honneur à la laborieuse érudition de l'ar-
chiviste des Hautes-Alpes, aujourd'hui placé au premier rang des his-
toriens dauphinois.
A. Prudhomme.
Études sur la ville de Thiers (Auvergne)^ par Hubert Jacqueton.
Première partie : la Communauté des habitants (•^272-^789).
Paris, Alphonse Picard et fils, \ 894. In-8°, xv-436 pages. 7 fr. 50.
Des recherches sur la coutellerie thiernoise ont amené M. Hubert
Jacqueton à des Études sur la ville de Thiers, dont nous avons sous les
yeux les premiers résultats. Peu de chose jusqu'ici avait été écrit sur
la vieille cité auvergnate : des notes de M. Saint-Joanny, un travail
posthume, et non mis dans le commerce, de M. Andrieu ; voilà les
seules tentatives qui ont précédé celle de M. Jacqueton.
Le nouvel ouvrage s'annonce comme fort considérable, puisque ce
premier volume doit être suivi de trois autres, consacrés : l'un, aux
industries, au commerce et à l'agriculture ; le suivant, aux seigneurs ;
ne BIBLIOGRAPHIE.
le dernier, aux établissements ecclésiastiques. A en juger par ce qui
est déjà publié, nous aurons là une excellente monographie locale.
M. Jacqueton a fouillé avec patience et avec soin les archives et les
bibliothèques où il espérait trouver des documents sur l'histoire de son
pays; il a réuni de nombreux matériaux et il en a tiré bon parti.
Nous regrettons que l'auteur, en adoptant la division par tranches,
— qui a ses avantages et qui lui a peut-être permis de donner à chaque
partie de plus amples développements, — n'ait pas placé en tête de
son premier volume une esquisse générale de l'histoire de Thiers. Sans
doute le titre modeste d'Études adopté par lui pour son ouvrage lui
laissait toute liberté d'agir ainsi. Mais cet aperçu général était utile
pour servir de guide au lecteur et pour l'aider à dégager une impres-
sion d'ensemble de la masse de faits qui passent devant ses yeux.
M. Jacqueton s'est contenté de résumer dans son introduction ce qu'on
sait des origines de Thiers. Puis il arrive à la Communauté des habi-
tants, qui fait l'objet de la première partie de ces Études. La commu-
nauté des habitants étant la plus jeune des institutions que M. Jacque-
ton s'est proposé de nous faire connaître, il eût été peut-être plus
logique de suivre un ordre différent dans la publication de ces études,
et de nous parler d'abord de l'Église, puis des seigneurs de Thiers. Le
plan adopté par l'auteur s'explique aisément si l'on réfléchit à la manière
dont s'est élargi son plan primitif; en étudiant la coutellerie thiernoise,
il a d'abord rencontré sur son chemin la communauté des habitants,
puis les seigneurs et l'Eglise.
C'est à la fin du xin« siècle que remontent les deux chartes de Thiers
(1272 et 1301) : la première accordée par Guy VIII, seigneur de Thiers;
la seconde par le même seigneur et par son fils émancipé. Il ne s'est
pas conservé de copie isolée du premier acte; celui de 1301, qui en
reproduit intégralement la teneur, nous est connu par deux copies du
commencement du xiv« siècle. M. Jacqueton s'est servi des deux copies
pour établir le texte qu'il donne dans l'appendice I de son volume. Il
est regrettable qu'il n'ait pas relevé les variantes fournies par chacun
des deux manuscrits; cela eût été d'autant plus utile que le texte,
comme il le reconnaît, est assez fautif. Il a naturellement été amené
à proposer quelques corrections; il eût été bon de prévenir les lecteurs
que la parenthèse ronde ( ) lui servait à indiquer les lettres à suppri-
mer, la parenthèse carrée [ ] celles qu'il croit devoir restituer. Bien que
la plupart des corrections proposées par M. Jacqueton nous semblent
bonnes et légitimes, il en est que nous ne pouvons admettre; p. 319,
1. 3, les mots annis temporibus des manuscrits ne font pas de sens; la
correction annis [et] temporibus proposée dans les corrigenda par M. J.
n'en fait guère davantage; il faut simplement supprimer 5 de annis et
lire : « Eis liceat emere et vendere vinum infra idem castrum sive vil-
lam annuatim in mense augusti et eorum quilibet (cuilibet?), indiffe-
BrBLtOGRAPHÏE. \77
renter ac libère sicut in anni temporibus quibuscumque. » Même page,
1. 28, le sic après tenentur proposé aux corrigenda est inutile. Par
contre, à la 1. 26, alienis doit être remplacé par aliciijus.
L'auteur suppose que le second acte dont le lieu de rédaction n'est
pas indiqué a dû être passé à Thiers même. Gela ne me paraît pas
admissible; comme celui de 1272, il est passé sous le sceau royal en
Auvergne, et ce sceau était établi à Riom et non à Thiers.
Les deux actes fournissent à M. J. l'occasion de remarques fort judi-
cieuses, et la conclusion qu'il en tire qu'il n'y eut pas alors de corps
de ville, de représentation municipale instituée à Thiers me semble
exacte. Jusqu'au dernier tiers du xvi« siècle, il y a une première
période dans laquelle l'organisation municipale reste à l'état embryon-
naire. Les affaires communes sont gérées par des « commis, » dont
l'autorité est fort restreinte et qui n'obtiennent de leurs concitoyens
qu'une médiocre considération. C'est pour remédier à cet état de choses
que Charles IX, en 1567, accorde à ces commis le titre et les privilèges
de consuls. La pénurie de documents rend l'histoire de cette période,
qui occupe le premier chapitre de M. J., fort difficile et fort obscure.
Les « commis aux affaires » avaient-ils à côté d'eux un conseil de
ville? M. J. penche pour l'affirmative, et il croit en trouver les preuves
pour le milieu du xvi" siècle. Ces preuves ne nous satisfont pas, et
d'abord, le document de 1711, cité à l'appendice XIV, parle-t-il bien
d'un registre des délibérations du conseil pour l'année 1558? N'y a-t-il
pas dans ce procès-verbal un simple lapsus calami qui aura fait mettre
1558 au lieu de 1578 ou 1588? Ce qui nous le fait croire, c'est que ce
prétendu registre de 1558 se trouve dans une liste presque rigoureuse-
ment chronologique' entre un registre de 1571 et un registre de 1594.
Quant à l'acte d'assemblée du 28 octobre 1558, ne se rapporte-t-il pas
à une assemblée générale des habitants plutôt qu'à celle d'un conseil
de ville ?
Avec l'établissement du consulat en 1567 et son fonctionnement régu-
lier à partir de 1569, les documents deviennent beaucoup plus abon-
dants et plus sûrs; ils permettent à M. J. de nous donner un tableau
fort complet de l'organisation des services publics dans la ville. De 1569
à la fin de l'ancien régime, l'histoire de l'organisation municipale com-
prend deux périodes qui forment chacune l'objet d'un chapitre spécial :
1° jusqu'en 1692^; 2° depuis l'édit de 1692 qui établit l'échevinage.
1. La seule exception à cet ordre chronologique est la mention d'un registre
de 1591 qui se trouve entre celle d'un registre de 1680 et celle d'un registre
de 1690, le dernier de la série.
2. Ce que dit M. J. des assemblées générales ne nous paraît pas très certain.
L'opinion, émise à la page 35, que les trois quarts des couteliers n'y prenaient
point part n'est-elle pas contredite par le document cité note 1 de la page 103,
où l'on se plaint de voir entrer aux assemblées de ville « de misérables cous-
^895 42
nS BIBLIOGEAPHIE.
Dans les chapitres iv et v de son ouvrage, l'auteur étudie les rapports du
corps de ville avec la châtellenie, d'une part, avec les agents de l'auto-
rité royale, de l'autre. Le chapitre vi nous montre Thiers à l'assemblée
du tiers état d'Auvergne. Puis viennent des notions fort intéressantes
sur l'organisation des services municipaux : assistance publique, ins-
truction, eaux, voies de communication, postes (ch. vn) ; sur les guerres
dont Thiers eut à souffrir au xvi« et au xyii^ siècle (ch. viii) ; sur les
pestes et sur les mesures prises pour en combattre l'effet (ch. ix); sur
les famines et disettes (ch. x) ; sur les finances municipales (ch. xi);
enfin sur le mouvement de la population (ch. xn). Non seulement M. J.
a recueilli de nombreux matériaux qui donnent à son exposition la base
la plus solide, mais il a dressé des tableaux et des statistiques qui
rendent les choses plus saisissantes et qui seront de beaucoup d'utilité
à qui consultera ce volume : tableau du prix des grains de 1690 à 1695
(p. 255, n. 4); tableau des décès de 1694 (p. 258), de 1709 et 1710
(p. 264); diff"érents budgets de la ville de 1626 à 1785 (p. 294 à 303);
relevés des baptêmes de la paroisse Saint-Genès pour diverses années
de 1582 à 1690 (p. 307-309); baptêmes des trois paroisses de la ville
de 1700 à 1790 (p. 309-311); mouvement de la population de 1582 à 1891
(p. 312-313). Les vingt-deux appendices qui terminent le volume con-
tiennent, outre une liste des consuls, maires et échevins de 1569 à 1790,
et les chartes de Thiers dont nous avons parlé, un choix bien fait de
documents de tout genre.
Il ne nous reste qu'à féliciter M. Jacqueton de la façon dont il s'est
acquitté de la tâche entreprise par lui, à souhaiter la prompte continua-
tion de ces études et à espérer qu'il trouvera beaucoup d'imitateurs
dans l'Auvergne, qui ne nous a pas donné de longtemps beaucoup
d'ouvrages aussi sérieux.
E.-G. Ledos.
Bertrand de Broussillon. Cartulaire de Saint- Michel-de-l' Abbayette,
prieuré de l'abbaye du Mont-Saint-Michel (997-1421), complété,
avec des dessins el une table, par Paul de Farcy. Paris, A. Picard
et fils, 1894. In-80, 02 pages. (Appendice au tome IX du Bulletin
de la Com7nission historique de la Mayenne.)
Le prieuré de l'Abbayette, dont les ruines se voient aujourd'hui entre
Landivy et la Dorée (Mayenne), fut fondé au mois d'octobre 997 par un
personnage nommé Yves, sur un terrain restitué aux moines du Mont-
Saint-Michel, à qui il avait été enlevé par les invasions normandes. En
lelliers et pappetiers dont la plupart mandienl leur pain? » Ce document semble
indiquer d'ailleurs que la composition de ces assemblées était à peu près à la
discrétion du maire. La question reste assez embrouillée.
BIBLIOGRAPHIE. -179
1179, il fut confirmé au Mont par le pape Alexandre III. On trouve des
détails plus circonstanciés sur les destinées de ce monastère dans l'ou-
vrage de M. l'abbé Pouteau, Saint-Michel-de-l'Abbayette, publié dans la
Revue de l'Ouest en 1886. Notre confrère M. Bertrand a eu le mérite de
grouper, avec la gracieuse collaboration de M. Dolbet, archiviste de la
Manche et notre confrère, les chartes relatives à ce prieuré qui se
trouvent aux Archives de la Manche, parmi les chartes du Trésor du
Mont-Saint-Michel. Ces pièces n'étaient pas tout à fait inconnues,
puisque Gaignières en avait fait copier quelques-unes et que l'abbé Pou-
teau en a connu à peu près le tiers, mais il les a données en français.
Désormais, on aura le texte exact de ces actes intéressants, au nombre
de 45, qui vont de 997 à 1427. Nous signalerons particulièrement, à
cause de leur rareté, deux actes portant la signature originale du comte
du Maine, dont l'éditeur a donné de bonnes photographies, quoique
réduites, et une jolie charte d'Hamelin, évêque du Mans (1190-1214),
reproduite à la grandeur de l'original, qui confère à un nommé Cincius,
neveu d'un pape et qui fut peut-être pape lui-même, la cure de Levaré. La
publication est enrichie de douze sceaux des Archives de la Manche,
dessinés par M. de Farcy, qui a fait aussi la table onomastique. Si les
noms de lieu avaient été identifiés, ce cartulaire, fort utile pour l'his-
toire du Maine, serait tout à fait complet.
A. Bruel.
Vie et miracles de la bienheureuse Philippe de Chantemilan^ docu-
ments du xv« siècle publiés d'après le ms. de M. Ghaper, avec une
introduction par le chanoine Ulysse Gaevalier, correspondant de
rinstitut. Valence, J. Géas; Paris, Alph. Picard, 1894. In-S",
XLiii-100 pages. [Documents historiques inédits sur le Dauphiné,
8« livraison.)
La sainte fille, dont M. U. Chevalier a entrepris de publier une vie
plus exacte et plus complète que celles que l'on possédait jusqu'ici,
n'est guère connue en dehors du Forez et du Dauphiné, c'est-à-dire
hors du lieu de sa naissance et de celui de sa mort. Contemporaine de
Jeanne d'Arc, elle eut une destinée plus calme et moins tragique. « Au
temps même, dit M. Chevalier, oii Dieu suscitait la vierge Lorraine
pour délivrer Orléans et la France du joug des Anglais, il envoyait à
Vienne, — jadis nommée cité sainte, — une vierge du Forez, pour
l'édifier par ses exemples, y ramener la piété par ses vertus et l'embau-
mer plus tard du parfum de son souvenir. » Ces lignes caractérisent
bien la vie de Philippe de Chantemilan. Née à Changy en Forez, dès
qu'elle fut en âge, elle seconda sa mère qui avait le gouvernement du
château de ce lieu. Le seigneur de Changy était Philippe de Lespinasse,
dont la femme était sœur de Jean de Norry, qui devint archevêque de
180 BIBLIOGRAPHIE.
Vienne en 1423. A la mort de M"e de Lespinasse, Philippe, qui avait
alors environ vingt ans, vint en service dans cette ville, où elle trouva
son frère et sa belle-sœur attachés, l'un à l'archevêque, l'autre à
sa sœur, Anne de Norry, dame du Ghastel. Lorsque celle-ci quitta
Vienne, probablement à la fin de l'épiscopat de Jean de Norry, Phi-
lippe y resta et mena dès lors une vie solitaire, dont le plus grand évé-
nement fut un voyage à Rome en 1450, lors du grand jubilé. L'année
suivante, une épidémie ayant éclaté à Vienne, elle fut une des pre-
mières victimes et mourut le 15 octobre 1451. Elle fut enterrée par les
chanoines de Saint-Maurice dans le petit cloître de la cathédrale,
devant la porte de la chapelle Notre-Dame de Capellis. Son tombeau fut
violé par les Calvinistes en 1562 ou 1567, mais on éleva un autel à la
place en 1629. Sa réputation de sainteté et les miracles qui s'accom-
plirent sur son tombeau lui ont valu d'être admise dans le recueil des
BoUandistes. Si l'on met de côté ces savants religieux, qui ont publié
dans leur tome VII d'octobre, en 1845, deux vies et un récit des
miracles de la bienheureuse, presque tous les auteurs qui se sont occu-
pés d'elle, sauf deux ou trois hagiographes, sont des historiens du Dau-
phiné; c'est aussi dans des documents dauphinois que se trouvent les
récits manuscrits de sa vie. M. le chanoine Chevalier a soumis tous
ces textes au jugement de sa savante critique, et il n'a pas eu de peine
à montrer que leur source presque unique se trouve dans le ms. de
M. Ghaper, qu'il a eu le premier à sa disposition. Il en donne une ana-
lyse détaillée et en publie les différentes parties, savoir : un double pro-
logue, une narration, un épilogue, un abrégé latin, une autre vie, aussi
en latin, enQn, des procès-verbaux de miracles (en latin) avec les sous-
criptions autographes des notaires appelés à les certifier. Les caractères
paléographiques du ms. tendent à établir qu'il est du xv^ siècle, et
M. Chevalier croit y reconnaître l'ouvrage d'un chapelain de l'arche-
vêque de Vienne, confessepr de la bienheureuse. L'éditeur a joint à son
introduction deux textes fort intéressants, un abrégé de la vie de Phi-
lippe d'après un ms. du xvi° siècle, qui appartient à la bibliothèque de
Grenoble (n° xn) et une vie moderne, d'environ le xvn'= siècle, d'après
le ms. Ghaper (n° xix). Il termine par un résumé de la vie de la bien-
heureuse son introduction, au cours de laquelle il démontre : 1° que
son héroïne appelée par les textes Philippe de Ckamp-de-3Iilan ou de
Champtcliman, se nommait en réalite, comme l'a observé M. Révérend
du Mesnil, de Chantemilan, nom qui a ses analogues dans Chante-
Alouette, Chante-Grillet, etc. (p. xxxix); 2o que Philippe ayant passé
vingt ans à Changy et dix-huit ans environ à Vienne, et y étant
morte le 15 octobre 1451 à l'âge d'environ trente-neuf ans, doit être
née vers 1412. Au point de vue purement historique et local, si l'on
veut, la vie de Philippe de Chantemilan présente un vif intérêt et il
faut savoir gré à M. le chanoine U. Chevalier de nous eu avoir donné, avec
1
BIBLIOGRAPHIE. -1 Si
son exactitude et sa netteté ordinaires, un texte original français, au
lieu des extraits de ces mêmes textes, que les Bollandistes, pour se
conformer aux usages de leur recueil, se sont imposé le labeur de tra-
duire en latin.
A. Bruel.
Les Corporations ouvrières à Rome depuis la chute de VEmpire
romain, par E. Rodocanachi. Paris, Alphonse Picard et fils, ^1894.
In-4°. T. I, cx-478 pages; t. II, 470 pages. 40 fr.
L'enquête que M. Emmanuel Rodocanachi vient de consacrer aux
corporations romaines vient à une heure oiî il n'est pas besoin de cons-
tater la sollicitude générale vers un sujet de cet ordre. Familiarisé de
longue date avec les grandes lignes de l'histoire de la Rome des papes ^,
l'auteur se trouvait un des mieux préparés pour entreprendre cette
laborieuse et consciencieuse étude et pour en condenser les résultats.
L'œuvre de M. Rodocanachi comprend une préface (p. i-xLvni), une
étude synoptique des prescriptions contenues dans les statuts des cor-
porations (p. xlix-cx), et une série d'études particulières réservées à chaque
corporation (t. I et t. II), groupée avec d'autres, d'après leur objet général,
tel le groupe des corporations relatives à l'agriculture, au bâtiment, aux
arts hbéraux, etc., etc. D'utiles appendices, — valeur comparative des
monnaies citées, répertoire des bulles pontificales concernant les cor-
porations, — ainsi qu'une série d'index alphabétiques et analytiques, com-
modément dressés, complètent le second tome de l'ouvrage, édité avec
un soin, pour ne pas dire une perfection typographique remarquable.
Nombreuses étaient les communautés ouvrières que compta la Rome
des papes, nombreuses et curieuses.
Leur quantité s'éleva jusqu'à près d'une centaine, comprenant toutes
les branches de l'industrie humaine. L'auteur les a judicieusement
classées en groupes divers, dans chacun desquels elles viennent natu-
rellement s'encastrer. Reconnaissons donc avec lui les dix collectivités
corporatives suivantes : agriculture; alimentation; boissons; fournitures
ménagères; bâtiment; transports; vêtement; industries de luxe; arts
libéraux; corporations non classées, parmi lesquelles les quatre grou-
pements hétéroclites des balayeurs, des tambours, des bombardiers et
des notaires capitolins.
Dans ce premier classement viennent s'encadrer quatre-vingt-dix-huit
corporations, plus sept corporations constituées d'apprentis. Les plus
anciens règlements conservés, ceux des merciers, datent de 1317; les
1. Cola di Rienzo, Histoire de Rome de 1342 à 1354. Paris, Lahure, 1888, in-8',
xv-442 p. — Le Ghetto à Rome. Le Saint-Siège et les Juifs. Paris, Firmia-
Didot, 1891, in-8% xv-339 p.
182 BIBLIOGRAPHIE.
cordonniers se faisaient encore délivrer des statuts en 1789. Parmi les
plus anciennes rédactions, citons les maçons (1397), les premiers règle-
ments des notaires (fin du xiv« siècle), puis les chasseurs (1400), les sel-
liers (1405), les agriculteurs (1407), les bouchers (1432). Le retour défi-
nitif de la papauté, l'avènement de Nicolas V, en 1449, deviennent le
signal d'un développement progressif de l'industrie et de la richesse.
Jusqu'à la fin du xv* siècle, six nouvelles corporations rédigent leurs
statuts. Les réglementations nouvelles succèdent dès lors sans interrup-
tion pendant les deux siècles suivants. En 1791 et 1794, quelques cor-
porations remanient encore leurs législations respectives.
Comme le remarque l'auteur, « on ne peut que rarement assigner de
date précise à la formation d'une corporation, excepté lorsqu'elle naît
d'une scission ou d'un concours de circonstances exceptionnel. » Rien
n'est plus vrai. Ainsi ne faudrait-il pas croire que les communautés
romaines n'aient commencé à exister qu'à la date des règlements qui, une
à une, les constatent et les consacrent. Ainsi deux curieux documents,
cités par M. Rodocanachi, un récit de procession daté de 1462, une des-
cription de carnaval en 1513, font voir qu'à ces époques un très grand
nombre de corps de métiers, non encore ordonnés, participaient officiel-
lement à ces cérémonies, d'où l'on peut conclure que les artisans dont il
est fait mention formaient réellement des associations, « des corporations
au sens le plus étroit du mot, » quand bien même ils n'auraient pas eu
de règlement écrit. « La rédaction des statuts, premier indice que nous
ayons de l'existence d'une corporation, » en est, en effet, « plus fré-
quemment le couronnement que le commencement. »
L'histoire des corporations romaines ne débute guère qu'avec l'année
1255, date où les membres de l'association des marchands de la Mer-
canzia s'assemblèrent méthodiquement dans l'église San Salvatore in
Pensili et adoptèrent un règlement uniforme appelé à fortifier les attri-
butions des consuls commerciaux. Une réforme, puis une seconde,
s'imposèrent bientôt, de sorte que le texte actuel, (jui porte approxima-
tivement la date de 1317, se trouve représenter la réunion de trois ordres
de statuts, unis bout à bout plutôt que coordonnés ensemble. Cette hanse
romaine se composait de treize arts, entre lesquels deux métiers occu-
paient une situation prépondérante, les bouviers, dont les nécessités de
la culture de Vagro expliquent suffisamment l'importance, et les dra-
piers, qui représentaient « l'élite de l'industrie romaine. » Les autres
arts prenaient le mot d'ordre de ces deux puissantes associations. Cepen-
dant, comme l'explique exactement M. Rodocanachi, les membres de la
Mercanzia représentaient de trop disparates intérêts pour que ce factice
faisceau ne se détachât pas promptement. Les merciers, diverses corpo-
rations agricoles, de commerce et d'échange opérèrent successivement
leurs scissions, qui sont suivies, au fur et à mesure, de celles de la
plupart des corps de métier. On vient de voir vers quelles époques on peut
BIBLIOGRAPHIE. ^ 83
constater la première rédaction des règlements des plus archaïques de
ces groupements industriels ou commerciaux. Vers la fin du xvi« siècle
et au commencement du xyii^, où les documents précis commencent à
se faire moins rares, on peut songer à dresser des états de statistique.
Un intéressant tableau, scrupuleusement composé par l'auteur, indique
pour le pontificat de Grégoire XV, en 1622, les résultats suivants :
5,578 boutiques et 6,609 patrons, employant 17,584 ouvriers ou apprentis.
Cette faible proportion d'employeurs à employés, comme on serait
amené à dire de nos jours, n'est pas un des résultats les moins concluants
de cette étude. Elle n'est particulière ni à Rome ni à l'Italie, et il ne
faudrait certes pas la prendre pour une révélation. L'équation n'en pro-
jette pas avec moins de force un nouveau rayon de vue sur les conditions
du travail d'autrefois : salariat et patronat confondus, main-d'œuvre
et direction fusionnées, avec les avantages et les inconvénients, le
patriarcal caractère, mais aussi l'étroitesse de conception du système.
Involontairement reviennent à la mémoire, devant ce simple chiffre,
les pages classiques dans lesquelles Herbert Spencer, dégageant les lois
de l'évolution des sociétés, a gravé de quelques traits si sûrs le tableau
de l'industrialisme en enfance. « Différant d'eux seulement en ce qu'il
était le chef de la maison, le maître travaillait avec ses apprentis et un
ou deux aides, partageant avec eux sa table et son logement, et vendant
lui-même l'ensemble de leurs produits ^. » — La formule du monde a
changé depuis. Faut-il, ou non, regretter la disparition de « ces petits
groupes producteurs primitifs, à moitié socialistes,... lentement dissous
parce qu'ils ne pouvaient se maintenir^? » La question dépasserait sin-
gulièrement notre cadre. Qu'il suffise de noter que l'enquête de M. Rodo-
canachi apporte à la discussion du problème des éléments neufs et
certains, que plus d'un philosophe et plus d'un économiste s'estimera
heureux de voir ainsi coordonnés.
Le grand écueil de ces corporations romaines, réduites à ce petit
nombre d'associés participants, fut toujours une tendance fatale au
monopole, à la transformation en castes recrutées parmi les seuls héri-
tiers des patrons. Là en effet, comme partout, tandis qu'au moyen âge
la qualité d'ouvrier ou de marchand justifiait l'admission dans la corpo-
ration, l'esprit des siècles plus modernes rendit peu à peu l'accès du
groupe accessible seulement à quelques privilégiés. Tendance que révèle
suffisamment l'étude des transformations statutaires d'une même corpo-
ration ayant pu traverser plusieurs siècles, ou bien l'examen des règle-
ments de corporations diverses rédigés à des dates différentes. L'élé-
vation progressive des droits d'entrée, l'imposition des examens de
capacité, une enquête, qui paraît avoir été aussi arbitraire, concernant
1. From Freedom to Bondage, Intr.
2. Ibid., id.
484 BIBLIOGRAPHIE.
la solvabilité et l'honorabilité des candidats, se distinguent comme
les moyens les plus communément employés. Par contre, pour les fils
ou les héritiers directs des patrons, ni droit d'entrée, ni examens, ni
enquête, ni même de stage ou de limite d'âge. Dans presque tous les
statuts, en somme, conclut M. Rodocanachi, « perce le désir d'assurer
aux familles patronales le monopole de la profession, de créer des
castes. »
Dans toute la partie qui a pour titre : « Étude synoptique des pres-
criptions contenues dans les statuts, » l'une des plus substantielles de
l'ouvrage, M. Rodocanachi étudie, en les groupant et en les comparant
les uns aux autres, les points successifs de ces règlements divers. Les
conditions d'admission, tant des patrons que des ouvriers et apprentis,
la création des officiers de chaque corporation, leurs fonctions, les
devoirs des membres, les conditions dans lesquelles les statuts pou-
vaient être modifiés, sont ainsi l'objet d'un examen approfondi.
Le cautionnement exigé des candidats ne possédant pas de biens-
fonds, le droit de sceau, l'installation des nouveaux membres et le ser-
ment, sont successivement passés en revue. Les officiers, consuls,
camerlingues et conseillers, déjà mentionnés dans les statuts delà. Mer-
canzia de 1255, voient bientôt s'accroître leur nombre, et une tendance
à multiplier les états-majors commerciaux et industriels ne tarde pas à
se manifester. Un curieux mode d'élection est celui que signale l'auteur,
sous le nom d'imbossolazione, qui consistait à voter longtemps d'avance,
plusieurs années quelquefois, par tablettes enfermées dans des urnes
scellées du sceau de la corporation, et dont l'ouverture préalable était
interdite sous les pénalités les plus sévères. Le jour assigné au dépouil-
lement survenu, les bulletins étaient contrôlés et comptés avec le soin
le plus minutieux. Ces désignations à longue échéance rendaient,
paraît-il, les compétitions moins âpres et les rivalités commerciales
moins préjudiciables aux intérêts généraux de l'association. Procédé
ingénieux peut-être, mais auquel ses inévitables inconvénients obligèrent
bientôt à renoncer.
Les associés sur qui s'étendait le pouvoir des chefs ainsi désignés,
soit par ce mode d'élection, soit par tout autre, se liaient entre eux par
de nombreuses et strictes obligations. Le sentiment de la solidarité était
chez eux très vif, et cette pensée fondamentale, impliquée dans tous les
règlements, explique fortement la durée et la puissance des corporations
romaines. Pour éviter les abus de la concurrence, il était interdit aux
boutiquiers de s'installer à moins d'une certaine distance les uns des
autres. Si deux associés se séparaient, la distance était au moins
doublée. Dans toutes les corporations, sauf deux, un patron n'avait pas
le droit de posséder à la fois deux boutiques. Quant à l'accaparement,
on le prévenait d'une manière particulière : les patrons qui manquaient
de matières premières ou de marchandises étaient autorisés à se faire
BIBLIOGRAPHIE. -185
délivrer, au prix coûtant, une partie du stock détenu par un de leurs
collègues : la proportion que le détenteur se trouvait obligé de céder
pouvait s'élever en certains cas jusqu'à moitié de son approvisionnement.
Ajoutons que les statuts autorisaient souvent les consuls à fixer le prix
de la matière première et que défense était faite aux associés d'essayer
de se concilier les fournisseurs en les séduisant par quelque avantage
particulier. Quant à la loyauté des transactions, elle se trouvait assurée
par une série de stipulations relatives aux marques de fabrique, à la
vérification des poids et mesures, à l'inspection des marchandises sus-
pectes. Il est certain néanmoins que les statuts s'occupent beaucoup
plus de l'organisation intérieure des corporations et du maintien des
privilèges des associés que des intérêts du public.
Là était le vice originel, le défaut constitutif du régime des corpora-
tions. La guerre acharnée que lui déclara Turgot en France, et qui se
termina par l'édit d'abolition de 1776, eut à Rome son contre-coup par
l'ordonnance de 1801, rendue sous le pontificat de Pie VII, et qui sup-
prima totalement, là comme ailleurs, jurandes et maîtrises. La lutte
des disciples de Turgot contre le régime corporatif fut certes nourrie
de sophismes, de phraséologie facile et creuse, et à peu près d'autant
d'erreurs que de mots. Il ne faut pas cependant oublier que le régime
de la concurrence, malgré les maux qu'il a pu déchaîner sur l'univers,
est le seul conforme au plan général de la nature, dont le règne humain
ne peut avoir la prétention de s'abstraire.
Certes, entre les tranquilles corporations d'autrefois et les formidables
groupements exigés par l'industrie moderne, nulle comparaison ne s'au-
torise ni ne s'admet. Mais, à l'heure où le principe d'association, élargis-
sant démesurément ses frontières, semble devoir représenter la formule
de la société imminente de demain, à l'heure où, selon la forte et simple
expression de von Hartmann, 1' « association libre' » paraît appelée à
constituer la « quatrième et dernière phase de l'organisation écono-
mique^, » il est d'un intérêt tout spécial de trouver réunis et codifiés
les résultats de plusieurs siècles du régime corporatif, dans un État
exceptionnel, où le libéralisme théorique aurait eu plus de leçons qu'on
n'en pourrait croire à méditer et à s'assimiler. M. Rodocanachi, en faisant
pénétrer dans le public ce nouvel élément de discussion, me paraît avoir
mené à bonne fin une œuvre d'une réelle portée historique et sociale.
Germain Lefèvre-Pontalis.
R. RicHEBÉ. Les trente-deux Quartiers généalogiques de S. A. B.
Mgr le duc de Bragance. Paris, impr. Monrocq, ^894. ^24 pages,
62 planches.
Ce travail a pour but de déterminer, en remontant à la quatrième
1. Phil. des Unbewussten, II, x.
2. Ibid., id.
^86 BIBLIOGRAPHIE.
génération, la série complète des ancêtres de Louis-Philippe, duc de
Bragance, héritier présomptif de la couronne de Portugal. Chaque
degré forme un article particulier donnant les dates exactes de nais-
sance et de décès : en regard sont gravés les blasons, dessinés d'après
de bons modèles. Les ouvrages de ce genre, composés avec autant de
soin, sont très utiles pour annoter avec certitude les textes dans les-
quels les noms des personnages mentionnés sont cités. On se figure
difficilement, en voyant ce volume édité avec un grand luxe, les nom-
breuses recherches que l'auteur a dû faire pour arriver à recueiUir les
indications dont il fait profiter ses lecteurs.
Sveriges periodiska Litteratur. Bibliografi, enligt publicistklubbens
uppdrag, ut arbet ad a f ^QrnhdiVd Luxdstedt. I, ^645-l8^2. Stock-
holm, Iduns Tryckeri Arliebolag, -1893. In-8^ vi-'l78 pages.
Nous devons signaler cette publication, non seulement parce qu'elle
fait connaître une série de documents dont bien peu sont parvenus dans
les bibliothèques françaises, mais encore et surtout parce qu'elle peut
servir de modèle aux travaux dont les anciens journaux d'un pays
doivent être l'objet.
M. Lundstedt a décrit, en suivant l'ordre chronologique de leur créa-
tion, 425 publications périodiques qui ont paru en Suède depuis 1645
jusqu'en 1812. Chaque notice contient, sous une forme condensée, tout
ce qu'il importe de savoir sur l'origine, le caractère, l'état matériel, les
transformations et la durée du journal ou du recueil. L'auteur suit très
exactement les rigoureuses méthodes qui sont aujourd'hui imposées aux
travaux de bibliographie savante. Les recherches sont très faciles dans
le répertoire qu'il nous a donné : on y peut trouver sans la moindre
hésitation les renseignements relatifs à tout périodique dont on connaît
soit la date de création, soit le titre, soit le lieu de publication.
Anecduta Maredsolana. Vol. IH, pars L Sancti Eieronymi presby-
ieri comment arioli inpsalmos. Edidit D. Germanus Morix. Mared-
soli, -1895. 10-4", xx-UA pages.
Dans notre précédent volume (p. 186), nous avons annoncé la publi-
cation des deux premiers volumes de cette collection, et nous avons
signalé l'importance des deux textes que le savant éditeur y a mis en
lumière : le Liber comicus de l'église de Tolède et la version latine de
l'épître de saint Clément aux Corinthiens. Le fascicule du troisième
volume des Anecdota, qui vient de paraître, est rempli par un ouvrage
de saint Jérôme qui passait pour perdu et dont l'authenticité ne paraît
pas douteuse.
Saint Jérôme, en se défendant contre les attaques de Ruffin', parle
l. Voyez un passage du livre I, qui se trouve dans la Patrologie de Migne,
BIBLIOGRAPHIE. •iS?
des petits commentaires [commentarioU] qu'il avait composés sur les
psaumes. Ces petits commentaires ne peuvent être le Breviarium in
Psalmos, qui est reconnu depuis longtemps comme une œuvre apocryphe,
dans laquelle cependant on distingue des passages écrits à coup sûr par
saint Jérôme.
Ces CommentarioU étaient considérés comme perdus. Dom Germain
Morin a eu la bonne fortune de les découvrir dans cinq manuscrits : le
ms. 68 d'Épinal, venu de Murbach, du vii° ou du vin° siècle, où ils sont
intitulés Hieronimi excerpta de psalterio; — le ms. latin 1862 de la
Bibliothèque nationale, venu de Saint-Mesmin, du milieu du x^ siècle
{Excerpta Hieronimi de psalterio) ; — le ms. latin 1863 de la même biblio-
thèque, venu de Saint-Amand en Pevèle, du x^ siècle {Minus breviarium
de psalterio) ; — le ms. 7 de Valenciennes, venu également de Saint-
Amand, lequel n'est qu'une copie du précédent; — le ms. 218 de Gre-
noble, venu de la Chartreuse, du xii° siècle {Enchiridion beati Jeronimi
in Psalmis).
Tel est le texte dont la découverte, l'édition et l'annotation font le
plus grand honneur au savant bénédictin de Maredsous.
La seconde partie du tome III des A necdota doit renfermer les monu-
ments, en partie inédits, de la prédication de saint Jérôme.
L. D.
Rafaël Altamira. La Ensenanza de la historia^ 2* edicidn. Madrid,
^895. In-8», 480 pages. 5 fr.
L'auteur de cet ouvrage s'est proposé d'étudier, au point de vue péda-
gogique, l'organisation de l'enseignement de l'histoire en Europe et en
Amérique. Il a visité l'Angleterre et la France, et il est particulière-
ment bien informé de ce qui se passe dans notre pays. Il parle en bons
termes (p. 83 et suiv.) de l'École des chartes, dont il a suivi quelques
cours en 1890. Hors d'Espagne, on s'intéressera surtout aux détails qu'il
donne sur « l'enseignement supérieur de l'histoire » dans les Facultés
espagnoles (p. 421 et suiv.).
Plusieurs chapitres sont consacrés à la méthodologie de l'enseigne-
ment primaire, secondaire et supérieur de l'histoire. M. Altamira a
essayé de dresser une liste des principaux instruments de travail
(manuels, recueils de textes, etc.) à l'usage des étudiants en histoire.
C'était une entreprise délicate ; il s'en est honorablement acquitté.
M. Altamira, désireux de citer tous les livres et tous les articles de
revue relatifs aux sujets qu'il traite, en a cité quelques-uns qui ne
méritaient guère de l'être. Il se montre, en général, très indulgent.
t. 23, col. 413, et non 432, comme porte la citation des Anecdota, par suite
d'une faute d'impression.
^88 BIBLIOGRAPHIE.
Toutefois, il observe (p. 348) que, dans plusieurs compilations d'his-
toire universelle considérées comme estimables, l'histoire d'Espagne
a été traitée d'une manière insuffisante. La vérité est qu'il existe très
peu d'ouvrages de vulgarisation, en quelque langue que ce soit, que
l'on puisse recommander avec sécurité.
Ch.-V. Langlois.
La Maison de Craon, accompagnée du Cartulaire de Craon, par
Bertrand de Broussillon. Paris, A. Picard, 4893. 2 vol. in-8°. 30 fr.
Notre confrère M. Bertrand de Broussillon a pris à tâche de recons-
tituer l'histoire du Maine à l'aide des archives des familles féodales de
la région, et il nous annonce de prochaines études sur les comtes et les
vicomtes du Maine, les seigneurs de Sablé, de Laval, de Beaumont,
de Château-Gontier, etc. Déjà il avait publié, avec la collaboration de
M. P. de Farcy, la Sigillographie de la maison de Laval, et il nous
donne aujourd'hui une histoire de la maison de Craon, une des plus
importantes assurément de la province du Maine.
Disons dès l'abord qu'on no saurait trop louer la patience avec
laquelle M. Bertrand de Broussillon a ramassé de tous côtés, dans les
manuscrits et les imprimés, tous les actes où figurent des membres de
la maison dont il voulait faire l'histoire, et l'esprit de sage critique avec
lequel il a su interpréter les documents qu'il avait entre les mains.
Mais disons aussi que nous regrettons le plan qu'il a adopté. Il y a
dans son livre la matière de trois ouvrages différents, qui auraient
gagné, croyons-nous, à être traités isolément. La partie la plus impor-
tante, le Cartulaire proprement dit, serait certainement mieux apprécié
s'il n'était sans cesse interrompu par l'histoire et par la sigillographie,
ce qui rend les recherches très laborieuses. Les deux autres parties de
l'ouvrage auraient elles-mêmes plus d'intérêt si elles formaient une
suite non interrompue.
Ces critiques générales une fois posées, nous ferons quelques obser-
vations de détail, qui prouveront à M. Bertrand de Broussillon la
valeur incontestable que nous attachons à son œuvre. Nous l'avons
étudiée avec soin, et nous devons dire qu'à part certaines fautes de
typographie nous n'y avons relevé que peu d'erreurs. — Dans l'analyse
de l'acte du 21 août 1371 (n» 990 bis), ce n'est pas de Tironneau qu'il
est question, mais de Nouans. La femme de Patry de Sourches ne s'ap-
pelait pas Jeanne de Sourches, mais Jeanne de Doucelles. De même,
dans la note 2, p. 126, l'auteur donne à la femme d'Imbcrt de Sourches,
seigneur de Rabestan, le nom de Jeanne d'Usages, tandis qu'en réalité
elle s'appelait Jeanne des Hayes. — Dans l'acte du 10 janvier 1455,
V. s. (n° 1197), le passage « Jeanne de Courtremblay, femme de feu
messire Jehan d'Angennes, actuellement seigneur de Rambouillet, » est
BIBLIOGRAPHIE. -189
incompréhensible; il faut lire « Jeanne de Courtremblay, femme de
feu Jehan d'Angennes, seigneur de Rambouillet, et mère de Jehan
d'Angennes, actuellement seigneur de Rambouillet. » La femme de
Jean de l'isle est Marie de RibouUé et non Marie Riboul.
Certaines analyses sont peut-être un peu courtes. Quelques actes
auraient mérité d'être publiés en entier ; nous citerons entre autres la
vente de la vicomte de Ghâteaudun à Louis, duc d'Orléans, par Guil-
laume de Craon, seigneur de Moncontour et de Marnes, le 12 octobre
1395. Ce document renferme des renseignements du plus haut intérêt
qu'on aurait été heureux de trouver dans le Cartulaire.
A la page 353 de son premier volume, M. Bertrand de Broussillon a
parfaitement raison de justifier la mémoire d'Amaury IV du reproche
qui lui a été fait d'avoir servi dans ses dernières années la cause du
roi d'Angleterre. Pour mieux établir le rôle qu'Amaury joua lors de la
reprise des hostilités, notre confrère aurait pu citer ce passage d'une
lettre de ce seigneur en date du 30 octobre 1367, oià il rapporte « qu'il
fut à la prinse des forteresses de Vas, Rillé, le Loroux et Saumur, en
la compagnie de Bertrand du Guesclin, connestable de France. »
M. Bertrand de Broussillon demande qu'on lui indique les documents
qui lui auraient échappé ; il a fouillé avec tant de persévérance et de
sagacité tous les dépôts publics et privés qu'on ne peut guère espérer
glaner après lui. Nous lui signalerons cependant quelques titres qu'il
n'a pas connus ou dont il n'a pas cru devoir faire usage. Au milieu du
ix^ siècle, la seigneurie de Craon était en la possession de Lambert,
comte de Nantes, et la Chronique de Nantes raconte que, lorsque ce
seigneur fut forcé en 851 de fuir de son comté de Nantes, il se retira à
Craon, qui dépendait alors de l'abbaye de Saint-Clément de Nantes,
d'où le vocable de saint Clément donné à l'église de Craon. Dimittens
comitatum, fiigit usque Credonem, tune temporis Namnetici territorii
vicum, jure Sancti démentis civitatis Namneticss monasterio pertiiientem.
Lambert, il est vrai, n'est pas un membre de la maison de Craon, mais
peut-être M. Bertrand de Broussillon aurait-il pu rappeler ce fait des
annales craonnaises, un des plus anciens que l'on connaisse.
Voici en revanche des actes qui intéressent directement les seigneurs
de la maison de Craon, dont notre confrère nous a tracé l'histoire :
En mars 1220, Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, avec Mathieu
de Montmorency, Pierre, comte de Bretagne, Robert, comte de Dreux,
et autres, se porte garant dans un procès entre le roi Philippe-Auguste
et Guillaume, évêque de Paris, au sujet du droit qu'avait le roi au clos
Bruneau [Trésor des chartes. Paris, 267).
En 1313, à Angers, vente par Jean de Noisy, fils d'Amaury de Noisy,
chevalier, en faveur d'Amaury lU, sire de Craon, de 40 livres de rente
en la paroisse de Rozières-en- Vallée [Trésor des chartes. Anjou, 93).
27 avril 1331. Lettres de Philippe de Valois permettant à Amaury III,
-190 BIBLIOGRAPHIE.
sire de Graon, d'acquérir en iiefs et seigneuries 500 livres de rente,
sans payer ventes, quint-denier et autres redevances (Trésor des chartes.
Tours, 37).
En somme, l'ouvrage de M. Bertrand de Broussillon offre les rensei-
gnements les plus nouveaux et les plus intéressants, non seulement
pour l'histoire du Maine, mais aussi pour celle de la Bretagne, du Poi-
tou, de la Saintonge, du pays Ghartrain et d'autres contrées encore.
Nous ne pouvons que faire les vœux les plus sincères pour qu'il con-
tinue, comme il nous annonce en avoir l'intention, à nous donner les
monographies des principales maisons de la région qu'il a en si
grande affection.
Lucien Merlet.
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, H8, 179, 186.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 73. — Diplomatique, 201. —
Bibliographie, 27, 49, 116, 199; bibliothèques, 113, 210, 231 ; manus-
crits, 21, 43, 96, 99, 110, 165, 191, 255, 276; imprimés, 96, 226 ; typo-
graphie et librairie, 10, 75, 147, 155; ex-libris, 113.
Sources, 161, 163, 181, 265, 285. — Ghroniques, 51, 131, 132, 160,
217, 266, 268. — Journal, 176. — Correspondances, 56, 282. — Archives,
22, 31, 32, 79, 97, 111, 129, 145, 148, 210. — Gartulaires, etc., 4, 40,
129, 271, 272, 280, 283 ; chartes, 220 ; regestes, 225, 228. — Inventaires,
comptes, 53, 58, 114. — Fouillé, 222.
Biographie, aÉNÉALOOiE. — Adalard d'Eyne, 3 ; Alexandre IV, 4 ; Argoun,
119; Babenberg, 134; saint Bernard, 50; Blanche de Gastille, 23;
sainte Catherine de Sienne, 89; saint Gésaire, 171; Ghabannes, 48;
Charles VII, 34 ; saint Colomba, 2 ; Gorvin, 250 ; saint Emmeran, 82 ;
Fauste de Riez, 141; Ferdinand I»' de Naples, 215; Feysigny, 192;
François I", 178; saint François d'Assise, 55, 133,218, 273; Froissart,
69; Gauma, 119; De Geer, 100; Gérard de Tolède, 33; Gérard Pateclo,
33 ; Ugolino délia Gherardesca, 6; Grégoire VII, 174; Grégoire X, 200;
Guillaume de Flavy, 208; Jabalaha, 119; Jeanne d'Arc, 109, 177, 185,
188, 223; Joinville, 69; Kremsmùnster, 161; La Fontaine-d'Harnon-
court-Unverzagt, 112; Léontius de Byzance, 240; Louis VIII, 206;
BIBLIOGRAPHIE. 49<
Louise de Savoie, 178; Matiomet, 122; Masaccio, 176; Masque de fer,
41; Matignon, 104; Meïr ben Baruch, 15; Montmayeur, 192; saint
Paul, 86; sainte Philippe de Chantemilan, 277; saint Pierre, 86; saint
Roch, 60; Rodolphe de Habsbourg, 200; Richard de San-Germano,
160; Savoie, 191; Savonarole, 257; Visconti, 286; saint Wigbert, 246.
Géographie, 216.
Institutions, H, 62, 74, 102, 140, 158, 168, 203, 256, 259, 260, 278.
Mœurs, histoire économique, 13, 35, 39, 126, 137, 227, 245, 251, 253,
254, 270.
Médecine, 219, 241.
Enseignement, 80, 87, 156, 205, 264, 269.
Religions. — Judaïsme, 101. — Catholicisme, 86; hagiographie, 27,
82; papauté, 4, 107, 232; conciles, 132; ordres religieux, etc., 19, 170,
235, 261 ; livres saints, 76, 121; liturgie, 16, 99, 110, 124; discipline, 8.
— Superstitions, 152. — Hétérodoxie, 41, 119. — Islamisme, 275.
Archéologie, 30, 31, 61, 151, 169, 180, 227, 249, 279. — Architec-
ture, 9, 25, 37, 66, 94, 154, 164, 224. — Sculpture, 105, 166, 287. —
Peinture, 44, 93, 99, 115, 153, 184, 191, 267; émaillerie, 18. — Poterie,
143. — Mobilier, 67, 190, 248. — Orfèvrerie, 17, 167, 232, — Numis-
matique, 28, 91, 234. — Sigillographie, 83, 252. — Héraldique, 230. —
Équitation, 209.
Langues et littératures, 20, 202, 239. — Langue grecque, 243. —
Langues romanes, 139; italien, 7, 46, 47, 67, 88, 106, 149, 258;
français, 175, 211; provençal, 214; rhéto-roman, 103. — Langues ger-
maniques : anglo-saxon, 57; allemand, 142, 189, 247, 284. — Langues
Scandinaves, 120, 125, 196, 197. — Langues slaves, 81. — Langue hon-
groise, 288.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 19, 45, 64, 140. — Alsace-Lorraine, 90, 102, 127, 139,
237; Bade, 136; Bavière, 134; Hanovre, 274; Lusace, 24, 159; Pro-
vinces rhénanes, 150; Prusse et provinces baltiques, 35, 193, 205,245;
Saxe et Thuringe, 197, 225, 269, 271, 272; Wurtemberg, 116,283,285.
Autriche-Hongrie, 77, 135, 166, 262, 263, 266.
Belgique, 123. — Espagne, 38, 275.
France, 64, 102, 162. — Bretagne, 146; Ghablais, 78; Champagne,
251; Comtat-Venaissin, 79; Dauphiné, 234; Faucigny, 78; Gascogne,
34; Languedoc, 260; Maine, 173; Normandie, 26, 62; Rouergue, 3;
Roussillon, 36 ; Saintonge, 13. — Aisne, 145 ; Allier, 25 ; Ardennes,
108; Ariège, 198; Bouches-du-Rhône, 61; Calvados, 22; Cher, 37;
Côte-d'Or, 50, 97; Drôme, 148; Gers, 58; Hérault, 85; Landes, 183;
•192 BIBLIOGRAPHIE.
Loir-et-Cher, 32, 236; Haute-Loire, 169; Loire-Inférieure, 138; Lot
et-Garonne, 5; Maine-et-Loire, 6; Manche, 40, 104, 213; Marne, 155
Meurthe-et-Moselle, 72; Nord, 66, 67; Oise, 179; Pas-de-Calais, 111
Puy-de-Dôme, 130; Haute-Saône, 170; Seine, 14, 87, 128; Seine-et
Oise, 71; Tarn-et-Garonne, 31; Var, 84; Yaucluse, 80; Vienne, 147
Vosges, 91, 92; Yonne, 220, 222.
Grande-Bretagne, 194, 281.
Italie, 54, 95, 238, 261. — Région du nord, 10, 29, 39, 45, 54, 94,
468, 172, 187, 195, 207, 215, 221 ; du centre, 42, 74, 86, 157, 229, 254;
du sud, 52, 59, 98, 129, 204, 244, 264.
Pays Scandinaves, 117, 228, 242. — Pologne, 1, 56, 63, 83, 144.
Russie, 182. — Suisse, 212. — Turquie, 63.
1. Acta capitulorum necnon iudiciorum ecclesiasticorum selecta edi-
dit B. Ulanowski. Vol. I, Acta capitulorum Gneznensis, Poznaoiensis
et Vladislaviensis (1408-1530). Cracoviae, sumptibus Acaderalae littera-
rum Cracoviensis, 1894. In-4", yi-663 p. (Editionum collegii historici
Academiaelitterarum Cracoviensis. N. 51. Monumenta medii aevi histo-
rica res gestas Poloniae illustrantia, tomus XIII.)
2. Adamnanus. Vita Sancti Columbae. Edited from D"" Reeves text,
with an introduction on early Irish church history, notes and giossary,
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2 d. 75.
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fondateur de l'hospice d'Aubracen Rouergue. Abbeville, impr. du Cabi-
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4. Alexandre IV (les Registres d') (1254-1261). Recueil des bulles de
ce pape, publiées ou analysées d'après les manuscrits originaux des
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2 tableaux.
14. Babeau (Albert). Le Louvre et son histoire. Paris, Firmin-Didot,
1895. Gr. in-4°, 355 p., 140 grav. sur bois et photogravures.
15. Back (S.). R. Meir ben Baruch aus Rothenburg. Sein Leben und
Wirken, seine Schicksale und Schriften. Gedenkschrift zur 600. Jahres-
wende seines Todes. Bd. I. Frankfurt-a.-M., 1894. In-8°, vn-112 p.
16. Baumer (le P. Suitbert). Geschichte des Breviers. Freiburg-i.-B.,
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17. Barbier de Montault (Mgr). L'Agrafe de chape de la collection
Spitzer (xm^ siècle). Brive, impr. Marcel Roche, 1894. In-8o, 11 p.,
grav. (Extrait du Bulletin de la Société scientifique, historique et archéo-
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18. Barbier de Montault (Mgr X.). Les Émaux champlevés du musée
de Poitiers. Brive, impr. Marcel Roche, 1894. In-8o, 14 p., grav. (Extrait
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228. Repertorium diplomaticum regni Daniel mediaevalis. Fortegnelse
overDanmarks brève fra middelaldercu med udtogaf de hidtil utrykte.
Udgivet ved K. Erslev i forening med W. Christensen og A. Hude af
selskabet for udgivelse af kilder til dansk historié. I, 2 (1327-1350).
Kjœbenhavn, Gad, 1895. In-8o, 196 p. 2 kr.
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Berliner und 2 Erfurter Handschriften zum ersten Maie herausgegeben
von Julius Leopold Pagel, uebst einem Nachtrage ùber die Goncordan-
ciae des Petrus de Sancto Floro. Berlin, G. Reimer, 1894. In-8°,
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aus Oesterreich (xu-xvm. Jahrh.). Ergànzung zu dem Werke : « Inté-
rieurs, etc. » Heliogravuren nach photographischen Aufnahmen. Mit
eriâuterndem Text von Alb. Ilg. I. Wien, A. Schroll, 1895. Gr. in-fol.,
4 p. et 25 pi. 30 m.
249. ScHMiDT (Otto). Intérieurs von Kirchen und Kapellen in Oester-
reich (xn-xvHi. Jahrh.). Heliogravuren nach photographischen Aufnah-
men. Mit erlàuternden Text von Alb. Ilg. I. Wien, A. Schroll, 1895.
Gr. in-fol., 9 p. et 25 pi. 30 m.
250. ScHÔNHERR Gyula. Gorvin Jânos, 1473-150i. Budapest, M. Râth,
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vidnedœd. 2 del. Savonarolas liv og gerning i det M Firenze indtil hans
dœd pa balet (1495-1498). Kristiania, Lutherstiftelsens Boghandel.
Gr. in-8o, viii-206 p. 2 kr. 50.
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di Timoteo Benedei, di Diomede Guidalotti e d'incerto, pubblicati da
F. Flamini per le nozze di Amedeo Crivellucci coa Lidia von Brunst).
Pisa, tip. di F. Mariotti, 1895. In-8°, 8 p.
259. Spont (Alfred). De cancellariae regum Franciae officiariis et
emolumento (1440-1523) (thèse). Besancon, impr. Jacquin, 1894. In-S»
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1509). Montpellier, impr. Hamelin frères, s. d. In-8°, 12 p. (Extrait de
la Revue des langues romanes.)
261. Spreitzenhofer (Ernest). Die Entwicklung des alten Mônchthums
in Italien von seinen ersten Anfângen bis zum Auftreten des heil.
Benedikt. Wien, Heinrich Kirsch, 1894. In-8°, 139 p.
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ihrem Ursprunge bis zur Gegenwart. Sternberg, F. Pialek, 1895. In-S»,
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263. Strakosch-Grassmann (Gustav). Geschichte der Deutschen in
Oesterreich-Ungarn. I" Band. (Von den àltesten Zeiten bis zum Jahre
955.) Mit einem Sachregister. Wien, Cari Konegen, 1895. In-8°, vni-
551 p.
264. Studio (Lo) di Napoli nel rinascimento, dal dott. Ercole Canna-
vale. Torino, G. Glausen, 1895. In-S^, 87-ccxci p. 6 1.
265. Teulié (H.). Mémorandum des consuls de la ville de Martel.
Paris, Emile Bouillon, 1895. In-8o, 47 p., 2 pi. en phototypie. (Extrait
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266. Trautenberger (Gustav). Die Chronik der Landeshauptstadt
Brùnn. II, 2-3. Bis zu Karl V. Leipzig, Literarische Anstalt, 1895.
In-8o, p. 81-223.
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attribuite agli Orcagna, a Buffalmacco, al Lorenzetti e a Giotto resti-
tuite ai loro veri autori, con documenti inediti. Pisa, E. Spœrri, 1894.
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« l'Avenç, » 1894. In-16, xvi-171 p. (Les Chroniques catalanes.) 3 p.
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I : Personalverzeichnis von 1409 b. bis 1419 a. Aus den àltesten Matri-
keln der Universitât zusammengestellt. Leipzig, M. Spirgatis, 1895.
In-4°, xv-118 p. 10 m.
270. Urban il') cortese. (Pubblicato da Leandro Biadene per le nozze
di Amedeo Crivellucci con Lidia von Brunst.) Pisa, tip. di G. Mariotti,
1895. In-B», 12 p.
271. Urkundenbucb der Stadt Leipzig. III (Schluss-) Band. Heraus-
gegeben von Jos. Fôrstemann. Leipzig, Giesecke und Devrient, 1895.
In-4o, xii-422 p. (Codex diplomaticus Saxoniae regiae, II, x.) 20 m.
272. Urkundenbucb von Stadt und Kioster Bùrgel. I. Theil : 1133-
1454. Bearbeitet von Paul Mitzschke. Gotha, F. -A. Perthes, 1895.
In-8o, xxxvni-569 p. (Thùringisch-sàchsische Geschichtsbibliothek, III.)
12 m.
273. UssiNG (H.). Frants af Assisi. Syv foredrag. Kœbenhavn, Gad,
1894. In-8°, 164 p. 2 kr. 50.
274. Uslar-Gleichen (Edm. Freiherr von). Geschichte der Grafen
von Winzenburg. Hannover, G. Meyer, 1895. In-8°, xv-343 p., 2 tableaux
généalogiques. 8 m.
275. Van Vloten (G.). Recherches sur la domination arabe, le chii-
tisme et les croyances messianiques sous le khalifat des Omayades.
Amsterdam, Johannes Millier, 1894. Gr. in-S", v-81 p. (Verhandelingen
der koninkl. Akademie van wetenschappen te Amsterdam, Afdeeling
letterkunde, I, 3.)
276. Van Werveke (N.). Catalogue descriptif des manuscrits de la
bibliothèque de Luxembourg. Luxembourg, impr. Fr. Bourg-Bourger,
1894. In-8°, v-509 p.
277. Vie et miracles de la bienheureuse Philippe de Chantemilan.
Documents du xv« siècle, publiés d'après le manuscrit de M. Chaper,
avec une introduction par M. le chanoine Ulysse Chevalier. Paris,
Picard, 1894. In-S", xliii-101 p. (Documents historiques inédits sur le
Dauphiné, 8.)
278. VioLLET (Paul). Les États de Paris en février 1358. Paris,
G. Klincksieck, 1894. In-4o, 36 p. (Extrait des Mémoires de l'Académie
des inscriptions et belles-lettres, t. XXXIV, 2« partie.)
279. VuiLHORGNE (L.). Lcs Fouilles du cimetière frank de Martincourt
(Oise). Beauvais, impr. Schmutz, 1894. In-18, 8 p.
280. Wauters (Alphonse). Ville de Bruxelles. Inventaire des cartu-
BIBLIOGRAPHIE. 213
laires et autres registres faisant partie des archives anciennes de la ville.
T. ler, 2® fasc. Bruxelles, impr. veuve Julien Baertsoen, 1894. In-8°,
p. 337-591.
281. Welch (Charles). History of the Tower Bridge and of other
bridges over the Thames built by the corporation of London. With a
description of the Tower Bridge by J. Wolfe Barry, and an intro-
duction by the rev. canon Benham. London, Smith, Elder and G», 1894.
In-4o, x-284 p., plans et grav.
282. Wiener (Eine) Briefsammlung zur Geschichte des deutschen
Reiches und der ôsterreichischen Lânder in der zweiten Hâlfte des
xni. Jahrhundei ts. Nach den Abschrifîen von Albert Starzer herausge-
geben von Oswald Redlich. Wien, F. Terapsky, 1894. ln-8°, lv-422 p.,
3 pi. (Mittheilungen aus dem Vaticanischen Archiv, II.)
283. Wirtembergisches Urkundenbuch. Herausgegeben von dem kgl.
Staatsarchiv zu Stuttgart. VI. Stuttgart, K. Aue, 1895. In-4°, xxvi-
580 p. 10 m.
284. WoLKAN (Rudolf). Geschichte der deutschen Literatur in Bôh-
men bis zum Ausgange des xvi. Jahrh. Prag, A. Haase , 1894.
Gr. in-8°, xvi-538 p. 10 fl.
285. Wùrttembergische Geschichtsquellen. Im Auftrage der wiirt-
tembergischen Kommission fur Landesgeschichte herausg. von Dietrich
Schàfer. II. Stuttgart, W. Kohlhammer, 1895. In-8°, ni-614 p., carte.
6 m.
286. Zerbi (Luigi). I Visconti di Milano e la signoria di Lucca: noti-
zie e document!. Gomo, Luzzani, 1894. In-8o, 104 p. 1 1. 50.
287. ZiMMERMANN (Max-Georg). Die Spuren der Langobarden in der
italischen Plastik des i. Jahrtausends. Leipzig, E.-A. Seeman, 1895.
In-8°, 30 p. (Allgemeine Zeitung, Beilage.)
288. ZoLNAi Gyula. Nyelvemlékeink a kônyvnyomtatâs korâig. [Textes
de langue antérieurs à la découverte de l'imprimerie.] Budapest, librai-
rie de l'Académie, 1894. In-4o, iv-296 p. 6 fl.
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Le 25 avril, la Société de l'École des chartes a procédé au renouvel-
lement annuel de son bureau et de ses commissions.
Ont été nommés :
Président : M. Giry.
Vice-président : M. Babelon.
Secrétaire : M. Guilhiermoz.
Secrétaire-adjoint : M. Courteault.
Commission de publication : Membres ordinaires, MM. Delisle, de Las-
teyrie et Omont; membres suppléants : MM. Ledos et Valois.
Commission de comptabilité : MM. de Barthélémy, Bruel et Morel-
Fatio.
Archiviste-trésorier : M. Eugène Lefèvre-Pontalis.
— La fondation de M""^ la marquise Arconati-Visconti, que nous avons
annoncée dans notre dernier volume (p. 556), vient d'être approuvée
par un décret dont voici la teneur :
Le Président de la République française.
Sur le rapport du ministre de l'Instruction publique, des beaux-arts
et des cultes;
Vu l'acte notarié, en date du 12 juillet 1894, par lequel la dame
Marie-Louise-Jeannc Peyrat, veuve du sieur Granmartino Arconati-
Visconti, a fait donation entre vifs à l'École nationale des chartes d'une
rente annuelle et perpétuelle de douze cents francs, qu'elle s'oblige à
verser, pour être employée à servir deux pensions annuelles de six cents
francs chacune à deux élèves sortants de l'Ecole;
Vu la délibération du Conseil de perfectionnement de l'École natio-
nale des chartes, en date du 2 juin 1894;
Vu la loi du 11 floréal an X;
Vu le décret du 25 juillet 1885;
La section de l'Intérieur, des cultes, de l'instruction publique et des
beaux-arts du Conseil d'État entendue,
Décrète :
Article premier. — Le directeur de l'École nationale des chartes est
autorisé à accepter au nom de cet établissement, aux clauses et condi-
tions énoncées dans l'acte notarié du 12 juillet 1894, la donation d'une
CHRONIQUE ET Me'LANGES. 217
rente annuelle et perpétuelle de douze cents francs faite à la dite École
par la dame veuve Arconati-Visconti, pour servir deux pensions
annuelles de six cents francs chacune à deux élèves sortants de l'École
choisis par le Conseil de perfectionnement.
Art. 2. — Ces pensions prendront le nom de « Fondation Peyrat. »
Art. 3. — Le ministre de l'Instruction publique, des beaux-arts et
des cultes est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 11 février 1895.
Signé : Félix Faure.
Par le Président de la République,
Le ministre de l' Instruction publique, des beaux-arts et des cultes,
Signé : R. Poincaré.
— La soutenance des thèses des élèves de l'École des chartes a eu lieu
le 28 et le 29 janvier 1895. Les sujets traités par les candidats étaient
les suivants :
Essai sur les attributions des procureurs généraux-syndics, des pro-
cureurs-syndics et des procureurs des communes, par Albert Bléry.
Étude sur les coutumes de Clermont en Beauvaisis en 1496, par
Henri Bourde de la Rogerie.
Étude sur le droit de gîte, des origines au x^ siècle, par Gaston
CoUon.
Hildebert de Lavardin, évèque du Mans, archevêque de Tours (1056-
1133), sa vie, ses lettres, par Adolphe Dieudonné.
Histoire de la ville et de la commune de Douai , des origines au
xv® siècle, par Georges Espinas.
Essai sur Robert II de la Marck, seigneur de Sedan, mort en 1536,
par Robert Goubaux.
Géographie historique du Berry; ses divisions et ses juridictions féo-
dales, ecclésiastiques et administratives, par Eugène Hubert.
Essai historique sur l'Hôtel-Dieu de Goutances, par Paul Lecacheux.
Étude sur le temporel de l'abbaye Saint-Pierre de Gorbie, des origines
au xv« siècle, par Auguste Petit.
Étude historique et économique sur les moulins de la Franche-Comté
et du pays de Montbéliard, du x« siècle à la Révolution, par Georges
Riat.
Le procès de Guichard de Troyes (1308-1313), par Abel Rigault.
Les thèses ont été classées comme il suit par ordre de mérite :
1. Thèse de M
Rigault.
2. —
Lecacheux
3. —
Riat.
4. —
Hubert.
5. —
Petit.
2^8 CHRONIQUE ET Me'lANGES.
6. — Bourde de la Rogerie.
7. — Goubaux.
8. — Dieudonné.
9. — CoUon.
10. — Espinas.
H. — Bléry.
Par arrêté ministériel du 7 février 1895, ont été nommés archivistes
paléographes :
\o Par ordre de mérite :
MM. RlG.\ULT,
Lecacheux,
RiAT,
Bourde de la Rogerie,
Petit,
Dieudonné,
Hubert,
Espinas.
2° Sans classement, comme appartenant à des promotions anté-
rieures :
MM. Bléry,
COLLON,
Goubaux.
— Par décret en date du 27 mars 1895, M. l'abbé Duchesne a été
nommé pour six ans, à dater du 16 avril 1895, directeur de l'École fran-
çaise de Rome, en remplacement de M. Geffroy, admis sur sa demande
à la retraite et nommé directeur honoraire.
— Par arrêté du 13 février, M. Enlart, archiviste paléographe, a été
chargé, du l" février au l®"" juin 1895, d'un cours d'archéologie du
moyen âge à l'École des chartes, pendant l'absence de M. de Lastcyrie,
député.
— Par arrêté du 23 février 1895, notre confrère M. Duchemin a été
nommé stagiaire au Département des imprimés de la Bibliothèque
nationale.
— Par le même arrêté, notre confrère M. Dorez a été nommé sous-
bibliothécaire au Département des manuscrits de la Bibliothèque
nationale.
— Notre confrère M. Rigault a été nommé attaché au bureau histo-
rique des Archives du ministère des Affaires étrangères.
— Par arrêté du 22 février, notre confrère M. Collon a été nommé
conservateur de la bibliothèque de Tours.
CHRONIQUE ET Me'lANGES. 2-19
— Par arrêté du 31 janvier 1895, notre confrère M. Mazenod est
nommé archiviste du département de la Lozère, en remplacement de
M. Sache, démissionnaire.
— Notre confrère M. Chavanon a été nommé archiviste du départe-
ment de la Sarthe.
— Par arrêté du 5 mars, notre confrère M. F. Glaudon a été nommé
archiviste du département de l'Allier, en remplacement de M. A. Vays-
sière.
— Par arrêté du 29 mars, notre confrère M. Lemoine a été nommé
archiviste du département du Finistère.
— Le 6 mars 1895, notre confrère M. Élie Berger a soutenu devant
la Faculté des lettres de Paris ses thèses pour le doctorat sur les sujets
suivants :
Thoms Cantipratensis Bonum universale de apibus quid illustrandis
ssBCïili XIIl moribus conférât.
Histoire de Blanche de Castille, reine de France.
M. Élie Berger a été déclaré digne d'obtenir le grade de docteur avec
mention très honorable.
— Le 13 mars 1895, notre confrère M. Charles Petit-Dutaillis a sou-
tenu devant la Faculté des lettres de Paris ses thèses pour le doctorat
sur les sujets suivants :
De Lacedsmoniorum reipublicx temporibus (222-146 a. G.).
Étude sur la vie et le règne de Louis VllI (1187-1226).
M. Petit-Dutaillis a été déclaré digne d'obtenir le grade de docteur
avec mention très honorable.
— Par arrêté du 19 mars, notre confrère M. Babelon a été nommé
membre de la section d'archéologie du Comité des travaux historiques
et scientifiques.
— Par décret en date du 19 avril 1895, notre confrère M. Paul Meyer
a été nommé officier de la Légion d'honneur.
— Par arrêté en date du 20 avril 1895, ont été nommés :
1° Officiers de l'Instruction publique : Nos confrères MM. Durand et
Lefèvre-Pontalis (Eugène).
2» Officiers d'Académie : Nos confrères MM. Delachenal, Enlart et
Labande.
— Notre confrère M. J. Delaville Le Roulx a été nommé par S. A.
le prince grand maître de l'ordre de Malte, résidant à Rome, chevalier
« de grâce magistrale. »
— Le conseil municipal de Paris, dans sa séance du 12 avril 1895,
sur le rapport de M. Berthelot, a adopté, dans les termes suivants, la
220 CBRONIQUE ET MÉLANGES.
proposition qui lui avait été faite sur le recrutement du personnel des
bibliothèques et archives municipales :
« Le Conseil,
« Vu le règlement du 15 décembre 1883,
« Délibère :
« Le personnel des services ci-après :
« Bibliothèque de la ville et collections historiques;
« Bureau des archives ;
« Bureau des bibliothèques administratives,
pourra, dans la proportion de moitié des vacances, être recruté, en
dehors des conditions du règlement, parmi les candidats pourvus de
l'un des diplômes d'archiviste paléographe ou de licencié es lettres,
« Ou encore sur la présentation du Comité des travaux historiques
parmi les auteurs de travaux historiques ou archéologiques d'un mérite
exceptionnel.
« Les candidats des deux premières catégories ne pourront débuter
qu'avec le grade de commis rédacteur ou de commis principal. »
BIBLIOGRAPHIE DES TRAVAUX DE M. VAYSSIÈRE.
Le 3 février 1895 est mort à Moulins notre confrère M. Augustin
Vayssière, archiviste du département de l'Allier.
M. Vayssière était né à Vers-sous-Sellières (Jura), le 29 décembre
1850. Il sortit de l'École des chartes en janvier 1875, après avoir sou-
tenu une thèse intitulée : « Le comte de Bourgogne Othon IV, sa vie,
ses actes, son administration et ses rapports avec Philippe le Bel. » Avant
d'être nommé archiviste du département de l'Allier, il avait successive-
ment administré les archives de l'Ain, du Jura et de la Corrèze.
Voici la liste des travaux de M. Vayssière :
La Guerre dans la terre de Saint-Claude en 1673 et 1674. Saint-
Claude, 1872. In-8°, 51 p.
Renaut de Louons, poète franc-comtois du xiv<= siècle. Paris, impr.
Goupy, 1873. In-S", 16 p.
Le Pas des armes de Sandricourt, relation d'un tournoi donné en
1493 au château de ce nom, publié d'après un manuscrit de la biblio-
thèque de l'Arsenal et l'imprimé du temps. Paris, Willem, 1874. In-16,
xxxn-80 p.
Voltaire et le pays de Gex. Lettres et documents inédits. Bourg,
Grandin, 1876. In-8°, 79 p.
Antoine Du Saix. Le Blason de Brou, réimprimé. Bourg-en-Bresse,
Grandin, 1876. In-16, xxi-48 p. (Curiosités littéraires de l'Ain, n" 1.)
Huit ans de l'histoire de Salins et de la Franche-Comté (1668-1675).
Mémoires contemporains. Poligny, impr. Mareschal, 1876. In-8°, vn-
156 p.
CHRONIQUE ET Me'lANGES. 22^
Inscriptions recueillies dans l'église de Brou. Bourg-en-Bresse, Gran-
din, 1876. In-8°, 19 p.
Notes sur l'industrie en Bugey à la fin du siècle dernier. Bourg,
librairie du Moniteur de l'Ain, 1878. In-16, 35 p. (Extrait du Moniteur
de l'Ain.)
Courses pittoresques dans le département de l'Ain. Bourg-en-Bresse
et la vallée de la Reyssouze. Texte par A. V., eaux-fortes par Paul
Morgon. Bourg, Martin-Battier, 1879. In-4°, vi-136 p., 13 grav.
Notes pour l'histoire des communes de la Gorrèze. Tulle, impr. veuve
Lacroix et L. Moles, 1883. In-12, 42 p.
Générale description du Bourbonnois, par Nicolas de Nicolay, publiée
avec une introduction et une table annotée des noms de personnes et
de lieux. Moulins, H. Durond, 1889. In-8°, xix-221 et 240 p., 2 pi.
De l'administration municipale de Moulins avant la Révolution.
Moulins, impr. de E. Auclaire, 1889. In-S", 36 p.
Les États du Bourbonnais. Notes et documents. Moulins, H. Durond,
1890. In-8°, 57 p.
Reconnaissance des leydes, péages et autres droits que prend et exige
Mgr le duc de Bourbonnais en la ville et franchise de Montluçon. Mou-
lins, H. Durond, 1890. In-8°, 15 p.
Le Monastère de Sainte-Claire de Moulins, par le P. Jacques Fodéré.
Introduction, notes et appendice par A. V. Moulins, Durond, 1892.
In-8°, 35 p.
Procès-verbal de la généralité de Moulins dressé en 1686 par Florent
d'Argouges, intendant en ladite généralité. Moulins, H. Durond, 1893.
In-8°, xn-292 p.
Il a rédigé les articles 177-227 de l'ouvrage suivant : Département
du Jura. Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures
à 1790, rédigé par MM. Prost, Vayssière et Libois. Archives ecclésias-
tiques. Série G. Lons-le-Saunier, impr. L. Declume, 1892. In-4°,
in-444 p.; et une partie de l'Inventaire sommaire des archives départe-
mentales antérieures à 1790, rédigé par MM. Vayssière et A. Hugues.
Gorrèze. Archives civiles, série B. G. D. E. (Supplément.) Tome III.
Tulle, impr. veuve Lacroix et L. Moles, 1889. In-4°, 352 p.
Il avait fondé les Archives historiques du Bourbonnais, recueil men-
suel (Moulins, H. Durond, 1890-1891, 2 vol. in-8°), où il a inséré plu-
sieurs articles anonymes.
Il a encore publié :
Dans les Annales Bourbonnaises, fondées par lui et par M. E. Delaigne
(Moulins, impr. E. Auclaire, gr. in-8'') :
Les deux de Lorme et les bains de Bourbon aux xvi^ et xvn^ siècles
(1887, p. 19-26, 53-60).
Note sur le manuscrit de la Chronique du bon duc Loys de Bourbon,
222 CHRO?îIQUE ET MELAIVGES.
appartenant à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg, et sur le siège de
Belleperche (1887, p. 84-95).
La Ferté-Hauterive (1887, p. 152-159).
Le Château d'Arisolles (1887, p. 165-168).
Le Château de Busset (1887, p. 21-2-216).
Saint-Pourçain pendant la Ligue (1887, p. 249-253, 280-286. Tiré à
part, formant la 2^ partie de : le Bourbounais, le sol et ses habitants.
Moulins, Auclaire. In-S», 12 p.).
Jacques de la Brosse (1887, p. 312-317).
La Mort du bon duc Loys (1887, p. 340-343).
Chapiteaux romans de l'église de Souvigny (1887, p. 386-387).
Les Tombeaux de l'église des cordeliers de Champaigne (1888, p. 41-45).
Dans les Annales de La Société d'émulation (agriculture, lettres et arts)
de l'Ain (Bourg, impr. Barbier, in-8°) :
Les Archives de l'Ain. Assemblées du clergé de Bresse et de Bugey
(1876, p. 81-91, 201-204, 297-302; 1877, p. 176-184).
Un Placard de 1571. Note sur les commencements de l'imprimerie à
Bourg-en-Bresse (1877, p. 88-96. Tiré à part. In-8°, 14 p.).
Les Archives de l'Ain. Chapitre et église Notre-Dame de Bourg (1877,
p. 267-299).
Les Stalles de l'église Notre-Dame de Bourg (1877, p. 395-400).
Notes historiques et archéologiques sur les communes do l'Ain. Bou-
ligneux (1878, p. 90-94); Ambronay (1878, p. 288-291); Saint-Jean-le-
Vieux et l'Abergement-de-Varcy (1879, p. 222-224).
Église et chapitre de Varambon (1878, p. 194-200).
Les Archives de l'Ain. Chapitre de Trévoux (1878, p. 388-396).
Saint Guignefort. Origine et histoire du culte rendu à ce prétendu
saint dans la paroisse de Romans (Ain) (1879, p. 94-108, 209-221. Tiré
à part. Lyon, R. Châteauneuf, 1879. In-8°, 35 p.).
Verjon (1879, p. 108-109).
Dans V Annuaire du département du Jura (Lons-le-Saunier, impr.
Damelet, in-12) :
L'Apocalypse de Saint-Oyent (manuscrit de la Bibliothèque natio-
nale de Paris) (1874, p. 75-79).
M. Vayssière a rédigé la partie historique de cet Annuaire en 1881
et 1882.
Dans le Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Gorrèze
(Tulle, impr. Crauflbn, in-8") :
Lettres de Charles VII permettant aux habitants de Bort de lever
une I aide » sur le vin, le sel, le bétail et les denrées vendues dans la
ville (26 mai 1437) (1882, p. 420-423).
L'Ordre de Malte en Limousin au xvn« siècle (1882, p. 491-512 ; 1884,
p. 21-206).
Les Archives do la Corrèze en 1882 et 1883 (1883, p. 603-627. Tiré
CHROJVIQOE ET ME'lANGES. 223
à part. Ia-8o, 27 p.); ea 1883-84 (1884, p. 492-498); en 1884-85 (1885,
p. 668-672).
Dans le Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique
de la Corrèze (Brive, impr. Marcel Roche, in-8°) :
Gimel et Séclières (1883, p. 31-84).
Les Dames de Goyroux (1883, p. 365-379).
Les Seigneurs de Serilhac et les vicomtes de Turenne (1884, p. 23-51).
Contribution à l'histoire des guerres de rehgion en bas Limousin
(1884, p. 197-211).
Le Prieuré de Saint-Angel (1884, p. 357-448 et 591-609).
Les Malheurs d'un abbé de Vallette (1885, p. 35-41).
Documents relatifs à l'hist. de la maison de Turenne (1885, p. 309-402).
Dans le Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques
(Paris, Impr. nationale, in-8o), section d'histoire : Fragment d'un compte
d'Etienne de la Baume, dit le Galois, relatif à certaines dépenses faites
par ordre du Roi pour la préparation d'une croisade (1335) (1884, p. 314-31 5).
Dans les Mémoires de la Société d'émulation du Jura (Lons-le-Saunier,
impr. Gauthier frères, in-8°) :
Étude archéologique sur les stalles de la cathédrale de Saint-Claude
(1874, p. 77-110, 2 pi. Tiré à part. In-8°, 36 p. et 2 pi.).
Obituarium abbatiœ Castri-Caroli, ou Notice des abbesses, religieuses
et bienfaiteurs de l'abbaye noble de Château-Ghalon (1875, p. 117-207.
Tiré à part. In-8°, 103 p.).
Lettres de rémission accordées à Lacuzon et à des Franc-Comtois
pour crimes et délits commis pendant la guerre de Trente ans (1879,
p. 359-393).
Le Livre d'or ou livre des vassaux de l'abbaye de Saint-Claude (1884,
p. 171-239).
JEAN DE MAÇON, PROFESSEUR D'ORLÉANS.
M. le professeur Wilhelm Meyer, auquel nous devons un excellent
catalogue des manuscrits de Goettingue^, a été amené, au cours d'une
polémique avec M. Steffenhagen, à rédiger une très intéressante notice
sur un professeur de droit de l'Université d'Orléans, Jean de Màcon,
cité dans un commentaire sur les Institutes, n» 55 de la série juridique
de la bibliothèque de Goettingue. Le souvenir de ce professeur doit
être soigneusement gardé parmi nous, ne fût-ce que pour la place qu'il
occupe dans l'histoire de Jeanne d'Arc. Nos lecteurs nous sauront donc
gré de leur communiquer un extrait du mémoire qui a récemment paru
dans les Nachrichten der K. Gesellschaft der Wissenschaften zu Gottingen ^,
1. Verzeichniss der Handschriften im Preussischen Staate.I. Eannover. 1-3.
Gottingen. 1893 et 1894. 3 vol. in-S».
2. Philolog. histor. Klasse, 1894, n° 4.
224 CHRONIQUE ET ME'lANGES.
SOUS le titre de Glossen zu einigen juristischen Handschriften in Goettin-
gen. M. W. Meyer, dont les travaux sur la littérature grecque et latine,
de l'antiquité et du moyen âge, ont obtenu de très légitimes succès, est
parfaitement préparé à traiter des questions se rattachant à l'histoire
de France, comme il l'a déjà montré par ses observations sur le manus-
crit original du grand ouvrage historique de Thomas Basin. Voici dans
quels termes il a parlé de la vie et des écrits de Jean de Mâcon.
En 1378, nous trouvons Johannes de Matiscone, de Cluniaco, Matisco'
nensis diocesis, clericus, licenciatus in legibus, scolaris in Décréta.
En 1382, il est reconnu comme le docteur de la nation d'Allemagne
à l'Université d'Orléans*.
La même année, il court les plus grands dangers dans une émeute
dirigée contre les écoliers par la populace d'Orléans 2.
En 1393, il est qualifié de legum doctor, succentor ecclesix Aurelianen-
sis, in diclo studio ordinarie actu regens.
En 1394, Johannes de Masticone, subdiaconus, Masticonensis diocesis,
legum professer, Aurelianis actu regens.
[Le 3 octobre 1398, Johannes de Matiscone, legum doctor, canonicus et
succentor ecclesie Aurelianensis, fait une fondation dans l'église de Saint-
Sanson d'Orléans^.]
En 1419, il avait emprunté à la bibliothèque de l'Université deux
livres : Bartolus super Digesto veteri et Repetitiones Pétri''.
En 1421, il est qualifié de succentor ccclesix Aurelianensis^.
Jean de Mâcon a dû vivre très vieux ; il fut témoin des merveilleux
événements de l'année 1429. Nous lisons dans une relation contempo-
raine, la Chronique de l'établissement de la fête du 8 mai à Orléans :
« Et après Jehanne la Pucelle s'en alla à l'église de Sainte-Croix, et là
parla à messire Jehan de Mascon, docteur, qui estoit un très sage
homme, lequel luy dit : « Ma fille, estes-vous venue pour lever le
« siège? ù A quoy elle respondit : « En nom Dé, dist-elle, ouy. » —
< Ma fille, dit le sage homme, ilz sont fors et bien fortiffiés, et sera une
« grant chose à les mettre hors. » Respondit la Pucelle : « Il n'est rien
« impossible à la puissance de DieuC. i Un peu plus loin, l'auteur fait
remarquer que e il y a pour le présent des jeunes gens qui à grant
peine pourroient-ilz croire ceste chose ainsi advenue'^. » L'auteur était
t. M. Fournier, Statuts des Universités, t. I, p. 146.
2. Ibid., p. 159.
3. Acte publié par M. Boucher de Molandon dans Mëm. de la Soc. archéol.
de l'Orléanais, t. XVIU, p. .333.
4. Fournier, Statuts des Universités, t. Il, p. 200.
5. Ibid., p. 202, et Mém. de la Soc. archéol. de l'Orléanais, t XVIII,
p. 340.
6. Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, t. V, p. 291.
7. Ibid., p. 298.
I
CHRONIQUE ET MELANGES. 225
donc d'un âge avancé quand il parlait ainsi, et cette particularité aug-
mente beaucoup la vraisemblance d'une conjecture du très perspicace
Quicherat, qui s'est posé cette question : « Jean de Mâcon ne serait-il
pas l'auteur de la présente relation? » Il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il
se qualifie de <r très sage homme; » cela est assez conforme aux usages
du temps. Ainsi, cinquante ans plus tard, Thomas Basin, dans sa
grande Chronique, excellemment publiée par Quicherat, ne s'est pas
fait connaître comme l'auteur de cette histoire; mais il s'y est désigné
lui-même comme vir in divinis et humanis litteris non mediocriter insti-
tutus, sed, quod est prestantius, consilio, prudentia et in Deum ac proxi-
mum sincera caritate satis conspicuus, atqiie unus inter ceteros Galliarum
episcopos illius temporis multum famosus. Toujours est-il que Jean de
Mâcon avait souvent parlé de ses rapports avec Jeanne d'Arc. En 1456,
un témoin du procès de réhabilitation déclarait quod audivit dici a
magistro Johanne de Mascon ^, in utroque jure doctore famosissimo, quod
ipse doctor multociens examinaverat ipsam Johannam de diclis et factis
suis, et quod non faciebat dubium quin esset missa a Deo, et quod erat res
mirabilis in audiendo loqui ipsam et respondendo, et nihil in vita sua
unquam perceperat nisi sanctum et bonum.
Suit l'indication des ouvrages juridiques de Jean de Mâcon :
I. Lectura super IV libros Institutionum. Ms. 1416 de la Mazarine,
fol. 1-93, et ms. 695 de ''Arsenal, fol. 1-93. — Le grand commentaire
sur les Institutes, qui se trouve aux fol. 97-280 du même ms. de la
Mazarine, ne serait-il pas aussi de Jean de Mâcon, puisque celui-ci est
l'auteur de toutes les autres pièces contenues dans le volume?
II. Deverborum significatione et De regulis juris. Ms. 1416 de la Maza-
rine, fol. 281-328, et ms. 324 de Turin.
m. L'explication d'un passage du Digeste (XX, 1, 21) qui se trouve
aux fol. 383-386 du ms. de la Mazarine est vraisemblablement de Jean
de Mâcon.
IV. De mater ta duelli, questio facta Aurelianis per dominum Johannem
de Matiscone, legum doctorem eximium, anno Domini 1380, die Mercurii
in vigilia Sancti Andrée. Fol. 121-126 d'un ms, d'Oxford, n° 161 du
Collège de la Reine.
V. Tractatus de usuris, compilatus per magistrum Johatmem de Mati-
scone doctorem. Ms. latin 5206 de Munich, fol. 302-315.
VI. Diverses questions de droit, dont quelques-unes datées de 1385,
veille de la Pentecôte. Ms. 40 de Beaune. — Dans le même manuscrit,
Répétitions de droit de Jean de Mâcon, à rapprocher peut-être de celles
qui ont été indiquées par A. Sander dans la Bibliolheca belgica (II, 163).
1. L'édition de Quicherat (t. III, p. 27) porte dici magistro Johanni Maçon.
M. W. Meyer a suivi le texte du ms. latin 17013, publié par M. Boucher de
Molandon, dans Mém. de lu Soc. archéol. de VOrléanais, t. XVIII, p. 311.
^895 45
226 CHBONIQUE ET MELANGES.
Vn. Arbor actionum, trois feuillets à la fin desquels on lit : hoc de
isto per dominum Johannem de Matiscone, legum subtilissimum doctorem.
Ms. 350 d'Amiens.
Dans une pièce De collatione bonorum, etc., que contient un manus-
crit de Goettingue (ThéoL, n° 153, fol. 156-158), on trouve cité à un
endroit Jo. de Mares et à un autre Jo. de Mareschona, legum doctor Aure-
lianus. Dans ce dernier nom il est aisé de reconnaître une altération du
nom de Jo. de Matiscone.
M. W. Meyer termine sa notice en exprimant le vœu qu'un des com-
patriotes de Jean de Mâcon et de Jeanne d'Arc fasse revivre la figure
oubliée d'un professeur de droit, dont l'enseignement eut beaucoup
d'éclat dans l'Université d'Orléans. Associons-nous à ce vœu, dont la
réalisation est singulièrement facilitée par les travaux de M. W. Meyer.
DE L'EMPLOI DE LA LOCUTION
« LE BON PLAISIR DU ROI. »
A l'occasion des Observations publiées par M. G. Demante dans la
Bibliothèque de l'École des chartes (LIV, 1893, p. 86 et suiv.) sur la for-
mule Car tel est notre plaisir, M. Léopold Delisle a fait connaître divers
documents relatifs à ce sujet dans un Post-Scriptum joint par M. Demante
à son article même (Ibid., p. 93). Parmi ces documents, les uns se rap-
portent au règne de Charles IV dit le Bel pour le xiv^ siècle, les autres
au règne de Charles VU et de Louis XI pour le xv», d'autres enfin au
règne de François I*' pour le xvi^ siècle, sans parler ici de textes pos-
térieurs à ceux-là. Nous croyons intéressant de signaler un document
de cette nature pour le règne de Charles VIII, c'est-à-dire pour le der-
nier quart du xv^ siècle; nous l'avons rencontré aux Archives commu-
nales de Narbonne. C'est un acte du 20 avril 1486, daté de Montpellier,
qui concerne l'administration financière, où il est question d'ordon-
nances sur les monnaies tenues en suspens par les commissaires du roi
jusques à son bon plaisir (Archives communales de Narbonne, série CG,
n° 301, cote provisoire). C'est une preuve de plus, s'il était nécessaire
d'en produire, que l'emploi des mots le bon plaisir du roi est antérieur
au règne do François I^"". Il s'agit toujours, bien entendu, d'actes dans
lesquels on parle du roi et non pas d'actes émanés du souverain.
Victor MoRTET.
LIVRE EXÉCUTÉ POUR BOUCICAUT.
Nous avons signalé, dans le dernier volume de la Bibliothèque de l'École
des chartes (p. 719), un exemplaire du livre de l'Information des princes,
n" 870 des manuscrits de Grenoble, qui porte les armes de la famille Le
CHRONIQUE ET Me'lANGES. 227
Meingre de Boucicaut, et nous ajoutions qu'il avait pu avoir appartenu
au maréchal Boucicaut. — M. de Villeneuve, qui a si heureusement mis
en lumière les Heures du maréchal, veut bien nous faire observer que
le manuscrit de Grenoble pourrait bien être le livre qui est ainsi dési-
gné dans le testament du maréchal : « Item le dit messire Jehan Le
Mengre laisse et donne à très hault et puissant seigneur messire Charles
d'Arthois, comte de Eu, pour lire quant il lui plaira, un romant nommé
Regimen principum. »
L'hypothèse de M. de Villeneuve nous semble tout à fait plausible,
LE PEINTRE JEAN VITERNE ET LES GÊLESTINS
DE MANTES.
Les documents relatifs à nos artistes français du xiv« siècle sont assez
peu nombreux pour que nous ne négligions point de recueillir ceux
qu'un heureux hasard nous fait rencontrer. Le peintre auquel se rap-
porte la pièce publiée ci-dessous ne nous est connu jusqu'ici que par la
liste annexée aux statuts des peintres parisiens de 1391. Il n'occupe
dans la liste que le quatorzième rang; il ne devait pourtant manquer ni
de talent ni de notoriété, puisque Charles V recourut à lui pour la déco-
ration de ce couvent des Gélestins, qu'il fonda en 1376, à Mantes, ou
plutôt à Limay, et qu'il combla de faveurs. L'on sait que le couvent et
ses dépendances furent détruits à la fin du xvin^ siècle et que, des pièces
d'art qu'il renfermait, l'on n'a conservé que bien peu de chose : la sta-
tue notamment de Thomas Le Tourneur, archidiacre de Tournai et l'un
des premiers bienfaiteurs du monastère. Les descriptions et les itiné-
raires anciens, très sobres de renseignements sur la maison des Géles-
tins, ne suppléent pas au silence des monuments disparus. Les indica-
tions empruntées par MM. Alph. Durand et E. Grave aux notes
manuscrites de M. de Roissy^ ne parlent point des œuvres que nous
signale la quittance de Jean Viterne.
E.-G. Ledos.
« Jehannin Viterne, paintre, demeurant à Paris, confesse avoir eu et
receu de Robert de Maule, voier et receveur de Mante pour le roy nostre
sire, la somme de trente frans d'or, bon pois du coign du roy présent
pour sa poine d'avoir paint, atout quérir huille et couleurs, c'est assa-
voir cinq ymaiges ou portail et front de l'ostel des religieulx celestins
assis à Mante ou marché aus pourceaux : les ymages de la Trinité,
1. La Chronique de Mantes (Mantes, impr. du Petit Maniais, 1883, ia-8°),
p. 239-240. L'acte de Jean Autabours, maître des œuvres du roi, relatif aux
fondations des murs de la cuisine et de l'infirmerie (13 décembre 1373], ne se
trouve point au tome XVI de VBistoire de Lévrier, comme ces auteurs l'ont
imprimé par erreur, mais au tome XV (Bibl. nat, coll. Vexin, XV, fol. 253 r*,
n« 1259).
228 CHRONIQUE ET MELANGES.
saint Père Celestin, saincte Christine, le roy et la royne ; item le cruxe-
filz de l'église de la Trinité, Nostre-Dame, saint Jehan ; item en refre-
touer de l'ostel le cruxefiement, Nostre-Dame et saint Jehan ; en chap-
pitre oudithostel Dieu que l'en bat à l'estache; et quatre colurabes ou
maistre autel de la dicte église paintes d'asur, semeez de fleurs de liz.
De laquelle somme de trente frans d'or pour ce que dit est le dit paintre
se tint pour bien poié et en quitta et quitte clama le roy nostre dit sei-
gneur, le dit receveur et tous autres à qui il puet appertenir. Donné
soubz le contrescel de la chastellenie de Mante, le vendredi ix" jour d'oc-
tobre mil CGC LX dix et sept.
« J. GODIN. »
(Bibl. nat., ms. fr. 26014, n' 2026.)
NOUVELLE NOTE SUR QUELQUES MANUSCRITS
DE LA REINE CHRISTINE <.
La Bibliothèque de l'École des chartes a donné l'hospitalité, dans son
dernier numéro de 1893 (p. 786-789), à une Note sur quelques manuscrits
de la reine Christine.
Cette Note se résumait ainsi :
En 1690, lorsque le pape Alexandre VIII eut acheté la bibliothèque
de la reine Christine de Suède, il ordonna que soixante-douze manus-
crits de la collection seraient distraits du fonds principal et affectés aux
Archives vaticanes ; mais les Archives conservèrent mal le dépôt qu'on
leur confiait. Cinquante au moins de ces manuscrits se retrouvèrent, au
milieu du xviii*' siècle, dans la bibliothèque du baron de Stosch, à Flo-
rence, et il fallut, pour en ramener un certain nombre au Vatican, que
la Vaticane les rachetât, en 1759, à la vente des collections de Stosch.
C'est dans le fonds Ottoboni, qu'on venait alors d'acquérir pour la Vati-
cane, que furent versés les manuscrits transfuges ; la Note en question
indiquait la cote de vingt et un de ces manuscrits et invitait à complé-
ter la liste.
Cet appel a été entendu. Dans le premier numéro de l'année 1894, M. de
Mas Latrie (p. 235) témoignait de la présence dans le fonds Ottoboni
d'un Registre des lettres du roi de Chypre provenant de la bibliothèque de
la reine Christine et passé par celle du baron de Stosch 2. Malheureu-
sement, le savant historien a omis de nous indiquer la cote de ce manus-
1. Cette note complémentaire est due, comme la première, à M. Paul Fabre,
professeur à la Faculté des lettres de Lille.
2. M. de Mas Latrie a cru (juc j'avais « vainement recherché au Vatican le
Registre des lettres du roi de Chypre; » c'est tout simplement dans le Catalogue
du fonds de la Reine, par Monlfaucon, que je m'étonnais de ne le point trouver,
et je m'en étonne encore.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 229
crit; celle qu'il nous donne se réfère au classement de la bibliothèque
de Stosch et non au classement du fonds Ottoboni.
Aussi, je crois devoir profiter d'un voyage à Rome pour compléter
moi-même la liste que j'avais ébauchée; cela rendra, je vois, quelques
services.
Aux vingt et un manuscrits déjà identifiés, je puis aujourd'hui en
ajouter vingt-deux autres, qui se trouvent tous dans le fonds Ottoboni :
cela porte à quarante-trois le nombre de ces manuscrits de la Reine qui,
sortis des Archives vaticanes pour entrer chez le baron de Stosch, sont
retournés de là au Vatican ; sur les cinquante, il n'en manque mainte-
nant plus que sept à l'appel, qu'on pourrait sans doute retrouver, — au
moins en partie, — dans le fonds Vatican proprement dit. On me per-
mettra, en attendant, de donner ici, — à défaut d'une description
détaillée qui viendra peut-être plus tard, — la cote de ces vingt-deux
nouveaux volumes retrouvés dans le fonds Ottoboni.
Fonds Ottoboni au Vatican.
= 2598
= 3074
= 2745
= 2943
= 2642
= 2821
= 2604
= 2613
= 2726
= 3064
= 2949
= 2954
= 2749
= 2794
= 2956
= 2953
= 3027
= 3089
= 2931
= 3009
= 3014
= 2965
GILLES DE KERAMPUIL,
ÉDITEUR DES HEURES BRETONNES.
M'oe la comtesse du Laz, née de Saisy de Kerampuil, a bien voulu
4895 45*
Cote des mss. dans la
ibliothèque de la reine
(cf. Montfaucon).
180 =
Classement de Stosch.
A. XXXI
211
—
M. XXVI
219
—
A. GLXXXIV
259
—
F. IX
339
—
A. Lxxvn
509
—
A. GGXXXI
544
—
A. GLIII
549
—
A. XLIV
563
z=.
A. GLXVI
567
—
M. XIV
701
—
F. XIX
706
—
F. XXIX
710
—
A. CLXXXVIII
773
r:z
A. GGXXXVI
830
=
F. XXX
855
ZHL
F. XXXIV
1226
H. XXXIX
1232
=
M.L
1345
E. XXVI
1601
=
H. XXI
1800
■:z:z
H. XXVI
2137
=
F. XXXVI
230 CHROXIQUE ET MEFIANCES.
nous envoyer des renseignements très précis sur Gilles de Kerampuil,
aux soins duquel sont dues l'édition des Heures bretonnes et la traduc-
tion bretonne du catéchisme de Ganisius, décrites ci-dessus dans la
Notice sur les Heures bretonnes du xyi"^ siècle.
Nous nous empressons de faire profiter nos lecteurs de l'intéressante
communication de M™^ la comtesse du Laz.
Gilles de Kerampuil avait pour aïeul Pierre de Saisy, seigneur de
Kerampuil, près de Carhaix, et pour père Jean de Kerampuil, qui au
nom patronymique de Saisy substitua le nom seigneurial de Kerampuil.
Celui-ci épousa, le 25 septembre 1526, Marie de Kerprigent. Gilles de
Kerampuil fut le troisième fils issu de cette union. On peut donc sup-
poser qu'il naquit aux environs de l'année 1530. Après la mort de ses
parents, on lui donna pour curatrice son aïeule maternelle Jeanne de
Beaucours, la même qui figure dans l'article de notre confrère et ami
M. Arthur de La Borderio, intitulé : Chronique du mardi gras 1505
(Revue de Bretagne et de Vendée, février 1857, p. 140).
Gilles obtint un canonicat dans la collégiale de Carhaix, puis la cure
de Gléden-Poher; à la date de 1573, il était en même temps recteur de
Motreff. Cléden lui doit le beau calvaire de son cimetière, les curieux
bas-reliefs qu'on voit dans son église et peut-être aussi l'élégant clo-
cher qui la surmonte.
M"*^ la comtesse du Laz possède dans ses archives plusieurs lettres
autographes de Gilles de Kerampuil et l'acte d'apposition de scellés,
lors de la mort de ce recteur, le 29 septembre 1578, au manoir presby-
téral de Cléden-Poher.
Tous ces détails sont en parfait accord avec la date qui a été ci-des-
sus assignée à la publication des Heures bretonnes.
FORMULE DE DONATION ANTÉNUPTIALE.
La formule suivante, copiée au xi^ siècle, se trouve en tète (fol. 2 \°)
d'un recueil hagiographique qui porte le numéro 8431 du fonds latin
de la Bibliothèque nationale et contient : 1° Poème en l'honneur de la
Trinité (fol. 3); — 2° Passio sanctae Benedictse (fol. 5); — 3" Vita
sancti Wilfredi, episcopi Eboracensis, auctore Fridegodo (fol. 22v")<.
C'est une formule de donation anténuptiale faite par le futur {landono,
tanado, etc.) analogue à celle qu'a publiée M. Eug. de Rozière dans son
Recueil général des formules (t. I, n" ccxxx), d'après le ms. latin 13086
(fol. 5); mais on remarquera que les clauses finales de cette nouvelle
formule doivent être rapprochées de celles du n° ccxxv du recueil de
M. de Rozière. H. 0.
l. Catalogus codd. hagiogr. latin, in Bibl. nat. Paris., éd. hagiogr. Bollaa-
diaoi (1890), \. II, p. 557.
CHRO-\rQUE ET MELANGES. 23^
« [D]um Dominus hab initio in Veteri Testamento precepit ut [relin]'
quat homo patrem aut matrem, et adherebit s[ibi] uxorem, et sint duo in
carne una^ et quod Deus [jun]sit homo no7i. séparât ^^ ego, in Dei nomine,
Famul[us] nomine, dulcissima conjuge mea, Natalia. Ego persolido et
denario^ secundum legem visus fui sponsavi, idée in ipsa hamore dul-
cedinis dabo [tibi] ha die présentera, quod in perpetuum volo esse
mansur[um], rem portionem meam inloconumcupantepago Stanpisse'*,
in [vjilla qui dicitur Flag[i]aco^, [arjpenn.^ ni. de vineis cum casuali.
Si quis vero, q[uod mijnime fieri credo, si fuerint postmodum ego ipse,
au[t ul]lus de heredibus meis, qui contra hanc dotum, qua[m] ipse
fieri et firmare rogavi, venire temtaverit, aut eam infrangere voluerit,
auro libras Xc[eni] ponat, et quod repetit nihil vindicet, sed presens [dos]
firma permaneat constipulatione subnixa. »
RÉGENTS ACCROISSEMENTS DES ARCHIVES DU TARN.
Notre confrère M. Ch. Portai vient de faire connaître les pièces qui
sont entrées aux archives du Tarn pendant les cinq dernières années
par voie de don, de dépôt, de réintégration ou d'acquisition. L'inven-
taire qu'il en a dressé remplit les quarante pages d'une brochure inti-
tulée : Département du Tarn. Accroissements des archives départementales
antérieures à Van VIII pendant les années 1890-189k. Catalogue rédigé
par M. Gh. Portai (Albi, 1895, in-8o; extrait de V Annuaire du Tarn
pour 1895).
La plupart des documents dont il s'agit offrent avant tout un intérêt
local. On y remarque plusieurs séries de registres de notaires, au nombre
d'environ 630, dont les plus anciens sont du xiv» siècle.
Entre autres pièces signalées par M. Ch. Portai on peut citer les sui-
vantes :
Ordonnance royale sur le casalage dans les sénéchaussées de Toulouse
et de Carcassonne, 1298,
Règlement des frais de justice par le sénéchal de Toulouse, J. de
Blainville, 1314.
Levée de la mainmise du roi sur les biens des nobles qui avaient
refusé le service du ban ou de l'arrière-ban lors des démêlés de la prin-
cesse de Vienne et de la reine de Navarre avec le vicomte de Nar-
bonne, 1385.
1. Cf. Gènes., II, 24; Matth., XIX, 5; Marc, X, 7, 8.
2. Cf. Matth., XIX, 6; Marc, X, 9.
3. M s. lenario.
4. Étampes, Seine-et-Marne.
5. Flagy, Seiae-et-Marne, arr. de Fontainebleau, cant. de Lorrez-le-Bocage.
6. Ms. arpem.
232 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Actes de Bertrand des Bordes, évêque d'Albi, relatifs aux coutumes
locales, 1310.
Levée de la mainmise du roi sur le consulat, 1344.
Autorisation par l'inquisiteur d'utiliser pour la défense de la ville
l'emplacement de la maison d'un hérétique, 1349.
Avis de l'approche des Anglais du Cariât ; ordre d'envoyer des arba-
létriers au Garlat de Roquefort, 1381.
Rémission royale pour avoir reçu le Pauco, 1384.
Rémission du duc de Berry à raison du tuchinat, 1384.
Rémission accordée par Béatrix, vicomtesse de Lautrec, à raison de
dommages causés aux clercs et affirmation de ses droits touchant les
élections consulaires de Castelnau de Lévis, 1328.
Exemption du payement de 300 livres accordée par le roi Philippe le
Hardi aux habitants de Castelnau « de ParacoUo, » diocèse d'Albi, 1284.
Demande de secours adressée aux consuls de Castres par un religieux
chargé de l'entretien de l'horloge, xiv« siècle.
Mandement du juge d'Albigeois de lever 150 livres à Montmiral pour
les besoins de la guerre d'Aquitaine, 1345.
Procès relatif aux revenus de l'évêque d'Albi du temps de Bernard de
Gastanet, 1278.
LA PALÉOGRAPHIE DANS LES FACULTÉS DES LETTRES.
Nous avons annoncé {Bibl. de l'École des chartes, 1894, p. 698) la nomi-
nation de notre confrère M. Joseph Berthelé à la chaire de paléographie et
de diplomatique de la Faculté des lettres de Montpellier. Il y succède à
deux autres élèves de l'École des chartes, MM. Charles-Victor Langlois
et Daniel Grand, qui y enseignèrent tour à tour. Comme eux, il vient
de publier sa leçon d'ouverture, qu'il a consacrée tout entière à parler
du Rôle de la paléographie dans les Facultés des lettres (Montpellier, impr.
centrale du Midi, 1895, in-8'>, 46 p. Extrait de la Revue des langues
romanes). Notre confrère ne s'est pas simplement attaché à démontrer
l'utilité qu'il y a pour les historiens à connaître la paléographie, qui leur
permet de recourir directement aux sources originales ; il a voulu éviter
le reproche qui avait pu être fait à M. Grand [Bibl. de V École des chartes,
1890, p. 528) d'avoir négligé la paléographie des classiques, et il a rap-
pelé tout ce que l'histoire littéraire de l'antiquité peut attendre de l'exa-
men des manuscrits ; pour l'histoire littéraire du moyen âge, l'utilité
de l'enseignement paléographique est encore plus évidente; enfin
M. Berthelé, après avoir dit quelques mots de la diplomatique, a indi-
qué le profit que l'étude du droit peut retirer de la paléographie. On le
voit, cette leçon d'ouverture est un plaidoyer habile qui montre combien
l'on a eu raison de faire une place, — encore restreinte, — à la paléo-
graphie dans l'enseignement universitaire.
CflRO-MQUE ET MÉLANGES. 233
LA NOUVELLE ÉDITION DE L'HISTOIRE DE LA JACQUERIE
PAR SIMÉON LUGE.
L'éditeur Champion a récemment fait paraître, en un volume in-octavo,
une nouvelle édition de l'Histoire de la Jacquerie, par notre regretté
confrère Siméon Luce. Il serait superflu de recommander aux lecteurs
de la Bibliothèque de l'École des chartes un livre dont la première édi-
tion était devenue très rare et dont l'intérêt s'est encore accru par l'ad-
dition d'un grand nombre de pièces inédites.
Le plan de la nouvelle édition a été indiqué par M. L. Delisle dans
un avis préliminaire que nous devons reproduire ici :
« L'histoire de la Jacquerie est le travail par lequel Siméon Luce, de
très regrettée mémoire, a débuté dans la carrière où il obtint de si écla-
tants et si légitimes succès. Il en recueillit les matériaux pendant qu'il
était encore sur les bancs de l'École des chartes. Ce fut la recherche
des documents propres à fixer la chronologie des terribles événements
de l'année 1358, à révéler les noms et la condition des acteurs ou des
comparses et à délimiter le théâtre de l'action, qui l'amena à dépouil-
ler les registres du Trésor des chartes et ceux du Parlement, dont il
devait, dans la suite, faire un si fructueux usage pour commenter les
Chroniques de Froissart et pour peindre l'état de la France au temps
de Du Guesclin. Ce fut, d'autre part, le besoin de saisir l'impression
laissée sur l'imagination des contemporains par les sinistres épisodes
de la Jacquerie qui lui fit lire et comparer les récits des chroniqueurs
et lui fit reconnaître l'importance d'une œuvre, jusqu'alors oubliée,
qu'il devait bientôt publier pour la Société de l'histoire de France, sous
le titre de « Chronique des quatre premiers Valois. »
« Le résultat dépassa les espérances qu'avait pu concevoir le jeune
élève de l'École des chartes. La thèse qu'il soutint au mois de novembre
1858, pour obtenir le diplôme d'archiviste paléographe, fut remarquée
par les examinateurs. Elle ne tarda pas à être imprimée : présentée
sous cette forme à la Faculté des lettres de Paris, avec une dissertation
latine sur le poème de Gaidon, elle valut à son auteur le grade de
docteur.
« Siméon Luce ne s'était pas laissé aveugler par l'accueil que le
public éclairé avait fait à son Essai sur l'histoire de la Jacquerie. Il lui
sembla que, pour mieux justifier les jugements flatteurs dont ce petit
livre avait été l'objet, il devait le reprendre en sous-œuvre et en déve-
lopper les diflërentes parties. Il ne perdit jamais de vue ce projet, et il
amassa patiemment les matériaux qui, dans sa pensée, devaient le
mettre à même de refondre son travail primitif et de tracer, dans la
234 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
maturité de son talent, un tableau de la Jacquerie qui aurait digne-
ment tenu sa place à côté de la Jeunesse de Du Guesclin et de Jeanne
d'Arc à Domremy.
« La rédaction n'en était pas commencée quand une mort soudaine
et prématurée a détruit toutes les espérances que nous étions en droit
de fonder sur l'ardeur et l'activité de l'éminent historien.
« Il importait cependant de faire jouir le public d'une partie au moins
du travail auquel Siraéon Luce s'était livré en vue d'une seconde édi-
tion de l'Histoire de la Jacquerie. Nous avons dû reproduire le corps
de l'ouvrage tel qu'il avait paru en 1859. On y trouvera seulement
quelques modifications de détail, dont la plupart avaient été marquées par
l'auteur sur les marges de son exemplaire; les citations ont été mises
en harmonie avec les éditions des Chroniques de Froissart, de la Chro-
nique des quatre premiers Valois et de la Chronique normande du
xive siècle, publiées par la Société de l'histoire de France depuis l'ap-
parition de l'Histoire de la Jacquerie. Rien d'essentiel n'a été changé,
ni dans le récit des événements, ni dans les jugements portés sur les
causes et le caractère des insurrections populaires qui troublèrent si
profondément plusieurs de nos provinces au cours de l'année 1358.
Mais l'Appendice, qui forme la seconde partie du volume, constitue
une œuvre tout à fait nouvelle et dont le germe seul existait dans la
première édition. Nous en avons trouvé tous les éléments dans les
papiers de Siméon Luce, qui avait copié ou fait copier dans les registres
du Trésor des chartes tous les documents se rapportant directement ou
indirectement à la Jacquerie. Les plus curieux ont été reproduits textuel-
lement; l'analyse des autres a permis de signaler en détail une foule
de petits épisodes de la Jacquerie, qui ont leur place marquée. dans les
annales de beaucoup de localités de l'De-de-France, de la Picardie et de
la Champagne. Ces analyses ont été disposées suivant l'ordre alphabé-
tique des noms des villes et villages qu'elles concernent. Elles rem-
placent une simple nomenclature, qui, sous le titre de « Tableau des
c principales localités qui furent le théâtre des effrois, » occupait quatre
pages de la première édition.
a A l'aide d'une aussi riche collection de textes nouveaux, que de
scènes curieuses et variées Siméon Luce aurait fait passer sous nos
yeux, avec la vigueur, la vivacité et l'accent patriotique qui donnent
tant d'attrait aux récits des épisodes traités dans les deux charmants
volumes intitulés : la France ■pendant la guerre de Cent ans!
a La vue de ces matériaux à peine dégrossis ravivera les regrets que
la mort de l'auteur a inspirés à tous les amis de l'histoire du xiy« et du
xv" siècle. Elle rappellera le soin minutieux avec lequel il préparait
tous ses travaux, même ceux qui à la solidité du fond joignent l'élé-
gance de la forme et l'éclat du coloris.
i
C&RONIQUi; ET MÉLANGÉS. 23S
« Des voix autorisées ont rendu hommage aux qualités supérieures
dont les écrits de Siméon Luce portent l'empreinte et au dévouement
dont il a fait preuve dans ses fonctions d'archiviste et de professeur;
elles ont rappelé en termes touchants la noblesse et la fermeté de son
caractère, son admiration, poussée jusqu'à l'enthousiasme, pour les
actes héroïques et pour les belles œuvres d'art, de littérature et de
simple érudition, son ardent désir de faire le bien et de venir en aide
à tous ceux qui recouraient à lui.
« Nous avons donc cru pouvoir nous dispenser de renouveler ici
l'expression de sentiments que partagent tous ceux qui ont eu le
bonheur de connaître Siméon Luce et qui s'associent au deuil d'une
famille cruellement éprouvée. Nous nous sommes bornés à mettre en
tête du volume la liste chronologique des écrits de l'ami dont la mémoire
nous est chère à tant de titres. »
L'HISTOIRE DE BRETAGNE, PAR A. DE LA BORDERIE.
Nous reproduisons avec le plus sympathique empressement l'annonce
de la prochaine publication d'un ouvrage qui fera le plus grand honneur
à l'École des chartes. "Voici dans quels termes les libraires de Rennes
MM. J. Plihon et L. Hervé font connaître au public la mise sous
presse de l'Histoire de Bretagne, par notre confrère M. Arthur de La
Borderie :
« Le succès complet du Cours d'histoire de Bretagne, professé à la
Faculté des lettres de Rennes de 1890 à 1894, les sollicitations pressantes
de ses auditeurs et de ses amis, ont décidé M. Arthur de La Borderie
à publier une Histoire de Bretagne comportant tous les développements
désirés par l'auteur et attendus du public.
« Nous sommes heureux d'annoncer aujourd'hui la prochaine appari-
tion de cette Histoire, monument national qui comblera les désirs de
tous les Bretons qui aiment leur province et de tous les Français qui
aiment la Bretagne.
a h' Histoire de Bretagne, tirée à 500 exemplaires seulement, compren-
dra 4 volumes au moins, 5 au plus, de format grand in-8° jésus, impri-
més par M. Vatar en caractères neufs et sur beau papier de choix. Ils
seront illustrés de cartes et plans.
« Les 200 premiers souscripteurs bénéficieront d'un prix de faveur de
12 francs par volume, payables à sa réception, et s'engageront à rece-
voir les volumes suivants. La souscription close, chaque volume sera
porté à 15 francs.
« Le premier volume paraîtra dans le courant de 1895 ; les autres
suivront dans un délai assez rapproché. »
236 CHRONIQDE ET MELANGES.
UN DIPLOME DE THIERRI V, COMTE DE HOLLANDE.
L'archiviste général du royaume des Pays-Bas a offert à la Biblio-
thèque nationale le fac-similé photographique que l'Institut militaire
de La Haye a exécuté avec une rare perfection d'un diplôme de Thierri V,
comte de Hollande, pour l'abbaye d'Egmont, en date du 26 juillet 1083.
Ce diplôme mentionne, entre autres donations, plusieurs objets mobiliers
(livres et ornements précieux) offerts au monastère par la comtesse Hilde-
garde et par Ekbert, archevêque de Trêves :
« Ornata ergo bonis moribus, uxor predicti comitis Hildegarda^ vene-
rabilis optulit et ipsa Deo sanctoque Adalberto tabulam altaris fabri-
catam auro claro gemraisque preciosis, textum œvangeliorum etiam
auro gemmisque decoratum, historiam I, medicinalem librum. EKBER-
TVS2, nominati comitis filius, Dei gratia Treverice aecclesiae archiepi-
scopus, honoravit eundem locum Ekmundensem, offerens Deo sanctoque
Adalberto crucem auream, casulam praeciosam, stolam pulcherrimam,
cingulum auro intextum, dalmaticam, subtile, missale, capitulare, histo-
riam Vêtus Novumque Testamentum continentem, multosque alios
libros, scrinium argenleum plénum reliquiis sanctorum. »
Le texte de ce diplôme a été imprimé dans les Opéra diplomatica, de
Miraîus (t. I, p. 69) et dans plusieurs ouvrages dont l'indication a été
donnée par M. Wauters, dans sa Table chronologique, t. I, p. 556.
— Pendant que cette feuille était sous presse, un nouveau deuil est
venu attrister la Société de l'École des chartes. Notre confrère M. Pierre
Bonnassieux, archiviste aux Archives nationales, a succombé le 3 mai
1895, à l'âge de quarante-cinq ans.
— Dans sa séance du 7 mai, l'Académie française a décerné le grand
prix Gobert à notre confrère M. Fagniez, pour son ouvrage intitulé
le Père Joseph.
1. Hildegarde, femme de Thierri II, comte de Frise.
2. Egberl, fils du comte Thierri II, archevêque de Trêves, mort en 993.
LES ORIGINES
DU
MONASTÈRE DE SAINT -MAGLOIRE
DE PARIS.
Les historiens ne sont pas tombés d'accord jusqu'à ce jour au
sujet de l'époque précise à laquelle fut fondé le monastère de
Saint-Magloire de Paris. Aux siècles derniers, d'illustres érudits,
tels que Gérard Dubois, Mabillon, les auteurs du Gallia chri-
stiana, l'abbé Lebeuf et d'autres encore, ont cru que cette époque
devait être fixée approximativement à l'année 965. Tout récem-
ment, deux savants critiques, le R. P. de Smedt, bollandiste',
et M. A. de la Borderie-, ont cherché à prouver que cet établisse-
ment était plus ancien et qu'il remontait à l'année 950 environ.
Le fait de savoir si l'abbaye de Saint-Magloire fut instituée à
telle date plutôt qu'à telle autre n'a en lui-même que peu d'im-
portance, et il pourrait paraître superflu de se prononcer en faveur
de l'une ou l'autre opinion, si de la solution de ce problème ne
dépendaient d'autres questions d'un intérêt plus général pour
l'histoire de notre pays.
Les auteurs que je viens de citer se sont tous appuyés pour
motiver leur dire sur un document auquel on a donné le nom de
Translatio sancti Maglorii et aliorwn PaiHsius. Ce docu-
ment, où est relatée l'histoire de la fondation de l'abbaye de
Saint-Magloire, a toujours été, et à juste titre, considéré comme
une pièce historique digne de foi, et, s'il a été interprété de
diverses façons par des savants dont l'érudition est incontestée,
1. Acta Sanctorum, t. I de novembre, p. 672 et suiv.
2. Miracles de saint Magloire, Rennes, 1891, in-8% p. 106 et suiv.
1895 \6
238 LES ORIGINES DU MONASTERE
c'est, je crois, qu'il n'a pas encore été l'objet d'une étude spéciale
et que l'on n'a point cherché jusqu'à présent à déterminer quelle
était sa forme primitive ni de quelles sources il est dérivé.
Le récit de la Translatio sancti Moglorii, dans la forme
où il nous est parvenu, peut se résumer assez brièvement. — A
la suite d'une invasion des Normands en Bretagne, au cours du
x^ siècle, l'évêque d'Aleth, Salvator, se réfugie au monastère de
Léhon, où reposait le corps de saint Magloire, l'un des apôtres de
la contrée. Déjà un grand nombre de prêtres bretons avaient
choisi cet endroit comme lieu de refuge; mais bientôt, l'asile ne
leur paraissant pas assez sur, ils quittent tous la Bretagne sous
la conduite de l'évêque Salvator et de Junan, abbé de Léhon,
chargés des reliques de saint Magloire, de saint Malo et de beau-
coup d'autres saints. Ils se joignent au clergé de Dol et de Bayeux
et errent ainsi pendant longtemps à travers diverses régions.
Puis, effrayés par de nouveaux ravages des Normands, ils
viennent à Paris, où ils sont accueillis par le duc Hugues Capet.
Celui-ci place les reliques apportées de Bretagne dans l'église de
Saint-Barthélémy et érige quelque temps après cette collégiale
en abbaye sous le nom de Saint-Magloire et Saint-Barthélémy.
La narration de cette fuite des prêtres bretons est circons-
tanciée et paraît être en majeure partie l'œuvre d'un moine qui
vivait à une époque voisine des faits qu'il relate. Mais avons-
nous aujourd'hui ce récit dans sa forme intégrale et primitive,
ou bien, au contraire, n'en avons-nous que des extraits plus ou
moins interpolés? voilà une question qu'on semble ne s'être jamais
posée, et qui cependant, comme je voudrais le prouver, mérite
d'être prise en considération.
Le texte que l'on possède de la Translatio sancti Maglorii
se rencontre dans les manuscrits, tantôt isolé, tantôt intercalé
dans une compilation historique qui eut une certaine vogue au
moyen âge. Cette compilation fut éditée en 1641 par Duchesne,
sous le titre de Fragmentum historiœ francicœ a Ludovico
pio imperatore usque ad regem Robertiim, Hugonis Capeti
filiumK En 1G90, Gérard Dubois lui emprunta la plus grande
1. EMorix Franconim Scriplores, l. III, p. 334-346. — Le tilre que Duchesne
a Jomié à cette compilatioa historique est inexact, car elle s'étend au delà du
règne de Robert le Pieux et ne se termine qu'à la mort du roi Philippe I".
Duchesne, d'ailleurs, a publié la fin de cette compilation dans le tome IV de ses
Scriptores, p. 97 et 98.
DE SlINT-MAGLOIRE DE PARIS. 239
partie du texte de la Translatio sancti Maglorii, qu'il repro-
duisit dans son Historia ecclesiœ ParisiensisK Mais jusque-là
on n'avait pas encore trouvé ce texte à l'état isolé dans les manus-
crits. Ce fut Mabillon qui, le premier, fit cette découverte : en
1706, il publia la Translatio sancti Maglorii, d'après un
vieux manuscrit, ex veteri codice-. Depuis ce temps, le même
document a été signalé comme étant transcrit en tête du Cartu-
laire du Mont-Saint-Michel 3.
Il reste à savoir maintenant si le récit qu'a découvert Mabillon
est un récit original, qui aurait été anciennement intercalé dans
la compilation historique publiée par Duchesne, ou si, au con-
traire, ce même récit n'est qu'un extrait de ladite compilation.
La réponse à cette question ne peut, suivant moi, faire de doute.
Bien que l'on ait toujours considéré comme original le récit de la
Translatio sancti Maglorii édité par Mabillon, il me paraît
certain que ce n'est autre chose qu'un extrait de la compilation
historique publiée par Duchesne.
Voici les motife sur lesquels je fonde mon opinion. En lisant
le texte rais au jour par Mabillon, on y constate a priori des
lacunes évidentes. Il y est relaté d'abord que l'évêque d'Aleth,
Salvator, par crainte d'une certaine invasion des Normands,
s'était enfui au monastère de Léhon. Puis vient cette phrase :
Inibi siquidem jam multi sacri ordinis ministri, hujus cla-
dis fragore perterriti, confluxerant. « Effrayés par le bruit de
cette défaite, beaucoup de prêtres s'étaient déjà réfugiés en cet
endroit. » Or il n'a été question jusque-là d'aucune défaite, et on
1. Dubois fait précéder l'édition qu'il donne de la Translatio des mots sui-
vants : Ea omnia excerpta sunt ex fragmenta historiœ francicx a Ludovico
Pio usque ad Robertum (livre cité, p. 547).
2. Annales ordinis S. Benedicti, t. III, p. 719.
3. Ce carlulaire, qui date du xii^ siècle, fait partie des manuscrits de la biblio-
thèque communale d'Avranches, où il est inscrit sous le n" 210. La Translatio
sancti Maglorii a été copiée aux feuillets 3 v" et 4 r° de ce carlulaire dans la
seconde moitié du xiii-^ siècle. Deux autres copies modernes de la Translatio,
faites d'après le carlulaire du Mont-Saint-Michel, se trouvent à la Bibliothèque
nationale (ms. fr. 22325, p. 697, et ms. lat. 5430 a, p. 5). m. l'abbé Pigeon, à
l'obligeance duquel je dois la connaissance de ces deux copies de la Biblio-
thèque nationale, a récemment édité le texte de la Translatio d'après le car-
lulaire du Mont-Saint-Michel, lequel offre peu de variantes avec le texte publié
par Mabillon. Cf. abbé Pigeon, Vie des saints du diocèse de Coutances et
Avranches. Avranches, 1892, in-8% t. I, p. 72-75.
240 LES ORIGINES DU MONASTERE
ne peut savoir à quel événement il est fait ici allusion. Dans la
compilation historique publiée par Ducbesne, cette même phrase
se rapporte clairement à la prise de la ville de Nantes par les
Normands. — Plus loin, dans la relation mabillonienne, il est
dit que les prêtres et les religieux réfugiés à Léhon, ne trouvant
point leur asile assez sûr, sortirent de Bretagne pour chercher
une meilleure retraite. Ensuite on lit cette transition : Verum
dum per triennium hec acerrima perduraret guerra,
Ricardus cornes Danos , Alanos et Deiros in auxiliwn
advocavit. Mais U n'a encore été parlé d'aucune guerre déter-
minée ni même du comte Richard. Il y a donc là aussi une sorte
de lacune. Au contraire, dans la compilation éditée par Ducbesne,
les mêmes mots se réfèrent expressément à la guerre qui éclata
en 960 entre le comte de Chartres Thibaut le Tricheur et Richard
de Normandie.
Il y a plus : si l'on se reporte à la première phrase du récit
mabillonien : Operueruni Dani superfîciem terre sicut locuste,
nec erat cuiquam horainum eos facile prohibere, on recon-
naît après examen que cette phrase a été empruntée mot à mot
à l'historien Hugues de Fleurj, qui écrivait vers 1114 le Liber
modernorum regum Francorum. On lit, en effet, au chapitre ii
de cet ouvrage : Cooperuerunt itaque Dani super /îcieni terre
sicut locuste, nec erat facile cuiquam hominum eos prohi-
berez. — En outre, la phrase que je citais plus haut, Ricardus
cornes Danos, Alanos et Deiros in auxiliwn advocoxit, a
été copiée également dans le même ouvrage, où on lit au cha-
pitre VI : Demum quoque [Ricardus cornes] Danos, Alanos
et Deiros sibi in auxiliuni advocans, etc.^. Le récit mis au
jour par Mabillon n'est donc point une œuvre originale, et le fait
que ce récit a été extrait de la compilation historique publiée
par Ducbesne paraîtra évident, si l'on considère que ladite com-
pilation n'est qu'une copie abrégée du Liber modernorum
regum Francorum de Hugues de Fleurj et qu'on y trouve les
deux phrases ci-dessus mentionnées, précisément aux endroits où
a été intercalé le texte de la Translatio sancti Maglorii^.
1. Cf. Monumenta Germaniœ historica, Scriptores, t. IX, p. 337 et suiv.,
édition de Waitz, réimprimée par Migae, P. t., t. 163, col. 878.
2. Migne, P. L., ibid., col. 890.
3. Il est à remarquer également que le texte de Mabillon se retrouve tout
entier, sans en excepter un seul mot, dans la compilation, tandis que, comme
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 241
Eu résumé, voici les conclusions que je crois pouvoir dès main-
tenant tirer de la discussion qui précède. — Il a existé une rela-
tion, aujourd'hui perdue, de la Translatio sancti Maglorii.
Cette relation était connue des moines de Saint-Magloire au
xif siècle. A cette époque, un religieux du monastère, transcri-
vant une compilation historique alors en vogue, y inséra d'im-
portants fragments de ce récit. Plus tard, à une date qui n'est
pas postérieure à la seconde moitié du xiii^ siècle, les moines de
Saint-Magloire avaient perdu le texte original de la Translatio
sancti Maglorii, et ils furent obligés de se reporter à la compi-
lation du XII'' siècle pour en extraire les passages où il était parlé
de la fondation du couvent. Ils firent cet extrait de dififérentes
façons. La première forme qu'ils donnèrent à cette reconstitu-
tion du récit primitif est celle du document que Mabillon a mis
au jour et qui a été transcrit vers la fin du xiif siècle en tête du
Cartulaire du Mont- Saint- Michel. Quelque temps après, ils
arrangèrent le même récit d'une autre manière. Afin de préciser
et d'éclaircir ce qu'un premier essai avait laissé de vague et
d'obscur dans la narration, ils firent de nouveaux emprunts à la
compilation historique du xif siècle ; ils lui prirent en particulier
tout le passage relatif à la destruction de la viUe de Nantes par
les Normands et aussi certains détails ayant trait aux faits et
gestes du roi Lothaire et du duc Hugues Capet. Cette seconde
rédaction fut mise en latin ; mais le texte en est perdu. Nous n'en
possédons plus qu'une traduction en prose et une autre en vers
français, toutes deux inédites. La traduction en prose française
fut exécutée en 1315^ et celle en vers français trois ans plus
tard, à l'occasion d'une translation solennelle des reliques de
saint Magloire^. Je n'insisterai pas davantage sur les particula-
on le verra tout à l'heure, la compilation contient plusieurs passages relatifs aux
origines de l'abbaye de Saint-Magloire qui ont été omis dans le récit mabillo-
nien. Ce qui prouve une fois de plus que celui-ci a été extrait de celle-là.
1. Cette traduction en prose est conservée dans le manuscrit français 13508
de la Bibliothèque nationale, fol. 57 v° à 59 v". Le récit de la translation de
saint Magloire a pour titre : « Comment et à quel temps le saint cors du
beneoit confesseur fu aporté de Bretaigne en France et à quel temps saint
Magloire et les autres cors sainz furent aportez à Paris. »
2. Cette traduction en vers français se lit dans le manuscrit 5122 de la biblio-
thèque de l'Arsenal, fol. 103 r° à 110 v°. M. A. de la Borderie, dans son livre
sur les Miracles de saint Magloire, a consacré aux deux manuscrits, qui con-
tiennent la traduction en prose et en vers, plusieurs pages intéressantes (livre
cité, p. 120-131).
242 LES ORIGÎXES DU MONASTERE
rites que présentent ces diverses rédactions d'un même récit.
Comme les éléments en ont été empruntés uniquement à la com-
pilation historique éditée par Duchesne, celle-ci reste la seule
source à laquelle l'historien ait à puiser des renseignements tou-
chant les origines de l'abbaye de Saint-Magloire.
Duchesne a publié cette compilation d'après deux manuscrits.
L'un appartenait à Gui Loisel* ; l'autre, le seul dont j'ai à m'oc-
cuper, était originaire du monastère de Saint-Magloire et conte-
nait plusieurs passages interpolés, entre autres le récit de la
Translatio sancti Maglorii, qui est l'objet de cette étude. Ce
sont ces interpolations, faites au xii° siècle par un moine de Saint-
Magloire, qui donnent de l'intérêt à l'édition de Duchesne : car
la compilation n'a en elle-même aucune valeur historique; ce
n'est, comme je l'ai déjà dit, qu'un abrégé du Liber 7noclerno-
rum regum Francorum de Hugues de Fleury-, et elle ne vaut
que par ce que vaut l'œuvre de ce chroniqueur. Il ne me paraît
pas inutile de publier à part les interpolations magloriennes ajou-
tées à cette compilation, puisqu'elles constituent les documents
primordiaux sur lesquels doit être basée l'histoire de la fonda-
tion du monastère parisien.
Le manuscrit, originaire de Saint-Magloire, que Duchesne a
utilisé pour son édition, existe encore aujourd'hui à la Biblio-
thèque nationale. C'est une copie faite en 1515 d'un manuscrit
plus ancien. On lit à la fin de cette copie : Hanc cronicam
transcripsi ex quodam libro monasteyni Sancti Maglorii
Parisiensis, quem michi tradiderunt religiosi illius eccle-
sie, in qiio libro continentur legenda sancti Bartholomei
ajiostoli, sancti Dyanisii, sancti Macuti et jjlura alia, anno
Bomini M° quingentesimo XV" ^. La compilation interpolée
1. J'ignore ce qu'est devenu ce manuscrit.
2. En dehors du Liber modernorutn regum Francorum, qu'il copie presque
toujours mot à mot, l'auteur de cette compilation a fait quelques nouveaux
emprunts à VHistoria Normannontm de Guillaume de Jumiègcs (voir en par-
ticulier le récit de la guerre entre Richard de Normandie et Thibaut le Tri-
cheur). Mais, à part les interpolations magloriennes, il n'y a rien d'original
dans cet ouvrage.
3. Bihl. nal., ms. lat. 6265, fol. 80 r°. — Voici comment Duchesne désigne ce
manuscrit dans son édition {Scriptores, III, 334) : Exemplar ex libro mona-
sterii S. Maglorii Parisiensis, descriptum anno 1515, servatum in bibliotheca
Joannis-Baptistx Bautin, regii in Castellelo consiiiarii. — L'identité de ce
manuscrit, dont s'est servi Duchesne, avec le manuscrit latin G265 a déjà été
DE SAIXT-MAGLOIRE DE PARIS. 243
était donc encore conservée à Saint-Magioire au xvf siècle, et
le volume où elle était transcrite, ce Liber monasterii Sancti
Maglorii, qu'on ne possède plus aujourd'hui, était sans doute
le manuscrit même auquel avaient été directement empruntées
les diverses rédactions de la Translatio sancti Maglorii que
j'ai précédemment signalées. A défaut de ce Liber Sancti
Maglorii, je me servirai, pour éditer les interpolations maglo-
riennes qui y étaient contenues :
1° De la copie dont je viens de parler (ms. latin 6265 de la
Bibl. nat.,fol. 61-80), =A;
2° De l'édition que Mabillon a donnée de la Translatio sancti
Maglorii, ex veteri codice, = B ;
3" Du manuscrit 210 d'Avranches (fol. 3 v° et 4 r°), lequel
contient le texte de la Translatio, édité par Mabillon, = C ;
4° De la traduction en prose française de la seconde rédaction
de la Translatio (ms. français 13508 de la Bibl. nat. , fol. 57 v°-
59^), = D;
5° De la traduction en vers français de la même rédaction
(ms. 5122 de la bibl. de l'Arsenal, fol. 103r<'-110 v»), = E.
AUCTAEIUM MaGLORIANCM
ad Uhrum abbreviatum Hugonis Floriacemis de modernis
Francorum regibus.
I. — ... [Normannorum] bestialem animositatem presul egregius
Aletine civitatis [a], Salvator nomine, cum inter alios se nulle juva-
mine perferre diffideret, sublato corpore beatissimi Machuti^ prede-
cessoris sui, Lehonense monasterium céleri cursu expetiit. Inibi
siquidem jam multi sacri ordinis ministri, hujus cladis fragore per-
terrili, confluxerant, quia idem locus non solum pro sui amenilate
pollebat precipuus, verum etiam priscorum regum magnificentia (6)
(a) nrbis ecdesie (A). — {b) munificenlia (C).
signalée par M. L. Auvray dans son élude intitulée : Documents parisiens tirés
de la bibliothèque du Vatican. Paris, 1892, in-S", p. 21, note 5.
1. Saint Malo, fondateur du monastère de l'île d'Aaron, près d'Aleth, monas-
tère qui a donné naissance à la ville actuelle de Saint-Malo. La vie de ce saint
a été publiée par Mabillon, Acta SS. ord. S. Benedicti, sxcuL, I, p. 177.
Cf. dom Plaine et A. de la Borderie, Vies de saint Malo. Rennes, 1885, in-16.
244 LES ORIGINES DU MONASTERE
raagnorutn prediorum copiis pre ceteris nobilior apparebat, maxime
cum ad sui decoris augmentum venerabile sacratissimi Maglorii*
archipresulis corpus pênes se retineret huraatum. Grex ergo ibidem
dévolus monachorum, administrante strenuissimo viro, Junano
nomine, pastorali cura, cum eterno régi indefessis militaret excubiis,
fertur eum divinitus fuisse premonitum, ut, urgente perseculionis
tempore, Galliarum in partes secederet, ubi tranquilla pace et tutis-
sima mereretur potiri requie. Quamobrem, adhortante venerabili
Salvatore episcopo, sumptis multorum sanctorum pignoribus, que
per fidelium manus undique illic devecta fuerant, sacrisque ipsius
ecclesie codicibus et signis aliisque ecclesiasticis utensilibus (a), exu-
les egrediuntur a finibus suis. Jam metas excesscrant patrie, cum
Dolensis necnon et Baiocensis ecclesie ministri se illorum junxerunt [b]
comitalui, ferentes secum sancti patriarche Sansonis^ insuper (c) et
gloriosi episcopi-' Senatoris [d) sanctorumque pontificum Paterni et
Scubilionis' venerabiles artus, una, diu multumque per extera et
incognita loca peregrinaturi.
II. — ... Verum, dum per triennium bec acerrima perduraret
guerra,... a [paganorum] infestatione cum Gallia diversis concuterc-
tur incommodis, venerandus Salvator episcopus (e) cum multorum
sanctorum pignoribus, paucis fidelibus suo comitatui junctis (/"), ob
imminentcm rabiem barbarorum Parisius, urbem nobilem munilissi-
mamque, adierunt [g]. Quam ingrcssi, cum, sicul moris est ipsius
gentis, eorum desolationi dulcissimo affectu compaterentur, eorum
inopia caritate quorumdam fidelium satis abunde supplebatur. Ali-
quantisper denique ibidem demorati [h), cum paganorum immanita-
(a) ustensiliis (A). — [b) heserunt (B et C). — (c) necnon (B et C). —
{(1) Sanaloris (C); « Sanaleur » (D); « Sanalor » (E). — (e) A ajoute : de quo
longe superius senno habitus est- — (f) cum muUorum sanctorum pignoribus
manquent dans B et C, qui portent seulement paucis secum junctis fideli-
bus ; « a petite compaignie de bonne gent et qui portoient moût de reliques
de sainz » (D). — (g) abierunl (A et C). — (A) commorali (B).
1. Saint Magloire, second recteur du monastère de Dol. Sur ce saint, voir
Acta Sanctorum (octobre, X, 782-791) et A. de la Borderie, Miracles de saint
Magloire. Bennes, 1891, in-8°.
ï. Saint Samson, fondateur du monastère de Dol. Sa vie a été publiée par
les Bollandistes, Acta SS. (juillet, VI, 568 et suiv.).
3. Saint Scnier, év(^que d'Avranciies. Voir la vie de ce saint dans les Vies
des saints du diocèse de Coutances et Avranches, par l'abbé Pigeon, t. I".
4. Saint Pair, évoque d'Avranchcs, et son disciple saint Scubilion. Cf. Bol-
landistes (avril, II, 422 et suiv.), et abbé Pigeon, livre cité.
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 245
lem in christianos crebrius grassari conspicerenfc, omni spe sibi
abscisa in patriam remeandi («), provida dispensalione omnium Recto-
ris et Greatoris, hinc (6) se nequaquam ulterius recessuros eiege-
runt, si, factrice (c) divinitate, ab ipso civitatis principe, videlicet
Hugone, Francorum duce, locus ad tantorum sanctorum corpora
digne collocanda [cl] largirelur. Et (e), inito consilio, ipsum ducem,
tune (/") in liac [g] urbe demorantem, adierunt, secum quorumdam
sanctorum pios cineres déférentes. Ingressi autem principis aulam,
eum secretius de quibusdam negotiis repererunt pertractantem. Sed,
cum ducis colloquium diutissime protelaretur, forte super mensam
sanctorum corporum glebam deposuerunt, principis prestolantes
adventum. Intérim vero, hora prandii imminente, cum is, qui prin-
cipalibus preerat epulis, ad procurandum ducis convivium aulam
fuisset ingressus, ad viros Dei ubi residebant devenit, et virga, quam
manu gestabat, super corpora sancta percutiens, ut egrederentur
procacibus verbis admonuit. Nec tanti sceleris temeritatem [h] impune
tulit. Extemplo ergo a demone corripitur, et hue illucque debacchando
discurrens furiosus atrociter vexatur. Dumque alii ab eo pugnis tun-
duntur, alii diversis contumeliis affîciuntur, ingens per regiam aulam
tumultus exoritur, et ob hoc demoniacus vinculis adhibetur. Sancto-
rum corpora ab omnibus venerantur, et tanti prodigii novitas prin-
cipis aures aggreditur. Qui illico, nimio terrore compulsus, mox cum
suis ad sanctorum corpora progreditur, atque coram eis humi pro-
stratus, ne sibi quod factum fuerat in peccatum reputaretur, ipsis
apud [i] Deum suffragantibus, humili devotione precatur.
III. — Sublatis autem inde sacris sanctorum artubus ab ipso
Hugone, strenuissimo duce, in ecclesiam {j) , que regum antiquitus
raunificentia fuerat constructa et in honore beati apostoli Bartholomei
consecrata, in qua canonicorum ordo divinum celebrabat officium,
sunt deportala, atque ibidem xvr kalendas novembris cum digno
honore collocata : corpus videlicet beati Sansonis, Dolensis archipre-
sulis, Maglorii, ejusdem archipresulis, Machuti, episcopi, Senato-
(a) redeundi (B et C). — (&) sine (B). — (c) favente (B). — {d) locanda (C).
— (e) De (B). — [f) A omet tune; « qui lors demoroit ea la cité » (D). —
[g] C omet hae. — (h) immanitatem (B et C). — (i) ad (B). — (;) A, B et C
transposent par erreur les mots in ecclesiam avant les mots sacris sanctorum
artubus, de sorte que l'on a la phrase s»Wa<is a^dem inde in ecclesiam sacris
sanctorum artubus, et que les mots simt deportata n'ont plus de régime.
La véritable construction est celle que je rétablis ici. D traduit : « Et lors
les sainz membres furent ostez de là et furent mis par Hue, le noble duc,
en l'église qui, anciennement, etc.. »
246 LES ORIGINES DU MONASTERE
ris (a), episcopi, Leonorii (6), episcopi ' , Wenali (c), sacerdotis^; reli-
quie Briomagli^ et Gorentini'', Leutherni [d], episcopi^, Leviavi,
episcopi^, Ciferiani'', episcopi, partes corporum preciosorum Melorii*
et Tremori (e), Wingantonis (/"), abbalis^ Scophili (g), abbatis^"^, pars
corporum Paterni et Scubilionis, dens sancli Budoci^^ Erant autem
in ipsaeademecclesiaaliorum sanctorum reliquie et corpora que lam
regum quara fidelium manibus, ut in regali [h] capella, inantea fue-
rant delata. His ita explicitis, prefatus dux ab urbe egressus ad alia
sese procuranda convertit [i).
(a) Sanatoris (C). — {b) Leonarii (B). — (c) Wenalis (B); Guenal (D et E).
— {(l) Lencerni (B et C) ; « Leutherne » (D). — (e) Tremorii (C). — (/") ^ymn-
gantoni (A); « Wingantoii » (D et E). — (g) Scofili (C); « Scophiie » (D et E).
— (h) regia (B). — (i) Celte dernière phrase manque dans B et C; « Ces
choses ainsi faites, le devant dit duc issi de la cité pour procurer autres
choses » (D);
« Et puis ce fait et consummé,
Si com desus tous ai nommé,
De Paris le duc débonnaire
Issi pour autre chose faire » (E).
1. Saint Lunaire, évêque régionnaire du pays d'Aleth. Cf. Bollandisles,
Acia SS. (juillet, \, 105 et suiv.).
I. Saint Guénaud, second abbé de Landévennec. Cf. Bollandistes, Acta SS.
(novembre, I, 669-679).
3. Saint Brieuc, évéque régionnaire de Bretagne. Cf. dom Loblncau, Vies des
saints de Bretagne, p. 11-19, et dom Phùnc, Analecta Bollandiana, t. Il, p. 162.
4. Saint Corcntin, évoque de Quim|)er. Cf. dom Lobineau, Vies des saints de
Bretagne, p. 50-55.
5. Saint Leuthern, évêque régionnaire. Cf. Bollandistes, Acta SS. (octobre,
VIII, 57-59). Le nom de ce saint se lit dans deux anciennes litanies de saints
de Bretagne, datant du x° siècle, Leulierne, Loutierne (voir Revue celtique,
année 1890, t. .\I, p. 135).
6. Saint Leviau, évéque régionnaire, mentionné sous la forme Loviau dans
une litanie bretonne du xi" siècle. On a généralement lu son nom Levianus.
M. Loth, dans la Revue celtique, a montré qu'il fallait lire Leviavus. Cf. Revue
celtique, XI, 146, et Acta SS. (octobre, VllI, 57-59).
7. Saint Ciférian, évoque régionnaire inconnu.
8. Saint Meloir, mentionné dans les litanies de saints bretons aux x" et
xi"= siècles. Cf. Acia SS. (janvier, I, 136); dom Lobineau, Vie des saints de
Bretagne, 61 ; Revue celtique, XI, 147. — Sur saint Trémeur, voir Lobineau,
livre cité, p. 78.
9. Saint Guéganton, mentionné dans une litanie bretonne du xi' siècle et
dans un calendrier de l'abbaye de Saint-Méen. Cf. Lobineau, livre cité, appen-
dice, p. 10, et Revue celtique, XI, 135.
10. Sur saint Escuiphle, voir Acta SS. (octobre, VIII, 57-59).
II. Saint Budoc, successeur de saint Magloire comme recteur de l'église de
Dol. Cf. Lobineau, livre cité, p. 127.
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 247
IV. — ... Pace itaque in tota Gallia et Normannia vigente et flo-
rente, quidam eorum qui de Britannia (o) Parisius advenerant, nutu,
ut credimus, divino, sumptis sanclorum corporibus, que illic secum
detulerant, almi videlicet Sansonis et beati Leonorii (6), necnon et
saiicti Wenali (c), aliorumque quorumdam sanctorum, quidam
eorum patriam repedare, quidam ad alia Galiie loca migrare dispo-
suerunt. Quod, cum duci nunciatum fuisset, licet egre tulisset, vim
tamen eis nolens inferre, retentis quibusdam membris sanctorum,
abire permisit. Qui recedentes, alii Gorboilum castrum, alii Bellum
Montem expetierunt, ubi et quieverunt, alii etiam ad alia Galiie loca
abierunt. Sancti vero corporis Sansonis procuratores, quia in Britan-
niam redire volebant, maxima parte ipsius sancti [d] corporis retenta
et alia cum capite concessa, remeare permisit (e). Qui abeuntes, cum
per Aurelianensem urbem iter facerent, in ipsa urbe quibusdam
incomraoditatibus detenti, diu multumque morati sunt.
V. — Dux autem ecclesiam beati Bartholomei apostoli (/"), que
tantorum sanctorum reliquiis illustrata videbatur, ampliavit. Quam
postmodum in honore predicti apostoli atque beatissimi Maglorii, eo
quod post beatum Sansonem in archipresulatu ecclesie Dolensis [g)
meruisset sublimari, dedicari fecit. In qua etiam monachos ad divi-
num officium peragendum constituit, quibus semper abbatem ex
propria congregatione preesse tam regali quam sacerdotali auctori-
tate stabilivit. Qui etiam cum sua venerabili conjuge, Adélaïde
nomine, filia Pictavorum comitis, de progenie Karoli magni impera-
toris (/i), eidem ecclesie magna dona possessionesque et predia obtu-
lit, que sub nomine Lotharii régis et Ludovici, filii ejus (e), describi
et confirmari precepit regioque sigillo muniri constituit [j] .
VI. — ... Girciler bis diebus', Salvatore episcopo necnon venera-
bili abbate Junano a corpore migrantibus, eorum corpora apud eccle-
siam, in honore preciosi martiris Georgii necnon et beati Maglorii
constructam extra muros urbis Parisiace sitam, reverenter sunt
tumulata [k].
VII. — ... Rex insuper Robertus, cum eo tempore in Aurelianensi
(a) Britanniis (A). — (6) Leonarii (B). — (c) Wenalis (B); Guenaili (A). —
[d) A omet sancti. — (e) concessii (B et C). — (/") C omet apostoli. — {g) G rem-
place les mots ecclesie Dolensis par Dolensi. — (h) C omet imperatoris. —
(ï) C omet filii ejus. — 0) Ici s'arrêtent D et E. — {k) B et C oraelteiit ce
paragraphe vi tout entier.
1. Ces mots se rapportent à l'avènement de Gerbert comme pape en l'an-
née 999.
248 LES ORIGINES DU MONASTERE
urbe quosdara cum maxima parte corporis beatissimi Sansonis demo-
rari atque velle Brilanniam repedare cognovisset, ne uUerius ab urbe
discederent monuit, quippe cum eorum regio barbarica infestatione
depopulata atque cum ipso Dolensi Castro incendio favillata videre-
tur'. lUi autem, quibus redeundi facultas denegabalur, ipsa beatis-
simi Sansonis membra régi dederunt, que ipse gratanter suscepit et in
ecclesia sancti Symphoriani martiris cum digno honore collocavit [à).
VIII. — ... Sub memorato denique rege (6), quidam comes Britan-
norum, Berengarius nomine, Parisius advenit, eundem principem
visurus miiitareque obsequium prebiturus. Quod audientes monachi
ecclesie sanctorum Bartholomei apostoli atque Maglorii confessoris [c]
ipsius urbis regem adierunt (rf), rogantes ut suis prccibus apud pre-
fatum comitem obtineret quatinus ecclesiam beatissimi Maglorii in
Lehonensi pago sitam, que malignorum crebris infestationibus in
absiditatc redacta vidcbatur, cum suis appendiciis (e) ecclesie beato-
rum Bartholomei {[) atque Maglorii concederet. Quia nimirum decc-
bat ut, sicuthec ipsius sancti confessoris corporali presentia illuslrari
vidcbatur, sic ipsa Lehonensis ecclesia, que tanti patroni mesta cor-
porali (g) carehat absentia, eidem Parisiensi ecclesie perpetuo subjici
non denegaretur. Predictus itaque comes tam régis quam monacho-
rum pie pétition! prebens assensum, ipsam Lehonensem ecclesiam,
que in honore sanctorum apostolorum Pétri et Pauli necnon et beati
Maglorii fuerat consecrata, ecclesie prenominate, in urbe Parisiaca
site, cum suis possessionibus bénigne [h] concessit, quam ipse etiam
postmodum largissimis prediis propria donatione ampliavit. Directi
sunt autem iilic monachi scx a venerabili Harduino, qui eo temporc
congregationi Parisiaci cenobii [i) preerat abbas, qui ipsum Leho-
nense monasterium in pristinam constructionem reducerent, quati-
nus ibidem servi Dei monastice viventes, remota seculari pompa,
celibem vitam actitare satagcrent. Predicti autem monachi, jussa
patris complentes, ob multitudinem pro loci amenitate ibidem con-
fluentium [J], ocius in priori renovatum est statu.
(a) Ce paragraphe vu manque dans B el C. — {b) Sub Roberto vero rege,
memorati diicis filio (B et C). — (c) Au lieu de sanclorum Bartholomei apo-
stoli atque Maglorii confessoris, A et B portent sancti Maglorii. — {d) abie-
runt (C). — (e) appendentiis (C). — [f) beatissimi Bartholomei apostoli (A et B).
— {g) A et B omettent corporali. — [h) A omet bénigne. — {i) congregationi
Parisiensi (C). — [j) construentium (B).
1. Allusion ;\ la prise de Dol par les pirates danois, qui eut lieu lors de la
guerre entre Richard II de Normandie et Eudes II de Chartres, dans les pre-
mières années du xi' siècle.
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 249
Le moine de Saint-Magloire, qui a interpolé dans la Chronique
abrégée de Hugues de Fleury les quelques chapitres qu'on vient
de lire, en a emprunté les éléments à difîérentes sources. Les cinq
premiers paragraphes sont la reproduction partielle du récit
composé à Saint-Magloire au x^ siècle et qu'on peut désigner
sous le nom de Translatio sancti Maglorii et aliorum Pari-
sius, titre que Mabillon a donné aux fragments qui en subsistent.
Les paragraphes vi, vu et vui dérivent de notes écrites ou de
traditions conservées daDS le même monastère. Au point de vue
historique, ce sont les fragments de la Translatio sancti
Maglorii qui offrent le plus d'intérêt. Malheureusement le moine
interpolateur a omis plusieurs passages qu'il eût été fort impor-
tant de connaître. Les lacunes se remarquent au commencement
des paragraphes i, ii etrv.
11 est hors de doute que la Translatio, dans son état primitif,
débutait par le récit d'une invasion des Normands en Bre-
tagne, invasion qui occasionna la fuite de Salvator, évêque
d'Aleth, au monastère de Léhon et le transfert en ce même
heu d'un grand nombre de reliques de saints. Mais quelle était
au juste cette invasion? On l'ignore, car le moine de Saint-
Magloire n'a pas jugé à propos d'en insérer le récit dans la
chronique qu'il transcrivait. Ayant lu dans cette chronique la
relation empruntée à Hugues de Fleury de la destruction de la
ville de Nantes et de l'assassinat de l'évêque Gohard par les Nor-
mands, il pensa que c'était ce désastre qui avait causé la fuite de
Salvator à Léhon. En effet, après avoir raconté la prise de Nantes,
Hugues de Fleury avait ajouté cette phrase : Multa preterea
sanctorum corpora a Britannia et a Neustria in Galliam
sunt translata et per urbes munitas atque castella locata,
ubi etiam adhuc retinentur humata. Nam omnes fere cle-
rici sive monachi terre illius tant crudeli clade perterriti
tutiora loca petierunt, secum suas perferentes reliquias
cum ecclesiasticis ornamentis^. Le moine de Saint-Magloire
ne douta pas que l'invasion qui avait motivé la fuite de Salvator
et des prêtres bretons ne fût précisément celle dont les conséquences
étaient ainsi indiquées par Hugues de Fleury. Il remplaça donc la
phrase que je viens de citer par le récit de l'émigration des prêtres
réfugiés à Léhon, ne s'apercevant pas qu'il commettait ainsi un
1. Migne, P. L., t. 163, col. 878.
250 LES ORIGINES DU MOXASTERE
grave anachronisme ; car la prise de Nantes, mentionnée par
Hugues de Fleury, date en réalité de 843, et l'évêque Salvator
ne mourut que sous le règne de Robert le Pieux, vers l'an 1000 ^
Cette intercalation maladroite nous a privés du commencement
du récit de la Translatio sancH Maglorii.
Mais, d'autre part, il était question dans ce même récit du duc de
France, Hugues Capet, qui reçut dans sa ville de Paris les fugitifs
bretons. Le moine interpolateur reconnut, en copiant la chronique
abrégée de Hugues de Fleury, que Hugues Capet n'entra en posses-
sion de ses charges qu'en l'année 956. Force lui fut donc de laisser
errer les religieux de Léhon hors de Bretagne depuis 843 jusqu'au
delà de 956, c'est-à-dire pendant plus de cent ans ! Il souda, dans
sa compilation, la partie de la Translatio o\i sont relatées l'arri-
vée des prêtres bretons à Paris et leur réception par Hugues Capet
à la suite du passage où Hugues de Fleury raconte la guerre qui
éclata en 960 entre Richard, duc de Normandie, et le comte de
Chartres, Thibaut le Tricheur, à l'endroit même où il est dit que
le duc Richard appela de Scandinavie des bandes de pirates danois
et les jeta sur le territoire de son ennemi. Mais il passa sous
silence tout ce que le récit original de la Translatio devait con-
tenir au sujet des pérégrinations que firent à travers la France
les émigrés bretons pendant la période qui s'écoula entre leur
départ de Bretagne et leur arrivée à Paris. Toutefois, au com-
mencement du paragraphe ii, il nous a conservé une phrase qui
est précieuse, parce qu'elle n'appartient ni à Hugues de Fleury
ni à aucun autre chroniqueur, mais bien à l'auteur même de la
Translatio : Verum, dwn per triennium hec acerrima per-
duraret guerra, . . . venerandus Salvator episcopiis cum
multorum sanctorum pignorihus, paucis fidelibus suo
comitatui junctis, oh imminentem rabiem barbaroruyn,
Parisius, urbem nobilem munitissimamque, adierunt. Cette
phrase nous apprend que la guerre, cause delà fuite des religieux
de Léhon hors de Bretagne, durait depuis trois ans, lorsque,
effrayés par la fureur des pirates danois, ils se décidèrent à se
mettre à l'abri dans les murs de Paris.
La suite de la Translatio, où est raconté comment les prêtres
bretons obtinrent de la munificence de Hugues Capet le don de
l'église de Saint-Barthélémy pour y déposer les reliques qu'ils
1. Cf. plus haut Auctarium Maglorianum, g vi.
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 25^
avaient apportées à Paris, semble avoir été copiée en entier. —
Mais, au début du § iv, une nouvelle lacune est indiquée par une
interruption dans le récit. A cet endroit, le moine interpolateur
reprend le texte de Hugues de Fleury pour exposer la façon dont
fut conclue la paix entre les Normands et Thibaut le Tricheur ;
puis il revient encore une fois à la Trmislatio et en reproduit la
partie finale, dans laquelle sont rapportés les événements qui occa-
sionnèrent la fondation définitive de l'abbaye de Saint-Magloire.
En résumé, si l'on veut suppléer dans la mesure du possible
aux diverses lacunes que je viens de signaler dans le texte de la
Trmislatio sancti Maglorii, tel qu'il nous est parvenu, le plus
sûr moyen de le faire est, je crois, de supposer que le moine de
Saint-Magloire, qui avait ce texte complet sous les yeux, a agi
avec quelque discernement en l'interpolant dans la chronique
abrégée de Hugues de Fleury. En effet, bien que ce moine inter-
polateur ait, comme on l'a vu, confondu le siège de Nantes de 843
avec quelque événement de date postérieure, il est présumable
que les passages de la Translatio qu'il a passés sous silence
auraient fait jusqu'à un certain point double emploi avec les pas-
sages de Hugues de Fleury relatifs à la prise de Nantes par les
Normands, à la guerre de Thibaut le Tricheur contre Richard
de Normandie et à la conclusion de la paix entre ces deux sei-
gneurs. Si cette supposition est exacte, voici quel aurait été en
substance le récit primitif de la Translatio sancti Maglorii :
Une guerre éclate en Gaule entre les Normands et les Francs ;
au cours de cette guerre, les Normands envahissent la Bretagne
et s'emparent probablement de la ville de Nantes. En apprenant
ce désastre, Salvator, évêque d'Aleth, et un grand nombre de
prêtres bretons se sauvent au monastère de Léhon, mais bientôt
ils quittent tous la Bretagne et, pendant trois ans, ils errent de
côté et d'autre. Ces trois années étant écoulées, de nouvelles
bandes de pirates contraignent les émigrés à se réfugier dans
Paris. Le duc Hugues Capet les y accueille gracieusement et fait
transporter dans l'église de Saint-Barthélémy les rehques qu'ils
avaient apportées de Bretagne. Quelque temps après, la paix est
conclue entre les Normands et les Francs, et l'église de Saint-
Barthélémy est transformée en monastère bénédictin sous le
vocable de saint Magloire par les soins du duc Hugues Capet.
On peut se rendre compte maintenant pourquoi le récit de la
translation de saint Magloire, qui n'existe plus en entier ni en sa
252 LES ORIGIiVES DD MONASTERE
forme originale, a donné lieu à tant d'interprétations diverses.
Jusqu'à ces derniers temps, les historiens avaient admis que la
guerre entre Thibaut le Tricheur et Richard de Normandie était
la véritable cause de l'émigration des Bretons réfugiés à Léhon.
Mais, de nos jours, le R. P. de Smedt et M. A. de la Borderie
ont soutenu un avis contraire. Je vais examiner les raisons qui
ont fait rejeter à ces deux érudits l'opinion généralement adoptée.
Le R. P. de Smedt prétend que la translation du corps de
saint Magloire de Léhon à Paris ne put avoir eu lieu à la suite de
la guerre que se déclarèrent, en 960, Thibaut le Tricheur et
Richard de Normandie, parce que la fondation du monastère de
Saint-Magloire de Paris, laquelle fut une conséquence de cette
translation, serait elle-même antérieure à 960*. Helgaud, dans
sa Vie du roi Robert le Pieux, dit, en effet, que ce fut Hugues
le Grand, père de Hugues Capet, qui fonda l'abbaye de Saint-
Magloire de Paris^ Or, Hugues le Grand mourut en 956. La
vérité de cette assertion serait confirmée par un diplôme des rois
Lothaire et Louis V, où il est spécifié que ledit Hugues le Grand
avait donné à l'église de Saint-Magloire de Paris une terre à
Savies, près de Belleville^. — H est bon de remarquer d'abord
que Helgaud ècv'wSiiiY Epitoma vitœ Rotberti régis vers 1050,
une centaine d'années après la fondation du monastère de Saint-
Magloire, et que par conséquent son témoignage n'a pas la même
valeur que celui de personnages contemporains de l'événement.
Or, les rois Lothaire et Louis, dans le diplôme dont il vient
d'être parlé et qui date de 980 environ, s'expriment en ces
termes : « A la prière du duc de France, Hugues [Capet], nous
avons fait faire le présent diplôme pour confirmer les biens
que ledit Hugues a concédés au monastère de Saint-Magloire,
monastère quil a lui-même fondé dans la ville de Paris
pour y recevoir les corps de plusieurs saints, qui étaient
comme exilés en terre étrangère. Parmi ces biens, il y a
1. Cf. Bollandistes, Acta SS. (novembre, I, 669-673).
2. Helgaud, Epitoma vitae Rotberti régis, dom Bouquet, X, 104. — Hujus
igilur inclyti régis avus, Hugo, pro pietate, bonitate, fortitudine Magnus
dictus, 7no7iasicriumS. Maglorii, confessoris Christi, in civitate Parisius simuL
cum filio construens nobiliter, monachos, sub régula patris Benedicti vivere
paratos, ibi coUocat, et in auro vel argento locum ipsum dital et ceteris
ornamentis pro sainte sua et filii ac future posteritatis.
3. Cf. R. de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, p. 87.
DE SÀINT-MAGLOIRE DE PARIS. 253
d'abord l'enclos où est bâtie l'abbave et dont fut fait présent le
jour de la consécration de l'église ; il y a aussi l'alleu que Hugues
adonné le jour de la translation des saints. En outre, il est
d'autres propriétés qui furent octroyées antérieurement. Parmi
celles-là, la première est la petite église construite dans les
faubourgs de Paris, non loin des murailles, et dédiée à saint
Magloire, avec le terrain adjacent où est le cimetière des moines ;
de plus, il y a le clos des vignes de Savies dont a fait donation
[le ducj Hugues [le Grand], fils du roi Robert '. » Le témoignage
des rois Lothaire et Louis est corroboré par celui de Robert le
Pieux, fils de Hugues Capet, qui, dans un diplôme authentique
de l'année 997 environ, aiïirme que son père et lui ont fondé l'ab-
baye de Saint- Magloire^ Henri P"", fils de Robert le Pieux,
déclare également, dans un acte dont on possède encore l'original,
que son grand-père Hugues Capet a créé cette même abbaye^.
Les rois Lothaire et Louis V, Robert le Pieux et Henri P"" savaient
certainement mieux que le moine Helgaud qui était le véritable
fondateur du monastère parisien.
Quant à la donation faite par Hugues le Grand d'une terre à
Savies, elle date du temps où l'abbaye de Saint-Magloire n'exis-
1. Peticionibus Hugonis, Francix ducis,... prxcepium firmiiatis a nobis fieri
ex rébus, quas idem pie monasterio sanctorum Bartholomei apostoU et
Maglorii... confulit, quod fundavit in urbe Parisiuca ad sanctorum corpora,
qux ut peregrina hospitabanfur per aliorum rura. Est autem prius terra in
qua ipsum situm est monasterium et dolum quod datum est ipso die conse-
crationis ejusdem ; alodus quoque quem dédit ipso die translationis sancto-
rum... Item allie res, qux prius datx sunt : unde prior esi capelfa in suburbio
Parisiaco, haut procul a menibus in honore sancti Maglorii dicata, cum
terra inibi adjacenti, in qua ipsorum sepultura est monachorum ; clausus
etiam vinex, juxta Saveias situs, quem dédit bonx memorix Hugo, filius
Rotberti régis (R. de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, p. 87).
2. Fecimus prxcepium firmitatis de rébus quas pater noster beatx memorix,
Hugo rex, nosque pie contulimus monachis famulaniibus Christo sanctissi-
moque Maglorio in urbe Parisiaca quiescenti, ubi etiam fundavimus mona-
sterium pretaxato precipuo confessori (R. de Lasteyrie, Cartulaire général de
Paris, p. 98). Ce diplôme du roi Robert le Pieux est conservé en original aux
archives d'Indre-et-Loire (H. 364). Il provient des archives de l'abbaye de Mar-
moutier. En effet, à la fin du xi' siècle, le monastère de Saint-Magloire de
Paris fut réduit en prieuré et placé sous la dépendance de Marmoutier.
3. L'original de ce diplôme est conservé aux Archives nationales (K. 19, n° l^).
Le roi Henri I", parlant du monastère de Saint-Magloire de Paris, ajoute ces
mots : quem pix memorix Hugo, avus noster, fundaverat (R. de Lasteyrie,
Cartulaire général de Paris, p, 115-116).
1895 17
254 LES ORIGINES DU MONASTERE
tait pas encore, alors que sur son emplacement s'élevait l'église
de Saint-Barthélémy, chapelle du palais des comtes de Paris,
desservie par quelques chanoines. Quand la collégiale de Saint-
Karthèlemy eut été transformée en monastère bénédictin sous le
vocable de Saint-Magloire, les possessions des anciens chanoines
furent confirmées aux moines qui leur succédaient. C'est donc à
Saint-Barthélémy et non à Saint-Magloire que Hugues le Grand
avait donné le clos de vignes de Savies : c'est également à Saint-
Barthélémy qu'avait été concédée la chapelle Saint- Georges*,
près de laquelle était le cimetière des religieux, chapelle qui prit
aussi le nom de Saint-Magloire lorsque fut créée l'abbaye '.
En résumé, contrairement à l'opinion du moine Helgaud, il
est certain que le monastère de Saint-Magloire de Paris lut fondé
par le duc Hugues Capet et non par Hugues le Grand ^, après
l'année 956 et non avant cette même année. Les diplômes que je
viens de citer confirment pleinement sur ce point le récit de la
Translatio sancti Magloiii\
1. Sur le nom primitif de celle chapelle, voir plus haul Auclarium Maglo-
rianum, § vi.
2. Les faits que j'indique ici ont déjà été mis en lumière par les auteurs du
Gallia chrisiiana (VII, col. 308) et par l'abbé Lebeuf [Histoire de la ville et
de tout le diocèse de Paris, rééditée par II. Gocheris. Paris, 1865, in-S", t. II,
p. 257 et suiv.).
3. Dans une copie fragmentaire du Nécrologe de Saint-Magloire, copie faite
au XVII' siècle et conservée à la Bibliothèque nationale (collection Duchesne,
t. LV, fol. 318 r'), on lit, à la date du 17 juin : Obiit Hugo, dux Irancorum,
qui fundavit ecclesiam. Il s'agit bien là du duc Hugues le Grand, qui mourut
à Dourdan le 17 juin 956. Ainsi, à une certaine éjjoque, les magloriens ont
partagé l'erreur du moine Helgaud et ont cru que Hugues le Grand était le
fondateur de leur couvent. C'est sans doute le récit même de la Translatio
sancti Maglorii qui a causé la méprise des moines de Saint-Magloire. Dans ce
récit, Hugues Capet est simplement désigné par les mots Hugo, Fruncorum
dux, expressions qui semblaient se rapporter au duc Hugues le Grand plutôt
qu'à son tils Hugues Capet, mieux connu par son litre de roi que par celui de
duc de France. La présence de l'obit de Hugues le Grand dans le Nécrologe
de Saint-Magloire s'ex])lique par le fait que ce prince, comme bienfaiteur de
l'église de Saint-Barthélémy, avait droit aux prières des moines de Saint-
Magloire, qui avaient hérité des biens de cette église.
4. Hugues Capet est expressément désigné par l'auteur de la Translatio
sancti Maglorii comme fondateur du monastère de Saint-Magloire de Paris;
et, ce qui fait que dans ce récit on ue peut le confondre avec son père Hugues
le Grand, c'est que sa femme Adélaïde s'y trouve mentionnée en ces termes :
cum sua venerabili conjuge, Adélaïde noinine, fUia Pictai^orum comitis
{Auctarium Maglorianum, g v). M. F. Lot, dans son beau travail sur les Der-
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 255
C'est en étudiant l'histoire de la vie de saint Guénaud, abbé de
Landévennec, que le R. P. de Smedt a cru devoir s'élever contre
l'opinion généralement adoptée au sujet de l'époque de la transla-
tion des reliques des saints bretons du monastère de Léhon à
Paris. Le savant bollandiste avait en effet à éditer un récit, com-
posé au x" siècle, où étaient racontées diverses translations du
corps de saint Guénaud, et il jugea que ce document digne de foi
fournissait des renseignements qui rendaient impossible d'ad-
mettre que les corps de saint Magloire et des autres saints bre-
tons eussent été apportés à Paris au temps du duc Hugues Capet.
Voici quel est le contenu du récit de la Translatio sancti
Guenaili, publié par le R. P. de Smedt J. L'auteur rapporte que
le monastère où reposait le corps de saint Guénaud, dans le dio-
cèse de Vannes-, fut, au ix*" siècle, restauré et embelli par le duc
des Bretons, Nominoé; mais que, dans la suite des temps, les
Normands ravageant la contrée, les moines emportèrent les
reliques de leur patron hors de Bretagne et les transportèrent en
Parisis. Là, Teudon, vicomte de Paris, accorda aux fugitifs un
asile dans la villa de Courcouronne. Quelque temps plus tard,
lors d'une invasion des Saxons en Gaule, le corps de saint Gué-
naud fut translaté à Corbeil. Le comte de cette ville, Haimon,
le fit déposer dans une petite basilique qu'il construisit près de
son château. Quand les Saxons se furent retirés, Haimon plaça
les reliques à l'intérieur même du château, et, après avoir édifié,
pour les y recevoir, une église d'une grande beauté, il constitua,
pour desservir cette église, un chapitre de quatre chanoines, et
quicquid tune beato concessit Guenailo vel ante concesse-
niers Carolingiens, a consacré uu appendice (p. 358-361) à prouver qu'Adé-
laïde, femme de Hugues Capet, était fille de Guillaume III, comte de Poitiers.
Il n'a pas cru pouvoir se servir, pour appuyer sa thèse, du texte de la Trans-
latio que je viens de citer; il a supposé que cette phrase où Adélaïde est dési-
gnée comme fille du comte de Poitou avait été empruntée à Hugues de Fleury
et par suite n'avait que peu d'autorité (livre cité, p. 360, n. 2). Mais rien de
semblable ne se trouve dans Hugues de Fleury ni dans aucun autre chroni-
queur. Cette phrase appartient en propre à l'auteur de la Translatio sancti
Maglorii, lequel écrivait dans les dernières années du x'= siècle, et l'affirmation
de cet auteur, qui était uu contemporain d'Adélaïde et de Hugues Capet, rend
certain le résultat auquel M. Lot était arrivé par des considérations indépen-
dantes de celle-là.
1. Acta SS., novembre, t. I, p. 678-679.
1. La situation exacte de ce monastère est douteuse [Ihid., p. 678, n. 5).
256 LES ORIGINES DC MONASTERE
r^ habendum perpétua liberum et quietum sigilli sui
munimine roboravit. Ainsi finit le récit de la translation de
saint Guénaud, récit écrit probablement très peu de temps après
le transfert du corps du saint dans l'église construite par Haimon
à l'intérieur du château de Corbeil. — Les faits qui viennent
d'être relatés peuvent être assez aisément datés. Le R. P. de Smedt
et M. A. de la Borderie* ont fort bien montré que le vicomte de
Paris, Teudon, vivait en 925 et 936, époque où il est signalé
dans les chartes. L'invasion normande, qui força les moines bre-
tons à transporter en France les reliques de saint Guénaud, doit
donc être la célèbre invasion de 919-'. Ce serait vers 925 que le
vicomte Teudon aurait accordé aux fugitifs le domaine de Cour-
couronne. Quant aux Saxons, dont les déprédations déterminèrent
les moines à se mettre sous la protection du comte de Corbeil,
ce sont sans aucun doute les Saxons, amenés en Gaule par le
roi de Germanie, Otton ^^ qui, en 94G, assiégèrent la ville de
Paris et ravagèrent les domaines du duc de France Hugues le
Grande Le R. P. de Smedt a également établi que le comte de
Corbeil, Haimon, mourut au plus tard en 960 ^ La fondation de
l'église collégiale, construite à l'intérieur du château de Corbeil,
où le corps de saint Guénaud fut définitivement déposé, date donc
de l'année 950 environ.
Un document a paru au R. P. de Smedt contredire toute cette
chronologie, qui est cependant bien fondée, c'est le récit même
de la Translatio sancti Maglovii. Le corps de saint Guénaud
y est en effet signalé parmi les reliques des saints bretons, placées
par le duc Hugues Capet dans l'église de Saint-Barthélémy de
1. Miracles de saint Magloire, 110, n. 2.
2. Ibid., p. 109-110.
3. Cf. doiu Bouquet, VIII, 219, — Le R. P. de Smedt suppose que les Saxons,
dont l'invasion est mentionnée dans la Translatio sancti Guenaili, pourraient
être ceux qui, vers la lia de l'année 959, furent battus par le comte de Sens,
Rainard le Vieux, à Villiers, près de la Vanne. Us formaient des troupes auxi-
liaires que l'archevêque de Cologne, Brunon, avait amenées aux sièges de
Troyes et de Dijon (cf. Lot, les Derniers Carolingiens, p. 28-29). Mais le
comte de Corbeil, Haimon, mort au plus lard en 960, n'aurait pas en le temps,
après la retraite de ces Saxons, de construire dans son chAteau de Corbeil une
magnifique église, d'y placer le corps de saint Guénaud et d'y constituer un
chapitre auquel, d'après l'auteur de la Translatio sancti Guenaili, il fit dans
la suite de grandes donations.
4. Acta SS., novembre, I, 073.
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 257
Paris, et il y est dit aussi que ce prince, malgré le désir qu'il en
avait, ne put retenir à Paris les religieux, possesseurs de ce pré-
cieux dépôt, et que ceux-ci s'en allèrent quelque temps après à
Corbeil'. Si l'on suppose que les reliques de saint Guénaud ont
été transférées, avec celles de saint Magloire, de saint Malo et
des autres saints bretons, directement du monastère de Léhon
à Paris, il est certain qu'il y a incompatibilité absolue entre les
deux récits de la Translatio sancti Guenaili et de la Transla-
tio sancti Maglorii. Mais ce dernier document ne dit rien de
semblable. Il parle simplement de la présence du corps de saint
Guénaud à Paris sans dire comment il y a été apporté. Or, j'ai
montré que nous ne possédons plus aujourd'hui que des fragments
du texte de la Translatio sancti Maglorii. Entre l'époque où
l'évêque d'Aleth, Salvator, et les religieux de Léhon sortirent de
Bretagne et celle où ils arrivèrent à Paris, ils parcoururent de
nombreuses étapes, et leur odyssée est inconnue. Les fragments
qui subsistent de la Translatio sancti Maglorii nous apprennent
que Salvator, lorsqu'il parvint à Paris, n'était plus accompagné
que de quelques fidèles'^. Le texte primitif de ce récit était plus
explicite et mentionnait au nombre de ces quelques fidèles deux
abbés ^. Quels compagnons Salvator avait-il perdus en route?
D'autres fugitifs s'étaient-ils joints à lui? Voilà des questions
auxquelles il est impossible de répondre. Mais, pour revenir à
1. Auctarium Maglorianum, §§ m et iv.
■2. Paucis fidelibus suo comitatui junctis {Auctarium Maglorianum, g n).
3. J'ai dit qu'au commencement du xii'' siècle les religieux de Saint-Magloire
possédaient en entier le récit de la Translatio sa)icti Maglorii. A cette époque,
un moine de ce couvent forma une compilation historique, différente de celle
dont j'ai déjà parlé. Cette compilation est conservée dans le manuscrit latin 13701
de la Bibliothèque nationale (sur ce manuscrit, voir Migne, P. L., t. 163,
col. 860). Le moine de Saint-Magloire composa son ouvrage en ajoutant à l'his-
toire ecclésiastique de Hugues de Fleury VHistoria Francorum Senonensis.
11 interpola à l'année 980 dans VHistoria Francorum Senonensis le passage
suivant relatif à la translation des saints bretons de Léhon à Paris : In diebus
illis episcojms Aletis civitatis, nomine Salvator, venions Parisius cum duo-
bus abbatibus, ferens sibi pretiosissimas reliquias, videlicet almi Maglorii,
archipresulis, medielatem sancti Sansonis, archiepiscopi, cum toto corpore
Maclovii, episcopi, Senatoris, episcopi, Leucerni, episcopi, Winguantonis,
abbatis, cum aliis multis. Receptique sunt a supradicto rege cum magno
honore in basilica beati Bartholomei apostoli. Cette mention de deux abbés
accompagnant Salvator, lors de son entrée à Paris, ne se trouve pas dans les
fragments de la Translatio sancti Maglorii que j'ai édités plus haut.
258 LES oRicmES nu monastère
saint Guénaud, il est très vraisemblable que les chanoines établis
par le comte Haimon dans l'église de Corbeil se réunirent à la
petite troupe des prêtres bretons fujant devant les pirates danois,
et qu'ayant pris le corps de leur saint patron, ils entrèrent avec
Salvator et ses compagnons dans la ville de Paris qui leur offrait
un asile plus sûr que le château de Corbeil. Ainsi peuvent se con-
cilier les récits de la Translatio sancti Guenaili et de la Trans-
latio sancti Maglorii, qui, étant tous deux œuvres d'auteurs
contemporains des événements, ne sauraient être en contradic-
tion absolue. C'est donc postérieurement à la fondation par le
comte Haimon de l'église de Saint- Guénaud de Corbeil et posté-
rieurement à la rédaction de la Translatio sancti Guenaili,
c'est-à-dire après 950, que les reliques de saint Guénaud furent
transférées à Paris, placées pendant quelque temps, avec les
reliques des autres saints bretons, par le duc Hugues Capet dans
l'église de Saint-Barthélémy, puis remportées à Corbeil*.
M. A. de la Borderie a adopté les conclusions auxquelles s'était
l. On pourrait m'objecter que l'auteur de la Translatio sancti Maglorii,
liarlant de saint Guénaud, s'ex|)rinic ainsi : Quidam eorum qui de Britannia
Parisius advenerant, suviptis sanctorum corporibus que illic secum detule-
rant, almi videlicet Sànsonis et beati Leonorii necnon et sancti Wenali alio-
rumque quorumdam sanctorum, quidam eorum patriam repedare, quidam
ad alia Gallie loca migrare disposuerunt {Aucfarium Maglorianum, g iv).
Cette phrase semble bien impliquer que le corps de saint Guénaud aurait été
apporté directement de Bretagne A Paris comme ceux de saint Samson et de
saint Lunaire. Mais, si cela était, il paraît impossible (jue l'auteur de la Trans-
latio sancti Guenaili, parfaitement renseigné d'ailleurs, n'ait pas dit un mot
de ce séjour du corps de saint Guénaud ;\ Paris en compagnie des autres
reliques venues de Léhon. Il est plus probable que l'auteur de la Translatio sancti
Maglorii a fait ici une confusion, de même qu'il a commis une erreur en
donnant à saint Guénaud le simple titre de sacerdos, tandis que partout ailleurs
ce saint porte le titre d'abbé, qui est le seul qui lui convienne (cf. Acta SS.,
novembre, I, 672) . On comprend que le moine de Saint-Magloire qui a écrit la
Translatio sancti Maglorii n'ait été qu'imparfaitement informé au sujet de
saint Guénaud, puisque les chanoines qui apportèrent le corps de ce saint de
Corbeil à Paris n'entrèrent pas dans la communauté des religieux magloriens,
mais retournèrent, dès qu'ils le purent, à Corbeil. Il est d'ailleurs un fait digne
de remarque, c'est que, de toutes les reliques déposées par Hugues Capet dans
l'église de Saint-Barthélémy, celles de saint Guénaud sont les seules dont ce
duc n'ait pu garder aucune parcelle, comme en témoigne un catalogue des
reliques conservées à Saint-Magloire au xii" siècle, catalogue que M. L. Auvray
a rais au jour. Cf. Documents parisiens tirés de la bibliothèque du Vatican.
Paris, 1892, in-8», p. 27-29.
DE SAFiNT-MAGLOIRE DE PARIS. 259
arrêté leR. P. de Smedt et a cherché à établir que l'invasion des
Normands en Bretagne, à la suite de laquelle les religieux de
Léhon s'enfuirent à Paris, n'était point celle qui eut lieu au cours
de la guerre entre Thibaut le Tricheur et Richard de Normandie,
mais que c'était la célèbre invasion de 919, qui causa la ruine de
toute la Bretagne et mit cette province pendant de longues années
sous la domination des Normands ^ M. de la Borderie me semble
avoir prouvé que cette invasion de 919 détermina le transfert du
corps de saint Guénaud du diocèse de Vannes à la villa de Cour-
couronne; mais je vais essayer de montrer que ce ne put être à
la même époque que l'évêque Salvator et les prêtres réfugiés à
Léhon transportèrent à Paris les reliques de saint Magloire,
de saint Malo et des autres saints mentionnés dans le récit
maglorien .
L'évêque d'Aleth, Salvator, et l'abbé de Léhon, Junan, sont
signalés parle moine deSaint-Magloire, auteur des interpolations
publiées plus haut, comme étant morts tous deux à Paris dans le
temps où le célèbre Gerbert monta sur le trône pontifical, c'est-à-
dire vers 999. Ils furent enterrés, d'après le même auteur, dans
le cimetière que les Magloriens possédaient hors des murs de
Paris, près de la petite église de Saint-Georges 2. Et, défait, l'an-
cien nécrologe de Saint-Magloire portait au 2 juin l'obit de Sal-
vator et au 21 du même mois celui de Junan^ Si c'est à la suite
de l'invasion normande de 919 que Salvator et Junan quittèrent
la Bretagne, ils seraient donc morts tous deux âgés de plus de
cent ans : ce qui est invraisemblable. — D'autre part, les rois
Lothaire, Louis V et Robert le Pieux, dans les diplômes que j'ai
cités plus haut, disent en termes formels que Hugues Capet fonda
le monastère de Saint-Magloire pour y recevoir les reliques des
saints bretons, ob illoriwi corpoym, quœ ut peregrina hospi-
tabantur per aliorum riira. Ce fut donc le duc Hugues Capet
qui accueillit à Paris les moines de Léhon à la suite de leurs
diverses pérégrinations à travers la France, et, comme Hugues
Capet ne devint duc de France qu'en 956, il s'ensuivrait que les
religieux auraient erré de côté et d'autre après leur sortie de
1. Miracles de saint Magloire, p. 110-112.
2. Cf. Auctarium Maglorianum, § vi.
3. Bibliothèque nationale, collection Duchesne, t. LV, fol. 318 r. — IlII nonas
junti, obiit Salvator, episcopus. - XI kalendas julii, obiil Junanus, abbas.
260 LES ORIGINES DU MONASTERE
Bretagne depuis 919 jusqu'après 956, pendant quarante ans envi-
ron. Ce serait là un voyage d'une durée excessive. Il est bien
préférable d'ajouter foi au dire de l'auteur de la Translatio
sancti Maglorii, qui rapporte que la guerre, cause de l'émigra-
tion de Salvator et de ses compagnons, durait depuis trois ans
seulement 'lorsque les fugitifs se décidèrent à chercher asile dans
les murs de Paris, et, puisqu'ils arrivèrent en cette ville au temps
du duc Hugues Capet, c'est-à-dire après 956, il en résulte que
l'invasion normande, qui détermina leur départ de Léhon, doit
dater de la seconde moitié du n" siècle.
Le problème se réduit donc à chercher si, après l'année 950,
les Normands portèrent la guerre en Bretagne et à quelle date
eurent lieu leurs incursions en cette province.
Le chroniqueur qui nous a laissé les renseignements les plus
circonstanciés et les plus originaux sur les faits et gestes des Nor-
mands pendant la seconde moitié du x" siècle est Dudon de Saint-
Quentin. Mais on chercherait en vain dans l'œuvre de cet auteur
la moindre mention d'une guerre entre les Normands et les Bre-
tons durant cette période. Le silence de Dudon est d'ailleurs
volontaire. Cet historien, en effet, écrivait son De moribus et
actis primorum Normanniœ ducum, à la prière du duc de
Normandie, Richard II, son bienfaiteur, et, dans son récit, il a
dénaturé ou omis à dessein tout ce qui touchait aux rapports
politiques des princes normands avec les Bretons. On sait que les
ducs de Normandie prétendaient avoir un droit de suzeraineté
sur toute la Bretagne, droit qui aurait été concédé à Rollon par
le roi Charles le Simple, et l'historien Dudon s'est soigneusement
gardé de parler d'événements qui auraient prouvé que les Bre-
tons, dans la seconde moitié du x' siècle, ne tenaient aucun
compte des prétentions dominatrices des Normands à leur égard.
Les sources d'origine bretonne ou française peuvent suppléer
en partie au silence du chroniqueur normand. Ce que l'on sait de
l'histoire de Bretagne au x*' siècle est presque entièrement fourni
par le récit de la Chronique de Nantes, dont la rédaction date
de l'année 1060 environ-. Cette chronique contient un grand
1. Auclarium Maglohanum, g ii.
2. Cette chronique n'a encore été publiée qu'une seule fois et d'une façon
incomplète par dom Lobineau dans son Ilisloire de Bielagne (t. II, p. 36 et suiv.).
L'édition de Lobineau a été reproduite par dom Morice dans le tome l"'' des
Preuves de l'histoire de Bretagne et par dom Bouquet dans les tomes VII
DE SAIPJT-MAGLOIRE DE PARIS. 26^
nombre de renseignements dignes de foi qui n'existent nulle part
ailleurs. C'est elle qui nous apprend en particulier comment les
Normands furent chassés de Bretagne par le duc Alain Barbe-
torte et comment ce prince, tant qu'il vécut, sut tenir en respect
ces dangereux voisins. C'est elle aussi qui nous donne des détails
circonstanciés sur les événements qui précédèrent et suivirent la
mort de ce libérateur de la Bretagne.
Le duc Alain Barbetorte avait épousé la sœur du comte de
Chartres, Thibaut le Tricheur. De ce mariage était né un fils,
Drogon, qui était encore en bas âge lorsque Alain mourut, en
952. Thibaut le Tricheur fut chargé officiellement par Alain lui-
même de la tutelle du jeune Drogon *. Mais le comte de Chartres,
auquel incombait déjà la charge de beaucoup de fiefs importants
situés en des pays très divers, ne crut pouvoir y ajouter l'admi-
nistration d'une province aussi étendue que la Bretagne. Après le
décès du duc Alain, il s'entendit avec le comte d'Anjou, Foulques
le Bon, pour partager avec lui cette lourde responsabilité. Il donna
en mariage à Foulques sa sœur, la veuve d'Alain Barbetorte, lui
confia la garde de son neveu Drogon et ne retint en son pouvoir
que la moitié de la Bretagne, comprenant, entre autres circons-
criptions, le comté de Rennes et l'évêché de Dol. La ville de
Nantes et le reste de la province furent abandonnés à Foulques
d'Anjou-. Cet état de choses dura quelque temps^. Mais Drogon,
et VIII du Recueil des historiens des Gaules et de la France. — Je prépare
moi-même depuis quelque temps déjà une nouvelle édition de cette chronique,
et j'espère qu'elle paraîtra prochainement.
1. [Alanus] prelatis et procerlbus in ejus presentia congregatis jussit ut filio
suo parvulo, nomine Drogoni, ex muliere sua ultima, tune viventi, progenito,
suoqve sororio Theobaldo, filii sui predicd avunculo, cui omnia sua bona et
filiuyn suum commiftebat, jldem facerent et juramenta, ne unquam ei injure
Britannie nec de omni honore ejus infidèles fuissent [Chronique de Nantes,
cf. dom Bouquet, VIII, 277).
2. Cf. Chronique de Nantes, dom Bouquet, VIII, 277.
3. Au sujet de la suzeraineté simultanée de Thibaut le Tricheur et de Foulques
le Bon sur la Bretagne, voir une curieuse charte d'Alain Barbetorte en faveur
du monastère de Landévennec. Cette charte, après la mort du duc Alain, fut
ainsi confirmée par Thibaut et par Foulques : Post obitum Alani, ego Tetbal-
dus, nutu Dei cornes, hoc idem affirmo. — Ego Fulcun, gratia Dei cornes,
ita ctiam hoc affirmo, in tantum ut michi perlinet [Cartulaire de Landéven-
nec, publié dans le tome V des Mélanges historiques, collection du ministère
de l'Instruction publique, p. 564). — L'influence de Thibaut le Tricheur sur la
partie septentrionale de la Bretagne explique la présence à Chartres à cette
262 LES ORIGI\ES on MONASTÈRE
l'héritier du duché de Bretagne, étant venu à mourir à la cour de
Foulques le Bon, de nouvelles difficultés s'élevèrent au sujet du
gouvernement du paj^s breton. Drogon était le seul fils légitime
d'Alain Barbetorte, qui avait eu deux autres fils bâtards, Hoël et
Guèrech ; mais ceux-ci, en droit, ne pouvaient succéder à leur
frère. D'autre part, Thibaut le Tricheur et Foulques d'Anjou, qui
tiraient de leur gestion en Bretagne de grands revenus', ne vou-
lurent point se dessaisir d'une proie que le hasard leur avait
livrée. C'est alors que le duc des Normands, Richard I", songea
à faire valoir par la force armée ses prétentions à la suzeraineté
de la Bretagne, dont l'abandon avait été fait, disait-il, à son
grand-père Rollon par le roi Charles le Simple^. Il résulta de ces
diverses compétitions une lutte sanglante. Dès la fin de l'année
958, avant que la guerre fut déclarée, une importante assem-
blée de Bretons et de Français s'était tenue à Verron, sur les
confins de l'Anjou et de la Touraine. A cette assemblée, outre
Thibaut le Tricheur et Foulques le Bon, assistaient les principaux
chefs des Bretons, les comtes Nominoé, Hoiellagun, Daniel, David,
le vicomte Gestin, l'évèque de Nantes, Hesdren, l'évêque Salomon
et une foule d'autres nobles de la nation bretonne 3. Cette impor-
époque de Nordoard, évêque de Rennes, el de Mabbon, évoque de Saint-Pol-
de-Léon, qui, vers 954, souscrivirent avec Thibaut le Tricheur la charte de
restauration de l'abbaye de Saint-Père de Chartres [Cartulaire de Saint-Père,
I, 54).
1. De explelis, que [Theobaldus de Briiannià] habuit, Carnoti turrem et
Blesii el Cainonis perfecif. — Fulco cornes... miltens... serios suos ad res
NamneUce civilafis sibi datas recipiendas..., quadam die, dutn in aula sua
Andegavis jocaretiir ad tabulas, très sacculos denariis plenos et quatuor ïam-
bes, magnis piscibus plenos, sibi attuleruni,... et dixit cunclis ibi asiantibus,
quod nullus vir in toto Francorum regno tam dfves et potens erat, sicut ille
qui urbem .Yamnelicam possidere valebat {Chronique de i\antes, ibid.).
•2. Rex Kai'olus... liolloni, luo patri, Brilones ad serviendum terramque
ipsorum ad vivendum subjugavit (Dudon de Saint-Quentin, édil. Lair, Mémoires
de la Société' des antiquaires de Normandie, t. XXIII, p. 184). Dudon ])lace
ces mots dans la bouche des conseillers du duc de Normandie Guillaume, père
de Richard l".
3. Dans cette assemblée, les moines de Saint-Florenl de Saumur sollicitèrent
de Thibaut le Tricheur et de Foulques le Bon la concession d'un droit relatif
au transport de leurs marchandises sur la Loire. C'est la charte- notice rédigée
à cette occasion par les moines de Saint-Florent qui nous fait connaître la
tenue de ce plaid : Anno ab incarnatione Domini DCCCCLVIIJ, indictione P,
contigit ut placitus fieret in con/inio Andegavorum Turonumque, in Verrone
videlicet, in quo conventus factus est tam nobilium Francorum quam et Sri-
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 263
tante réunion prouve que les Bretons acceptaient alors sans con-
teste la suprématie de Thibaut de Chartres et de Foulques d'An-
gers et qu'il existait entre tous ces seigneurs, dont les intérêts
différaient sous bien des rapports, un lien commun, qui s'était
formé par la nécessité d'empêcher les Normands de s'emparer
encore une fois de la Bretagne.
La lutte éclata en 960. Suivant Dudon de Saint-Quentin, ce
serait Thibaut le Tricheur lui-même qui aurait ouvert les hostili-
tés en se jetant avec quelques troupes sur la Normandie, très peu
de temps après la célébration du mariage du duc Richard P"" avec
Emma, sœur de Hugues CapetS cérémonie qui eut lieu dans le
courant de l'année 960 2. Il est permis de suspecter ici le témoi-
gnage de Dudon, dont le but évident est de mettre tous les torts
du côté de Thibaut le Tricheur. Il est plus probable que Richard
de Normandie se préparait depuis quelque temps déjà à envahir
la Bretagne et que ce fut pour faire diversion que Thibaut rava-
gea les terres de son ennemi. On sait en effet positivement qu'une
importante flotte de Normands dévasta à cette époque toutes les
côtes de Bretagne, Dudon, fidèle à son parti pris de passer sous
silence les entreprises des ducs de Normandie contre une province
soi-disant soumise, n'a pas dit mot de cette expédition. Aussi me
semble-t-il important de mettre en lumière tout ce que les autres
sources historiques apprennent sur cette invasion des Normands
en Bretagne,
Voici ce que rapporte à ce sujet la Chronique de Nantes :
« Dans les premières années du règne de Lothaire, fils de Louis
d'Outre-Mer, alors que les Bretons avaient perdu leur duc légi-
time, les Normands portèrent avec acharnement leurs ravages
tonum... In quo etiam consensu f adores extUerunt clarissimi Britonum
antislites, videlicet Namnetensium, Hedren nomine, itemque venerabilis vice-
comes Gestinus, cum aliis innumeris ejusdem genfis nobilibus. — S. Theo-
baldi, comitis; S. Fulconis, comitis, qui hanc conscriptionem fieri rogaverunt;
S. Hesdreni, episcopi; S. Salomonis, episcopi; S. Gestini, vicecomitis ;
S. Nemenoei, comilis ; S. Hoiellaguni, comitis; S. Daniel, S. David et alio-
rum. — Datum mense septembris, anno IV Lotharii régis (Baluze, Histoire
généalogique de la maison d'Auvergne, II, 23).
1. Quum autem [Ricardus] tante nobilitatis conjugis decenti gratularetur
consortio,... quidam satrapa, nomine Tetboldus, dives opum, militumque
sufficientissimus... cepit insidiari et multis subsannationibus rixari contra
eum et oppiignare incassum terram ejus (Dudon, édit. Lair, p. 265),
2, Cf. Flodoard, Annales ad ann. 960, dom Bouquet, VIII, 211-212.
264 LES ORIGINES DU MONASTERE
dans les régions occidentales de la Gaule, particulièrement le long
des côtes; puis, remontant le cours de la Loire avec une grande
flotte, ils entrèrent à l'improviste dans la ville de Nantes, s'em-
parèrent de rèvêque Gautier et de plusieurs autres habitants,
qu'ils emmenèrent captifs jusqu'à Guérande, et ne les remirent en
liberté qu'après avoir reçu comme rançon une forte somme d'ar-
gent'. » — Un autre passage delà même chronique laisse entendre
que ce serait en fuyant devant les Nantais, qui avaient opéré une
sortie, que les Normands auraient reculé jusqu'à Guérande. Les
Nantais, en effet, surpris par la brusque attaque de leurs ennemis,
s'étaient retirés à la hâte dans l'enceinte fortifiée que le duc Alain
Barbetorte avait élevée autour de la cathédrale, et ils résistèrent
pendant huit jours aux assauts des assiégeants. Mais, voyant que
les secours qu'ils avaient demandés au comte Foulques d'Angers
n'arrivaient pas, ils firent une vigoureuse sortie et forcèrent leurs
adversaires à s'enfuir "~. — Peu de temps après, les Normands
revinrent à Nantes et dévastèrent la ville ainsi que les environs^.
Au cours de cette seconde irruption, une troupe de pillards péné-
trèrent dans l'église de Saint-Donatien et Saint-Rogatien, et, tan-
dis qu'ils se préparaient à dépouiller le sanctuaire de toutes ses
richesses, ils furent tout d'un coup miraculeusement frappés de
cécité. Sicque... hene castigati... ad 2r''opna reversi divul-
gaverunt hoc factum per onineyn regionem Normannorum* .
Il est possible que l'auteur de la Chronique de Nantes ait
donné dans son récit le beau rôle à ses concitoyens, car les Nan-
tais furent sans doute plus malmenés par les Normands qu'il ne
1. Quuyit Normanni, primo tempore Lolharii régis, filii Ludovici transma-
rini, patrias et regiones occideniales Gallie prope inaritima consislentes,
moriuo pro tune duce Britonum, depredationibus assiduis devastarent, ipsi
equidem, per alveum Ligeris cum magna classe navigii advecti, urbem
Namneticam ex improvisa ingrediiintur... Walterius vero episcopus, ductus ab
istis diabolicis viris usque Guerendiam capfivus, data pro se et pro aliis capli-
vis magna pecunia, ad suam sedem liber rediit. — Ce passage de la Chro-
nique de yayites est inédit; il se lit dans le manuscrit latin 9888, fol. 65 r°,
col. 2, de la Bibliothèque nationale. Une annotation marginale est ainsi con-
çue : Cronice civitatis Namnetensis.
2. Cf. Chronique de Nantes, dom Bouquet, VIII, 277.
3. Nec multo post tempore iterum ipsi Normanni, ad prediclam urbem
redientes, omnia intus et forts depredantes vastaverunt [Chronique de Nantes,
ms. latin 9888 de la Bibliothèque nationale, fol. 65). — Le récit de cette seconde
prise de Nantes par les Normands est inédit.
4. Chronique de Nantes, ibid.
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 265
le laisse entendre. Quoi qu'il en soit, il est certain que le siège et
la prise de Nantes fut un épisode important dans cette lutte entre
la Bretagne et la Normandie. C'est alors sans doute que l'èvêque
de Saint-Pol-de-Léon, Mabbon, abandonna son évêché, empor-
tant avec lui les reliques de saint Pol, et se réfugia au monastère
de Saint-Benoit-sur-Loire 1. C'est alors aussi que, suivant le récit
de la Translatio sancli Maglorii, l'èvêque d'Aleth, Salvator,
quitta brusquement sa cité et qu'une foule de prêtres bretons,
effrayés par le bruit de ce désastre, hujus cladis fragore per-
territi, se sauvèrent en toute hâte au monastère de Léhon, char-
gés de leurs plus précieuses reliques. Ces événements datent de
l'année 960^.
Après avoir saccagé le pays de Nantes, les Normands conti-
nuèrent vraisemblablement à exercer leurs ravages par toute la
Bretagne, dont les habitants, privés de chef national, n'étaient
guère en état de leur résister. On a vu précédemment que le comte
Foulques d'Anjou n'avait point répondu à l'appel des Nantais et
les laissa se tirer d'embarras comme ils purent. D'autre part,
Thibaut le Tricheur, dont les États étaient limitrophes de la Nor-
mandie, avait fort à faire pour protéger ses propres frontières^
1. Mabbon arriva au monastère de Saint-Benoîl-sur-Loire au temps où Vul-
fald en était abbé. On sait que Vulfald devint évéque de Chartres vers le mois
de septembre 962. — Sur la fuite de Mabbon et le transfert des reliques de
saint Pol, voir Aimoin de Fleury [Miracula sancti Benedicii, édit. de la Société
de l'histoire de France, p. 155) et Hugues de Fleury (Migne, P. L , t. 163,
col. 889).
2. Comme je l'ai déjà dit, Dudon rapporte que la lutte s'engagea dans le
temps qui suivit immédiatement l'époque du mariage du duc Richard de Nor-
mandie avec Emma, sœur de Hugues Capet. Or, ce mariage fut célébré en 960.
D'autre part, l'auteur contemporain de la Translatio sancti Maglorii rapporte
que la guerre durait depuis trois ans, lorsque les ravages des pirates danois
appelés en Gaule par Richard forcèrent les moines de Léhon à se réfugier
dans Paris. C'est à la (in de l'année 962 que les pirates danois débarquèrent à
Jeufosse (cf. Lot, les Derniers Carolingiens, p. 357) ; à cause de l'hiver, il est
probable qu'ils n'entrèrent pas en campagne avant le printemps de l'année 963.
Ce serait alors seulement que les Bretons seraient accourus à Paris, et cela
rejette le début de la guerre entre la Normandie et la Bretagne aux premiers
mois de l'année 960. Ainsi est confirmé le témoignage de Dudon. La dévasta-
tion des côtes bretonnes par la flotte normande, la prise de la ville de Nantes
et la fuite des prêtres bretons au monastère de Léhon, Ions événements qui se
rapportent au début de la guerre, ont donc eu lieu dans le courant de cette
année 9G0.
3. Une phrase de la Tianslalio sancti Maglorii montre que les Bretons ne
266 LES ORIGINES DO MONASTÈRE
Toutefois, ce comte semble avoir cherché à porter secours aux
Bretons. Au mois de septembre 960, il tenait à Rivarennes, non
loin deChinon, enTouraine, un grand plaid, auquel assistait l'un
de ses fils, nommé Thibaut, qui mourut deux ans plus tard, au
cours de cette guerre contre les Normands. Hugues, comte du
Maine, assistait aussi à cette assemblée, dont le lieu et la date
témoignent, je crois, d'un effort tenté pour entraver les progrès
des Normands en Bretagne'. Malheureusement, le comte d'Anjou
Foulques le Bon vint à mourir deux mois plus tard, le 1 1 novembre
960 ', et cette mort priva Thibaut le Tricheur de son plus puissant
auxiliaire.
Thibaut chercha alors un appui d'un autre côté. Il eut recours
au roi Lothaire, qu'il alla trouver à Laon, et lui remontra com-
bien il serait dangereux pour tous les Français de laisser le duc
de Normandie joindre à ses immenses domaines la province de
Bretagne et devenir ainsi le plus puissant seigneur de Gaule ■^. 11
fit intervenir en sa faveur la reine Gerberge et l'archevêque de
Cologne, Brunon. 11 sut former une coalition à laquelle prirent
comptaient guère sur le secours des Fiançais : [yonnannorum] bestialem ani-
mositutem... cum inter altos se nullo juvaviine perferre di/Jîderet {Auctarium
Maglorianum, g i).
1. Ce plaid tenu à Rivarennes est mentionné dans une charte de Saint-Flo-
rent de Saumur, dont on ne possède plus que quelques extraits (Bibl. nat.,
collection dom Ilousseau, t. I, n° 184). — Dom Ilousseau dit qu'il a trouvé
cette ciiarte dans une liasse d'anciens titres de Saint-Florent de Saumur.
2. La date de la mort de Foulques le Bon résulte de ce fait que ce comte
était encore vivant vers le milieu de l'année 9G0, lors de la prise de Nantes
par les Normands (cf. Chronique de Nantes, dom Bouquet, Vlil, 277), et qu'il
était mort vers le mois de mai 961, époque où son (ils Geoffroi lui avait déjà
succédé comme comte d'Anjou et combattait aux côtés de Thibaut le Tricheur
sur les bords de la Dieppe contre Richard de Normandie (cf. Dudon, édit. Lair,
p. 271, et Lot, les Derniers Carolingiens, p. 349). La date du jour de décès de
Foulques le Bon est fournie par la Chronique de Tours (dom Bouquet, IX, 53).
3. Dudon de Saint-Quentin parle de cette démarche de Thibaut auprès du roi
Lothaire : Deccrnens [Tetboldus] se nihil conira [Ricardum] proficere, pro-
fectus est ad Gerbergam reginam filiumque cjus, Francorum regem, Lotha-
rium, commorantes Lauduno monte. Qui multis prosecutionibus cepit eos
urgere ut decipiendo deponerent [Ricardum] tanto honore. Venenoque livoris
infeclus, dicebat régi et tnatri ejus : a Mirum mihi et omnibus cur tante arro-
ganlie cornes Ricardus, Northmannorum Britonumque tenens regnum quie-
tus, super Francos presumptuosa temeritate elatus, principatur contumax
pre omnibus » (édit. Lair, p. 265). — Dudon insinue ici que Richard était
alors en paisible possession de la Bretagne, mais c'est à dessein, je crois, qu'il
déguise ainsi la vérité.
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 267
part le roi, Geoffroi d'Anjou, fils et successeur de Foulques le Bon,
et Baudouin, comte de Flandre, implacable ennemi des Nor-
mands*. La lutte entre Thibaut et Richard entra dans une nou-
velle phase. Le théâtre n'en fut plus la Bretagne, mais le bassin
de la Seine. Peu de temps après Pâques (7 avril) 961, Richard
essuya une défaite complète, près de la rivière de la Dieppe. Les
coalisés le forcèrent à fuir jusqu'à Rouen 2. C'est alors que le duc
de Normandie appela à son secours des pays Scandinaves des
bandes de pirates danois. Ceux-ci n'arrivèrent en France qu'un
an plus tard; ils débarquèrent à Jeufosse, sur les bords de la
Seine, dans les derniers mois de l'année 962. Mais je n'insisterai
pas davantage sur les diverses péripéties de cette longue guerre,
dont le récit a été fait avec talent et critique par M. Lot dans son
travail sur les Derniers Carolingiens'^. J'ajouterai seulement
que les pirates débarqués à Jeufosse se mirent, dès le début de
l'année 963, à exercer leurs brigandages sur les terres de Thibaut
le Tricheur et du roi Lothaire. Ils pillèrent et incendièrent tous
les pays avoisinant la Normandie et portèrent leurs ravages jus-
qu'en Bretagne^ C'est à la nouvelle de ces désastres que l'évêque
Salvator et les religieux de Léhon cherchèrent un refuge dans les
murs de Paris^. La raison qui les détermina à choisir comme asile
le chef-lieu des domaines du duc Hugues Capet est que ce prince,
beau-frère de Richard de Normandie, observa une neutralité
1. Rex, coadunatis [Ricardi\ inimicis in dolo, Carnotensi sciiicet Telboldo,
Andegavensi Goizfiido, atque Flandrensi comité, Balduino (Dudon, édit. Lair,
p. 271).
2. Cf. Dudon, édit. Lair, p. 267-272; Flodoard, Annales ad annum 961, et
Lot, les Derniers Carolingiens, p. 349.
3. Les Derniers Carolingiens, appendice VIII, p. 346-357.
4. La preuve que les Danois à cette époque portèrent leurs ravages jusqu'en
Bretagne est que l'évoque Ilesdren, qui était alors, je crois, à Saint-Pol-de-
Léon, prit la fuite devant eux et, emportant le corps de saint Maur, se sauva
à Saint-Benoît -sur-Loire, où il arriva au temps de l'abbé Richard, qui succéda
à Vulfald dans les derniers mois de l'année 962. — Sur la fuite d'Hesdren
devant les Danois, voir les Bollandistes, Catalogus hagiographicus Parisiensis,
t. III, p. 148-149; Raoul Tortaire, dans la Floriacensis vêtus bibliotheca de
Dubois (Lyon, 1605, p. 353-354), et Hugues de Fleury, dans Migne, P. L.,
t. 163, col. 889.
5. Verum, diim per triennium hec acerrima perduraret guerra, a pagano-
rum infestatione cum Gallia diversis concuteretur incommodis,... Satvator
episcopns,... paucis fidelibus suo comitatui jutictis... Parisius... adierunt
{Auctarium Maglorianum, § n).
268 LES ORIGr\ES DD MONASTERE
complète pendant toute la lutte et que ses Etats n'eurent guère à
souffrir des déprédations des Danois*. C'est dans le même temps
que les chanoines de Saint-Guénaud s'enfuirent de Corbeil à
Paris.
Le traité de paix entre le roi Lothaire, Thibaut le Tricheur et
Richard de Normandie ne fut définitivement conclu qu'au mois de
juin 966^ Quelques-uns des émigrés bretons réfugiés à Paris
pensèrent alors à rentrer en Bretagne. Cette province, en effet,
aux termes du traité, n'avait point été cédée au duc Richard, et
elle n'avait plus à craindre les attaques des Normands, dont les
forces étaient affaiblies par une guerre qui avait duré six ans^.
Les chanoines de Saint-Guénaud retournèrent à Corbeil; les
prêtres, détenteurs du corps de saint Lunaire, s'en allèrent à
Beaumont-sur-Oise, et les clercs de Dol, prenant le chemin de
Bretagne, avec les reliques de saint Samson, s'arrêtèrent quelque
temps à Orléans^, où ils possédaient une église qui leur avait
autrefois servi de refuge"'.
De son côté, le duc Hugues Capet, quand le calme fut rétabli
en Gaule, songea à employer les moyens convenables pour rete-
nir à Paris la plupart des prêtres bretons et des saintes reliques
qu'il avait recueillies dans l'église de Saint-Barthélémy. Il com-
mença par agrandir et embellir cette basilique. Puis, quand les
restaurations furent achevées, il fit faire une nouvelle dédicace du
monument en l'honneur de saint Magloire. Il institua alors un
monastère auprès de l'église et obtint de l'autorité royale et reli-
gieuse que les moines seraient toujours gouvernés par un abbé
1. Cf. Lot, les Derniers Carolingiens, p. 357.
2. Ce traité fut conclu à Gisors (Loi, ibid., p. 356).
3. Après la mort de Foulques le Bon et à la faveur des troubles occasionnés
par la guerre contre les Normands, les Nantais secouèrent le joug des comtes
d'Anjou et prirent pour chef Iloël, l'un des bâtards dAlain Barbetorte. Le
reste de la Bretagne continua à tHre administré par Conan, comte de Rennes,
sous la suzeraineté de Thibaut le Tricheur : Iloel omncm principatum et
potestatem accipiens,... multa bella habuit cum Conano, filio Judicaelis
Berengarii, Redonensi comité, qui tune temporis majorcm partent Brilannie
tenebai de Theoboldo, comité Blesensi, quam partem ipse cornes Redonensis
in manu sua posl mortem Alani tenuerat. Et sic Hoel requirebat patris sui
jus et ut Conaaus de jure iUo se dominum et principem recognosceret et non
dictum Theobaldum {Chronique de Nantes).
4. Auctarium Maglorianum, g iv.
5. Il s'agit ici de l'église Saint-Symphorien d'Orléans (cf. Gallia christiana,
VIII, instruiMnia, col. 484).
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 269
de leur propre congrégation. Enfin, de concert avec sa femme
Adélaïde, il enrichit l'église de nombreux présents et concéda
aux religieux d'importants domaines, dont il leur fit confirmer la
possession par un diplôme des rois Lotliaire et Louise
Il est difficile d'assigner une date précise à ces diverses trans-
formations opérées par le duc Hugues Capet dans l'ancienne col-
légiale de Saint-Barthélémy. Les travaux de restauration de la
basilique, entrepris au plus tôt dans les derniers mois de l'année
966, nécessitèrent sans doute un certain laps de temps, et la dédi-
cace de l'églispf ne dut avoir lieu que vers 970. L'achèvement des
bâtiments claustraux et l'introduction des moines dans la nouvelle
abbaye ne peuvent être, je crois, antérieurs à 975. On a vu en
effet que le roi Robert le Pieux, dans le diplôme de 997 cité plus
haut, s'exprime en ces termes : Fecimus prœceptum firmita-
iis de rébus quns pater noster beatœ memoriœ, Hugo 7^ex,
nosque pie contulimus . . . sanctissimo Maglorio , in urbe
Parisiaca quiescenti, ubi etiam fundavimus monasterium
pretaxato precipiio confessori^. Il me semble qu'on peut
induire de ces expressions que Robert le Pieux contribua à la
fondation du monastère de Saint-Magloire ; il souscrivit sans
doute la charte de son père Hugues Capet, instituant cette abbaye.
Or, Robert le Pieux ne vint au monde qu'en l'année 972. La pre-
mière fois qu'on trouve sa souscription au bas d'un acte de son
père, c'est en 975 3. Il en résulte, à mon avis, que la charte,
aujourd'hui perdue, par laquelle le duc Hugues Capet fonda le
monastère de Saint-Magloire et régla entre autres choses la façon
dont les moines procéderaient à l'élection de leur abbé^ fut
octroyée au plus tôt en l'année 975 et probablement vers 980.
peu de temps avant le diplôme par lequel les rois Lothaire et Louis
confirmèrent tous les biens du couvent^.
1. Audarium Maglorianum, § v.
2. R. de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, p. 98.
3. Dom Bouquet, IX, 733. — Cf. Lot, les Derniers Carolingiens, p. 74, n. 4.
4. [Hugo] monachos ad divinum o/Jîcium peragendum constituit, quibus
semper abbaiem ex propria congregatione preesse tam regali quant sacerdo-
lali auctoriiate slabiiivit {Auctarium Maglorianum, § v).
5. On sait que ce diplôme des rois Lolhaire et Louis, publié en dernier lieu
par M. de Lasteyrie [Cartul. général de Paris, p. 87), est forcément posté-
rieur au 8 juin 979, date à laquelle le roi Lothaire associa au trône son fils
Louis. — Cf. Lot, les Derniers Carolingiens, p. 109.
^1893 ^8
270 LES ORIGINES DD MONASTÈRE
J'ai déjà dit précédemment que le récit primitif de la Transla-
tio sancti Maglorii s'arrêtait à l'endroit où est mentionné ce
diplôme confirmatif des rois Lothaire et Louis. Mais j'ai publié en
outre quelques additions, faisant plus ou moins suite à ce récit et
intéressant l'histoire de l'abbaye dans les premiers temps de son
existence.
La première de ces additions [Auctarium Maglorianum,
§ vi) se rapporte à la mort de l'évêque d'Aleth, Salvator, et de
l'abbé de Léhon, Junan. Ces deux personnages seraient décédés à
Paris vers l'an 1000 et auraient été enterrés dans l'église Saint-
Georges, que les moines de Saint-Magloire possédaient en dehors
des murs de Paris. L'auteur de cette addition a dû connaître le
lieu de sépulture par la mention qu'en faisaient les nécrologes de
Saint-Magloire. Quant à la date du décès, qui d'ailleurs n'est
qu'approximative, elle a pu être conservée par tradition dans
l'abbaye.
La seconde addition [Auctarium Maglorianum, § vu) a
trait à un nouveau séjour que firent à Orléans les clercs de Dol de
Bretagne, sous le règne de Robert le Pieux. Il paraît que ces reli-
gieux avaient été encore une fois forcés de quitter la ville de Dol,
emportant avec eux les reliques de saint Samson, parce que les
Normands, en guerre avec le comte de Chartres Eudes II, venaient
de faire irruption en Bretagne. Le roi Robert reçut lui-même à
Orléans les reliques de saint Samson et les déposa dans l'église de
Saint-Symphorien.
Enfin la troisième et la plus importante de ces notes addition-
nelles [Auctarium Maglorianum, § viii) n'est autre qu'un
récit assez circonstancié, et véridique, à ce qu'il semble, de la res-
tauration du monastère de Léhon, où reposait, avant qu'il eût
été transporté h Paris, le corps de saint Magloire. Cette restaura-
tion fut accompUo sous le règne de Robert le Pieux, par les soins
de l'abbé Hardouin et avec l'assentiment de Geoffroi Béranger,
comte de Rennes*. Le monastère de Léhon, rétabli dans son
1. Ce comte est désigné en ces termes : quidam comos Brilannorum, Beren-
garius nomine. Depuis Déranger, comte de Rennes sous le roi Eudes, jusqu'à
Geoffroi Béranger, mort en 1008, tous les comtes de Rennes portèrent ce nom
patronymique de Béranger. Il s'agit sans aucun doute ici de Geoffroi, qui vivait
sous Robert le Pieux et qui est appelé Gaufridus Berengarii par le chroni-
queur de Saint-Brieuc. — Cf. de la Borderie, Miracles de saint Magloire,
p. 114-115.
DE SAIM-MAGLOIRE DE PARIS. 27^
ancienne splendeur, devint un prieuré de Saint -Magloire de
Paris.
Il me reste, pour terminer cette étude, à exposer les principales
conclusions qui en résultent, relativement aux origines de l'ab-
baye de Saint-Magloire.
Dans les premières années du règne de Lothaire, de graves
dissensions s'élèvent^ au sujet du gouvernement de la Bretagne,
entre le duc de Normandie Richard P^ d'une part, Thibaut le
Tricheur, comte de Chartres, et Foulques le Bon, comte d'An-
gers, d'autre part. Le duc légitime des Bretons venait de mourir
sans laisser d'héritiers. Richard de Normandie, pour faire valoir
de prétendus droits à la suzeraineté de la Bretagne, envoie une
flotte ravager les côtes de cette province. La flotte normande
parvient jusqu'à Nantes, s'empare de la ville, à l'exception du
château, et emmène beaucoup d'habitants en captivité. A la nou-
velle de ce désastre, Salvator, évêque d'Aleth, levant de leur
tombeau les reliques de saint Malo, son prédécesseur, les porte
non loin de là, au monastère de Saint-Magloire de Léhon, où.
l'abbé Junan avait déjà donné l'hospitalité à un grand nombre de
prêtres bretons qui avaient pris la fuite à l'approche des Nor-
mands. Mais bientôt la guerre entre les Français et les Normands
s'étend à tout l'ouest de la Gaule et devient plus acharnée. Le
monastère de Léhon ne parut plus offrir assez de sécurité à Sal-
vator et à Junan, qui se décident à quitter la Bretagne et à gagner
les pays où l'on n'aurait pas à craindre la fureur des belligérants.
Ils emmènent avec eux tous les prêtres qui s'étaient réfugiés à
Léhon et toutes les reliques qui avaient été déposées dans le
monastère. A peine étaient-ils sortis de Bretagne qu'ils ren-
contrent une autre troupe d'émigrés qui se joignent à eux. C'étaient
les clercs de Dol et de Bayeux, qui, chargés des corps de saint
Samson, de saint Senier, de saint Pair et saint Scubilion, aban-
donnaient à la hâte le théâtre de la guerre. On ignore en quels
lieux s'arrêtèrent ces fugitifs, mais il est certain qu'un grand
nombre se dispersèrent en route. — Tous ces événements, l'inva-
sion des Normands en Bretagne, la prise de Nantes et l'émigra-
tion du clergé breton datent de l'année 960.
Trois ans après, Salvator et Junan, ainsi que quelques prêtres
qui ne les avaient point abandonnés, étaient établis, semble-t-il,
sur les domaines du duc de France, Hugues Capet. Vers le début
272 LES ORIGINES DD MONASTERE
de l'année 963, efîrayés par les ravages qu'exerçaient dans le
bassin delà Seine des bandes de pirates danois, appelés de Scan-
dinavie par le duc Richard de Normandie et récemment débarqués
à Jeufosse, ils vinrent chercher un nouvel abri dans les murs de
Paris. Les chanoines de Saint-Guénaud de Corbeil s'étaient unis
à eux, et il y avait aussi dans cette petite troupe un abbé dont le
nom n'est point connu. Fort bien accueillis par la population
parisienne, Salvator et ses compagnons, voyant que les excès des
pirates danois menaçaient de durer longtemps encore, s'enhar-
dirent jusqu'à demander au duc Hugues Capet de leur accorder
une église où ils pourraient honorablement déposer les saintes
reliques qu'ils avaient apportées avec eux. Ils allèrent trouver le
duc en son palais de Paris ; mais celui-ci était occupé à des affaires
d'État et ne les put recevoir sur-le-champ. Les religieux, intro-
duits dans la salle où le prince prenait ses repas, déposèrent sur
la table à manger les châsses pleines de reliques. Cependant,
l'heure du dîner étant arrivée, l'officier de service, frappant sur
les châsses avec la verge qu'il tenait à la main, ordonna aux
moines de se retirer. Ceux-ci ne furent pas sans opposer quelque
résistance, et l'officier, entrant en fureur, se mit à les invectiver
et en frappa même quelques-uns. Un grand tumulte s'ensuivit.
Le duc Hugues Capet, entendant ce bruit, demanda quelle en était
la cause, et, ayant appris l'insulte faite aux religieux, il vint aus-
sitôt à eux, et, se prosternant devant les précieuses châsses, il
implora le pardon de Dieu. Il ne crut en conséquence pouvoir rien
refuser aux prêtres bretons, et il voulut transporter lui-même les
corps saints dans l'église collégiale de Saint -Barthélémy, qui
était la chapelle du palais. C'était le 10 octobre 963. —Trois ans
plus tard, vers la fin de l'année 966, après que les pirates danois
eurent quitté la Gaule et que la paix eut été conclue entre les
Français et les Normands, un certain nombre des religieux qui
avaient accompagné jusqu'à Paris l'évêque Salvator et labbé
Junan s'en retournèrent d'où ils étaient venus, emportant les
reliques, à la possession desquelles ils n'avaient pas renoncé. De
ce nombre furent les chanoines de Saint-Guénaud de Corbeil,
qui seuls entre tous les autres ne laissèrent à l'église de Saint-
Barthélémy aucune parcelle du corps de leur patron. Les clercs
de Saint-Lunaire s'en allèrent à Beaumont-sur-Oise et ceux de
Dol à Orléans. Hugues Capet craignit sans doute la contagion de
DE SAINT-MAGLOIRE DE PARIS. 273
l'exemple, et, comme il désirait garder dans sa capitale le trésor
qui lui avait été confié, il s'efforça de retenir par ses largesses les
prêtres bretons près de lui. Il commença par restaurer et agran-
dir l'église de Saint-Bartliélemy, et, quelques années après, vers
970, il en fit faire une nouvelle dédicace en l'honneur de saint
Ma gloire. Puis, pour mieux témoigner de son respect pour les
saints bretons, il voulut que la collégiale où leurs corps reposaient
fût transformée en monastère bénédictin. Cette transformation
ne fut achevée que vers l'an 980, et l'abbaye de Saint-Magloire
de Paris, définitivement instituée, continua pendant longtemps
encore à être l'objet de la faveur des Capétiens, lorsque de ducs
ceux-ci furent devenus rois de France.
René Merlet.
I
b
JEAN MESCHINOT
SA VIE ET SES OEUVRES
SES SATIRES CONTRE LOUIS XP.
SECONDE PARTIE.
LES ŒUVRES DE MESCHINOT.
La poésie de Meschinot est grave, sérieuse, sermonneuse. Ce
n'est ni un irrégulier comme Villon, ni un sentimental comme
Charles d'Orléans. Petit gentilhomme, tout confit dans les vieilles
mœurs, tout imbu du sentiment des devoirs sociaux, politiques et
religieux, il les prêche à tout le monde, y compris les princes, et
même, — c'est ce qui fait son originalité, — plus souvent aux princes
qu'aux autres. Quand il parle de l'amour, ce qui arrive rarement,
c'est sur un ton aussi didactique. On ne trouve dans toute son
œuvre qu'un petit rondeau quelque peu sentimental et une petite
grivoiserie qui n'est peut-être pas de lui, que sans doute il n'eût
pas publiée, et que ses éditeurs ont imprimée surtout pour les
beaux jeux de rimes, de mots, d'allitération, dont elle regorge.
Cette physionomie de poète moraliste, sévère, grondeuse même,
fréquemment agrémentée de lieux communs, ne déplaisait pas, il
faut le croire, à nos pères, puisque en cinquante ans les œuvres
de Meschinot eurent une trentaine d'éditions. Les modernes les ont
rejetées avec ennui, ne sachant même pas discerner ce qui en fai-
sait l'attrait, le ragoût pour les contemporains. Car une telle
1. Voir ci-dessus, p. 99 à 140.
JEAN MESCHINOT, SA VIE ET SES ŒUVRES. 275
vogue, soutenue pendant près d'un siècle, ne peut guère avoir été
un simple caprice.
A cette vogue, habituellement, on donne pour toute cause,
d'abord le titre singulier du livre, les Lunettes des princes, puis
surtout ces jeux de rime dont je parlais tout à l'heure, véritables
tours de force dans lesquels Meschinot est passé maître et qui
charmaient, paraît-il, le mauvais goût des Français du xve siècle
et même du xv!**. Qu'il y ait eu là pour notre poète un élément de
succès, je ne le nierais pas ; mais il y avait autre chose. Sa poésie
morale n'est pas toujours un sermon : parfois, c'est une élégie
personnelle sombre et poignante; plus souvent, une satire dont le
tranchant mord constamment les grands et les princes, ou bien
même un pamphlet politique qui ne vise rien moins que le roi de
France.
Voilà, je crois, ce que personne n'a signalé jusqu'ici en Meschi-
not, par la raison qu'il est depuis longtemps dans la classe des
auteurs dédaignés qu'on ne lit point, auxquels on croit faire un
grand honneur quand on les feuillette du pouce en en déchiffrant
d'un œil distrait trois ou quatre lignes çà et là. Mais voilà ce qu'on
découvre sans peine quand on veut bien l'étudier à fond, et ce que
j'espère mettre tout à l'heure en pleine lumière.
On peut d'abord établir dans les œuvres de Meschinot une triple
division : en premier lieu, le poème allégorique intitulé les
Lunettes des princes, dont le titre est à peu près tout ce que le
public lettré connaît de notre poète; puis, ses poésies pohtiques;
enfin, ses poésies diverses, morales, religieuses, amoureuses.
Mais, quand on y regarde de près, on s'aperçoit que les
Lunettes des princes ne sont point une composition homogène.
Les critiques n'y ont vu autre chose qu'une allégorie quintessen-
ciée sur les quatre vertus cardinales : Prudence et Justice, qui
sont les deux verres de ces lunettes ; Force, qui en forme la mon-
ture, et Tempérance, le clou d'assemblage : merveilleuses besicles
que la Raison donne au poète, avec la manière de s'en servir.
Cette allégorie occupe en effet la plus grande partie du poème, les
quatre cinquièmes environ. Mais le début est tout autre chose;
c'est un véritable fragment d'autobiographie, où éclate la note de
la poésie personnelle, plaintive, amère, désolée, donnant au style
une verve, une hauteur, un caractère réellement original, et révé-
lant le secret de la crise la plus sombre de la vie du poète, qu'elle
poussa tout au fin bord du suicide, crise dont les biographes ne se
276 JEAN MESCHINOT
sont pas doutés. Entre la longue allégorie des Lunettes et cette
poignante élégie personnelle, il n'y a aucun lien logique ; il a plu
à l'auteur de faire de l'élégie une sorte de préface à l'allégorie ;
mais cette juxtaposition est purement factice et tout arbitraire ;
il y a là en réalité deux œuvres, deux compositions entièrement
distinctes et de caractère très dififérent. D'après cela, les œuvres de
Meschinot doivent être définitivement réparties en quatre classes :
I. — Autobiographie poétique de Meschinot, formant la pre-
mière partie de ce qu'on appelle aujourd'hui les Limettes des
princes ;
II. — Poésies politiques de Meschinot, comprenant : 1° satires
contre Louis XI ; 2° pièces relatives à divers personnages et
à divers événements du duché de Bretagne ;
III. — Les Lunettes des princes, c'est-à-dire le poème allé-
gorique, abstraction faite de la partie autobiographique mention-
née ci-dessus ;
IV. — Poésies diverses.
De ces quatre classes des œuvres de Meschinot, les deux pre-
mières sont assurément les plus curieuses ; toutefois, dans les
deux dernières, il y a des parties intéressantes et toujours y coule
çà et là, plus ou moins abondante, plus ou moins fréquente, une
veine satirique originale.
I.
Autobiographie poétique de Meschinot.
Dans l'état actuel, les Lunettes despritices forment un poème
de plus de 3,000 vers, divisé, au point de vue métrique, en deux
parties : la première comprena nt 86 strophes composées chacune
de 12 vers de dix syllabes, ensemble 1,032 vers ; la seconde par-
tie composée de quatre traités sur les quatre vertus de Prudence,
Justice, Force et Tempérance, chaque traité ayant son mètre et
son rythme particulier (le tout faisant 2,039 vers).
Chacun des douzains de la première partie a le même rythme :
il est fait sur deux rimes, l'une qui termine les vers 1, 2, 4, 5, 9,
12 du douzain, et l'autre les six autres vers 3, 6, 7, 8, 10, 11. Du
reste, voici le premier douzain :
Après beau temps vient la pluie et tempeste;
Plaings, pleurs, souspirs viennent après grand feste,
SA VIE ET SES CEUVRES. 277
Car départir' desplaisance fort griefve.
Après esté profitable et honneste,
Hiver hideux froidure nous apreste.
Si nous avons liesse, elle est bien briefve!
Après temps coi le bien grand vent se levé,
Guerres, debatz viennent après la trêve,
Après santé vient mal en corps et teste.
Quand l'un descend, tantost l'autre s'esleve.
Pouvres sommes, si Dieu ne nous relevé,
Car à tout mal nostre nature est preste.
Comme on le voit, le poète commence par déplorer les ennuis,
les malheurs, les vicissitudes, en un mot toutes les tristesses et
toutes les misères de la condition humaine en général. Après cette
première strophe, il continue :
Boire, mangier et dormir nous convient;
Nos jours passent, jamais un n'en revient,
Nostre doux est tout confit en amer.
Contre un plaisir ou un seul bien qui vient,
Le plus heureux cent fois triste devient...
Du temps passé peu nous esjouissons
Et du présent en dangier jouissons.
Las! au futur avons petit esgard...
0 misérable et très dolente vie !...
La guerre avons, mortahté, famine;
Le froid, le chaud, le jour, la nuit nous mine;
Puces, cirons et tant d'autre vermine
Nous guerroyent. Bref, misère domine
Noz meschans corps, dont le vivre est très court 2...
L'homme ajoute encore de gaîté de cœur à toutes les misères
inévitables de sa condition ; il les irrite et il en double le poids en
entretenant cette lutte acharnée, implacable, universelle, tempête
furieuse qui agite et déchire sans fin l'humanité ; lutte énergique-
ment peinte dans ces vers :
Les grands pillent les moyens et, plus bas,
1. Partir, quitter la fête.
2. 2% 3% 4% 9' douzains.
278 JEAN MESCHINOT
Les moyens font aux moindres maints cabas V
Et les petits s' entreveulent destruire.
Telz, qui n'ont pas vaillant deux meschans bas,
Voit-on souvent avoir mille débats,
Aucunes fois se navrer et occire ^ !...
Mais, le comble de la misère humaine, c'est la fatalité de la
mort. Ce terrible et inéluctable aboutissement de tous les travaux
et de tous les plaisirs, de toutes les peines et de toutes les joies de
l'homme sur terre, accable notre poète. Quand je vois, dit-il,
Que celle mort nous poursuit de si près,
(Pensez le mal et l'ennui où je suis !)
Je vais pleurant par chemins, bois et prés;
J'ai beau plourer, aullre chose n'y puis 3.
S'il pleure, ce n'est pas seulement parce que la mort lui lance
déjà (nous le verrons) de précoces menaces; c'est aussi, c'est sur-
tout parce que ses coups répétés viennent de lui ravir en très peu
de temps ses meilleurs amis, ses protecteurs déclarés, entre
autres, les quatre ducs de Bretagne qu'il a servis, — Jean V,
François P^ Pierre II, Arthur III, — enlevés à l'improviste en
quelques années (1442-1458). Tristement il égrène cette funèbre
litanie, traçant de ces princes, à main levée, de curieux portraits
(que nous avons reproduits ci-dessus, p. 108-110) et lamentant
sa détresse.
Quel coup que la mort du bon duc Jean,
... dont amère destresse
A longuement esté nostre maistresse :
L'avoir perdu nous fut haultain dommaige '' !
Et sur la mort de son fils, le duc François P"", survenue huit
ans après, le poète s'écrie :
A grant douleur, j'ay perte nom pareille
De ce bon duc, qui tant de biens faisoit '*.
Enfin, après avoir célébré la générosité et déploré le trépas des
1. Vexations, ennuis, tourments.
2. 11° douzain.
3. 12" douzain.
4. 14° douzain.
5. 23° douzain.
SA VIE ET SES CEUVRES. 279
deux autres (Pierre II, Arthur III), il pousse ce gémissement
désespéré :
Par ceste mort je sens guerre mortelle...
Or m'est-il donc très grandement mescheu,
Qui me vis hault et me sens si bas cheu
Que je n'ay plus aucun qui bien me vueille,
Mes maistres morts, mon honneur est decheu
Et tout malheur m'est en partage echeu...
Des biens mondains n'ay vaillant une plaque ^..
Notez que Meschinot, quand il parle ici de « ses maîtres, » com-
prend uniquement sous cette expression les quatre ducs Jean V,
François P% Pierre II, Arthur III, tous quatre défunts, et nulle-
ment le duc régnant François IL Quand il écrivait ces vers, il
n'était donc pas encore entré au service de ce dernier.
Notez aussi que le plus clair de la fortune de Meschinot, jus-
qu'à ce moment, c'était le poste qu'il occupait dans la maison
ducale et d'où il tirait du même coup des gages (nous dirions
aujourd'hui des appointements) fort honorables et de la considé-
ration, c'est-à-dire tout à la fois honneur et profit. Donc, quand
il se plaint que la mort de « ses maîtres, » c'est-à-dire des quatre
ducs prédécesseurs de François II, l'a privé de « son honneur, »
c'est-à-dire de la considération dont il jouissait, et l'a complète-
ment ruiné, au point de n'avoir plus « une plaque, » c'est-à-dire
pas un sou dans sa poche ; — ce dont il se plaint en réalité, c'est
de n'avoir pas été, après la mort d'Arthur III, conservé dans la
maison ducale par le duc François II.
Cependant, les comptes des trésoriers de Bretagne nous montrent
notre poète dans la garde ducale, c'est-à-dire dans la maison mili-
taire du duc François II en 1461. Il n'a donc pu se plaindre d'en
avoir été écarté que dans l'intervalle compris entre cette dernière
année et la mort d'Arthur III, c'est-à-dire en 1459 ou 1460.
Voilà donc la date certaine de la composition, sinon des
Lunettes des pfnnces en leur entier, du moins de la première
partie, comprenant, comme nous le verrons, les 43 premiers dou-
zains. Car, dans mon opinion, le poème a dû être composé, non
d'un seul jet, mais à deux époques tout au moins et à deux
reprises, sinon trois. On en dira plus loin la raison.
1. 27% 37% 41» douzains.
280 JEAN MESCHINOT
Cherchons d'abord pourquoi Meschinot s'était vu momentané-
ment écarté de la maison ducale par le duc François II.
La cause est facile à découvrir, Meschinot l'exprime clairement
dans son poème. C'était un mal dont il ne dit pas le nom (il ne le
savait peut-être pas lui-même) qui avait frappé son corps de dou-
leurs aiguës, violentes, mêlées d'hébétude, et rempli son esprit
d'une humeur noire, s' exaspérant sans cesse, véritable hypocon-
drie qui finit par tourner au désespoir. Voici quelques-uns des
traits dont il peint cet état mental et physique, où revient tou-
jours comme une plaie cuisante l'obsession de la mort prochaine :
Ha ! Mort, par toy si très grant douleur mené
Que je ne scay quelle part me doy rendre...
Penser me tient, foiblesse me pourraene...
Je m'esmerveille comme sur pieds me porte
Et que la mort à tout coup ne m'emporte,
Qui, longtemps a, m'a prins en sa choisie...
Je veille en pleurs, je dors en frénésie,
Il n'est chose qui ma douleur supporte,
Pire est mon mal que n'est paralysie ;
Ma jeunesse est de tout bien dessaisie !...
J'eus beau regard, qui est devenu louche-,
Foible me sens, qui fus aultres foys ferme,
Je fus joyeux, or ai-je à l'œil la lerme;
Plus n'ay santé, je suis du tout inferme,
Dont plus ne quiers, sinon que mort me touche...
Eslonné suis tant que, qui hault ne huche,
Je n'oy plus rien, mais sourd comme une bûche
Suis devenu...
Tremblant je suc, et si ars en froidure,
En dueil passé ay mal qui sans fin dure
Et ma santé d'infection tachée;
J'ay corps entier dont la chair est hachée
Et ma beauté toute paincte en laidure ^ .
Voilà pour le physique ; l'état morbide, d'après ces indications,
n'est pas douteux. Le moral, c'est pis encore ; non seulement le
1. 28% 29% 33% 38% 40« douzains.
SA VIE ET SES œUVRES. 28 ^
poète est secoué, bouleversé par la souffrance physique, il a de
plus à soutenir ce revers de fortune qui, en le privant de son poste
dans la maison ducale, le réduit presque à l'indigence. L'àme de
Meschinot se débat péniblement dans ces angoisses, s'enfonce peu
à peu dans le gouffre.
La première douleur qui se fait sentir, c'est le souvenir des
joies, des prospérités d'antan, tourné aujourd'hui en amertume.
Là vient la célèbre strophe souvent citée :
J'ay eu robes de martres et de bievre,
Oiseaulx et chiens à perdriz et à lièvre;
Mais de mon cas c'est piteuse besongne.
S'en celuy temps je fus jeune et enrievre,
Servant dames à Tours, à Meun sur Yevre,
Tout ce qu'en ai rapporté, c'est vergongne,
Vieillesse aussi, rides, toux, boutz' et rongne,
Et mémoire qu'il faut que Mort me pongne,
Dont j'ay accès trop plus maulvais que fièvre,
Car je congnois que tout plaisir m'eslongne^
Et à la fin, que vérité tesmongne,
Je me voy nud de sens comme une chievre^.
Les souvenirs de Tours et de Meun sur lèvre sont ceux de la
plus brillante époque de la vie et de la jeunesse de Meschinot,
quand, avec les ducs Pierre II et Arthur III, il prenait part, en
1452 et 1457, aux fêtes de la cour de France à Tours, et encore
en 1455, avec le premier de ces princes, à Bourges et à Meun
sur lèvre ; car Meun (aujourd'hui Meliun) sur lèvre n'est point
là, comme on serait tenté de le croire, seulement pour la rime.
Quand le duc Pierre II de Bretagne alla , de juillet à septembre 1455,
rendre visite au roi de France à Bourges, il fut reçu non seule-
ment dans cette ville, mais aussi à Meun sur lèvre, qui en est
très voisin, château de plaisance de Charles VII ; les comptes du
trésorier de Bretagne le constatent'*. Les fêtes qui eurent heu en
cette occasion à Meun et à Bourges furent très brillantes ; le duc
s'était fait accompagner des plus grands seigneurs de Bretagne, le
comte de Laval, les sires de Gavre, de Derval, de la Roche-Ber-
1. Bout, point de côté, pleurésie; voir Du Gange au mot Punctura.
2. Que tout plaisir me fuit.
3. 36= douzain.
4. D. Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, II, 1686.
282 JEAN MESCeiNOT
nard, le maréchal de Malestroit, l'amiral de Bretagne, une foule
d'autres. Pour donner aux Français le spectacle des luttes bre-
tonnes, il avait amené les six meilleurs lutteurs du duché, tous
six gentilshommes, ayant à leur tête un Rostrenen^ De son côté,
Charles VII se piqua de magnificence : « Si fut le duc Pierre (dit
un contemporain) grandement et honorablement recueilli du roi
son oncle, qui le chérit et entretint audit lieu de Bourges en
grandes festes et esbatemens tant qu'il y fut, et y eult pluseurs
joustes et tournois pendant celui temps ^ »
Ainsi, les vers de Meschinot ne sont point le produit de son
imagination, ils reflètent les faits, les circonstances, les sentiments
qui ont agité sa vie. On peut se demander toutefois s'il n'a pas ici
quelque peu forcé la note et si, tout en prenant joyeusement sa
part de ces belles fêtes, il fut en réalité aussi fastueux, aussi afîolé
de plaisir qu'il semble le dire, car enrièvre, d'après son étymo-
logie {inrabiatus) , signifie littéralement enragé. Son aisance,
honorable mais modeste, ne lui permettait pas de grands excès.
Il ya donc ici surtout la radieuse vision, l'amer regret de la jeu-
nesse envolée avec ses joies, ses audaces qui ne reviendront plus,
et la crainte de la vieillesse qui s'approche avec son triste cortège.
Mais pourquoi, cependant, le poète dit-il que « tout plaisir l'es-
longne, » quand, pour l'âge mûr dans lequel il entrait à peine, il
existe encore assurément des satisfactions et des jouissances?
C'est qu'hélas ! en raison des circonstances exphquées ci-dessus,
le pauvre homme se sentait pris à la gorge par la double griffe de
la maladie et de la pauvreté : « Les jeux passés, » dit-il.
Les jeux passez me sont bien cher vendus :
J'avois apprins coucher en litz tendus,
Jouer aux delz, aux cartes, à la paume;
Que me vaut ce, mes cas bien entendus ?
Tous mes esbatz sont pieça despendus,
Et me convient reposer sur la chaulme^.
Le cou pris dans les deux branches de cette affreuse tenaille,
1. D. Morice, Preuves de l'hhtoire de Bretagne, II, 1689.
2. Le Band, Hisl. de Bretagne, p. 530. — Ce voyage de Pierre II à Bourges,
aller, séjour et retour, dura environ deux mois, du 17 juillet au 20 septembre
1455. Voir dora Lobineau {flist. de Bretagne, I, p. 657-658), qui donne à ce
sujet des détails intéressants, que le sec dom Morice s'est empressé de supprimer.
3. Sur la paille. 35' douzain.
SA VIE ET SES (DOVRES. 283
— maladie et misère, — notre poète, ce n'est point étonnant, se
voit tenté de désespoir ; mais il résiste :
Si dis adonc : Desespoir, mauvais hoste,
Esloigne-toy et aussi tes gens oste,
Qui desjà m'ont si grandement pillé * .
Vains efforts, l'angoisse envahit de plus en plus le cœur du
poète ; il voudrait être « hermite en un hault roc, » ou frère
« mendiant de quelque ordre ô un froc^, » moins encore,
Ung laboureur qui a charrue et soc,
Fourche, rasteau, serpe, faucille et broc,
En son œuvre prend consolation ;
Mais moy, tout plein de désolation,
Rempli d'orgueil et cavillation,
Suis mieux pugni que ceulx qu'on met au croc.
De raison n'ay pas tant comme une mouche ;
Ma vertu est semblant la vieille souche
Qui a fini de son temps tout le terme., ,
L'arbre sec suis portant d'ennui verdure,
Vivant en mort, trouvant plaisance dure,
Noyant de soif dans la mer asséchée, . .
Je suis garny de santé langoureuse,
J'ay liesse pénible et doloreuse
Et doux repos plein de mélancolie -,
Je ne vis plus, fors en surté paoureuse,
La clarté m'est obscure et ténébreuse,
Mon sentiment 3 est devenu folie '\
Avec la folie, le désespoir revient ; cette fois, il aura raison du
pauvre poète. Il commence par invoquer la mort :
Est-il meschief que mon cueur ne recueille ?
Certes nenny. Tremblant comme la fueille
Serai tousjours tant qut mort m'ait receu.
1. 32« douzain.
2. 34^ douzain.
3. Mon bon sens, ma raison.
4. 31% 39% 40« douzains.
284 JEAN MESCHINOT
Si luy supply qu'en sa maison m'accueille,
Car vivre plus au monde ne m'est deu * !
Mais la camarde est essentiellement bizarre et contrariante.
Vous ne voulez pas d'elle? elle vient. Vous l'appelez? elle se
dérobe. Meschinot a beau invoquer son aide, elle le laisse crier
et se moque de lui. Cependant, la crise devient plus intense, le
nœud coulant de la maladie et de la misère se resserre au cou du
patient, l'étrangle à lui faire tirer la langue. A peine peut-il crier
douloureusement :
De biens mondains n'ay vaillant une plaque.
Mais des douleurs plus que plein une caque
Sens en mon cueur-!...
C'est ici le dernier coup ; nous touchons à la catastrophe. Abîmé
de tristesses amères, d'angoisse physique et morale, plongé dans
un irrémédiable désespoir, — et enfin n'ayant plus le sou, — quel
refuge pour notre auteur? La mort. Abîme ou refuge, n'est-elle
pas l'inévitable? Quand tout vous manque, vous trahit et vous
torture, autant y courir de suite et en finir. C'est en efi'et ce que
fit Meschinot, ou du moins ce qu'il voulut faire :
Je vais aux champs sur ma petite hacque^ ;
Là conviendra que ma dague je sacque '•,
A celle fin que ma vie je desroque ^
Car la cause qui à ce me provocque
Trop cruelle est*'!...
Voilà donc le pauvre homme d'armes accablé de l'amertume de
sa destinée, chevauchant tristement son bidet à travers la cam-
pagne, seul dans ce désert, le poignard à la main, prêt à se per-
cer le cœur... Il hésite, il s'arrête. Ce n'est pas la crainte, il en a
bien vu d'autres ; n'a-t-il pas
Son corps entier dont la chair est hachée?
Non; mais le suicide est tellement antipathique, tellement
1. 37° douzain.
2. 41° douzain.
3. Ilaquenée.
4. Je tire, je dégaine.
5. Desroquer, desrocher, détruire.
6. 41* douzain.
SA VIE ET SES œCVRES. Z90
odieux à l'esprit du christianisme qu'au moyen âge, sauf les fous,
il n'y avait pas de suicides. C'est donc ici le sentiment chrétien
qui proteste, qui s'insurge, qui arrête la dague du désespéré et le
précipite du même coup dans le repentir du crime qu'il allait com-
mettre. Hélas! s'écrie-t-il épouvanté :
... Helas! je me revocque
D'avoir ce dit ! Par monseigneur saint Jacque,
Je m'en repens! La grâce Dieu j'invocque
A deux genoulz, estant bonnet et tocque,
Luy suppliant qu'à mon adresse vacque ^ .
Pour conjurer le mauvais sort, il adresse à Dieu cette oraison
touchante :
Ha Dieu ! par qui je vueil mourir et vivre,
Je te supply me faire brief dehvre. . .
Tu es le Maistre et je suis ta pouvre œuvre ;
Regarde-moy, tes yeux de pitié euvre,
Puisque faire me daignèrent tes mains.
Car, si par toy santé je ne recueuvre,
Maudit me voy entre tous les humains,
Et va mon fait toujours de plus au moins
Se ta grâce prochainement n'y œuvre ^ !
Avec cette oraison, la résignation, la paix rentrent dans l'âme
du désespéré ; avec la paix la santé lui revient, avec la santé il
recouvre bientôt sa place dans le monde.
La première partie du poème se termine avec cette oraison ou
plutôt un peu avant, à la fin du 43" douzain, car le 44°, qui donne la
fin de l'oraison, semble une lourde surcharge ajoutée par l'auteur
quand il reprit son poème pour le continuer, l'achever, le mettre
dans la forme où il est aujourd'hui. Cette seconde partie, je l'ai
déjà dit, est purement artificielle et allégorique. La première, que
nous venons de résumer, est au contraire très naturelle, très réelle
et très vivante ; c'est, sous forme poétique, l'autobiographie de
l'auteur dans la crise la plus aiguë de son existence. Toute pal-
pitante des douleurs, des angoisses, des révoltes du poète pendant
1. Qu'il vienne à mon secours.
2. 42", 43» douzains.
4895 49
286 JEAN MESCHINOT
cette période, elle dut être composée immédiatement à l'issue de
la crise qu'elle raconte. Longtemps, le poème en resta là, se ter-
minant toutefois par une strophe qui donne, sous une pittoresque
métaphore, la date de sa composition : strophe que l'auteur
déplaça plus tard et mit (à tort) tout à la fin des douzains. En
voici le texte :
Cecy m'advint entre esté et autonne^
Ung peu avant que les vins on entonne,
Lorsque tout fruict maturation prent.
L'un jour, faict chault-, l'aulLre, pleut, vente et tonne;
L'air faict tel bruyt que la teste en estonne.
A nous meurir celluy temps nous aprent ;
Car, qui des biens lors n'asserre^, il mesprent^,
Pour ce qu'après l'yver froit nous sourprent \
Qui n'a du vin ou du blé en sa tonne,
Au long aller son default le reprent-*.
Entre esté et autonne, c'est-à-dire entre la jeunesse et l'âge
mûr : impossible de marquer avec plus de justesse et de précision
l'époque où Meschinot avait pâti les tourments dont il a fait son
poème. C'était, avons-nous dit, entre la mort du duc Arthur III
(26 décembre 1458) et l'année 1461, c'est-à-dire en 1459-1460.
L'auteur, né vers 1420, avait alors trente-neuf ou quarante ans,
ce qui est fort exactement l'entrée de l'âge mûr.
Ce qui me semble certain, c'est que dans le principe, et proba-
blement assez longtemps, le poème consista uniquement dans la
longue élégie des infortunes de l'auteur, comme nous venons de
la résumer, comprenant les 43 ou 44 premiers douzains actuels,
plus le 85*" pour marquer l'époque de ces angoisses, sans que d'ail-
leurs il y fût alors en aucune façon question de limettes. Mais,
quand notre poète voulut pubUer cette œuvre, il se soucia peu de
répandre ouvertement dans la foule, à titre de réalité, le récit de
ses malheurs et de sa tentative de suicide ; alors, il imagina d'en
1. 85" douzain.
1. N'amasse.
3. Il a tort, il se fourvoie.
4. Ces quatre derniers vers signifient que celui qui ne fait pas à l'entrée de
l'automne sa provision de vivres pour l'hiver commet une grande imprudence,
car, s'il n'a ses tonnes bien garnies de vin et de blé, ses provisions, à la longue
(au long aller), lui manqueront avant la fin du froid hiver.
SA VIE ET SES OEUVRES. 287
faire le point de départ d'une longue allégorie, dont l'évidente
fiction devait dissimuler au lecteur la réalité intime et poignante
du récit primitif. C'est à ce moment que les lunettes parurent ;
couvrant tout le reste, elles devinrent le principal objet du poème
et lui imposèrent son titre. Nous examinerons plus loin cette
seconde partie, tout à fait distincte de la première.
IL
Poésies politiques de Meschinot.
Satires contre Louis XI.
Dans toutes les éditions de Meschinot, les Lunettes des princes
sont suivies immédiatement d'un groupe de ballades ainsi annoncé :
« S'ensuivent XXV balades , co^nposées par ledit Jehan
Meschinot sur XXV princes de balades, à lui envoyez et
composez par messire Georges V Adventurier , serviteur du
duc de Bourgongyie. »
Chacune de ces ballades se compose de trois strophes de douze
vers décasyllabes sur cinq rimes, strophes qui sont de Meschinot ;
plus, à la fin de chaque ballade, « l'envoi » de la ballade, en six
vers, par Georges l'Aventurier. C'est cet envoi qu'on appelle ici
prince de balade, parce que d'habitude l'envoi commençait par
le mot Prince et était adressé « au roy des poëtes, qui étoit celuy
qui avoit gagné le prix de la ballade l'année précédente ^ » L'en-
voi de chacune des vingt-cinq ballades commence bien aussi par
le mot Prince, mais il ne s'agit nullement du roi des poètes.
h' Adventurier ou Y Adveniureuœ était, on le sait, le surnom
poétique de Georges Chastelain^ comme le Banni de liesse celui
de Meschinot. Mais Chastelain jouait à la cour de Bourgogne un
rôle plus considérable que Meschinot à celle de Bretagne. Poète
officiel, favori du duc Philippe le Bon, conseiller très écouté,
employé dans des négociations délicates, c'était un homme poli-
tique important, et il y a lieu ici d'en tenir compte, car l'œuvre
composée de compte à demi par les deux poètes est une œuvre
politique au premier chef.
C'est un pamphlet des plus violents, des plus implacables, contre
1. Dictionnaire de Furetière, au mot Prince.
2. Poète et chroniqueur, né en 1403, mort en 1475.
288 JEAN MESCeiNOT
le roi Louis XI, qui, sans être nommé, y est peint, flagellé, dési-
gné d'une telle sorte qu'impossible était, et surtout à ses contem-
porains, de le méconnaître. C'est Chastelain qui a fourni le cane-
vas de l'ouvrage et les motifs principaux dans ses vingt- cinq
princes de balade; Meschinot lui a très largement donné la
réplique, développant le thème avec abondance et souvent avec
une virulence singulière.
Cette interprétation des vingt-cinq ballades de Chastelain-Mes-
chinot n'a, je crois, jamais encore été produite ^ Au point de vue
historique, elle a son importance, puisqu'elle fait de cette œuvre
un épisode de la grande lutte féodale engagée contre Louis XI,
un réquisitoire lancé sur les ailes de la rime pour appeler tous les
Français à la rescousse contre l'ennemi commun et leur donner
rendez-vous dans la ligue du Bien public (1464-1465). Tout le
monde ne pouvant avoir sous les yeux le texte de Meschinot, je
serai forcé, pour prouver ma thèse, de multiplier les citations,
j'en demande pardon d'avance ; d'ailleurs, on le verra, elles sont
curieuses.
Voyons d'abord les princes de balade de Chastelain, versets
d'une longue et injurieuse htanie, où les vices et cruautés de
Louis XI ne sont point épargnés. Voici le premier de ces versets :
Prince flateur, menteur en ses paroles,
Qui blandit gens et endort en frivoles,
1. On rae permettra ici une explication. J'avais toujours regardé les relations
(le Meschinot et de Chastelain, notamment leur collaboration à ces vingt-cinq
ballades, comme un effet assez naturel de l'amitié établie entre les cours de
Bretagne et de Bourgogne, princiiialement fondée sur leur haine commune contre
Louis XI. Je m'en tins là pendant longtemps, c'est-à-dire tant que je me bornai
à parcourir légèrement les œuvres de Meschinot, comme le font les rares curieux
qui se risquent à y mettre le nez. Mais, tout récemment, m'étant mis à les
étudier à fond, il me fut impossible de ne pas reconnaître, dans le dialogue de
la destriiicle France, dont je parlerai plus loin, une attaque des plus violentes
contre un roi qui ne pouvait être que Louis XL Je revins alors aux vingt-cinq
ballades de Chastelain et de Meschinot, et ce fut pour moi l'évidence que le
prince contre lequel s'escriment à l'envi les deux poètes est certainement le
même roi. — Un peu étonné de n'avoir jamais vu indiquée nulle part une idée
qui me semblait si naturelle, j'hésitais un peu, non à y croire, mais à la publier.
A ce moment, l'un de mes amis, M. Trévédy, voulut bien rae communiquer un
travail manuscrit fort intéressant sur Meschinot. J'y trouvai avec le plus grand
plaisir la même opinion. Dès lors, j^ n'hésitai plus. Mais il doit être entendu
que la découverte, si découverte il y a, est autant de M. Trévédy que de moi,
puisque nous l'avons faite en môme temps, chacun de notre côté.
SA VIE ET SES œUVRES. 289
Et rien qu'en dol et fraude n'estudie,
Ses jours seront de petite durée,
Son règne obscur, sa mort tost désirée,
Et fera fin confuse et enlaidie. (Ballade i.
La prédiction des trois derniers vers manqua ; mais le profi
donné dans les trois premiers ne peut convenir qu'à Louis XL I
est complété d'ailleurs par les traits qui suivent, qui sont tous de
Chastelain :
Prince inconstant, souillé de divers vice,
Mescognoissant loyal passé service,
Noté d'oubli, reprins d'ingratitude...
Prince attaqué du couvert feu d'envye
Sur aultruy gloire...
Prince lettré, entendant l'escripture,
Qui fait contraire à honneur et droicture.
Dont il doibt estre exemplaire et lumière. .
Prince assorti de perverse maignie \..
Prince aimant mieux argent et grosses sommes
Que le franc cueur ne l'amour de ses hommes... (Bail. vi.
Prince ennuyé de paix et de union...
Prince adonné à songier en malice. . .
Prince tendant à fosse et à couverte,
Pour prendre autruy et le mener à perte
Soubz faulx engin, comme une beste mue..
Prince ennemy d'aultruy félicité,
De propre sang, de propre affinité...
Prince qui n'a amour envers nully.
Et qui n'aconte^ à amitié d'aultruy...
Prince qui promect moult...
Mais rien n'en tient, tout n'est que vent et glace. (Bail. xirr.
1. La maignie, c'est, à proprement parler, toute la maisonnée, spécialement
l'ensemble des serviteurs.
2. Et qui ne peut compter sur l'amitié de personne.
(Bail.
II.
(Bail.
m.
(Bail.
IV.
(Bail
V.
(Bail.
VII.
Bail. VIII.
(Bail.
IX.
(Bail
X.
(Bail.
XI.
290 JEAN MESCHINOT
Prince qui faict soy craindre de chascun,
Force est qu'il craigne un chascun en commun
Et qu'en nully n'ayt foy où il s'asseure.
Car, comme il fait le pourquoy à tout homme,
Que chascun fel et félon le renomme,
Chascun aussi luy garde telle meure. (Bail, xiv.)
Rien ne peint mieux la situation de Louis XI, surtout à la veille
de la guerre du Bien public, où il avait trouvé moyen d'ameuter
contre lui tous les princes et tous les seigneurs de France.
Prince qui hayt avoir puissant voisin
Et envis^ voit que parent ou cousin
Règne emprès lui en honneur et en gloire...
Et hayt tous ceulx dont digne est la mémoire. (Bail, xix.)
Prince qui porte et soustient les mauvais
Contre les bons, l'honneur de son palais... (Bail, xxii.)
Prince adonné à meschances soutives,
A subtiher subtilitez chetives... (Bail, xxiv.)
Prince qui mal ne redoute ne poyse,
Mais mesme quiert sédition et noyse,
Et en ce faire il se baigne et delicte,
Cil montre au doit que longue paix lui grève.
Que d'aultruy bien il se tourmente et crevé. (Bail, xx.)
Le portrait de Louis XI est complet, tellement fidèle en ce qui
touche les défauts, les vices, les méfaits du personnage, qu'un
enfant de ce temps l'aurait nommé.
Dans les ballades elles-mêmes, c'est bien pis. Il n'y en a pas
une où Meschinot n'attaque violemment un prince contre lequel
il s'évertue — parfois avec éloquence — à exciter la colère et
l'indignation des honnêtes gens : prince dont les traits, dessinés
par ces virulentes satires, sont exactement tous ceux dont les
contemporains de Louis XI — et surtout ses ennemis — pei-
gnaient ce roi.
La politique de cet artiste en perfidies y est parfaitement
décrite : envieuse, jusqu'à la rage, du bien et de la prospérité d'au-
1. A contre-cœur, du latin invitns.
Si VIE ET SES ŒUVRES. 291
trui, surtout de ses voisins ; n'aimant personne, ni amis ni parents,
et voulant mal à tout le monde ; cherchant à exciter partout,
entre tous les princes et seigneurs de France, des querelles et des
guerres, afin de pêcher en eau trouble \
Quant aux moyens favoris de cette politique, c'est la fraude, la
ruse, les paroles mielleuses, trompeuses, les pièges couverts, les
manœuvres ténébreuses, la trahison ^ Sa ressource suprême, son
ultima ratio, c'est le parjure, la violation de la foi et de la parole
donnée, le mensonge déloyaP.
Le résultat final d'un tel système, c'est que celui qui le pra-
tique, attaquant tout le monde, finit par être considéré comme
l'ennemi public, par réunir tout le monde contre lui et rester seul
contre tous^ : ce qui était justement la situation de Louis XI en
1464-1465, situation d'où sortit la ligue et la guerre du Bien
public.
Ce qui précède concerne surtout les relations du prince flagellé
par notre poète avec le dehors, c'est-à-dire avec les grands vas-
saux et les princes étrangers. Quant à sa politique intérieure,
Meschinot et Ghastelain la caractérisent (comme l'histoire elle-
même) par une avarice sordide, se traduisant en rapines et extor-
sions qui réduisent ses malheureux sujets à une misère vivement
peinte dans nos ballades^. C'est aussi ce que l'histoire dit de
Louis XL
Un autre trait de caractère, c'est l'exclusion donnée, dans les
faveurs et dans les conseils du roi, aux hommes de vieille race et
de vertu sévère, remplacés par des gens de bas étage, valets
habiles à tout faire, au demeurant vrais gibiers de potence ^ C'est
aussi l'ingratitude pour les services rendus'', etc., etc.
Donc, on le voit, le prince décrit et honni dans nos ballades,
c'est bien Louis XI tout entier, pris par ses mauvais côtés, par
ceux que ses ennemis devaient, tout naturellement, s'efforcer de
mettre en rehef.
1. Voir ballades v, vi, viii, xi, xiii, et Princes de ballades m, vu, x, xix, xx.
2. Voir ballades i, ii, m, iv, ix, x, xiii, xxiii; Princes de ballades i, viii,
IX, XIII, XXIV.
3. Ballades ii, m, x, xxiii ; Prince iv.
4. Ballades x, xiv; Princes x, xi, xiv.
5. Ballades iv, x, xv, xvi, xviii, xix, xx, xxiv, xxv ; Princes vi, xv.
6. Ballades x, xxii, xxiv; Princes v, xxii.
7. Prince ii.
292 JEAN MESCHINOT
Voyons maintenant, par quelques citations, le ton et le style
de ces satires et d'abord cette apostrophe :
Penses-tu Dieu avoir doux ne propice,
Homme sans foy, sans loy et sans police.
Innocent feint tout fourré de malice,
Farci d'orgueil, rempli de gloire vaine? (Bail, ii.)
Innocent feint tout fourré de malice, c'est Louis XI pris
sur le vif. Voici, dans la ballade x, un portrait plus développé et
assez complet de ce prince :
On ne peut mieulx perdre le nom d'honneur
Que soy montrer desloyal et menteur,
Lasche en armes, cruel à ses amys,
A gens mesclians estre large donneur.
Sans congnoistre ceulx en qui est valeur,
Mais acquérir en tout temps ennemys,
Sans faire riens qu'à Dieu n'aux liommes plaise.
Tel homme, plein d'opprobre et de diffame,
C'est cil que tous les vertueux sans blasme
Vont mauldisanl pour sa vie maulvaise.
Le peu sçavant abondant ser meneur,
Du nom de Dieu horrible blasphémeur*
Sans riens tenir de ce qu'il a promis,
Qui n'escoute des pauvres la clameur.
Mais les contraint par moleste et rigueur,
Combien qu'il soit pour leur pasteur commis,
Nommé sera du nombre des infâmes,
Le malheureux, que tous seigneurs et dames
Vont mauldisant pour sa vie maulvaise.
Il n'affiert pas à un prince et seigneur,
Qui de vertus doibt paroi stre enseigneur,
Estre inconstant ne aux vices submis. ..
Je diray vrai, ou il faut que me taise :
Il n'est mestier que sage tu te clames !
Si, celuy es que raisonnables araes
Vont mauldisant pour sa vie maulvaise.
1. A cause de ses parjures.
SA VIE ET SES CEDVRES. 293
Ainsi Meschinot interpelle directement cet odieux prince, et
Georges l'Aventurier l'achève avec ce sixain :
Prince ennemy d'aultruy félicité,
De propre sang, de propre affinité,
De propre paix qui le tient à son aise,
Qu'est-il, celuy fors haineux à soy-mesmes
Et que la voix de tous, hommes et femmes,
Va mauldisant pour sa vie maulvaise?
La réponse à cette question de Ghastelain ne saurait être dou-
teuse.
La forme de ces satires, notamment les apostrophes répétées
lancées directement à celui qui en est l'objetS montrent claire-
ment que ces attaques, ces imprécations sont dirigées contre un
personnage réel, vivant, contre « un prince et seigneur » con-
temporain, qui, pour être attaqué de la sorte, d'accord commun,
par Ghastelain et Meschinot, devait être nécessairement l'ennemi
commun des maîtres servis par ces deux poètes, c'est-à-dire de la
Bourgogne et de la Bretagne : ce qui ne peut s'appliquer qu'à
Louis XL
Dans la ballade suivante (ballade xi), Meschinot, continuant
d'interpeller ce prince, le poursuit jusqu'en enfer :
Tu n'es tant bel, tant cointe, tant joli,
Ne de joyaux tellement embelh^,
Que dedens bref ne gises soubz la lame :
Les vers sont là pour ta pel entamer !...
Tu descendras avecques l'ennemi.
Prince maulvais, sans chanter la ne mi.
Ullerie^ sera ta haute game :
Celuy seras nommé, en terre et mer,
Qui de nully n'a grâce fors que blasme.
Le sixain de Ghastelain est encore bon à citer ici pour complé-
ter la signification de la ballade :
1. Comme tout à l'heure :
« Il n'est mestier que sage tu te clames!
Si, celuy es que raisonnables âmes
Vont mauldisant pour sa vie maulvaise... »
2. On sait que Louis XI était toujours très mal vêtu.
3. Hurlerie, hurlement.
294 JEAN MESCHINOT
Prince qui n'a amour envers nuUy,
Et qui n'aconte à amitié d'aultruy,
Ne doibt penser fors, comme rien il n'ame,
Que nul aussi ne s'avance à l'aimer;
Mais seul par soy, tout seul, se doibt nommer,
Qui de nully n'a grâce fors que blasme.
Complètement isolé en face de tous les princes et grands vas-
saux de France, que ses tracasseries perpétuelles avaient réunis
contre lui, seul pM" soi, tout seul, telle était bien la situation de
Louis XI, en 1464-1465, en face de la ligue du Bien public, qui
tendait son redoutable et immense réseau devant lui. Meschinot
ne se gêne pas pour appeler tout haut la mort sur la tête de l'en-
nemi commun, obstiné perturbateur de la paix publique :
Tous ceulx qui font les guerres et debatz
Par malice, tromperie et cabas,
Voguent sur mer en meschantes nacelles.
Car peu de vent mettra leurs voiles bas,
Et leur faudra de leurs vilains esbatz
Rendre compte par menues parcelles...
Qui de traison use, Dieu le deffasse!...
Les rivières de Loire, ne de Seine,
Ne le Tybre de la cité romaine,
Ne laveront une telle fallace...
Réputé est en tous lieux importun,
Et pour ce point on désire qu'il meure!...
[(Bail. XIII et XIV.)
Voici maintenant, en traits vifs et énergiques, la peinture de la
détresse de la France pressurée par les extorsions de Louis XI :
0 vous qui yeux avez sains et oreilles,
Voyez, oyez, entendez les merveilles ;
Considérez le temps qui présent court.
Les loups sont mis gouverneurs des oueilles ;
Fut-il jamais (nenny!) choses pareilles?
Plus on ne voit que Iraisons à la court.
Je croy que Dieu paiera en bref ses dettes,
Et que l'aise qu'avons sur molles couettes
Se tournera en pouvretez contraintes,
Puisque le chef qui deust garder droicture
i
\
SA VIE ET SES (EDVRES. 295
Fait aux pouvres souffrir angoisse dure
Et contre luy monter larmes et plaintes.
Les bestes sont, les corbins et corneilles,
Mortes de faim, dont peines non pareilles
Ont pouvres gens : qui ne l'entend est sourd !
Las ! ilz n'ont plus ne pipes ne bouteilles,
Cidre ne vin pour boire soubz leurs treilles,
Et, bref, je vois que tout meschief leur sourt...
Seigneur puissant, saison n'est que sommeilles,
Car tes subjectz prient que tu t'esveilles.
Ou aultrement leur temps de vivre est court.
Que feront-ils si tu ne les conseilles?
Or, n'ont-ilz plus bledz, avoines ne seigles.
De toutes parts misère leur accourt.
A grant peine demeurent les houettes,
L'habillement des charrues et brouettes,
Qu'ilz ne perdent et aultres choses maintes,
Par le pillari qui telz maulx leur procure,
Auquel il faut de tout faire ouverture,
Et contre luy montent larmes et plaintes. (Bail, xviii.)
Ce pillard, « qui tels maux procure, » n'étant autre que « le
chef qui dût garder droiture » et « qui fait aux pauvres souffrir
angoisse dure, » ce pillard est justement Louis XI. Le poète, d'ail-
leurs, ne le lâche pas et, dans la ballade suivante, le jette impi-
toyablement en enfer, en expiation de ses rapines :
Pren qu'ung seigneur pire que Sarrazin
Te grève fort, peuple, soir et matin.
Endure-le, car c'est chose notoire,
Que desraison le conduit et maistrie
Par folles gens qu'il croit en sa folie...
Dont il aura enfer pour son butin.
Que lui vauldra enfin sa tromperie.
0 Dieu, voyez du commun l'indigence.
Pourvoyez-y à toute diligence :
Las ! par faim, froid, paour et misère tremble.
S'il a péché ou commis négligence
Encontre vous, il demande indulgence.
296 JEAN MESCHINOT
N'est-ce pitié des biens que l'on lui emble?
Il n'a plus bled pour porter au molin,
On lui oste draps de laine et de lin,
L'eaue, sans plus, lui demeure pour boire.
Qui telz maulx fait punissez, je vous prie,
Car il n'aime fors guerre et roberie
Et hayt tous ceulx dont digne est la mémoire. (Bail, xix.)
Meschinot semble redoubler de verve et de véhémente éloquence
pour peindre la détresse du pauvre peuple ou, comme il dit, « l'in-
digence du commun ; » et l'auteur de cette détresse est bien dési-
gné ici quand on le montre conduit « par folles gens, » c'est-à-
dire par tous ces conseillers détestables, insatiables rapineurs,
dont on reprochait à Louis XI de s'entourer. Meschinot, un peu
plus loin, revient sur ce trait, de façon à rendre tout doute impos-
sible :
L'un des grans cas qui l'ire Dieu provoque,
C'est du seigneur qui des pouvres se moque
Et à nul bien ne s'employe ne vaque,
Mais sans cesser les biens du peuple croque
Et gens mescbans en dignité colloque
Qui fussent mieulx en galléc ou carraque,
Selon raison. Et pour ce, tant que vives,
Ne verras-tu, en quelque lieu qu'arrives,
Telz gens régner et estre mis en feste.
Que le seigneur ses hommes ne traveille
Pour leur donner follement : c'est merveille !
Et dont lui-mesme il maudira sa leste.
Car il convient que Mort bref le desroque
Et de son dard cruellement Testoque.
Voilà encore Meschinot qui appelle et prédit à bref délai la
mort du tyran ; mais cette fois il ne l'envoie pas seul dans l'autre
monde, il lui fait un digne cortège de tous les bas et sales conseil-
lers qui l'ont poussé, applaudi et servi dans sa tortueuse et crimi-
nelle politique :
Las ! que pèsent les personnes furtives
Qui telz maulx font ? Je veux que lu escrives
Qu'ils attendent une horrible tempeste,
Telle qu'onques ne virent la pareille...
SA VIE ET SES (OUVRES. 297
Pensez-vous point que Lucifer évoque
Par devant luy leur cause et les convoque
Pour leur donner souffre et feu pleine caque,
Et qu'en enfer enfin ne les abroque
Sans leur laisser robe, bonnet ne toque?...
Et si fera, par monseigneur saint Jacque! (Bail, xxiv.)
Voulez-vous une autre marque, tout aussi évidente, dénonçant
nettement, dans le prince poursuivi, flagellé par Meschinot, le roi
Louis XI? Lisez les vers suivants, où il célèbre une autre, non
moins fameuse, de ses perfections :
0 quel pitié ! ô combien grant douleur I
0 quelle plainte et hautaine foleur^
D'un grant seigneur qui mensonges infère !
Trop mieux seroit ouïr un basteleur,
Aucun bon fol ou joyeux frivoleur,
Pource que tout ce qu'ung prince réfère
Doibt estre vrai sans feinte parabole,
Si que bon bruit et renom partout vole
De sa valeur. Et, s'il n'a de ce cure,
C'est dommage de quoy Dieu le fist naistre.
Puisqu'on cognoist clerement que son estre
N'est pas bien sain ne de noble nature. (Bail, xxiii.)
Un prince dénoncé comme menteur public, pire qu'un « baste-
leur, » un « frivoleur, » en un mot comme le roi des menteurs ?
A qui cela eût-il pu, à ce moment, s'appliquer, sinon à Louis XI ?
On n'eût même pas songé ou osé le dire d'un autre.
Enfin, dans la xxv« et dernière ballade, Meschinot désigne ce
prince tout aussi clairement que s'il le nommait :
Combien doibt-on un grant prince blasmer,
Quant il se faict partout cruel nommer
Et sans vouloir à bonté revenir !
Qui possède de biens toute une mer,
Dont le peuple est souvent presqu'à pasmer
Par pouvreté, quant le deust maintenir
En seure paix, sans lui faire blessure !
C'est grand pitié, par ma foy, je vous jure,
1. Folie.
298 JEAN MESCHINOT
Qu'ung tel seigneur, soit cPEscoce ou Savoye,
Ayt autant d'or qu'est grant le Puy de Domrae -,
Il ne vault pas qu'on le prise une pomme,
Ne que le ciel lui preste umbre ne voye. (Bail, xxv.)
« Un grant prince, qui possède de biens toute une mer, » c'est
un roi, apparemment. Mais pourquoi le mêler ici à « Escoce ou
Savoye? » C'est que Louis XI avait épousé successivement :
1° Marguerite d'Ecosse, morte en 1445, avant qu'il fût roi ; 2° en
1451, Charlotte de Savoie, mère de Charles VIII, morte seule-
ment le l'^'" décembre 1483. Louis XI est donc désigné ici par ses
deux alliances tout aussi clairement que s'il était nommé en toutes
lettres.
Or, le prince mentionné dans cette strophe, ce prince « qui se
fait partout cruel nommer, » qui a réduit son peuple à « pasmer
par pouvreté, » qui « ne vaut pas qu'on le prise une pomme, »
c'est incontestablement le même prince contre lequel Chastelain
et Meschinot, dans leurs vingt-quatre autres ballades et princes
de ballades, dirigent le feu roulant de leurs critiques, de leurs
griefs, de leurs insultes, de leurs imprécations. Donc Louis XI est
l'objectif des vingt-cinq ballades.
j\Iais, quand même il ne serait pas aussi clairement désigné dans
la xxv% il n'y aurait encore pas lieu de douter que cette violente
artillerie ne soit tout entière braquée contre lui. A coup sûr, en
effet, ni Chastelain ni Meschinot n'auraient osé lancer de telles
attaques, aussi outrageuses, aussi sanglantes, sans être sûrs l'un
et l'autre de l'approbation de leurs maîtres. Il fallait donc, je l'ai
déjà dit, que le prince ainsi attaqué fût à la fois, en même temps,
l'ennemi commun, patent, déclaré des deux princes que servaient
les deux poètes, c'est-à-dire de la Bourgogne et de la Bretagne.
Circonstance qui, dans la seconde moitié du xv" siècle, s'applique
à Louis XI et ne s'applique qu'à lui.
Les vingt-cinq ballades et princes de ballades composés en
collaboration par Chastelain et Meschinot sont donc en réalité un
recueil de satires contre Louis XI. C'est Chastelain qui en eut
l'idée, qui en donna le plan et les principaux motifs dans ses
Princes de ballades; là-dessus, nul doute. Car, dans une vingt-
sixième ballade adressée à Chastelain et servant de lettre d'envoi
aux vingt-cinq autres, Meschinot proclame Georges « le maistre
des aultres en la rethorique science, » se reconnaît humblement
SA VIE ET SES ŒUVRES. 299
son disciple, son vassal prêt à lui rendre « honneur et ligence; »
et bien que, dit-il, « je ne sois pas pourvu de sapience, »
Toutesfois, j'ay faict diligence,
Et par vostre commandement,
De montrer cy mon inscience -,
Mais donnez-y amendement.
Meschinot composa donc ces ballades satiriques sur l'ordre,
sur le plan arrêté par Chastelain, conseiller intime initié à toute
la politique des ducs de Bourgogne. Cela suppose entre la Bour-
gogne et la Bretagne, non seulement une pleine entente, mais
une alliance intime en vue d'une entreprise considérable contre
le roi de France. Nulle entreprise ne peut mieux répondre à ces
conditions que la ligue du Bien public, dont le duc de Bretagne
et le comte de Gharolais, fils du duc de Bourgogne Philippe le
Bon, avec l'assentiment tacite mais certain de son père, furent
les deux initiateurs et les deux principaux chefs. — Cette ligue
s'organisa dans les premiers mois de 1465, particulièrement en
février. Car, dès le commencement de mars 1465, le duc de Bre-
tagne travaillait à exécuter le plan combiné entre les alliés, dont
le premier point consistait à tâcher de procurer à la ligue l'adhé-
sion et la personne de Charles, duc de Berri, frère du roi, héritier
présomptif de la couronne. Louis XI étant à Poitiers avec son
frère, le duc de Bretagne lui envoya des ambassadeurs, qui s'y
trouvaient le 2 mars, et dont là mission eut pour résultat, au
bout de quelques jours, de ramener avec eux en Bretagne le duc
de Berri, qui adhéra publiquement à la ligue'.
Cette ligue était donc dès lors nouée, organisée au moins
entre les principaux personnages qui y entrèrent, et par consé-
quent le travail d'organisation avait dû se faire le mois précédent.
Or, l'une des ballades de Meschinot et Chastelain (la xvii'^) con-
tient l'annonce d'une grande réunion où sont convoqués tous les
chevaliers et seigneurs de France « vaillants à la guerre et dési-
reux de faire chose louable. » Cette réunion est fixée à la Saint-
Valentin, 14 février, c'est-à-dire juste au moment où le travail
d'organisation de la figue du Bien public devait être dans toute sa
ferveur. Une convocation envers à un grand conciliabule politique
est chose assez curieuse pour mériter les honneurs d'une citation :
l. Voir Dupuy, Réuaion de la Bretagne à la France, p. 104.
300 JEAN MESCHINOT
Honneur a fait dresser sa belle table
Et veult donner un disner très notable :
Rendez-vous-y, chevaliers sans reprouche,
Tous escuyers de lignée honorable,
Qui desirez faire chose louable
Et vérité garder en cueur et bouche.
Venez aussi, l'heure je vous assigne,
D'huy en huit jours, la feste Valentine.
Mais nul de vous, tant qu'il doubte mesprendre,
Ne vienne là pour réfection querre.
S'il n'est loyal et vaillant à la guerre,
Car ce seroit pire que sang espandre.
Soit que ce fût duc, conte ou connestable,
S'il est trouvé lasche et non véritable.
Raison ne veult qu'à ce convy approuche ;
Et qui se sent meschant et détestable
Devroit trop mieux choisir estre à l'establc
Que soy trouver es lieux où honneur couche.
En celuy cas, un souillard de cuisine.
Qui loyaument servir se détermine,
Peut mieux venir sa viatique prendre
Au lieu d'honneur, que le roi d'Angleterre,
S'il, en son cueur, traison pense ou asserre.
Car ce seroit pire que sang espandre. (Bail, xvrr.)
Il s'agit bien ici d'une conspiration, puisqu'on est prêt à y
admettre les plus humbles adhérents, pourvu qu'ils soient dévoués
corps et âme, mais c'est une conspiration ou plutôt une confédé-
ration haute, vaste et puissante, puisqu'on compte voir arriver
à la réunion des ducs, des comtes, le connétable, peut-être
même le roi d'Angleterre ou son envoyé. Tout cela, à cette date,
c'est manifestement la préparation, l'organisation de la ligue du
Bien public.
Donc, si les autres ballades de Chastelain etMeschinot peuvent
être considérées comme le manifeste des mécontents, énumérant,
retraçant, proclamant avec une verve ardente et passionnée, avec
des éclats de haines, leurs griefs contre Louis XI, leur xvii'^ bal-
lade est la circulaire poétique convoquant les fauteurs de la ligue
à l'assemblée où elle fut définitivement organisée.
Portées, poussées, incrustées dans la mémoire par leurs rimes
SA VIE ET SES (EDVRES. 30^
ultra-riches et leurs vers sonores, ces ballades volaient à travers
la France comme une nuée de sageites barbelées ou de viretons
d'arbalète au fer empoisonné, enfonçant dans tous les cœurs la
haine de l'ennemi pubhc. Avec leurs allusions fréquentes, leur
tour raffiné, leur développement httéraire considérable, elles
s'adressaient surtout aux esprits cultivés, nombreux sans doute
dans la société du xv** siècle, mais alors, pas plus qu'en aucun
autre siècle, ne constituant la majorité. Pour s'adresser à tous,
aller partout, être lu de tous, il fallait une sorte de résumé des bal-
lades, plus vif, plus clair, plus court.
Meschinot s'en chargea. C'est encore une ballade, mais une
ballade en dialogue. Dialogue qui donne l'idée d'un duel, où les
mots se pressent, se croisent comme des épées ; dialogue entre la
France et Louis XI. Ici, plus le moindre doute, car chacun des
dialogueurs se nomme : Moi, dit l'un, je suis « la destruicte
France, » la France ruinée; et l'autre répond : « Roy suis de
grant puissance ; » d'ailleurs, la France l'appelle « Sire. »
Pour éviter toute confusion, en reproduisant cette curieuse
pièce nous placerons une L (Louis XI) devant les mots qui sont
attribués au roi et une F (France) devant les autres.
Dialogue de la France et de Louis XL
F. Sire... — L. Que veux<? — P. Entendez... — L. Quoy? — F. Mon cas.
L. Or dy. — F. Je suys... — L. Qui? — F. La destruicte France^l
L. Par qui? — F. Par vous. — L. Gomment? — F. En tous estats.
L. Tu mens. — F, Non fais. — L. Qui le dit ? — F. Ma souffrance.
L. Que souffres-tu? — F. Meschief. — L. Quel? — F. A oultrance.
L. Je n'en croy rien. — F. Bien y pert^. — L. N'en dy plus!
F. Las ! si feray. — L. Tu perds temps. — F. Quelz abus !
L. Qu'ay-je mal fait? — F. Contre paix. — L. Et comment?
F. Guerroyant... — L. Qui? — F. Voz amys et congnus.
L. Parle plus beau '. — F. Je ne puis, bonnement.
L. Ay-je ce bruit^? — F. OuyS. — L. Où? — F. Hault et bas.
L. De qui? — F. De gens... — L. Quelz? — F.Degrant congnoissance^.
1. Que veux-tu?
2. La France perdue, ruinée, et Louis XI, au vers suivant, demande : Par qui?
3. Bien y paroît.
4. Parle plus doucement.
5. Ai-je ce renom? — la réputation d'un perturbateur de la paix publique.
6. Ce mot, chez Meschinot, est ordinairement de deux syllabes.
7. De grande expérience, de grande sagesse.
4895 20
302 JEAN MESCHINOT
L. Clercs? — F. Voire, et lais. — L. Sert-on de telz esbats^ ?
F. N'en doubtez point. — L. Roy suis de grant -puissance!...
F. Bien. — L. Tu me doibs... — F. Que doy-je? — L. Obéissance.
F. Et vous à moy? — L. Rien, — F. Ce sont beaux argus '^l
L. N'est-ii vrai? — F. Non. — L. Quoy donc? — F. Rois sont tenus...
L. A quel debvoir? — F. Nourrir paisiblement...
L. Qui? — F. Leurs subgectz. — L. S'ainsi n'est?... — F. Voisent jus 3]
L. Parle plus beau. — F. Je ne puis, bonnement.
L. Murmures-tu? — F. Malgré moi. — L. Folle, qu'as -'•?
F. Rober me vois. — L. De quoy? — F. D'aise et plaisance.
L. Quel part? — F. Partout. — L. N'as-tu plus nulz soûlas ?
F. Nenny. — L. Pourtant... — F. Las! je n'ay que meschance.
L. Dont vient?... — F. Quoy? — L. Ce? — F. De la vostre ignorance.
L. M'abuse-on^? dy. — F. Sans fin. — L. Quelz gens? — F. Menus.
L. Que feray-je? — F. Querez paix. — L. Au surplus...
F. Vivez... — L. Combien? — F. Joyeux et longuement®...
Le cueur me fault!... Vous en serez confus!
L. Parle plus beau. — F. Je ne puis bonnement'.
On ne trouve pas ici les flétrissantes accusations personnelles
contre Louis XI dont regorgent les ballades : trahison, parjure,
mensonge, avarice, rapine, ingratitude, violation de la foi jurée,
etc. Le poète concentre tout son effort sur un seul grief, le plus
évident, le plus incontestable, celui aussi qui avait le plus de prise
sur les masses, sur tous les Français grands et petits, parce que
tous en pâtissaient durement.
Je suis ruinée, perdue, dit la France au prince; je suis la
destruicte France, et détruite par qui? Par vous, implacable
perturbateur de la paix publique, qui poursuivez de querelles et
de guerres vos amis, vos voisins, tous vos sujets ; par vous, qui
êtes tenu comme roi de leur assurer la tranquillité et qui, par les
troubles que vous suscitez sans cesse, leur enlevez toute aisance,
1. Répand-on de pareilles rumeurs?
2. Belle prétention ! — ironiquement. Argu, raison, argument, mais aussi
argutie, chicane, sophisme.
3. Qu'ils tombent par terre! Nous dirions : qu'ils aillent au diable!
4. Qu'as-tu?
5. M'abuse-t-on? me Irompe-t-on ?
6. Souhait hautement ironique, comme le prouve le vers suivant, où la
France, écœurée par la mauvaise foi de Louis XI, lui prédit sa confusion, sa
défaite.
7. Édition de 1522, fol. 101.
I
SA VIE ET SES ŒUVRES. 303
toute joie, toute sécurité, et les accablez de tous les malheurs.
Chaque mot de ce dialogue singulièrement hardi, mais en har-
monie avec l'opinion de la France de 1464-65, ne pouvait man-
quer de porter coup. Le langage devient plus audacieux encore
quand, Louis XI ayant hautainement signifié à la France qu'elle
lui doit obéissance, celle-ci riposte :
— Et vous, est-ce que vous ne me devez rien ?
— Non, rien du tout !
— Vous voulez rire. Les rois, sachez-le bien, sont tenus de
nourrir paisiblement leurs sujets, c'est-à-dire de leur assurer
les moyens de vivre en sécurité.
— Et s'ils ne le font pas, dit le roi, qu'en sera-t-il?
— Alors, répond la France, qu'ils tombent, qu'ils disparaissent
{Voisent jusl), car ils ne sont bons à rien. — Et elle termine
en annonçant à Louis XI sa honte et sa confusion finale.
Un tel langage, à une telle époque, est aussi curieux qu'inat-
tendu. A la façon dont les critiques, les historiens littéraires
parlent de Meschinot, qui eût soupçonné en lui de telles
audaces ? Elles valaient bien pourtant, ce semble, la peine d'être
relevées.
m.
Suite des poésies politiques.
Pièces concernant la Bretagne.
Dans notre première partie ( Vie de Meschinot, § IV *), nous
avons reproduit les portraits des ducs bretons Jean V, Fran-
çois P% Pierre II, Arthur III, esquissés dans les Lunettes des
princes, où chacun de ces ducs se trouve caractérisé par les
traits qui avaient surtout frappé leurs contemporains : Jean V
par sa prudence, sa largesse, sa bonté, sa fidélité à sa parole ;
François P"" par son goût pour la guerre, ses victoires sur les
Anglais ; Pierre II par son zèle à assurer les franchises et le bien-
être de son peuple, Richemont (Arthur III) par sa vertu estable
(inflexible) et sa vaillance indomptable.
François II ne figure point dans cette galerie; l'autobiographie
poétique de Meschinot (ci-dessus, § I) nous en a dit la cause.
1. Ci-dessus, p. 108-110.
304 JEAN MESCHINOT
Mais notre poète a consacré à ce prince une autre pièce, touchante
par son objet. En juin 1461, ce duc épris de plaisirs, à peine âgé
de vingt-six ans, était allé à Cholet, sous les yeux d'une belle
dame qui lui était trop chère*, prendre part à des joutes. Revenant
de là le mois suivant, il tomba gravement malade à Ancenis;
pendant une quinzaine, il fut livré à la discrétion de son apothi-
caire, maître Etienne Boyau, qui le bourra de drogues^ et le
balança entre la -vie et la mort; d'où un glas d'alarme retentit
bientôt dans tout le duché. Meschinot venait d'être réintégré dans
la garde ducale^; il s'empressa de composer une prière, adressée
à Dieu au nom de la nation bretonne, pour la guérison du prince.
En voici quelques vers * :
0 Dieu, qui créas nature
Et humaine créature...
Voy la supplication
De la pouvre nation
De Bretaigne, par ta grâce,
Qui en désolation
Et grant lamentation
A esté jà longue espace !
Fais-nous joyeux et efface
L'ennuy qui trop nous pourchasse :
Tous les maux du bon duc chasse !
Ta sainte bonté lui fasse
Avoir consolation !
Il s'indigne, avec tous les Bretons, contre la maladie, qui ose
attaquer ce prince brillant de « jeunesse et verdure. » Frappe
sur nous, lui dit-il, tous les coups que tu lui destines, nous y con-
sentons, mais délivre-le de tes étreintes, car
Son mal à tous est commun,
1. Antoinette de Magnelais, dame de Villequier.
2. Compte du trésorier de Bretagne du 10 juin 1460 au 1" janvier 1462
(v. st.) : « Juillet 1461. A Estienne Boyau, apoticaire, pour drogues prinses de
lui pour le duc, et pour ses despens de quinze jours prez du duc à Ancenis,
pour une maladie qu'il avoit » (D. Morice, Preuves, II, 1758; cf. D. Lobineau,
Hisl. de Bretagne, I, p. 677).
3. Le compte d'Olivier Baud, trésorier des guerres, commencé le 1" juillet
1461, prouve que Mescliinot faisait alors partie de la garde du duc (D. Morice,
Preuves, II, p. 1777).
4. Édit. de 1522, fol. 109 v à 111 v°.
SA VIE ET SES œUVRES. 305
Aux nobles, clercs et commun...
Va-t-en! trop fort nous estrives\
Quand de l'approcher nous prives
Gomme autresfois nous soûlions,
De le voir nous saoulions :
Plus n'avons plaisances vives I . . .
On voit par là combien le duc François II, surtout dans les
premières années de son règne, était accessible, affable à tous,
petits et grands, et véritablement populaire. — Après avoir parlé
au nom de la Bretagne, le poète nous dit sa propre douleur :
Et je, le pouvre escrivain.
Au cueur triste, faible et vain.
Voyant de chascun le dueil,
Soucy me tient en sa main ;
Toujours les larmes à l'œil,
Rien fors mourir je ne vueil.
Et 0 termine par cette invocation tout à fait opportune :
Pour faire fin à ceste œuvre,
Mon Dieu, je te supply, euvre
Tes yeux de miséricorde,
Affîn que santé recueuvre
Celui qui tous nos maux cueuvre
Et nous nourrit en concorde.
La mort de François II eût été certainement très funeste pour
la Bretagne ; heureusement, la prière de Meschinot fut exaucée ;
la jeunesse et la belle constitution du prince triomphèrent de la
maladie et des drogues de maître Etienne Boyau ; son règne se
prolongea encore pendant vingt-sept ans.
Non sans troubles, sans querelles, sans guerres. Avec Louis XI
pour voisin, il fallait y compter. Mais les plus grosses difficultés
vinrent du dedans et parfois d'où on les eût le moins attendues,
des gens d'église. Amauri d'Acigné, succédant en 1462 à son
oncle Guillaume de Malestroit sur le siège épiscopal de Nantes,
s'obstina à ne pas reconnaître le duc de Bretagne pour suzerain
de la seigneurie temporelle qui formait la dotation de son évêché
et que l'on appelait le 7-égaire ; il prétendit, même au temporel,
ne relever que du pape et refusa obstinément de rendre hommage
l. Nous tourmentes.
306 JEAN MESCHINOT
au duc. Prétention absurde, condamnée par tous les précédents,
qui constituait une rébellion, une félonie véritable, punie en droit
féodal par la perte du fief.
Le duc, appliquant cette peine, saisit le régaire de Nantes
(7 septembre 1462) et chassa Amauri d'Acigné (9 septembre),
qui se réfugia à Angers, d'où il excommunia le duc et mit en
interdit tous ses domaines situés dans le diocèse de Nantes (22 oc-
tobre) : interdit suspendu jusqu'à la Saint-Martin (11 novembre),
puis levé partiellement par sentence de l' officiai de Tours, mais
non, ce semble, en ce qui touche la ville de Nantes ^ L'évêque,
de plus en plus traître à la Bretagne, invoqua le secours du roi
de France; les prétentions de celui-ci, perfides et extravagantes,
jetèrent le duc François II dans la guerre du Bien public, dont
l'issue amena la déroute complète de l'évêque (1465).
Mais, six ans plus tard, en 1471, cet odieux prélat renouvela
sa rébellion 2; le duc dut le chasser de nouveau (16 juillet 1471),
et de nouveau ce méchant pasteur fulmina contre son diocèse un
interdit qui ne semble avoir été levé qu'au mois de juin suivant
par le pape^.
Ces interdits, qui privaient les vivants de messe et d'offices et
les morts de sépulture religieuse, irritaient vivement la popula-
tion, au point que l'on vit à Nantes et à Guérande, les 8 et 14 fé-
vrier 1472, les hommes du régaire, les vassaux du fief épiscopal,
tenir des assemblées pour supplier le duc d'obtenir du pape la
déposition de l'évêque rebelle Amauri d'Acigné-*.
Jean Meschinot, plein des mêmes sentiments, s'en fît l'écho
dans une pièce curieuse composée au nom de la ville de Nantes,
qui se plaint de l'interdit dont elle est frappée. Mais, comme on
vient de le voir, elle en fut frappée deux fois, en 1462-1463 et
en 1471-1472. A laquelle de ces deux dates et de ces deux inter-
dits se rapporte la pièce de Meschinot? Travers, dans son His-
toire de Nantes, la met en 1470, c'est-à-dire 1471, car en 1470
il n'y eut rien de semblable.
Mieux vaut, selon nous, la rapporter au premier interdit, car
1. Voir D. Lobiiieau, Hist. de Bretagne, I, p. 683-684. Malheureusement, nos
Bénédictins, au lieu de publier dans leur texte les pièces de ce procès, se sont
bornés à les résumer et d'une façon qui n'est pas toujours assez explicite.
2. Voir D. Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, III, col. 225.
3. Voir Lobineau, Hist. de Bretagne, I, p. 714.
4. D. Morice, Preuves, I, 233-238.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 307
la querelle fut à ce moment beaucoup plus vive, plus longue, plus
importante, et cet interdit, comme étant le premier subi par
cette génération, dut causer une émotion beaucoup plus forte
que le second. La satire ou élégie de l'Interdit de Nantes
doit donc être, à notre sens, de la fin de 1462 ou de 1463. Elle
débute ainsi * :
Je, Nantes, cité plantureuse
Tant que paix y a fait demeure,
A présent triste et langoureuse,
Veu Testât en quoy je demeure,
Me plains quant faut que mon heur^ meure
Par ceulx que j'ai nourris et faits.
Desplaisir est ung pesant faix.
En quelles mains suis-je venue,
Qui jadis fu tant renommée !
Or me voy telle devenue
Que d'aulcun ne suis plus amée.
On m'a interdite nommée,
Chascun me fuit et m'abandonne :
L'on perd ce qu'aux ingrats on donne.
0 vous, qui avez procuré
Contre moy ce cas tout plein d'ire,
Tant qu'il n'est prebstre ne curé
Qui me vueille plus messe dire.
J'ai bien cause de vous mauldire
De m'avoir liberté ostée.
Une grant faute est bien notée.
Au temps passé, las ! j'allaitoie
Du lait de consolation
Mes enfants et m'y delectoie.
Or sont en désolation,
Portant la tribulation
De la faulte qu'avez commise :
En plait se perd le temps et raise^.
1. Édit. de 1522, fol. 118 à 121 y».
2. Mon bonheur.
3. Mise, dépense.
\
308 JEAN MESCHINOT
Combien que je ne soye mie
De Iherusalem la pareille,
Je pleure avec Iheremie
La grant douleur qu'on mVppareille...
Pourtant donc qu'en ce point me treuve
Seule, qui fus de peuple pleine,
Et suis faicte com dame veufve
De gens : las, c'est chose certaine !...
Il y a ici trois idées, trois sentiments très vifs : la. plantureuse
prospérité de Nantes, regorgeant d'hommes et de biens avant
l'interdit; la misère, la solitude dont l'interdit l'a frappée : parce
que l'on n'y dit plus de messe et que les chrétiens n'y peuvent
plus recevoir de sacrements, la population fuit, s'écoule, va cher-
cher d'autres terres où elle puisse satisfaire aux nécessités de sa
vie religieuse; telle était encore, à l'entrée de l'époqTie moderne,
à la veille de la Renaissance, la puissance de l'interdit. Le troi-
sième sentiment, qui ne fera que croître et s'irriter jusqu'à la
fin de la pièce, c'est une douloureuse indignation contre ceux
qui ont jeté sur Nantes cette calamité.
Ceux que Nantes, par la bouche de Meschinot, accuse de ses
maux, ces ingrats qu'elle a nourris et faits et qui se plaisent
aujourd'hui à la ruiner, il n'y a pas à en douter un instant, c'est
cette orgueilleuse dynastie épiscopale qui d'oncle en neveu occupa
depuis le commencement du xv'' siècle le siège de Nantes, passant
de Jean de Malestroit à Guillaume de Malestroit, de celui-ci à
Amauri d'Acigné; prélats dont l'évêché de Nantes avait fait la
grandeur et la fortune et qui maintenant montraient leur recon-
naissance en causant le désastre de cette ville.
Le poète continue par une parabole qui lui est très familière,
savoir la comparaison du corps politique au corps humain, la
nécessité de l'union et de la soumission des membres au chef. Ici,
il y a un membre rebelle, cause de tout le mal, qui ne veut pas
se soumettre au chef, c'est-à-dire au duc. Ce n'est pas seulement
un rebelle, c'est un loup. Or, continue la ville de Nantes par la
bouche de Meschinot,
Laisser loups en lieu de pastours
Seroit aux brebis grant excès ^ ,
t. Grand tort.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 309
Car de bergiers ne font pas tours ^ ,
Mais leur donnent mortelz accès.
Helas ! ce rigoreux procès
Endommage fort vos cueilles.
Tous asnes n'ont pas grans oreilles !
Ane, en effet, cet Amauri qui ne voit pas où il va; mais Nantes
lui prédit son sort :
Recueillez tout à beau loisir
Les fruitz de vostre extrémité 2,
Lesquelz auront nom desplaisir,
Mort, misère ou calamité.
Qui quiert trop grant sublimité
Ghiet bien souvent du haut en bas :
Dieu bat ceux qui font les débats.
Prédiction qui devait se réaliser à la lettre, car, après s'être
rebellé contre son prince, après avoir trahi sa patrie, Amauri
d'Acigné mourut tristement en exil, sans grandes ressources, en
1476. — Cette justice encore lointaine ne pouvait soulager les
pauvres Nantais ; aussi leurs plaintes redoublent-elles, et leur ville
termine son élégie par ce sanglot :
Que peut mais le peuple commun
De ceste malédiction?...
Ayt le mal qui a fait Toffense!
Non pas les pouvres innocens
Auxquelz devez garde et deffense
Et les guider par vostre sens !
Mais à présent je voy et sens
Que de leur fait il ne vous chault...
Plus ne sçay que je face ou die,
Car ceux en qui fut mon recours
Sont joyeux de ma maladie
Et me laissent sans nul secours!...
Il n'y a point à s'étonner de l'indignation qu'excitèrent en Bre-
tagne la félonie et les intrigues de ce d'Acigné. Lui, Breton de
1. Ne remplissent pas le rôle de bergers.
2. De votre extravagance.
\
3^0 JEAN MESCHIXOT
vieille race, pour satisfaire une sotte vanité, il appela à son aide
l'étranger et ouvrit autant qu'il put la Bretagne aux entreprises
de Louis XL On devine quels durent être les sentiments de Mes-
chinot, si dévoué à la Bretagne, et dont nous avons vu le patrio-
tisme breton s'exprimer avec tant d'éclat dans la gracieuse bal-
lade adressée par lui à Marguerite de Foix quand elle vint, en
juin 1471, épouser le duc de Bretagne François IL Nous l'avons
citée plus haut, nous n'y reviendrons pas^
C'est encore le sentiment breton qui le poussa à célébrer,
quoique étrangère à la Bretagne, une autre princesse, Isabelle de
Portugal, veuve du duc de Bourgogne Pliilippe le Bon, mère de
Charles le Téméraire, morte le 28 décembre 1472. A elle, en
effet, est consacrée « une petite et briefve lamentation et com-
plainte de la mort de madame de Bourgongne, » composée par
Meschinot et « faicte (dit-il) à la requeste de monseigneur de
Crouy, quand il vint en Bretagne devers le duc, lequel (Crouy)
piteusement se douloit du cas advenu , comme on pourra veoir
cj-après^ »
C'était en 1473; le sire de Croy^, très considéré à la cour de
Bourgogne, était envoyé vers le duc de Bretagne par Charles le
Téméraire ; il s'agissait de relier fortement les deux princes, les
deux pays, dans une résistance commune contre les attaques de
Louis XL Pour gagner de plus en plus Croy à la cause de la Bre-
tagne, il n'en coûtait guère à Meschinot de célébrer la princesse
tant pleurée par ce seigneur, d'autant qu'elle le méritait par ses
vertus. Mais notre poète, ne l'ayant point connue personnelle-
ment, ne pouvait guère lui consacrer que des lieux communs.
Nous nous bornerons à citer la première strophe de cette pièce :
En contemplant ce misérable monde,
Rempli d'ennuis et où tout mal abonde,
N'a pas long temps fus de tristesse espris,
Dont encore porte angoisse profonde,
Et la raison sur quoi ma douleur fonde,
1. Voir notre première partie, Vie de Meschinot, g VIII, ci-dessus, p. 118.
2. Édit. de 1522, fol. 111 v.
3. Antoine, sire de Croy et de Renti, comte de Porcian, de Guisnes, etc.,
premier chambellan du duc de Bourgogne Philippe le Bon dont il avait la
faveur, chevalier de la Toison d'Or, mort en 1475 (Moréri, édit. de 1759, IV,
p. 292).
SA VIE ET SES ŒUVRES. 341
C'est qu'il n'y a fors dangiers et perilz,
Labeur de corps et tourments d'esperitz,
Et que bien bref par mort serons péris,
Dont en mon cueur grant desplaisir redonde.
Car, soyons beaux, jeunes, forts, bien appris,
Sages, courtois, querans honneur et prix,
11 faut que mort à la fin nous confonde ^ .
Ce sont Ik, on le sait, des idées qui reviennent souvent dans les
Lunettes des princes ; il y a donc lieu de croire que l'auteur
s'était mis vers cette époque à continuer ce poème et que peut-
être il en courait déjà quelques exemplaires; toutefois, nous nous
expliquerons plus amplement sur ce point quand nous parlerons,
un peu plus loin, de ces fameuses Lunettes.
On trouve dans les œuvres de Meschinot quelques pièces qui,
quoique conçues en termes généraux, concernent évidemment le
duc et la cour de Bretagne.
D'abord, deux ballades adressées l'une et l'autre à un prince
qui doit être le duc breton François II, auquel notre poète recom-
mande de « secourir » largement ses serviteurs eu temps oppor-
tun, de ne pas prodiguer ses faveurs aux « simples, » mais aux
« sages, » et il termine par ce fier conseil :
Prince, faites de maux destruction.
De bon conseil croyez l'instruction,
Monstrez-vous fier aux fiers comme un liépard.
Et au peuple soyez, sans fiction,
Bénin de cueur, amiable en regard^.
L'autre ballade débute par ces vers :
Ung corps humain est tant bien ordonné
Que les membres font tous au chef service^.
Comme suite à ce début, le poète insiste sur la nécessité de
l'union entre le chef et les membres du corps politique, entre le
1. Édit. de 152-2, fol. 111 v.
2. Édit. de 1522, fol. 90.
3. Édit. de 1522, fol. 90 v.
312 JEAN MESCHINOT
prince, les grands et le peuple ; ce qui semble indiquer quelque
crainte de voir cette union troublée en Bretagne. Après avoir
rappelé le premier devoir du prince, qui est de faire rendre bonne
justice à ses sujets, il ajoute :
Et, s'en véoit^ ung juge abandonné
A soustenir fallace d'injustice.
Point ne devroit lui estre pardonné.
Mais destruire lui et son mauvais vice.
Gens loyaux sont du prince nourriture
Et du pays défense et couverture.
Conseil fictif- met tous en adventure,
Qu'on devroit mieux nommer abusion...
Prince et chief, voyez cesle paincture :
Aux faux meml)res donnez griefve poincture
Et ne faictes des bons dimission.
Corrigez tout, vous en avez la cure,
Sans y mettre nulle division ^.
Cette pièce a dû être écrite pendant la lutte si vive, si violente,
engagée à la cour de Bretagne entre le trésorier Landais et le
chancelier Chauvin, et terminée par la chute, l'emprisonnement,
la mort de ce dernier (1481-1484). En conseillant au prince de
punir sévèrement « un juge » qui se serait « abandonné à soute-
nir fallace d'injustice, » et de ne point « faire dimission (renvoi)
des bons, » Meschinot entend sans doute approuver la chute du
chancelier et le maintien en faveur de Landais.
Landais, on le sait, succomba à son tour (19 juillet 1485)
devant la ligue formée contre lui par les barons ; le duc de Bre-
tagne François II resta livré aux intrigues de ceux qui, dans un
but d'ambition purement égoïste, venaient de renverser cet habile
ministre, ce grand patriote breton. Voici un rondeau satirique de
Meschinot, dont les critiques doivent être dirigées contre l'état
de la cour de Bretagne à ce moment :
Ceux qui dussent parler sont muts '' ;
Les loyaux sont pour sots tenus...
1. Et si l'on voyait.
2. Conseil trompeur.
3. Édit. de 1522, fol. 90 v« et 91.
4. Muets.
SA VIE ET SES COUVRES. 343
Vertus vont jus ^ péché hault monte,
Ce vous est honte,
Seigneurs grans, moyens et menus 2.
Flatteurs sont grans gens devenus
Et à hault estats parvenus,
Entretenus,
Tant que rien n'est qui les surmonte...
Tout se mécompte,
Quant les bons ne sont soustenus.
Ceux qui dussent parler sont muts ^.
Du reste, dans les troubles et les intrigues qui agitèrent souvent
la cour du dernier duc de Bretagne, Meschinot semble n'avoir eu
d'autre ligne de conduite que de se tenir toujours fidèlement du
côté du prince et de garder d'ailleurs une grande prudence. Il dit
quelque part :
La cour est une mer, dont sourt
Vagues d'orgueil, d'envie orages...
Ire esmeut débats et outrages,
Qui les nefs jettent souvent bas;
Traison y fait son personnage.
Nage aultre part pour tes ébats*.
S'eschapper veux^, feins estre sourd
Et n'use pas de grant langage -,
Temporise, faisant le lourd,
Escoute et cèle ton courage
Sans mouvoir en plus qu'un ymage,
Eschive^ noises et débats...
Pour dire vray, au temps qui court,
Cour est bien périlleux passage^...
Si Meschinot hésitait à prendre parti dans les querelles qui
1. Jus, bas. La vertu est abattue, le mal triomphe.
2. Allusion à la ligue des seigneurs contre Landais.
3. Édit. de 1522, fol. 128 v et 129.
4. C'est-à-dire : Si tu veux nager pour ton plaisir, tu feras bien d'aller
ailleurs.
5. Si tu veux échapper.
6. Évite.
7. Édit. de 1522, fol. 94.
\
3^4 JEAN MESCHINOT
divisaient les Bretons, il en était autrement de celles qui mena-
çaient plus ou moins gravement l'indépendance et l'intégrité de
la patrie bretonne.
Ainsi, en 1487, quand le roi Charles VIII attaqua la Bretagne
sous prétexte de l'asile prêté par le duc François II aux mécon-
tents de France, entre autres au duc d'Orléans, au comte de
Dunois, etc., un parti considérable de seigneurs bretons ayant
à leur tête le maréchal de Rieux, irrités du grand crédit accordé
par le duc à ces Français réfugiés, eurent la déloyauté de s'allier
ouvertement avec le roi. Ils stipulèrent, il est vrai, certaines
conditions qui devaient, selon eux, garantir le maintien de
l'indépendance bretonne, mais ces conditions ne furent point res-
pectées, et la ruine de la Bretagne devint la suite naturelle et
nécessaire de cette alliance, dont le vrai nom est trahison.
Au moment où cette perfidie se tramait, où beaucoup d'incer-
titude régnait encore sur les véritables desseins des conjurés,
Meschinot les dénonça bravement comme un complot criminel
contre la Bretagne, dans une pièce où il laissa de parti pris
quelques obscurités et dont nous allons citer les principaux pas-
sages en les commentant, de façon à en établir clairement le sens.
Voici le début * :
Frère, qui parlez de L. et G.,
Les aultres lettres confondant,
Dites, quand viendroit à l'essai,
Seriez-vous tant effondant
De ce sang humain, com fondant
Vont voz molz de menaces pleins ?
Après jeux viennent pleurs et plalngs.
Frère montre que l'auteur s'adresse à un compatriote, à un
Breton. L. et C. désignent les rois de France Louis et Charles,
dont les Bretons francisés vantaient la puissance et dont ils mena-
çaient la Bretagne. Meschinot doute encore que ces méchants
Bretons, malgré leurs menaces, voulussent en venir à répandre
ou faire répandre le sang de leurs compatriotes, mais dans le
vers-proverbe qui, selon l'usage, termine la strophe, il les avertit
que ce sont là jeux dangereux, sujets à tourner très mal. Il con-
tinue :
Je prise bien peu vos abays
1. Édit. de 1522, fol. 117 v» à 119.
SA VIE ET SES OEUVRES. 315
Tendans d'injure à conséquence,
Qui mettez en vos ditz A. B.
Et avez si belle éloquence.
A. B., c'est Anne de Beaujeu, sœur aînée de Charles VIII,
laquelle menait tout en France et dont on vantait beaucoup l'ha-
bileté. Notre poète dénonce ensuite avec énergie le grand danger
des criailleries des mécontents bretons : ils vont créer en Bretagne
une division qui perdra le pays, comme les dissensions de la
France l'avaient perdue sous Charles VI et Charles VII :
Je dy, après avoir visé
Au long l'effect de vos estrifs^
Que tout règne en soy divisé
Rempli sera de pleurs et cris :
Dieu nous a ces beaux molz escrips
Qui portent de ce vérité...
La cause de la maladie
Du royaume et sa lésion,
Celui qui France a maladie^,
Ce fut guerre et division.
N'en as-tu pas, dy, vision,
Qui veux rechoir en ce dangier ?
C'est-à-dire : « Est-ce que tu ne vois pas cela, toi qui veux atti-
rer sur la Bretagne le fléau sous lequel la France faillit naguère
succomber? » — Quant aux stipulations grâce auxquelles les
barons de Bretagne prétendaient faire respecter par la France les
droits de leur pays, Meschinot, très avisé, leur en prédit le péril
et l'inanité :
Les sages jamais Dieu ne tentent.
Mais quierent le certain tousdis^,
Et de leur propre se contentent,
Sans donner crédit à tous ditz^...
Ung homme de haut ou bas art,
1. De vos querelles, de vos récriminations.
2. Qui a rendu la France malade. Ici, maladie est le participe du verbe
maladir, forgé pour la circonstance.
3. Toujours.
4. A toute parole, toute promesse.
3^6 JEAN MESCHINOT
Grant empereur ou au dessoubz,
Qui coucheroil en un hasard
Cent mille escuz contre cinq soubz,
Jà du cas ne seroit absous
Qu'on ne dist qu'il feroit folie.
C'était là exactement le cas des barons de Bretagne, qui
jouaient la liberté, la nationalité de leur pays sans autre garantie
que la parole du roi, qui ne valait pas cinq sous, et dans une
entreprise où, comme Bretons, ils risquaient tout et lui rien.
Quant à l'homme « de haut ou bas art, » c'est-à-dire de grande
ou petite habileté, qui était « grant empereur on au-dessous, »
cela désigne bien le maréchal de Rieux, qui se croyait grand
politique et, dans la circonstance, tranchait du duc de Bretagne,
du souverain.
Le grand argument des Bretons français pour soutenir que
l'on devait sans coup férir tout céder à la France, c'est que, selon
eux, la Bretagne était trop faible pour résister à la grande puis-
sance française. Notre poète répond vaillamment
Que Dieu seul donne la victoire.
Et non pas celui qui bataille;
Quelque part que le débat aille,
Toute puissance est en ses mains...
Et, pour ce que j'ai l'engin court,
Je veux dire, par conclusion,
Qu a Poitiers, mesmes à (jincourt\
Se trouva grant effusion
De sang, à la confusion
Des Françoys, par leur grant orgueil.
Ghascun ne fait pas à son vueil.
Curieuse coïncidence : le 29 juillet 1488, quand le vainqueur
de Saint- Aubin du Cormier- somma la ville de Rennes de se
rendre, les mêmes idées et presque les mêmes paroles se retrou-
vèrent dans le refus énergique des Rennais :
« Si vous avez bien lu les histoires de la sainte Ecriture, dirent-
1. A Azincourt.
2. Louis de la Trémoille, chef de l'armée envoyée contre la Bretagne par le
roi Charles VIII.
1
SA VIE ET SES ŒUVRES. Si7
ils à La Trémoille, vous y avez en plusieurs lieux trouvé que le
plus grand nombre des combattants n'ont pas toujours eu la vic-
toire. Vous savez comme il en print au roi Philippe de Valois à
Crecy, l'an 1346, quand luy, qui accompaigné estoit de cent
mille hommes, fut défait par dix mille Angiois ; et aussi du roi
Jehan près Poitiers, le 19" jour de septembre 1356, où les Fran-
çois par leur fierté perdirent leur roi. Vous autres François
ferez assez d'entreprises de guerre et de bataille tant qu'il vous
plaira ; mais celuy qui sans fin règne là sus donne les victoires ;
ne vous en attribuez pas la gloire ; c'est à lui qu'elle appartient ^ »
Il est difficile de ne voir dans cette rencontre qu'un hasard,
difficile de ne pas croire que les Rennais connaissaient les vers de
Meschinot et s'en étaient inspirés. Celui-ci termine sa pièce par
cette strophe très significative :
Vivons en paix^ par union,
Faire ne pouvons plus bel œuvre,
Car, selon mon oppinion,
Qui la perd à tard la recueuvre.
Quand soubz couleur de bien on cueuvre
Poisons, la mort en peut venir.
Bon fait les meschiefz prévenir !
Ces derniers vers, très énergiques, sont très justes dans leur
énergie : cette honteuse alliance avec la France, que tramait le
maréchal de Rieux sous couleur de bien public, était un vrai poi-
son; c'est de ce poison que mourut la Bretagne. Notre poète
était donc singulièrement clairvoyant ; ici même il est prophète.
Arthur de la Borderie.
(A suivre.)
1. Alain Bouchart, Chroniques de Bretagne, édit. de 1532, fol. 209 v°.
2. En paix à l'intérieur, car, pour la guerre avec la France, on vient de voir
qu'elle n'effrayait point le poète.
4895 24
i
DOCUMENTS
RELATIFS A
JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAY
Jacques de Beaune, immortalisé par Marot, a excité de bonne
heure la jalousie de ses contemporains. Le premier des documents
qui suivent est un projet d'interrogatoire préparé en 1505 par
les soins de l'amiral Graville pour être fait au financier en la
Chambre des comptes. C'est au lendemain de la perte de Naples
que les comptables ont été poursuivis et durement frappés (1504).
Le maréchal de Gyë est tombé en disgrâce pour s'être prononcé
contre l'union de la princesse Claude et de Charles de Luxem-
bourg, héritier du trône de Castille ; mais Louis XII a compris
sa faute, au printemps de 1505, et il protège secrètement le maré-
chal. La reine Anne va cacher son dépit en Bretagne, et l'amiral
Graville, revenu aux affaires après quelques années d'effacement,
met à profit l'absence de la reine pour intriguer en faveur de Gyé.
Il travaille aussi à écarter ceux qui gênent son ambition per-
sonnelle et surtout les quatre généraux des finances, administra-
teurs suprêmes et sans appel du revenu public. Jacques de Beaune,
favori de la reine, est particulièrement désigné à ses coups*.
Voici le résumé des articles : I. Depuis quand de Beaune est-il
général, et quels dons a-t-il reçus de Charles VIII et d'Anne,
outre ses gages? (2 par.) II. Acquits déguisés (2 par.). III. Em-
prunts de 1495-1496 (5 par.). IV. Les généraux ont fait office
de comptables (3 par.). V. Commissions extraordinaires données
1. R. de Maulde, Procédures politiques du temps de Louis XII (coll. des
documents inédits); A. Sponl, Semblançay, la bourgeoisie financière au début
du XVP siècle, f. 91, note 2.
DOCUMENTS RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAT. 3^19
à leurs parents (4 par.). VI. Ils ont reçu de l'argent des villes
italiennes en 1494-1495(2 par.). VII. Ainsi que d'emprunts con-
tractés en France (1 par.). VIII. Ils se sont illégalement attribué
des sommes inscrites au budget sous la rubrique de menus frais.
Le second document est le seul reste de l'enquête judiciaire qui
a précédé la condamnation à mort de Semblançay*. Les articles
I à XII ont trait aux opérations de banque de l'accusé, à ses rela-
tions avec les comptables ou les banquiers italiens ; les articles
suivants parlent des procès de Semblançay, de ses embarras
financiers, des créances qu'il a essayé de recouvrer, des emprunts
qu'il a du contracter, en 1525-1526 ; il aurait menacé Lambert
Meigret de lui « faire mal des besognes » , s'il ne se taisait
(art. xv), et, d'autre part, Jean Prévost se vante que, « si ledit
sieur de Semblançay lui faisoit eschoffer la teste, il le feroit bien
marry » (art. xxiii) ; les articles xxxi à xli parlent de l'empri-
sonnement de Semblançay et de ses papiers recelés.
Le troisième document^ est la réponse de Semblançay à l'acte
d'accusation sur lequel il a été condamné à mort. Les articles i-ii
remettent en question le jugement du 27 janvier 1525^, qui a
terminé le procès en reddition de comptes intenté au financier.
Les articles iii-xiv et xvi parlent des rapports de Semblançay
avec les banquiers italiens et des intérêts qu'il aurait illégalement
touchés. Ses complices seraient Jean Prévost, son accusateur,
ancien trésorier de l'extraordinaire des guerres, Bernard Salviati,
Léonard Spina, Robert Albisse, Thomas Gadagne, Guillaume
Nazy. On remarquera l'article xi, qui parle des envois d'argent
à Lautrec, car on sait que la bataille de la Bicoque, suivie de la
perte du Milanais, est la prétendue cause de la disgrâce de Sem-
blançay. Les articles xv,xvn-xix, xxii relèvent les irrégularités
de Semblançay dans la gestion des finances particulières de Louise
de Savoie, de 1515 à 1523. Les articles xx-xxi, xxiii-xxv
parlent du roi. Semblançay est accusé d'avoir fait manier de l'ar-
gent du roi par son maître clerc Guillaume du Frain ; à cela il
répond qu'il a prêté beaucoup d'argent à la couronne et qu'il
recevait en remboursement des décharges ou lettres de change
tirées sur les receveurs particuliers des aides ou de la taille^;
1. A. Spont, op. cil., p. 238, 244, 251.
2. A. Spont, op. cit., p. 252-261.
3. P. Clément, Trois drames historiques, p. 389-393.
4. A. Spont, op. cit., p. 29.
320 DOCUMENTS
Frain n'a manié que ces papiers, qui appartenaient bien à son
maître, pour en poursuivre le recouvrement. Semblançay est
accusé d'avoir fabriqué des acquits (art. xxi), falsifié des quit-
tances (xxrii), touché des acomptes indus (xxiv-xxv). Qu'y
a-t-il de vrai dans tout cela ? La disparition des pièces du procès
criminel rend la réponse difficile. Semblançay n'a certainement
pas la conscience nette, puisqu'il fait appel à la compassion du
roi et de la reine mère.
Le quatrième et dernier document montre, à la décharge du
financier, le dévouement de son fils, Guillaume de Beaune, et de
ses serviteurs, qui n'ont pas craint d'encourir la colère du roi et
du chancelier Duprat* en donnant une sépulture au malheureux
Semblançay.
Alired Spont.
L
Articles dressés contre Jacques de Beaune.
(Août \oOo.)
Le procureur du Roy nostre sire, en sa chambre des comptes à
Paris, requiert par-devant vous, nos seigneurs de la chambre du con-
seil lez la cliambre desdits comptes, que M« Jacques de Beaune, con-
seiller et général des finances du Roy nostre sire, soit par vous, nos-
dits seigneurs, interrogué sur ce qui s'ensuyt :
L Et premièrement combien il y a qu'il est général desdites finances.
Item, quels biens il a cuz du feu Roy Charles, dernier décédé (que
Dieu absoiile], et de la Roync, oultre ses gages ordinaires.
11. ftem, quelle somme de deniers il a eue à son prouffit par vertu
des acquitz en deniers complans baillez au Roy, et qui luy a baillé. Et
s'il dit qu'il n'en a poinct eu, luy soit remonstré que maistre Jehan
Duboys-Fontaines-, luy estant secrétaire des finances dudit feu Roy
Charles, dépescha ung acquit ou plusieurs pour la somme de huit
mil escus en deniers baifiez comptans au Roy, qu'il bailla au feu
1. P. Clément, op. cit., p. 207-208; A. Spont, op. cit., p. 248, 264.
2. Receveur général d'Oulreseine, beau-frère de Thomas Bohier, général de
Normandie, et de Henri Bohier, receveur général de Languedoïl; Jean du Boys
venait d être privé de sa charge.
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAY. 321
général Gaillart% à maislre Thomas Boyer- et à luy, lesquels huit
mil escus luy, lesdils Gaillart et Boyer receurent des receveurs géné-
raux, et dMceulx en ont pris chacun deux mille escus et appliquez à
leur prouffit.
Item^ aussi se trouve que luy et les généraux Briçonnet^et Bohier
ont eu par les mains dudit Duboys chacun deux mil escus soleil en
vertu dudit acquit en deniers baillez comptans au Roy.
Item^ s'il a point veu ne sceu que ledit feu Roy Charles ait receu
par ses mains aucune somme de deniers baillez comptans au Roy, et
quelle somme il a receu et de qui.
Item^ s'il a point veu que ledit feu seigneur ait distribué par ses
mains aucune somme de deniers, quelle somme il a distribué, par
quantes fois, à qui, en quel lieu et quant ce fut.
Item^ pourquoy luy et les autres généraulx ont esté inventifs de
faire despescher lesdits acquicts en deniers baillez comptans au Roy,
veu que ce sont acquicts déguisez, faiz contre les ordonnances royaux
et tout ordre de finance.
liem^ s'il dit qu'il n'a point été inventif desdits acquictz, luy soit
remonstré qu'il se trouve, par la déposition dudit Duboys et autres
secrétaires desdites finances, que ledit feu Roy Charles ne commanda
jamais despescher lesdits acquicts, sinon qu'il eust premièrement esté
déhbéré et advisé par les généraulx qu'il se devoit ainsi faire.
Item^ s'il scet point aucuns autres particuUiers qui ait receu aucune
somme de deniers soubz umbre desdicts acquicts en deniers baillez
comptans au Roy, et qui ilz sont, de quelle somme de déniez ledit
feu seigneur a esté intéressé au moyen desdicts acquicts.
III. Item^ pour quelz afaires furent faiz les empruncts dont se
trouvent chargez les comptes des receveurs généraulx et autres de
intérest, et en quel temps.
Item^ s'il dit que ce fut pour les affaires de la guerre, luy soit
remonstré que Testât estoit jà fait où avoient esté couchez tous les
affaires de la guerre, tant ordinaire'* que extraordinaire-'*, et que luy
et les autres généraulx avoient par devant eulx grant somme de
1. Michel Gaillard, général d'Oulreseine, mort en 1501.
2. Général de Normandie.
3. Pierre Briçonnet, général de Languedoïl, frère de Guillaume, le cardinal
de Saint-Malo.
4. Paiement de la cavalerie (gens d'armes).
5. Paiement de l'infanterie (francs-archers, gens de pied, aventuriers fran-
çais, arbalétriers, Suisses, lansquenets) et des frais de l'armée (cavalerie et
infanterie) en campagne.
322 DOCUMENTS
deniers venuz de l'argent que l'on mettoit sus par chacun an pour les
cas inopinez, dont ils dévoient fournir sans prendre argent à intérest.
Item, de quels gens a esté prins à intérest ledit argent et s'il y en
a point en ce royaulme et qui ils sont.
Item, se luy mesme ou les autres généraulx en ont point baillé à
intérest, ou leurs parens, serviteurs et affins, et s'il y avoit point de
prouffit. — S'il dit que non, luy soit demandé s'il s'en veult rapporter
à ceulx qui ont eu le maniment desdits deniers prins à intérest et
autres, trésoriers des guerres, de l'extraordinaire et autres.
Item, se luy et les autres généraulx ont point eu de prouffît en
argent qui ayt esté baillé à Paule Soli ' , cytoyen de Gennes, et aultres
bancquiers, tant pour les intérests que par forme de don, et, s'il dit
que non, luy soit demandé s'il s'en veut rapporter auxdits Soli, banc-
quiers et autres facteurs.
IV. Item, s'il n'a pas levé et reccu par chacun an tous les deniers
de sa charge ou la plus part et pourquoy; s'il dit que non, luy soit
rcmonstré qu'il se trouve, parla depposition des receveurs généraux,
particuUicrs et autres gens de bien, qu'il n'y a eu général des finances
qu'il n'y ait levé un cbascun d'eulx tous les deniers ou la pluspartde
sa charge, et que lesdits receveurs généraulx n'ont esté receveurs
que de papiers et de bien peu d'argent.
Item, s'il scet pas bien que de tout temps et d'ancienneté que, après
que les eslats généraulx ^ sont cloz, on a accoustumé bailler les des-
charges aux pancionnaires de ce royaulme, affin qu'ils puissent
recouvrer ou faire recouvrer à leurs despcns leurs pancions sur les
comptables de qui ils sont assignez^. S'il dit que non, luy soit
remonstré que cela est tout notoire et par ce qu'il n'en peult avoir
cause d'ignorance.
Item, s'il dit que oy, lui soit demandé pourquoy luy et les aultres
généraulx ont baillé ou fait bailler commission à icelluy qui a la
charge en Bretaigne de recevoir les déniez ordonnez pour payer les-
dits pancionnaires, qui a deux mil frans de tauxacion pour ce fère,
qui est une grant somme de deniers perdue pour le Roy.
V. Item, pourquoy lui et les aultres généraulx ont baillé ou fait
bailler plusieurs commissions extraordinaires à plusieurs personnes
et à cbascun baillé grosses tauxacions, veu qu'ils sçavent bien qu'il
est prohibé et deffendu par les ordonnances royaulx.
1. En 1494-1495.
2. États généraux annuels des finances.
3. A. Spont, op. cit., p. 28.
RELATIFS A JACQUES DE BEACNE-SEMBLANÇAY. 323
Item^ se luy et les aultres géiiéraulx n'ont pas mis sus lesdites com-
missions extraordinaires pour pourvoir leurs parens, affins et servi-
teurs. S'il dit que non, luy soit remonstré qu'il se trouve, par les
comptes renduz en la chambre des comptes, que tous les parens,
alliez, affins ou serviteurs de luy et des aultres généraulx ont eu
toutes lesdites commissions extraordinaires, et par ce quMl ne se peult
excuser que luy et lesdits aultres généraulx n'ayent mis sus lesdites
commissions pour pourveoir leurs parens, affins et serviteurs.
VI. Iteni^ qui a receu l'argent des composicions de Florence^ Pize
et autres villes d'Ytalie, et, s'il dit qu'il ne scet, luy soit remonstré
que luy et les aultres généraulx doivent savoir que deuement toutes
les finances appartiennent au Roy, et par ce qu'il ne se peult excuser
qu'il ne doyve respondre que sont devenuz lesdits deniers.
Item^ qui a receu l'argent des composicions du royaume de Napples
et qu'ilz sont devenuz.
VII. Item, qui a receu les deniers provenuz des emprunts faiz par
ledit feu Roy Charles, tant des villes de ce royaulme que des parti-
cuUiers dudit royaulme, tant officiers que autres, et que sont deve-
nuz lesdits deniers. Et, s'il dit que maistre Loys de Poncher^ les a
receuz, luy soit demandé se luy et les autres généraulx n'ont pas par
estât la recepte des deniers yssuz desdits emprunts, où est ledit estât
et qu'ilz en facent apparoir.
VIII. Item, se luy et les aultres généraulx ont point couché ou fait
coucher au roolle des menuz frais desdits receveurs généraulx plus
grant somme qu'il n'en a esté baillé et distribué par lesdits receveurs
généraulx et icelle appliquée à leur prouffit. S'il dit que non, luy soit
demandé si de ce s'en veult rapporter auxdits receveurs généraulx,
leurs clercs et commis et à ceulx nommez auxdits rooUes, à qui l'on
dit avoir baillé lesdits deniers.
(Arch. de la Loire-Inférieure, E 185.)
II.
Confession de Jean Guéret.
(9 mars ^ 527.)
Du 9e jour de mars l'an ^326, à Paris, après disner, devant nous,
commissaires dessus nommés.
1. En 1496, trésorier de l'extraordinaire des guerres.
324 DOCUMENTS
A esté faict venir de la Bastilhe, par ordonnance desdits commis-
saires, Jelian Guéret, serviteur et clerc de messire Jacques de Beaune,
seigneur de Samblançay, aagé de trente-quatre ans ou environ, natif
de Chartres ; lequel, après serment solennel par luy faict de dire
vérité, a dict se que s'ensuyt :
I. Interrogé combien il y a qu'il est serviteur dudit sgr de Sam-
blançay :
Dit qu'il y a environ neuf ou dix ans que il qui parle veint demou-
rer serviteur de feu maistre Michel Chevalier, qui estoit clerc domes-
tique dudit sieur de Samblançay, et a toujours depuys demeuré en la
maison dudit sieur de Samblançay, soubz ledit Chevalier, qui estoit
domestique dudit sieur de Samblançay, lequel Chevalier est trespassé
il y a environ cinq ans ou six, et depuys sa mort ledit de Samblan-
çay a retenu il qui parle son serviteur et domestique chez luy. Lequel
de Samblançay, après la mort dudit Chevalier, a faict faire sa des-
pencc à il qui parle, et dit que, vivant ledit Chevalier, ledit qui parle
le servoit en tous ses affaires, car il estoit seul serviteur.
II. Interrogé combien de temps Chevalier fust serviteur du sieur de
Samblançay :
Dit que au bout de quatre ou cinq ans que il qui parle veint au ser-
vice dudit Chevalier, ledit Glievalier morul, estant au service dudit
sieur de Samblançay, et, avant que il qui parle veint demourer au ser-
vice dudit Chevalier, avoit icelluy Chevalier demouré six ou sept ans
serviteur dudit sieur de Samblançay, ainsi que il qui parle a ouy dire,
et estoit ledit Chevalier maistre clerc dudit sieur de Samblançay. Et
estoit secrétaire du Roy icelluy Chevalier alors de son trespas, et
l'avoit esté environ trois ou quatre ans paravant, comme luy semble.
Dit que ledit Chevaher mengeoit et venoit en la maison dudit de
Samblançay et estoit son domestique.
Dit que ledit Chevalier estoit marié à la fdle d'un nommé Guil-
laume Aude ' , de Tours.
m. Interrogé si Chevalier se mesloit de recepvoir les deniers dudit
Samblançay :
Dit que non, et que c'estoit Guillaume de Frain-, comme l'on disoit.
Toutesfoys en a veu aucunes foys recepvoir audit Chevalier.
IV. Interrogé si ledit Chevalier passa aucunes quittances des paye-
mens qui se faisoyent par ordonnance dudit sieur de Samblançay :
1. Fils de Pierre Aude, secrétaire de Charles VII et de Louis XI, et neveu
de Semblançay.
2. Receveur de Loudua.
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLA.VÇAT. 325
Dit qu'il a veu que ledit Chevalier passoit les quictances d'aucuns
personnaiges qui venoyent devers luy, mais n'a point sceu que ledit
Chevalier passa les quictances par commandement dudit sieur de Sam-
blançay et n'en a souvenance. Bien dit avoir escript plusieurs quic-
tances soubz ledit Chevalier.
V. Interrogé si ledit Chevalier luy a nommé les brevetz pour faire
les quictances :
Dit que beaucoup de foys ledit Chevalier a nommé audit qui parle
les brevetz des quictances. Lesquelz brevetz il qui parle escripvoit en
papier, et dit que, lorsque ledit Chevalier luy nommoit les brevetz, il
n'y avoit personne présent, et que ledit Chevalier n'avoit aucun escript
devant luy quant il nommoit lesdits brevetz audit qui parle. Et dit
que aucunes foys après il a grossoyé aucunes quictances sur lesdits
brevetz et ledit Chevalier prenoit lesdites quictances, les signoitetles
gardoit devers luy ; ne sçait il qui parle qu'il en faisoit.
VI. Interrogé sMl a sceu que ledit Chevalier, au nom dudit sieur de
Samblançay, meist lesdites quictances grossoyées es mains du recep-
veur général Sapin' ou aultres comptables, et qu'il en print d'eux
aucun récépissé :
Dit qu'il n'a cognoissance de ce, et que ledit Chevalier ne lui com-
muniquoit pas telz affaires.
VII. Interrogé s'il a veu aucunes descharges entre les mains dudit
Chevalier, son maistre, des sommes contenues es quictances que il
qui parle avoit grossoyées :
Dit qu'il a veu plusieurs descharges et assignations es mains dudit
Chevalier, son maistre, mais ne sçauroit dire si c'estoit des sommes
contenues es dites quictances.
VIII. Interrogé si ledit Chevalier avoit manyment d'argent soubz
ledit de Samblançay en grosses sommes :
Dit que ledit Chevalier avoit aucunes foys manyment de l'argent
qui appartenoit audit de Samblançay et faisoit aucuns payemens
pour luy, comme de -100 ou 200 escuz. Et dit que ledit Chevalier
aucune foys faisoit des payemens pour aucuns dons au nom du Roy,
et par commendement dudit sieur de Samblançay faisoit lesdits paye-
mens. Desquelz payemens ledit Chevalier parfoys passoit les quic-
tances comme secrétaire du Roy, ainsi que il qui parle a veu souvent.
IX. Interrogé s'il a veu que ledit Chevalier ait escript ou fait
1. Receveur général de Languedoïl.
326 DOCUMENTS
escripre par il qui parle aucunes quictances au nom de Robert
Albisse ^ , banquier de Lyon :
Dit que ouy et que luy qui parle en cuyde avoir escript, et ne luy
souvient de la quantité ne de ses sommes ne des causes. Dit aussy
qu'il luy semble avoir escript des quictances au nom de Salviati,
Spine, Panchati, Gadaigne. Et dit qu'il les a escriples à la relation de
Chevalier, qui les luy nommoit. Et ledit Samblançay n'y estoit pré-
sent. Dit aussi que lesdits banquiers (assavoir Albisse, Salvyati,
Spine, Panchati et Gadaigne ^j n'esloyent présens quant ledit Che-
valier nommoit à il qui parle les brevetz en première escripture des-
dites quictances.
[En marge :] sur la fauceté des quictances.
X. Interrogé si lesdits brevetz et première escripture se faisoyent
par manière de cayer et livre ou bien par papiers séparez :
Dit que il faisoit lesdits brevetz par papiers séparez comme par
fuelhes et demyes fuelhes de papier et ledit Chevalier ne faisoit point
de registre.
XI. Interrogé en quel temps il qui parle escripvoit lesdits brevetz
de quittances :
Dit qu'il n'est record du temps. Bien luy semble que depuis le
voyage que le Roy fist à Ardres^ il a escript aucuns brevetz desdites
quictances. Et n'est record si lesdites quittances estoienl pour inlé-
reslz ou pour sommes principalles.
XII. Interrogé si ledit de Samblançay a fait aucuns comptes avec
ledit Chevalier :
Dit que ouy, plusieurs foys, et a ledit qui parle escript aucuns
comptes soubz ledit Chevalier et ne sçauroitdire si ledit de Samblan-
çay demouroit débiteur par lesdits comptes ou ledit Chevalier.
XIII. Interrogé s'il a sccu que ledit de Samblançay, sa femme ou
ses enfîans, ait caché ou transporté aucun or, argent ou autres
meubles :
Dit qu'il n'en a rien sceu, car il a demouré ung an et demy en
ceste ville pour solliciter les procès dudit Samblançay. Et dit, au ser-
ment qu'il a faict, qu'il ne sçait qu'il y ait aucuns qui ayent biens en
garde dudit sieur de Samblançay ; et, après que luy avons nommé
aucuns des amys dudit sieur de Samblançay pour sçavoir s'il a entendu
1. A. Spont, op. cit., p. 142, note 2, et sur les banquiers italiens, en général,
p. 122, notes 1 et 2, p. 165.
2. Bernard Salviati, Léonard Spina, Thomas Gadagne.
3. En 1520.
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLA^fÇAY. 327
qu'ilz eussent aucuns biens en garde dudit sieur de Samblançay : dit,
au serment qu'il a faict, qu'il n'en a jamais rien sceu, car il ne s'est
meslé sy avant des affaires dudit sieur de Samblançay, et dit qu'il s'en
veult raporter audit sieur de Samblançay, à Guillaume de Frain et à
maistre Mathieu \ disant que ceux-là doyvent myeulx sçavoir s'il y a
biens cachés que il qui parle.
Dit aussi, sur ce interrogé, n'avoir sceu que ledit sieur de Sam-
blançay ait bruslé aucuns papiers ou escriptures puys quelque temps
en ça.
XIV. Interrogé s'il a faict aucuns dons ou présens, au nom dudit
sieur de Samblançay, à aucuns personnaiges de ceste ville :
Dit qu'il a présenté des jutes, des poyres de bon chrestien et des
pruneaulx de Tours au nom dudit sieur de Samblançay. Mais, au ser-
ment qu'il a faict, jamais ne présenta or, ne argent, vaisselle,
bagues, tapisseries, ne autre présent qui soit d'importance.
XV. Interrogé s'il a sceu que ledit sieur de Samblançay ait com-
muniqué avec Meigret^, ne postillé ses acquitz, pendant le temps
qu'il estoit en procès par-devant les commissaires, qui luy avoit esté
baillez pour veoir ses comptes :
Dit qu'il ne sçait que c'est et n'en a point ouy parler.
Ditaussy, sur ce interrogé, n'avoir sceu ne entendu que ledit Sam-
blançay ait menacé Meigretque, s'il ne se tairoit, il luy feroit mal ses
besongnes.
XVI. Interrogé si aucungs en particullier en ceste ville ont dit à il
qui parle aucune chose touchant les comptes dudit sieur de Samblan-
çay et pour l'en advertir :
Dit qu'il n'en a rien entendu et qu'il estoit seullement solliciteur
pour ledit de Samblançay pour ses affaires particullières aux requestes
du palays et en la court de parlement. Bien dit avoir esté une foys en
la chambre des comptes en la compagnie d'ung nommé de Luc, pro-
cureur dudit sieur de Samblançay, mais n'entra il qui parle en la
chambre des comptes, et ne receut il qui parle aucung adverlisse-
raent d'aucun des comptes ou autre pour ledit sieur de Samblançay,
lequel envoya en ceste ville ung nommé maistre Arnol Bryant pour
solliciter en la chambre des comptes et aussy pour autres affaires que
ledit de Samblançay avoit au palays.
1. Gujgnet.
2. Lambert Meigret, trésorier de l'extraordinaire des guerres en 1521, procu-
reur de Louise ^e Savoie en 1524.
328 DOCUMENTS
XVII. Interrogé s'il a aucunes cédulles ou obligacions apparlenans
audit sieur de Samblançay :
Dit qu'il n'en a aucune devers luy. Vray est qu'il en a eu, lesquelles
il a rendues à maistre Jehan Ruzé, advocat du Roy^ par son récé-
pissé, peult avoir cinq ou six moys, lequel récépissé il qui parle ren-
dit audit sieur de Samblançay.
XVIII. Interrogé quelles cédulles ou obligacions c'estoient :
Dit qu'il y en a une du feu conte de Brayne, signée Salebruche^, de
la somme de 600 livres, et une contre-leclre de maistre Thomas Rap-
pouel ^ de semblable somme de 600 livres faicte audit conte de Bresne,
et estoit pour le quartier d'octobre -1 523 de sa pension ; ung récépissé
du général Morelet ' de la vaisselle du Roy et de Madame; ung blanc
chargé de 300 escuz du feu sieur de Saincte-Mesme, signé Cadorat;
une cédulle de l'osmonier Hannequin de 80 escuz et plusieurs aultres,
jusqu'au nombre de ^ 2 ou -15, et n'est record des sommes, car il ne
les calculla jamais. Et luy souvient qu'il y en avoit une de Marchebone.
XIX. Interrogé s'il cognoist ung nommé Jehan Le Conte, qu'il il est,
et s'il a receu argent par ses mains :
Dit qu'il cognoist ung nommé Jehan Leconte, serviteur du sieur
d'Azay^, président en la chambre des comptes, lequel Jehan Le
Conte (peult avoir six ou sept moys) baiiha 200 livres audit qui
parle pour subvenir aux affaires dudit sieur de Samblançay et par
rescription dudit Samblançay.
XX. Luy a esté monstre certain compte qui est du i7^ de sep-
tembre -1526, marché au dessoubz B., et par l'arrest et clousture
duquel il confesse debvoir audit de Samblançay pour avoir plus receu
que mis la somme de 469 1. 8 s. 9 d. :
Dit qu'il a escript et signé ledit compte et confessé encore debvoir
audit de Samblançay ladite somme de 469 1. 8 s. 9 d. t.
Interrogé s'il a escript et signé ung récépissé dedans lequel il y a
ung compte de Ragueneau", lequel récépissé est du samedi 27" de
janvier -1 525 [6]. Et ledit compte dudit Ragueneau faict avec ledit sieur
de Samblançay est du 2'' jour d'octobre 4 523, par lequel compte ledit
1. P]n Parlement.
2. Aymé de Sarrcbruche, comte de Braine, mort le 19 novembre 1525.
3. Comptable de Bordeaux, procureur de Louise de Savoie en 1524.
A. Morelet de Museau, général d'Outreseine.
5. Gilles Berlhelot, cousin de Semblançay.
6. Jacques Ragueneau, receveur de Poitou.
RELATIFS A JACQUES DE BEADNE-SEMBLANÇAY. 329
Ragueneau reste débiteur dudit Samblançay de la somme de 3,334 1.
-H s. 3 d. t. :
Dit qu'il a escript et signé ledit récépissé et pour ce qu'il a rendu
audit de Samblançay ledit compte ou à maistre Jehan Ruzé, au nom
dudit de Samblançay; ledit récépissé est demeuré cancellé, comme
nous povons veoir, et ne sçait ledit qui parle si ledit Ragueneau a
payé ledit Samblançay de ladite somme ou s'il la doit encores.
XXI. Interrogé sur ung article couché au compte marché B. , lequel
article est de la teneur qui s'ensuyt : « A ung homme de pied que
j'envoye audit Tours devers mondit sieur pour l'advertir d'aucuns
aflfaires et par l'advis de M. le président d'Azay, 4 livres » ; quant ce
fut et quel advertissement c'estoit :
Dit qu'il peult avoir environ dix raoys que ledit président d'Azay
bailha des lettres à il qui parle, adressant audit sieur de Samblançay
pour luy envoyer. Ce quMl fist, et n'a sceu il qui parle le contenu des-
dites lettres, ne pourquoy c'estoit, sinon que ledit d'Azay dit audit
qui parle que, s'il n'avoit homme pour aller à Tours devers ledit Sam-
blançay, qu'il estoit d'advis qu'il y envoyast homme exprez, ce qu'il
fit, et dit que ce fut ung povre homme que on cognoist bien au logis
oîi estoit logé ledit qui parle.
[En marge :) le président d'Azat.
XXII. Interrogé si en ce temps-là il qui parle fust à Maintenon ' , et
pour quel affaire :
Dit qu'il fust audit Maintenon et ne sçauroit dire en quel temps ce
fust. Et pour ce que ledit sieur de Samblançay luy avoit escript aller
audit Maintenon pour recouvrer la somme de i ,000 livres que le tré-
sorier Goctereau- luy bailleroit; laquelle somme fut bailhée par ledit
Goctereau en escuz soleil. Et il qui parle délivra ladite somme en
ceste ville à ung nommé Estienne de Lange, orfèvre, auquel ledit
Samblançay devoit de l'argent. Et ne sçait il qui parle à cause de
quoy c'estoit. Et dit que ledit Gottereau avoit recouvert ladite somme
de 1,000 franz, ainsi qu'il disoit, de quelque ung qui les devoit
audit sieur de Samblançay, sans luy nommer qui c'estoit.
XXIII. Interrogé s'il a esté autres foys depuys le temps susdit
audit lieu de Maintenon :
Dit que ouy, mais ne sçait dire en quel temps ce fut, et la cause
1. Eure-et-Loir, chef-lieu de canton.
2. Jean Gottereau, trésorier de France en Languedoc, beau-père de Guillaume
de Beaune, fils de Semblançay.
[
330 DOCUMEXTS
qui le meust fut pour ce que (ung) nommé Françoys de Becdelièvrc ^ ,
habitant de Lodun, avoit dit à il qui parle que x\P Jehan Prévost-
s'esloit vanté audit Becdelièvre que, si ledit sieur de Samblançay luy
faisoit eschofTer la teste, il monstreroit qu'il le feroit bien marry, et
que ledit Samblançay retenoit au roi ^ 00,000 francz ou i 00,000 escuz,
ne sçait lequel. Et à ceste cause ledit qui parle alla audit Maintenon
pour advertir le général de Beaune^, qui estoit audit lieu, desdites
parolles.
XXIV. Interrogé si ledit Becdelièvre luy déclaira les moyens que
ledit Prévost disoit par lesquelz ledit Samblançay retenoit ladite somme
de ^ 00,000 escuz ou 100,000 francz :
Dit que non.
XXV. Interrogé s'il a envoyé une autre foys ung homme à pied
audit Maintenon :
Dit que ouy, et fust environ le temps dessusdit qu'il renvoya ung
homme à pied par l'advis du recepveur général Ruzé^ porter des
lettres audit sieur de Maintenon ou au général de Beaune.
[En marge :) recepveur général Ruzé.
XXVI. Interrogé s'il sçait pourquoy c'estoit et de quelle matière
escripvoyt ledit recepveur général Ruzé :
Dit que non, et s'en rapporte audit Ruzé.
XXVII. Interrogé si les héritiers du feu admirai de Bonnyvet^
devoyent aucune chose audit sieur de Samblançay :
Dit que ouy, et a ledit sieur de Samblançay une cédulle dudit feu
amiral de la somme de ^ 7,000 francz. Laquelle somme, par ordon-
nance dudit Samblançay, ledit qui parle alla demander à la vefve
dudit feu admirai à Grèvecueur". Et croit qu'il a veu ladite cédulle
de la somme, et qu'il l'apporta avec luy quand il alla parler à ladite
vefve, à laquelle ne monstra ladite cédulle, mais seullement luy
bailha une lettre missive dudit sieur de Samblançay faisant mencion
de ladite somme. Et fîst response ladite vefve qu'elle n'estoit tutrisse
de sesdits enfTans. Disant, sur ce interrogé, que depuys il rendit ladite
cédulle audit de Samblançay. Et fust en l'esté dernier passé, et autre-
ment ne s'en racorde du moys ne du jour.
[En marge :) 47,000 1. t.
1. Neveu de Seniblancay.
2. Trésorier de l'extraordinaire des guerres à la suite de Meigret, en 1522-1523.
3. Guillaume de Beaune, général de Languedoïl, ûls de Semblançay.
4. Receveur général d'Outreseine.
5. A. Spont, op. cit., p. 196, 233.
6. Oise, chef-lieu de canton.
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAY. 33^
XXVIII. Interrogé s'il a entendu que à Neufvys^, prez Samblan-
çay, y ait chambre à sel, et à qui elle est :
Dit qu'il a ouy dire qu'il y a chambre à sel, mais ne sçauroit dire
à qui elle est. Et l'a ouy dire à maistre Mathieu, clerc dudit sieur de
Samblançay, qui est en ceste ville et qui est natif dudit lieu de Neufviz.
XXIX. Luy a esté monstre ung article du compte marché G., par
lequel il appert qu'il a bailhé 20 s. t. à ung clerc du greffe des géné-
raulx pour le faire besongner à l'enqueste de la chambre à sel de
Neufviz :
Dit qu'il bailha ladite somme par ordonnance dudit sieur de Sam-
blançay, qui luy avoit escript que, s'il falloit payer quelque chose
pour ledit affaire, qu'il le fist. Et dit qu'il n'a frayé autre chose pour
cest affaire que lesdits 20 s. t.
XXX. Interrogé qui est se qu'il faisolt des mémoyres et instruc-
tions pour ledit sieur de Samblançay lorsqu'il estoit devant les com-
missaires pour oyr ses comptes :
Dit que c'estoit le sieur de Nitray 2, et n'a point sceu que autre s'en
soit meslé que ledit sieur de Nitray.
XXXI. Interrogé, depuys que ledit sieur de Samblançay fut adverty
que ledit Prévost le chargeoit comme il y a cy-dessus, s'il a sceu que
ledit sieur de Samblançay ait faict aucunes diUigences en court ou
en ceste ville pour se descharger :
Dit qu'il n'en a rien sceu, excepté que ledit Samblançay escripvoit
souvent à Jehan Lalement, sieur de Marmaigne, jadis trésorier de
Languedoc^. Et ledit Samblançay envoyait Legendre en court, mais
ne sçait si c'estoit pour cest affaire, et n'a sceu ne entendu que ledit
de Samblançay ait prins d'autres instructions pour cest affaire.
{En marge :) Jehan Lalement.
XXXII. Interrogé s'il a sceu que ledit Mathieu Guignet, serviteur
dudit sieur de Samblançay, partit les fériés de Noël dernier passé et
alla en poste à Tours :
Dit qu'il a bien sceu que ledit Mathieu partit de ceste ville environ
Noël et alla en Touraine et demeura environ quinze jours ou troys
semaines. Mais ne sçait il qui parle s'il y alla en poste ne pour quel
affaire il y alloit.
XXXIII. Interrogé qu'il en a entendu dire en la maison dudit sieur
de Samblançay :
1. Indre-et-Loire, chef-lieu de canton. Cf. A. Spont, op. cit., p. 124.
2. Émery Lopin.
3. Receveur général de Languedoc en 1523.
l
332 DOCUMENTS
Dit qu'il avoit ouy dire que ledit Mathieu estoit allé, de par ledit
sieur de Samblançay, pour parler à l'archevesque de Tours \ fils
dudit sieur de Samblançay, et ne sçait si ledit sieur de Samblançay
avoit esté adverty que on le deust prendre.
XXXIV. Interrogé s'il a escript ou veu escripre aucuns advertisse-
mens pour ledit sieur de Samblançay pour respondre aux interroga-
toyres que on luy pourroit faire sur les abbuz, désordre des finances
faictz par luy ou de son temps :
Dit que ledit sieur de Samblançay, ou moys de janvier dernier
passé, bailha ung cayer audit qui parle, escript de la main dudit
maistre Mathieu, pour le coppier et mectre au nect. Se que fist il qui
parie, lequel cayer faisoit mencion des responses que ledit Samblançay
devroit faire aux interrogatoyres que on luy fairoit, comme luy semble.
XXXV. Interrogé de qui venoit l'invencion desdites responses :
Dit qu'il ne sçait. Vray est que ledit maistre Mathieu avoit escript
ladite mynute de sa main, laquelle mynute, ensemble la grosse, ledit
qui parle remit audit Samblançay.
XXXVI. Interrogé que luy dit ledit Samblançay en luy rendant
ladite mynute :
Dit que ledit Samblançay luy dit qu'il allast en une chambre haulte
se serrer pour mectre au nect ladite mynute, et que personne ne
le veist.
XXXVII. Interrogé qu'il a faict des lettres que ledit Samblançay
luy a escriptes :
Dit qu'il en a rompu partie et a gardé l'autre partie qui est à son
logis, qui est en ceste ville, en la rue Sainct-André-des-Ars, chez
ung cellier nommé Jehan et Job, dedans ung coffre de bahuz dont il
a perdu la clef. Et est content ((ue la serrure soit rompue. Pour ce
que dedans ledit coffre il n'y a point d'argent, mais quelque d'abille-
mentz et de papiers.
XXXVIII. Interrogé s'il y a dedans aucun inventaire desdits papiers :
Dit qu'il croyt que ouy.
Dit aussi qu'il y a ung autre coffre en la maison de Boncoursi^,
dedans laquelle maison estoit logé ledit sieur de Samblançay. Dont
ledit maistre Mathieu a la clef, laquelle luy qui parle, quinze jours
après qu'il fut prins, luy envoya.
XXXIX. Interrogé par qui il envoya ladite clef audit maistre
Mathieu :
1. Marîin de Beaune.
2. Julien Bouacorsi, trésorier de Provence.
EELATIFS A JACQUES DE BEADiVE-SEMBLANÇAY. 333
Dit que ce fut par ung varlet nommé La Mothe, qui est serviteur
d'ung archier nommé La Granciie, qui est à la Bastille et à la garde
dudit sieur de Samblançay.
XL. Interrogé qui c'est qu'il donna audit serviteur pour porter
ladite clef :
Dit qu'il luy donna 5 s. t. à deux foys.
XLL Interrogé si maistre Mathieu luy a point escript :
Dit que non. Vray est qu'il avoit fait sçavoir audit maistre Mathieu
que le cuisinier dudit sieur de Samblançay le Iraictoit mal. Ledit
maistre Mathieu escripvit des lettres audit cuisinier pour le bien
traicter. Lesquelles lettres tombèrent es mains du capitaine de la Bas-
tille. Et il qui parle ne les veit jamais. Et après nous a dit qu'il est
recordz que ledit garson à qui il avoit premièrement bailhé 5 s. t.
reveint dire à il qui parle qu'il avoit perdu Fargent de son maistre
et que sondit maistre le bastroit, et à ceste cause il qui parle donna
encores audit garçon autres 3 s. t.
Et plus n'en dit, et a signé sa confession.
(Signé :) Gue'ret.
(Arch. nat., J 958, n" 2.)
m.
Acte d'accusation de Semblançay.
(Juillet -1527.)
Les charges imposées au seigneur de Samblançay par son procès
et les responses et justificacions par luy faictes sur icelles.
I. Sur le premier article, faisant mention qu'il a faict l'office des
comptables, manyé les deniers du Roy, ou faict manyer par ses gens
et clercz, combien qu'il ayt donné à entendre au Roy et à Madame,
ainsi qu'ils ont depposé, qu'il ne manyoit aucuns deniers du Roy et
de madite dame, et les comptables du Roy, c'est assavoir Sapin et
autres, rendent compte sur les parties que ledit Samblançay leur a
baillées, sans sçavoir que c'est et si elles sont véritables :
Dict ledit Samblançay n'avoir heu en manyement sinon les
300,000 escus de Naples et aucuns autres deniers de madite dame
qu'il a employez et mis pour les affaires du Roy en l'année \ 521 , le
tout parle commandement dudit seigneur et de madite dame, et non
seullement ladite somme, mais plus grande, comme il a plus à plain
faict déduire par-devant MM. Guillart et autres commissaires commis
4893 22
334 DOCDMENTS
par le RoyV qu'il n'emploie cy pour cause de briefveté. Bien a esté
faict audit de Beaune aucuns remboursemens par les officiers comp-
tables de parties et sommes de deniers par luy avancées pour leurs
charges et offices, les uns en deniers comptans, les autres et la plus
part en descharges, contre lettres et quictances, dont luy a convenu
faire faire le recouvrement. Et ne se peult par ce inférer que ledit de
Beaune ayt fait la charge des comptables, ne dire qu'ilz n'ayent
entendu les parties contenir vérité, veu qu'ilz les ont allouées ez
comptes faictz par entre eulx. Et, là où aucuns desdits comptables luy
en voudroient faire question et maintenir lesdites parties ou aucunes
d'icelies n'estre véritables, ledit de Beaune est prest de leur en
respondre. Et, si l'on vouloit dire qu'il y ayt aucunes parties qui ne
fussent de nature d'avance, desquelles n'estoit besoing audit de
Beaune s'entremectre, mais en debvoit laisser faire les payemensaux
comptables, dict ledit de Beaune qu'avant que aucuns raarchans ayent
voulu entreprendre fournir et faire plusieurs choses nécessaires et
commandées par le Roy et madite dame, il a convenu audit de Beaune,
suivant lesdils mandemens à lui faictz par lesdits seigneur et dame,
en respondre en son propre et privé nom. Autrement et sans son cré-
dit lesdits mandemens fussent demeurez inexécutez, et mcsmeraent
à cause que la plus part du temps les assignacions des deniers du Roy
ne venoient à propos pour satisfaire ausdites parties.
II. Sur le 11^ article, faisant mention que, combien que les quictances
que ledit de Beaune a retirées de Sapin, Meigret et autres employées
en l'acquit qu'il a faict dresser en son nom du dernier jour de feb-
vrier ^52^ -, portent qu'il avoit baillé argent comptant, toutesfois le
contraire est vérité, ainsy que résulte par le procès :
Dict ledit de Beaune que le dire de ceulx qui l'ont mis en avant est
impertinent, parce qu'il appert du contraire par les quictances signées
des comptables produictes en la chambre, en vertu desquelles ilz
en doibvent tenir compte au Roy. Et outre se trouvera par les
comptes faictz avecq lesdits comptables et aussy par ceulx qui ont
compté et baillé l'argent à eux fourny, que leur dire n'est véritable :
car en la plus part des sommes sont deniers comptans et rescripcions
fournies auxdits comptables, leurs commis et clercz, et le demourant
sont parties contrainctes que ledit de Beaune a este contrainct de
paier ou faire paier et avancer pour eulx et à cause de l'affaire du Roy,
1. A. Spont, op. cit., p. 'i08-228 : la reddition de comptes.
2. Ibid., p. 182.
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAÏ. 335
dont ledit de Beaune leur a fourny d'acquitz qui leur équipollent à
argent. Et, s'il se trouve qu'il ayt été faict et baillé par ledit de
Beaune aucunes rescriptions pour deniers comptans à aucuns officiers
comptables, au lieu desquelles lesditz comptables auroient fourny
audit de Beaune leurs quictances comme de deniers receuz complans,
et néantmoins n'auroient lesdits comptables receu lesdits deniers,
mais auroient telles sommes esté rabatues sur le demandeur de
Beaune par l'acquit de ^, 574, 000 livres. Dict ledit de Beaune qu'à
l'heure qu'il a fait icelles rescripcions, il tenoit qu'elles fussent seures
et que les deniers en deussent estre fournis comptant, comme d'autres
qu'il avoit faict par plusieurs autres fois, et que, si lesdites rescrip-
cions n'ont heu effect de recouvrer argent, il n'en a esté adverty promp-
tement, ce que debvoient faire lesdits comptables. Et, si tost que ledit
de Beaune en a eu cognoissance, il a besoigné avec lesdits comptables
et reprins sesdites rescripcions pour argent comptant, dont il leur
avoit baillé ses quictances de pareilles sommes, sur et en déduction
et acquit de son deub, et autrement n'en eust sceu besoigner avecq
lesdits comptables, parlant qu'il en avoit jà produit les quictances en
la chambre des comptes à la vérifficacion de sondit acquit. Et, si aupa-
ravant l'expédition de sondit acquit lesdits comptables l'eussent
adverty, il n'eust pas mis ne employé lesdites quictances en sondit
acquict, car il estimoitau temps de l'expédition d'icelluy acquit qu'ilz
eussent receu lesdites sommes.
III. Sur le iii^ article, faisant mencion qu'il a relTaict ung roolle d'in-
térestz quatre fois, en Tung desquels il avoit couché une partie de
4 ,000 livres pour intérestz d'achaptz d'or pour luy et aussi une tauxa-
tion de 700 livres qu'il avoit faict à messire Jehan Prévost :
Respond ledit de Beaune que ledit roolle a esté reffaict pour l'aug-
menter à cause de quelques parties qui se trouvèrent avoir esté paiées
depuis la facture première d'icelluy outre celles qui y estoient conte-
nues. Et fut icelle réfection et augmentation desdites parties faictes
et couchées par messire Jean Prévost, le tout montant 45,000 livres,
et tant de livres, dont ledit de Beaune, soubz la confidence dudit Pré-
vost, signa le rolle. Mais, depuis, adverty que ledit Prévost l'avoit
surprins en y employant une partie de 4,000 et tant de livres pour
achapt d'or qui n'y debvoit pas estre emploiée, et aussy qu'il y avoit
aucunes parties et articles dudit roole mal accordans aux quittances,
pour les coucher en meilleure substance et refformer la partie de
4,000 et tant de Uvres, ordonna icelluy debvoir ledit roole estre ref-
faict. Ce qui fut faict et monta ledit roolle, ainsi dernièrement reffaict,
336 DOCDMEJJTS
4^,000et tant de livres, qui auparavant se montoit 45,000 livres. En
quoy le Roy ne peull avoir sinon avantage. Et, au regard de ladite
partie d'achapt d'or, c'est une partie de laquelle ledit de Beaune avoit
faict avance à cause de plusieurs parties qu'il avoit fait fournir en or
pour le service dudit sieur. Laquelle depuis, comme partie deue, luy
a esté remboursée par le receveur général', lequel l'aura employée
au roUe d'achapt d'or pour le faict de sa charge. Et, au regard de la
partie de 700 livres que ledit Prévost dict luy avoir esté taxée, res-
pond ledit de Beaune que le dire dudit Prévost ne contient vérité, et
appert du contraire par le rolle et quictance, et que si ledit Prévost
dict et confesse l'avoir ainsy prinse, c'est une chose supposée, et
attendu sa confession il est tenu envers le Roy.
IV. Sur le IV® article, qu'il couche audit rolle deux parties non
véritables, l'une soubz le nom de Bernard Salviaty de 3,910 livres et
Tautre soubz le nom de Bernard Fortia"'^ pour pareille somme; les-
quelz ont soubztenu en sa présence lesdites quictances estre faulces
et ne les avoir jamais passées :
Respond ledit de Beaune : quant à la partie dudit Salviaty, qu'il se
trouvera que luy ou autre soubz son nom presta lesdits 15,000 escuz
et récent l'intérest; et possible est que ccUuyàqui appartiennent les
deniers ne voulut estre nommé, mais les voulut prester soubz le nom
dudit Salviaty, comme souventes foys est advenu en pareil cas, mesme
pour ledit Salviaty, qui en a faict prester en d'autres endroits pour
ledit seigneur, dont il a passé quictance, pour les intérestz, et font
lesdits bancquiers, les ungs pour les autres, comme se pourra
entendre. Aussy ledit Salviaty toute sa vie s'est meslé d' estre banquier,
faisant proftîter son argent et celluy d'autruy, comme il est tout
notoire, car, s'il ne se fust pas ay dé d'autre argent que du sien, il n'eust
pas les biens qu'il a, et quand il vint en France il estoit un jeune com-
paignon qui n'avoit pas grand chose. Et n'est recevable à impugner
ladite quictance, mais plus tost doit l'on avoir regard à ladite quic-
tance qu'il a passée qu'à son dire, qui ne contient vérité, comme dit
est. El, en nyant ladite partie, ledit Salviati pense y avoir proffict,
d'autant que, s'il estoit appoincté que ceulx qui ont heu et prins inté-
restz du Roy fussent tenuz les rendre, il en voudroit demourer
quitte, par telle négociation. Et, qui pis est, prouvera ledit de Beaune,
si mestier est, luy estant en liberté, ladite partie avoir estée paiée
1. Jean Sapin.
2. Gendre de François Miron, médecin du roi.
RELATIFS A JACQOES DE BEAUNE-SEMBLANÇAY. 337
audit Salviaty, et ainsi l'a confessé par plusieurs fois. Et. si telles
négociations de quictances passées pour parties paiées avoient lieu,
il n'y auroit personne, et mesmes des comptables, en seureté, et a esté
observée ceste coustume de tout temps. Et proteste que, luy estant
en sa liberté et avoir parlé à son conseil, de bailler reproches val-
lables contre ledit Salviaty, par lesquelles il monstrera que l'on ne
doibt avoir regard à sa depposition, et qu'il est de la qualité que Ton
ne doibt avoir regard à son dire. Et davantage ledit Salviaty est allyé
de Garapobach ^ , qui a esté adhérant avecq maistre Jehan Prévost,
accusateur dudit de Beaune.
Et au regard de la partie dudit Fortia, dict ledit de Beaune que
ledit Fortia a confessé en la présence de vous, MM., et dudit de
Beaune, avoir passé ladite quictance de 3,9 fO livres, à cause de
0,000 escuz soleil qui luy ont esté deubz longuement. Aussy à la
vérité il a heu ledit paiement, et outre a heu la somme de i ,200 escuz
soleil, dont il a confessé avoir passé quictance, qui vient à la charge
dudit de Beaune. En quoy, MM., pouvez considérer la légalité dudit
de Beaune, et, s'il se trouvoit qu'il y eust eu erreur au texte de la
quictance, ce a esté la faute que ledit Fortia ne Fa bien exprimée ou la
faute de celluy qui l'a dressée, dont ledit de Beaune n'en est en cause,
et luy a esté baillée ladite quictance comme bonne. Et, pour les mesmes
causes alléguées contre ledit Salviaty, et aussy que ledit Fortia a
espouzé sa femme, seur de la femme dudit Prévost, son accusateur,
ne debvez avoir regard à son dire.
V. Sur le v^ article, qu'il a receu la somme de -13,000 escuz venans
du cardinal d'Yort^, laquelle somme a esté paiée entièrement; tou-
tesfoys il, Samblançay, n'en avoit rien revellé au Roy :
Dict ledit de Beaune qu'il n'a jamais receu ladite partie pour le Roy
ne comme deue au Roy, mais l'a receue de Guillaume Nazy pour
prest, dont il luy a baillé sa cédulle. De laquelle somme il a faict
demande audit de Beaune avecq plusieurs autres sommes qu'il luy
doit, comme vous, MM., pouvez estre informez par la demande qu'il
a faict sur le faict des bancques. Au moien de quoy ledit de Beaune
n'estoit tenu réveller ladite partie audit sieur. Et néantmoins l'avoit
prinse dudit Nazy pour emploier aux affaires dudit sieur, et est en
fons de la somme à luy deue par ledit sieur, dont mencion est faite
1. François de Campobasso, sieur de la Pensarde.
2. Thomas Wolsey; cf. A. Spont, op. cit., p. 172; cf. Jacqueton, la Politique
extérieure de Louise de Savoie, p. 37, 337, 354, etc.
k
338 DOCUMENTS
par l'appoinctement de MM, Guillard et autres commissaires du Roy.
VI. Sur le vi^ article, qu'il a receu et s'est approprié la somme de
'l 0,000 livres venans de l'office de conseiller de la court du Parlement
par la promotion de maistre Jehan Ruzé, advocat du Roy en Par-
lement^ :
Dict ledit de Beaune que feu M. le Grand Maistre, dernier
déceddé, fit demande au Roy dudit office d'advocat pour ledit Ruzé, en
l'année ^521, au voyage que ledit sieur fist en Hénault, lequel office
ledit sieur accorda en pourvoir ledit maistre Jehan Ruzé, à présent
possesseur dudit office, en délaissant son office de conseiller à Paris,
et ung autre des Grandz Jours de Bretaigne. Desquels offices ledit
sieur accorda libérallement et permistque ledit de Beaune en fist son
proffict, moyennant que prest seroit faicl audit sieur de la somme de
4 0,000 1. t. pour survenir au faictde ses guerres, ainsy que ledit feu
sieur grand maistre escripvit et fist sçavoir audit de Beaune, et que
ledit sieur luy avoit faicl ce bien en faveur et pour aucunement le
récompenser du labeur et sollicitude qu'il prenoit à ses urgens affaires
durant ledit voyage de Hénault, auquel ledit sieur estoit en personne
avecq grosse armée. Outre laquelle ledit sieur avoit deux autres
grosses armées, l'une en Guyenne, où estoit feu M. l'admirai, et l'autre
en Italie, où estoit M. de Lautrec. Et n'est de mémoire que roy de
France ayt soubstenu à une fois trois si puissantes armées, es quelles
y avoit 90,000 hommes de pied et plus, et montoit la despense de
l'extraordinaire d'icelluy seigneur par chacung moys de 6 à 700,000 1.
Plus ledit de Beaune, suyvant ce que ledit grand maistre luy avoit
mandé, presla ladite somme de 4 0,000 livres. Par quoy dict que ce
qu'il a faict en cest afi'aire a esté suivant le vouloir du Roy, et
autrement ne l'eust voulu faire. Et de ceste matière n'a esté depuis
aucunement parlé jusques à ce que de Beaune a esté constitué
prisonnier.
VU. Sur le vu'' article, que luy seul a faict les pris des munitions,
halcrelz, picques et souffres pour Normandie et de certaines toilles
d'argent, avecq Bernard Salviati, duquel il avoit heu deux chambres
de tapisserie, deux hacquenées et quinze aulnes de velours violet :
Respond ledit de Beaune qu'il a faict, par ordonnance du Roy,
aucuns marchez de munitions pour la force et defîence de ce
royaume, desquelz il a prins le meilleur marché que possible luy a
esté pour le proffît dudit sieur, heu esgard au temps, les lieux des-
1. A. Spont, op. cit., p. 179, noie 2.
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMB LANÇAT. 339
quelz on tiroit et faisoit venir lesdites munitions, et aussy pour
attendre les termes des payemens des sommes accordées pour lesdites
munitions, lesquelles sommes n'estoit possible payer comptant au
moyen des urgens affaires dudit sieur. En faisant et acordant lesquels
pris n'a jamais esté parlé ne promis faire don ne présent audit de
Beaune, et de faict ne luy en a esté faict aucungpour ceste cause. Et, si
ledit Salviati luy a présenté deux chambres de tapisserie, dont men-
tion est faicle cy-devant, ce n'a esté à cause des pris, mais le fist de
son motif, dont feu M. le Grand Maistre de Boisy ' en eust l'une et
ledit de Beaune l'autre, et ne pouvoit valloir chacune desdites
chambres plus de 120 à UO 1. t. Et, au regard des quinze aulnes de
velours violet, n'en a esté receu dont il ayt souvenance, ne pareille-
ment des deux hacquenées. Lequel Salviaty, pour les raisons déduictes
en ung autre article cy-devant, ne doit estre creu de son dire.
Et, au regard des pris des toilles d'argent, ledit de Beaune dict n'en
avoir fait luy seul les pris, car M. le trésorier Babou - y assista, et eulx
deulx en firent lesditz pris par commission expresse. Esquels prix le
proffict du Roy fut grandement gardé, heu égard aux pris que les
vendoient lors les marchans des argenteries et autres.
Dict oultre ledit de Beaune que, les marchez par luy faictz desdites
munitions, n'en a jamais voulu faire conclusion sans premier en
advertir le conseil du Roy ou le maistre de l'artillerie. Et néantmoins
dict que par le passé, es règnes des feuz roys Loys XP, Charles VHP
et Loys dernier, telz marchez se sont faictz communément par les
généraux des finances^ ou l'un d'eulx, au moien de ce qullz avoient
plus d'expérience et certitude de lavalleuret pris desdites munitions
et des fraiz et voitures pour y garder le proffict desdits sieurs et
autres. Et par ce dict ledit de Beaune que èsditz marchez qu'il a
faictz de l'ordonnance dudit sieur, il n'a en rien préjudicié aux droictz
du maistre de rartillerie, et prouvera, s'il est besoing, que lesdits
marchez qu'il a faictz ont été au proffict et avantage du Roy.
VIIL Sur le yui^ article, que aussy il a fait passer à Robert Albisse
deux quictances de ^ 0,000 tant de livres par maistre René Famé et
icelles faict antidater ; pareillement il a employé des quictances dudit
Albisse pour la somme de 17,000 livres passées par Chevalier qui ne
sont véritables, ainsy que luy a maintenu ledit Albisse :
1. Artus GoufBer.
2. Philibert Babou, sieur de la Bourdaisière.
3. A. Spont, op. cit., p. 72.
340 DOCUMENTS
Dict ledit de Beaune qu'il n'a jamais faict antidater par maistre
René Famé ne autre aucune quictanee, et de ce n'en parla jamais
audit Famé; et aussy, quant il y en eust parlé, croyt qu'il n'en eust
rien voulu faire, et qu'à telz antidattes n'eust peu avoir aucung prof-
fict ou avantaige. Et, au regard des quictances dudit Albisse pour la
somme de ^ 7,000 livres passées par Chevalier, ledit de Beaune, per-
sistant en ce qu'il a dict, respond qu'il tient lesdictes quictances
bonnes et véritables, et des sommes contenues en icelles ledit Albisse
avoir esté paie et satisfaict, et n'eust passé ledit Chevalier lesdites
quittances sy elles n'eussent esté véritables, car ledit Chevalier
estoit homme de bien et de bonne conscience, comme il sera vériffié
si mestier est. Et ne doibt estre creu ledit Albisse contre lesdites
quictances, parcequ'il deppose en son faict, dont il peut rapporter
proffict : car, si lesditz intérestz se trouvoient avoir esté mal prins,
il seroit tenu de les rendre.
IX. Sur le IX* article, qu'il a faict ung bordereau d'entre luy et
maistre Jehan Prévost, signé de sa main, faulx en datte et en par-
ties non véritables, et une somme couchée deux fois ^ :
Dict ledit de Beaune qu'en l'année ^523, luy estant à Lyon avecq
le roy, ledit Prévost luy escripvit que l'on vouloit faire de gros
emprunctz sur luy, et que, pour le saulver, il avoit déclairé que
ledit de Beaune avoit mis en ses mains plusieurs grandes sommes de
deniers, desquelles il avoit faict ung bordereau qu'il luy bailla après
pour le signer. Ce que fit ledit de Beaune pour soy exempter desdits
emprunctz, considérant qu'il n'avoit aucuns deniers pour faire les-
dits prestz, et avoit employé tout son crédit, de sorte qu'il estoit
demouré en arrière de grosses sommes de deniers, dont il vous
pourra apparoir par le procès et appoinctement des commissaires,
et mesmes des 70,000 livres de Fontarabye^ et des 400,000 escuz de
M. d'Albany 3 et autres. Et dudit bordereau ne s'est aucunement aydé,
et qu'il soit ainsy (par) le compte précédent ledit bordereau, et par
le subséquent dudit Prévost en appert : car au compte subséquent
la partie du débet du compte précédent est mise en recepte par ledit
Prévost, sans ce qu'il soit faicte mention dudit bordereau faict entre
les dattes desdits deux comptes, qui est clère démonstrance que ledit
bordereau est nul et à la vérité n'eust sceu estre d'aucune efficace,
1. A. Spont, op. cil., p. 201.
2. Ibid., p. 193.
3. Ibid., p. 194.
BELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAT. 34 <
parquoy, s'il y a aucune chose dedans qui ne soit véritable, ne peut
estre préjudiciable au roy ne à autre personne.
X. Sur le x^ article, qu'il a retiré de maistre Jehan Prévost, com-
mis de l'extraordinaire, deux quictances, l'une de 19,300 livres et
l'autre de -12,000 livres, à cause de prest comptant, combien qu'elles
ne fussent véritables, et ledit de Beaune bailla dès lors cédule escripte
et signée de sa main, par laquelle il confessoit debvoir à maistre
Millon^ et Bernard Fortia 30,300 livres :
Dict ledit de Beaune qu'à la requeste dudit Prévost et pour l'ac-
quitter envers lesdits Millon et Fortia auxquelz il debvoit» pareille
somme pour le service du roy, ainsy qu'ilz disoient, au heu d'une
quiclance dudit Prévost de -19,300 livres et d'une contre-lettre de
l -1,000 livres, à cause de prest, leur fist sa cédule desdites sommes.
Lesquelles, partant qu'elles ont tourné en l'acquit dudit Prévost, ont
sorty nature d'argent comptant, et en ce ne peult avoir le roy aucung
intérest ou dommaige, veu et entendu que ledit Prévost, en vertu de
ses quictances, s'en doibt charger en recepte envers ledit sieur, qui
tient pareillement lieu envers ledit sieur comme de deniers fournis
comptant. Et offre ledit de Beaune qu'en le faisant tenir quicte envers
la veufve et héritiers dudit feu Miron et ledit Fortia de ladite somme
et lui rendre sa cédulle, et bailler quictance au roy de pareille somme
sur ce qui luy est deub.
XI. Sur le xi^ article, qu'il debvoit faire délivrer à Meigret l'an -1 52-1 ^
420,000 livres par Robert Albisse et -100,000 hvres de prest des Flo-
rentins pour deshvrer à Milan et a affermé devant le roy ladite
somme y avoir esté envoyée à feu M. le maréchal de Foix^ contre la
vérité, car ladite somme n'y avoit esté envoyée, ainsy qu'il est apparu
par ung compte entre ledit Samblançay et Meigret, et a fallu que
ladite somme luy ait esté mise en payement et solvit de son grand
acquit de -1,574,000 livres :
Dict ledit de Beaune qu'il a faict fournir en Itallie pour le service
dudit seigneur et convertir aux affaires de ses guerres en Tannée -1 52-1
la somme de 11 2, 000 livres, d'une part, es mains de Jacques Thouart,
clerc et commis général en Italie dudit Meigret, par son récépissé,
comme appert par le compte faict avecq ledit Meigret au mois de
décembre audit an : sur lequel compte a esté rendu audit Meigret
1. François Miron.
2. A. Spont, op. cit., p. 177.
3. Thomas de Foix, sieur de Lescun.
342 DOCUMENTS
ledit récépissé. Plus, a esté fourny comme dessus pour pareille cause
ez mains dudit Thouart pour Mylan, par récépissé du ( ) de sep-
tembre audit an ]o2i, 68,000 livres, d'une autre part, et par autre
récépissé du moys de juillet précédent audit an ^52^, -140,000 livres,
ainsy qu'il appert par compte faict avecq Meigret audit mois de
décembre 'I52^, sur lequel ont esté renduz lesdits récépissez.
Lesquelles trois parties montent ensemble 320,000 livres, sur
laquelle somme et pour son remboursement ledit Meigret luy a
fourny pour le prest des Florentins 55,000 livres, plus en unecédulle
de Robert Albisse 50,000 livres qu'il avoit receuz du recepveur géné-
ral Prunier \ et en autres parties 2,695 livres, dont ledit de Beaune
a fourny de quictance audit Meigret, quelque temps après, en autres
parties, et par autres quictances sur son dict acquit, 93,077 1. 6 d.,
qui font ensemble 200,000 livres ou environ. Ainsy resteroit encores
de fourny et advancé par ledit de Beaune pour l'Ytalie, rabatu les-
dites parties -120,000 livres ou environ, sans comprendre la partie
de -120,000 livres dont cy-dcvant est faict mention, dont rescription
avoit esté faicte à Robert Albisse, laquelle ledit Meigret a receue,
ainsy qu'il appert par compte du 24^ janvier 152-1, par lequel il en
faict recepte audit de Beaune, et laquelle ledit Albisse a paiée et
acquittée audit Meigret environ le mois de décembre -152^ et icelle
baillée en compte audit de Beaune, comme pourra apparoir par compte
faict avec ledit Albisse.
Au moien de quoy, entendu ce que dict est, ce que l'on a voulu
dire, lesdictes sommes de 120,000 livres et 55,000 livres ont esté
déduictes et rabatues sur sondict acquit de ^, 574, 000 livres, ne se
peult soustenir. Et, si l'on vouloit dire que par le compte faict avecq
ledit Meigret audit mois de janvier ^521, auquel ladite partie de
-120,000 livres est employée, il estoit deu audit Meigret 68,000 et
tant de livres, et que ce fust pour reste de ladite partie de -120,000 li-
vres, dict ledit de Beaune que ce n'est à cause de ladite partie, mais
fut le parfait d'une quittance de Jehan Sapin contenue audit compte,
montant 200,000 et tant de livres, et de ladite somme de 68,000 et
tant de livres en a esté faict déduction sur une quictance que ledit
de Beaune avoit dudit Meigret de 223,000 et tant de livres pour
argent auparavant à luy fourny pour les aflaires du roy : laquelle à
ces fins fut cancellée et refaicte de -155,700 et tant délivres, qui faict
partie de la somme de sondit acquict.
1. Jean Prunier, receveur de Forez.
RELATFFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAY. 343
XIT. Sur le xn^ article. quMl a receu de Meigret ^ -1^000 escuzpour
intérestz quMl disoit avoir paiez à Gadaigne et aultres bancquiers, et
a baillé audit Meigret certiffication non véritable, car ladite somme
n'a esté paiée en sa présence :
Dict ledit de Beaune que ladite partie a esté paiée aux personnages
nommés en ladite certiffîcacion, mais non en sa présence, et que ce
mot « en sa présence » a esté adjousté par celluy qui a faict ou iaict
faire ladite certiffication : à quoy il n'a prins garde. Mais, en tout évé-
nement, attendu la certaineté qu'il a du paiement faict de ladite partie,
encores qu'il eust aperceu ladite erreur, qu'il n'a point cogneuc, ce
n'est inconvénient (ne) chose qui puisse porter préjudice au roy ne
autre personne,
XIII. Sur le xiii^ article, qu'il a receu de Ragueneau -12,000 escuz
pour intérestz au nom d'Albisse :
Dict ledit de Beaune que, s'il a receu ladite somme dudit Rague-
neau pour ledit Albisse, il a payé icelluy Albisse et croyt qu'il ne luy
en demande aucune chose.
XIV. Sur le xim^ article, qu'il a receu de Morelet, lors trésorier
des guerres^ deux parties d'intérètz, l'une de 3,400 escuz soleil au
nom de Guillaume Nazy pour prest de la somme de 30,000 escus soleil,
combien que ladite somme de 50,000 escuz soleil face partie de
la somme de 120,000 escuz soleil qui a causé l'intérest desdits
-12,000 escuz baillez par Ragueneau; et l'autre, au nom de Gadaigne,
de 2,200 escuz soleil pour le prest de 25,000 escuz, desquelz il en a
compté avec ledit Morelet et fourny de quictances de Nazy passées
par Chevalier. Et par lesdites quictances est dit que Morelet a rem-
boursé lesditz prestz de 73,000 escuz soleil, combien que jamais ledit
Morelet ne les remboursa et n'en a heu atlaire que avec ledit Sam-
blançay :
Dict ledit de Beaune que lesdites sommes d'intérestz ont esté
payées par luy aux desnommez èsdites quictances, et que la somme
de 30,000 escuz soleil dont est proceddé la première partie d'inté-
restz, montant 4,400 escuz soleil au nom dudit Nazy ne faict partie
de la somme de 120,000 escuz soleil dont est question, mais est une
autre partie particulière, à cause de 75,000 escuz soleil fourniz audit
Morelet, assavoir est par ledit Nazy 50,000 escuz soleil et par
Gadaigne 25,000 escuz, et fut ladite somme de ^ 20,000 escuz four-
nye en l'année 4318 par Robert Albisse, les -100,000 escuz aux tré-
1. A. Spont, op. cil., p. 167.
à
344 DOCDMENTS
soriers des guerres par raoictié et les 20,000 escuz à raaistre Lam-
bert Meigret, dont l'intérest a esté paie par Ragueneau, montant
42,000 escuz soleil.
Et, au regard des 73,000 escuz soleil, ils ont esté fourniz environ
l'année 1320 et ont esté les articles du roolle des deux parties de
4,400 escuz soleil, d'une part, et de 2,200 escus soleil, d'autre,
déclarez cy-devant, mal causez et dressez par la faulte et erreur des
clercs et serviteurs dudit Morelet, et qu'ainsy soit Ton trouvera les-
dits deux acquitz desdites parties escriptz de la main des clercs dudit
Morelet. Et, quant à ce que l'on dict que les quictances desdites deux
sommes et dons portent que Morelet a remboursé ledit prest de
73,000 escuz soleil, combien que jamais ledit Morelet ne les rem-
boursa et n'en a heu affaire qu'avecq ledit Samblançay, dict ledit de
Beaune quMl n'a esté cause ne motif de faire mention dudit rembour-
sement es dites quictances, et est langaige superflu et qui ne peut
porter préjudice audit de Beaune ne à autres, et du surplus n'en a
souvenance.
XV. Sur le xv^ article, que depuis la mort de René Clotet il a retiré
de sa veufve et héritiers certain compte concernant l'entremise de
l'argent d'Aunay', et combien que ledit Samblançay eust receu autre
compte par les mains dudit Clotet, toutesfois l'a faict reffaire et chan-
ger et retirer certaines cédulles d'aucuns personnaiges, et y meclre
au lieu d'icelles autres sommes semblables :
Dict ledit de Beaune qu'il a mémoire que ce qui en fut faict du
temps de feu René Clotet ne fut qu'un bordereau : après le décedz
duquel Clotet il fut advisé le dresser en forme de compte et aussi
pour aucunes parties qui debvoient estre couchées sous le nom de
Guillaume de Beaune, comme ayant commission expresse de Madame
pour cest aftaire, pour d'icelles parties en faire recepte et despence
selon le contenu de sadite commission. Et d'autres choses touchant
cest affaire n'en a souvenance, sinon que les sommes dudit borde-
reau et compte se trouvèrent semblables et en doibvent tenir compte
à Madame les comptables.
XVI. Sur le xvi° article, que combien que le marché des munitions
de Tournay- par luy faict avecq Bonnacoursi eust esté arresté à
32,080 Uvres, toutesfoys il a faict depuys signer et expédier pour la
somme de 46,000 et tant de livres, et ce pour faire tomber es mains
1. Ibid., p. 98, 125, note 1.
2. Ibid., p. 161.
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAT. 345
de Robert Albisse ^^,500 livres et audit Bonacoursi •! 5,065 livres :
Dict ledit de Beaune que desdites munitions pour Tournay fut faict
par M. le maistre de l'artillerie et luy avec ledit Bonnacoursi pris
et marché particulier de chacune chose nécessaire pour lesdites
munitions, sçavoir pour halcret certain pris, pour picque ung autre
et conséquemment des autres, ainsi que plus à plain se pourra veoir
par ledit marché. Et se fit icelluy marché avecq condition que ledit
Bonnacoursi fournyroit et mectroit dedans la ville de Tournay lesdites
munitions à ses périlz et fortunes, sans ce que (si) pour la fortune de
guerre luy advenoit aucune perte par les chemins et passages, le roy
n'en porteroit aucune chose sur luy. Suivant lequel marché ledit
Bonnacoursi auroit fourny et mis dedans ledit Tournay le nombre des
munitions par luy promises , et de la deslivrance d'icelles auroit
apporté certiflcacion du cappitaine, lequel nombre de munitions par
luy desUvrées revenoit, selon ledit pris à luy faict, à la somme de
46,000 tant de livres, et, pour ce que ladite somme sembla grosse
audit de Beaune, trouva moien de sçavoir dudit Bonacoursi ce que
luy avoient cousté lesdites munitions, et, voyant qu'il en avoit heu
plus grand marché qu'il n'estimoit, au moien de quoy le profflct qu'il
et ses compaignons avoient à cause dudit marché seroit gros, ledit
de Beaune pria très instamment ledit Bonacoursi que sur ledit prouf-
fict il voulust saulver pour le roy une partie de '('J,300 livres dont
Robert Albisse et Galteroty faisoient querelle et demande audit sieur
pour dons et intérestz d'aucunes sommes de deniers qu'ilz avoient
emprunctées et faict tenir prestes durant quelques temps pour four-
nir si le roy fust parvenu à l'empire * ; ce que ledit Bonacoursi, à la
grand prière dudit de Beaune, qui luy remonstra que ne luy touchoit
pas grandement pour sa part, et pour luy complaire, accorda faire,
à la charge que ledit de Beaune luy bailleroit lettres addressantes audit
Galteroty contenans que le marché ne montoit que 32,080 livres,
affln qu'il ne fust chargé envers ses compaignons de leur tenir
compte de la somme totalle : ce qu'il n'eust sceu faire en payant les
■1-1,500 livres audit Albisse. Et, pour ce que lesdites parties de
32,080 livres et -11,500 livres ne font que 43,580 livres, le surplus
estoit pour les mises et voyages faictz par ledit Bonacoursi pour aller
et envoyer en Flandres, Anvers et ailleurs pour faire lesdites provi-
sions. Et en ce vous, Messieurs, pourrez cognoistre la légalité dudit
de Beaune par l'advantage qu'il a procuré estre faict audit sieur en
l. En 1519.
I
346 DOCDMENTS
cest affaire en Tacquitant desdites ^^,500 livres que l'on eust été
contrainct de paier d'ailleurs.
XVII. Sur le xvip article, faisant mention qu'il a prins et retiré
de Sapin ^2,54i 1. H s. 6 d. comme pour vaisselle faicte depuis le
retour d'Ardres et livrée à Madame, combien que ladite vaisselle ne
fut oncques faicte ne deslivrée à madite dame, et la quiclance est
faulce :
Respond ledit de Beaune qu'il a tousjours pensé et estimé que
ladite vaisselle ayt esté faicte et a mémoire qu'il fit fondz de ceste
partie à maistre Jehan Prévost, à cause de quoy icelluy Prévost,
ayant ledit fondz par devers luy, fist passer la quictance d'icelle vais-
selle à Robin Rousseau. Laquelle quictance icelluy Prévost, avecq sa
promesse de fournir certifîcacion de la deslivrance d'icelle vaisselle,
il bailla audit de Beaune, pour en estre remboursé par le recepveur
général, et depuys a ledit de Beaune mis en compte audit recepveur
général ladite partie, et luy a seuUement fourny ladite quictance.
Mais sur l'article dudit compte ledit de Beaune s'est chargé de four-
ny r de certifficacion de ladite vaisselle; et, combien que ledit de
Beaune ayt baillé en compte ladite quictance audit recepveur général
Sapin, comme dit est, partant qu'il convient audit recepveur général
faire aparoir à la fin de ses comptes de certifficacion de la délivrance
de ladite vaisselle, soit de Madame ou autre ayant pouvoir d'elle,
autrement ne luy seroit ladite partie allouée en sesdits comptes, mais
rayée sans avoir esgard à ladite quictance, ni au roolle sur ce despé-
ché par ledit de Beaune : dict ledit de Beaune que le roy n'y peult
avoir intérest, et sans cause luy en a esté faict question. Gar, si ledit
Sapin ne rapporte ladite certifficacion sur ses comptes pour faire
allouer ladite partie, elle luy sera rayée purement et simplement.
Lequel Sapin, de ladite partie ainsy rayée aura son recours à ren-
contre dudit de Beaune, à faute de luy avoir fourny ladite certiffica-
tion, et ledit de Beaune à rencontre dudit Prévost pareillement. Et
quant à la quictance en soy, s'il y a aucune faulte, elle procedde
dudit Prévost et non d'autre, et de faict l'a faict passer, escripre et
dresser, ainsy qu'il a voulu. Et au regard dudit roolle auquel ladite
partie est emploiée, ledit de Beaune ne l'eust voulu despécher s'il
n'eust estimé les parties qui y sont contenues estre véritables et
mesmement celle dont de présent est question, attendu le fondz faict
audit Prévost et la promesse par luy faicte de luy fournir de la cer-
tifficacion de ladite deslivrance, comme dict est.
XVIII. Sur le xviii* article, contenant qu'il a faict faire audit Robin
RELATIFS A JACQUES DE BEAU.VE-SEMBLAIVÇAY. 347
Rousseau les sceaulx de Madame et pourchassé que ledit Rousseau
fit registre desdils sceaulx et du temps :
Respond ledit de Beaune, suivant ce qu'il a depposé cy-devant, que
à la poiirsuyte du feu raaistre d'hostel Balansac et pour quelques
affaires dont il feit remonstrance à ladite dame, ladite dame ordonna
à feaz MM. le grand maistre dernier déceddé' et évesque de Senlis^
faire faire lesdits sceaulx. Lesquelz l'ordonnèrent à ung orfèvre de
Tours, nommé Robin Rousseau, lequel, après les avoir faictz, les
apporta et meist ez mains desdits sieurs, et les a gardé ledit feu
évesque de Senlis jusques à son trespas, qu'iiz furent renduz et par
ledit Rousseau fonduz, ainsy qu'il lui fut ordonné,
XIX. Sur le xix^ article, qu^'il a distribué entre feu M. le grand
maistre, Bastard de Savoye, 26,769 livres d'une part, 37,000 livres
d'autre part, et (0,000 escuz d'autre, combien que Madame dict
jamais n'avoir donné lesdites sommes :
Dict ledit de Beaune qu'il a par cy-devant depposé des deux pre-
mières parties de 26,769 livres et de 37,000 livres, et, quant à la
tierce partie de i 0,000 escuz soleil, semble qu'elle est de 25,000 livres.
Sur lesquelles parties madite dame a donné à feu M. le grand maistre
62,000 1., ainsy qu'il pourra apparoir par les comptes faictz avec
luy en ce que doibt ledit de Beaune à M""^ la grand maîtresse : c'est à
cause desdits dons faicts à feu M. le grand maître par Madame. Et
le surplus desdites sommes a esté receu par ledit de Beaune sur la
somme de 30,000 livres à luy donnée par madite dame.
XX. Sur le xx* article, faisant mention que par les comptes et regis-
tres de Guillaume de Frain, son serviteur, qui n'estoit aucunement
comptable au roy, il a fait manyer environ de 4,000,000 de francs;
et tellement qu'en l'année ^519 ledit de Frain estoit débiteur envers
luy de 432,000 livres, et après receut an descharges 80,000 Hvres, qui
font en tout environ 500,000 livres que ledit de Frain lui debvoit.
Et, par le compte de Tannée i 521 , ledit de Frain lui debvoit 600,000 li-
vres et ce neantmoins faisoit empruncter l'argent au roy à gros
intérestz, et faisoit manyer l'argent au roy par homme non comp-
table audit sieur :
Dict ledit de Beaune que, combien que ledit de Frain par aucuns
de ses comptes soit demeuré redevable envers luy de grosses sommes
de deniers, ce neantmoins ne se trouvera que ce fust argent comp-
1. René, bâtard de Savoie.
2. Jean Caluau, mort en juin 1522.
348 DOCUMENTS
tant sinon en petites sommes, se consistoient sesdits restes en quic-
tances, descharges, cédulles et contre -lettres dont les paiemens
n'estoient promis, mais se debvoient recepvoir à longs et divers
termes. Et, à mesure que les deniers estoient receuz par ledit de
Frain, les unes fois estoient envoyez audit de Beaune pour les four-
nir pour les urgens affaires du roy, les autres ledit de Beaune raan-
doit audit de Frain les envoyer en plusieurs lieux selon que les
affaires survenoient. Et les autres fois survenoit que, pour l'urgente
nécessité des affaires dudit sieur, sans pouvoir attendre le recouvre-
ment d'iceulx deniers, en tout ou partie, ledit de Beaune estoit con-
trainct empruncter d'ailleurs pour fournir pour lesditz affaires :
aultrement il en fust advenu inconvénient. Pourquoy lesdits deniers
que faisoit recouvrer ledit de Frain servoient à rembourser ce qui
avoit esté emprunclé, comme dict est, et ne peult l'on par ce infé-
rer que ledit de Beaune fust cause de faire prendre argent à intérestz,
mais en estoient cause les grandz et urgens affaires du roy, aux-
quels ledit de Beaune ne pouvoit satisfaire tant de ses deniers que
de ceulx de ses amys, mais estoit nécessité d'en prendre à perte et
intérestz.
Et, pour ce que Ton veult dire que ledit de Beaune a fait manyer
l'argent du roy par ung homme non comptable audit seigneur, res-
pond ledit de Beaune qu'il n'a faict manyer à icelluy de Frain aucuns
deniers appartenans au roy, mais estoient audit de Beaune, car les
descharges et contre-lettres que ledit de Frain a manyées soubz ledit
de Beaune et dont ledit de Frain a fait faire les recouvremens appar-
tiennent audit de Beaune, et luy avoient esté baillées par les comp-
tables pour son remboursement des sommes de deniers mises ez
mains desdits comptables pour le faict de leurs charges ou pour
remboursement des sommes par luy payées pour et en leur acquit.
Et autrement n'a heu descharges ne contre-lettres que préallablement
il n'eust fourny autant ou plus que ne montoient les sommes con-
tenues es dites décharges et contre-lettres. Lesquelles, attendu que
par les moiens dessusdils estoient tumbez ez mains dudit de Beaune,
estoient à luy et non à autres, et ne peult et doit on plus appeler
deniers royaulx ceulx qui par vertu d'icelles estoient recouvers, car
c'estoient deniers appartenans audit de Beaune et à ceulx desquelz il
avoit empruncté. Lesquelz deniers il luy estoit partant loisible de
faire manyer par tel personnage que bon luy sembloit, duquel, si
faulte fust proceddée et qu'il eust faict reste audit de Beaune, icel-
luy de Beaune l'eust portée, et non le roy : car les comptables, avant
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAY. 349
que bailler les descharges et contre-lettres, avoient receu les sommes
contenues en icelles.
XXI. Sur le xxi« article, faisant mention comme il avoit fait signer
au roy plusieurs acquietz pour deniers mis en ses coffres pour grosses
et excessives sommes, combien que les deniers n'y ayent esté mis,
ainsi que luy a soubstenu le prévost de Paris :
Dict ledit de Beaune en persistant en ce qu'il a depposé cy-devant :
En tant que touche les acquietz despéchez pour l'ordinaire desdits
plaisirs, ne s'en est entremis, et est aux comptables et autres qui ont
heu entremise desdits deniers d'en respondre. Quant à l'extraordi-
naire desdits plaisirs, icelluy de Beaune en a faict dépescher aucuns
acquietz, comme il a depposé, dont il a faict fournir les deniers où
il a pieu au roy et à madite dame luy ordonner, ainsy qu'il fera
apparoir deuement, estant en liberté de sa personne et luy représen-
tant les papiers du reste d'un de 10,000 escuz soleil dont ledit sieur
lui a faict don, ainsy qu'il a déclaré et dont il fera apparoir en temps
et lieu.
XXII. Sur le xxii^ article, faisan! mention qu'il a applicqué à
Anthoine Lorgery, son serviteur, pour des gaiges au recepveur des
traictes et impositions foraines d'Angers :
Respond ledit de Beaune que, s'il a esté donné aucung proffict
audit Lorgery, ce a esté sans son ordonnance. Et qu'il soit ainsy, si
tost quMl vint à sa cognoissance, déclaira au feu controlleur Régnard
qu'il n'entendoit point que cela eust lieu.
XXIII. Sur le xxiii'' article, faisant mention que aussy a faict faire
plusieurs quictances ez noms de personnaiges qui n'avoient preste
et fourny marchandises, et d'icelles quictances s'est aydé :
Respond ledit de Beaune que par ordonnance du roy et de Madame
a esté mandé a Millau, Gennes et autres lieux loingtains faire venir
plusieurs marchandises, lesquelles pour le proffict du roy ont esté
acheptées et payées et par après apportées par deçà, furent finalle-
ment fournies et deslivrées, ainsi que par lesdits sieur et dame a esté
ordonné : ou leur proffict a été grandement gardé, heu esgard au
pris que l'on vendoit icelle marchandise par deçà. Et pour ce que
lesdites marchandises se prenoient de plusieurs personnes desquelles
l'on n'eust sceu prendre quictance vallable, attendu que leurs seings
sont incongneuz, et les signatures des notaires des lieux où se pre-
noient lesdites marchandises n'eussent faict aucune foy en la chambre
des comptes pour l'acquit du comptable, au moien de quoy,, et qu'il
estoit besoing fournir au comptable ez rooUes duquel icelle marchan-
1895 23
350 DOCDMENTS
dise a esté employée quictance de ladite marchandise pour la reddi-
tion de ses comptes, pour avoir par ledit comptable remboursement
du payement et advance faicte pour luy d'icelle marchandise : croyt
ledit de Beaune qu'il a esté passé aucune quictance par autre que
par ceulx qui ont livré lesdites marchandises, en leur faisant appa-
roir des mesmes nombres, pris et somme que avoient cousté lesdites
marchandises sur les lieux et les comptables qui debvoient tenir
compte d'icelles marchandises. En quoy le roy n'a aucun intérest, ni
ledit de Beaune proffict ou advantage. Et ne doibt l'on présumer
aucun mal sur ledit de Beaune s'il s'est aydé desdites quictances
ainsy passées, car, sans avoir fourny icelles quictances auxdits comp-
tables, il n'eust sceu avoir remboursement de telles sommes : par
quoy la marchandise ainsy réellement baillée fust venue au proffict
du roy sans en paier aucune chose, qui eust été autant de perte
audit de Beaune. Et a pour certain ledit de Beaune que iceulx sieur
et dame ne voudroient avoir aucune marchandise sans la faire paier
ou rembourser à celluy qui Tauroit paiée. Et sur ce n'a intérest ledit
sieur, attendu que les parties ont esté paiées et en est quicte, et par-
tant ne luy peuvent estre demandées à l'advenir. Et des choses des-
susdites en fera apparoir, si besoin est, par certiffication des mar-
chans.
XXIV. Sur le xxiiii* article, faisant mention comme il avoit celé
le fondz qui estoit ez mains de Prunyer', commis de Brachet, recep-
veur général de Languedoil, du temps qu'il estoit général de ladite
charge, et a esté remboursé du prest qu'il avoit faict au roy et à
Madame avant l'advènement du roy à la couronne sur ledit fondz,
comme il appert par les comptes renduz par Brachet, et néantmoins
a recouvert par manière de don du roy et de maditc dame pour ser-
vices faitz à cause desdits prestz la somme de 30,000 livres du roy
et 30,000 livres de Madame :
Uict ledit de Beaune qu'il n'a heu cognoissance qu'il y ayt heu
fondz en somme notable ez mains de Brachet, lorsqu'il a esté recep-
veur général de Languedoil. Et, s'il s'est trouvé débiteur envers le
roy par la fin d'aucuns de ses comptes, n'a esté pour deniers qu'il
eust heu comptans par devers luy, sinon en petites sommes, mais
a esté à cause de plusieurs mauvais deniers deubz par les officiers de
sa charge de longues et diverses années, montans de ^00 à ^ 20,000 li-
vres ou environ, baillez par ledit Brachet à feu Prunyer, quant il
1. Jean Prunier succède à Jean Brachet en 1516.
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLAXÇAT. 35-1
vint à l'office de receveur général, pour les recouvrer. Desquelz
deniers les aucuns sont proceddez des receveurs généraulx prédéces-
seurs dudit Brachet, mesmement Bohier^ De laquelle somme, après
toutes les diligences faites par ledit Prunyer, se trouva à son décedz
qu'il en debvoit encores de 30 à 40,000 livres, dont les contre-lettres
furent mises, de Tordonnance du roy, ez mains de maistre Jehan
Sapin par les veufve et héritiers dudit feu Prunyer.
Et davantage, se trouvera avoir esté levé plusieurs descharges par
anticipation sur les années ensuivans, et mesmement en l'année -i 5i 4,
durant laquelle année en fut levé pour grosses sommes de deniers sur
l'année ensuivant finissant -1515, lesquelles choses ont engendré
le débet du compte dudit Brachet de l'année -J5I4.
Au moyen de quoy ne luy peult préjudicier ce qui a esté dict que
ledit de Beaune ayt esté remboursé du prest qu'il avoit faict au roy
et à Madame avant l'advènement du roy à la couronne, sur le fondz
dudit Brachet. Car ledit fondz n'estoit deniers comptans, comme dict
est. Et, quant bien les deniers en eussent esté comptans (qui se trou-
vera autrement) , sy appert-il du temps auquel ledit de Beaune a esté
paie et remboursé de ladite partie par la quictance qu'il en a passée
pour son remboursement servant à l'acquit desdits sieur et dame.
Dict outre ledit de Beaune que ledit prest par luy faict ausditz sieur
et dame a esté de ses deniers, des deniers de ses parens et amys. Les
aucuns desquelz il a pris à intérestz et rente courant sur luy, ainsy
qu'il fera apparoir, et pour ce faire ne s'est point aydé des deniers
des finances du feu roy. Et qu'ainsy soit, il n'eust esté en la puis-
sance dudit de Beaune de pouvoir toucher ausditz deniers sans le
moien du recepveur général ou des recepveurs particulliers de ladite
charge, qui est à eulx et non à autre de recepvoir et tenir le compte
des deniers du roy.
Desquels officiers par ce moien auroit convenu empruncter telles
sommes par ses cédulles et obligations. Laquelle chose ne se trou-
vera point, ne que lesdits recepveurs, général ou particuliers,
luy ayent preste ladite somme. Et, si aucuns d'iceulx recepveurs
particuliers à quelques fois ont paie aucuns deniers à la requeste dudit
de Beaune, il les auroit tantost après faict rembourser en deniers
comptans ou en descharges levées sur leurs receptes à luy baillées
par le recepveur général pour son remboursement et paiement des
deniers advancez par luy à cause des affaires du roy et de son office.
Et, au regard du don faict par le roy et Madame audit de Beaune
1. Henri Bohier, prédécesseur de Brachet, 1504-1510.
352 DOCDMEJNTS
pour services faictz à cause desdits prestz de la somme de 30,000 li-
vres par le roy et de 30,000 livres par Madame : dict ledit de
Reaune que ledit sieur, de sa libérailité, luy donna la somme de
30,000 livres après son advènement à la couronne, et d'icelle en a
esté despéché lettres de don par icelluy sieur en forme dcue qui se
pourront veoir à ceste fin. Et quant à Madame, elle a, de son motif,
après le retour du roy de son voyage d'Itallie, luy donna pareille
somme de 30,000 livres, de laquelle somme ledit de Beaune a seule-
ment heu 26_,700 et tant de livres.
XXV. Sur le xxv^ et dernier article, faisant mention qu'il a pris
payement sur les parties couchées en Testât du roy contre la forme
de^son acquit de ^, 574, 000 et tant de livres :
Respond ledit de Beaune qu'il n'a prins aucun deniers ez estats du
roy pour son remboursement sur son acquit de 1,574,000 et tant de
livres, sinon une partie de 300,000 livres que ledit sieur fit eraploier
en son estât de l'année 1 522, sous le nom dudit de Beaune, sur et en
déduction de sondit acquit. Laquelle somme il a receue en vertu de
sondit estât et d'icelle baillé ses quictances aux recepveurs généraux
dont il tient compte, ainsi qu'il se trouvera par le procès de Tappoinc-
tement donné par M. le président Guillart et autres commissaires
autresfois depputez par ledit sieur à veoir les sommes de deniers
fournies par ledit de Beaune.
Ilem^ oultre et par-dessus lesdits articles, continuant en ce qu'il
a autrefois deppozé sur la lettre de pouvoir du roy', dict ledit de
Beaune que ladite lettre lui fut baillée par madame pour garder son
crédit envers plusieurs personnes, tant à Paris que ailleurs, aus-
quels, ainsy que les affaires du roy survenoient, ledit de Beaune
avoit accordé et promis faire donner par le roy certaines sommes
de deniers pour leur intérest et récompense des sommes qu'ilz pro-
mettoient prester pour le service dudit sieur. Et lesquelles sommes
de faict ilz avoient prestées et fournyes pour convertir, comme dict
est, et mesmement pour subvenir à la despence de la guerre de Hay-
naut, lesquels personnages ne vouloient aucunement estre nommez,
ne pareillement passer quictance des sommes à culx ainsy promises
en don. Au moien de quoy estoit besoing audit de Beaune avoir sur
ce lettres de pouvoir et ordonnance dudit sieur, et à ces fins luy fut
baillée ladite lettre.
Et, au regard des deux estatz généraulx du Roy, l'un au nect et
l. A. Spont, op. cit., p. 187; A. de Boislisle, Annuaire- Bulletin de la Société
de l'histoire de France, XVIII, p. 228 et suiv.
REIATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAT. 353
l'autre pour double, et pareillement d'un article faisant mention d'in-
térestz inséré en l'un desdits estatz :
Dict ledit de Beaune que lesdits estatz avoient esté par luy laissez,
ne sçait bonnement en quel lieu, pour ce qu'ilz ne servoient de rien.
Et de faict telz estatz généraulx ne peuvent servir depuis l'expédition
des estatz particuliers, fors de donner addresse aux offlciers comp-
tables, pensionnaires et aultres parties couchées èsditz estatz, et les
advertir devers lesquelz des trésoriers ou généraulx de France ilz se
doibvent retirer pour avoir leurs assignations des sommes à eulx
ordonnées par le Roy en sesditz estatz généraulx, selon et ensuyvant
les départemens d'icelles sommes faictz par entre lesditz généraulx
et trésoriers. Lesquelz départemens ont volontiers accoustumé d'estre
déclarez par le menu en teste de chacune partie desditz estatz
généraulx.
Et, au regard de l'article faisant mention d'intérestz, déclare ledit
de Beaune qu'il fust entendu et ordonné au conseil dudit sieur, auquel
estoit présent feu M. le Grand Maistre de Boisy, et autrement n'eust
voulu ledit de Beaune permectre qu'il y eust esté employé. Et n'en peult
venir à cause d'icelleaucung intérest sur ledit sieur, car en vertu de
telz estatz généraulx n'ont accoustumé d'estre faictz aucuns payementz
par les recepveurs généraulx, changeur du Trésor, trésoriers et recep-
veurs particulliers ; ains se font iceulx payemens par lesdits officiers
chacung en sa charge distinctement, par vertu des estatz particulliers
faictz par le Roy en chacune trésorerie et généralité de France, et
des roolles qui en sont expédiez ausdits offlciers par le moien desditz
estatz, qui sont les acquictz et ordonnances qu'ilz mectent et produisent
en la chambre des comptes pour avoir allocation des sommes de
deniers par eux fournies deppendantes desditz estatz généraulx du
Roy. Parquoy sans cause a esté faict question audit de Beaune de
ladite partie d'intérestz.
Remonstre à vous, MM., ledit de Beaune qu'il vous plaise veoir et
entendre par les comptes que les principaulx officiers comptables luy
ont rendu, c'est assavoir Sapin, Meigret et Prévost, les grosses
sommes de deniers qu'il a fournyes et délivrées à plusieurs et diverses
fois pendant huict années, à commancer peu après l'advènement du
Roy à la couronne, aux dessusditz ou par eulx à cause de leurs offices
et pour le service dudit sieur, affin que, par l'inspection d'icelles
sommes, il vous plaise considérer que non sans gros intérestz, fraiz
et mises, il a pu subvenir à fournir telles sommes par prestz et avances.
Et aussy se trouvera que, outre ce que le Roy en a paie pour dons.
354 DOCUMENTS
ledit de Beaune en a porté et porte intérestz sur luy pour grosses
sommes, dont il fit requeste à M. le Président et autres commissaires
y avoir esgard.
Supplie très humblement ledit de Beaune le Roy, Madame et vous,
MM., que pour la vériffication et preuve de aucunes responces qu'il
a faictes cy-devant au présent cahier, quMl vous plaize de voz bénignes
grâces veoir et entendre toutes les pièces du procès et appoinctement
donnez par M. le président Guillart et autres commissaires.
Aussi que si, par les deppositions par luy faictes, tant verballes que
par escript, il s'y trouvoit aucune variation, il vous plaise Pexcuser,
ayans esgard à son ancien aage, duquel vous avez esté deuement
informez par le temps et datte de sa tonsure, dont il vous a parlé,
pareillement à la privation de ses papiers, captivité et détencion de
sa personne en ce lieu par l'espace de six mois ou environ, durant
lequel temps il a esté privé de tout conseil et luy a esté desnié tout
conseil verbal et par escript.
Et au surplus, si en sondit affaire se trouvoit aucune erreur ou
obmission, qu'il n'est proceddé du dol ne malice dudit de Beaune,
mais par inadvertance ou surprise, il vous plaise pareillement ne vou-
loir prendre en rigueur, mais avoir considération du temps que ledit
de Beaune a servy ledit sieur et son royaume, où il a exposé son temps,-
son bien et celluy de ses parens et amys.
Et pour ce qu'ez articles cy-dessus escriptz est faicte mention de
plusieurs parties de deniers levez ez finances du Roy par les acquitz
dudit sieur, tant pour ses plaisirs, deniers mis en ses coffres que par
les quictances de Madame, qui sont venuz ez mains de plusieurs per-
sonnes, ainsy qu'il a déclaré, il vous plaise ordonner et luy bailler
commissaire pour faire appeler lesdiles personnes pour confesser et
soubstenir lesdites parties, affin qu'il en soit deschargé, et, où ilz les
voudront nyer, les prouver et deuement vériffier par ledit de Beaune,
estant en liberté, parce que desdites parties n'en est aucune chose
tourné ne vient à son advantage et proffict.
(Arsenal, nis. 2589.)
IV.
Les serviteurs de Semhlançay .
Françoys, etc.. ., savoir faisons, etc.. . , nous avoir reccu l'umble sup-
plication de Françoys Gharuau et Jehan Le Gendre, serviteurs de feu
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAT. 355
Jacques de Beaune, en son vivant sieur de Sainct-Blançay, contenant
que, au moys de may derrenier passé, nous octroyasmes noz lettres
de rémission tant ausdits supplians que autres serviteurs dudit sieur
de Semblançay et de Guillaume de Beaune, son filz, naguères général
de noz finances, dont la teneur s'ensuyt :
Françoys, etc., savoir faisons, etc., nous avoir receu l'umble
supplicacion de Jehan Gourraye, Jehan Guyot, Jacques Riallière,
M^Mathurin Guinel, Jehan Legendre, Françoys Gharuau, Jehan Blandin
et Loys Potier, contenant qu'ilz estoient au service de feu Jacques de
Beaune, lors sieur de Samblançay, bailly et gouverneur de Touraine,
et de Guillaume de Beaune, son fils, auparavant l'emprisonnement de
la personne dudit de Samblançay en la Bastille de la ville de Paris.
Duquel emprisonnement ilz eurent de grans ennuys et se employèrent
pour luy faire service par tous les moyens que possible leur fust, de faict
portèrent plusieurs lettres audit sieur de Samblançay à luy rescriptes
par ledit Guillaume de Beaune, son filz, et audit Guillaume de Beaune
autres lettres à luy rescriptes par sondit père, blanctz signez, lettres,
escriptures, de la teneur desquelles ilz ne sont bonnement recordz ne
mémoratifz. Toutesfoiz est bien mémoratif ledit Jehan Guyot qu'il
porta lettre dudit deffunct sieur de Samblançay à Tours à la vefve de
■feu M* Nycolle Ghartier, qui lui bailla ung inventaire avec plusieurs
céduUes et obligacions, lesquelles il bailla et mist es mains dudit Guil-
laume de Beaune. Aussy les aucuns d'iceulx assayèrent par pratiques,
promesses, parolles, subornacions et autrement indeuement à faire
évader desdites prisons ledit de Samblançay.
Et, après l'exécution de sa personne, lesdits supplians se sont éva-
dez, c'est assavoir ledit Jehan Gourraye et Loys Potier, avecques
ledit Guillaume de Beaune, es pays de Flandres et d'Alemaigne, où
ilz sont encores de présent. Et les autres supplians en divers lieux
où ilz se sont retirez et latitez, doubtans rigueur de justice. Nous
humblement requérant que, actendu les faultes, coulpes, crymes et
délitz en quoy ilz sont encheuz, ce a esté pour cuyder faire service audit
sieur de Samblançay et Guillaume de Beaune, son filz, leur maistre,
que en tous autres cas ilz sont bien famez et renommez, etc., il
nous plaise, etc. Pourquoy, etc., ausdits supplians et à chacun
d'euix avons remys, quicté et pardonné, et par la teneur de ces pré-
sentes, de nostre grâce espécial, plaine puissance et auctorité royal,
quictons, remectons et pardonnons les cas dessusdits et tous autres
telz ou moyndres en quoy ils pourroient estre ensuyviz pour le faict
dudit de Samblançay et de sondit filz, et tout ainsi que s'ilz estoient
356 DOCUMENTS
cy spéciffiez et déclairez avec toute peine, oflfence et admende corpo-
relle, criminelle et civile, en quoy, pour occasion d'iceulx, ilz pour-
roient estre ensuyviz envers nous et justice, satisfaction faicte à
partie civilement tant seuUement, etc..
Donné à la Bourdaizière, ou moys de may l'an de grâce ^ 529, et de
nostre règne le i 5^
[Signé :] Par le Roy, Robebtet.
Visa, contentor : Dcvernay.
Et, pour ce que lesdits supplians n'estoient présens lorsque lesdites
lettres furent obtenues, fut obmis dire et déclairer les choses qui s'en-
suyvent, c'est assavoir qu'ilz avoient escript soubz ledit Guillaume
de Beaune plusieurs lettres, mémoires et autres choses qui auroient
esté portées audit feu sieur de Samblançay au dedans de la Bastille,
et aucunes d'icelles auroient esté baillées et portées par lesdits sup-
plians à Estienne Besnieretà Gigon, son serviteur, qui avoient intel-
ligence à ladite Bastille; pareillement àung homme d'Église qui ordi-
nairement chantoit messe en ladite Bastille et à ungarchier qui estoit
commis à la garde dudit Samblançay. Des noms desquelz prcbstreet
archier, ensemble de ce que contenoient lesdites lettres et mémoires
et autres choses, lesdits supplians ne sont recordz, raémoralifz et ne
sauroient autrement déclairer. Aussy, par le moyen de quelzques flas-
cons d'estaing à fons double furent portées en ladite Bastille, au
commancement de l'emprisonnement dudit Samblançay, par aucune
petite espace de temps, aucunes lettres et mémoires dedans ladite
Bastille, et rapporté responceau moyen dMceulx flascons, mais quelles,
ne savent lesdits supplians.
Pareillement auroil icelluy Legendre obmis à articuller que peu de
temps après le trespas dudit Samblançay, luy estant à Paris, entendit
par aucuns messiers que le corps d'icelluy Samblançay auroyt été
trayné dedans les vignes, dessiré et desmembré par les bestcs auprès
d'un village nommé Panlbiu. Lequel Legendre, meu de pitié et com-
passion, seroit allé audit lieu de Panthin, accompaigné d'un nommé
Guillaume Malartin, où ilz trouvèrent aucuns membres et ossemens
dudit corps, quMlz assemblèrent et misrent dedans ung sac de toille,
qu'ilz feirenl apporter à Paris au logis dudit Guillaume Malartin. Les-
quelz membres et ossemens ledit Legendre, suppliant, mist en une
quesse de boys qui fust mysen régliseSainle-Catherine-du-Val-dcs-
EscoUiers, par le moyen, adresse el reijuesle que feist maistre Gail-
lard Burdelot, sieur de Montfermet, envers aucuns religieux de ladite
RELATIFS A JACQUES DE BEAUNE-SEMBLANÇAY. 357
église. Laquelle quesse de boys fust depuys ostée et ou lieu d'icelle
fut mise une quesse de plomb, et icelle mise soubz un autel de ladite
église.
Et oultre auroit icelluy Legendre obmis à déclairer que, ou moys
de juillet -1 528, adverty que l'on cherehoit aucuns de ses compaignons
pour les faire prisonniers, par les accusacions dudit Besnier, craignant
estre resserré en prison fermée, il seroit party de nostre ville de Paris
et retiré hors nostre royaume, où il est encores de présent, sans la
permission, congé et licence de nos amez et féaulx conseillers les
juges par nous ordonnez sur le faict de nos finances, par lesquelz
luy auroit esté donné arrest en ladite ville de Paris, environ le mois
de mars précédent, l'an ^ 527.
Lesquelz cas iceulx supplians auroient commis pour l'amour quMlz
portoient audit feu sieur de Samblançay, leur malstre, désirans le
secourir à sa nécessité sans panser de mal faire. Pour lesquelles
obmissions lesdits supplians n'ont osé comparoir ne présenter nos-
dites lettres de rémission; nous humblement requérans que, actendu
que ce qu'ilz ont faict c'a esté pour l'amour quMlz portoient audit sieur
de Samblançay, leur raaistre, et à sondit filz, et que, en tous autres
cas, ilz sont bien famez et renommez, il nous plaise leur continuer et
impartir derechef noz grâce et miséricorde, etc..
Donnéà Ostun, ou moys de février l'an de grâce ^529, et de nostre
règne le \ 6^
[Ainsi signé :) Par le Roy, Baïard.
Visa, contentor : Duvernay.
(Arch. nat., JJ 245a, fol. 33.)
BIBLIOGRAPHIE.
Origines françaises de F architecture gothique en Italie, par M. C.
ExLART, archiviste paléographe, ancien membre de l'École française
de Rome. Paris, Thorin, ^1894. In-S", xii-335 p., 34 pi. el 131 fig.
20 fr.
L'étude de l'art gothique, quel qu'en soit l'intérêt, le cède cependant
à l'étude des causes d'où est sorti ce style et des effets qu'il a engen-
drés, de son origine et de son influence. C'est à l'histoire de cette
induence hors de notre pays que M. C. Enlart consacre principalement,
depuis quelques années, des recherches étendues et consciencieuses, exa-
minant ce que le gothique a produit en Suède, en Italie, en Espagne, etc.
Notre confrère vient de publier, dans la Bibliothèque des Écoles fran-
çaises de Rome et d'Athènes, un volumineux travail sur les débuts de
l'architecture gothique en Italie.
Après un avant-propos et de brèves considérations générales, M. En-
lart résume les données historiques qu'il a recueillies sur son sujet;
puis il passe à la description minutieuse des édifices, qu'il a groupés en
trois grandes familles : monastères cisterciens et monuments inspirés
des monastères cisterciens; monastères des chanoines réguliers et des
Franciscains; églises élevées sous les princes français à Naples. Un cha-
pitre vient ensuite, où sont exposées les modifications subies par l'art
gothique dans son importation en Italie, modifications dues au génie
des Italiens, aux types d'architecture cistercienne, à l'architecture de la
Bourgogne. Le chapitre suivant est une « Analyse comparative des élé-
ments de l'architecture gothique en Bourgogne et en Italie : » plan des
églises, chœurs et chapelles, appareil, conduite et écoulement des eaux,
voûtes, etc. Enfin, M. E. s'enquiert de l'influence exercée directement
sur l'Italie par le nord et le midi de la France ;.il fournit quelques indi-
cations sur les accessoires de l'architecture et sur les objets mobiliers,
et il conclut.
Les principaux parmi les édifices que M. E. considère comme les
premières manifestations de l'art gothique en Italie sont les suivants :
Églises cisterciennes : Fossanova, sur la voie Appienne, entre Pipcruo
et Sonnino (H87-1208); Gasamari, dans la vallée du Liri, non loin de
Subiaco, consacrée en 1217; Sainte-Marie d'Arbona et San-Galgano,
filles de Gasamari, la première dans les Abruzzes, commencée en 1208,
BIBLIOGRAPHIE. 339
la seconde dans la maremme toscane, commencée en 1218; Ghiaravalle
près Milan, consacrée en 1221 ; Ghiaravalle, près Plaisance; Ghiaravalle,
di Gastagnola, entre Ancone et lesi, — ces trois abbayes fondées par
des moines de Glairvaux; — Saint-Martin, près Viterbe, bâtie par des
moines de Pontigny.
Églises des chanoines réguliers : Barletta, en Pouille, fin du xn^ siècle;
Saint-André de Verceil, consacrée en 1224.
Églises des Franciscains : Saint-François d'Assise, Saint-François de
Bologne.
Églises élevées par les princes français de Naples : Saint-Éloi de Naples,
fondée en 1270; cathédrale de Saint-Janvier, en 1292; église des Domi-
nicains, en 1283.
L'action de ces derniers édifices a été surtout sensible dans le midi
de la péninsule. M. E. admet d'ailleurs que l'Italie a continué ses
emprunts au gothique français et qu'elle lui a pris, jusqu'au xiv» siècle
au moins, des procédés d'une technique plus avancée. Ges emprunts ne
paraissent pas avoir eu d'importance, et l'intérêt se concentre sur les
essais primitifs, sur l'introduction même des formules constitutives du
gothique.
« Il ne serait pas impossible, écrit M. E., que les chanoines du Saint-
Sépulcre aient été les premiers importateurs du style gothique en Ita-
lie'. » Gette remarque judicieuse prend toute sa portée quand on rap-
proche les plus anciens édifices qu'ont élevés les chanoines, d'une part,
les Gisterciens, de l'autre : Barletta et Fossanova.
Le style gothique ne consiste pas, semble-t-il, dans la sûreté avec
laquelle les maîtres d'œuvre appliquèrent les formules romanes, ni dans
l'ampleur des édifices auxquels ils les adaptèrent, mais bien dans l'em-
ploi systématique de formules nouvelles, qui n'avaient jusqu'alors été
connues que comme expédients, surtout de la croisée d'ogives. Or, à
Fossanova, les voûtes sont, à l'exception du seul carré du transept, des
voûtes d'arêtes dont la poussée est contenue par de simples contreforts;
à Barletta, au contraire, si l'ornementation est tout aussi romane, si
l'arc-boutant ne paraît pas, du moins des croisées d'ogives recouvrent
toutes les travées de la nef centrale. Barletta est gothique; l'abbatiale
de Fossanova est, à mon sens, une belle église romane, mais ce n'est
qu'une église romane, comme d'ailleurs Valvisciolo et son cloître,
Saint-Nicolas de Girgenti, Amaseno, Saint-Laurent de Piperno, Saint-
Laurent de Sezze, Saint- Antoine, près Ferentino, etc., tous monuments
édifiés par les Gisterciens ou imités des constructions cisterciennes. Ge
fait s'explique aisément : les types d'architecture adoptés par l'ordre de
Giteaux s'étaient formés en Bourgogne avant que le gothique eût péné-
tré dans cette province; et, suivant la remarque de M. A. de Dion, la
1. P. 176.
360 BIBLIOGRAPHIE.
discipline étroite de l'ordre ne laissait guère d'initiative aux frères
maîtres d'œuvre ni de place pour les innovations.
En outre, le gothique eut à lutter, en Italie comme dans tout le Midi,
contre des traditions fortement établies, contre des conditions défavo-
rables de climat et peut-être de race. De là, des caractères particuliers
aux écoles méridionales : le modèle d'église gothique du Languedoc,
comprenant une nef bordée de chapelles, qui aurait été trop sombre
dans le Nord, était suffisamment clair dans le bassin de la Garonne et
dans la basse vallée du Rhône; il correspondait, de plus, dans une assez
large mesure, aux données générales des constructeurs romains, les-
quels épaulaient leurs voûtes à l'aide de culées intérieures servant à
l'aménagement de l'édifice. L'équilibre des arcs-boutants, l'adjonction
d'un triforium et d'un déambulatoire auraient entraîné des comphca-
tions savantes auxquelles répugnaient les traditions romaines, car ces
traditions cherchaient la solidité dans la résistance passive des maçon-
neries. L'absence de charpente et peut-être l'emploi de contreforts en
demi-pignons tenant toute la largeur du bas-côté paraissent être égale-
ment des legs des ingénieurs romains. Or, M. E. a signalé dans les
églises italiennes ces divers caractères : on connaît seulement quatre
d'entre elles munies d'un déambulatoire ^, et il n'y en a peut-être pas
sept qui soient pourvues d'arcs-boutants^. La construction en plein
xiv<= siècle de véritables basilicjues latines, comme à Toscanella^ et à
Saint- Jean de Latran '', la fréquence des églises non voûtées •'5, la persis-
tance des types anciens dans la Ville Éternelle permettent de saisir
cette antinomie entre les traditions locales et les perfectionnements
apportés de l'Ile-de-France^.
D'autres causes ont atténué le rayonnement de l'art gothique en Ita-
lie et en ont comprimé le développement : il a eu à lutter dans la pénin-
sule contre des influences venues de divers pays. Les nombreuses nefs
armées dans les ports d'Italie pour les Échelles du Levant, le Maghreb
et l'Espagne mauresque ne rapportaient pas seulement des ballots de
marchandises, mais aussi des idées et des pratiques d'art, ou plutôt des
procédés se retrouvaient sur divers points du littoral méditerranéen sans
qu'il soit possible de préciser leur origine : par exemple, l'usage des
1. P. 228 et p. 300.
2. P. 5.
3. P. 216.
4. Félix de Verneilh, Annales archéologiques, t. XXI, p. 179.
5. C. Enlarl, op. cit., p. 9.
6. Une forme Italienne particulièrement vivace est cette décoration composée
de pilastres plats et d'arcs d'un relief bas, que l'on désigne sous le nom d'arcu-
ture lombarde. Cette forme, qui gagna la Provence, le Roussillon, la Bourgogne,
les pays rhénans, etc., parait être sortie de combinaisons constructives dont
les premiers spécimens sont, je crois, à Ravenne.
BIBLIOGRAPHIE. 364
tirants en fer ou en bois placés à la naissance des arcs pour arrêter
l'écartement des supports est commun dans les édifices byzantins' et
dans les édifices arabes non moins que dans l'architecture italienne; on
en peut dire autant de l'appareil formé d'assises alternativement blanches
et rouges, et peut-être des chaînages en bois.
Quelles que soient les raisons de ce fait, les Italiens ne s'assimilèrent
point le gothique; ils ne le comprirent pas et ils en donnèrent une inter-
prétation tardive, incomplète et inexacte. Suivant la remarque du baron
de Guilhermy, « il y a plus de distance encore entre ce qu'ils ont cons-
truit alors et ce qui se faisait chez nous qu'entre nos plates imitations
de l'art grec et les monuments originaux 2. »
M. E. cite à ce sujet un fait topique, c'est que les. arcs brisés sont par-
fois appareillés par les traceurs italiens comme des arcs en plein cintre :
l'intrados et l'extrados sont seuls modifiés, et les joints convergent vers
un centre unique. De même pour l'ogive : dans nombre d'églises, les
Italiens ne l'ont établie que sur le carré du transept, ou bien, quand il
s'agit d'églises sans transept, dans la travée qui précède le chœur et qui
n'a pas besoin d'une solidité particulière. C'est que la raison d'être de
l'ogive, son utilité pratique leur échappait; ils n'y voyaient guère qu'un
ornement à la mode, un surcroit de décoration.
Voilà une longue digression : la responsabilité doit en être partagée
par M. E., dont le livre évoque tant d'idées, suggère tant de réflexions.
Dans la lecture de ses descriptions, dans l'examen de ses documents gra-
phiques, on est arrêté souvent par des rapprochements, par des souve-
nirs et, — pourquoi ne pas le dire? — par des divergences de vues. C'est
ainsi que les comparaisons auxquelles M. E. s'est livré, dans son étude
analytique des éléments de l'architecture en Bourgogne et en Italie,
manquent peut-être par instants de solidité. L'accumulation même de
ces comparaisons constitue, il est vrai, à l'appui de la thèse que soutient
notre confrère, une preuve morale; mais ne serait-il pas préférable de
ne retenir que les exemples où l'imitation est incontestable? C'est l'un
des grands dangers de l'archéologie que ces raisonnements par induc-
tion, qui concluent d'une ressemblance de forme à un rapport de filia-
tion. La similitude peut être fortuite, ou provenir d'une origine com-
mune, ou bien encore avoir été imposée ou inspirée par les mêmes
nécessités constructives : elle ne prouve pas toujours que les deux
termes du rapprochement procèdent l'un de l'autre. M. E. constate
qu'en Bourgogne comme en Italie, les maçonneries sont de moellons,
les angles, les piliers, les cadres des ouvertures, etc., étant seuls en
pierre de taille^; ce n'est pas une particularité propre à ces deux écoles, et
1. Choisy, l'Art de bâtir chez les Byzantins, p. 115.
2. Notes d'un voyage en Italie, dans les Annales archéologiques, t. V, p. 100.
3. P. 245.
362 BIBLIOGRAPHIE.
la même pensée d'économie a fait prévaloir cette disposition dans tous les
pays. Les voûtes sexpartites bâties à une époque avancée', les corbeaux
dont la partie inférieure porte une arête au milieu de la tranche 2 se
retrouvent notamment en Bordelais ^. L'usage des croix au sommet des
pignons^ est général, de même que celui des lions de pierre. L'importance
médiocre des arcs-boutants» est, pour ainsi dire, de règle dans toutes
les provinces méridionales. Les chapiteaux imités du chapiteau cubique^
sont très fréquents dans des pays qui paraissent n'avoir subi aucune
influence germanique, comme la Guienne. Il n'est pas jusqu'à cette
bizarre combinaison de voûtes en berceaux renforcés d'ogives" dont on
ne puisse citer des exemples dans des provinces qui n'ont eu aucune
relation avec la Bourgogne et la Champagne : à Saint-Pierre de Prades,
si je ne me trompe, dans des chapelles du xvni^ siècle; à Saint-Sauveur
et à Saint-Malo de Dinan, dans des chapelles du xv®.
Pour dire toute ma pensée, je ne sais si M. E. n'a pas exagéré quelque
peu le rôle du style bourguignon dans la formation de l'art gothique en
général^ et du gothique italien en particulier, — s'il ne considère pas
comme productions de l'art gothique certaines églises qui sont seule-
ment des constructions romanes soignées, — s'il ne restreint pas enfin
la part qui revient légitimement aux autres influences, locales ou étran-
gères, dans la création du gothique italien.
L'école bourguignonne a montré une habileté, un soin particuliers
dans la construction d'églises claires, hautes, telles que les fit plus tard
le gothique français. Mais ici se pose la même question que tout à
l'heure : est-ce bien en cela que consiste l'essence du gothique? est-ce
même un acheminement vers le gothique? Il ne parait pas qu'un style
roman perfectionné soit nécessairement une transition entre un style
1. P. 251. — M. E. désigne ces voûtes à l'aide d'une périphrase : « croisées
d'ogives sur plan carré, traversées d'un doubleau central. » La nervure trans-
versale qui passe par la clef de la voûte sexparlite me semble être, par son
profil aussi bien que par sa fonction, une ogive plutôt qu'un doubleau.
2. P. 273.
3. Il existe dans la Gironde des églises, comme Magrigne, qui n'ont pas
d'autres corbeaux que ceux-là.
4. P. 276.
5. P. 265.
6. P. 218.
7. P. 248.
8. P. 2. — M. E. compte « trois solutions originales trouvées dans l'Ile-de-
France, la Bourgogne et le Périgord » pour résoudre le problème du voùtement
des églises : la croisée d'ogives, l'arc brisé « usité en Bourgogne dès la tin du
xr siècle » et la coupole. Il ne paraît pas que les berceaux brisés aient été jetés
sur les nefs en Bourgogne plus tôt qu'en Provence, en Auvergne ou en Aqui-
taine. De plus, l'emploi de la voûte d'arêtes sur de larges vaisseaux n'est-il
pas un fait plus important et plus fécond?
BIBLIOGRAPHIE. 363
roman plus rudimentaire et le style gothique, ni que l'évolution de toutes
les écoles romanes aboutisse forcément au gothique. Chacune d'elles
s'est plutôt trouvée, à un point de cette évolution, en présence de deux
voies : une route menant au gothique; un cul-de-sac n'ayant pas d'is-
sue hors du roman. L'art bourguignon avait pris cette seconde direc-
tion; et, dans une certaine mesure, on peut dire que chaque pas en
avant l'éloignait du gothique. C'est précisément parce que ses maîtres
d'œuvre élevaient de belles églises romanes qu'ils n'éprouvaient pas le
besoin de changer leurs formules : la Bourgogne, qui jetait sur de
larges nefs de solides voûtes en berceau ou d'arêtes, fut longtemps
rèfractaire aux innovations gothiques, tandis que celles-ci virent le jour
et furent adoptées avec empressement dans des provinces oià les prin-
cipes de la construction romane n'avaient donné lieu qu'à des combi-
naisons insuffisantes.
M. E. a démontré péremptoirement l'importation par les Cisterciens
du roman bourguignon en Italie, plutôt que l'influence de cette impor-
tation sur les origines de l'architecture gothique dans la péninsule. Il
restait à prouver, si possible, comment de ce type bourguignon est sorti,
par exemple, Saint-Ambroise de Milan, qui n'a ni le même parti archi-
tectural ni le même mode de voùteraent et dont la structure anatomique
et la physionomie sont toutes différentes.
Ces questions multiples, je me borne à les poser, sans prétendre les
résoudre dans un sens formellement contraire aux conclusions de M. E.
L'archéologie n'est pas une science exacte; elle est faite, pour une part,
d'impressions personnelles, et elle laisse à qui s'en occupe une certaine
liberté d'appréciation. Je n'oublie pas d'ailleurs qu'en ce qui concerne
notamment l'action du roman bourguignon sur l'évolution de l'art de
bâtir, on pourrait m'opposer d'illustres autorités.
Aussi bien, cette dissidence sur l'une des théories de mon confrère
ne m'empêche aucunement d'apprécier comme il convient l'ensemble
de son savant livre.
Les dessins, reproduits par le gillotage, sont nombreux et soignés;
certains, comme les coupes de Fossanova et de Gasamari, témoignent
d'une habileté rare chez un érudit; on voit qu'ils sont dus à un artiste
archéologue, qui comprend le moyen âge et qui le dessine comme il le
comprend. Les phototypies sont bonnes; quelques-unes sont excellentes.
Les descriptions, très consciencieuses, se distinguent par le choix et la
propriété des expressions. Les rapprochements nombreux témoignent
de vastes lectures et d'une enquête étendue. J'ajoute enfin qu'une table
des matières rend les recherches faciles dans ce volumineux in-octavo.
L'ouvrage représente une somme de travail considérable; il a nécessité
des voyages pénibles, de longues stations dans des localités parfois
insalubres, souvent dépourvues de tout confort. Ces fatigues, du moins,
ne sont pas perdues, et M. E. a dû les oublier en rédigeant ses conclu-
364 BIBLIOGRAPHFE.
sions, si flatteuses pour notre art national. Romane ou gothique, il
n'importe : c'est bien une architecture française que les moines de
Gîteaux ont portée en Italie. L'étude de M. E. est une contribution à
l'histoire des influences artistiques de notre pays; c'est une page, l'une
des plus remarquables qui aient paru, de cette glorieuse histoire.
J.-A. Brutails.
Grégoire de Tocrs, Histoire des Francs, livres VII-X. Texte du manus-
crit de Bruxelles... publié par M. Gaston Gollon. Paris, Picard, ^893.
In-8°, v^r-24^ pages. [Collection de textes ^our servir à V étude et
à l'enseignement de l'histoire^ n° 4 6.) 5 fr. 50; pour les souscrip-
teurs à la Collection, 4 fr.
M. G. GoUon a publié en 1893, dans la Collection de textes, les
quatre derniers livres de l'Histoire des Francs, dont, en 1886, M. H.
Omont avait édité les six premiers. Le manuscrit de Gorbie, dont
M. Omont s'était uniquement servi, s'arrêtant à la fin du Vl" livre, les
quatre derniers ont été donnés par M. G. d'après un des meilleurs et
des plus anciens manuscrits, le 9403 de la Bibliothèque royale de
Bruxelles.
On sait que cette édition, bien que destinée au grand public, n'est
pas une édition critique, mais une édition diplomatique qui reproduit
scrupuleusement le texte que nous ont transmis les scribes du vni« ou
du commencement du ix« siècle. A notre avis, c'est là un défaut grave
pour une édition in usum scholarum, destinée à des travailleurs plutôt
qu'à des érudits. En revanche, les philologues auront ainsi à leur dis-
position un précieux instrument de travail; le fait que, pour cette
seconde partie spécialement, la copie du scribe a été corrigée par un
de ses contemporains un peu plus instruit que lui pourra leur fournir
matière à des comparaisons fort intéressantes et à des déductions fruc-
tueuses pour l'étude des règles assez flottantes de l'orthographe et de la
syntaxe de cette époque. Ges corrections, fort nombreuses, ont été rele-
vées par M. G. avec un soin un peu minutieux peut-être, mais dont
on ne saurait que le féliciter. Ajoutons que M. G. a joint à son travail
une table générale des noms propres qui s'applique aux deux parties de
l'Histoire des Francs,
R. ViLLEPELET.
Histoire du moyen âge (395-i270^ pour la classe de troisième), par
A. Gre'goire... et H. Gaillard. Paris, Delagrave, 4895. In-8o,
iv-628 pages.
Voilà, depuis quatre ans, — sans parler des Lectures historiques pour
la classe de troisième de M. Gh.-V. Langlois (Paris, Hachette, 1890), —
BIBLIOGRAPHIE. 365
le second manuel classique pour l'histoire du moyen âge auquel aient
collaboré nos confrères. Pourtant, après V Histoire de VEurope et en par-
ticulier de la France, de 395 à 1270, rédigée par G. Bémont et G. Monod
(Paris, Alcan, 1891), et qui s'adressait surtout aux étudiants, le livre
de MM. Grégoire et Gaillard ne fait pas double emploi : il s'adresse
surtout aux écoliers. Il ne prétend pas à l'érudition; il est simple, clair,
intéressant, assez bref, malgré ses 628 pages, car les caractères typogra-
phiques ne sont pas trop serrés et ne fatiguent pas les yeux. Il est
généralement bien au courant des derniers travaux : par exemple, il se
garde de dire (p. 56) que la bataille des Champs Catalauniques se livra
près de Ghàlons-sur-Marne, ou bien (p. 95) que le traité d'Andelot fut
une victoire des grands sur la royauté; il signale ce qu'il y a de légen-
daire dans le rôle souvent prêté à Pierre l'Ermite (p. 382), et de con-
ventionnel dans le chiffre des croisades (p. 394), etc. — Malgré tout,
M. Grégoire, qui a rédigé les dix-sept premiers chapitres, écrit encore
(p. 94), sur la foi des Gesta (ch. 35), que Frédégonde et Landéric auraient
laissé surprendre « le secret de leurs intrigues coupables, » le matin
même du jour où Ghilpéric fut assassiné : ce récit est depuis longtemps
relégué au nombre des fables (cf. Richter, A7inalen des frankischen
Reichs im Zeitalter der Merovinger. Halle, 1873). Il croit aussi (p. 215-
216) que la bataille de Poitiers fut décisive, bien que M. Mercier, au
tome VII de la Revue historique, ait fait justice de cette erreur et mon-
tré la véritable cause de la retraite des Arabes. Enfin, dans le chapitre
qu'il consacre aux Communes (p. 480-502), peut-être M. Gaillard ne
tient-il pas assez de compte des travaux de M. Luchaire et ne montre-
t-il pas suffisamment comment la Commune, pour se défendre contre
la Féodalité, se constitua personne féodale elle-même.
Mais ce sont là des imperfections qu'il serait aisé, ainsi que quelques
autres ^, de faire disparaître dans une seconde édition : nous la souhai-
tons prochaine aux auteurs.
G. D. F.
Geschichte der Paepste seit dem Ausgang des Mittelalters...^ von
D"" Ludwig Pastor, ordentl. Professer der Geschichte an der Uni-
versitaet zu Innsbrûck. — Zweiter Band : Geschichte der Paepste
im Zeitalter der Renaissance von der Thronbesteigung Pius II bis
zum Tode Sixtus IV; zweite Auflage. Freiburg-im-Breisgau,
Herder, ^894. In-8°, liii-795 pages.
M. Pastor a fait paraître, il y a quelques mois, une seconde édition
du tome II de son Histoire des Papes. Il serait superflu de répéter les
appréciations que nous avons données ici même de l'œuvre de M. P. 2.
1. Notamment dans le § 12, p. 61-62 : Gouvernement de Théodoric.
2. Cf. Bibl. de VÉcole des chartes, 1893, p. 349-351.
^895 24
366 BIBLIOGRAPHIE,
Recherches minutieuses, bibliographie des plus complètes, sûreté d'éru-
dition remarquable, rigoureuse méthode scientifique, voilà les qualités
du premier volume. Le second a droit aux mêmes éloges; et le succès
de l'ouvrage, sa traduction en français, en anglais, en espagnol, en
italien et en langue tchèque, prouvent assez la notoriété méritée qu'a
obtenue V Histoire des Papes.
La seconde édition du tume I marquait sur la première un réel pro-
grès. Nous en dirons autant de la deuxième édition du tome second.
Les ouvrages historiques récents et aussi un certain nombre d' « œuvres
anciennes et rares, » qui n'avaient pas servi à l'auteur lors de son pre-
mier travail, ont été utilisés et viennent encore enrichir sa bibliogra-
phie. 11 est bon de remarquer en outre que le supplément s'est
augmenté de quelques documents de la plus haute importance. De
nombreuses notes enfin, tirées des archives d'Allemagne, d'Angleterre,
de France et principalement d'Italie, sont venues apporter au texte un
complément de preuves nouvelles. En un mot, tout en tenant compte
de la critique sérieuse, M. P., sans souci de la critique ennemie de la
vérité, a continué dans ce volume, suivant sa belle expression, « der
geschichtlichen AVahrheit dienen. » Ce simple mot vaut tous les éloges.
Sans insister davantage sur les améliorations introduites par l'auteur
et sans relever les rares erreurs qu'il a l'ait disparaître, il vaut mieux
nous borner à indiquer ici les divisions du volume.
Le tome II de V Histoire des Papes comprend trois livres correspondant
respectivement aux trois pontificats de Pie II (1458-1464), Paul II (1464-
1471) et Sixte IV (1471-1484). A côté du rôle de politique intérieure et
religieuse de ces papes, qu'il indique mieux qu'aucun de ses prédéces-
seurs, à côté de leurs rapports avec les princes chrétiens, qu'il résume
avec une netteté et une précision remarquables, M. P. se plait à tracer
les progrès de la Renaissance et à montrer les efforts du Saint-Siège
continuellement dirigés au xv<= siècle contre les Turcs. Ici, comme dans
son premier volume, M. P. distingue la vraie et la fausse Renaissance,
la Renaissance païenne et la Renaissance chrétienne. On a pu dire que
c'est là une distinction un peu factice, mais il faut reconnaître avec
M. P. qu'elle répond à une réalité historique. Le savant professeur en
a su tirer le meilleur parti ; c'est grâce à elle qu'il renouvelle cette
question, si souvent étudiée déjà, de la Renaissance.
Mais c'est surtout lorsqu'il nous parle de la « question d'Orient b au
XV" siècle que M. P. est nouveau et original. Jusqu'ici, il faut bien le
reconnaître, on avait bon nombre d'idées fausses sur le rôle des Papes
en cette question. L'enthousiasme, on le sait, n'avait jamais été très
grand à cette époque chez les peuples chrétiens en faveur d'une croi-
sade. Le Saint-Siège était parvenu cependant à former un « trésor de
guerre. » Quel emploi les Papes tirent-ils de cet argent? Ce point était
encore très discuté; d'après bien des auteurs, les souverains pontifes
BIBLIOGRAPHIE. 367
n'auraient point consacré toutes ces ressources à la seule défense de la
foi. Les archives explorées par M. P, font justice de cette accusation,
et, puisque cette partie est peut-être la plus neuve de l'ouvrage, nous
allons y insister.
Trois d'entre les huit chapitres que M. P, a écrits sur Pie II sont
consacrés à la croisade (ch. n, vn, viii). Après avoir nettement posé
l'élat de la question d'Orient à cette époque, l'auteur nous montre les
efforts du souverain pontife en face de l'indifférence générale; le congrès
de Mantoue (1459-1460) échoue complètement; tous les princes chrétiens
reculent l'exécution de promesses arrachées à grand'peine, et enfin la
défection du duc de Bourgogne décide le Pape à se mettre lui-même à
la tête des troupes; mais il meurt; et, la véritable cause de cet insuccès,
c'est Venise, qui, dans l'intérêt personnel de ses relations commerciales,
a agi sur toutes les puissances, déjà si peu disposées à écouter l'appel
de Pie IL
Paul II (livre II, ch. ni et vn) continua la politique de son prédéces-
seur; mais, tandis que celui-ci avait trop négligé la question des
finances, le nouveau Pape en comprit toute l'importance et y donna
tous ses soins. Ce n'était pas tout de lancer des armées, il fallait pouvoir
les entretenir, et Paul II commença d'amasser le « trésor de la guerre. »
On sait que les princes chrétiens furent encore sourds aux exhortations
pontificales. Mais le Pape employa les sommes qu'il avait recueillies à
soutenir Scanderbeg et aussi le roi de Bohême, Mathias Gorvin, dans
leur lutte contre l'ennemi commun.
M. P. nous apprend quelle fut l'importance de ces secours, et il
justifie ainsi de l'emploi du produit des dîmes. — Ces dîmes, le
Saint-Siège avait eu d'ailleurs bien de la peine à les recueillir; l'au-
teur nous dit que chacun des petits États italiens se trouvait trop
imposé; partout des résistances obstinées, des demandes de diminution.
Le fait est intéressant, mais, puisque M. P. y insiste et avec raison,
puisqu'il nous donne des chiffres d'imposition, pourquoi n'a-t-il pas
parlé de la dîme levée en France entre 1467 et 1469? Là aussi les col-
lecteurs, Stefano Nardino, archevêque de Milan, et Jean Balue, cardi-
nal d'Angers, éprouvèrent mille difficultés ; les « levées » se firent très
lentement, et cependant on recueillit environ 108,000 livres tournois.
Empressons-nous d'ajouter que de telles lacunes, — d'assez minime
importance d'ailleurs, — sont des plus rares.
Sixte IV (livre III, ch, n), à son tour, fit les mêmes efforts et
adressa vainement les mêmes prières à la chrétienté, M. P, montre les
grandes dépenses que le Pape fit dans ce but et l'argent qu'il consacra
à se créer des alliances en Orient avec les nations orientales ennemies
des Turcs.
Le tome II de l'Histoire des Papes présente donc en résumé les mêmes
368 BIBLIOGRAPHIE.
qualités que le tome I; il est conçu dans le même esprit et justifie le
mot de Pertz : « Die beste Vertheidigung der Paepste ist die Enthuel-
lung ihres Seins. » Terminons en exprimant l'espoir, — et ce sera le
meilleur éloge, — de voir au plus tôt paraître le troisième volume, qui
doit comprendre les quatre pontificats d'Innocent VIII, d'Alexandre V^I,
de Jules U et de Léon X, et qui sans nul doute sera en tous points
digne des deux premiers.
Henri Forgeot.
La Vie privée d'autrefois. Arts et métiers, modes, mœurs, usages des
Parisiens du XI I^ au XVIlb siècle., d'après des documents origi-
naux ou inédits.^ par Alfred Fraxkli.n. Les Chirurgiens. Le Café,
le thé et le chocolat. Paris, Pion, 1893. 2 vol. in- 12, xii-303 pages
et xi-32i pages. 3 fr. 50 le vol.
Nous aurions dû signaler depuis longtemps la publication de ces deux
petits volumes. M. Alfred Franklin leur a donné déjà plus d'un succes-
seur. Mais l'activité de cet auteur est telle et sa fécondité à produire si
remarquable qu'il est sans doute habitué à voir la critique se trouver
toujours en retard.
I. Les Chirurgiens. — M. Franklin raconte dans ce volume les débuts
des chirurgiens, débuts très modestes puisqu'ils ne sont d'abord que de
simples artisans, et leurs luttes contre les barbiers, luttes séculaires
qui remplirent les xm^, xiv^ et xv« siècles, luttes fratricides aussi,
puisque barbiers et chirurgiens furent longtemps confondus en un seul
métier. Avec le xvi^ siècle commence la grande rivalité des chirurgiens
et des médecins, que l'auteur nous résume d'une façon fort intéressante.
Longtemps les médecins l'emportèrent. Mais l'heureuse issue de la
fameuse opération faite à Louis XIV en 1686, et qui fit nommer cette
année Vannée de la fistule, décida finalement le succès des chirurgiens.
Ils obtinrent en septembre 1699 des statuts les organisant à nouveau.
Ils restaient cependant rattachés par certains côtés à la classe ouvrière.
Ce n'est que le 23 avril 1743 qu'une déclaration royale vint définitive-
ment les émanciper, les séparant des barbiers et les reconnaissant
comme corps savant et libre d'enseigner à sa guise. On vit alors cesser
le spectacle, légèrement ridicule, que la Faculté de médecine donnait
depuis le xvii« siècle à ses élèves : un médecin professeur parlant sans
jamais toucher au cadavre; un chirurgien juré, placé auprès de la
chaire, faisant sans parler les opérations anatomiques.
Des illustrations intéressantes, des pièces justificatives bien choisies
complètent à merveille ce curieux petit volume.
II. Le Café, le thé et le chocolat. — On a écrit de nombreuses brochures
BIBLIOGRiPHIE. 369
en prose et en vers sur le café, le thé et le chocolat. Il restait à résumer
en un volume d'une lecture agréable cet amas indigeste. Il fallait y
joindre des recherches personnelles et neuves. M. Franklin a fort bien
réussi à s'acquitter de cette double tâche.
Nous ne pouvons rendre un compte exact d'un pareil livre, qui
échappe par sa nature même à l'analyse. Résumons seulement quelques-
uns des principaux faits qu'il révèle.
Un trait commun unit ces nouveaux produits : ils eurent tous les
trois, au moins au début, la réputation de guérir nombre de maladies.
Le thé, d'origine divine, il est vrai, s'il faut en croire les Japonais,
passait pour guérir à peu près tous les maux : la léthargie, la fièvre
chaude, la gale, les inflammations de la poitrine, la gravelle, l'asthme,
les maux d'intestins, etc., etc. Ceux qui en usent, dit nettement au
xvne siècle le médecin hollandais Nicolas Dirx, « sont, par cela seul,
exempts de toutes les maladies et parviennent à une extrême vieil-
lesse. »
Le café, après des débuts fort difficiles, avait conquis à Paris de zélés
partisans, qui lui prêtaient, à lui aussi, mille qualités médicinales ou
autres. L'une des plus bizarres était de préserver de l'incontinence.
« Aussi, » écrit la princesse palatine (29 février 1706), « le café n'est
pas aussi nécessaire aux ministres protestants qu'aux prêtres catholiques ,
qui ne peuvent se marier, car il rend chaste. »
Malheureusement, un peu plus loin, M. Franklin apprend au lecteur,
désormais indécis, que Louis XV était grand amateur de café et qu'il
en usa toute sa vie, allant, dans son enthousiasme pour le nouveau
produit, jusqu'à le préparer lui-même de ses royales mains.
Le chocolat vit, dès 1661, la Faculté de médecine autoriser son emploi.
Il eut, lui aussi, au début, la réputation de guérir bien des maux : les
rhumes, les insomnies, les fluxions de poitrine, le choléra-morbus, etc.,
etc. On avait bien vite reconnu qu'il offrait un aliment très nourrissant.
Mais était-ce une boisson? était-ce un mets rompant le jeûne? Grave
question de conscience qui occupa au xvii^ siècle canonistes et méde-
cins. Contrairement à l'opinion de ces derniers, l'avis des canonistes
l'emporta ; et le chocolat, assimilé à une boisson, regardé comme ne
rompant point le jeûne, devint une précieuse ressource durant les
pénibles jours de carême. Le meilleur chocolat passa d'abord pour
venir d'Espagne, d'Italie ou de Portugal. Mais, dès le xvii« siècle, dit
M. Franklin, celui de Paris était préféré à tous autres. Il nous semble
en être encore de même aujourd'hui.
Notre auteur termine son travail par une intéressante étude sur les
limonadiers et cafetiers de Paris de 1720 à 1789 et par une liste fort
curieuse des principaux cafés ayant existé à Paris depuis le xvri^ siècle.
370 BIBLIOGRAPHIE.
Quelques illustrations, quelques pièces justificatives choisies avec goût
complètent cet attrayant petit volume'.
P. BONNASSIEUX.
La Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres,
par l'abbé P. Feret... Moijen âge. T. II. Paris, Alphonse Picard
et fils, 4893. In-80, iii-6^3 pages.
Il y a quelques mois à peine, nous annoncions la première partie de
cet ouvrage, qui s'arrêtait au milieu du xiii* siècle ; voici maintenant
la seconde partie. Le but que s'est proposé M. l'abbé Feret n'était pas
sans présenter de sérieuses difficultés, et nous reconnaissons volontiers
qu'une bonne histoire de la Faculté de théologie de Paris n'est pas
chose aisée à faire. Nous avons dit déjà que le premier volume ne nous
satisfaisait pas entièrement ; nous ne voulons pas nous répéter pour le
second, tout en tenant compte à l'auteur de son patient et long travail.
Il n'est pas un écrivain religieux de cette époque du moyen âge qui,
dans ce livre, n'ait sa biographie ou longue ou courte, et ceux que
pourrait intéresser la vie de l'un de ces docteurs d'une époque déjà
lointaine consulteront certainement avec fruit, au point de vue biblio-
graphique, l'ouvrage de patience de M. l'abbé Feret. Si parfois le style
même de l'ouvrage est quelque peu suranné, les renseignements très
utiles qu'on y pourra glaner compenseront amplement ces petites imper-
fections.
Nous nous bornerons à indiquer le plan de ce second volume, et
d'abord la fondation des collèges séculiers et réguliers.
Le plus célèbre des collèges séculiers est le collège de Sorbonne, dont
l'illustration ne doit pas faire oublier les collèges du Trésorier, d'Har-
court et des Cholets ; les collèges réguliers sont ceux des Prémontrés,
des Augustins, des Carmes, de Cluny et de Saint-Denis.
A peine sont-ils fondés que déjà la rivalité s'empare des esprits et
se glisse dans les rangs des clercs écoliers et des religieux mendiants ;
1. Nous n'aurions garde de reprocher à M. Franklin d'avoir omis tel ou tel
passage, tel ou tel document imprimé ou non se rapportant au café, au thé ou
au chocolat. On ne saurait viser à tVre. complet en telle matière. Nous nous
permettrons seulement de lui rappeler les intéressants détails que renferment
les lettres de Laurette de Malboissière (1762-1766; publiées par la marquise de
la Grange. Paris, Didier, 1866, in-12) sur l'usage du chocolat, usage encore
rare et coûteux au milieu du xvni' siècle. Elle écrit à son amie M"» Méliand et
lui dit à tout instant : u Viens me voir demain malin, je le donnerai de bon
chocolat » (10 nov. 1763); « du chocolat excellent à 10 francs la livre » (2 mars
1764), etc., etc. « Viens demain; vois-tu comme je suis bonne; si tu le veux, Je
le donnerai du chocolat » (17 mars 1764), etc., etc.
BIBLIOGRAPHIE. 37j
après avoir décrit cette lutte, M. l'abbé Feret passe aux questions doc-
trinales et aborde la question des erreurs philosophico-religieuses dans
leurs sources, passe d'Aristote à ses commentateurs arabes, et aux phi-
losophes juifs dans le monde musulman.
Toute cette partie ne renferme guère comme grands noms que ceux
de Raymond Lulle et de Thomas d'Aquin ; mais, dans la revue litté-
raire qui suit, qu'il s'agisse d'ubiquistes, de sorbonnistes, de francis-
cains, de dominicains ou d'autres encore, on trouvera des noms tels
que ceux de Michel Scot, Renoul d'Humblières, Simon de Beaulieu,
Robert de Sorbon, Guillaume de Saint-Amour, saint Bonaventure,
Roger Bacon, Vincent de Beauvais, Albert le Grand, saint Thomas
d'Aquin, etc.
Nous ne pousserons pas l'indulgence jusqu'à dire que toutes ces bio-
graphies sont écrites de la façon la plus attrayante et la mieux appro-
priée; mais, après avoir reconnu les réelles difficultés de l'œuvre, nous
ne pouvons que constater que l'auteur n'a rien négligé pour tenir le
lecteur au courant des principales études qui ont pu être consacrées
avant lui à tel ou tel de ces personnages.
A. T. O.
De Judoci Clichtovei Neoportuensis^ docioris theologi Parisiensis et
Carnotensis canonici, vita et operihus (1472-'! 543). Thesim propo-
nebat facultati litterarum Parisiensi 3 .-Al. Glerval. Parisiis, apud
Alph. Picard, -1894. In-8o, xxxii-^52 pages.
Josse Glichtoue méritait bien d'être l'objet des recherches que M. l'abbé
Clerval lui a consacrées et qui complètent la vaste et excellente biblio-
graphie dont il a été l'objet dans la Bibliotheca belgica de M. Vander
Haeghen. Grâce à M. l'abbé Clerval, nous connaissons jusque dans les
moindres détails la carrière d'un théologien qui a tenu une place con-
sidérable dans la société ecclésiastique et littéraire au commencement
du xvi^ siècle.
Le tableau de la vie de Josse Glichtoue, tel qu'il vient d'être tracé,
est fort instructif; il se rattache intimement à l'histoire de l'humanisme
et nous apporte des renseignements aussi précis que nouveaux sur l'état
de l'Église et des écoles au commencement du règne de François I«f.
Tous ces renseignements, puisés aux sources originales, sont disposés
dans le meilleur ordre.
Parmi les pièces justificatives, on remarque le testament de Josse
Glichtoue, en date du 17 septembre 1543, qui renferme des clauses inté-
ressantes sur des legs de livres faits au chapitre de Ghartres et au col-
lège de Navarre à Paris. Les volumes de grand format, destinés au
chapitre de Ghartres, devaient être enchaînés dans la bibliothèque capi-
tulaire :
372 BIBLIOGRAPHIE.
« ... Insuper in eadem bibliotheca reponendos ordino libros istos
meos sequentes, etiam impressos, sed in majori -volumine quam sunt
libri précédentes et supra nominati :
« Opéra beati Dyonisii Areopagite, commentario declarata ;
« Libros Johannis Damasceni de fide orthodoxa, cum commentario;
« Libros Gyrilli, patriarche Alexandrini, in evangelium Johannis;
« Anti-Lutherum, très libros complectentem ;
a Propugnaculum Ecclesie, in très libros distinctum ;
« Elucidatorium ecclesiasticum, in quatuor libros divisum.
« Et hi omnes libri, ex consensu ipsius capituli Garnotensis, affigan-
tur cathenis in predicta bibliotheca, que meis impensis et pecuniis
comparentur. »
Ces détails n'échapperont pas à l'attention du savant historien des
bibliothèques à livres enchaînés, M. J. W. Clark, auquel nous devons
déjà trois curieux mémoires sur cette question ^.
L. D.
La Diplojnaiie au temps de Machiavel^ par M. nE Maulde-la-Glavière.
Tomes II et III. Paris, E. Leroux, 1892-1893. In-8°, 471 et 478 p.
8 fr. le volume.
Je suis bien en retard pour parler des deux derniers volumes qui
complètent l'ouvrage de M. de Maulde sur la diplomatie au xvi« siècle;
mes remords sont diminués par les circonstances atténuantes que je
puis invoquer. Des incidents imprévus m'ont condamné quelque temps
à un certain isolement, et pendant cette période une véritable alluvion
de livres s'est formée devant moi ; il m'a fallu un moment pour m'y
reconnaître et pour les lire. D'ailleurs, le mal est-il si grand ? Quand il
s'agit d'un ouvrage estimable, n'cst-il pas toujours temps d'en parler,
même quelques mois après son apparition? Sur un livre qui mérite
d'être lu et relu, — ici c'est le cas, — il n'est pas inutile de rappeler
l'attention. A notre époque, le public est distrait, entraîné, se laissant
fixer, chaque jour, quelques instants, par un bruit nouveau. Trois
in-octavo font tout d'abord froncer le sourcil.
Je faisais remarquer que, dans le premier volume, M. de Maulde
mettait ses lecteurs au courant des généralités de la diplomatie au point
de vue international ; les trois premiers chapitres du deuxième volume
terminent ce premier livre; le reste du second volume et une partie du
troisième sont consacrés au deuxième livre. Dans celui-ci, l'auteur
1. On llbrarics at Cesena, Wells, Guildford and Clare Collège Cambridge.
Cambridge, 1891, iii-8°. — Libraries in the médiéval and renaissance periods.
Cambridge, 1894, in-8°. — On libraries at Christ-Churcft, Canterbury, Cîleaux,
Clairvanx, Zidphen, Enkhuizen. Cambridge, 1894, in-8'.
BIBLIOGRAPHIE. 373
aborde tous les détails de l'institution. Les traitements rarement rému-
nératoires, à en croire les intéressés, mais très satisfaisants en général;
il est vrai qu'il y avait une certaine obligation de confier les missions
à des personnages patients et bien rentes : le paiement se faisait sou-
vent attendre, le diplomate devait faire des avances, mais l'heure du
remboursement finissait toujours par sonner. — Les immunités consis-
tant surtout dans le droit de voyager librement, la vie protégée pour
l'ambassadeur et sa suite, à la condition de ne pas se mêler d'affaires
dans son trajet ni de pratique secrète où l'appelait sa mission. Il y avait
de singuliers cas de force majeure, par exemple ces diplomates victimes
d'un naufrage et rançonnés comme de simples sinistrés. M. de Maulde
fait connaître les règles des passeports et des sauf-conduits. La langue,
qui fut d'abord le latin, remplacé au .xv^ siècle par le français en Occi-
dent. Les pouvoirs et créances, c'est-à-dire les actes spécifiant les
limites de la mission ou simplement accréditant l'ambassadeur auprès
de la partie avec laquelle il doit traiter. Tout le cérémonial du voyage,
qu'il soit précipité ou solennel, des audiences de créance, cérémonies
alourdies de longs discours et, surtout en Orient, accompagnées de
riches présents. La manière d'être et de se conduire suivant les pays;
en passant, on peut noter quelque différence entre le xv^ et le xix^ siècle ;
jadis, on disait que le diplomate français était trop militaire et dédai-
gnait les moyens politiques, tandis que les Anglais étaient « trop gros,
trop gras, aimant à boire, colères, naïfs et francs. » Remarquons une
fois pour toutes que M. de Maulde sait jeter dans le sujet qu'il traite
une foule d'anecdotes piquantes qui offrent un grand charme à son lec-
teur. — Ensuite viennent les moyens d'action diplomatiques : les amis
à se créer par des procédés de courtoisie, les distinctions honorifiques,
l'argent, l'intervention des femmes. Par contre, il ne faut pas omettre
les menées ayant pour but de débaucher les ambassadeurs en leur fai-
sant oublier leur mission et le dévouement à leurs souverains.
Le troisième livre traite de la conclusion des ambassades, de tous les
actes qui précèdent la rédaction définitive des traités, des formes et
modalités de ceux-ci, de ce qui suit la fin d'une mission, soit par la
mort de l'ambassadeur, soit par son rappel ou l'achèvement normal de
son mandat; enfin des mémoires à fournir au souverain, le sort des
archives, les protocoles. — M. de Maulde termine son ouvrage par la
publication de règlements de la diplomatie florentine de 1441 à 1493
et la correspondance d'Albert Pio, ambassadeur de France à Rome
en 1510.
Gomme je le prévoyais il y a deux ans, M. de Maulde a su mener à
bonne fia un travail neuf qui fait honneur à notre École des chartes et
qui mérite d'être lu attentivement par nos diplomates contemporains.
A. DE Barthélémy.
374 BIBLIOGRAPHIE.
Un Ligueur : le comte de la Fère, par Ed. Colas de la Noue, ancien
magistrat. Ouvrage orné de plusieurs héliogravures. Paris, E. Le-
chevalier, -1892. In-S», 242 pages.
Le personnage auquel ce volume est consacré n'est autre que Jacques
Colas, connu dans l'histoire des guerres civiles du xvi^ siècle sous le
nom de sénéchal de Montélimar et qui fut fait comte de la Fère par le
roi d'P]spagne cinq ou six ans seulement avant sa mort. Il naquit vers
1547 à Montélimar, où son père était avocat à la sénéchaussée, mais il
se rattachait à une ancienne famille noble de l'Orléanais dont une
branche s'était établie dans le Valentinois, en 1468, à la suite de revers
de fortune. Après avoir étudié le droit à Valence, oii il fut l'élève de
Gujas, il revint dans sa ville natale et s'adonna avec succès à la plai-
doirie. Il n'était pas destiné à rester toute sa vie un homme de robe.
Son caractère énergique et la fermeté de ses convictions religieuses,
qui à l'Université l'avaient déjà fait considérer comme le chef des
catholiques, le préparaient et l'appelèrent bientôt à jouer un rôle moins
effacé.
En 1573, Jacques Colas accompagne en qualité de secrétaire l'évêque
de Valence Jean de Montluc, envoyé comme ambassadeur en Pologne
pour préparer l'élection au trône du duc d'Anjou, le futur Henri III.
Trois ans après, il est l'un des dix députés par lesquels le tiers-état de
Dauphiné se fait représenter aux États généraux de Blois. Il venait
d'être nommé vi-sénéchal de Montélimar, et ce titre l'avait vraisembla-
blement désigné au choix des électeurs. Toutefois, comme il n'avait
pas encore l'âge requis pour exercer la charge dont il était investi, ce
n'est qu'à son retour de Blois qu'il put entrer en fonctions.
Sa vie fut dès lors celle d'un homme d'épée. Il prit une part active à
la guerre des paysans (1578-1579); l'un des premiers il donna son adhé-
sion à la Ligue, qui n'eut pas de partisan plus convaincu. Lesdiguières
s'étant emparé de Montélimar en 1585, le sénéchal fut contraint de
s'expatrier. Il se rendit auprès du duc de Mayenne, qui lui conha
d'abord le commandement d'une compagnie de cent hommes d'armes
et le chargea dans la suite d'aller négocier avec le duc de Parme l'envoi
de troupes espagnoles destinées à faire lever le siège de Paris. Grand-
prévôt de l'hôtel en 1590, il fut enfin nommé gouverneur de la Fère, à
la place du marquis de Maignelay, qui trahissait la Ligue et était sur
le point d'ouvrir les portes de la ville à Henri IV. Ce changement ne
se fit pas sans effusion de sang ; Maignelay y perdit la vie ; mais rien
n'établit qu'il ait été assassiné par l'ordre de Jacques Colas. L'abjuration
et la victoire définitive de Henri IV ne purent avoir raison de l'obstina-
tion de l'ancien sénéchal. Au lieu de vendre chèrement sa soumission,
à l'exemple des principaux chefs de la Ligue, il rejeta les offres avan-
BIBLIOGRAPHIE. 375
tageuses qui lui furent faites et resta, par point d'honneur, au service
de l'Espagne. Gréé comte de la Fère par Philippe II (12 janvier 1595),
il soutint contre l'armée française un long siège, à la suite duquel il
obtint une capitulation des plus honorables. Il se retira alors auprès de
l'archiduc Albert, son protecteur, et c'est à ses côtés qu'il fut blessé
mortellement à la bataille de Nieuport, qui précéda l'investissement
d'Ostende (2 juillet 1600).
Le livre de M. Colas de la Noue, que complètent de nombreux docu-
ments inédits tirés des archives de la Drôme et de divers dépôts étran-
gers, est un chapitre curieux de l'histoire militaire et religieuse du
xvi» siècle. Je ne sais s'il ne tourne pas un peu trop à l'apologie. La
raison en est sans doute qu'il était nécessaire de venger Jacques Colas
des allégations malveillantes de l'historien deThou, qui, s'étant trouvé
en compétition avec lui à l'Université de Valence, lui gardait rancune.
Il a été plus d'une fois injuste pour un homme qui eut au moins le
mérite de rester obstinément fidèle à une cause perdue et dont la con-
duite ne manqua ni de courage, ni, semble-t-il, de désintéressement.
R. Delachenal.
L'Ambassade de France en Angleterre sous Henri IV. Missioii de
Christophe de Harlatj, comte de Beaumont (1602- 1605 J, par
P. Laffleïïr de Kermaingant. Paris, Didot, ^895. 2 vol. in- 8°,
LXxvi-334 et 350 pages.
M. de Kermaingant continue ses belles études sur la diplomatie de
Henri IV en Angleterre, qu'il avait commencées par la mission de Jean
de Thumery^. Il nous offre aujourd'hui la relation très détaillée de celle
de son successeur, Christophe de Harlay, comte de Beaumont. Ce nou-
vel ouvrage débute par un chapitre sur la famille de Harlay, dont
M. de Kermaingant refait et redresse l'histoire généalogique, grâce aux
documents que lui ont fournis les archives de M. le comte A. d'Hunol-
stein. Puis l'auteur pénètre dans le détail des négociations entre l'Angle-
terre et la France pendant la période de 1602 à 1605, qu'il expose avec
infiniment d'intelligence et une connaissance de l'Europe occidentale
au commencement du xvii^ siècle aussi solide qu'étendue; il est notam-
ment fort bien renseigné sur la politique espagnole, si mêlée à la nôtre
et à celle de l'Angleterre à cette époque. En fait de sources d'informa-
tion, M. de Kermaingant a surtout eu recours aux documents conser-
vés au Record Office et aux correspondances recueillies dans les volumes
du fonds français de notre Bibliothèque nationale; mais il n'a pas négligé
la littérature historique déjà imprimée, qui est, comme on le sait, con-
sidérable.
1. Paris, 1886, 2 vol. ia-8°.
376 BIBLIOGRAPHIE.
Le second volume de l'ouvrage de M. de Kermaingant est tout entier
rempli de lettres de Henri IV qui ont été omises dans le Recueil de
Berger de Xivrey. On peut juger par là, une fois de plus, avec quelle
négligence ce recueil a été conçu et mis à exécution.
Nous croyons inutile de louer la méthode de publication de M. de
Kermaingant. Ceux qui ont suivi ses travaux savent avec quelle scru-
puleuse exactitude il édite les textes et les commente. Mais nous devons
accorder une mention spéciale aux tables alphabétiques de ces deux
volumes, absolument complètes et établies avec une entente parfaite de
ces utiles instruments de recherches,
Alfred Morel-Fatio.
Les Bénédictins de Saint-Germairi'des-Prés et les savants lyonnais^
d'après leur correspondance inédite, par M. l'abbé J,-B. Va\el,
vicaire de Saint-Germain-des-Prés. Paris, Picard, et Lyon, Ville,
-1894. In-8", x-379 pages. ^0 fr.
On sait quel centre important d'érudition et de mouvement scienti-
fique était devenue, surtout après l'introduction de la réforme de Saint-
Mauren 1030, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Les savants moines
qui ont immortalisé le nom de Bénédictins comptaient presque autant
de collaborateurs que notre pays posséda, aux xvn^ et xvm^ siècles,
d'hommes instruits et d'hommes de goût.
M. l'abbé Vanel, que le cours de sa vie sacerdotale a d'abord attaché
au diocèse de Lyon et à la paroisse de Sainte-Blandine, sise au confluent
du Rhône et de la Saône, puis au diocèse de Paris et à l'antique église
de Saint-Germain-des-Prés <, s'est demandé s'il n'avait pas existé des
rapports littéraires entre les moines de Saint-Germain-des-Prés et Lyon
et quelles avaient bien pu être les relations de ces doctes religieux avec
les savants de la vieille métropole des Gaules. Il a minutieusement
dépouillé dans ce but l'abondante collection de lettres écrites par les
Bénédictins de Saint-Germain ou reçues par eux que possède la Biblio-
thèque nationale. La mine à exploiter était riche. Le grand établisse-
ment de la rue de Richelieu ne possède pas moins, dans le département
des manuscrits (fonds latin et fonds français), de soixante-dix volumes
uniquement remplis de cette intéressante correspondance. Mabillon,
Montfaucon, de Vie, Luc d'Achéry, entre autres Bénédictins de marque,
y sont représentés par une ample moisson de lettres.
M. l'abbé Vanel a publié intégralement les lettres se rapportant à son
sujet qui se trouvaient disséminées dans tous ces volumes. Mais là ne
s'est pas bornée sa tâche. Il a maintes fois éclairé cette correspondance,
1. Les vicissitudes de la carrière ont récemment ramené M. l'abbé Vanel dans
le diocèse de Lyon.
BIBLIOGRAPHIE. 377
qui n'était pas toujours facile à bien comprendre, par de véritables dis-
sertations pleines de savoir et de goût et qui forment, sans viser cepen-
dant à l'érudition, une sérieuse contribution à l'histoire de Lyon et des
ordres monastiques aux xvii" et xvni" siècles.
Le seul intitulé des chapitres donnera au lecteur une idée suffisante
du livre et de la façon libre et facile dont il a été ordonné : ch. i, une
lettre inédite de Mabillon; ch. n. Jésuite et Chartreux; ch. m, un col-
laborateur de bonne volonté; ch. iv, Variae; ch. v, une maison de
librairie lyonnaise et la Bibliothèque du roi; ch. vi, le sous -prieur
d'Ambronay ; ch. vn, constitutionnaires et appelants ; ch. viii (et der-
nier), l'éditeur de saint Irénée.
Nous ne pouvons songer à analyser en détail l'ouvrage. Signalons
toutefois en passant les pages consacrées par l'auteur aux deux arche-
vêques de Lyon, Mgr de Saint-Georges et le cardinal de Tencin, et
celles, non moins dignes d'attention, qui concernent la célèbre maison
de librairie des Anisson. Notons aussi l'essai de reconstitution de la
carrière oratoire du Père Ménestrier. Ce prédicateur avait été tout à fait
effacé jusqu'ici par le numismatiste et l'historiographe. M. l'abbé Vanel
était mieux que tout autre qualifié pour rendre bonne justice à l'orateur
et pour le venger de l'oubli de la postérité. Nous savons désormais,
grâce à lui, que le savant Jésuite ne prêcha pas moins de seize avents
et de vingt carêmes avec un véritable et constant succès.
Parmi les personnages que notre auteur remet ainsi en lumière, nous
citerons encore deux moines plus célèbres jusqu'ici que connus, nous
dit M. Vanel : dom Claude Estiennot, le plus infatigable peut-être des
Bénédictins et dont les vastes recueils, estimés à leur prix par les éru-
dits d'aujourd'hui, ont été mis autrefois à contribution par tous les col-
laborateurs du Gallia chrisliana; dom René Massuet, professeur éminent
de théologie, érudit de bonne marque, dont l'édition des œuvres de
saint Irénée, second évêque de Lyon, fut universellement appréciée.
Joignons à ces deux noms celui de dom Vincent Thuillier. M. l'abbé
Vanel nous dit les disputes théologiques auxquelles se trouva mêlé le
savant religieux et nous renseigne sur cette histoire du jansénisme que
Thuillier reçut mission d'écrire du triumvirat formé par les cardinaux
de Fleury, de Rohan et de Bissy, et qu'il composa en quelque sorte
sous leur surveillance et sous leur direction.
M. l'abbé Vanel indique au lecteur, à la fin de la préface, dans quelles
dispositions d'esprit il a voulu écrire ce livre. Sans négliger sciemment
aucun document utile, sans rien sacrifier des éléments nécessaires d'in-
vestigation, il s'est, dit-il, appliqué à ne pas dépouiller son travail de
tout appareil littéraire. Il s'est, en un mot, constamment préoccupé de
ne pas rebuter le lecteur et a même cherché à lui plaire en l'instruisant.
C'est un devoir pour nous de constater qu'il a pleinement réussi dans
ce double dessein.
378 BIBLIOGRAPHIE.
Les documents eux-mêmes, qui abondent dans l'ouvrage, sont d'une
lecture presque toujours facile et parfois agréable. Nous n'en citerons
comme preuve que l'anecdote contée dans une lettre (voy. p. 50) de
Pierre Louvet à Luc d'Achéry (Lyon, 5 septembre 1672). Il n'y avait
plus de religieux au prieuré de Regny et un procès s'était élevé entre
le diocèse de Mâcon et le prieur de Regny au sujet des décimes. Le
prieur disait avoir beaucoup de religieux à nourrir. Invité par arrêt à
faire sur place une enquête, le grand prieur de Gluny, duquel dépendait
Regny, « y députa un vieux sacristain sourd et qui n'y voyait goutte. »
Le prieur de Regny avait fait confectionner dix-huit habits pour ses
« grangers et leurs valets, qu'il fit revêtir et leur apprit à faire des révé-
rences quand ce commissaire viendrait; lequel en compta dix-huit à
table qui avaient tous bon appétit. 0 Le prieur eut ainsi gain de cause.
P. BûNNASSIEUX.
Journal d'Adrien Duquesnoy^ député du Tiers état de Bar-le^Duc,
sur l'Assemblée constituante (3 mai ^ 789-3 avril 1790), publié par
Robert de Geèvecœdr. Paris, Alph. Picard, -1894, 2 vol. in-S", xl-
504 et 545 p. -10 fr. le vol.
Il y a quinze ans, lorsque je lus les souvenirs de Fr.-Yves Besnard,
publiés par mon ami et confrère G. Port, je constatais avec un certain
étonnement le fossé profond qui séparait le xvme siècle du xix» en ce
qui touchait aux habitudes, aux usages, à tous les détails sociaux. Il
semblait qu'en 1810 on avait oublié tout ce qui datait de 1790. En feuil-
letant le journal d'Adrien Duquesnoy, je suis amené à reconnaître que les
caractères, les états d'âmes d'hommes assemblés et discutant n'ont guère
varié depuis un siècle. La Société d'histoire contemporaine a rendu
un vrai service en publiant les notes prises du 3 mai 1789 au 3 avril
1790, jour par jour, par un député du Tiers état. A défaut de journaux
et de publications ofQcielles, ces notes permettent de saisir sur le vif
les fluctuations, les impressions plus ou moins passionnées qui se
manifestaient dans les débuts en France delà vie parlementaire, et que
nous voyons se continuer depuis cent ans.
Adrien Duquesnoy appartenait à une famille bourgeoise; il vivait
très indépendant, s'occupant de lettres et d'agriculture, n'étant avocat
que de nom, professant même un certain dédain pour ses confrères.
Il représente parfaitement le bourgeois intelligent et modéré, souhai-
tant l'établissement de réformes, sans violence, espérant sans cesse, au
milieu des crises les plus ardentes, voir la paix s'établir, professant un
respect sympathique envers le roi, n'incriminant pas la reine, mais ne
ménageant pas son antipathie à l'égard des personnages qui entouraient
l'un et l'autre, et aussi à l'égard de l'abbé Maury et de Mirabeau.
Il est curieux de voir cet homme modéré blâmant sévèrement les
mesures énergiques tentées par le gouvernement pour maintenir l'ordre,
BIBLIOGRAPHIE. 379
mais trouvant très légitime l'opposition persistante de l'Assemblée
constituante à tout ce qu'essayait le pouvoir auquel il reprochait sa fai-
blesse (t. I, p. 205); se figurant que l'anarchie n'était jamais assez com-
plète parce qu'il fallait une secousse très violente pour opérer le bien
(t. I, p. 233); bien plus, admettant que l'insurrection est de droit natu-
rel et rigoureux, à condition cependant qu'elle n'aille pas jusqu'à l'in-
cendie et la violence (t. 11, p. 366); versant un pleur sur l'exécution
de Favras, tout en ajoutant que, s'il eût été au nombre des juges, il
l'aurait fait pendre. Le raisonnement de Duquesnoy est ici assez inco-
hérent, et on ne voit pas clairement comment cette exécution justifie
l'impartialité du Chàtelet parce qu'auparavant il avait acquitté Besen-
val, contre lequel il n'avait trouvé rien de sérieux.
Le bon sens de Duquesnoy se manifesta dans ses appréciations de
plusieurs de ses collègues. Il prévoyait ce que fut Robespierre ; il est
sévère mais juste pour l'abbé Maury et Mirabeau ; après avoir eu des
illusions sur Necker, il finit par le connaître; à certain moment, il
montre le Tiers plus flatté d'avoir pour président un cordon bleu que
l'un des siens (t. I, p. 375) ; l'égoïsme hypocrite de ceux qui se procla-
maient dévoués aux intérêts du peuple, mais ne songeaient qu'à briguer
des places et de l'argent pour eux et leurs amis (t. I, p. 451) ; la manie
des longs discours, et ici il avance très justement qu'il y a « très peu
de discours qui, réduits à leur moindre terme, ne pussent être présentés
dans un aperçu de dix à douze minutes, si on les dégageait des phrases,
de l'éloquence, des exordes, péroraisons, etc. » (t. Il, p. 374). Les
impressions de Duquesnoy sont assez étranges en ce qui touche la prise
de la Bastille, dont le peuple, poussé par l'extrême désir de la liberté,
s'empara « avec tant d'ordre, de sagesse qu'on ne peut trop s'en éton-
ner après l'extrême fureur où il devait être. »
Le journal de Duquesnoy est connu par deux exemplaires, l'un
quelque peu plus complet que l'autre. M. de Grèvecœur s'est servi des
deux en ayant soin d'indiquer les variantes. Il semble que l'exemplaire
le plus long ait été celui de l'auteur, tandis que le plus court était des-
tiné au prince Emmanuel de Salm-Salm, qui entretenait avec Duques-
noy des relations assez intimes. C'était un personnage assez curieux à
étudier que le prince de Salm. Né en 1742, fils du feld-maréchal Nico-
las-Léopold, dont il fut le seizième enfant, le prince Emmanuel fut au
service de l'Empire et de l'Espagne, puis il entra dans l'armée fran-
çaise; maréchal de camp en 1781, il devint en 1783 colonel-propriétaire
du 63« régiment d'infanterie, qui porta successivement les noms de
Furstenberg, de Bentheim, d'Anhalt et enfin de Salm-Salm avant de
devenir le 62<^ de hgne. Le prince Emmanuel appartint à ce groupe de
gentilshommes qui, à l'exemple des Lameth, des Mirabeau, etc., pro-
fessaient des opinions libérales et humanitaires; passant alors pour
380 BIBLIOGRAPHIE.
très avancés, un siècle plus tard, ils n'auraient été que modérés. Il
rêva, lui aussi, de faire une Constitution, de prendre part aux luttes
politiques, d'être député à l'Assemblée constituante pour la noblesse,
au pis aller pour le Tiers; il n'arriva qu'à être électeur d'abord, puis
député suppléant; à cette occasion, un de ses amis de Nancy, M. de
Metz, et l'avocat Régnier, qui fut plus tard duc de Massa, lui écrivirent
des lettres de condoléances. Le prince Emmanuel se retira dans le
Rheingau, où il mourut. Il est à regretter que M. de Grèvecœur n'ait
pas été à même de retrouver chez les descendants de Duquesnoy la
correspondance du prince Emmanuel, elle aurait fourni des indications
curieuses sur l'impression que lui donnaient les notes de son corres-
pondant et sur les motifs de l'intimité de ces deux personnages.
Après l'Assemblée constituante, Duquesnoy, retiré à Nancy, accepta
des fonctions administratives; emprisonné deux fois comme modéré et
comme fédéraliste, il échappa à la guillotine; puis maire à Paris, fila-
teur à Rouen, il désespéra un jour de ses affaires commerciales et se
noyait en 1808.
Le journal d'Adrien Duquesnoy est un des documents les plus pré-
cieux à consulter pour toute personne qui veut se faire une idée nette
des commencements de la Révolution. C'est un tableau fidèle et aussi
impartial que possible des événements, ainsi que des passions qui agi-
taient les esprits.
A. DE Barthélémy.
P. L.-Jos. -Marie Gros, S. J. Saint Jean-François Régis, de la Com-
pagnie de Jésus, son pays, sa famille, sa vie. Documents nouveaux.
Toulouse, libr. A. Loubens, ^894. In-8% xii-369 p. — 3 fr. 50.
Le présent ouvrage a bien pour objet de présenter au public les
documents nouveaux que le P. Cros a rencontrés dans les archives nota-
riales sur la famille de Jean-François Régis, ce qui lui permet déplacer
en meilleure lumière les premières années et les premières relations de
l'apôtre du Languedoc. Le reste de la vie est tiré en grande partie des
récits du plus ancien biographe du bienheureux, et le P. Cros ne s'en
cache pas, bien au contraire; il s'est proposé, dit-il modestement,
« d'enchâsser dans les documents nouveaux, fruit de ses recherches, les
perles du P. Labroue, le Ribadeneyra de saint Jean-François Régis. »
Le nouvel auteur rapporte encore de très nombreux témoignages authen-
tiques et inédits de miracles opérés par l'intercession du saint.
Écrit avec méthode et intelligence, ce livre parvient à satisfaire en
même temps ceux qui cherchent leur édification personnelle et ceux
qui sont plus spécialement attirés par les questions d'érudition.
L.-H. L.
BIBLIOGRAPHIE. 38^
Maistre Jehan Garant, prototypographe de la ville de Périgueux,
par A. Dujarric-Descombes. Paris, impr. Fommarty, -1893. In-8"',
^6 pages.
A l'époque où M. Deschamps publiait son Dictionnaire de géographie
ancienne à l'usage du libraire et de V amateur de livres (Paris, 1870, in-S"),
on ne connaissait qu'un ouvrage imprimé au xyi^ siècle à Périgueux
les Statuts synodaux du diocèse de Gahors, de 1503, cités dans la Biblio-
thèque historique du P. Lelong.
Grâce à divers érudits et à M. D., nous savons aujourd'hui que Jean
Garant ou Garent, établi à Périgueux, de 1498 à 1504, — dates que
d'autres découvertes modifieront peut-être plus tard, — a imprimé :
1 . Resolutorium dubiorum circa celebrationem missarum occurrentium,
par Jean de La Pierre. In-B», goth. M. D. indique la date de 1498.
2. Expositio decretalis, par Jean Menauld. Petit in-4°, goth., 15 mai
1502.
3. De penitentiis et remissionibus egregium opusculum, du même. Petit
in-4'', goth., 1502.
4. Constitutiones sijnodales Caturcenses editx et renovatae per Antoniuni
de Lusetgio, episcopum Caturcensem, anno 1502. In-fol., goth., 1503.
M. D. croit que le Rituel de Périgueux, de 1509, est sorti des presses
de Jean Teyssier, qui aurait succédé à Jean Garant. François Teyssier
donnait plus tard une seconde édition de ce traité sous le titre de :
Manuale seu instructorium curatorum, 1536; puis : Succintissima gram-
matiez methodus, par M. L. Itier, 1536; et Missale Petragoricense, 1541.
De quel pays était venu le prototypographe J. Garant? M. D, estime
que c'est d'Allemagne et que le prieur de Sorbonne Jean de La Pierre
ne dut pas être étranger à cette expatriation. M. D. appuie son hypo-
thèse sur les considérations suivantes : le nom de Garant ou Garent n'est
qu'une modification du nom allemand Grantz; le premier livre imprimé
par Garant étant un ouvrage de Jean de La Pierre, on peut voir là un
hommage rendu à un protecteur ou maître. Ges raisons paraîtront peut-
être un peu faibles, car notre imprimeur signe toujours d'un nom fran-
çais qui, dans les actes notariés où il figure, n'est jamais accompagné
d'un qualificatif de nature à faire supposer une origine étrangère.
D'autre part, le traité de J. de La Pierre, dont il s'agit, a été reproduit
dans de nombreux ateliers pour cette unique raison que sa vogue en
assurait un prompt et fructueux débit.
On peut regretter que les notices de iVI. D. ne soient pas plus détail-
lées et techniques, mais il se recommande par l'apport nouveau qu'il
verse à la masse des connaissances bibliographiques. On saura gré à
l'auteur de n'avoir pas hésité devant le dépouillement de registres nota-
riaux dont la lecture n'est pas toujours aisée et d'avoir reproduit dans
4895 25
382 BIBLIOGRAPHIE.
un Appendice, outre plusieurs extraits d'actes de cette provenance, une
curieuse procuration donnée par Jean Garant à un prêtre à l'effet de
former une société pour l'impression d'un missel de Gahors (7 novembre
1502), entreprise dont on ignore d'ailleurs le sort.
Ch. PORTAL.
Mémorandum des consuls de la ville de Martel (Lot) ^ par H. Teulié.
Paris, librairie Emile Bouillon, ^895. In-8°, 47 pages. (Extrait de
la Revue de philologie française.]
Le nom du recueil, dans lequel ont paru pour la première fois les
textes publiés par M. Teulié, indique assez à quel point de vue ils
doivent être surtout considérés. Ils n'ont qu'un intérêt historique très
restreint, l'éditeur le reconnaît lui-même : ce Mémorandum, de la
seconde moitié du xui^ siècle, était en eflfet un simple registre sur
lequel les consuls ou leurs secrétaires prenaient note des menues affaires
et de leurs dépenses en diverses circonstances, enquêtes, procès, envois
de messagers dans les villes et châteaux d'alentour, paiements de dettes,
transports et rachats de gages, change des monnaies, réparations à
ceux qui avaient éprouvé quelque dommage de la part de la commu-
nauté, présents, acquisitions de parchemin (nous dirions aujourd'hui
frais de bureau), etc.
Ces documents sont publiés avec soin ; ils sont suivis de remarques
comparatives de la langue parlée au xni« siècle à Martel avec les formes
actuelles, puis d'un glossaire des principaux termes employés.
L.-H. L.
Comptes des consuls de Montréal-du-Gers (^411, ^4I2, 14(3, ^4^4),
par M. l'abbé A. Bredils. Première partie. Bordeaux, impr. G. Gou-
nouilhou, 1895. In-4°, 79 pages. (Extrait des Archives historiques
du département de la Gironde, t. XXIX.)
La ville de Montréal-du-Gers avait été fondée en 1255 par un des
sénéchaux d'Alphonse de Poitiers, à l'extrémité méridionale de l'Age-
nais et sur la frontière même de l'Armagnac; on lui avait annexé
comme dépendances plusieurs paroisses des environs, dont quelques-
unes faisaient partie du diocèse d'Auch, de l'Armagnac et du ressort
du parlement de Toulouse. Elle avait six consuls annuels, qui offraient
cette particularité d'être divisés en trois groupes; ils étaient chargés
deux par deux de l'administration du quartier de la ville correspondant
à l'une des trois rues principales et de toutes les paroisses rurales sises
dans la direction de cette rue. A la fin de l'exercice, chacun d'eux pré-
sentait le compte de ses dépenses : les plus anciens de ces documents,
aujourd'hui conservés aux archives municipales de Montréal, sont
BIBLIOGRAPHIE. 383
de 1411, 1412 et 1413. Ce sont ceux-là que publie M. l'abbé Breuils
dans cette première partie, avec, en tête, des sommaires détaillés et à la
fin des notes, dont quelques-unes, trop rares, sont tirées d'un Liber ter-
rîtorius feudorum de 1403 à 1489.
Le principal intérêt de ces anciens comptes consiste surtout en ce
qu'ils donnent d'abondantes informations sur l'histoire des guerres
anglaises dans le sud-ouest de la France et de précieux renseignements
pour l'étude des mœurs au commencement du xv« siècle. Ils offrent
également aux philologues des textes importants, dont ils peuvent tirer
grand parti pour la connaissance du dialecte de cette région. Une petite
remarque vient à l'idée du lecteur des sommaires, très bien faits d'ail-
leurs : pourquoi l'éditeur, à propos des nombreuses courses de tau-
reaux données par les consuls, inscrit-il constamment dans ces som-
maires français la forme espagnole toros ?
L.-H. L.
Histoire de Maguelone , par Frédéric Fabrège. T. I : /a Cité, les
évêques, les comtes. Paris, A. Picard et fils 5 Montpellier, F. Seguin,
^894. In-4% civ-5<l pages. 30 fr.
Cette volumineuse Histoire, dont M. F. Fabrège vient de donner le
premier tome, représente une somme considérable de travail et un effort
prodigieux : c'est là une de ses principales qualités, mais c'est par là
aussi qu'elle pèche, car l'auteur n'a pas su se renfermer dans son sujet
et a saisi toutes les occasions possibles de se perdre en longues disser-
tations. De même, ayant la louable habitude de tout vérifier et d'indi-
quer ses sources et ses preuves, il a accumulé d'une façon excessive
des notes parfois interminables et d'un intérêt plus que restreint; à
quoi bon en effet transcrire, comme il l'a fait souvent, des pages entières
d'autres auteurs? Pourquoi citer aussi avec profusion des ouvrages de
seconde, troisième ou quatrième main? Un autre reproche que l'oa
peut adresser à M. Fabrège, c'est de n'être pas au courant de la science
pour l'histoire générale. Ces critiques une fois faites, je suis heureux
de reconnaître en lui un historien consciencieux, qui écrit d'une façon
très claire, qui connaît à fond son sujet et qui le présente d'une façon
agréable.
Pour se rendre mieux compte de l'économie de son livre, il est utile
de l'analyser chapitre par chapitre. Après une courte préface où le plan
est exposé, est une longue, très longue introduction parfaitement inu-
tile, divisée en quatre chapitres. Le premier, l'Horizon de la terre, énu-
mère, avec les principaux souvenirs historiques qui s'y rattachent, les
villages, châteaux, villes, vallées, montagnes qu'il est possible d'aper-
cevoir de l'île de Maguelone; le second, l'Horizon de la mer, n'est qu'un
chant dithyrambique en l'honneur de la Méditerranée, du soleil, de la
384 BIBLIOGRAPHIE.
lune, de la nuit, où l'auteur cite les félibres, Virgile, Dante, Lamar-
tine, Montalembert et, qui le croirait? M^^^ Graven et Bismarck! Le
troisième, sous le titre de la Belle Maguelone, est consacré au roman
de Pierre de Provence; M. Fabrège ne veut rien perdre des traditions
qui se rattachent à cette gracieuse légende, et l'opinion de M. Gaston
Paris ne peut lui faire abandonner l'attribution à Bernard de Tréviers;
il ne consent pas davantage à refuser à Pétrarque une révision et des
corrections. Ne contestons pas le charme et le mérite de ce roman,
mais avouons cependant que c'est lui rendre un mauvais service que
de bannir toute critique à son égard. Le quatrième chapitre, enfin, traite
de la cathédrale, mais seulement au point de vue poétique et religieux,
l'auteur réservant pour le second volume les questions d'archéologie.
Ainsi donc, tout ce qui a été dit jusqu'ici pouvait être supprimé sans
inconvénient pour l'intérêt de l'ouvrage,
"Voici maintenant la partie véritablement historique, avec l'étude
de la cité romaine comme chapitre i. Là encore des considérations
interminables sur la fortune des ports de mer, avant d'arriver à écrire
que l'ile dut recevoir à l'origine un établissement phénicien. Passons
sur l'étymologie qui a fait déraisonner plusieurs générations de savants,
et louons M. Fabrège de nous donner enfin quelque chose de neuf et
d'inédit sur l'époque romaine, en décrivant les objets antiques et les ins-
criptions trouvés à Maguelone. Le deuxième chapitre, l'Invasion sarra-
sine; destruction de la cité, est bon, toujours malgré quelques longueurs
et malgré la confusion établie entre la civitas des Romains et des Méro-
vingiens et ce que nous entendons aujourd'hui par cité. Les chansons
de geste ont été utilisées avec modération; c'est une qualité qu'il faut
reconnaître'. Le chapitre ni, intitulé : les Premiers évêques, défend la
thèse aujourd'hui abandonnée de l'apostolicité des églises de la Gaule
et en particulier la légende des saints de Provence; n'ai-je pas déjà dit
que cette Histoire est arriérée sur les questions d'intérêt général? Point
n'est besoin d'insister sur ce sujet d'évangélisation de la Gaule et en
particulier des provinces méridionales (voir les excellentes dissertations
de M. l'abbé Duchesne), d'autant plus que M. Fabrège lui-même ne
peut prouver qu'il y ait eu des évêques à Maguelone avant le vi« siècle,
quoiqu'il prétende faire remonter au ni« ou au n« siècle une inscription
gravée sur marbre antique-. On doit aussi remarquer à ce propos,
comme on l'a déjà fait observer ailleurs 3, que Maguelone n'avait pas
1. Notons dans ce second chapitre, à la page 57, note 1, cette indication fau-
tive : 0 British Muséum addilional, manuscrit 21, 218. »
2. Autres petites remarques sur ce chapitre : P. 84. A quelle époque y eut-il
des archevêques à Marseille? — P. 90. A quoi boa prendre des renseignements
dans un document apocryphe cité comme tel?
3. Revue historique, t. LVIII, p. 121.
BIBLIOGRAPHIE. 385
aux premiers siècles le titre de civitas. Le chapitre iv, qui traite de la
restauration de la cathédrale au xi^ siècle et de l'organisation du cha-
pitre, est un des mieux rédigés et des plus intéressants; les règlements
donnés par les évéques à leurs chanoines sont des documents précieux
pour l'histoire des institutions, et l'auteur les a présentés le mieux pos-
sible. Pourtant je soulèverai encore deux petites chicanes, l'une à pro-
pos de la règle de saint Augustin, qui, selon M. Fabrège (p. 115), ser-
vit de base à toutes les constitutions monastiques, et au sujet du nom
d'ogive donné à l'arc brisé (p. H9); même M. Fabrège fait de cet arc
brisé une caractéristique du style d'architecture qui suivit le roman
(n. 1 de lap. 119), comme si beaucoup de monuments des xie-xii»^ siècles,
même dans la Provence et le Languedoc, n'en présentaient pas. C'est
là une grossière erreur qu'il devra se garder de répéter dans le tome IL
Le chapitre v est relatif à l'origine et à l'histoire des comtes de Mague-
lone et de Melgueil et à leur inféodation au saint-siège consentie par
Pierre et sa femme, Almodis de Toulouse, le 27 avril 1085; malheu-
reusement tout cela est noyé dans un flot de détails sur le comte Aigulf,
saint Benoît d'Aniane, saint Guillaume, etc. Les chapitres vi et vu, qui
ont pour titre les Papes à Maguelone, et dans lesquels l'auteur raconte à
la suite de quelles circonstances Urbain II, Gélase II, Galixte II, Inno-
cent II et Alexandre III ont abordé dans cette île, sont à récrire en
partie. Il est vrai que l'on peut dire, à la décharge de M. Fabrège, qu'il
a composé son livre et qu'il en a commencé l'impression voilà bien des
années ' ; mais cependant on ne s'explique pas les raisons pour lesquelles
il s'est attaché à analyser le tome VII des Moines d'Occident de Monta-
lembert et à tracer d'après lui l'itinéraire des papes, alors que depuis
1851 est parue la première édition des Regesta de Jaffé, qui présentent
des documents beaucoup plus nombreux et plus certains 2. La seconde
édition de ce même ouvrage, depuis dix ans dans le commerce, lui
aurait permis encore de ne plus citer VÉtude de notre confrère M. Ul.
Robert sur les actes du pape Galixte 11 (Paris, 1874); j'admets, bien
entendu, que cette partie de l'Histoire de Maguelone a été achevée d'im-
primer avant 1891, date de la publication du bullaire complet du même
pape. On peut juger maintenant si ces deux chapitres doivent être complets
malgré leur étendue. Le même reproche peut être fait aux chapitres vm
et IX, où il est question, encore très longuement, de la guerre des Albi-
1. Est-ce pour cela qu'il a laissé subsister quelquefois les expressions de
Bibliothèque impériale et à.'' Archives de VEmpire (p. 189, 387 note 1)? Une
remarque à ce propos : les renvois aux manuscrits de la Bibliothèque natio-
nale ont toujours été faits d'une façon incomplète, sans indication de fonds
français ou de fonds latin.
2. Les Regesta de Potthast, parus en 1874, sont cités; de même la nouvelle
édition de l'Histoire du Languedoc, qui a été mise la même année en sous-
cription.
386 BIBLIOGRAPHIE.
geois; je ne m'y arrêterai pas, je me bornerai à constater que l'auteur
se préoccupe de plus en plus de Montpellier et de ses comtes et de
moins en moins de Maguelone. Enfin le dernier chapitre démontre que,
dans tous les documents du moyen âge intéressant les différents liefs
et les diverses églises de l'évêché en question, excepté dans l'acte de
fondation du monastère de Sauret en 1138, il n'est pas fait mention de
serfs. M. Léopold Delisle, dans son Étude sur la condition de la classe
agricole en Normandie, avait constaté le même fait pour cette province.
Mais, si les propriétaires fonciers des xi« et xii<' siècles n'eurent pas de
serfs, les bourgeois du xiv^ et des époques suivantes, jusqu'à la veille
de la Révolution, eurent des esclaves provenant de l'Afrique et plus tard
de l'Amérique. La chose était absolument courante dans toutes les pro-
vinces voisines de la Méditerranée, Roussillon, Languedoc et Provence,
et rien n'était plus fréquent que les ventes ou échanges de bétail
humain.
En résumé, le livre de M. Fabrège témoigne d'un travail très cons-
ciencieux, mais il est trop abondant en détails hors du sujet et aurait
dû être publié il y a une trentaine d'années, où il aurait paru au cou-
rant de l'érudition.
L.-H. L.\BANDE.
Vicomte de Gai x de Saint- Atmodr. Notes et documents pour servir à
l'histoire d'une famille picarde au moyen âge XI^-XVP siècles).
La Maison de Caix^ rameaumâle des Boves-Coucy. Paris, H. Cham-
pion, ^89:^. In-S", viir-253-vi-ccxxxviii-8D pages.
Le titre de l'ouvrage indique suffisamment la matière qui est traitée
dans ce livre familial. Ce n'est o ni une histoire, dit M. de Caix de
Saint-Aymour, ni une généalogie. La première prétention, continue-
t-il, ne serait pas justifiée par la modestie de la maison dont il contient
les annales, et qui, bien qu'issue de grands barons féodaux, a vécu
sans illustration dans une obscurité provinciale. La seconde épithète
lui serait aussi mal appliquée, car, pour la lui mériter, il eût fallu à
son auteur la complaisance, qui a toujours été la qualité maîtresse des
faiseurs de généalogie. »
Les érudits seront bien plus satisfaits d'y trouver un recueil précieux
de documents importants pour l'histoire de la Picardie, et, à ce point
de vue, ils regretteront de ne pas le voir dans le commerce. La seconde
partie de ce volume est formée en effet par la transcription de 154 pièces
justificatives, dont les dates sont comprises entre les années 1095
et 1639. Elles sont extraites des cartulaires du chapitre d'Amiens, de
Saint-Corneille de Compiègne, de l'abbaye de Corbie, de Saint-Martin
de Laon, du prieuré de Lihons-en-Sanlerrc, de l'abbaye du Paraclet;
des collections Grenier, Moreau, Clairambault et du Cabinet des titres
BIBLIOGRAPHIE. 387
de la Bibliothèque nationale; des archives particulières de la maison
de Caix, des Archives nationales, des archives départementales de la
Somme, du Pas-de-Calais et de l'Aisne, etc. De plus, l'ouvrage est ter-
miné par deux tables très complètes des noms de personnes et des noms
de lieux qui sont cités. Je me permettrai cependant deux très légères
observations, la première au sujet de la pagination : le volume en a
cinq différentes, ce qui peut facilement occasionner des erreurs. En
second lieu, il aurait été avantageux de donner, après la table des cha-
pitres, la liste des pièces justificatives.
L.-H. L.
Causeries du Besacier. Mélanges pour servir à P histoire des pays gui
forment aujourd'hui le département de l'Oise, par le vicomte
DE Gaix de Saint-Aymour, Deuxième série. Paris, A. Claudin et
H. Champion, ^893. In-8°, 333 pages. 5 fr.
M. le vicomte de Gaix de Saint-Aymour a continué cette année la
publication d'une série d'études sur les pays qui ont formé le départe-
ment de l'Oise ; le premier volume avait paru en 1892 et il en avait été
rendu compte ici même (t. LIV, 1893, p. 379).
Parmi ces Causeries, présentées toutes d'une façon intéressante et
spirituelle, il en est qu'il est utile de mentionner d'une manière plus
spéciale : en premier lieu, celle qui donne la biographie aussi complète
que possible d'Anne de Russie, reine de France, puis comtesse de
Valois et fondatrice de l'abbaye de Saint- Vincent de Senlis; ensuite
les légendes relatives à saint Rieul, les détails sur la famille des Billy,
seigneurs d'Ivors, Antilly et Guvergnon (1301-1789), et enfin les notes
sur quelques communes rurales du canton de Pont-Sainte-Maxence,
rédigées à propos de la Notice historique et descriptive de ce canton,
écrite récemment par M. T. Petit. Ces derniers chapitres sont presque
des monographies, et il y aurait peu de chose à y ajouter pour qu'ils
soient une histoire définitive des localités intéressées. Peut-être faut-il
reprocher à l'auteur une trop grande modestie sous ce rapport; il dit
lui-même quelque part qu'il n'a pas eu d'autre prétention que de four-
nir des documents précis à la recherche de la vérité : il a donné plus
que cela et souvent il a fait œuvre de véritable historien.
L.-H. L.
Strasbourg et Bologne. Recherches biographiques et littéraires sur
les étudiants alsaciens immatriculés à V Université de Bologne de
1289 à 1562, par P. Ristelhuber. Paris, E. Leroux, -189^. In-8°,
153 pages. 3 fr. 50.
M. Paul Ristelhuber a relevé dans les documents relatifs à l'ancienne
Université de Bologne, retrouvés par le comte Nerio Malvezzi de' Medici
388 BIBLIOGRAPHIE.
dans ses archives familiales et publiés par Friedlânder et Malagola',
une série de noms d'étudiants alsaciens. Il en a trouvé jusqu'à 193, qu'il
a classés par ordre chronologique en faisant suivre chaque nom d'une
notice plus ou moins étendue, suivant l'intérêt du personnage. Le plus
ancien remonte à 1289 et celui qui clôture la liste est Eusèbe Hedion, le fils
du réformateur strasbourgeois, en 1556. Le nom mis par M. R. en tête
est maître Hildebrandus de Molhusen, mais rien ne prouve qu'il s'agisse
ici de Mulhouse en Alsace. On ne trouve aucune trace du personnage
dansjios chroniques alsaciennes ni dans l'excellent cartulaire de Mul-
house de feu M. Mossmann. M. R. a attribué à tort d'autres noms
encore à l'Alsace, tels que Gérard de Reinach (1295), Jacques de Rei-
nach (1304), Werner de Reinach (1344). La famille de Reinach, origi-
naire de l'Argovie, ne s'établit en Alsace que dans le courant du
xiv^ siècle, oii nous trouvons en 1352 Jacques de Reinach, commandeur
de l'ordre Teutonique à Mulhouse. Il faudra rejeter également les noms
de Johannes de Gengenbach (1314) et Thomas de Gengenbach, qui sont
des Badois. Petrus de Argentina n'est autre que Pierre Schott, le célèbre
humaniste strasbourgeois, le contemporain de Wimphelinget de Sébas-
tien Brant.
Malgré ces quelques réserves, l'étude de M. R. ne manque pas d'in-
térêt; elle apporte des détails nouveaux sur bien des personnages connus
dont on avait ignoré jusqu'à ce jour le passage à l'Université italienne.
Elle ne mérite pas les critiques acerbes de certains érudits allemands
immigrés qui traitent l'histoire d'Alsace comme leurs armées ont traité
le pays. En publiant ces notices, M. R. a donné un complément utile
à l'histoire de plusieurs grandes familles alsaciennes aujourd'hui presque
toutes éteintes.
Charles Nerlinqer.
Geschichfe der Herz'ôge von Zàhringen. Herausgegeben von der
badischen historischen Commission. Bearbeitet von Dr Eduard
Heyck. Freiburg-i.-B., P. Siebeck, -189^. In-8°, 607 pages, avec
un tableau généalogique. Prix : ^6 m.
On aurait mauvaise grâce à faire des reproches trop sévères à l'au-
teur sur les lacunes de son livre, alors que lui-même les énumère lon-
guement dans sa préface. Il pousse le scrupule jusqu'à s'excuser des
erreurs typographiques qui ont pu se produire dans la transcription
des u et o. Il n'affirme pas non plus que son livre soit une œuvre
définitive, ne laissant plus rien à glaner après lui. Il invoque comme
1. « Acla nalionis Germanicse universitatis Bononiensis ex archetypis tabularii
Malvezziaiii. Jussu instituti Gerinanici edidcruat Ernestus Friedlajnder et Caro-
lus Malagola... » Berlin, 1887.
BIBLIOGRAPHIE. 389
excuse pour les imperfections que l'on pourra rencontrer dans son tra-
vail le manque de temps. Il dut l'écrire dans le court espace de quatre
ans, et cela lui a suffi pour dépouiller un nombre presque prodigieux
de sources diverses. La somme de travail fournie est considérable, mais
il faut bien reconnaître que la composition est singulièrement lâche et
incohérente. Ce livre a les défauts de la très grande majorité des livres
d'érudition allemands : il est touffu, plein d'une foule de menus détails
qui, à chaque instant, font perdre de vue le sujet principal et dans les-
quels il est fort difficile de se retrouver. Ni sommaire en tête de§ cha-
pitres ni manchettes, un maigre titre courant au haut des pages est le
seul fil conducteur qui vous guide un peu à travers ces broussailles. La
langue est peu claire, entortillée. L'index est peu sûr et fourmille de
lacunes. Enfin l'auteur ignore certainement le français. Néanmoins,
malgré la difficulté de la lecture, ce livre est le meilleur qui ait paru
sur l'histoire des ducs de Zaehringen.
Par bien des points, cette histoire touche à l'histoire générale de
l'Europe et en particulier à celle de l'Allemagne et de la France. Elle
ne comprend que la période des ducs et s'étend de 1061 à 1218. Les
Zaehringen, ancêtres de la maison de Bade actuellement régnante,
remontent peut-être au x« siècle déjà, d'après l'auteur. La grandeur de
la maison était basée sur de grandes possessions territoriales s'étendant
depuis le nord du grand-duché actuel et la Rauhe-Alb jusqu'au canton
suisse de Fribourg. De plus, elle possédait le rectorat de Bourgogne.
Les Zaehringen n'étaient primitivement que comtes; ils devinrent
ducs d'une manière assez curieuse. L'impératrice Agnès de Poitiers,
veuve de Henri III, pour dédommager Berthold l*"" de Zaehringen,
évincé par Otton de Schweinfurth, nommé duc de Souabe, lui confia
en 1061 l'étendard des ducs de Carinthie. Berthold I^f ne put se faire
reconnaître dans ce duché fallacieux, mais il en garda le titre, de même
que les successeurs de son fils Hermann s'appelèrent plus tard mar-
graves de Bade, parce que leur aïeul avait été investi un jour du mar-
graviat de Vérone.
Berthold le^, qui fonda la grandeur de sa maison, fut mêlé à toutes
les grandes affaires de son époque et prit une part active dans la que-
relle des investitures qui commençait. Après lui, celui qui mérite de
fixer l'attention est le remuant Berthold IV, qui eut des relations assez
étroites avec le roi de France Louis VIL Berthold V, plus calme et
beaucoup plus prudent que son père, obtint plus de succès et assura la
prospérité de sa maison. L'étude faite par M. Heyck de ce dernier duc
le fait voir sous un jour tout à fait nouveau.
La seconde partie du volume contient d'intéressantes et substantielles
notices sur les possessions et les droits de la maison de Zaehringen
(fiefs impériaux, fiefs ecclésiastiques, ministériaux, etc.), sur la fonda-
tion de Fribourg-en-Brisgau, les sceaux des Zaehringen, enfin une
390 BIBLIOGRAPHIE.
bonne étude critique généalogique. Un tableau généalogique termine
ce volume, qui, malgré ses défauts, contient une foule de renseigne-
ments précieux et sera très utile à tous les historiens qui s'occupent de
l'histoire de l'Allemagne, de la France et de l'Italie au xi« et au
xii'= siècle.
Charles Nerlinger.
Cours de littératnre celtique, par M. d'Arbois de Jdbaiivville,
membre de l'Institut. T. VII : Études sur le droit celtique, t. I.
Paris, Thorin, ^894. In-S", xx-388 pages.
Le vieux droit irlandais n'a pas aujourd'hui d'interprète plus sagace
et plus autorisé que notre confrère M. d'Arbois de Jubainville. Deux
volumes de son Cours de littérature celtique seront consacrés au droit
irlandais. Le premier de ces deux volumes (t. \JÎ du Cours de littéra-
ture celtique) est sous nos yeux; l'auteur y traite du serment, de
l'épreuve par l'eau, du duel, de la composition, de la saisie et, à cette
occasion, du jugement et de l'assemblée publique. Le droit romain, le
droit grec, le droit germanique, parfois le droit slave, viennent, sous
la plume de l'auteur, éclairer le droit irlandais, en sorte que cet ouvrage
est, en bonne partie, une solide étude de droit comparé. Une des expli-
cations proposées par M. d'Arbois de Jubainville me laisse quelques
doutes; l'auteur rapproche le délai irlandais de trente nuits du délai
franc de trente nuits (expulsion de Vhomo migrans dans la Loi salique,
tit. XLv). La domination longtemps exercée par les Celtes sur les Ger-
mains explique, suivant lui, cette concordance. Mais ne pourrait-on
pas, comme M. d'Arbois de Jubainville l'a fait pour d'autres particu-
larités juridiques, songer à d'anciens usages communs à divers peuples
de la race indo-germanique? Je retrouve, en effet, un délai de trente
jours, pour d'autres hypothèses, il est vrai, non seulement dans la Loi
salique, mais aussi dans la Loi des douze tables (III, 1 ; cf. III, 5).
Je ne saurais accepter sans réserve, quant aux bienfaits de la conquête
romaine, les idées de l'auteur, lesquelles sont d'ailleurs les idées com-
munes, exposées avec une singulière vigueur et puissance. Mais j'ai
déjà eu l'occasion de m'expliquer ailleurs à ce sujet; je ne fatiguerai
donc pas le lecteur par des redites ou d'inutiles discussions.
Qu'il me suffise d'avoir signalé une œuvre nouvelle de notre
infatigable confrère, œuvre aussi profonde et aussi originale que ses
devancières.
Paul ViOLLET.
Paul PouRXiER. Le premier manuel canonique de la réforme du
XP siècle. (Extrait des Mélanges d'archéologie et d'histoire,
t. XIV.) Rome, 4 894, in-S". — La Collezione canonica del regesto
di Farfa. (Estratto dalP Archivio délia R. Società Romana di
BIBLIOGRAPHIE. Bd\
storia patria, t. XVII.) Roma, -1894, in-S". — Le Liber Tarraco-
nensis^ étude sur une collection canonique du XP siècle. (Mélanges
Julien Havet.) Paris, -1895, in-S", 24 p. — Une collection cano-
nique italienne du commencement du XII^ siècle. (Extrait des
Annales de renseignement supérieur de Grenoble, t. VI.) Grenoble,
impr. Allier père et fils, ^894. In-8°, 98 pages.
Tous ceux qui s'intéressent à Tétude du droit canon déploraient que
l'admirable histoire des sources du droit canon d'après les manuscrits,
qu'a commencée M. Maassen, restât inachevée. Elle ne dépasse guère,
comme on sait, la fin du ix* siècle. Notre confrère M. Paul Fournier
terminera l'œuvre. Nous pourrions dire qu'il l'a déjà terminée, car il ne
lui reste, semble-t-il, qu'à faire imprimer son travail. Il vient d'en
communiquer au public quelques fragments qui nous font vivement
désirer une publication d'ensemble et qui nous donnent la plus haute
idée de cette grande enquête scientifique. Les quatre études publiées
par M. Fournier sont consacrées à cinq collections différentes :
1. — Le premier manuel canonique de la réforme canonique du J/« siècle
ou Collection en 74 titres. — Cette collection avait été déjà étudiée par
M. Thaner, M. P. Fournier rectifie ou complète (toujours très solide-
ment et très sûrement) les conclusions de son devancier. La Collection
en 74 titres a été rédigée vers le milieu du xi^ siècle, probablement dans
l'entourage du pape Léon IX. L'auteur a voulu mettre en lumière l'au-
torité et l'action réformatrice de l'Église romaine. Il s'est servi des
écrits de saint Grégoire, des décrétâtes isidoriennes et de quelques docu-
ments attribués à divers pontifes romains. L'influence de ce recueil a
été considérable au temps de Grégoire VII : il a été utilisé par Anselme
de Lucques et Bernard de Constance, par l'auteur du Liber Tarraco-
nensis, etc.
2. — La Collection canonique du regeste de Farfa. — Cette collection
est due à Gregorio di Cattino, moine de Farfa. Elle date de la fin du
xi^ siècle ou du commencement du xn<=. L'auteur a utilisé les Fausses
décrétâtes, Burchard de Worms, la Collection en 74 titres et très pro-
bablement la Collection italienne en cinq livres, collection qui appar-
tient à un groupe italien, où l'influence de la Collection irlandaise se fait
remarquablement sentir. Dans les grandes querelles entre l'empereur et
l'Eglise, l'abbaye de Farfa tenait pour l'empereur : cette circonstance
explique certaines particularités qui distinguent la collection de Farfa.
3. — Liber Tarraconensis , collection ainsi dénommée par l'illustre
Antoine- Augustin, et qu'aucun érudit ou canoniste ne parait avoir
directement connue depuis le xvi^ siècle. M. Fournier a retrouvé dans
trois manuscrits cette collection quasi perdue, qui n'avait d'ailleurs
jamais été décrite ni datée. M. Fournier établit qu'elle ne saurait être
de beaucoup postérieure à la mort de Grégoire VII, et qu'elle a été pro-
392 BIBLIOGRiPeiE.
bablement composée dans le sud-ouest de la France. Il en énumère les
sources très diverses. M. Fournier a ici l'occasion de signaler la pré-
sence dans cette collection d'une encyclique de Grégoire VII, adressée
à tous les fidèles pour leur communiquer les décisions d'un concile
romain. Cette encyclique, qui ne se trouve pas dans le registre de Gré-
goire YII, a déjà été publiée par Giesebrecht, puis, comme le fait
remarquer M, P. F., par M. de Pflugk-Harltung, qui ne paraît pas
avoir connu la publication de Giesebrecht. M. P. Fournier établit, par
une série d'observations critiques qui me paraissent décisives, que ce
document n'émane pas de Grégoire VII et a été fabriqué dans le centre
ou le sud-ouest de la France.
4. — Collection canonique en trois livres, rédigée dans l'Italie cen-
trale vers H15 ou 1120. — Cette collection est assez étroitement appa-
rentée avec le Polycarpus ; l'auteur a aussi consulté la Collection en
74 titres, Anselme de Lucques, le Liber de honore ecclesix de Placide de
Nonantula, etc. Il a connu les recueils de Justinien (les Novelles sous
la forme de VEpitoineA.Q Julien) et divers autres textes de droit romain,
le décret attribué à Ives de Chartres. Cette collection parait avoir fourni
à Gratien un certain nombre de matériaux.
5. — Collection en neuf livres, composée probablement dans l'Italie
centrale. — L'auteur de ce recueil fort mal connu jusqu'ici a utilisé la
collection d'Anselme de Lucques, la Collection en trois livres, quelques
lettres de Pascal II. Il a cité un canon du concile de Latran de 1123.
Son œuvre ne saurait donc être antérieure à l'année 1123. Nous ne
connaissons jusqu'à présent cette collection que par une analyse erro-
née et incomplète de Tbaner.
Les études que je viens de résumer sont en tous points dignes du
savant qui les a signées. C'est en dire toute la valeur.
Paul ViOLLET.
Hundschriftenschatze Spaniens. Bericht iiber eine im Auftraye der
kaiserlichen Akademie der W issenschafien in den Jahren 1886-
1888 durchgefUhrte Forschungsreise, von D'' Rudolf Béer, ama-
nuensis der k. k. HofbiblioLhek. Wien, ^894. In Commission bei
F. Tempsky. In-8% 755 pages.
Ce rapport d'une mission littéraire en Espagne, confiée à M. R. Béer
par la commission des « Pères » de l'Académie de Vienne et par le
grand chambellan de la cour impériale, nous livre une série de notices
sur les bibliothèques publiques et privées, anciennes et modernes de
l'Espagne, que l'auteur a rangées dans l'ordre alphabétique des noms
de lieu (les bibliothèques privées sont placées sous la rubrique de la
ville où elles ont existé ou existent). Quoiqu'il se soit surtout attaché
à recueillir ce qui répondait aux deux objets de sa mission (compléter
BIBLIOGRAPHIE. 393
les recherches de feu le D"" G. Loewe sur les manuscrits espagnols des
Pères latins et réunir des documents pour l'Annuaire des collections
d'objets d'art de la maison impériale), M. Béer n'a pas omis de recen-
ser aussi beaucoup d'ouvrages historiques et littéraires d'intérêt général
ou plus particulièrement espagnol. Son rapport forme donc un supplé-
ment aux nombreux travaux bibliographiques des érudits indigènes ou
des missionnaires étrangers depuis le xvi« siècle; à certains égards
même, il les remplace en reproduisant d'après eux, mais après vérifi-
cation de l'état actuel, les renseignements qu'ils avaient réunis. On ne
pourra pas toujours se dispenser d'avoir recours aux recherches des
collaborateurs du Serapeum ou de ÏAi'chiv de Pertz, au rapport de
Valentinelli ou aux dissertations du P. Tailhan, etc., que M. Béer ne
fait que résumer ou cite, mais il sera bon de toujours commencer par
consulter son rapport très riche en références bibUographiques et dont
l'arrangement est très clair et très pratique.
Un ouvrage de cette nature ne se prête qu'à des observations de
détail. Je vais en présenter quelques-unes :
P. 52. Sous la rubrique Alcalâ de Henares, M. B. fait figurer un
exemplaire des œuvres de saint Thomas de Villanuva provenant de la
« Casa de Alcalâ. » Il s'agit ici d'un Alcalâ d'Andalousie (Alcalâ de
los Gazules, prov. de Cadix), fief des Enriquez de Ribera, marquis de
Tarifa. Le renseignement devait donc être donné sous la rubrique
Séville (où les ducs d' Alcalâ avaient leur résidence) et ajouté à l'art. 442.
— P. 93. Martin !'='■ (et non II) d'Aragon. L'inventaire de sa belle
bibliothèque, assez incorrectement imprimé par Milâ y Fontanals dans
ses Trovadores en Espana et reproduit par M. Béer d'après cet ouvrage,
a été, mais seulement en partie, republié dans une revue barcelonaise,
VAvens, du 30 septembre 1890, et l'éditeur faisait espérer qu'il livrerait
la fin de ce précieux document. Malheureusement, VAvens a cessé de
paraître et l'on ne voit rien venir. — P. 165. Parmi les documents
(actes et lettres) concernant la formation de la bibliothèque de l'Escu-
rial, M. B. ne cite pas les nombreuses pièces qui se trouvent au Musée
britannique. Il aurait fallu dépouiller le catalogue de M. de Gayangos,
lequel n'a pas de table. — P. 341. A propos de la vente Mirô (Paris,
1878), M. B. aurait pu signaler un autre catalogue de manuscrits,
pièces historiques et autographes, publié par cet amateur-marchand :
Catàlogo de manuscritos espanoles, por don José Ignacio Mirô, série pri-
mera (Anvers, 1886, vn et 88 pages in-4»), mais en avertissant le lec-
teur de se méfier des indications qu'il contient. C'est ainsi qu'on y voit
attribuée au poète Pedro Calderon de la Barca, né en 1600, une lettre
datée de Madrid, le 24 avril 1573, et signée « Calderon. » — Même
page. Bibliothèque du marquis de Montealegre, comte de Villaum-
brosa. Les renseignements donnés ici sur cette collection de premier
ordre sont très insuffisants. M. B. n'a pas pu consulter le catalogue
394 BIBLIOGRAPHIE,
imprimé en 1677, dont un exemplaire se trouve à la Bibliothèque
nationale (Inv. Q 407). — P. 342. Bibliothèque du comte-duc d'Oli-
vares, dont les débris ont passé à la maison d'Albe. Il fallait renvoyer
à VEnsayo de Gallardo, t. IV, col. 1479 et suiv., oiî se trouvent beau-
coup d'extraits du catalogue aujourd'hui conservé au Palais de Madrid.
En général, M. B. n'a pas assez étudié ceiEnsayo, qui lui aurait fourni
bon nombre de matériaux. — P. 344. Bibliothèque du marquis de
Pidal. Puisqu'il cite les fac-similés des manuscrits qu'il recense, M. B.
pouvait indiquer, à côté du petit fragment du Poème du Gid reproduit
par Amador de los Rios, le fascicule III des Facsimilide M. E. Monaci
(Rome, 1887), oii figurent plusieurs feuillets du célèbre manuscrit. —
P. 346. A propos de la bibliothèque de D. Juan de Trô y Ortolano,
M. B. eût bien fait de citer la Notice des documents appartenant à la
collection paléographique de M. Jean de Tro y Ortolano. Paris, 1867. —
P. 347. Il n'est plus permis d'invoquer à l'appui de quoi que ce soit le
Centon epistolario de Gomez de Giudadreal, qui est une falsification du
xvii« siècle. — P. 426. Manuscrits du grand collège de Saint-Bartolomé
de Salamanque. La Bibliothèque nationale a acquis le n" 6672 de la
bibliothèque Heredia-Salvâ, qui renferme plusieurs inventaires et réco-
lements faits au xv« siècle de ce célèbre établissement. Ce collège,
comme on peut s'y attendre, possédait surtout des ouvrages de droit et
de théologie; les ouvrages historiques et littéraires y sont rares et peu
intéressants. — P. 457. Manuscrits de l'abbaye de Silos. Sur les
volumes de cette bibliothèque qui sont entrés à la Bibliothèque natio-
nale, voir Bibl. de l'École des chartes, XLIII, 238. — P. 493. Tolosa.
Bibliothèque de Francisco Filhol. Cet article n'avait pas à figurer dans
le rapport de M. B. Tolosa doit s'entendre de Toulouse de France, et
le Filhol en question dont le cabinet d'antiquités et de livres a été décrit
par Juan-Francisco-AndrésdeUztarroz est François Filhol, hebdoma-
dier de l'église métropolitaine de Saint-Étienne de Toulouse. Une des-
cription de son cabinet, un peu différente de celle qu'Andrés publia à
Huesca en 1644, a été imprimée, d'après le manuscrit de la Bibliothèque
nationale, fr. 390, dans les Mémoires de la Société archéologique du midi
de la France, t. II, p. 373-385.
Le rapport de M. Béer, qui sera sans doute un jour complété, grâce
à de nouvelles explorations, est dès maintenant le bienvenu, et il faut
féliciter l'Académie des sciences de Vienne, qui l'avait publié dans ses
Sitzungsberichte, d'en avoir fait faire un tirage à part.
Alfred Morel-Fatio.
BIBLIOGRAPHIE. 395
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIERES.
Sciences auxiliaires. — Manuscrits, 371, 380. — Imprimerie, 415.
Sources, 413. — Chroniques, 366. — Légendes, 291, 379. — Journal,
335. — Correspondances, 396, 420. — Gartulaires, etc., 323, 334, 434,
435, 459 ; chartes, lois, etc., 295, 297, 303, 374, 378, 466; regestes, 431,
436. — Comptes, 360.
Biographie, généalogie, 294, 402. — Adam de Brème, 316; Ahtal,
381; Anselme de Laon, 390; saint Antoine de Padoue, 293; le roi
Arthur, 329; saint Augustin de Cantorbéry, 330; Balue, 351; Bosquil-
lon d'Aubercourt, 327; Bureau de la Rivière, 388; Caix, 321; Cassio-
dore, 410; Caunègre, 347; Chalcondylas, 396; Gharlemagne, 303, 378;
sainte Clotilde, 318; Christophe Colomb, 343; Dante, 313; Denha, 375;
saint Dié, 447; Donatello, 348; FaUero, 464; saint François d'Assise,
304; Frédéric, archevêque de Mayence, 411; Giannino Baglioni, 430;
Guillaume de Laval, 324 ; Henri II d'Angleterre, 360 ; Henri VII de
Luxembourg, 421; Henri le Navigateur, 305; Hugues de Saint- Victor,
409 ; Ingeburge, 466; le prêtre Jean, 404; Jeanne d'Arc, 331, 369, 386,
414, 427, 429, 460 ; Jeanne de Valois, 341; saint Louis, 452 ; Louis XII,
299; saint Martin de Tours, 387; la comtesse Mathilde, 419; saint
Meinwerk, 450; Memlinc, 438; Monteleone, 335; Otto le Grand, 411;
Ousama Ibn Mounkidh, 418; saint Pierre-Thomas, 423; Semblançay,
455; Tardieu, 461 ; saint Vital, 446.
Géographie, 329, 397.
Institutions, 297, 306, 312, 333, 336, 344, 355, 356, 372, 373, 441, 463,
465, 467.
Droit, 322, 352, 401, 449, 456.
Histoire économique, mœurs, 300, 309, 398, 425.
Knseignement, sciences, 325, 382, 443.
Religions. — Catholicisme : papes, 315 ; lipsanographie, 302 ; évê-
chés, 290, 436; ordres, confréries, 354, 363, 366, 395. — Judaïsme, 301.
Archéologie, 311, 337, 338, 353, 432. — Architecture, 368, 383,451.
— Sculpture, 348, 349, 445. — Peinture, 434. — Orfèvrerie, 362. —
Vitraux, 407. — Musique, 346. — Costume, 440. — Numismatique,
320, 342, 406, 424. — Sigillographie, 324. — Héraldique, 398.
Langues et littératures, 422. — Langues romanes : français, 291,
396 BIBLIOGMPHIE.
332, 339, 358, 361, 405, 442; italien, 395, 408, 428; réto-roman, 357.
Langues germaniques : allemand, 359, 459; anglais, 328, 364, 439.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 297, 436. — Alsace-Lorraine, 320.
Autriche-Hongrie, 317, 329, 338, 413, 417, 431.
France. — Ouest, 291 ; Sud-Ouest, 310. — Artois, 361 ; Auvergne,
312; Beaujolais, 457; Berry, 463; Bretagne, 391; Dauphiné, 441
Bombes, 457; Forez, 457; Limousin, 293,294; Lyonnais, 457; Poitou
342; Provence, 290; Savoie, 402. — Calvados, 354; Charente-Inférieure
295; Cher, 400; Deux-Sèvres, 323, 395; Eure, 412; Eure-et-Loir, 325
Haute-Garonne, 292; Gironde, 377; Ille-et-Vilaine, 451; Loire, 462
Haute-Loire, 424 ; Loire-Inférieure, 363 ; Manche, 446 ; Meurthe, 389
Morbihan, 384, 392; Nord, 345, 374; Rhône, 457; Saône-et-Loire, 459
Scine-et-Oise, 453; Somme, 366; Tarn-et-Garonne, 350 ; Haute- Vienne,
385 ; Vosges, 303.
Grande-Bretagne, 296, 314, 326, 344, 365, 437, 444.
Italie, 289, 307-309, 319, 376, 402-403, 416, 425, 448.
Pays-Bas, 433, 468. — Pays Scandinaves, 334, 370, 393, 458.
Pologne, 454. — Roumanie, 435. — Russie, 397.
Suisse, 367. — Orient, 336, 435. — Afrique, 340.
289. Aqnelli (Giovanni). Memorie storiche sul comune e sulla chiesa
abbaziale di Villanuova Sillaro. Lodi, Quirico et Gamagni, 1895. In-8°,
75 p.
290. Albanès (chanoine J.-H.). Gallia christiana novissima. Histoire
des archevêchés, évêchés et abbayes de France, accompagnée des docu-
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people. Vol. I : to a. D. 1399. London, Elliot Stock, 1895. In-8°, xxiv-
448 p.
297. Ausgewiihlte Urkunden zur Erlàuterung der Verfassungsge-
schichte Deutschlands im Mittelalter. Zum Handgebrauch fur Juristen
und Historiker herausgegeben von Wilh. AJtmann und Ernst Bern-
heim. 2. Auflage. BerUn, R. Gaertner, 1895. In-8», x-405 p. 6 m.; relié,
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la Société de l'histoire de France, par R. de Maulde-la-Glavière. T. IV
et dernier. Paris, Laurens, 1895. In-8°, 557 p. 9 fr.
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guerres maritimes et des constructions navales depuis les Gaulois jus-
qu'à nos jours. Paris, Larousse, s. d. In-S», 143 p., grav. 1 fr. 25.
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indre og ydre Forhold, Sprog, Slaigter, Sœder, Lovgivning og Retter-
gang i Middelalderen. Samlede og udgivne af G. R. Unger og B.-J.
Huitfeldt-Kaas. Fjortende Samling, Anden llalvdel (XXVIII). Kjœ-
benhavn, E.-T. Mailing, 1895. In-S», n p. et p. 417-928. 6 kr.
335. Diurnali detti del duca di Monteleone pubblicati a cura di Nun-
zio Federico Faraglia. Napoli, presse la Società, 1895. In-fol., xv-168 p.
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338. Endl (P. Friedrich). Studien iiber Ruinen, Burgen, Kirchen,
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440. RoEHL (E.). Die Tracht der schlesischen Fûrstinnen des xm. und
XIV. Jahrh. auf Grand ihrer Siegel. Breslau, 1895. In-8°, 25 p.
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fuUy edited from the French ms. add. 10292 in the British Muséum
(about a. D. 1316). By prof. H. Oskar Sommer. London, privately
printed for suscribers, 1894. In-4o, xxxn-498 p.
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Jàhns. Berlin, Robert Oppenheim, 1895. In-8o, vni-395 p., illustr. 12 m.
444. Round (J.-H.). Feudal England : historical studies of the xith.
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Seguin, 1895. In-8°, 13 p.
446. Sauvage (Hippolyte). Saint Vital et l'abbaye de Savigny, dans
l'ancien diocèse d'Avranches (Manche). 2«éd. Mortain, Armand Leroy,
1895. In-8°, 77 p., plan et grav.
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Dié. Saint-Dié, impr. Humbert, 1895. In-8o, 11 p., grav., pi. (Extrait
du Bulletin de la Société philomathique vosgienne, année 1894-95.)
4^0 BrBtIOGRAPHÎE.
448. Savini (Patrizio). Storia délia città di Camerino, narrata in com-
pendio. 1^ edizione, con note ed aggiunte del can. prof. Milziade San-
toni. Camerino, tip. V. Savini, 1895. In-16, vni-296 p. 3 1.
449. ScALVANTi (Oscar). Gonsiderazioni sui primo libro degli statu ti
perugini. Parte I. Perugia, tip. Buoncompagni, 1895. In-S*», 123 p.
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450. ScHRADER (Fr.-X.). Leben und Wirken des seiigen Meinwerlî,
Bischofs von Paderborn, 1009-1036. Paderborn, Junfermann, 1895.
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Vannes, impr. Lafolye, 1895. In-8<', 94 p., grav., plan.
452. Sepet (Marius). Vie et vertus de saint Louis. Bruxelles, Vro-
mant et C'^ In-S», 286 p. 4 fr.
453. SiGNERiN (abbé Charles). Histoire de Chevrières. La seigneurie et
la paroisse depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Che-
vrières, l'auteur, 1894. In-S», ix-402 p., 32 photograv.
454. SoKOLOwsKi (August). Illustrirte Geschichte Polens. Nach ncu-
estcn historischen Forschungen bearbeitet, unter Mitwirkung. 1-2. Lief.
Wien, Moritz Perles, 1895. In-8o, 64 p.
455. Spont (Alfred). Semblançay (?-1527). La Bourgeoisie financière
au début du xvi^ siècle. (Thèse.) Paris, Hachette, 1895. In-8o, x-324 p.,
fig. et pi.
456. Statuti délia villa di Moruzzo dell' anno 1465, approvati dal luo-
gotenente Marino Malipiero nel 1474, pubblicati da V. Joppi. Udine,
tip. del Patronato, 1895. In-8o, 7 p. (Statuti friulani.)
457. Steyert (André). Nouvelle histoire de Lyon et des provinces de
Lyonnais, Forez, Beaujolais, Franc-Lyonnais et Bombes. T. I : anti-
quité, depuis les temps préhistoriques jusqu'à la chute du royaume
burgonde (534). Lyon, Bernoux et Cumin, 1895. In-S», 621 p., grav.,
cartes et plans.
458. Stories of the Bishops of Iceland. Translated from the « Biskupa
Sagur » by the author of « the Chorister Brothers. » London, Masters,
1895. In-8°, 126 p. 2 sh. 6 d.
459. Stouff (L.). Le Gartulaire du prieuré de Saint-Marcel-lès-Cha-
lon. Notes sur quelques institutions juridiques en Bourgogne au
xie siècle. Paris, Larose, 1895. In-8°, 15 p. (Extrait de la Revue bour-
guignonne de V enseignement supérieur, année 1895.)
400. Strada (J.). L'Épopée humaine. Troisième cycle des civilisa-
BIBLIOGRAPHIE. 4 H
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d'Arc; la France, mère des libertés de l'esprit de l'Europe par la des-
truction de l'empire universel anglais. Paris, OUendorff, 1895. In-16,
Yiii-36i p. 3 fr. 50.
461. Tardieu (Ambroise). Les Tardieu de Maleyssye (1090-1895)
(2e édition, revue et augmentée). Glermont-Ferrand, 1895. Gr. in-4°,
48 p., grav.
462. Testenoire-Lafayette (G. -P.). Ghâteau du Fay; château de
Ravoire; Saint-Jean-Bonnefonts ; contestations entre l'archevêque de
Lyon et le comte de Forez au sujet de la transaction de 1173; armoriai
de Guillaume Revel. Montbrison, impr. Brassart, 1895. In-B», 21 p.,
1 fig.
463. Tranchant (Charles). Les Assemblées d'habitants dans l'ancienne
province du Berry. Paris, Impr. nat., 1895. In-S», 11 p. (Extrait du
Bulletin des sciences économiques et sociales du Comité des travaux histo-
riques et scientifiques, année 1894.)
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Faliero a cospirare contre le patrie istituzioni. Padova, tip. Prosperini
1895. In-4o, 5 p.
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délia marina militare. 2^ ediz., riveduta, corretta ed accresciuta. Livor-
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reine de France, femme de Philippe-Auguste, en date du mois de février
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Bulletin historique et philologique.)
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till vara dagar. Stockholm, P. -A. Norstedt och sôner, 1895. In-B»,
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quelier, 1895. In-S», 148 p. 5 fr.
469. Witte (Hans). Das deutsche Sprachgebiet Lothringens und
seine Wandelungen von der Feststellung der Sprachgrenze bis zum
Ausgang des 16. Jahrhunderts. Stuttgart, J. Engelhorn, 1894. In-B",
p. 407-535, carte. (Forschungen zur deutschen Landes- und Volkskunde,
Vin, 6.) 6 m. 50.
-o— ôe>-o-
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Les examens de fin d'année de l'École des chartes ont eu lieu du
l*"" au 6 juillet. Ils 01/ porté sur les textes et les questions qui suivent :
Première année.
Épreuve orale.
1° Paléographie latine : Lecture de quelques lignes du manuscrit de
la Bibliothèque nationale, latin 6787.
2o Question d'histoire et de chronologie.
3° Traduction latine : Statuta villae Riomi, d'après les Layettes du
Trésor des cliartes, III, 63.
4° Paléographie française : Document du xv siècle du registre
LL 1315 des Archives nationales.
5° Philologie romane : Commentaire linguistique de la strophe cxxx
du Miserere de Rendus de Moihens.
Épreuve écrite.
l" Texte latin à transcrire d'après le fac-similé n» 363 du fonds de
l'École.
2» Texte provençal à transcrire d'après le fac-similé n" 196 du fonds
de l'École.
3" Traduction latine : Transaction entre Philippe le Bel et l'évêque
de Mende à propos des Juifs du diocèse de Mende, avril 1310 (G. Saige,
les Juifs du Languedoc, pièce LUI).
40 Traduction provençale : Passage du poème sur les Quatre vertus
cardinales de Daude de Pradas.
5» Exposer succinctement l'histoire des ouvrages publiés sous le titre
de Gallia chrisliana. Plan des deux dernières éditions de cet ouvrage.
Deuxième année.
Épreuve orale.
1° Paléographie : Lecture de quelques lignes du manuscrit de la
Bibliothèque nationale, latin 6787.
2° Diplomatique : Quelle a été la forme de souscription de chancel-
lerie dans les actes des souverains de la France depuis l'époque méro-
vingienne?
CHRONIQUE ET MELANGES. 4i3
3» Histoire des institutions :
Quels sont les grands corps qui ont été détachés de la cour du roi
■vers le milieu du xin® siècle? Quels noms a portés le conseil politique
du roi aux xiye et xv^ siècles? Quelle était l'organisation de ce conseil
sous Louis XIV?
4» Sources de l'histoire de France :
Énumérerles chroniques composées à Sens aux xi«, xn^et xm^ siècles.
Donner quelques détails sur la rédaction de ces chroniques.
5° Classement d'archives :
Quelle est l'œuvre de la Révolution en matière d'archives? Gom-
ment s'est faite la constitution des Archives nationales et des archives
départementales?
Épreuve écrite.
1° Texte à transcrire d'après le fac-similé n» 287 du fonds de l'École.
2° Traduction latine : Bref du pape Grégoire XIV, de l'année 1591
(Arch. mun. de Lyon, A A. 68).
3° Analyse : Lettre patente en forme de charte de Jean le Bon, de
l'année 1351 {Arch. nat., JJ. 81, fol. 38, n» 74).
4° Diplomatique :
I. Indiquer la nature du document donné comme texte à traduire,
en préciser la date, expliquer s'il est conforme au formulaire habituel
et exposer quels devaient être les caractères extérieurs de l'expédition
originale.
II. Indiquer de même la nature du document donné comme texte à
analyser, expUquer la signiûcation de la mention finale : Per regem,
Blanchet, décrire les caractères extérieurs que devait présenter l'expé-
dition originale.
5° Histoire des institutions :
Indiquer les origines de l'institution des intendants, leurs attribu-
tions, et faire connaître les pouvoirs administratifs qui, sous le régime
de la Gonstitution de 1791, les ont remplacés.
Troisième année.
Épreuve orale.
1° Paléographie : Lecture de quelques lignes du manuscrit de la
Bibliothèque nationale, latin 6787.
2° Histoire du droit :
I. Connaissez-vous un ouvrage de droit rédigé à Orléans au xiii« siècle,
un peu avant les Établissements de saint Louis? Que savez-vous de ce
traité?
IL Quelle est la valeur étymologique du mot colliherl ?
3° Archéologie : Décrire les caractères de l'école romane de la Pro-
vence, dire les rapports et les dissemblances qu'ils présentent avec
ceux de l'école romane de la Bourgogne.
4893 27
444 CHRONIQUE ET ME'lANGES.
Épreuve écrite.
i° Texte à transcrire d'après le fac-similé n» 258 du fonds de l'École.
2° Histoire du droit :
Retracer l'origine et l'histoire des « actes de l'état civil. »
3° Archéologie :
Décrire les monuments consacrés à l'administration du baptême
depuis Constantin jusqu'au xiii'^ siècle inclus.
4o Sources de l'histoire de France :
Froissart; biographie sommaire; sources écrites et orales; rédac-
tions et éditions de sa chronique.
A la suite des examens et par arrêté ministériel du 16 juillet 1895,
ont été admis à passer en deuxième année (ordre de mérite) :
MM. 1. Pérou SE.
2. Thibault.
3. Lasalle-Sebbat.
4. Deslandres.
5. ViDIER.
6. Mercier de Lacombe.
7. Gazier.
8. Deprez.
9. Privât.
10. AUBRY.
11. Machet de la Martinière.
12. Faulquier.
13. GiLLOT.
14. Denis.
Ont été admis à passer en troisième année (ordre de mérite) :
MM. 1. Morel.
2. Petit.
3. PORÉE.
4. Lauer.
5. Chasseriaud.
6. Levillain.
7. Delatour.
8. Palustre.
9. Pagel.
10. Duval.
11. Sr.HMIDT.
12. Lachenaud.
13. Martin.
14. Dumoulin.
15. Gardère.
CHRONIQUE ET MELAXGES. 4'lo
Ont été admis à subir l'épreuve de la thèse (ordre alphabétique) :
MM. 1. Bonnet.
2. Etchegoyen (d').
3. Maruéjouls.
4. PiNET DE MaNTEYER.
5. poute de poybaddet.
6. Thiollier.
7. Trouillard.
8. SCHIFF.
PIERRE BONNASSIEUX.
Notre confrère Louis-Jean-Pierre-Marie Bonnassieux est décédé à
Paris le 3 mai dernier, à l'âge de quarante-cinq ans. Ses obsèques ont
été célébrées le 6 mai en l'église de Saint-Germain-des-Prés. Sur la
tombe, au cimetière Montparnasse, M. Servois, garde général des
Archives nationales, M. Giry, président de la Société de l'École des
chartes, et M. Ghatel, président de la Société de secours des anciens
élèves de l'École des chartes, ont adressé un dernier adieu à l'archi-
viste, à l'érudit, au confrère, et exprimé les sentiments de profond
regret qu'une mort aussi prématurée inspire à tous ceux qui ont connu
Pierre Bonnassieux.
A la suite de ces discours, nous insérons la notice que notre confrère
avait rédigée en 1892, d'après le plan adopté par la Société, pour entrer
dans la « Bibliographie des travaux publiés par les anciens élèves de
l'École des chartes. »
discours de m. servois, garde général des archives nationales.
« Messieurs,
« Notre regretté confrère Pierre Bonnassieux, dont la santé, grave-
ment menacée il y a deux ans, nous avait inspiré par la suite une
confiance si soudainement et si cruellement démentie, était un collabo-
rateur que nous aimions autant que nous l'estimions, et la nouvelle
de sa mort afflige également parmi nous ses plus anciens amis et ceux
qui le connaissaient depuis peu d'années. Il gagnait dès le premier
abord les sympathies de tous par l'aménité de son caractère, par
l'agrément et4a bienveillance de son esprit, par l'ingénieuse obligeance
avec laquelle il facilitait les recherches des savants qui mettaient à
contribution son zèle et son érudition, par son empressement à secon-
der les travaux de ses collègues. Une autorité particulière s'attachait
à ses avis, toujours judicieux et réfléchis, et chacun de nous se plaisait
à le consulter en toutes circonstances sur les questions, très nombreuses
et très variées, qui lui étaient familières. Depuis deux ans seulement,
4-16 CHRONIQDE ET MELANGES.
il était le doyen de nos archivistes : mais depuis longtemps déjà il était
au premier rang de ceux que l'on savait absolument dignes d'être
associés ofïïciellement à la direction d'une section, et, s'il n'avait pas
encore été promu à un grade supérieur, c'est que les limites de nos
cadres ne l'avaient pas permis.
« Pierre Bonnassieux, qui, né le 2 mai 1850, devait atteindre sa
quarante-cinquième année la veille même de sa mort, s'était engagé
dans un bataillon de chasseurs au début de la guerre de 1870. Ayant
repris en 1871 ses études, tant à l'École des chartes qu'à l'École de
droit, il était sorti de la première École, le 23 janvier 1873, avec le
diplôme d'archiviste paléographe, et de la seconde, vers la même
époque, avec celui de licencié. Il acceptait, quelques mois plus tard,
la direction du cabinet d'un préfet, qu'il accompagna dans l'Ariège et
dans la Nièvre. Lorsqu'il entra aux Archives nationales, il n'eut pas
à regretter de s'être détourné, pendant près de deux années, de la car-
rière que lui ouvrait l'École des chartes. Son active participation aux
travaux d'une préfecture l'avait très heureusement préparé à ceux qui
devaient lui incomber aux Archives, où il avait été nommé auxiliaire
surnuméraire en novembre 1874 et prenait place, en juin 1876, parmi
les archivistes titulaires de la section administrative. Attaché à la plus
considérable de nos séries, celle qui, renfermant les fonds de l'admi-
nistration générale de la France, s'accroit chaque jour des apports des
ministères, il savait distinguer rapidement les uns des autres les docu-
ments disparates que trop souvent l'on assemble dans les versements,
et sans peine il introduisait l'ordre parmi les dossiers comme dans les
répertoires.
« Combien nous était précieuse la parfaite connaissance que Bon-
nassieux avait acquise de l'ensemble et des détails de la complexe et
vaste série F! Il y a peu d'instants, après avoir lu ses premiers rap-
ports, qui témoignent de l'ardeur et de l'intelligence avec lesquelles
il s'employait dès 1875 au classement de cette série, je cherchais, sans
y réussir, des éclaircissements que peut-être il eût pu seul fournir sur
l'état ancien de quelques subdivisions et sur les modihcations qu'elles
ont subies; déjà, au lendemain de sa mort, je regrettais de ne pouvoir
plus faire appel à son expérience et à ses souvenirs. Ce sont nos entre-
tiens, plutôt que ses très sommaires rapports d'autrefois, qui nous ins-
truisaient de ses premiers travaux et qui nous apprenaient, par exemple,
comment, plus curieux que ses prédécesseurs d'étudier tous les docu-
ments dont pouvait s'éclairer l'histoire de l'un des fonds du com-
mencement de ce siècle, il avait su retrouver l'interprétation et l'usage
d'anciens catalogues venus d'un ministère, qui tout d'abord avaient
semblé trop énigmaliques pour qu'on en tirât profit ; mieux compris,
ces inventaires ont rendu immédiatement accessible aux historiens des
temps modernes une source abondante de renseignements.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 4^17
ft II n'est pas l'heure d'exposer complètement les labeurs adminis-
tratifs de Bonnassieux. Je n'en aurai cité qu'une partie lorsque j'aurai
rappelé qu'en dehors de ses occupations quotidiennes il prépara le
concours que les Archives ont prêté en 1875 à l'exposition du Congrès
international de géographie, collahora, en 1877, à la formation d'une
portion de notre musée et, en 1887, à la rédaction de l'Etat sommaire
de nos collections, et, de plus, s'acquitta fréquemment de la mission
de guider l'apprentissage de nouveaux archivistes en les initiant à la
connaissance et au maniement des séries de la section. Une mention
spéciale est due à la plus importante de ses œuvres, qui est malheu-
reusement inachevée, bien qu'elle ait été commencée en 1878 et pour-
suivie avec la plus régulière persévérance. Chargé de publier l'inven-
taire des procès -verbaux du Conseil de commerce, Bonnassieux
terminait en 1891 l'impression de ses analyses, établies avec la préci-
sion et la sûreté que l'on pouvait attendre de lui. La table, qui sera
considérable, n'en est qu'en partie préparée, et l'introduction, malheu-
reusement, n'en est pas encore rédigée. Si le plan primitif eût pu être
maintenu, l'introduction des procès-verbaux du Conseil de commerce
aurait contenu l'histoire de la législation industrielle de la France au
xvni« siècle, ainsi que celle de l'administration du commerce et de son
personnel ; mais il avait fallu, pour des considérations diverses, réduire
le cadre de cette préface à de moindres proportions, et, d'après l'accord
intervenu , la partie économique et historique du mémoire projeté
devait faire l'objet d'une pubhcation personnelle de l'auteur, distincte
de la collection de nos inventaires. Il n'en avait encore paru que de
brefs et instructifs fragments. Bonnassieux en avait-il écrit d'autres
chapitres? Nul de nous ne le sait encore.
« Ni le hasard ni sa fantaisie n'ont jamais fourni à Bonnassieux le
sujet de ses publications, dont le président de la Société de l'Ecole des
chartes rappellera tout à l'heure les titres et les mérites. Qu'il écrivît
des articles de revue ou qu'il composât l'ouvrage sur les grandes Com-
pagnies de commerce, qui lui a valu un prix à l'Institut, il puisait dans
les papiers confiés à sa garde les principaux éléments de ses travaux
et s'attachait presque exclusivement aux documents qui se réfèrent à
l'histoire administrative ou économique. S'il s'écarta quelque temps de
ses études accoutumées, ce fut au profit de l'histoire de Versailles,
heureux qu'il était de l'enrichir d'une intéressante contribution, en
souvenir des séjours qu'il y faisait chaque année, sur l'emplacement
du parc de Glagny. D'une famille originaire de la région lyonnaise,
qui s'honore d'avoir donné naissance à son père, le sculpteur Jean
Bonnassieux, Pierre Bonnassieux avait obéi à des sentiments du même
ordre le jour où il choisit le sujet de la thèse qu'il devait soutenir à
l'École des chartes.
« Nous ressentons tous, devant la tombe de Pierre Bonnassieux, une
4<8 CHRO?(IQUE ET MÉLANGES.
émotion profonde qu'accroîtrait encore, s'il était possible, le souvenir
toujours présent de pertes récentes ; mais que dire du deuil qui s'est
abattu sur ce foyer, si heureux naguère et maintenant désolé ! Je
m'incline avec la plus respectueuse sympathie devant la douleur de la
famille de notre cher et regretté collègue. Gomme elle, nous garderons
pieusement sa mémoire. Tandis que sa digne et courageuse compagne
retracera devant son fils les enseignements que lègue une vie remplie
tout entière par le travail, les pures joies familiales et le scrupuleux
accomplissement de tous les devoirs, nous, messieurs, de notre côté,
nous recommanderons aux continuateurs des tâches administratives
de Bonnassieux le louable exemple de vertus professionnelles qu'il a
donné pendant le cours de vingt années laborieusement et utilement
consacrées au service des Archives et des érudits. »
DISCOURS DE M. GIRY,
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE l'ÉCOLE DES CHARTES.
« Messieurs,
« La Société de l'École des chartes, si souvent et si cruellement
éprouvée déjà, doit un témoignage de reconnaissance à son ancien
secrétaire, un suprême adieu à l'excellent confrère, un dernier hom-
mage à l'érudit consciencieux et sur que fut Pierre Bonnassieux.
« Je n'ai pas à revenir sur sa carrière, qu'une voix autorisée entre
toutes vient de retracer ici; mais je voudrais montrer le vide que cette
tombe, si prématurément ouverte, a creusé parmi nous; je voudrais
dire quelle estime, quel souvenir ému garderont de notre confrère tous
ceux qui ont pu l'apprécier.
« Je l'ai connu il y a vingt-sopt ans sur les bancs de notre École,
où je le précédais de deux années ; je l'ai retrouvé plus tard aux
Archives nationales, où nous fûmes quelque temps collègues ; ici et
là, je lui dois ce témoignage qu'il s'était acquis les sympathies de tous.
« Le camarade doux et modeste, l'élève laborieux, réfléchi, discipliné,
d'esprit un peu timide mais indépendant, dont les opinions se formaient
peu à peu par l'étude patiente et attentive des faits, devint tout natu-
rellement le fonctionnaire scrupuleux, l'archiviste modèle dont on vient
de faire l'éloge.
« Gomme beaucoup d'entre nous, il prit pour sujet de son premier
travail, de sa thèse de sortie, un épisode de l'histoire de sa province,
faisant ainsi à la petite patrie l'hommage de la première application
des méthodes enseignées à l'École. Originaire de la région lyonnaise,
(juoique né à Paris, il entreprit de raconter comment l'ancienne métro-
pole des Gaules était rentrée définitivement au xiv^ siècle dans le giron
de la patrie française. Gette étude sur la Réunion de Lyon à la France,
publiée en 1876, lui valut une première fois les sulTrages de l'Académie
CHRONIQUE ET MELANGES. 4-19
des inscriptions au concours des Antiquités nationales. Puisée directe-
ment aux sources originales, elle rectifiait des erreurs accréditées,
exposait avec clarté la politique des rois de France à l'égard des arche-
vêques et de leurs bourgeois et établissait définitivement la date du
traité qui livra au roi Philippe le Bel la souveraineté de la grande cité
lyonnaise.
a Plus tard, une autre excursion dans un domaine plus restreint de
l'histoire locale fut due à un sentiment de même nature. Rattaché à
Versailles par son mariage, Bonnassieux s'enquit de l'histoire du quar-
tier qu'il y habitait ; il en rechercha curieusement les sources dans
les archives publiques et privées, et en un élégant volume, plein de
faits nouveaux, le Château de Glagny et M^^ de Montespan, il raconta
l'histoire de la somptueuse demeure élevée par Louis XIV pour sa
favorite, sur les plans de Mansart, et démolie sous Louis XV.
« Mais ce fut aux Archives nationales, où il avait été appelé en 1874,
que se forma sa vocation définitive d'historien. Au milieu des docu-
ments innombrables de la section administrative, il fut attiré de pré-
férence par ceux qui pouvaient éclairer l'histoire économique, commer-
ciale et industrielle de la France aux derniers siècles de la monarchie.
Bien préparé par ses études juridiques et par les postes administratifs
où il avait commencé sa carrière, il eut le grand mérite de comprendre
qu'il était temps d'appliquer à l'histoire des institutions modernes les
procédés d'investigation, les méthodes rigoureuses et la critique dont
les maîtres de l'École des chartes lui avaient montré l'application à
l'étude du moyen âge. Un sujet mis au concours par l'Académie des
sciences morales le détermina à étudier les anciennes compagnies de
commerce. Son travail fut couronné dès 1884 ; mais, patiemment remis
sur le métier, corrigé et complété avec le soin minutieux qu'il mettait
à toutes ses œuvres, il devint en 1892 seulement le beau livre sur les
Grandes Compagnies de commerce, qui restera son meilleur titre à la
reconnaissance des historiens. C'est, en effet, fondée sur des sources
authentiques l'histoire du commerce intérieur depuis le moyen âge
jusqu'aux temps modernes.
« Entre temps, il avait entrepris cet Inventaire analytique des procès-
verbaux du Conseil de commerce, dont M. le garde général des archives
a parlé avec tant d'estime, et, tout en s'acquittant de cette tâche, il
élaborait le plan d'un vaste ouvrage sur l'histoire de l'industrie et du
commerce de la France au xvin« siècle, dont les documents qu'il ana-
lysait lui fournissaient les principaux éléments. Mais, hélas! ce travail
de prédilection, ce livre où il devait donner toute sa mesure ne paraî-
tra jamais. Quelques chapitres qu'il en avait distraits ont seuls été
rédigés et publiés ; ce sont : une brochure sur la Question des grèves
sous l'ancien régime, une autre sur les Assemblées représentatives du corn-
merce, un Examen des cahiers de 1189 au point de vue commercial et
420 CHROyiQnE et me'langes.
industriel, un mémoire sur la Question des foires au XVIII" siècle, autant
de fragments qui établissent solidement et définitivement quelques
points d'histoire, qui témoignent de la sûreté de sa méthode, de la
conscience et de la persévérance de ses recherches, mais qui désormais
feront surtout regretter que l'ouvrier ait sitôt manqué à l'œuvre.
« Je m'arrête, et cependant, pour montrer toute l'activité de Pierre
Bonnassieux, il faudrait parler encore de sa collaboration à notre
Bibliothèque, à la Société de l'Histoire de Paris et au Comité des tra-
vaux historiques, où il remplit plusieurs fois les fonctions de secrétaire
de la section des sciences économiques et sociales dans les congrès
des Sociétés savantes ; il faudrait surtout invoquer le témoignage de
tous les historiens, de tous les érudits qui l'ont connu pour dire com-
ment il a servi et souvent prévenu leurs recherches par son infatigable
obligeance. Nul n'a mieux compris, en effet, que l'œuvre historique de
notre temps doit être une œuvre de collaboration commune de tous
les travailleurs, nul n'a pratiqué mieux, avec plus de modestie et de
désintéressement, la confraternité scientifique. »
DISCOURS DE M. GHATEL,
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE SECOURS DES ANCIENS ÉLÈVES DE l'ÉCOLE
DES CHARTES.
« Messieurs,
« Il semblerait qu'il n'y eût rien à ajouter aux éloges mérités et aux
hommages si dignement et si cordialement rendus à notre sympathique
confrère, si justement apprécié comme archiviste modèle par son chef,
M. le garde général des archives, et comme laborieux érudit par le
président de l'Association des anciens élèves de notre chère École des
chartes. L'un et l'autre ont rappelé les solides publications du studieux
membre du Comité des travaux historiques ; mais le président actuel
de notre Société de secours a le devoir et le douloureux honneur d'ex-
primer les vifs et profonds regrets de la perte de l'homme de bien que
nous venions d'élire vice-{)résident, reconnaissant, par ce témoignage
d'estime, les inappréciables services qu'il n'a cessé de rendre depuis
vingt ans à notre œuvre de secours.
« Notre dévoué confrère Pierre Bonnassieux était foncièrement bon
et bienveillant. Sa bienveillance était active, généreuse et intelligente.
Il faisait le bien par besoin de sa nature, et sa charité se manifestait
sous toutes les formes; il ne donnait pas seulement de sa bourse, mais
encore de son cœur, de son esprit et de son savoir. Il mettait tout son
plaisir à faire plaisir à ses confrères : trouvait-il dans une revue ou
dans un journal l'éloge d'un camarade, il s'empressait de le signaler à
celui qui en était l'objet, y ajoutant ses cordiales félicitations; comment
n'eùt-il pas été aimé de nous tous? Avec son doux et fin sourire, il
CHRONIQUE ET MÉLAIVGES. 42^
accueillait quiconque lui offrait l'occasion d'être utile aux autres, se
croyant réellement l'obligé de ceux qu'il obligeait.
« Sa charité privée l'inclinait et le poussait à tout ce qui pouvait en
élargir le cercle. Aussi fut-il l'un des premiers et des plus fervents
fondateurs de notre œuvre de secours, datant du 19 janvier 1875.
« Son zèle expansif le fit choisir comme secrétaire le 6 juin 1878.
Il s'est dévoué, avec sa passion du bien à faire et avec sa patience
prudente, à l'organisation définitive de notre Société de secours, con-
tribuant pour sa large part, avec M. Rocquain, à la rédaction des sta-
tuts, ainsi qu'à l'obtention de la reconnaissance légale de notre Société,
déclarée enfin, après trois années de négociations difficiles, d'utilité
publique par décret du 13 juin 1892.
« Aussi, quand, après treize années et demie de secrétariat, Pierre
Bonnassieux, dont le temps manquait à ses travaux historiques, dut à
regret résigner ses délicates fonctions de secrétaire, M. le président
d'alors lui témoigna-t-il sa gratitude particulière pour l'utile et intelli-
gent concours qu'il lui avait prêté avec un zèle si éclairé.
« Ferme chrétien, homme de devoir avant tout et en tout, avant,
pendant et après son secrétariat, notre cher dévoué confrère n'a
jamais manqué une seule de nos séances, comprenant la nécessité de
la présence de tous les membres du Comité pour que le bien à faire se
fasse bien.
« Le 25 avril dernier, il eut la joie intime de s'entendre acclamer
vice-président à l'unanimité, et le 3 mai il n'était plus ! Il était entré
la veille, le 2 mai, dans sa quarante-sixième année, le jour même où
j'entrais dans ma soixante-seizième année.
« La mort s'était encore trompée, épargnant le vieux président et
enlevant prématurément à la tendresse de sa digne compagne, à l'af-
fection de ses jeunes enfants et de ses amis, dans toute la maturité de
son talent et la plénitude de ses bonnes œuvres, cet homme de bien,
à la veille même de recueillir le fruit de son labeur. Car la mort l'a
surpris au miheu de son travail, mais « l'utilité de vivre n'est pas en
l'espace, elle est en l'usage. » S'il a vécu peu de temps, il a beaucoup
vécu, puisqu'il a fait bon usage de sa vie. Elle a été celle d'un modeste,
d'un laborieux et d'un chrétien qui a su se résigner et mourir plein de
foi et d'espérance.
« Il laisse à ses jeunes enfants l'héritage de ses exemples et de l'af-
fection assurée de tous ses confrères, qui, en amis dévoués, n'oublie-
ront pas le jeune fils de leur excellent camarade Pierre Bonnassieux.
Adieu, cher, bon et regretté confrère. Au revoir. »
422 CHRONIQUE ET Me'lANGES.
BIBLIOGRAPHIE DES TRAVAUX DE PIERRE BONNASSIEUX.
BONNASSIEUX (Louis- Jean-Pterre-Marie), né à Paris le 2 mai
1850. Promotion du 27 janvier 1873. Archiviste aux Archives natio-
nales, membre du Comité des travaux historiques et scientifiques (sec-
tion des sciences économiques et sociales), vice-président de la Société
de secours des anciens élèves de l'École des chartes, ancien secrétaire
de la Société de l'École des chartes, officier de l'Instruction publique.
1. Faculté de droit de Paris. Thèse pour la licence. Paris, Goupy,
1872. In-So, 92 p.
2. Le château de Glagny et M™* de Montespan, d'après les documents
originaux. Histoire d'un quartier de Versailles. Paris, A. Picard, 1881.
Petit in-8°, 195 p., i planches.
Mention honorable à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, concours de
la Fons-Mélicoq, 1884.
3. Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Archives
nationales. Conseil du commerce, 1700-1791. Inventaire analytique des
procès-verbaux. Paris, Imprimerie nationale, 1889. In-4", 486 p.
Manquent l'introduction et la table.
4. Les grandes compagnies de commerce. Étude pour servir à l'his-
toire de la colonisation. Ouvrage récompensé par l'Académie des
sciences morales et politiques. Paris, E. Pion, Nourrit et C'«, 1892. In-8'',
562 p.
5. Étude sur la réunion de Lyon à la couronne.
Pages 7-9 de : École nationale des chartes. Positions des thèses soutenues
par les élèves de la promotion \S7l-\8~3 pour obtenir le diplôme d' archi-
viste-paléographe. Paris, inipr. Cusset, 1873. In-8°, 61 p. (Cf. le n° 24.)
6. BibUographie [des travaux d'Edgar Boutaric].
Pages 21-28 de : Edgar Boutaric. Discours prononcés sur sa tombe et biblio-
graphie de ses travaux. S. 1. n. d. [Paris, Pion, 1878]. In-8% 28 p. —
Cetlc bibliographie est signée A. Bfruel] et P. B[onna9sieux].
7. Projet d'applications industrielles du papier au xvni= siècle.
Archives historiques, artistiques et littéraires. In-8*, 1890, p. 310-311.
8. Observations sur cette question : le Lyonnais faisait-il partie de la
France en 1259?
Bibliothèque de l'École des chartes. In-8', XXXV (1874), p. 57-65; et à part,
Paris, 1874, in-8'', 9 p.
CHRONIQUE ET Me'lANGES. 423
9. Des souffrances féodales au moyen âge.
Ibid., XXXVII (1876), p. 51-61 ; et à part, Paris, 1876, in-8», 13 p.
10. André Laudy. [Note nécrologique.]
Ibid., XLIX (1888), p. 538-539; note anonyme; et à part, sous ce litre : André
Laudy, 1848-1888, Paris, 1888, in-8% 4 p. (Pages 1-2 signées P. B.)
11. Autobiographie du citoyen Cardinaux, directeur du théâtre de
l'Estrapade en l'an VI.
Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France. In-8°, II
(1875), p. 91-94. (Cf. n° 13.)
12. Note sur trois hôtels de Paris appartenant à Charles de Valois,
frère de Philippe le Bel.
Ibid., VII (1880), p. 48-53; et à part, Paris, in-8°, 6 p,
13. Rapport présenté au ministre de l'Intérieur au sujet d'une péti-
tion du citoyen Cardinaux, directeur du théâtre de l'Estrapade (fructi-
dor an VI).
Ibid., XIII (1886), p. 187-189. (Cf. n» 11.)
14. Un trousseau sous le Directoire. [Trousseau préparé par les soins
du Directoire pour Marie-Thérèse-Charlotte, fille de Louis XVI, lors
de sa sortie de France.]
Ibid., XIV (1887), p. 58-64; et à part, Paris, 1887, in-8% 7 p.
15. L'église Saint-Germain-des-Prés en l'an X.
Ibid., XV (1888), p. 54-61; et à part, Paris, 1888, in-8°, 8 p.
16. Une dénonciation sous le Directoire au sujet de la bibliothèque
du collège des Cholets.
Ibid., XVII (1890), p. 29-30.
17. Note sur l'ancienne police de Paris.
Ibid., XXI (1894), p. 187-192; et à part, Paris, 1894, in-8°, 6 p.
18. Une souscription au xYin^ siècle. [Souscriptions recueillies par
Grimm pour la femme et les enfants de Calas.]
Cabinet historique (Le). In-8°, XXIII (1877), p. 54-57; et à part, Paris, 1877,
in-S", 4 p.
19. Quelques mots sur les dames damées.
Ibid., XXIII (1877), p. 241-256; et à part, Paris, 1877, in-8% 16 p.
20. Un baptême royal au moyen âge. [Baptême de Charles le Bel,
fils de Philippe le Bel.]
Ibid., XXVII (1881), p. 183-190; et à part, Paris, 1881, in-8% 8 p.
424 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
21. La grève de Lyon, en 1744.
Ltjon scientifique et industriel. In-S", IV (1883), p. 381-385. — Réimpression
du n° 25.
22. Documents sur Lyon. [Extraits des registres des procès-verbaux
du Bureau du commerce.]
I. Demande des frères Mouchot, maîtres fabricants en étoffes de soie à Lyon,
à l'effet d'être autorisés à fabriquer une sorte d'étoffe de soie imitant les
pelleteries : IbicL, VII (1886), p. 267-270. — II. Demande des fermiers géné-
raux tendant à ce que certaines marchandises soient assujetties au droit d.;
!a douane de Lyon ou à celui du tarif de 1664, lorsque des Cinq grosses
fermes elles passent à Lyon ou que de Lyon elles entrent dans les Cinq
grosses fermes : Ibid., VII (1886), p. 309-316. — III. Affaire de l'ouvrier en
soie Louis Faure. Mesures à prendre pour éviter le passage à l'étranger des
ouvriers lyonnais (1748) : Ilnd., VIII (1887), p. 298-301.
23. La question des foires au xviii" siècle.
Mémoires de la Société des sciences morales, des lettres et des arts de Seine-
et-Oise, in-8'', XVII (1893), p. 11-27; et à part, sous le titre : Études sur
l'histoire industrielle et commerciale de la France; IV : la Question des
foires au XVIIl' siècle, veuve E. Aubert, 1891, in-8% 19 p. (Cf. nos 25-27.)
24. De la réunion de Lyon à la France.
Revue du Lyonnais, gr. in-8°, 3» série, t. XVII (1874), p. 164-179, 248-265,
364-375, 410-433; t. XVIII (1874), p. 61-72, 85-108, 199-221, 277-303, 480-496;
t. XIX (1875), p. 34-43, 391-406, 48.3-500; et à part, sous le titre : De la
réunion de Lyon à la France, étude historique d'après les documents
originaux, Lyon, Vingtrinier, 1874, in-8°, 239 p. — Mention honorable à
l'Académie des inscriptions et belles-lettres, concours des antiquités natio-
nales, 1875.
25. La question des grèves sous l'ancien régime. La grève de Lyon
en 1744. Épisode de l'histoire commerciale et industrielle de la France.
Revue générale d'administration, in-8°, 1883, II, p. 134-144, 272-293,389-406;
et à part, Paris, Bergcr-Levrault, 1882, in-8°, 55 p. — Réimprimé dans Lyon
scientifique et industriel. (Cf. n" 21.)
26. Les assemblées représentatives du commerce sous l'ancien régime.
Ibid., 1883, II, p. 26-37; et à part, Paris, Berger-Levrault, 1883, in-8", 23 p.
27. Examen des cahiers de 1789 au point de vue commercial et
industriel.
Ibid., 1884, II, p. 257-272, 384-405; et à part, Paris, Berger-Levrault, 1884,
in-8%41 p.
28. L'administration d'un département sous le Directoire. Lettre de
François de Neufchàteau, ministre de l'Intérieur, aux administrateurs
du département du Léman, publiée et annotée.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 425
Ibid., 1886, 1, p. 125-146; et à part, sous le titre : Études sur l'histoire admi-
nistrative de la France; 1 : V Administration d'un département sous le
Directoire, etc., Paris, Berger-Levrault, 1886, in-8"', 27 p.
29. Claude Bourgelat, documents inédits.
Revue lyonnaise. la-S", 1881, II, p. 423-434.
30. Quelques mots sur l'industrie de la toile à Panissières au
xviii^ siècle.
Roannais illustré {Le). Gr. in-8% 7" série (1895), p. 11-14, avec pi. et grav.
31. Collaboration (articles de variété et de critique) à diverses publi-
cations périodiques, notamment à la Bibliothèque de l'École des chartes,
au Bulletin critique, à la Revue critique et à la Revue du Lyonnais.
— Le 1" juillet 1895 est mort à Toulouse, dans sa 39= année, notre
confrère M.Léon Flourac, ancien archiviste du département des Basses-
Pyrénées.
M. Flourac s'était fait connaitre par la thèse qu'il soutint avec succès
à l'École des chartes en 1879 et qui, publiée sous le titre de Jean /",
comte de Foix, vicomte souverain de Béarn, lieutenant du roi en Langue-
doc (Paris, 1884, in-S^), obtint en 1884 la troisième mention honorable
au Concours des antiquités nationales.
— Par arrêté en date du 5 juin, notre confrère M. Enlart a été
chargé de faire le cours d'archéologie à l'École des chartes pendant les
mois de juin et juillet 1895.
— Par décret en date du 22 mai 1895, notre confrère M. Gaston
Paris a été nommé administrateur du Collège de France pour une
période de trois ans.
— Par arrêté en date du 12 juin, notre confrère M. Gaston Paris a
été nommé président honoraire de la section des sciences historiques
et philologiques à l'École pratique des hautes études.
— Par arrêté en date du 23 juillet, nos confrères MM. Anchier et
Le Brethon ont été nommés stagiaires au Département des imprimés
de la Bibliothèque nationale.
— Par arrêté en date du 1" juin 1895, notre confrère M. Prinet a
été nommé archiviste aux Archives nationales.
— Le nouvel archiviste du département de la Lozère, dont la nomi-
426 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
nation a été annoncée dans notre dernière livraison, p. 219, est notre
confrère M. Maisonobe.
— Notre confrère M. Auguste Petit a été nommé conservateur adjoint
de la bibliothèque de Besançon.
— Notre confrère M. le vicomte de Manneville, 3° secrétaire à l'am-
bassade de France à Berlin, vient d'être nommé au même titre à
l'ambassade de Londres.
— Le 5 juin 1895, notre confrère M. Alfred Spont a soutenu devant
la Faculté des lettres de Paris ses thèses pour le doctorat sur les sujets
suivants :
De cancellaris regum Francix officiariis et emolumento (liikO-1523).
Semblançay (?-1527), la Bourgeoisie financière au début du XVI^ siècle.
M. Alfred Spont a été déclaré digne d'obtenir le grade de docteur
avec mention honorable.
— L'Académie française a décerné le prix Gobert à notre confrère
M. Fagniez pour son Histoire du Père Joseph.
— L'Académie des inscriptions et belles-lettres a décerné le prix
Gobert à notre confrère M. EUe Berger pour son Histoire de Blanche de
Castille, reiiie de France.
— Au Concours des antiquités nationales, la première médaille a
été obtenue par notre confrère M. François Delaborde, auteur du volume
intitulé Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville. — Le travail de
notre confrère M. Jules Finot sur le Péage de Bapawnes a été récom-
pensé de la troisième mention honorable au même concours.
— L'Académie des inscriptions a décerné le prix ordinaire à notre
confrère M. Gh.-V. Langlois pour un mémoire manuscrit sur la chan-
cellerie royale depuis l'avènement de saint Louis jusqu'à celui de Phi-
lippe de Valois.
— Par décret en date du 4 juillet 1895, notre confrère M. Ant. Héron
de Villefosse a été nommé officier de la Légion d'honneur.
— Notre confrère M. Dareste de la Ghavanne a été nommé officier
de la Légion d'honneur.
— Notre confrère M. Barbier de La Serre a été nommé chevalier de
la Légion d'honneur.
— Par décret en date du 22 décembre 1894, S. M. le roi de Portugal
a conféré à notre confrère M. R. Richebé la croix de commandeur de
l'Ordre du Christ; par décret en date du 27 juin dernier, le gouverne-
ment français l'a autorisé à accepter cette décoration.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 427
DOCUMENTS RELATIFS A L'HISTOIRE DE LA LIGUE
CONSERVÉS AUX ARCHIVES DE LOT-ET-GARONNE
ET PROVISOIREMENT DÉPOSÉS AUX ARCHIVES NATIONALES.
Les Archives nationales ont en ce moment en dépôt deux liasses de
documents sur lesquels il paraît à propos d'appeler l'attention des lec-
teurs de la Bibliothèque de l'École des chartes. Ces documents, au
nombre de 174, appartiennent aux archives du département de Lot-
et-Garonne et ont été récemment communiqués au Comité des travaux
historiques par M. Tholin, archiviste de Lot-et-Garonne. Trouvés en 1862
dans la caserne d'Agen, ils furent à cette époque donnés aux archives
par M. Paillard, alors préfet du département. Ils proviennent évidem-
ment de quelque dépôt d'archives publiques ou particulières des Pays-
Bas, et il est impossible de savoir par suite de quelles péripéties ils se
sont trouvés transportés sur les bords de la Garonne.
Quoi qu'il en soit, ces documents, — originaux et copies, écrits en
français ou en espagnol, — offrent un réel intérêt pour notre histoire
générale : ils peuvent servir à compléter les pièces, si nombreuses,
relatives à la Ligue, que conserve la série K des Archives nationales.
Presque tous en effet datent de la seconde moitié du xvi« siècle et
intéressent les relations de la France et de l'Espagne à l'époque de
Philippe II. Quelques-uns présentent une réelle importance pour l'his-
toire du siège de Paris par Henri IV et les négociations des Ligueurs
avec les généraux espagnols. Signalons, parmi les plus curieux, une
lettre originale du prévôt des marchands et des échevins de la ville de
Paris au duc de Parme pour le prier de pourvoir à l'approvisionne-
ment de la capitale (2 novembre 1590); une requête adressée par
Mayenne au même duc de Parme pour le presser de secourir Paris
pendant que le roi de Navarre en est éloigné (premiers jours d'avril
1591); une lettre du comte de Belin, gouverneur de Paris, rendant
compte d'une escarmouche près de Saint-Denis (2 octobre 1591); des
mesures proposées par le maréchal de Rosne pour mettre Paris en
état de repousser victorieusement le roi de Navarre (février 1594) ; un
rapport sur l'entrée de Henri IV à Paris (avril 1594), etc.
On trouvera également dans ces deux liasses de nombreuses instruc-
tions données aux principaux agents de Mayenne et des autres chefs
ligueurs; les réponses faites par les chefs espagnols; des autographes
de Catherine de Médicis ; une intéressante correspondance de Jean de
Monluc, seigneur de Balagny, gouverneur de Cambrai; une correspon-
dance, plus intéressante encore, du franc-comtois Richardot, négocia-
teur de la paix de Vervins, qui permet d'étudier dans le détail la figure,
jusqu'ici peu connue, de ce diplomate habile; des documents sur l'ad-
428 CHRONIQUE ET MELANGES.
ministration des Pays-Bas pendant le gouvernement des archiducs
Albert et Isabelle...
Mais il serait trop long de tout citer : il a été dressé un inventaire
analytique de ces 174 pièces qui sera mis, en même temps que les
documents eux-mêmes, à la disposition des demandeurs curieux de
les consulter, dans la salle de travail des Archives nationales. En ter-
minant, un renseignement qui a son importance : le dépôt des deux
liasses n'est que temporaire et ne pourra dépasser un an.
H. COURTEAULT.
NÉGOCIATIONS DU DUC DE BEDFORD
EN 1429 POUR LE BARROIS.
Nous devons signaler deux pièces de l'année 1429, qui ont figuré,
sous les no5 77 et 20, dans une vente faite à Londres, le 30 mai der-
nier, par les soins de MM. Sotheby, Wilkinson et Hodge. En voici
l'indication d'après le catalogue imprimé pour la vente :
N° 77. Henri VI, roi d'Angleterre. Document sur papier du 5 mai 1429.
Vidimus de l'année 1433.
Traité d'alliance conclu entre le roi d'Angleterre et le cardinal de Bar
par l'entremise du duc de Bedford. Les gens du Barrois doivent aban-
donner les « consentans et coupables de la mort de feu nostre cousin le
duc de Bourgoigne. » Des instructions ont été données aux baillis de
Sens, Vermandois, Troyes, Amiens, etc.
N° 20. Jean, duc de Bedford. Lettre datée de Paris le 21 juin [1429],
adressée à Eustache de Warnancourt. Original scellé. —Touchant les
négociations du duc avec la province de Bar. Eustache de Warnan-
court est invité à donner une réponse définitive à Geoffroi d'Ambon-
ville, ambassadeur du duc.
EXEMPLAIRE ORIGINAL DU PROCÈS DE RÉHABILITATION
DE JEANNE D'ARC.
L'administration du Musée britannique vient de publier un gros
volume in-octavo de ix et 824 pages intitulé : Catalogue of the Stoive
manuscripts in Ihe Dritish Muséum. Ce catalogue, qui fait grand honneur
au personnel du département des manuscrits, contient la description
détaillée de 1,085 manuscrits et de 646 chartes, que le gouvernement
anglais a attribués au Musée en 1883, lors de l'acquisition en bloc du
fonds Stowe, conservé depuis 1849 dans la bibliothèque d'Ashburnham
Place. Nous allons en traduire un article, qui est de nature à intéresser
nos lecteurs et qui montrera avec quel soin le catalogue a été rédigé.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 429
« 84. Processus justificationis Johanns d'Arc. Copie officielle des actes
de l'enquête poursuivie en 1455-1456, par ordre du pape Galixte III,
par-devant l'archevêque de Reims, l'évêque de Paris, l'évêque de Gou-
tanccs et Jean Bréhal, l'un des inquisiteurs du royaume de France, à
l'effet de réhabiliter Jeanne d'Arc et d'annuler la sentence de condam-
nation prononcée en 1431. — En latin.
« Trois exemplaires officiels des procédures furent exécutés, comme
l'annoncent dans la préface les deux clercs chargés du travail, « Diony-
sius Gomitis [Denys le Gomte] et Franciscus Ferrebouc. » Deux de ces
exemplaires sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale à Paris, l'un
sous le n° 5970 du fonds latin, l'autre sous le n" 17013 du même fonds,
ce dernier ayant jadis fait partie de la bibliothèque de Noire-Dame et
ayant porté le n° 138 du fonds de Notre-Dame.
« Notre manuscrit est le troisième des exemplaires officiels ; il se place
à côté du ms. 5970 de Paris, le manuscrit de Notre-Dame ne renfer-
mant pas plusieurs traités dont il avait été fait usage dans les procé-
dures, comme l'écrivain même en a fait la remarque dans les termes
suivants : « Tractatus de quibus in hoc octavo articulo fit mentio solum
sunt inscripti in duobus magnis processibus, propter eorum prolixita-
tem ; » et, en effet, l'étendue de ces traités est considérable, puisqu'ils
forment environ le tiers du recueil complet. Le volume du fonds Stowe
est donc un des « duo magni processus. » Pour quelques détails du
texte et de la disposition, il diffère du ms. 5970 de Paris et se trouve
conforme à celui de Notre-Dame; comme on a commencé par la trans-
cription des exemplaires complets, il en résulte que ceux qui ont dirigé
le travail ont donné le ms. Stowe, et non pas le ms. 5970, pour modèle
au scribe chargé de copier le ms. de Notre-Dame (voy. Quicherat, Pro-
cès de condamnation et de rchabilitation de Jeanne d'Arc). Ghaque page
est authentiquée par une signature, comme dans les autres exemplaires
originaux, Denys le Gomte signant au verso et François Ferrebouc au
recto. Sur la dernière page est l'attestation finale des deux clercs, avec
leurs signatures et leurs marques; ils y indiquent le nombre des feuil-
lets du volume, qu'ils fixent inexactement à 163.
« Le poème latin qui termine le ms. 5970 de Paris ne se trouve pas
ici; ce n'est point, par conséquent, un morceau du document officiel.
« Volume en parchemin, de 182 feuillets, mesurant 20 pouces et demi
sur 12 et demi, ce qui est exactement la mesure du ms. 5970 de Paris.
— Reliure moderne en maroquin pourpre. — Grand in-folio. »
FONDATION DU MUSÉE DOBRÉE A NANTES.
La Revue des provinces de l'ouest a publié quelques détails sur une
donation princière qui vient d'être faite au département de la Loire-
1895 28
430 CHRONIQUE ET MELANGES.
Inférieure par un riche amateur, dont la libéralité sera célébrée à
l'égal du goût et de l'ardeur à former une merveilleuse collection de
manuscrits, de livres et d'objets d'art de toute espèce.
Les détails dans lesquels est entré un ami du vénérable M. Dobrée
laissent entrevoir l'importance de la donation faite au département de
la Loire-Inférieure. Nous croyons intéresser nos lecteurs en reprodui-
sant ce que le correspondant de la Revue des provinces de l'ouest a dit
des séries de manuscrits et de livres imprimés. Les exemples qu'il a
choisis, sans avoir la prétention de les indiquer avec la précision exi-
gée d'un bibliographe de profession, suffiront pour montrer que les col-
lections de M. Dobrée peuvent rivaliser avec les cabinets des plus
fameux bibliophiles de la France et de l'Angleterre.
Laissons la parole à l'ami de M. Dobrée.
« La Revue des provinces de Vouest, toujours prête à applaudir aux
nobles initiatives, ne peut garder plus longtemps le silence sur le legs
royal que M. Thomas Dobrée vient do faire au département de la
Loire-Inférieure. Ce legs consiste en deux monuments remarquables :
un palais de construction récente, dans le style du moyen âge, et le
vieux manoir de la Touche, restauré, dans lequel mourut Jean V, duc
de Bretagne.
« Après la mort de M. Dobrée, qui est né à Nantes le 31 août 1810,
toutes ses riches collections de manuscrits, de livres rares, d'auto-
graphes, de tableaux et d'objets d'art seront la propriété définitive du
département, qui a tout accepté, en remerciant publiquement le géné-
reux donateur, dans la session d'août 1894 du Conseil général.
« En attendant, on se demande avec une impatiente curiosité quelles
sont les richesses que renfermera un jour le musée Dobrée, car peu de
personnes les connaissent.
« Cependant, un ami de la maison se fait un véritable plaisir de
révéler au rédacteur de cette Revue, avec la permission de M. Dobrée,
quelques-uns des trésors du futur musée. De la sorte, le public pourra
juger, en connaissance de cause, l'importance du legs fait au départe-
ment de la Loire-Inférieure.
[Manuscrils.]
« Les sermons de saint Bernard et d'Abélard, en langue romane, ms.
du xne siècle, superbement relié, doré et couvert de pierres fines. Ayant
appartenu à Roquefort.
« Deux splendides manuscrits de la Bible, don du roi de France
Charles VI à son confesseur, maître Renaud des Fontaines, et avec sa
signature.
« Sermons d'Alcuin et Vie des saints, ms. du xiie siècle, de 3,000 pages
à deux colonnes.
« Manuscrit compacte sur la médecine. xiv« siècle.
CHRONIQUE ET MELANGES. 434
« Magnifique missel d'Angers (1476) plus volumineux que les missels
ordinaires.
« Le cartulaire de Saint-Serge d'Angers.
« Un pontifical du xiv« siècle, ms. plus volumineux qu'un missel
ordinaire.
« Histoire de Philippe de Commines, très riche manuscrit original,
avec portrait de l'auteur en miniature.
« Le livre de chasse du roi Modus, avec vignettes. Ms. français du
xv« siècle.
« Les femmes célèbres. Royal manuscrit, avec miniatures et por-
traits, fait par un religieux dominicain et donné à Anne de Bretagne.
« Copie des Ménestrels de Souabe [le fameux recueil de Manesse,
aujourd'hui à la bibliothèque de Heidelberg], faite par l'artiste Mathieu,
vers 1860, pour l'impératrice de Russie, avec ses armoiries de vieil
argent.
[hnprimés.]
a La Bible latine aux 42 lignes, imprimée en Allemagne vers 1450.
« La Bible incunable de ReutUngen, de 1459 (?).
« La Bible protestante, première édition de Genève.
« Les Institutes de Justinien, première édition de Mayence, magni-
fique in-foho à plusieurs colonnes.
« Les actes de Maximilien (Tewrdannck) (1550), splendide volume alle-
mand, sur vélin.
« Recueil de chansons espagnoles (1525).
« L'histoire de Gérard de Nevers (1520), en vieux français.
« Mélusine ou histoire de la fée de Poitiers, en vieux français.
« Chronique de Saint-Denis, en vieux français.
« Droit coutumier en Normandie, en vieux français.
« Lancelot du Lac, 1553. »
Au mérite d'avoir formé de telles collections, M. Dobrée a voulu
joindre celui d'en assurer la conservation et d'en donner la pleine jouis-
sance à ses compatriotes. Il s'est ainsi acquis des titres impérissables
à la reconnaissance pubhque, et son nom sera béni des générations de
savants, d'artistes et de curieux qui ne se lasseront pas d'admirer et de
mettre à profit, pour la gloire du pays et pour le progrès des lettres et
des arts, les incomparables trésors du nouveau musée fondé dans la
ville de Nantes par un des plus généreux enfants de la Bretagne.
MINUTES DES NOTAIRES DU MANS.
Au moment où l'attention des historiens et des archivistes se porte
si généralement sur les anciennes minutes des notaires, nous devons
signaler une souscription ouverte pour la publication d'un Inventaire
432 CHRONIQUE ET ME'lANGES.
des minutes anciennes des notaires du Mans, XVI I" et XVII I^ siècles, qui
remplira quatre volumes in-8° de 320 pages chacun. Cet inventaire,
rédigé par feu M. l'abbé Esnault, va être mis au jour par les soins de
M. l'abbé Em. -Louis Ghamhois, membre de la Société historique et
archéologique du Maine, à Gourcebœufs, par Ballon (Sarthe).
JEAN DU BREUIL, COPISTE DU XV" SIÈCLE.
Un assez joli livre d'heures de la seconde moitié du xv« siècle, parais-
sant d'origine dijonnaise, était récemment en vente chez M. Lortic,
libraire à Paris, rue RicheUeu. Il renferme une image de la Madeleine,
dans le fond de laquelle on a cru reconnaître une vue de la ville de
Dijon. Le copiste a mis sa signature au-dessous des réclames sur la
dernière page de presque tous les cahiers. Il s'appelait Johannes de
Brvolio.
EPISODES DE L'INVASION ANGLAISE.
LA GUERRE DE PARTISANS
OINS
LA HAUTE NORMANDIE
(1424-1429.)
{Suite 1.)
La prise d'armes de 1424.
Ce lien secret, cette pénétration occulte et persistante qui affi-
lie les groupes d'insurgés en armes aux débris survivants des
forces régulières, trouve pour s'affirmer un milieu propice et sin-
gulier, une remarquable et exceptionnelle condition d'expérience,
dans l'immense effort que le parti national se décide à risquer pour
l'ouverture de la grande campagne de 1424, autour de laquelle
viennent graviter tant d'impatiences de lutte, tant d'anxiétés,
tant d'espérances fiévreuses".
Le plan méthodique, la conception d'attaque qui s'organise et
prend forme, en ce printemps de 1424, derrière le fossé de la
Loire, dans la France française encore, prolonge de lointaines et
profondes répercussions jusque dans les contrées sur qui pèse le
plus lourdement l'oppression étrangère.
Le mouvement offensif, la poussée d'énergie qui se dessine
1. Voir le tome précédent, p. 259, et le tome LIV (1893), p. 475.
2. La plupart des documents inédits cités au cours de cette étude, comme
des deux précédentes, font partie des pièces justificatives de l'ouvrage destiné à
être ultérieurement publié.
^893 29
434 LA GOERRE DE PARTISANS
alors fortement du côté français a pour soutien moral le succès
inespéré de la journée de la GraveUe, remporté le 26 septembre
1423 sur l'armée anglaise du Maine*, et pour point d'appui
matériel l'occupation de la forteresse d'IvryS enlevée peu avant,
dans le cours d'août, par le Gascon^ Géraud de la Pallière, intré-
pide preneur de places, pour qui !'« eschiellage » n'a pas de secrets^.
Vers le même temps, dans la nuit du 14 au 15 août, la ville
de Chartres a failli se laisser reprendre^. Entre minuit et une
heure, au moment de trouble que marque l'échange des senti-
nelles, un coin du rempart, pour quelques instants, s'est trouvé
aux mains d'une bande française. Les hardis assaillants ont esca-
ladé la muraille, tenu bon quelques minutes sur le chemin de
ronde. Mais, trahis par la fortune, l'alerte donnée à temps,
entourés d'ennemis surgis de toutes parts, ils ont dû disparaître,
sauter à bas des crêtes, laissant prisonniers vingt des leurs,
vingt victimes de choix, dont les têtes, en effet, sont tombées le
lendemain.
Cette surprise de Chartres, cette audacieuse et superbe attaque,
1. La bataille dite de la Gravelle ou de la Brossinière, gagnée le dimanche
26 septembre 1423 |)ar Jean VIII d'Ilarcourt, comte dAumale, sur larniée
anglaise, venant de lever le siège de Segré en Anjou et battant en retraite de
la basse Mayenne sur les marches de Normandie, par la route dont l'usage et
l'importance ont été signalés (ci-dessus, ^es Partisans et les lignes françaises).
L'action fui en réalité livrée sur les landes de la Bressinière (Léon Maître, Dic-
tionnaire topographique du département de la Mayenne) ou la Brécinière,
lieu situé (Mayenne, hameau de la commune de Bourgon, canton de Loiron), à
deux lieues environ dans le nord de la place de la Gravelle (Mayenne, cant. de
Loiron), à la lisière même du Maine et de Bretagne, sur les chemins menant de
la Gravelle vers Montaudin, Mausson et les places de basse Normandie. Voir
le récit de Cousinot de Montreuil {Chron. de la Pucelle, ch. v, éd. V. de Vifi-
ville, p. 214-219), suivi par J. Le Fizelier, dans son excellente étude sur la
journée de la Gravelle. [La Bataille de la Brossinière, dans Rev. hist. et arch.
du Maine, t. I, 1876, p. 28-42.)
2. Eure, cant. de Saint- André. (Voir ci-après, p. 441, n. 2.)
3. Chron. de la Pucelle, éd. V. de Viriville, p. 222.
4. Sur les circonstances de la surprise d'Ivry, ultérieurement. Annexe.
5. Chartres, conquis au parti bourguignon dans l'autonmc de 1417, au moment
de la grande démonstration de Jean Sans-Peur vers la région de Paris, avait
passé sans secousse à la domination anglaise par le traité de Troyes en 1420. Dans
l'été de 1421, la ville avait été fortement assiégée et serrée de près par l'armée
du daujthiu Charles, qui avait dû se retirer à l'approche de Henry V, lequel, la
ville déblo([uée, alla prendre Dreux. (II. de l'Épinois, Histoire de Chartres,
t. 11, ch. XVI, p. 69-75.)
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 435
non plus d'un simple château fort, mais d'une grande ville fermée,
paraît n'avoir jamais connu de récit. En l'année où elle a lieu,
critique entre toutes, elle doit se replacer au rang qui lui revient.
Elle a droit d'inscription parmi les épisodes de ce temps les plus
dignes de mémoire ^
D'autres approches de Paris, vers cette époque encore, ont été
quelque temps menacées par l'occupation de Beaumont-sur-Oise.
Dès le mois de septembre au moins, Beaumont^ le point de
passage précieux de l'Oise, le seul entre l'Isle-Adam^ et Creil^,
avec son fort château, son curieux pont-forteresse disposé pour
recevoir les habitants en refuge^, a été enlevé par un parti fran-
çais^. Coup réussi sans doute par quelque troupe sortie des coins
de la Champagne où se maintient encore la défense, du comté de
1. La seule chronique qui mentionne le fait est la chronique picarde ano-
nyme, œuvre inédite en grande partie, connue sous le nom de Chronique des
Cordeliers. (Bibl. nat., ms. fr. 23018, fol. 445.) Le passage, qui fait tableau, est
à citer textuellement :
« En cel an (1423), le jour de la my-aoust, sur point de heure de mienuit
allant sur le jour, arrivèrent les Armignas à Chartres, et entre deux ghés com-
menchèrent à monter sur les murs pour prendre la ville, mais ils furent reca-
chiés teleraent qu'il ne y meffeirent riens. Et y en eubt xx prins, qui furent
decolez et escartelez parce qu'il confessèrent (juil avoient tous conclud de
mettre à l'espée hommes et femmes et enffans sans nulluy déporter. »
La mention des Armagnacs fait voir qu'il s'agit de réguliers et non de par-
tisans. L'expression d'écartelés doit s'entendre d'un dépeçage après décapitation
et de l'exhibition de ces sinistres débris en lieu public, mesure qui accompa-
gnait si souvent alors les exécutions pour imputation de trahison.
2. Beaumont-sur-Oise, sur la rive gauche de l'Oise (Seine-et-Oise, cant. de
risle-Adam).
3. Le château de l'Isle-Adam, dans une des îles de l'Oise, avec ses ponts
(Seine-et-Oise, ch.-l. de cant., arr. de Pontoise).
4. Creil, dans une île et sur la rive gauche de l'Oise (Oise, ch.-l. de cant.,
arr. de Senlis).
5. Ce détail intéressant est donné par un document contemporain, en date
de 1427, qui décrit ainsi les défenses de Beaumont : « Et y avoit ung chastel
qui estoit fait pour la garde du pont principalement et le passage qu'il fait
garder, et y a pont grant et spacieux pour recevoir les habitans en refuge. »
(Arch. nat., X1a4794, fol. 244.)
6. Pris par les Bourguignons dans les premiers jours de septembre 1417,
repris peu après, le 30, par les Armagnacs {Religieux de Saint-Denis, éd. Bel-
laguet, t. VI, p. 112-114 et 136), redevenu Bourguignon à ce qu'il semble, à la
suite de la surprise de Paris en mai 1418 {Journal d'un Bourgeois de Paris,
éd. Tuetey, p. 167, la place franco-bourguignonne en mars 1420), le château de
Beaumont avait passé aux .\nglais par l'effet du traité de Troyes, en 1420.
436 LA GDERRE DE PARTISANS
Guise^ OU de l'enceinte naturelle du Tardenois% comme, quelques
mois plus tard, s'exécuteront les surprises de Ham^ et de Com-
piègne'*. Les nouveaux occupants de Beaumont, en rayonnant de
la tête de pont qu'ils possèdent, peuvent se répandre dans le Beau-
vaisis, dans le Yexin et, devant eux, vers Paris même, distant
de dix lieues à peine. Mais, en novembre, ils ont déjà perdu la
place, et le château, démoli par ordre exprès du duc de Bedford,
ne présente plus que des ruines sans abri^
Mieux servis par la fortune, leur adresse ou la connivence
intérieure, les « eschieUeurs » d'Ivry ont gardé leur conquête,
ont pu s'y fortifier en maîtres, et, de ce réduit convoité, solide et
bien pourvu, se jettent sur toutes les routes, entre le pays nor-
mand, les plaines chartraines et la direction de Paris.
Ivry est à Arthur de Bretagne*^, comte de Richmond', qui
figure encore, à cette heure, dans les rangs anglais*, mais dont
1. Sur la guerre dans le comte de Guise, voir ci-après.
2. En Tardenois, entre Marne et Aisne, des garnisons françaises occupent
encore, en 1423, la Fcrté-Milon, Nesle-en-Tardenois, Fère-en-Tardenois (Aisne,
arr. de Château-Thierry). La Ferté-Milon est repris en janvier 1423; Nesle et
Père tiennent jusqu'au 30 août 1424. [Chronique dite des Cordeiiers, ms.
fr. 23018, fol. 432, 449.)
3. 13-15 octobre ou 13-15 décembre 1423. (Voir ci-après, les Xobles normands
et picards.)
4. 2 janvier 1424. (Voir ci-dessus, les Partisans et les lignes françaises.)
5. La Chronique dite des Cordeiiers, sous la rubrique de septembre 1423,
porte cette mention : « En ce temps fu le chastel de Beaumont-sur-Oise en partie
abbatu et mis jus par acord du régent et du conseil de France. » (Ms. fr. 23018,
fol. 442 v°.) Monstrelet mentionne le fait, vers la même époque à peu près,
mais sans rien préciser. (Éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 173.) Le Bourgeois de
Paris signale la démolition en novembre, mais eu 1422. (Éd. Tuetey, p. 181.)
C'est tout à fait par erreur que les auteurs de l'Histoire de Bourgogne placent
la prise et la rei)rise de Beaumont en février 1424, immédiatement après le
départ de Philippe le Bon de Paris pour les conférences d'Amiens, alïirmalion
reproduite souvent depuis par plusieurs historiens. {Hist. de Bourgogne, t. IV,
p. 87-88; cf. p. 86 et 89.) Les faits des années 1423 et 1424 sont du reste l'ob-
jet de constantes interversions dans ce volume, qui est, on le sait, l'œuvre des
continuateurs de D. Plancher.
6. Second fils de Jean IV, duc de Bretagne, frère du duc régnant Jean V, né
en 1393, connétable de France en 1425, duc de Bretagne, sous le nom d'Ar-
thur III, en 1456, mort en 1458.
7. C'est de Richmond en Angleterre, dans le comté d'York, tenure féodale
depuis longtemps eu possession des ducs de Bretagne, que vient le titre défi-
guré sous lequel le connétable de Richement est plus généralement connu.
(Achille Le Vavasseur, notes de Guillaume Gruel, p. 1, n. 1.)
8. Arthur de Bretagne, fait prisonnier à Azincourt eu 1415, est libéré par un
DANS LA HAUTE IVORMANDIE. 437
le détachement prochain se laisse déjà pressentira La comté
d'Ivry a été créée pour lui par Henry V, à son retour de la cap-
tivité qu'il subit depuis la journée d'Azincourt, et, depuis l'an 1421 ,
il tient en fief, du roi étranger, cet apanage démembré de la terre
de France^
traité particulier du 22 juillet 1420, en vertu duqiiel il devient l'allié et le vas-
sal de Henry V. (Achille Le Vavasseur, notes de Gruel, p. 22, n. 3.) Depuis, il
sert dans l'armée anglaise, aux sièges de Melun, de Meaux, de juillet 1420 à
juin 1422. {Ibid., p. 25, n. 1, 2, p. 27, n. 1.) En juillet 1422, il passe en Bretagne,
où il réside au moment de la mort de Henry V à Vincennes, le 31 août. {Ibid.,
p. 27, n. 1, p. 28, n. 1.)
1. Après la mort de Henry V, rpii le délie de son serment personnel, Arthur
de Bretagne ne participe plus à aucune opération de guerre anglaise. Sorti de Bre-
tagne pour figurer, avec son frère le duc Jean VI, aux négociations de la triple
alliance d'Amiens, en avril 1423, — marié, en octobre suivant, à Marguerite de
Bourgogne, l'aînée des sept sœurs de Philippe le Bon, veuve du dauphin Louis,
duc de Guyenne, frère aîné de Charles VII, mort en 1415, — il prend encore
part, en mars 1424, à Amiens, au conseil tenu par les ducs de Bedford et de
Bourgogne. [Gruel, éd. Achille Le Vavasseur, p. 28-31.) C'est son dernier acte
d'adhésion officielle au système anglais.
En février 1424, se rendant de Bourgogne à Amiens, il séjourna quelque
temps à Paris avec son beau-frère Philippe le Bon. (Achille Le Vavasseur,
notes de Gniel, p. 32, n. 1.) Est-ce à ce moment qu'il faudrait placer, d'après
l'allusion assez vague de dom Plancher {Hist. de Bourgogne, t. IV, p. 87;
cf. Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 475, répété par Fenin, éd. de
M"° Dupont, p. 204), son premier dessein d'abandonner la vassalité de l'Angle-
terre? Toujours est-il que, d'Amiens, après les conférences de mars 1424, il
rentre par mer en Bretagne, abri sur qu'il se décide seulement à cpiitter pour
venir trouver Charles VII à Angers, le 20 octobre 1424 : l'épée de connétable
lui est définitivement remise à Chinon, le 7 mars 1425. {Gruel, éd. Achille Le
Vavasseur, p. 32-36, 32, n. 1, 34, n. 1.)
2. La Chronique de Normandie place expressément l'hommage de la comté
d'Ivry, rendu par .\rthur de Bretagne à Henry V, dans la salle du château de
Rouen, pendant le cours ou à la fin de la session des États de Normandie tenue en
janvier 1421. (Éd. Hellot, p. 64, notes, p. 184; cf. Ch. de Beaurepaire, des États de
Normandie sous la domination anglaise, p. 15.) La seigneurie d'Ivry, dont les
possesseurs portaient le titre de barons depuis le milieu du xiv siècle, était
érigée à cet effet en comté par le roi anglais (Longnon, les Limites de la France,
p. 62) : elle appartenait à l'ancienne famille d'Ivry (La Roque, Hist. de la mai-
son d'Harcourt, t. II, p. 1838-1843), sur les représentants de laquelle elle était
ainsi confisquée. Un acte du 17 janvier 1421, relatif à l'élargissement de Riche-
mont, ne le qualifie pas encore de comte d'Ivry. (Rymer, Fœdera, t. Il, part, m,
p. 199.) Le premier document qu'on possède lui donnant ce titre paraît être
un acte du 29 novembre suivant. {Ibid., part, iv, p. 43.) La liste des places
conquises par Henry V porte à Ivry, comme capitaine, d'abord Humphrey, duc
de Glocester, frère du souverain, puis, « Arthur de Bretagne, comte par don du
438 LA GUERRE DE PARTISANS
L'écuyer breton Pierre Glé, capitaine du château au moment
de la surprise S n'a pu être appelé à ce poste de confiance qu'avec
son assentiment, sinon sur sa présentation même^. Cette obser-
vation, qu'autorise pleinement, à ce qu'il semble, la nationalité
de ce commandant de place, peu remarquée jusqu'ici^ offre une
importance dont les oscillations du prince breton, son humeur
ondoyante et les desseins ambigus qu'il commence peut-être à
méditer aident à saisir le sens et la valeur.
Pierre Glé, dès cette époque, est marié à Adine de So}écourt,
fille de Charles de Soyécourt, de la maison picarde de ce nom,
seigneur de Mouy en BeauvaisisS mort à Azincourt en 1415^
Ce mariage le faisait beau-frère*^ d'un Bourguignon de marque,
Philibert de Vaudrey'', qui avait épousé Catherine de Soyécourt,
roy. » {Mies norm. et franc., n° 1359.) Un ado de Henry VI, en date de Paris,
le 12 juillet 1427, dépouilla délinitivement le connétable de la « comté, terre,
seigneurie et baronnie divry, » et les donna à John Holland. comte de Hun-
tingdon. (Arch. nat., JJ 173, n" 752, cité par Longnon, les Limites de la France,
p. 67.)
1. Fait résultant de la lettre de rémission citée ci-après, (.\rcli. nat., JJ 172,
n' 442.)
2. La Geste des nobles dit textuellement, en parlant de la prise d'Ivry (que
cette chronique relate à l'occasion du siège et de la journée de 1424) : « Gérault
de la Pailliére celiui an conquist Yvry par aguet, que tenait le conte de Riche-
mont. » (Éd. V. de Viriviile, p. 196.) On vient de voir également que la liste
des places anglaises mentionne expressément Arthur de Bretagne (;omme cajii-
taine en titre du lieu. {Rôles norm. et franc., n° 1359.)
3. Il paraît difficile que Pierre Glé, Breton et non .\nglais, comme le porte
cependant la savante édition du Journal d'un Bourgeois de Paris (p. 191, n. 2),
n'appartienne pas à la famille bretonne des Glé, dont on rencontre des repré-
sentants dès le début du siècle précédent et qui a possédé, vers le xv siècle,
la seigneurie de la Besnerais (Ille-et-Vilaine, cant. de Montfort, comm. de
Pleumeleuc). On trouve, à cette époque, Perrot Glé, sire de la Besnerais, occu-
pant la charge de commis aux réformations, de 1423 à 1441. (Pol Potier de
Courcy, Nobiliaire et armoriai de Bretagne, 2° éd.; Nantes, 1862, 3 vol. in-4",
au mol Glé; Dom Morice, Hist. de Bretagne, t. II, col. 1197; Bibl. nat., Cab.
des Titres, Dossiers bleus, Glé.)
4. Sur la branche des sires de Mouy, de la maison de Soyécourt, P. Anselme,
Hist. généal., t. VIII, p. 526-527. — Soyécourt, en Santerre (Somme, cant.
de Chaulnes). — Mouy, en Beauvaisis, sur le Thérain, entre Beauvais et Creil
(Oise, ch.-l. de cant., arr. de Clerraont).
5. Sur Charles de Soyécourt, P. Anselme, loc. cit., p. 526.
6. Ibirl.. id.
7. Sur Philibert de Vaudrey, mort en 1452, voir Bibl. nat., Cab. des Titres,
Dossiers bleus. Vaudrey; P. or.. Vaudrey. n° 2. C'est à son fils, Artus de
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 439
sœur d'Adine, nées toutes deux du premier mariage de leur père
avec Isabelle de Châtillon*. Or, Philibert de Vaudrey figure lui
aussi, à ce moment même et depuis, dans la plus confiante inti-
mité d'Arthur de Bretagne ^ Adine et Catherine ont pour
frère Jacques de Soyécourt, seigneur de Mouy^, sur qui plane
aussi, à son heure, un soupçon de défection dont on verra
l'efifet^ Tous ces alliés se rattachent, en Picardie, en Vexin, en
Vaudrey, que revint la seigneurie de Mouy en Beauvaisis, qui se continua dans
sa descendance.
1. P. Anselme, Hist. généal., t. VI, p. 114, et du Chesne, Histoire de la
maison de ChasUllon- sur -Marne, p. 576, 576-578, 578-579.
2. On voit en effet Philibert de Vaudrey, venu de Bourgogne, passé en Bre-
tagne avec Richement, à la suite des entrevues d'Amiens, après le mois de
mars 1424, envoyé de là en ambassade auprès de Philippe le Bon, en octobre
suivant, à ce qu'il paraîtrait, pour solliciter le consentement du duc de Bour-
gogne à l'acceptation du titre de connétable, dignité que Charles Vil venait de lui
offrir à Angers. [Griiel, éd. Achille Le Vavasseur, p. 33; cf. p. 67, n. 3.) Plus
tard, en 1426, Philibert de Vaudrey est encore chargé de missions secrètes et
délicates entre la cour de Bourgogne et Richemont. (De Beaucourt, Hist. de
Charles VIT, t. II, p. 375, n. 4, 375-377; A. Desplan([ue, Projet d'assassinat
de Philippe le Bon par les Anglais, P. just., n° 6, p. 69.)
Sa femme, Catherine de Soyécourt-Mouy, était attachée à la personne de la
comtesse de Richemont. (A. Desplanque, loc. cit.) Lui-même était (Arch. de la
Côte-d'Or, Joseph Garnier, Inventaire, B 11829) capitaine de Montbard (Côte-
d'Or, ch.-l. de cant., arr. de Semur), château donné, comme on sait, par Phi-
lippe le Bon à sa sœur. (Arch. de la Côte-d'Or, B 48, 49, 61 ; cf. Achille Le
Vavasseur, notes de Gruel, p. 30, n. 3, p. 31, n. 1.)
Philibert de Vaudrey, impliqué dans l'accusation portée contre son beau-
frère Pierre Glé, vit lui-même ses biens confisqués en 1425. (Lettres de don
citées ci-après, Arch. nat., JJ 174, n° 226.) On verra plus loin ses relations
suivies et étroites avec la réformatrice franciscaine, Colette de Corbie, au sujet
du rôle de laquelle on discutera un témoignage caractéristique encore non
commenté.
On le retrouve plus tard dans les rangs bourguignons, — notamment en 1431
(Arch. de la Côte-d'Or, Joseph Garnier, Inventaire, B 11803; cf. 11740, 11804-
11805, 11807), avec le sire d'Aumont [Ibid., id.), dont une interprétation de
chronique pourrait aussi, vers la même époque, faire suspecter la fidélité
(ci-dessous, p. 480-482), — en 1432, avec le sire d'Aumont encore, en Picardie,
ensuite au combat de Lagny {Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. V, p. 30-39),
puis à Eu (Bibl. nat., coll. Clairambault, t. 138, p. 2485, n"42). Il devait donc,
à cette époque, être pleinement rentré en grâce.
3. P. .\nselme, Hist. généal., t. VIII, p. 527; du Chesne, Hist. de la maison
de Chastillon, p. 578-579.
4. Sur le rôle de Jacques de Soyécourt, seigneur de Mouy, au moment de
la bataille de Verneuil, en 1424, et sur celui de Louis de Soyécourt, seigneur
440 LA GUERRE DE PARTISANS
Bourgogne même, à des parentés plus suspectes encore'. Quoi
qu'il en soit, Pierre Glé, qui laisse enlever Ivry, vers août 1423,
par négligence et faute de guet, par trahison, — le fait est
reconnu, — machinée à l'intérieur de la place, soi-disant à son
insu 2, ne paraît pas s'être senti la conscience bien pure ni tous
scrupules bien nets. Après avoir commencé par fuir en lieu sûr,
dans la crainte de passer en jugement, il parvient à regagner
sa grâce quelques mois plus tard, en mars 1424, par la protec-
tion de ses parents et alliés, en ce moment encore fidèles de nom au
système anglaise Feinte rentrée qui ne l'empêche pas, semble-
t-il, de repasser bientôt au parti français, dans les rangs duquel
on constate sa présence dès l'an suivant ^ en 1425, à peu près en
même temps, par conséquent, qu'Arthur de Bretagne lui-même,
dont le ralliement à Charles VII est alors définitifs. Coïncidences
dont il serait certes excessif de vouloir tirer des conclusions trop
précises, mais curieuses en tout cas à constater et méritant au
moins un regard, si l'on songe à la défection que le futur conné-
table devait rendre publique, dès l'automne de 1424, et dont
peut-être, dès l'an qui précède, il préparait déjà les voies, dans
de Mouy, son frôre cadet, au moment de la campagne de Paris, en 1429, voir
ci-dessous, le Choc de Verneuil et la Jacquerie normande.
1. Sur ces alliances des Soyécourt-Mouy avec les L'Isle-Adam, les d'Aumont,
les de Chàteauvillain, les de Bar, voir ci-dessous.
2. « ... Lui étant en icelui, aucuns nos adversaires, d'aguet et par traison
machinée à insu dudit Glé, y entrèrent. » Lettre de rémission citée immédiate-
ment ci-après.
3. Lettre de rémission délivrée à Pierre Glé, écuyer, commis capitaine et
garde du château d'Ivry-la-Chaussée, et à Adine de Soyécourt-Mouy sa femme,
les restituant, à la requête de leurs parents et amis, en possession de leurs
biens saisis i)ar suite de défection et d'absence. Doc. en date de Creil, le 20 mars
1424. (Arch. nat., JJ 172, n° 442.)
4. Lettres de don, au nom de Henry VI, à Amélie de Nostemberg, seconde
femme et veuve de Charles de Soyécourt, seigneur de Mouy, et à son fils
mineur Louis de Soyécourt, à présent seigneur de Mouy, leur transportant
toute la part des biens appartenant, en tant qu'héritières de leur père, à Cathe-
rine et Adine de Soyécourt, filles du premier mariage de Charles de Soyécourt
avec Isabelle de Chdtillon, et mariées, lune à Philibert de Vaudrey, l'autre à
Pierre Glé, en raison de ce que lesdits de Vaudrey et Glé et leurs femmes, « de
présent... se sont rendus rebelles et désobéissants et joints à nos ennemis et
adversaires. » Doc. en date de Paris, le 21 octobre 1425. (Arch. nat., JJ 174,
n» 226.)
5. Arthur de Bretagne, comme on l'a vu, reçoit l'épée de connétable le
7 mars 1425.
DANS LA HADTE NORMANDIE. ^IH
les détours compliqués et tortueux de son caractère et de sa poli-
tique 1 .
Géraud de la Pallière est donc installé dans Ivry-, au passage
de l'Eure, entre Dreux et Pacy, à l'extrême limite de la Norman-
die, menaçant Evreux, coupant Dreux de Mantes et pouvant se
lancer vers la région parisienne^ La ligne de l'Eure, entre Dreux
et Gliartres, par Nogent-le-Roi ^ est toute aux mains de l'inva-
sion étrangère. Celle de l'Avre, de Dreux à Verneuil^ par Til-
lières-sur-Avre^ lui appartient aussi, renforcée de Châteauneuf-
en-Thimerais'', des lieux forts de Grécy-Couvé^ de Courville^ et
de Maillebois-''. Mais un coin français du côté du Perche s'enfonce
vers Ivry avec Senonches", Beaumont-les-Autels^^ et Nogent-le-
Rotrou, tête de l'arc de cercle qui, parBonnevaD^et Châteaudun'^
1. Arthur de Bretagne, comme ou l'a vu, cesse tout rapport avec le gouver-
nement anglais en mars 1424 et va trouver Charles VII à Angers en octobre.
Pendant l'été de 1423, il réside en Bourgogne, occupé des préparatifs de son
mariage avec Marguerite de Bourgogne, conclu en octobre.
2. Ivry, sur la rive gauche de l'Eure et de ses îles, presque en face le débou-
ché de la Vesgre (Eure, cant. de Saint- André), portait autrefois le nom d'Ivry-
la-Chaussée. La ville a reçu depuis la désignation d'Ivry-la-Bataille, en souve-
nir de la victoire de Henri IV en 1590. Le nom de La Chaussée-d'Ivry, qui
pourrait prêter à quekjue confusion, est actuellement porté par un village
(Eure-et-Loir, cant. d'Anet) situé sur la rive opposée de l'Eure, au débouché
de la Vesgre, le long de la route qui prolonge les ponts d'Ivry.
3. Sur l'eiret produit dans Paris par la prise d'Ivry, voir Journal d'un Bour-
geois de Paris, éd. Tuetey, p. 191.
4. Sur Nogent-le-Roi et les petites places nommées ci-après, voir, sauf excep-
tion, ultérieurement. Annexe 5.
5. Verneuil-en-Perche, aujourd'hui Verneuil-sur-Avre (Eure, ch.-l. de cant.,
arr. d'Évreux).
6. Tillières-sur-Avre, à deux lieues environ au-dessous de Verneuil (Eure,
cant. de Verneuil).
7. Châteauneuf-en-Thimerais, entre Avre et Eure (Eure-et-Loir, ch.-l. de
cant., arr. de Dreux).
8. Crécy-Couvé, entre Avre et Eure (Eure-et-Loir, arr. de Dreux).
9. Courville, à la lisière du Petit-Perche, dans la haute vallée de l'Eure
(Eure-et-Loir, ch.-l. de cant., arr. de Chartres).
10. Maillebois, entre Eure et Avre (Eure-et-Loir, cant. de Châteauneuf-en-
Thimerais).
11. Senonches, à la lisière du Haut-Perche (Eure-et-Loir, ch.-l. de cant., arr.
de Dreux), alors en cet endroit la plus avancée des places françaises.
12. Beaumont-les-Autels, sur la route de Nogent-le-Rotrou à Bonneval (Eure-
et-Loir, cant. d'Authon, arr. de Nogent-le-Rotrou).
13. Bonneval, sur le Loir, à quatre lieues environ au-dessus de Châleaudun
(Eure-et-Loir, ch.-l. de cant., arr. de Châteaudun) , alors en cet endroit la
plus avancée des places françaises.
14. Sur Châteaudun, voir ci-dessus, les Partisans et les lignes françaises.
442 LA GUERRE DE PARTISANS
va rejoindre les places de Beau ce, forts détachés qui couvrent
Orléans. Une autre chaîne de châteaux et d'enceintes, du côté de
Paris, Étampes, BrétencourtS Rochefort-en-Yveline^ et Ram-
bouillet, s'allonge aussi vers la nouvelle conquête. Montlhérj,
Marcoussis, Orsay ^ ont beau être réduits depuis l'été précédent,
ces forteresses jalonnent encore la route de Paris. Ivrj sert de
pont qui les relie aux résistances du Perche et du Maine, encore
organisées et vivaces.
Géraud de la Pallière s'est jeté dans le château avec une gar-
nison de choix, un gros de 400 hommes d'armes, à cheval pour
la plupart, compagnie de gens d'élite « tout de renom ^ ». Une
armée bourguignonne, menée par le sire de TIsle-Adam, expé-
dié par Phihppe le Bon à la requête des Parisiens inquiets,
en août 1423, s'est en vain présentée devant la place, premier
assaut demeuré jusqu'ici ignoré, et qui atteste l'émoi jeté dans
Paris même par la surprise de cette position menaçante. Le suc-
cès de la journée de la Gravelle paraît avoir balayé ce corps
de siège insuffisant^. Libre d'entraves, la garnison d'Ivry, de
l'automne de 1423 au printemps de 1424, reprend et continue
ses courses jusqu'à la forêt de Breteuil*', menaçant Damville^ où
se tient un poste anglais^, entrant à Condé-sur-Iton, inquiétant
1. Brétencourt, à la naissance du plateau de Boauce, aux sources de l'Orge
(Seine-ef-Oisc, cant. de Dourdan, cornm. de Saint-Martin de Brétencourt).
2. Rochefort-en-Yveline, sur l'un des aflluenls de l'Orge, dans la région de la
forêt de Uaiabouillet (Soine-et-Oise, cant. de Dourdan).
.3. Sur ces trois |)laces, voir ci-dessus, le Pays d'Auge.
4. Journal d'un Bourgeois de Paris, éd. Tuetev, j). 19'4.
5. Sur les circonstances du premier siège d'Ivry, voir ci-dessous, Annexe 4.
6. Pour ces faits, rémission i)our Robin Dcsloges, journalier, de Goderville,
dans le pays de Caux, fixé à Damville, fait prisonnier et enrôlé i)ar les Fran-
çais d'Ivry, lequel « fut avecques aucuns desdis adversaires en la ville de
Condé ». Doc. en date d'août 1425 : faits remontant à « deux ans ou environ ».
Arch. nat., JJ 173, n» 218.
7. Damville, sur l'iton (Eure, ch.-l. de cant., arr. d'Évreux).
8. Le poste de Damville est alors commandé par un personnage dénommé
« James Acroq » (Arch. nat., JJ 173, n" 218), sur lequel on ne voit pas d'autre
renseignement. Dans les dernières années de roccu|)ation, en 1447, on trouve
John Acrost, écuyer, pourvu d'un commandement de colonne volante. (Bibl.
nat., Cab. des Titres, P. or., Acrost, n" 2-3.) Un personnage du nom de Pierre
Crost, Croft, de Crost, of Croft, avait reçu la seigneurie de Dainville. conlis-
quée sur Jean II de Montmorency, par lettres de Henry V, en date de Rouen,
le 19 avril 1419. {Rôles norm. et franc., n' 423; cf. Partie des dons faits par
Henry V, p. 5, dans Mém. de la Soc. des antiqxiaires de Normandie, 3° série,
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 443
la place même d'EvreuxS au delà de laquelle ses cavaliers se
montrent à plusieurs reprises, dans le village de Cierrey^, dans
le village de Dardez 3, sur la route de Louviers-*. Les Français
d'Ivry sont en relations avec les compagnies de partisans,
jusque dans un rayon d'une incroyable étendue. Ils recrutent des
déserteurs anglais du voisinage. Français égarés dans les rangs
ennemis^ : des gens du pays vont et viennent entre Ivry et
Evreux*' : dans les hameaux d'alentour, ils trouvent des guides,
des pourvoyeurs de vivres'. De l'autre extrémité de la Norman-
die, comme on l'a vu, les insurgés du pays de Bray leur expédient
les prisonniers qu'ils font sur l'ennemi, les captifs de marque,
trésors vivants qu'il s'agit de conserver en lieu sûr^. Cette année
même, en avril, la surprise de Gaillon par la compagnie fran-
çaise qui vient d'évacuer Compiègne leur a tendu un précieux
jalon et planté une menace de plus en pays ennemi^. D'Ivry à
t. III, année 1858.) Il était mort à la date du 5 décembre suivant. {Rôles,
n° 698.) — Voir Ange Petit, Notes historiques sur Damville, dans Recueil
des travaux de la Société de l'Eure, 3° série, t. V, années 1857-1858, p. 221-
349. — Dans la liste des places conquises par Henry V, Damville figure ayant
comme capitaine Christopher Corven. {Rôles, n" 1359.) — Voir ci-dessous,
p. 471. n. 6.
1. Pour ces faits : rémission pour Massot Dubusc, pelletier, d'Ivry, fixé tour
à tour à Ivry, Évreux et Ivry, soupçonné d'avoir participé « à certaine courerie
que l'en avoit faicte vers la ville d'Évreux et es faubourcs d'icelle ». Doc. en
date de mars 1425 : faits remontant à l'époque de « la prise ou ravissement »
d'I\Ty. Arch. nat., JJ 173, n" 87.
2. Cierrey, sur le plateau entre Eure et Iton, à deux lieues environ et à
mi-dis(ance de Pacy-sur-Eure à Évreux (Eure, cant. de Pacy).
3. Dardez, sur le plateau entre Eure et Iton, à deux lieues environ au nord
d'Évreux, à une faible distance à l'est de la route d'Évreux à Louviers (Eure,
cant. de Pacy).
4. Rémission pour Durand Morel, cultivateur, de Cierrey prés Évreux, ayant
servi de guide à un détachement français, « par lequel lieu de Cierrey noz
ennemis et adversaires, à certaine journée passée, ainsi qu'ils alèrent faire une
course en la ville de Dardes près nostredicte ville d'Évreux, passèrent, » puis
étant allé rejoindre les Français d'Ivry. Doc. en date de juin 1425 : faits remon-
tant à « deux ans ou environ ». Arch. nat., JJ 173, n° 166.
5. Piémission pour Robin Desloges, fixé à Damville, citée. Arch. nat., JJ173,
n» 218.
6. Rémission pour Massot Dubusc, d'Ivry, citée. Arch. nat., JJ 173, n" 87.
7. Rémission pour Durand Morel, de Cierrey, citée. Arch. nat., JJ 173, n" 166.
8. Ci-dessus, les Partisans et les lignes françaises.
9. On a vu la prise de Compiègne par une bande française, le 2 janvier 1424,
444 LA GUERRE DE PARTISANS
Gaillon, par la vallée de l'Eure, que dans cette courte section ne
maîtrise aucune place, dix lieues seulement se déroulent : la dis-
tance est aisée, le cheminement facile entre les deux puissantes
forteresses où flottent à présent les bannières de France. Depuis
la seconde semaine de mai, Gaillon, il est vrai, se trouve investi
et destiné à une chute prochaine*. Mais Ivry, avec son comman-
dant alerte, sa cavalerie bien montée, toujours en route et par les
chemins, partout à la fois, en course ou en coup de main, qui
menace et affame la Normandie^ reste et demeure le pivot prin-
cipal de la grande opération tactique qui se prépare, et que tous
les symptômes destinent à devenir l'occasion de quelque furieux
corps à corps.
C'est aux états généraux de Selles en Berry, ouverts le 12 mars
1424 ^ que Charles VII, sortant de son inaction systématique,
esquisse les premières lignes de ce grand mouvement offensif sur
lequel se fondent tant d'espoirs. Le rendez-vous de l'armée, avec
ban et arrière-ban, est fixé à la mi-mai, sur la ligne de la Loiret
la reddition de la place vers le 4 avril et la surprise de Gaillon, le 16 avril.
{Les Partisans et les lignes françaises.)
C'est à ce début de l'an 1424, immédiatement à la suite du séjour de Phi-
lippe le Bon à Paris, en février 1424, que les auteurs de l'Histoire de Bour-
gogne ont placé à tort l'occupation de Beaumont-sur-Oise par les Français,
opération qui, dans cette hypothèse, se relierait à ces faits de guerre. On a vu
que cet événement doit se trouver reporté, en réalité, entre septembre et
novembre précédent.
1. Ci-dessus, les Partisans et les lignes françaises.
2. Un document contemporain présente un tableau intéressant des entreprises
de la garnison française d'Ivry : « Deux ans a ou environ, alors que noz enne-
mis et adversaires tenoient et occuppoient noz ville et chastel et forteresse
d'Ivry, iceulx nos ennemis à puissance de gens d'armes et de trait faisoient de
jour en jour continuelment plusieurs et diverses courses en nostre pa'is et
duchié de Normandie et ailleurs, tant devant noz villes et chasteaulx et forte-
resses comme au plat pays, et fouloyent et grevoyent nos hommes et subgez
en mainte manière tant de racnçons comme autrement, en telle manière qu'il
a convenu nostre ])ovre peuple estant et demourant au plat pays soy estre
appatissié à grant somme de deniers pour ce et à tin qu'il peust vivre et labou-
rer et aussi pour obvier à greigneur inconvéniens... » Rémission pour Durand
Morel, de Cierrey, citée. Arch. nat., JJ 173, n" 166.
3. Sur tous ces faits, de Beaucourt, Hist. de Charles Vil, t. II, p. 15,
63-64, 70.
4. Ibid., p. 64, 70. Cf. la déposition du religieux franciscain frère Etienne
Chariot, dont il sera question en son lieu, jiortant mention de l'ouverture de la
campagne au 10 mai.
é
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 445
L'Auvergne^ et le Limousin ^ le Languedoc ^ et le Dauphiné^
ont levé toute leur noblesse. Des contingents bretons y figurent
aussi=, bandes fraîchement recrutées, ou vieux soldats du parti
d'Armagnac, embauchés naguère à la suite de Tanneguy du Chas-
tel et de ses compagnons de lutte. Cinq cents lances italiennes^,
peut-être autant d'Espagnols ^ faisant partie des forces levées
avec l'appui du duc de Milan^ et l'assentiment du roi de Castille^,
cinq mille Ecossais^", triés dans le nouveau corps débarqué
récemment sur la côte de Bretagne", et parmi eux, de vaillance
1. Raoulet, éd. V. de Viriville, p. 184; de Beaucourt, Hist. de Charles VII,
p. 70, p. 19, n. 3.
2. Ibid., id.
3. De Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, p. 70, p. 19, n. 3.
4. Raoulet, éd. V. de Viriville, p. 184; Berry, éd. Godefroy, p. 372; Mons-
trelet, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 195; V. de Viriville, Hist. de Charles VII
et de son époque, t. I, p. 407; Delachenal, les Gentilshommes dauphinois à la
bataille de Verneuil. {Bulletin de l'Académie delphinale, 3" série, t. XX,
année 1885, p. 347-358.)
5. Berry, éd. Godefroy, p. 372.
6. « ... Les Lombars sur l'une des aisles (l'aile droite), qu'on estimoit à
environ cinq cents hommes, lances au poing... » {Chron. de la Pucelle, éd.
V. de Viriville, p. 224.) — Cette appréciation de la quantité du contingent ita-
lien, émanant d'un chroniqueur du camp français, doit être préférée, à ce (ju'il
semble, à l'évaluation du Journal d'un Bourgeois de Paris, porté à exagérer la
force de l'armée française et qui élève leur nombre à 3,000. (Éd. Tuetey,
p. 197.) Berry les estime à un millier environ. (Éd. Godefroy, p. 371.)
7. «... Le visconte de Narbonne et sa bataiUe, en laquelle estoient tous les
Espaignolz... » {Raoulet, éd. V. de Viriville, p. 186.)
8. De Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, p. 15, 64-65, 342. — Des com-
pagnies milanaises servaient dans l'armée française depuis le commencement
de 1422. {Ibid., t. I, p. 342-343.) Un récent renfort de six cents lances et mille
hommes de pied venait de passer en France en 1423. {Berry, éd. Godefroy,
p. 370; cf. Raoulet, éd. V. de Viriville, p. 183-184.)
9. De Beaucourt, Hist. de Charles VII, p. 64-65, 309-313. — Quoique aucun
traité en forme ne semble avoir été passé avec la Castille depuis la révolution
de 1418 {Ibid., t. I, p. 319-320), des bandes espagnoles servaient dans les rangs
français, au moins dès la bataille de Gravant, livrée le 31 juillet 1423. {Berry,
éd. Godefroy, p. 370.) Les Espagnols figurant dans la « bataille » du vicomte
de Narbonne représentaient les corps échappés au licenciement si strictement
prescrit par l'ordonnance récente de Charles VII en date de Selles, le 30 jan-
vier 1424, qui ne conservait que les Écossais et les Lombards, avec quatre cents
lances. (Quicherat, Rodrigue de Villandrando, P. just., n° 2, p. 211-212; de
Beaucourt, Hist. de Charles VU, t. III, P. just., n" 7, p. 495-496.)
10. « ... La bataille des Escoçois, où estoient environ mille hommes nobles et
trois ou quatre mille combatans... » {Raoulet, éd. V. de Viriville, p. 187.)
11. De Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, p. 337, 339, 63-64, 15. — Ce
446 LA GUEERE DE PARTISANS
hors de pair, deux mille highlanders aux couleurs de leurs
clans*, composent l'eSectif des contingents étrangers. Et, cadre
plus solide, masse plus ferme encore, toutes les compagnies fran-
çaises, entraînées et aguerries, qui se tiennent aux frontières,
toujours à cheval et au danger, celles du Maiue, du Perche, de
la Beauce, les débris de la campagne de Picardie ^ toutes ces
troupes d'élite, qui n'ont pas combattu en ligne depuis si long-
temps, sont présentes et prêtes, impatientes de choc et de bataille.
Le roi français parle enfin d'action personnelle, de commande-
ment directement exercé. Le but et le dessein de la campagne
transparaît nettement. C'est une armée d'invasion qui va s'enga-
ger sur le terrain conquis, à contre-flot de l'expansion continue
de l'ennemi, pour chercher le contact, pour enfin tenir une jour-
née, imprudence suprême ou divination bien fondée, dont va
décider le hasard.
En même temps, les négociations avec la cour de Bourgogne
se précisent et prennent forme. Le traité inespéré d'Abbiate-
Grasso, passé le 17 février 1424 avec Philippe-Marie Visconti,
duc de Milan, et qui liait en faisceau, autour de Charles VII,
avec le puissant prince italien , le royaume de Castille et la
corps se composait de dix mille hommes, d'après la lettre citée ci-après. Ou
bien faut-il les réduire à six mille cinq cents, d'après un article de compte?
{Ibid., p. 15, n. 6.) La Chronique de la Pucelle (éd. V. de Viriville, p. 221-
222), suivie par Chartier (éd. V. de Viriville, p. 40), dit que le débarquement
s'eftectua à la Rochelle et que le corps auxiliaire se composait de quatre à six
mille combattants.
1. Il semble difficile d'interpréter autrement ce passage d'une lettre de
Charles VII aux habitants de Tournai, en date de Tours, le 25 févTier 1424,
dans lequel le roi parle des dix mille soldats écossais qu'il attend, dont « deux
mille Escos sauvages à haches ». (De Beaucourt, Hist. de Charles VU, t. II,
p. 63.)
2. Les Français de race, si dédaignés par l'entourage qui conduit alors
Charles VII, composèrent à Verncuil les « batailles » à pied de Jean d'IIar-
court, comte d'Aumale, et du duc d'Alençon {Raoulet, éd. V. de Viriville,
p. 187), ainsi que l'aile gauche de cavalerie, sous Saintrailles, La Hire, Jean de
la Haye, baron de Coulonces, le sire d'Estissac et le vaillant officier que, faute
de documents, on est encore obligé d'appeler Le Roussin {Raoulet, p. 186 ;
Moiisfrelel, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 193; Wavrhi, éd. William Hardy,
t. 1422-1431, p. 111) : cette aile ne comprenait eu tout que deux cents lances
selon Chartier (éd. V. de Viriville, t. I, p. 43), trois cents selon la Chronique de
la Pucelle (éd. V. de Viriville, p. 225), ou quatre cents selon Raoulet (p. 186)
et la Chronique de Normandie (éd. Hellot, p. 73) ; Beiry l'évalue à un millier
environ (éd. Godefroy, p. 371).
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 447
régence d'Ecosse ^ venait d'affermir singulièrement au dehors la
politique nationale française et de lui assurer un crédit imposant
qu'elle était à peine en mesure d'ambitionner. Un essai de récon-
ciliation avec Pliilippe le Bon, appuyé parle rapprochement déjà
opéré avec le duc de Bretagne Jean V^, devenait dès lors pos-
sible et sortait des régions de la chimère. Or, dans ce printemps
de 1424, la convention préparatoire adoptée à Nantes, le 18 mai,
sous les auspices du duc Jean V, en a esquissé les premiers
traits ^ L'intervention réitérée du duc de Savoie Amédée VIII,
le grand apôtre de la paix*, les accentue bientôt et renouvelle les
négociations engagées naguères, à la fin de 1422, à la mort de
Henry V et de Charles VI et restées interrompues depuis l'acte
sans portée passé à Bourg-en-Bresse, le 20 janvier 1423=.
En conséquence de la convention de Nantes, des courriers et
des missions s'échangent donc, entre la Flandre et la Bretagne,
de mars à juin, pendant le séjour de Philippe le Bon dans ses
Etats du Nord, puis, après le retour du duc à Dijon, pendant tout
le mois de juillet, entre la Bourgogne et la Savoie, centre de con-
ciliation d'où rayonnent des espérances de paix^.
De ce rapprochement vont seulement sortir, à la fin d'août,
1. Sur le traité d'Abbiate-Grasso, de Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II,
p. 341.
2. Sur ce rapprochement avec le duc de Bretagne, Ibid., t. II, p. 64, 71-73,
352-353.
3. Convention inconnue jusque-là, découverte recemraentseulementparM.de
Beaucourt aux Archives de Turin. {Ibid., t. II, p. 353-356.)
4. Le duc régnant de Savoie, Amédée VIII, a pour mère Bonne de Berry,
fille de Jean, duc de Berry, frère de Charles V, et sœur de la duchesse Marie
de Bourbon : Bonne de Berry, veuve d' Amédée VII, avait épousé, depuis, Ber-
nard VII, comte d'Armagnac, le célèbre connétable, chef du parti baptisé de
son nom. Rattaché ainsi au parti français, Amédée VIII avait épousé Marie de
Bourgogne, fille de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, frère de Charles V,
et se trouvait ainsi l'oncle par alliance de Philippe le Bon.
5. Sur les négociations de Bourg-en-Bresse, de Beaucourt, Eist. de Char-
les VII, t. II, p. 318-319, 351-352.
6. Sur ces missions successives, Ibid., t. II, p. 356-357, 356, n. 2, 357, n. 1.
Philippe le Bon, ([ui se trouve en mars à Amiens, venant de Paris, passe le
printemps de 1424 en Flandre : il est de passage à Paris du 3 juin au 5 juil-
let, séjourne tout l'été en Bourgogne, repasse à Paris du 20 octobre à la fin de
novembre et retourne l'hiver en Bourgogne. (D. Plancher, Hist. de Bourgogne,
t. IV, p. 89, 90, 95.)
Du 27 juillet au 8 août, les ambassadeurs bourguignons sont en Savoie : ils
repartent de Dijon le 26 août. (De Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II,
p. 357, n. 3.)
448 LA GCERBE DE PARTISANS
les conférences de Chambéry, négociation dilatoire qui stipulera
pour sept mois, par le traité du 28 septembre i, la première de
ces trêves locales, renouvelables d'échéance en échéance-, qui
illusionneront si longtemps les cauteleux politiques de la cour
française. Mais, des bruits que font naître ces allées et venues de
négociateurs mystérieux, de ces échos de pacification générale,
de ces intentions de désarmement prêtées au puissant duc de
Bourgogne S jaillit cependant et se dégage, vers l'été de 1424,
une obscure sensation, un frémissement contagieux qui parcourt
toute la France, qui la jette dans l'attente de quelque virement
de fortune dont l'approche fascine et surexcite les esprits.
Les nobles normands et picards.
Cette sourde fermentation dont on relève les traces, la secousse
qui se transmet de proche en proche, le sentiment, à la fois vague
et puissant, qu'un effort décisif est en germe, se traduisent, vers
les premiers mois de 1424, par divers groupes de faits de portée
singulière.
Il est un point du territoire, champ de carnage et de guerre
civile, puis de défense obstinée, où la lutte pour le sol vient de
cesser à peine, ossuaire trempé de sang depuis tant d'années,
à la surface duquel, en ce moment, des symptômes intéressants
se révèlent. Les districts de Picardie voisins de la lisière nor-
mande, Ponthieu, Amiénois, et, plus avant, le pays de Santerre,
deviennent alors un terrain d'observation précieux où s'accu-
mulent les indices.
1. Traité de Chambéry, du 28 septembre 1424. {Ibid., t. II, p. 357-358.)
2. La trêve courait du 5 octobre 1424 au 1" mai 1425.
3. Philippe le Bon quitte Paris le 5 juillet, se rendant à Auxerre, s'y arrête
quelques jours, demeure entre le 16 et le 18 à Montbard, arrive le 18 à Dijon,
où il séjourne jus(|uau 27 août, pour préparer une série d'opérations sur les
frontières du Maçonnais. (D. Plancher, Hist. de Bourgogne, t. IV, p. 90-93.)
A Dijon, dans cet intervalle, il reçoit les nouvelles de la bataille de Verneuil,
livrée le 17 août. Il s'est contenté jusque-là de dégager la petite place de Cham-
pron, dans le Beaujolais (Saône-et-Loire, comra. et cant. de Chauffailles), menacée
par un corps français. C'est seulement alors, à la tin d'août, le résultat de la
campagne une fois connu, qu'il entreprend à fond le siège des places du Maçon-
nais encore occupées, à cette époque, par des forces françaises, Tournus, Bus-
sière et Solutré (Saône-et-Loire, arr. et cant. de Mâcon). Cette suite d'opéra-
tions, commencée le 27 août, était entièrement terminée le 6 octobre, au jour
même du début des trêves. {Ibid., t. IV, p. 91-93.)
DANS LA HAUTE NORMANDIE, 449
Cette région picarde est cependant une Bourgogne du Nord, où
s'est développé et concrète l'état d'opinion qui a porté à la fortune
Jean Sans-Peur et sa dynastie, d'où sont nées et sorties toutes
les manifestations du parti, où l'étendard des ducs n'est plus suivi
par esprit national, mais par passion politique. Les ducs bour-
guignons y sont même, depuis peu, souverains féodaux, au cœur
du pays, par la possession convoitée des trois chàtellenies de
Péronne, Roye et Montdidier, tombées en leurs mains dès la révo-
lution de 1418 et cédées sans retour, il y a quelques mois à peine,
par le gouvernement anglais à ces inquiétants alliés i.
Des ferments de dissolution, néanmoins, commencent à s'y
dégager et à devenir perceptibles. Le mouvement de retour à la
cause nationale est puissamment conduit et ouvertement avoué.
A la tête de la coalition est une des maisons seigneuriales les plus
compromises jusque-là dans le parti bourguignon, qui se ressai-
sit alors et groupe autour d'elle toutes les indignations qui
s'ignorent, toutes les répulsions qui débordent.
Sous l'impulsion de Charles de Longueval, chef de la maison
de Longueval, et de Renaud de Longueval son frère, tout un
groupe de capitaines de Picardie, fidèles de vieille date, cepen-
dant, à la cause bourguignonne, tous recrues de la première
heure, anciens combattants de la campagne du Ponthieu, de la
conquête du comté de Guise, tous insurgés, à l'heure qu'il est,
contre le gouvernement étranger, se confédèrent et s'enchaînent
par un audacieux serment^.
1. Les trois chàtellenies de Péronne, Montdidier, Roye, entre la Somme et
l'Oise, dont la réunion comprend presque tout le pays de Santerre, avaient
été cédées temporairement à Philippe le Bon, alors comte de Charolais, dès le
8 août 1418, immédiatement après la rentrée du parti bourguignon au pouvoir,
en garantie du paiement de la dot de sa femme Michelle de France, tille de
Charles VI, qu'il avait épousée en 1409. Michelle de France étant morte sans
enfants, le 8 juillet I4'2-2, Philippe le Bon paraît s'être fait continuer par le
gouvernement anglais l'envoi en possession de cette importante accpaisition ter-
ritoriale, qui lui fut définitivement confirmée par acte au nom de Henry VI, eu
date du 8 septembre 1423. (D. Plancher, Hist. de Bourgogne, t. IV, p. 79, et
Preuves, n" 25, p. xxviii-xxx.) — Philippe le Bon, remarié, comme on sait, à
Bonne d'Artois, veuve du comte de Nevers, le 30 novembre 1424, conserva les
trois chàtellenies et se les fit adjuger plus tard, en 1435, dans une clause du
traité d'Arras (texte dans Monstrelet, 1. II, ch. 187), par le gouvernement fran-
çais (art. xx), avec les villes de la Somme, le Ponthieu et Mortagne (art. xxiv).
2. Sur les faits qui suivent, voir Monstrelet, 1. II, ch. 18 et 20, éd. Douët
d'Arcq, t. IV, p. 187, 188 et 197-198; et Fenin, ad ann. 1424, éd. de M"° Du-
-1895 30
450 LA GUERRE DE PARTISANS
Fils de Jean de LonguevaU, sire de LonguevaP et de The-
nelles^, mort à Azincourt, et de Marie de Hardenthun^ dame de
Maison-en-Ponthieu^ Charles, sire de LonguevaP, lui-même
ancien blessé d'Azincourt, figure, depuis la grande levée de 1417,
dans les rangs des plus ardents Bourguignons. Encadré dès lors
dans l'armée de Jean Sans-Peur, il a pris part à la marche sur
Paris, en septembre 1417, puis à la levée du siège de Senlis, en
mars 1418'. Accouru à la rescousse de Paris, au lendemain de la
surprise exécutée par le sire de l'Isle-Adam^, chargé d'assurer,
sitôt Paris préservé, la réduction de Soissons à la cause bourgui-
gnonne, capitaine de la place une ibis conquise®, c'est lui qui,
l'an suivant, défend contre l'invasion étrangère, dans un îlot de
la Seine entre Vernon et Château-Gaillard, la forteresse du Petit-
Goulet^", qu'il est contraint de rendre au duc de Clarence, en
février 1419^', un mois après la capitulation de Rouen *^ Quelques
mois plus tard, en décembre, après le drame de Montereau, il
s'est trouvé, à l'occasion du siège de Roye, un des premiers
Français appelés à combattre cote à côte avec une troupe
anglaise'-^. Depuis, il a suivi constamment la grande armée bour-
pont, p. 21G-219. Il est à noter que ces deux chroniqueurs sont les seuls à rela-
ter ces événements d'ordre cependant cajiital. Le silence absolu de la Chronique
anonyme connue sous le nom de Chronique des Cordeliers (Bibl. nat., ms.
fr. 23018), si bien renseignée cependant sur toutes les choses de Picardie à
cette époque, est des plus singuliers.
1. Sur la maison de Longueval, La Morlière, Recueil de plusieurs nobles et
illustres maisons du diocèse d'Amiens, à la suite des Antiquités d'Amiens,
p. 85-93; Bibl. nat., Cab. des Titres, Dossiers bleus, Longueval.
2. Longueval, entre la Somme et TAncre (Somme, cant. de Combles).
3. Thenelles, dans la vallée de la haute Oise (Aisne, cant. de llibemont).
4. Hardcnthun, en Boulonnais (Pas-de-Calais, comm. et cant. de Marquise).
5. Maison-en-Ponthieu, sur la lisière de l'Artois (Somme, cant. de Crécy-en-
Ponthieu).
6. Sur Charles de Longueval, La Morlière, loc. cit., et Cab. des Titres, Dos-
siers bleus, Longueval, cité à la fois par Monstrelet et Fenin.
7. Chron. dite des Cordeliers, dans Monstrelet, t. VI, p. 236; Livre des
Trahisons de France, éd. K. de Lettenhove, ]). 132.
8. Monstrelet, t. IJI, p. 252.
9. Ckroa. dite des Cordeliers, dans Monstrelet, t. VI, p. 257.
10. Sur le Pelit-Goulel, voir ci-dessus. Sur la Seine.
11. Capitulation de la place, en même temps que celle du Grand-Goulet, le
26 février 1419. (Rymer, Fœdera, t. IV, part, m, ]). 95-96.)
12. Chron. dite des Cordeliers, dans Monstrelet, t. VI, p. 257, 261-262;
Monstrelet, t. III, p. 292.
13. Monstrelet, t. III, p. 365-371; Fenin, p. 119; Chastellain, éd. K. de Let-
tenhove, t. I, p. 93-102.
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 451
guignonne, de Picardie jusqu'à la triste jonction de Troyes',
où il assistait au mariage de la fille de Gliarles VI avec Henry V-'.
Toujours aux côtés de Philippe le Bon, il faisait partie de son
escorte, en juillet 1421, à l'aller et au retour, dans la pointe
rapide poussée par le duc de Bourgogne d'Amiens jusqu'à
Mantes, pour tenir conseil avec le roi d'Angleterre 3, et, quelques
jours plus tard, il combattait avec son souverain à la sanglante
rencontre de Mons-en-Vinieu'*, qui assure au parti bourguignon
la possession de la basse Picardie ^ Il y a deux ans à peine, au
début de 1422, Charles de Longueval servait encore, sous Jean
de Luxembourg, dans la campagne de siège entreprise contre
les dernières places françaises du Ponthieu^. Il a épousé Margue-
rite de Divion, héritière de la seigneurie de Divion", dont la
mère est issue de la maison de Mailly*. Une parenté l'unit aux
de ViUiers, sires de l'Isle-Adam, qui écartèlent de ses armes^. Il
tient haut et ferme état dans la région, et, par lui et par son frère,
exerce une influence marquée sur ses compagnons d'armes.
Renaud de Longueval*", son frère cadet, sire deThenelles et de
Maison-en-Ponthieu, est aussi, depuis 1417, de toutes les entre-
prises bourguignonnes. Capitaine de Pont-Sainte-Maxence, à la
1. Monstrelet, t. III, p. 375-386; Livre des Trahisons, p. 148, 155; Chastel-
lain, t. I, p. 126, 129, n, 1.
2. Monstrelet, t. III, p. 389; Chastellain, t. I, p. 135.
3. Chron. dite des Cordeliers, dans Monstrelet, t. VI, p. 296.
4. Mons-en-Vimeu, aujourd'liui dénommé Mons-Boubers, à peu de distance
de la baie de la Somme (Somme, cant. de Saint- Valery-sur-Somme).
5. Monstrelet, t. IV, p. 62-66; Chron. dite des Cordeliers, dans Monstrelet,
t. VI, p. 301; Chastellain, t. I, p. 256, 265, 274, n. 1.
6. Monstrelet, l. IV, p. 84.
7. Divion, en Artois, entre Saint-Pol et Béthune (Pas-de-Calais, cant. de
Houdain). Sur la défiguration possible du nom de cette seigneurie, de Divion
en d'Aumont, voir ci-après.
8. La Morlière, Recueil des nobles maisons, dans Antiq. d'Amiens, p. 88.
En outre, Marguerite de Longueval, sœur de Jean de Longueval, père de
Charles et de Renaud, avait épousé, en troisièmes noces, Gilles de Mailly, de
la branche des seigneurs d'Authuile (Somme, cant. d'Albert). Françoise de
Mailly, tille du premier mariage de Gilles, s'était alliée à Gérard de Récourt,
de la maison de Récourt dont on va constater le rôle. (P. Anselme, Hist.
généah, t. VIII, p. 657-658, et t. VII, p. 827.)
9. Bibl. nat., ms. néerlandais 73, fol. 34 v° (anc. fol. 40).
10. Sur Renaud de Longueval, La Morlière, loc. cit.; Bibl. nat., Cab. des
Titres, Dossiers bleus, Longueval; P. Anselme, Hist. généal., t. III, p. 622.
Cité à la fois par Monstrelet et Fenin.
452 LA GOERRE DE PARTISANS
suite de la descente de Jean Sans-Peur sur l'Oise et sur Paris,
combattant de la journée de Mons-en-Vimeu, il était encore, pen-
dant l'hiver de 1424, un des chefs de corps occupés sous les
ordres du sire de l'Isle-Adam, au siège de Compiègne, à la suite
de la passagère rentrée des routiers français dans la place*. Plus
tard, en 1438, on verra Renaud de Longueval épouser Jeanne
de Montmorency 2, fille de Pierre, cadet de la branche des sires
de Beaussault^ et de Breteuil^ toujours obstinément demeurée
fidèle au parti nationaP.
Le seigneur de Saint-Simon^, Gaucher de Rouvroy, est l'ar-
rière-petit-fils de Mathieu de Rouvroy', devenu sire de Saint-
Simon^, vers le milieu du siècle précédent, par son mariage avec
Marguerite de Vermandois, héritière des anciens comtes de Ver-
mandois issus de la race carolingienne. Attaché^ dès sa jeunesse
au parti bourguignon, chambellan de Jean Sans-Peur dès 1416,
capitaine du château de Ribemont en 1418*", c'est encore un des
combattants fidèles de la journée de Mons-en-Viraeu. Son frère **,
Gilles de Rouvroy- Saint -Simon, seigneur de Rasse'^, n'a pas
1. Livre des Trahisons, p. 135; Monstrelet, t. IV, p. 67; Chastellain, t. I,
1). 257; Livre des Trahisons, p. 176.
2. P. Anselme, Ilist. généal., t. III, p. 622.
3. BeaussauU, Seine-Inférieure, cant. de Forges.
4. Breleuil-sur-llon, Eure, ch.-l. de cant., arr. d'Évreux.
5. Séparée de la branche aînée depuis la mort de Matliicu III, en 1270, et
déjà alliée aux Longueval par un mariage antérieur. Les trois neveux de Pierre
de Montmorency figuraient alors dans les rangs français. Jean III, l'aîné, chef
de sa branche, a ses biens conlisqués par acte du 18 décembre 1423 et meurt
en 1426. Antoine et Hugues, présents tous deux au dégagement de Saint-Martin-
le-Gaillard, en avril 1419, sont tués à Verneuil. Parmi leurs sœurs, l'une s'al-
lie aux d'Harcourt, l'autre aux de Raineval, l'aînée aux de Roye, maisons dont il
va être parlé. (P. Anselme, Hist. généal., t. III, p. 620-623, et du Chesne, His-
toire de la maison de Montmorency, p. 171 et 522-547.)
6. Sur la maison de Ilouvroy-Saint-Simon, P. Anselme, Hist. généal., t. IV,
p. 395-413, t. I, p. 52-53, 48-51, 21-29.
7. Rouvroy en Vermandois, dans le voisinage de Saint-Quentin (Aisne, cant.
de Saint-Quentin).
8. Saint-Simon, en Vermandois, au coude de la Somme (Aisne, ch.-l. de
cant., arr. de Saint-Quentin).
9. Sur Gaucher de Rouvroy, sire de Saint-Simon, P. Anselme, Uist. généal.,
t. IV, p. 397-398. Cité i)ar Monstrelet seulement.
10. P. Anselme, Hist. généal., t. IV, p. 397.
11. Monstrelet, t. IV, p. 67; Chastellain, t. I, p. 257, p. 274, n. 1.
12. Sur Gilles de Rouvroy-Saint-Simon, seigneur de Rasse, P. Anselme, Hist.
généal., t. IV, p. 406-407. M. le vicomte Amédée de Caix de Saint-Aymour a
DAXS LA HAUTE ?fORMA\DIE. 453
quitté le parti du dauphin, devenu maintenant cause nationale.
Il figure comme tel à la rescousse de Saint-Martin-le-Gaillard,
en août 1419^ à la journée de Baugé, en 1421^; on le trouve
ensuite, de bonne heure, attaché à la personne d'Arthur de Bre-
tagne'^, puis allié aux familles les plus françaises de Normandie
par son mariage avec Jeanne de Flocques, la fille de l'intrépide
Robert de Flocques et de Jacqueline Crespin^. Le sire de Saint-
Simon, quant à lui, est, par divers aboutissements, en divers
lieux de Picardie, seigneur de Flavy-le-Martel% d'Estouilly^,
de Coudun', de Pontavesne*, sur les limites du Vexin^. Il a
épousé en secondes noces, deux ans auparavant, le 8 juin 1422,
Marie de Saarbrûck, nièce*" de Guillaume, sire de Châteauvillain,
et de Yolande de Châteauvillain, veuve de Jean lY, sire d'Au-
mont, remariée au beau Guy de Bar", ces grands opposants de
Bourgogne dont on reconnaîtra l'hostilité persistante au système
de l'alliance étrangère*^.
Jean de Mailly'^, désigné comme un actif adhérent du complot,
est-il Jean, sire de Mailly*^ troisième du nom, en ce temps chef
de sa maison!^? Tout porte à le croire. Le sire de Mailly, en effet,
consacré une intéressante notice à son séjour à Senlis, en qualité de bailli,
après les événements de 1429. {Causeries du Besacier. Paris, 1892-1895, 2 vol.
in-16, t. I, p. 128-150.)
1. Monstrelet, t. III, p. 336.
2. P. Anselme, Hist. généal., t. IV, p. 406-407.
3. Gruel, éd. Achille Le Vavasseur, p. 75, 85, 214.
4. P. Anselme, Hist. généal., t. IV, p. 407.
5. Aisne, cant. de Saint-Simon.
6. Somme, cant. de Ham.
7. Oise, cant. de Ressons-sur-Matz.
8> Pontavesne, sur la lisière mal définie de la région de la Thelle et du Vexin
(Oise, cant. de Méru, comm. de Montherlant).
9. Par Marie de Châteauvillain, sœur de Guillaume et de Yolande, mariée à
Amé de Saarbriick, damoiseau de Commercy, union dont était issue Marie de
Saarbriick, femme du sire de Saint-Simon. (P. Anselme, Hist. généal., t. IV,
p. 398; t. VIII, p. 534, 427.)
10. Ibid., t. VIII, p. 427.
11. Ibid., t. VIII, p. 427, et t. IV, p. 873; Ernest Petit, Notice sur Guy de
Bar, dans Avallon et V Avallonnais. Auxerre, 1890, in-4% 468 p., p. 73-83.
12. Les faits concernant ces dispositions de plusieurs maisons bourguignonnes
seront exposés dans un chapitre ultérieur.
13. Sur la maison de Mailly, P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 624-663.
14. Mailly, en Amiénois, entre Ancre et Authie (Somme, cant. d'Acheux).
15. Sur Jean III, sire de Mailly, P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 633.
Cité par Monstrelet seulement.
454 LA GUERRE DE PARTISANS
ne représente sa race que depuis moins de trois ans, depuis la
mort de son frère aîné, Jean II, tué sur le champ de bataille
de Mons-en-VimeuS et l'habitude acquise de le mentionner sous
son nom patronymique, au lieu du titre féodal, expliquerait aisé-
ment l'insuffisance de ce signalement historique. Jean III de
Mailly a épousé Jeanne de Mametz; il est seigneur, en Picardie,
de Mametz 2, de Beaufort-en-Santerre^, de Cayeux-en-San-
terre^; en Artois, de Bours^; en Flandre, du Plouich^ et de
Ravensberghe". S'il ne faut nullement le confondre, comme l'ont
fait la plupart des généalogistes, avec son quasi-homonyme le
personnage de la famille de Milly connu sous le glorieux surnom
de « l'Estendard de INIilly », lequel tenait d'ailleurs pour le côté
français^ ; s'il n'a guère marqué lui même dans l'entourage bour-
guignon, ses trois cousins, Ferry, Nicolas et Jean de Mailly, le
futur évêque de Noyon, de la branche des sires de Talmas^ sont
engagés à fond dans le parti, tous trois frères de Robert, dit
Robinet de Mailly, grand panetier de France après la révolution
de 1418, arrêté par une mort accidentelle dans sa haute et fruc-
tueuse carrière'". Allié par le mariage d'une de ses sœurs à la
puissante famille de P^rimeux, qui vient de fournir le dernier bailli
d'Amiens, destitué par le roi anglais, à laquelle appartient un
gouverneur d'Artois", il dispose d'utiles et précieuses influences
1. Cf. Monstrelet, t. IV, p. 63; Chastellain, t. I, p. 271.
2. Somme, cant. d'Albert.
3. Somme, cant. de Rosières.
4. Somme, cant. de Moreuil.
5. Pas-de-Calais, cant. d'Heuchin.
6. Le Plouich, château situé sur le territoire de la commune de Phalempin
(Nord, cant. de Pont-à-Marcq).
7. Ravensberghe, lieu situé sur le territoire de la commune de Merkeghem
(Nord, cant. de Wormhoudl).
8. Sur ce personnage, vraisemblablement de la maison de Milly en Beauvai-
sis (Oise, cant. de Marseille-le-Petit), voir ci-dessus, à l'occasion de la surprise
de l'abbaye du Bec : le Lienvin.
9. Somme, cant. de Domart-en-Ponthieu.
10. Sur ces ([uatre personnages, P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 653-654,
624; Monstrelet, t. III, p. 378, t. IV, p. 73; Chastellain, t. I, p. 113 et n. 4,
où les trois frères de Mailly sont transformés par erreur en trois fils de leur
frère Robert.
11. Marie ou Marguerite de Mailly, sœur de Jean III, épouse (P. Anselme,
Hist. généal., t. VIII, p. 632, et Bibl. nat., Cab. des Titres, Dossiers bleus,
Brimeu), à une date indéterminée, Jean de Brimeux, seigneur de Humbercourt
(Somme, cant. de DouUens) : la .seigneurie de Brimeux (Pas-de-Calais, cant. de
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 455
qui font de lui une recrue de marque pour la conjuration qui se
dessine.
Du seigneur* de Maucourt^, dont il est difficile de reconnaître
exactement la personnalité, on connaît seulement, au cours de
sa carrière antérieure, un de ces traits de folle audace qui assurent
une vie tout entière contre tout risque de péril, contre toute
variété d'émotion. Dans l'hiver de 1418-1419 '^ il était, avec
quelques autres, dont Lionnel de Bournonville, le futur beau-frère
de risle-Adam, prisonnier de La Hire dans la formidable forte-
resse de Coucy. Secondés par quelques complices intérieurs, sans
appui du dehors, à eux seuls, ils ont égorgé à point des senti-
nelles, tué le capitaine, Pierre de Saintrailles, enfermé le poste,
saisi l'imprenable donjon, où La Hire, stupéfait et furieux, à son
retour d'une course dans le voisinage, ne put même essayer de ren-
trer. Le sire de Maucourt, depuis ce coup, s'est placé haut dans
l'estime des routiers, écheleurs et preneurs de ville. Sa partici-
pation au grand complot picard, à cinq ans de distance, le remet
seule en vue. Mais d'un tel auxiliaire on peut tout attendre.
Pierre de Recourt^ appartient à la race des sires de Récourt
en Artois^ châtelains de Lens, depuis plus d'un siècle, alliée à une
Campagne-lez-Hesdin) était à cette époque dans la maison Tyrel de Poix.
(P. Anselme, Bist. généal., t. VII, p. 821-822.) — Ce Jean de Brimeux semble
fils de Denis de Brimeux, seigneur d'Hurabercourt, bailli d'Amiens jusqu'en
1421, mort vers 1423 ou 1424, et neveu de David de Brimeux, gouverneur d'Artois
(v.p. 457, n. 5), qui porte quelque temps le titre de seigneur d'Hurabercourt, puis
paraît sous celui de seigneur de Ligny (plusieurs localités de ce nom en Artois dans
une région commune), neveu également de Florimond et de Jacques de Brimeux,
tous trois chevaliers de la Toison d'or à la création de l'ordre en 1430. (Bibl.
nat., Cab. des Titres, Dossiers bleus, Brimeu, et P. or., Brimeu, n^Ml, 20, 21 ;
4, 5, 7; 19.) — Denis de Brimeux, père de Jean, bailli d'Amiens, sans doute
suspect de sentiment national, comme les habitants d'Abbeville qui refusaient
le passage à l'armée anglaise, est destitué au commencement de 1421 par
Henry V, qui installe à sa place l'avocat Robert Le Jeune, suppôt du gouverne-
ment anglais, et bientôt objet de haine furieuse pour toute la Picardie. {Fenin,
p. 150, 190; Chastellain, t. I, p. 238.)
1. Sur « le seigneur de Maucourt », M"° Dupont, notes de Fenin, p. 127,
n. 2. Cité à la fois par Monstrelet et Fenin.
2. Maucourt, en Santerre (Somme, cant. de Rosières).
3. Sur ce fait, Fenin, p. 127-129; Monstrelet, t. III, p. 312.
4. Sur la maison de Récourt, P. Anselme, Bist. généal., t. VII, p. 826-834.
5. Récourt, près de la Sensée, entre Cambrai et Douai (Pas-de-Calais, cant.
de Vitry-en- Artois).
456 LA GUERRE DE PARTISANS
branche de la maison de Mailly ^ . Il compte - parmi ses parents
Charles de Récourt, plus connu sous le nom de Charles de Lens,
installé dans la charge d'amiral de France après la révolution
de 1418 et l'un des fidèles de Montereau^. Pierre de Récourt,
sujet direct des ducs, comtes d'Artois, paraît servir depuis quelque
temps, depuis 1411 au moins, dans les rangs bourguignons'^.
Dans l'été de 1421, pendant les opérations qui précèdent la
journée de Mons-en-Vimeu, il figure^ sous les murs de Saint-
Riquier, à côté de Lionnel de Bournonville encore, dans le tour-
noi fameux de six Bourguignons contre six Français, où il a son
cheval tué sous lui. C'est, comme on le voit, un Bourguignon de
vieille date, non seulement d'opinion, mais de service féodal, rele-
vant de l'Artois et non de l'ancienne Picardie royale, un sûr et
solide soldat du parti.
Plus singulière, plus accidentée, plus diverse est la physiono-
mie de- Jean Blondel^ sire de Douriez^ Chef de sa maison, dont
les intérêts sont mi de Picardie, mi d'Artois, il est^ maître du fort
château de Douriez en Artois, dans la basse vallée d'Authie,
seigneur de Longvillers en Ponthieu^, de Toutencourt en Amié-
1. Mariage de Gérard de Ri-courl avec Françoise de Mailh', fille du second
mariage de Gilles de Mailly, de la branche des seigneurs d'Aut huile (Somme,
cant. d'Albert), dans la seconde moitié du xiv= siècle. (P. Anselme, Hist. généal.,
t. VII, p. 827, et t. VIII, p. 657-658.) — Ce Gilles de Mailly, en troisièmes
noces, épouse Marguerite de Longueval, tante de Charles et de Renaud de Lon-
gue val. {Ibid., id.)
2. Sur Pierre de Récourt, M"° Dupont, notes de Fenin, p. 160, n. 3. Cité à
la fois par Monstrelet et Fenin.
3. Sur Charles de Lens, P. Anselme, Hist. généaL, t. VII, p. 826-827,834-835.
4. Sur ce fait, M"° Dupont, notes de Fenin, p. 160, n. 3.
5. Sur ce fait, Fenin, ]>. 159-161; ChasteUain, t. I, p. 245-247.
6. Sur la maison Blondel, Bibl. nal., Cab. des Titres, P. or., Blondel de Joi-
gny, mémoire contenu aux fol. 90-107. — Est-il besoin d'ajouter que la généalo-
gie produite au xvr siècle [Ibid., fol. 108-109), et qui relie le rameau alors exis-
tant de cette mai.son, les Blondel de Joigny, barons de Bellebrune, aux anciens
comtes de Joigny. ce qui par là rattacherait les Blondel de 1424 à Guy de la
Trémoille, seigneur de Bourbon-Lancy, comte de Joigny par alliance, dont le
rôle aura lieu d'être examiné plus tard, paraît d'ordre purement fantastique?
7. « Deurier, Dourrier, Dourier. » dans Fenin, dans Monstrelet, « Douriets, en
Artois, » dans Expilly, Dictionnaire géographique des Gaules, art. Dourietz.
C'est Douriez, sur la rive droite, la rive d' Artois, de la basse Authic, à cinq
lieues environ de la côte (Pas-de-Calais, cant. de Cam|)agne-lez-IIesdin).
8. Sur Jean Blondel, P. or., Blondel de Joigny, mémoire cité, fol. 95-96.
Cité à la fois par Monstrelet et Fenin.
9. Somme, cant. de Crécy-en-Ponthieu.
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 437
nois ', de Tourcoing ^ et de Templeuve^ entre Lille et Tournai, de
Pamel^ en Flandre, Une de ses sœurs est entrée par mariage dans
la maison de Brimeux^ Un des siens, son père peut-être, pourvu de
charge à la cour de Charles VI, passé dans les familiers de la cour
de Bourgogne, premier écuyer tranchant de Philippe le Hardi, a
longtemps couru l'Italie, représentant attitré de son souverain
dans les négociations compliquées engagées par le duc d'Orléans*'.
Lui-même a peut-être, au delà des monts, exercé les fonctions
de capitaine de Milan' et y a pris pour femme une fille de la
maison de San-Severino^. Fait prisonnier sur le champ de
bataille d'Azincourt, où son père et son frère aîné sont restés
parmi les morts, il a dû sa liberté à l'intervention de la comtesse
de Hainaut, la célèbre Jacqueline de Bavière, qui vient de fuir
son mari le duc Antoine de Brabant et de se réfugier en Angle-
terre, où se prépare son mariage avec le duc de Glocester, frère
de Henry V^. Sa rançon lui a néanmoins coûté sa seigneurie de
1. Somme, cant. d'Acheux.
2. Nord, ch.-l. de cant., arr. de Lille.
3. Tcmpleuve, Belgique, prov. de Hainaut, ch.-l. de cant., arr. de Tournai;
— ou Templeuve, Nord, cant. de Cysoing.
4. Pamel, Belgique, prov. de Brabant, arr. de Bruxelles, cant. de Lennick-
Saint-Quentin.
5. Mariage d'Antoinette Blondel avec David de Brimeux, dont les parentés (p. 454,
n. 11) ont été établies ci-dessus. (P. or., Blondel de Joigny, mémoire cité, fol. 95 v.)
Cette alliance n'a rien que de très vraisemblable. Mais, ce qui le paraîtrait
moins, serait le mariage que les généalogistes (P. or., Blondel de Joigny,
mémoire cité, fol. 95 v°) font contracter à une autre sœur de Jean Blondel,
Jeanne Blondel, avec un personnage de la famille d'Estouteville, du nom de
Louis d'Estouteville, lequel, devenu veuf et sans enfants, se serait fait religieux
à l'abbaye de Berthaucourt, près d'Amiens. Outre que les généalogies de la
maison d'Estouteville qui font foi (P. Anselme, Hist. ge'néal., t. VIII, p. 87 et
suiv.; de la Roque, Hist. de la maison d'Harcourt, t. I, p. 537 et suiv.) ne
contiennent nulle mention d'un mariage de cette sorte, l'abbaye de Berteau-
court (Berteaucourt-les-Dames, Somme, cant. de Domart-en-Ponthieu) était
une abbaye de femmes. {Gall. christ., t. X, col. 1322-4.)— Sur le rôle de Guil-
laume d'Estouteville, voir ci-dessous.
6. Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., Blondel (dossiers divers), n" 2 et 3.
E. Jarry, la Vie politique de Louis de France, duc d' Orléans, p. 84, 87, 113, 117.
7. Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., Blondel de Joigny, mémoire cité,
fol. 95-9G.
8. Ibid., id. Elle est désignée sous le nom de « Catherine de Saint-Severin »,
défiguration sous larpielle il est difficile de ne pas reconnaître la famille ita-
lienne de San-Severino.
9. La mise en liberté de Jean Blondel, à la requête de la duchesse Jacfpieline,
458 LA GUERRE DE PARTISANS
Pamel, vendue par lui 200 couronnes d'or à son frère Oudart
BlondeP. Quand il a touché la terre de France, après six ans de
captivité, dans l'été de 1421, il n'a pu rentrer dans son lieu fort
de Douriez, qui vient d'être enlevé par les bandes françaises de
Picardie et qu'occupe alors le redouté Saintrailles en personnel
Après la journée de Mons-en-Vimeu, Saintrailles prisonnier
à son tour, Jean Blondel, ne comptant que sur lui-même, a mené
au siège de sa forteresse 3, — fait rare et singulier, — tous
les paysans armés du plat pays, commandés par les grands
abbés de Valloires^ et de Dommartin=, appuyés par un corps
de gentilshommes du pays, sous la conduite du vieil Olivier
de Brimeux^ Un traité adroit a vidé le château de ses occu-
pants, et Jean Blondel y est rentré sans brèche ni combat.
Douze jours plus tard, retour imprévu de fortune, il était repris
de nouveau, dans une course imprudente, par une troupe fran-
çaise qui court encore le pays'. En novembre seulement, il peut
est datôp du 10 juin 1421. (Rymor, Fœdera, t. IV, part, iv, p. 32, dans K. de
Lcttenhove. notes de Chastellain, t. I, p. 217, n. 2.) C'est le jour in.Hne du
départ de Henry V pour la France, doù il ne devait pas revenir. {Chastellain,
t. I, p. 236.) La duchesse Jacqueline était passée en Angleterre, après sa fuite
romanesque et bien connue en compagnie de Louis de Robersart, vers la tin de
l'hiver de 1420-1421. (Rymer, Fœdera, t. IV, part, iv, p. 8, dans K. de Letten-
hove, notes de Chastellain, 1. 1, p. 214, n. 1, et Chron. dite des Cordeliers, dans
Monstrelet, t. VI, p. 291.)
1. Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., Blondel de Joigny, mémoire cité, id.
2. M"' Dupont, Pièces just. de Fenin, n° 20, p. 296-299; cf. Fenin, p. 162;
Monstrelet, t. IV, p. 49, 68; Chastellain, t. I, p. 242. Le château était com-
mandé par Pierre Blondel et paraît avoir été pris en juillet. (P. just. de Fenin,
toc. cit.)
3. Sur ce fait. Chron. dite des Cordeliers, dans Monstrelet, t. VI, p. 304-305.
Cf. Fenin, p. 171; Monstrelet, t. IV, p. 168.
4. Valloires, abbaye de l'ordre de Cîteaux, située sur la rive gauche, la rive
picarde, de la basse Authie, un peu en aval de Douriez (Somme, cant. de Rue,
comm. d'Argoules). On voit, cités vers cette époque, les abbés Senaud, men-
tionnés en 1398, et Jean IV, en 1466. {Gall. christ., t. X, col. 1335.)
5. Dommartin, abbaye de l'ordre de Prémontré, située sur la rive droite, la
rive d'Artois, de l'Authie, en amont de Douriez (Pas-de-Calais, cant. de Iles-
din, comm. de Tortefontaine). L'abbé est alors Jean VII Le Seneschal, de 1418
à 1438. {Gall. christ., t. X, col. 1351.)
6. « ... Aucuns gentilzhommes du pays, entre lescjuclz cstoit messire Olivier
de Brimeu, moult ancien chevalier. » {Monstrelet, t. IV, p. 68.) On ne distingue
pas le rattachement de ce personnage aux autres membres de la maison de
Brimeux déjà cités.
7. Chron. dite des Cordeliers, dans Monstrelet, t. VI, p. 304-305.
DANS LA HAUTE NORMANDIE, 459
se faire échanger, avec tout un lot de Bourguignons contre un
groupe de prisonniers français parmi lesquels figure encore Sain-
trailles^ Commandant de Saint-Valery-sur-Somme après la prise
delaplace sur Jacques d'Harcourt en septembre 1422^ peut-être
alors pourvu des charges de capitaine d'Abbeville et de maré-
chal de Ponthieu, qu'il paraît avoir occupées =^, il est le plus haut
placé, le plus résolu, le plus dangereux adversaire que le système
anglo-bourguignon puisse rencontrer dans la région.
Tous ces léodaux, seigneurs terriens ou du métier des armes,
ont une même aversion qui les rapproche, une même rancune à
satisfaire. Tous sont à bout de patience, outrés et hors d'eux-
mêmes, sous les vexations et les outrages que leur réserve Jean
de Luxembourg, lieutenant général du gouvernement anglo-
bourguignon en ces parages, et dont la hauteur, les convoitises,
le sans-gène offensant les acculent invinciblement, sans tenir
compte d'aucun risque, à une rupture ouverte et à un soulève-
ment d'ensemble.
Jean de Luxembourg, de la branche des seigneurs, depuis
comtes de Ligny, issus de la maison de LuxembourgS qui^ sert
dans les rangs bourguignons depuis 1411 ^ est, depuis la grande
levée de 1417', investi des commandements supérieurs pour les-
quels sa naissance, son goût de la guerre, son furieux esprit de
parti le marquent tout naturellement. Sire de Beaurevoir en
Vermandois, dont il porte le titre ^, pourvu dans le voisinage du
beau comté de Guise, confisqué en sa faveur, en 1422, sur les
princes de la maison d'Anjou ^ il est dans la contrée le lieutenant
1. Ibid., p. 306; Monstrelet, t. IV, p. 73.
2. Chron. dite des Cordeliers, dans Monstrelet, t. VI, p. 323; iMd., t. IV,
p. 130-131.
3. Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., Blondel de Joigny , mémoire cité,
fol. 95-96.
4. Sur la maison de Luxembourg, Nicolas Vignier et du Cliesne, Histoire de
la maison de Luxembourg, et, pour la branche des seigneurs, puis comtes de
Ligny (Ligny-en-Barrois, Meuse, ch.-l. de cant., arr. de Bar-le-Duc), P. An-
selme, Hist. généal., t. III, p. 721-738.
5. Sur Jean de Luxembourg, Ibid., t. III, p. 725.
6. Monstrelet, t. II, p. 166.
7. Nommé en tête de tous les seigneurs de Picardie, par la Chronique dite
des Cordeliers, dans Monstrelet, t. VI, p. 236, et par Monstrelet, t. III, p. 214.
8. Beaurevoir, aux sources de l'Escaut, à l'extrémité du Vermandois, vers
le Cambrésis et la Thiérache (Aisne, cant. du Catelet).
9. Acte de Charles VI, en date du siège de Meaux, en février 1422, faisant
460 LA GUERRE DE PARTISANS
accrédité des ducs de Bourgogne*, et, d'une campagne à l'autre,
il ne descend guère de cheval, infatigable, adroit, intrépide et
portant presque toujours la réussite avec lui. Mais son caractère,
sa passion d'amasser, la brutalité méprisante avec laquelle il
traite ses compagnons d'armes, livrant à ses soldats leurs terres
et leurs villes, comme pays conquis et biens à prendre, ont levé
contre lui d'implacables fureurs^.
Le sire de Maucourt et lui sont en état d'âpre rancune depuis
cinq ans, depuis la scène qui a suivi le coup de main de Concy^, où
Maucourt a joué le rôle que l'on sait, le couteau à la main, à la
tête de la poignée d'hommes qui a surpris la magnifique forte-
resse. Mandé en toute hâte, pour venir mettre Coucy en état de
défense contre un retour de l'ennemi, Jean de Luxembourg, une
fois introduit dans le château, a arraché d'autorité aux premiers
occupants tout le riche, le splendide butin si hardiment conquis
par eux, et dont, selon la loi du temps, ils se croyaient les for-
tunés possesseurs. Non content de ce rapt, qui violait tous les
usages de la guerre, il a voulu, à la suite d'une discussion vio-
lente, faire décapiter Maucourt sur la place, et l'absence d'un
bourreau, ce jour-là, a seule sauvé la vie à son audacieux adver-
saire^ qui se souvient, qui patiente et attend l'heure^.
Avec Charles de Longueval, l'offense est plus profonde encore,
car, cette fois, Jean de Luxembourg a dû plier. Dans les pre-
mières semaines de 1420, après la reprise de Roye, première
opération commune du parti bourguignon et des forces anglaises,
(Ion à Jean de Luxembourg, sire de Beaurevoir, de la « comté, terre et sei-
gneurie de Guise, en Thiérache, » échue au roi par la forfaiture des enfants de
feu Louis II, duc d'Anjou, mort en 1417. (Arch. nat., JJ 172, n' 241, cité par
Longnon, les Limites de la France, p. 63.)
1. Dès la fin de 1417, après le licenciement de la grande armée bourgui-
gnonne descendue de Picardie sur Paris, Jean de Luxembourg est inslitué
commandant du pays de Santerre, à Montdidier, Roye et Péronne. (Monstrelet,
t. III. p. 239, 315, t. IV, p. 10.) Il paraît, depuis le commencement de 1422, à
l'époque du don de la comté de Guise, avoir exercé les fonctions, plus hautes,
de capitaine général de Picardie. (De Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. I,
p. 51-52.)
2. Voir Monstrelet. t. IV, p. 187 et 188.
3. Sur ce fait, Monstrelet, t. III, p. 310-313; Fenin, p. 127-128.
4. « Auquel, s'il eût eu bourrel ou autre homme qui l'eust voulu exécuter,
il lui eust lors fait copper la teste sans nul remède. » {Monstrelet, t. III,
p. 312.)
5. « ... Par le grant couroux fju'il avoit à luy. » {Fenin, p. 128.)
é
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 464
un gros de Français, sorti de la place avec sauf-conduit, a été
attaqué en retraite, déloyalement, par un corps anglais et par
quelques écuyers picards affolés de pillage*. Parmi eux était le
bâtard de Divion, frère de la femme de Charles de Longueval.
Réclamé par Jean de Luxembourg, qui, avec raison, veut le faire
juger pour l'exemple, le bâtard de Divion est obstinément refusé
par son beau-frère de Longueval, qui finalement le garde à l'abri
et conserve le dessus. Le sire de Beaurevoir est allé pourtant jus-
qu'aux menaces, mais a dû reculer, hésitant devant l'emploi de
la force, le risque d'un combat en règle ou d'un siégea Charles
de Longueval et lui ne se sont jamais pardonné l'injure^.
Vers quelle époque exacte ces mécontentements prennent-ils
corps, ces sourdes répulsions s'affirment -elles assez haut pour
entraîner l'entente et le concert, l'idée d'une action commune et
d'un appel aux armes? Il serait difficile de le préciser. Des brèves
mentions fournies par les deux seuls textes qui ont gardé mémoire
de cet héroïque épisode, il ressort seulement, d'une façon absolue,
que le fait de la conjuration coïncide avec l'époque où se prépa-
rait, entre Loire et Seine, le grand choc dont l'attente enfiévrait
la France entière^.
1. Sur ce fait, Monstrelet, t. III, p. 368-371 ; Fenin, p. 122-124; Chastellain,
t. I, p. 93-102.
2. « Et pour ce lui fut dit que, s'il ne le bailloit, ledit de Luxembourg l'yroit
querre de force en son logis. Et lors ledit seigneur de Longueval dist que, se il
y aloit et il n'estoit le plus fort, il ne le emmenroit pas. et que ançois conseil-
leroit qu'on le tuast. » (Monstrelet, t. III, p. 370.)
3. Le récit de Monstrelet (t. IV, p. 187-188), auteur dont les indications
chronologiffues, comme on sait, sont si rares, place l'exposé des faits relatifs à
la ligue picarde entre la reddition à terme d'Ivry aux Anglais (p. 186), qui a
lieu le 5 juillet, et les préparatifs de \^ journée convenue pour le 15 août, les-
quels se font dans les premiers jours de ce même mois (p. 188). La répression
du soulèvement, dans Monstrelet, est relatée immédiatement après le récit de la
bataille de Verneuil, du 17 août (p. 197-198). Pierre de Fenin, qui raconte tous
ces faits d'un seul trait, place la ligue de Roye et ses conséquences avant et
après la rencontre de Verneuil (p. 217-219). Après avoir décrit la formation de
la conjuration et annoncé qu'elle ne put donner le résultat espéré, il ajoute :
« Et aussi le roy Charles perdy en ce temps moût de ses gens à la bataille de
Verneul ou Perche, comme en autre lieu sera desclarié, dont les seigneurs des-
susdis furent fort rompus de leurs propos » (p. 217-218).
4. Cette époque des approches immédiates de la bataille de Verneuil est celle
qu'assigne à la conjuration de Roye Vallet de Viriville {Hist. de Charles VII
et de son époque, t. I, p. 425-426), et que confirme M. de Beaucourt {Hist. de
Charles Vil, t. II, p. 16).
462 LA GOERRE DE PARTISANS
C'est à Roye, la petite place picarde du Santerre, entre Noyon
et Amiens S vers le printemps de 1424, que se groupent et se
réunissent les audacieux conjurés. Les excès, les violences de
Jean de Luxembourg et de ses troupes, depuis la reprise de leurs
cantonnements d'hiver, à la fin de la campagne de 1423 dirigée
contre la comté de Guise-, ont mis le comble à leur irritation, à
leur entrain de représailles. Ils prennent pour lieu d'assemblée,
pour centre de conciliabules et de conseils, la ville fermée autour
de laquelle ils se sentent en nombre, dans leurs terres et leurs
châteaux. Prise et reprise au cours de la guerre civile^, la place
fait partie, depuis quelques années, du domaine propre des
ducs^ La seigneurie du lieu est dans la maison de Roye^, alors
représentée par Mathieu III, un prisonnier d'Azincourt, engagé
dans le parti bourguignon'^, mais qu'on trouve aussi allié par son
second mariage à la branche demeurée constamment française
des Montmorency, seigneurs de Beaussaultet deBreteuil. Mathieu
de Roye est ainsi cousin germain de Jeanne de Montmorency,
unie plus tard à Renaud de LonguevaP. Roye est à portée des
conjurés, lieu commode de ralliement, de concentration possible
pour tous les affiliés, tous « de cette forte race du Santerre,
1. Roye, sur l'Avre (Somme, ch.-l. de cant., arr. de Monldidier).
2. « ... Après qu'ils estoient retournez des courses, sièges et assemblées que
par avant avoit faictes messire Jehan de Luxembourg pour la conqueste de la
conté de Guise. » [Monstrelet, t. IV, p. 187.)
Cette campagne avait commencé en septembre 1423 [Livre des Trahisons,
]). 172, et Chron. dile des Cordeliers, ms. fr. 23018, fol. 442 v°) : elle avait été
marquée {Livre des Trahisons, p. 172) par le siège de Wiège (Aisne, cant. de
Sains-Richaumont, arr. de Vcrvins), et, le 16 octobre (Chron. dite des Cordeliers,
ms. fr. 23018, fol. 543 v), par la prise de Nouvion-eu-Thiérache (Aisne, cb.-l.
de cant., arr. de Vervins). La retraite avait été commandée à la suite de pluies
diluviennes, « sy grand Élus deaues que le charroy cliargiés de bombardes ne
povoit hors des fanges, i)ar quoi il donna congiet à ses gens jusques au prin-
temps. » [Livre des Trahisons, p. 172.)
3. Surprise en 1411, et, comme on l'a vu, en 1419, par les Armagnacs et les
partisans du dauphin Charles.
4. Aux mains des princes de Bourgogne depuis 1418, et délinitivement depuis
le 8 septembre 1423, comme on vient de le voir.
5. Sur la maison de Roye, P. Anselme, Hist. géne'al., t. VIII, p. G-15.
6. Sur Mathieu III de Roye, Ibid., p. 12-13.
7. Mariage avec Catherine de Montmorency, fille d'Hugues de Montmorency,
seigneur de Beaussault et de Breteuil, frère lui-même de Pierre, beau-père de
Renaud de Longueval. [Ibid., p. 622.) Sur les trois frères de Catherine et leur
rôle dans le parti français, voir ci-dessus.
DANS LA HAUTK NORMANDIE. 463
qui passait au moyen âge pour la plus énergique de tout le
royaume*. »
Depuis le 4 mars précédent, Le GrotoyS le dernier réduit de
Jacques d'Harcourt dans la Picardie maritime, est irrévocable-
ment Anglais^. Mais, de l'autre côté de l'Oise, dans la comté de
Guise, le parti français tient encore. La guerre s'y poursuit depuis
la fin de 1422% avec des retours de chance et de revers. Depuis
la fin de l'hiver^, Jean de Luxembourg est dans le pays^, où il
vient d'enlever Oisy et Wiège'. Ses forces sont rassemblées,
depuis le 29 juin, devant la ville même de Guise, qui se défend
durement^. Le moment est donc bien choisi pour une prise
d'armes générale. L'exemple de Saintrailles, qui, cet hiver, sorti
brusquement de la comté de Guise, a enlevé la forteresse de Ham,
est fait pour séduire toutes les imaginations. Jean de Luxembourg
ne sera pas là, comme alors, pour faire déloger les hardis com-
pagnons qui, sur une place ou l'autre, pourront renouveler cet
exploit^. L'heure est bonne, la chance complice et l'occasion mûre.
1. Siméon Luce, la Mort de Charles V, dans la France pendant la guerre de
Cent am, 2" série, p. 76.
2. Le Crotoy, assiégé le 24 juin 1423, capitule le 5 octobre, pour le terme du
3 mars 1424. (V. de Viriville, Hist. de Charles VII et de son époque, t. I,
p. 396.)
3. Don du comté de Guise à Jean de Luxembourg, en février 1420. (Longnon,
les Limites de la France, p. 63.)
4. On vient de voir l'interruption de la campagne à l'automne de 1423. Pen-
dant l'hiver, une course devant Hirson, le 30 novembre 1423, et la prise de
Mondrepuis (Aisne, cant. d'Hirson, arr. de Vervins) paraissent seules à signa-
ler. {Livre des Trahisons, p. 173.)
5. « Ou mois d'avril ensuivant, messire Jehan de Luxembourg assarabla ses
gens d'armes. » {Monstrelet, t. IV, p. 179.)
6. Oisy, sur la haute Sambre (Aisne, cant. de Wassigny, arr. de Vervins).
Siège en février 1424, capitulation le 23 avril pour le terme du 5 mai. [Chron.
dite des Cordeliers, ms. fr. 23018, fol. 447.)
7. Wiège, près de la haute Oise (Aisne, cant. de Sains-Richaumont, arr. de
Vervins). Siège le 30 avril, capitulation le 25 mai. (Ibid., fol. 447 v°.)
8. Guise, sur la haute Oise (Aisne, ch.-l. de cant., arr. de Vervins). Siège le
29 juin {Ibid., fol. 448), capitulation le 18 septembre, pour le terme du 1" mars
1425. (V. de Viriville, Hist. de Charles VII et de son époque, t. II, p. 8.)
9. Ham, sur la Somme (Somme, ch.-l. de cant., arr. de Péronne). Sur le fait
de l'occupation passagère de Ham, voir Monstrelet, t. IV, p. 172-173, qui place
l'événement au 13 octobre 1424; la Chronique dite des Cordeliers, ms. fr. 23018,
fol. 445, qui le met au 13 décembre; le Livre des Trahisons, p. 173-175, dont
le récit offre quekjue dissemblance quant à la durée de l'occupation.
464 LA GDERRE DE PARTISANS
De premiers pourparlers ont lieu, qui semblent avoir réuni de
nombreux adhérents, à Roye même, pour discuter un plan com-
mun d'action ^ Deux partis paraissent s'y être manifestés, l'un
d'attente, consistant à sommer Jean de Luxembourg d'avoir à
cesser ses actions et violences, l'autre, plus brusque, et qui semble
avoir prévalu, d'une prise d'armes générale dont le jour serait à
fixer. Triés forcément par cette décision redoutable, ceux qui
persistent dans leur volonté d'insurrection continuent leurs assem-
blées secrètes. Réduits encore, au moment des résolutions der-
nières, par l'abandon d'un groupe d'hésitants, il en subsiste
encore assez d'intrépides pour se prêter mutuellement serment ^
pour dresser un plan grandiose, auquel un hasard peut donner
fortune. Au jour dit, dans toutes les places aux mains des affiliés,
dont les conjurés se trouvent seigneurs suzerains ou commandants
de par le duc de Bourgogne, le complot doit éclater à la fois, le
nom du roi Charles se crier ensemble et partout^; il se peut qu'en
une nuit, qu'en un jour, sur une nouvelle venue d'entre Vendôme
et Évreux, la Picardie tout entière, d'un effort spontané, d'un
irrésistible élan, se retrouve jalonnée de forteresses françaises.
Gomment, dans de pareilles conditions, peut-il se faire qu'on
retrouve Charles de Longueval dans les rangs de la grande armée
anglo- bourguignonne, en Normandie, aux alentours d'Ivry,
dans les premiers jours d'août ? Comment le voit-on réalisant sur
les bords de l'Eure, la veille de la mortelle bataille, la défection
qui devait s'effectuer dans un des châteaux de Santerre? C'est
cependant là, de nuit, au long de quelque bois en plaine, entre
Évreux et Verneuil, qu'il va quitter au galop de son cheval le
dernier campement de l'armée anglaise'*. Le secret des conjurés
1. Sur ces faits, Monstrelet, t. IV, p. 187-188; Fenin, p. 216-219.
2. Il paraît bien y avoir eu trois gradations dans la ligue picarde : une pre-
mière série d'assemblées, d'où se retirent avant discussion tous ceux ([ui pré-
fèrent parlementer avec Jean de Luxembourg; une seconde, d'où s'écartent
encore ceux qui n'osent pas hasarder un soulèvement immédiat à main armée; ne
demeurent dans la ligue active que ceux décidés à s'exposer à tous les risques.
3. « ... Et se conclurent ensemble de eulx tourner du tout du parti du roy
Charles, et mirent dedcns plusieurs villes et forteresses, dont les ungs estoient
seigneurs et les aultres capitaines, gens de par eulx les plus fors. » (Monstrelet,
t. IV, p. 188.)
4. Sur les circonstances de son passage dans le camp français, voir ci-après,
p. 475-480.
I
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 465
picards était donc singulièrement bien gardé, le lien qui les sou-
dait entre eux aussi étroit que redoutable.
Telle est, à la veille du choc imminent qui se prépare, l'œuvre
secrète accomplie par les Longueval, les Jean Blondel et leurs
alliés. Communes du plat pays, leurs abbés à leur tête, comme
naguère au siège de Douriez, petits gentilshommes ruraux, féo-
daux du métier des armes, ne seraient pas longs à retrouver leurs
chefs naturels, et, en dépit de toute passion politique, leur sens
de Français, si le mouvement partait de haut, si l'exemple venait
des plus forts et des mieux armés. Diversion opportune et formi-
dable, occultement en puissance et en germe, qui apparaît brus-
quement comme une menaçante et profonde fissure dans l'édifice
disparate de l'alliance anglo-bourguignonne.
Si maintenant, de la lisière des régions picardes, le regard se
pose ailleurs, si, quittant les frontières du Ponthieu et du pays
de Caux, l'attention se reporte vers l'organe vital, vers l'instru-
ment même de la conquête, les indices constatés seront au moins
aussi caractéristiques et aussi lourds de menaces. Dans l'armée
anglaise, recrutée de Normands, de Picards, de Français de race
fondus dans la masse étrangère, les prévisions se traduisent en
faits palpables, les symptômes se transfigurent en actes certains
et précis. Pour observer rigoureusement le phénomène, pour en
guetter les phases diverses et fugitives, il convient de se trans-
porter, aux écoutes et les yeux rivés sur les moindres circons-
tances, entre Evreux, Ivry et Yerneuil, vers les instants qui pré-
cèdent le grand choc désormais imminent, quelques jours ou
quelques heures avant le heurt des deux formidables armées qui
cherchent leur approche et leur mortel contact.
Vers la mi-juin 1424, le gouvernement anglais, qui tient déjà
Gaillon bloqué depuis le 8 mai, se décide à faire investir la for-
teresse d'Ivry, dont la position avancée, la menace toujours pré-
sente devient une obsession sans trêve. Le 12 juin, le comte de
Sufiblk est devant la placée Le 5 juillet, avant l'apparition du
corps de secours français qui paraît s'être organisé pour la levée
du siège 2, Giraud de la Pallière a capitulé, pour le terme pro-
1. Date des premières montres d'armes du comte de Suffolk devant Ivry.
(Ch. de Beaurepaire, de l'Adm. anglaise en Normandie, p. 47.)
2. On a trace d'une concentration de forces anglaises, en date du 24 juin,
prescrite pour le 3 juillet à Vernon. Ces troupes devaient marcher sur Ivry pour
repousser les Français, qui, disait-on, se proposaient de venir combattre le corps
^893 3^
^66 LA GUERRE DE PARTISANS
chain du 15 août'. Si le 15 août, à l'issue de « la nuit de l'As-
somption Notre-Dame », entre le lever du jour et trois heures de
l'après-midi 2, une armée française ne se présente pas pour « tenir
la journée », la forteresse et sa garnison, les vies sauves, devront
irrévocablement se rendre à l'assiégeant vainqueur^. Dans les
deux camps, chacun sent qu'autour de ce défi, par une de ces
circonstances médiocres qui mettent en jeu des forces fatales et
supérieures, chacun sent et devine que va se jouer une partie
d'armée assiégeant. (Siméon Luce, Chron. du Mont-Saint-Michel, Pièces just.,
t. I, n" 26.)
1. Cil. de Beaurepaire, loc. cit.
2. Monstrelet (t. IV, p. 186), répété pour ce chapitre par (voir la note qui suit)
le chroniqueur Jean de Wavrin (t. 1422-1431, p. 98-99), dit textuellement : « Pro-
mettant à livrer ladicte forteresse la nuit de lAssumption Nostre-Danie. » Wavrin,
au récit de la journée du 15 août (t. 1422-1413, p. 100), chai)itre où sa narration
prend une remar([uable valeur originale, dit expressément ([u'à deux heures de
l'après-midi Bedford se mit en balaille devant le château, en attendant l'heure
exacte de la reddition, et que, peu après, « droit à l'heure qui estoit prinse de
la place rendue », Géraud de la Pallière vint en remettre les clefs au régent, ce
([ui ne permet guère d'assigner à l'échéance de la capitulation un autre terme
([ue celui de trois heures.
Le texte de la capitulation à terme d'Ivry n'a malheureusement pas été con-
servé. Mais, pour cette même année 1424, on possède ceux de la reddition du
Crotoy (5 octobre 1423-3 mars 1424), de Guise (18 septembre 1424-1" mars
1425), insérés dans le récit de Monstrelet (t. IV, p. 166-169, p. 199-205), et celui
de la reddition de Vitry-en-Perthois et places voisines (4 octobre 1424-9 avril
1425), publié par M. Siméon Luce dans les Preuves de Jeanne d'Arc à Dom-
rémy {n° 78, p. 119-127). La capitulation du Crotoy porte que là journée se
tiendra depuis l'heure de prime (six heures du matin) jusqu'à trois heures après
midi; celle de Guise, depuis l'heure de prime jusqu'au soleil couchant (en cette
saison, cinq heures et demie après midi environ); celle de Vitry, depuis huit
heures du matin jusqu'à deux heures ajirès midi.
3. 11 est, pour tous les faits ([ui suivent, un guide de fond dont le témoi-
gnage doit être préféré à tous autres, c'est la chroni({ue de Jean de Wavrin,
sire de Forestel, soldat-écrivain dont l'œuvre, — simple compilation la plupart
du temps, — présente i)our les événements de maniue aux([uels il assiste un
ton de récit personnel qui lui assigne une place à part. [Recueil des croniques
et anchiennes islories de la Granl-Bretaigne à présent nommée Englelerre,
dans les publications de « The Chronicles and memorials of Greal-Britain and
Iroland during Ihe middle âges, published under the direction of the Masler
of the Rolls, » 1864-1891, vol. V, liv. III, ch. xxviii et xxix, tome comprenant
les événements de 1422 à 1431, p. 99-122; Anchiennes cronicques d' Englelerre ;
Choix de chapitres inédits, dans les publications de la Socic(é de l'histoire de
France, 1858, éd. de M"" Dupont, part, v, liv. III, ch. xxviii et xxix, t. I,
p. 253-273.)
DANS LA HAUTE XORMA\DIE. 467
suprême, bien au-dessus de son apparent objet, et dont l'enjeu
réel ne se dissimule même plus '.
Quand s'ouvre la première semaine d'août^, le rassemblement
des forces vives des deux partis s'active et se précipite. La ligne
de la Loire, vers Tours et Amboise, est le rendez-vous français 3;
Rouen, le lieu de ralliement anglais^. Les deux nations jettent
au jeu leurs dernières réserves et se préparent à un corps à corps
sans merci.
Le rassem-blement des forces françaises, le dénombrement des
auxiliaires étrangers qui en forment le fonds viennent d'être exposés
en leur lieu^. Le gouvernement anglais, de son côté, dès la journée
d'Ivry décidée, lève tout ce qui peut tenir une arme. Les contin-
gents féodaux sont sur pied depuis la première semaine de juillet''.
Tous les nobles tenus au service sont présents'. En outre, Bed-
1 . Jean de Wavrin servait alors à son rang dans l'armée anglaise. Les expres-
sions répétées : « Moy, acteur de ceste euvre » (étape d'Évreux à Ivry, dans la
journée du 14 août, matin de la bataille de Verneuil, le 17, éd. Hardy, p. 101,
109; éd. Dupont, p. 255-262); « je, acteur » ^récit de la bataille de Verneuil,
éd. Hardy, p. 113; éd. Dupont, p. 266), ne laissent aucun doute sur la question.
H servait alors sous le comte de Salisbury : « Moy qui lors estoit audict voyage
en la compaignie du comte de Salisbury » (éd. Hardy, p. 101 ; éd. Dupont,
p. 255), et eut fort à faire pour défendre sa vie à l'heure de la rencontre :
« Comme pour moy-mesme défendre je feusse assez empescié. » (Éd. Hardy,
p. 114; éd. Dupont, p. 267.)
2. «• Environ huit jours en aoust de cest an, le duc de Bethfort assambla
plusieurs hommes d'armes et archers et ses capitaines anglois. » [Monstrelet,
t. IV; p. 189.)
3. « Lesquels s'assemblèrent sur la rivière de Loire; ... qui partirent de sur
la rivière de Loire de pluseurs places... » {Raoulet, éd. V. de Viriville, p. 184.)
« Lesquelz à bien grant ost se partirent de la ville de Tours. » {Charlier, éd.
V. de Viriville, t. I, p. 41.) Les auxiliaires italiens et espagnols (sur eux, voir
ci-dessus, p. 445) arrivaient d'une courte campagne sur la lisière du Nivernais.
(Quicherat, Rodrigue de VUlandrando, p. 23-24; V. de Viriville, Hist. de
Charles Vil et de son époque, t. I, p. 409.) — Charles VH, pendant cette
période, séjourne à Amboise. [Ibid., p. 422.)
4. « ... Le duc de Bethfort manda tous ses cappitaines en la bonne ville de
Rouen, ouquel lieu il estoit pour lors... » [Wavrin, éd. William Hardy, t. 1422-
1431, p. 100.)
5. Ci-dessus, p. 444-446.
6. Mandement au nom de Henry VI, cité, en date du 24 juin 1424. (Siméon
Luce, Chron. du Mont-Saint-Michel, P. just., t. I, n° 26.)
7. « Adscitis etiam nobilibus Normanniœ. » (Thomas Basin, éd. Quicherat,
t. I, p. 48.) — Les documents utilisés ci-après signalent des contingents venus
du pays de Caux, et, semble-t-il, du Colentin (Arch. nat., JJ 172, n° 600;
468 LA GUERRE DE PARTISANS
ford s'est fait expédier * des bandes d'archers des communes de
Rouen, Chartres, Paris ^ et Senlis. Selon l'habituel expédient,
les garnisons de Normandie ont prélevé leurs minces pelotons 3;
les chefs de détachement sont convoqués pour la journée qui doit
amener l'armée le 14, prête à tout événement, devant Ivry*. Leur
assemblage disparate, malgré l'inconvénient du système, renforce
néanmoins les effectifs anglais^. Des deux côtés, l'effort est égal,
la tension de forces identique et pareillement épuisante.
Le samedi 12 août, le duc de Bedford, venant de Rouen, appa-
raît installé à Evreux^, où l'ont rejoint quelques compagnies
bourguignonnes accourues des frontières de Champagne, où
s'acharne encore la résistance de quelques derniers châteaux'.
JJ 173, 11° 25), ainsi que de plusieurs places fortes ou postes (ci-dessous, n. 4,
5, p. 476, 499-500).
1. Cousinot Le Chancelier, Geste des Nobles, éd. V. de Viriville, p. 197-198.
2. Cette mention darchers de Paris explique bien naturellement le récit ori-
ginal de la surprise de Vcrneuil, par le Journal d'un Bourgeois de Paris, dont
on va voir l'importance; il pouvait parfaitement l'avoir recueilli de quelque Pari-
sien auxiliaire, présent à l'armée anglaise.
3. Sur cette méthode anglaise des « Petits Paquets », voir notre compte-
rendu de l'Armée anglaise vaincue par Jectnne d'Arc au siège d'Orléans, de
MM. Boucher de Molandon et A. de Beaucorps, dans Bibl. de l'Éc. des chartes,
t. LV, janvier-avril 1894, p. 160-170 et notamment p. 164-165.
4. Quittance de John Montgomery, capitaine de Domfront, pour les gages,
durant un mois, de quinze hommes d'armes à cheval et soixante archers, qu'il
doit mener ou envoyer au régent « à la journée enconveime estre devant Yvry
au xiiii" jour de ce i)résont mois », en vertu d'un ordre du 28 juillet. Doc. en
date du 2 août 1424. Bibl. nat., ms. fr. 26285 (anc. coll. de dom Villevieille,
titres originaux, vol. 23), n° 454.
5. On voit qu'un détachement venu de la place de Domfront figurait à l'ar-
mée d'Ivry (ras. fr. 26285, n° 454). Les documents utilisés ci-après en signalent
un autre venu de Vire (Arch. nat., JJ 172, n° 633), un autre de Bernay (Arch.
nat., JJ 172, n" 604, 627), un autre de Pont-Audemer (Arch. nat., JJ172,
n- 586; JJ173, n" 110).
6. Wavrin, éd. William Hardy, t. 1422-1431, p. 100-101. — C'est évidem-
ment un lapsus négligeable qui fait dire à "Wavrin (dont le témoignage, à par-
tir de ce jour même, devient si précieux), ou bien à ses copistes, que le duc de
Bedford, arrivé la veille à ce qu'il semble de la direction de Rouen, aurait
séjourné à Évreux « tout le jour Noslre-Dame », c'est-à-dire le 15 août {loc. cit.).
La suite du récit, tellement exact et précis, ])laçant la reddition d'Ivry à Bed-
ford, Bedford présent et commandant, ce môme 15 août, et mettant la rencontre
de Verneuil au 17, ne permet pas d'en douter. Comme le 13 août, moment do
la pause de Bedford à Évreux, tombait un dimanche, le chroniqueur a pu tout
naturellement confondre les deux jours de fête jtresque successifs.
7. Sur ce point, ci-dessus, p. 436, et ci-après, p. 483.
DilVS LA HABTE NORMAîVDIE. 469
Le dimanche 13, il s'organise à Evreux et prend ses dispositions
de combat*. L'armée française, formée de corps arrivés, qui de
Touraine ou de Berrj, qui de la bordure du Nivernais, puis con-
centrée tout entière sur la ligne du Loir, entre Châteaudun et
BonnevaP, atteint eUe-même les approches d'ivry, en touchant
la vallée de l'Avre^. Prenant nettement sa route au nord, par
les plaines de Beauce au delà de Bonneval, elle a tourné Chartres^,
traversé l'Eure^, tourné Dreux "5. Ce même jour, dimanche 13,
ou le lendemain tout au plus^ l'Avre passée, elle campe à Nonan-
court^ ainsi postée à mi-distance d'ivry à Verneuil^. Les uns et
les autres, Anglais et Français, les Français un peu plus rappro-
chés cependant, ne sont plus dès lors qu'à six ou sept lieues du
sanglant contact dont l'approche convenue les attire et les fas-
cine *°.
Dans l'après-midi du lendemain, lundi 14, veille de la Notre-
Dame d'août", l'armée anglaise tout entière, partie le matin
1. Ci-dessus, p. 468, n. 6.
2. « ... S'assemblèrent tous à Chasteaudun et à Bonneval. » (Raoulet, p. 184.)
Bonneval, comme il a déjà été dit, marque alors le point le plus avancé des
positions fixes encore aux mains du parti français. — Sur Bonneval et les
petites places nommées ci-après, voir, sauf exception, ci-dessous, Annexe 5.
3. Ci-après, n. 6.
4. « Si vinrent loger emprès Chartres. » [Chron. de la Pucelle, éd. V. de
Viriville, p. 223; cf. Chartier, t. I, p. 41.)
5. Entre Chartres et Courville, sans doute, en ligne droite de Bonneval à
Nonancourt.
6. « ... Et de là (d'entre Châteaudun et Bonneval) tirèrent par au-dessus de
Dreux... » {Raoulet, éd. V. de Viriville, p. 184.)
7. Ce dernier passage de Raoulet doit-il s'entendre d'une nouvelle étape entre
le campement près Chartres, nettement signalé par la Chronique de la Pucelle
et Chartier (n. 4), et le campement de Nonancourt, qu'on va voir indiqué par
les mêmes et par d'autres (n. 9)?
8. Nonancourt, sur la rive nord de l'Avre (Eure-et-Loir, ch.-l. decant., arr. de
Dreux).
9. « ... Et se logèrent sur la rivière d'Eure (d'Avre) à Nonancourt. » {Raoulet,
p. 184.) Le campement de Nonancourt est également cité par la Chronique de
la Pucelle (p. 223), Chartier (t. I, p. 41), la Chronique de Normandie (éd.
Hellot, p. 72).
10. On ne voit pas dans cette marche que l'armée française se soit préoccupée
de Chàteauneuf-en-Thimerais, place de force à laisser couler devant ses murs
les troupes en marche, non plus que de Courville ou de Crécy-Couvé.
11. On a vu les ordres donnés et les marches prévues de façon à ce que l'ar-
mée fût à Ivry dès la fin de la journée du 14. Quittance du capitaine de Dom-
front, citée ci-dessus, p. 468, n. 4, ms. fr. 26285, n" 454.
-iYO LA GUERRE DE PARTISANS
même d'Evreux, occupe déjà fortement, la première, la position
maîtresse qui commande l'approche d'Ivry contre tout secours
offensif survenu de l'extérieure C'est là qu'elle passe la nuit,
« en une belle plaine au-dessus des vignes^ », attendant telle-
ment le choc pour les premières heures du matin qui va suivre,
que Bedford fait dresser une croix et bénir solennellement la
place, afin que les morts du lendemain soient certains de reposer
en terre sainte^. La nuit du 14 au 15, et la matinée du lende-
main, l'armée anglaise la passe ainsi devant Ivry, sous les
armes ^.
Telle est la position où la trouve, vers trois heures de l'après-
midi, Ivry se rendant, une reconnaissance de cavalerie jetée en
avant par les commandants de l'armée française en marche^.
Assiégeants formés en bataille, assiégés sur le point d'.évacuer la
1. « ... Et l'endcmain, aprez qu'il eust beu ung cop, se departy (le duc de
Bedford) de la ville d'Évrcux, et tant s'esploita de chevauchier qu'il eut passé
les bois qui sont auprez d'Yvry... » {Wavrin^ t. 1422-1431, p. 101.)
On vient de voir (ci-dessus, p. 468, n. 6) que ce lendemain correspond au
lundi 14 août.
2. Wavrin, t. 1422-1431, p. 101. — « ... et aussi les adversaires cstoient sur
une niontaigne... » {Raoulet, p. 185.)
3. « Dont prindrent i>lacc et attendant illec bataille doublableinent fisrent la
place beneistre et ou milieu drecier une croix. » {Geste des nobles, p. 197.)
Comparer avec le tableau donn(' i)ar Wavrin des disiiositions habituelles des
Anglais avant le combat. {Wavrin, t. 1422-1431, p. 109.)
4. « Alnsy doncques, le duc de Betlifort. en ceste nuit, se loga devant Yvry...
et l'cndemain vint...; |)uis, environ deux heures après midy, le duc de ReUiforl
marcha, en bataille bien ordonnée, jusques devant ledit chastel... » {Wavrin,
t. 1422-1431, p. 101.)
5. Wavrin, témoin oculaire et narrateur, place le fait « droit à ceste heure »
où les pourparlers de la capitulation se trouvaient déjà accomplis, les otages
rendus et les commissaires anglais en possession du château, la garnison fran-
çaise ne l'ayant pas encore matériellement évacué cependant, c'est-à-dire,
comme il a été établi, un peu après trois heures. {Wavrin, t. 1422-1431, p. 103.)
Cette reconnaissance se composait d'une quarantaine de cavaliers bien montés.
{Ibid.) Monstrelet, dans son récit plus que sommaire, est d'accord avec Wavrin
sur le détail de ces divers points (t. IV, p. 189-190).
La version du Journal d'un bourgeois de Paris, qui jdace le fait le lundi 14
et qui porte la reconnaissance au chillre de 500 hommes, ne paraît pas admis-
sible. (Éd. Tueley, p. 195.) Uaoulet fait également la même erreur sur cette
date (p. 185). Tout l'ensemble de ces faits : marche de l'armée française,
reconnaissance, volte-face, jirise de Verncuil, dont on va voir les circonstances,
étant indissolublement lié, doit se reporter au 15 août, jour incontesté de la
reddition d'Ivry.
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 474
place, déjà en voie de livrer les portes, prennent cette troupe au
galop pour l'avant- garde de l'armée dont ils attendent l'ap-
proche ^ Erreur de courte durée. Toutes les forces françaises,
qui sont encore à deux lieues et demie environ-, au retour
des éclaireurs, au su des nouvelles de la situation désespérée
d'Ivrj, prononcent une brusque volte-face. A l'heure qu'il
est, remontant la vallée de l'Avre vers l'ouest 3, au lieu de mar-
cher au nord par les plateaux en plaine, toute l'armée, au lieu
de courir sur Ivry, s'est déjà lancée dans la direction de Ver-
neuil^. Alors Bedford, Ivry décidément évacué par Géraud de
la Pallière, s'en retourne ce soir même, avec le gros de ses
forces, à Evreux, son prudent point d'appui s. Il expédie seule-
ment Suffolken reconnaissance aux approches de Verneuil, vers
Daraville, Piseux et Breteuil ^, et avec lui Sahsbury, avec mis-
1. Sur l'erreur de l'armée anglaise et sa formation immédiate en bataille,
Wavrin, t. 1422-1431, p. 103. Sur l'erreur des assiégés, Jowrna^ d'un bourgeois
de Paris, p. 195 : «... Et ceulx cpii estoient dedans le chastel eulx orguillirent
et commencèrent à crier et braire... »
2. Chron. dite des Cordeliers, ms. fr. 23018, fol. 449 v°.
3. On ne voit pas non plus rpie, dans cette marche par la rive nord de l'Avre,
l'armée française se soit préoccupée de la petite place de Tillières-sur-Avre,
située juste sur sa route, sur la même rive c[ue Nonancourt et Verneuil.
4. Sur le fait même de la volte-face sur Verneuil, unanimité des témoignages :
Wavrin, Monstrelet, Fenin, le Bourgeois de Paris, Le Fèvre de Saint-Remy,
la Chronique dite des Cordeliers, du côté anglo-bourguignon ; Raoulet, la
Chronique de la Pucelle, Berry, Chartier, du côté français. La méprise de date
déjà signalée commise par le Bourgeois de Paris et Raoulet est seule à relever.
5. « Puis, aprez ces choses passées, il fut conclu que ledit régent se deslo-
geroit et yroit au giste à Évreux. » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 106.)
6. Le texte de "Wavrin porte, parlant des ordres donnés spécialement au
comte de Sufiblk : « S'en alla à Damville et à Baiseux, à Bretueil et ou Perche,
ainsi comme à deux lieues de Verneul. » {Wavriri, éd. "William Hardy, t. 1422-
1431, p. 106; éd. de M"» Dupont, t. I, p. 260.) Monstrelet dit: « Ala à Damp-
ville et à Vasseux, et delà à Bretueil ou Perche, à deux lieues près de Ver-
nuel. » {Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 191.) — Damville et Breteuil,
dans ou près le val d'Iton, ont déjà été mentionnés souvent. Damville, comme-
on l'a vu, était aux mains d'un poste anglais. (Voir ci-dessus, p. 442, n. 8; cf. ci-
après, p. 478, n. 3.) Quant au lieu de « Baiseux », de "Wavrin, « Vasseux », de
Monstrelet, M"" Dupont, dans son édition de Wavrin (t. I, p. 260, n. 1), pro-
pose dy reconnaître Piseux, tout à fait dans la région, à une lieue et demie
environ seulement de Verneuil, sur la route de Damville. (Piseux, Eure, cant.
de Verneuil.) On ne voit aucune raison de ne pas adopter cette identification.
M. William Hardy (t. 1422-1431, p. 106, n. 6) dit : « Piseux near Bellesme. »
472 LA GDEERE DE PARTISANS
sion de ne pas perdre le contacta Lui-même compte les rejoindre
le lendemain, pour chercher à tout prix le vrai combat.
Or, ce mardi 15 août, un des plus grands féodaux de Norman-
die-, le chef de la branche de Torcy de la maison d'Estouteville^,
attardé jusque-là dans les rangs de l'étranger, se dérobe résolu-
ment et passe dans le camp français.
Guillaume d'Estouteville^ quatrième sire de Torcj% seigneur
de Charlemesnil, en Caux^, de Bajnes, en Basse-Normandie",
seigneur de Blainville, près Rouen ^, par sa mère, fille du maré-
chal de Blainville, le héros de Roosebeke, a été fait prisonnier
dans Harfleur, en 1415, dans le premier désastre des armes
françaises^. Il est rentré en France, dès 1419, après l'affermis-
sement de la conquête, et a recouvré ses biens*^ sans peut-être
Il faut sans tloiilo lire : « Piseux ncar Bretouil », Bcllême étant en réalité à
quinzo lieues au delà de Verneuil, entre Nogent-lc-Rotrou et Alençon.
1. Wavrin, t. 1422-1431, p. 106.
2. Sur la maison d'Eslouteville et sa branche dos sires de Torcy, séparée
depuis la lin du xiii" siècle, P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 87-103; de
la Roque, Ilisfoire de la maison d'Harcourt, t. I, p. 537-593.
3. Eslouleville, entre Rouen et Ncufchâtel-cn-Bray (Seine-Inférieure, cant.
de Buchy).
4. Guillaume d'Eslouteville, né en 1379, mort en 1449, (ils de Nicolas, dit
Colart d'Estouteville, sire de Torcy, et de Jeanne de Blainville. Sur lui,
P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 98; de la Roiiue, Ilisl. de la maison
d'Harcourt, t. I, p. 571-572. Sur l'hypothèse d une alliance entre la maison
d'Estouteville et la maison Blondel, voir ci-dessus.
5. Torcy, dans une île de la rivière d'Arqués, à deux lieues environ d'Arqués
(Torcy-le-Grand, Seine-Inférieure, cant. de Lonsueville).
6. Cliarlemesnil, dans la vallée de la Scie (Seine-Inférieure, cant. de Lon-
gueville, comm. d'Anneville-sur-Scie).
7. Baynes, sur la bordure du Bessin et du Bocage, en pays de partisans
(Calvados, cant. de Balleroy).
8. Blainville-Crevon, sur le Crevon, un affluent de l'Andelle, à cinq lieues
de Rouen (Seine-Inférieure, cant. de Buchy).
9. Râles norm. et franc., n» 843.
10. Lettres patentes de Henry V, en date d'Évreux, le 9 avril 1419, au nom
de Guillaume d'Estouteville, seigneur de Torcy et de Blainville. {Râles norm.
et franc., n° 334.) — Mandement de Henry V au bailli de Rouen, en date de
Corbeil, le 12 juillet 1420, portant autorisation d'un emprunt sur les revenus
du fief de Blainville, au nom du même. {Ihid-, n" 843.)
On ne voit pas ce que ce pourrait être une conliscation des biens de Guil-
laume d'Estouteville au profit de Walter Ilungerford, grand sénéchal anglais de
Normandie, en date du 11 mars 1421 ou 1422. (De la Roque, Hist. de la mai-
I
À
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 473
rentrer dans son château de Torcj, rendu à l'étranger, pendant
la captivité 1, par le sire de Saane^ et devenu depuis place de
guerre entretenue par le domaine ^ En 1424, il a quarante-cinq
ans environ, et, quoique la branche aînée de sa famille, dont fait
partie Louis d'Estouteville, l'héroïque défenseur du Mont-Saint-
Michel^ tienne ouvertement pour le parti national, il compte
pour un des hauts personnages de Normandie qui ont accepté
jusqu'ici sans réserve le régime étranger^.
son d'Harcourt, t. I, p. 572.) Les registres du Trésor des chartes et les Rôles
normands ne semblent rien contenir de tel.
1. Le château de Torcy a capitulé le 27 janvier 1419. {Rôles norm. et franc.,
n" 327.) Il reste Anglais jusqu'au 26 octobre 1430. {Pierre Cochon, éd. Ch. de
Beaurepaire, p. 307.) Depuis, il est violemment disputé.
Le château de Charlemesnil a dû capituler dans l'hiver de 1419, après Rouen,
en même temps que toutes les places du pays de Caux. Allusion à sa reddition
dans un acte du 2 janvier 1420. {Rôles norm. et franc., n" 727.) Il fut enlevé
par les insurgés cauchois en 1435. {Monsirelet, t. V, p. 202.) Disputé depuis.
Le château de Blainville ne paraît donner lieu à une action militaire que
lors de l'insurrection cauchoise de 1435, lors de laquelle il est enlevé et repris.
{Monstrelet, t. IV, p. 202, 272.)
2. Jean I", sire de Saane, dans la vallée de ce nom (Seine-Inférieure, cant.
de Bacqueville), l'un des partisans les plus dévoués de la domination anglaise
en Normandie. Sur lui, voir Hellot, notes des Chroniques de Normandie, n. 209.
C'est lui qui décida peut-être de l'issue de la journée de Verneuil. (Voir
ci-dessous, le Choc de Verneuil et la Jacquerie normande.)
3. La place de Torcy figure constamment sur les comptes de Normandie, de
la fin de 1423 à 1429. (Ch. de Beaurepaire, de VAdm. anglaise en Normandie.)
4. Sur Louis d'Estouteville, P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 91; Siméon
Luce, Chron. du Mont-Saint-Michel, i^assim; Hellot, notes des Chron. de Nor-
mandie, n. 158.
5. C'est évidemment de Guillaume d'Estouteville qu'il s'agit ici, et non de
son fils Jean d'Estouteville, né en 1410 (et non en 1405), mort en 1494, qui
fut grand maître des arbalétriers de France. (Sur lui, P. Anselme, Hist.
généal., t. VIII, p. 87-88 et 98.) L'édition française de Wavrin (éd. de M"° Du-
pont, t. I, p. 271, n. 1; cf. p. 259, n. 1), .suivie par le commentaire du Bour-
geois de Paris (éd. Tuetey, p. 196, n. 1), .semble faire confusion sur ce point.
Par contre, M. Hellot, sans discuter la question, reconnaît la véritable identité
de Guillaume d'Estouteville dans ses notes des Chroniques de Normandie
(n. 206, a).
En effet, le document tiré de Rymer {Fœdera, t. IV, part, iv, p. 127), sur
lequel on s'appuie pour prouver que Guillaume d'Estouteville était encore à
cette époque, depuis 1415, prisonnier en Angleterre, que par conséquent c'était
seulement son fils Jean qui pouvait figurer dans les rangs anglais, ne s'applique
pas à lui. Ce document, en date de Westminster, le 29 mai 1427, concerne son
parent très lointain, le chef de la branche aînée de sa maison, Jean II d'Es-
474 LA GUERRE DE PARTISANS
Mais le sire de Torcy est en relations évidentes avec les capi-
taines bourguignons de Picardie, parmi lesquels son mariage
lui assure de puissants alliés. Sa femme ^ est Jeanne de Dou-
deauville-, fille et héritière de Jean, seigneur de Doudeau-
ville, en Boulonnais 3, et de Jeanne de Créquy^. Jeanne de
Doudeauville, en premières noces, était mariée à Raoul de Rai-
neval, de la grande maison des Raineval d'Artois^, aux mains
desquels était récemment passé le comté de Faiiquembergue*^. De
par elle, le sire de Torcy est, en outre '^j possesseur de nom-
breuses seigneuries en Ponthieu, plus voisines de la lisière Nor-
mande, de Ponches, dans le val d'Authie^, de Caumartin, près du
toutfiville, sire d'Estouteville ef de Valmont, grand bouteiller de France, fait
prisonnier également en 1415, il est vrai, mais à Azincourt, et non pas comme
Guillaume à Harfleur, et p^re de Louis d'Estouteville, le commandant du
Mont-Saint-Michel. L'expression « domini d'Estoutevyle », employée dans l'acte
du 29 mai 1427, démontre suffisamment qu'il s'agit du sire d'Estouteville et
non du sire de Torcy, désignation sous laquelle Guillaume d'Estouteville et
tous ceux de sa branche sont toujours signalés.
D'ailleurs, Jean d'Estouteville, son fils, n'avait que quatorze ans à cette
époque, et non dix-neuf, comme le lui prêtent la plupart des généalogistes,
trompés par quelque erreur d'impression du P. Anselme. Ce dernier (t. VIII,
p. 87) dit en effet que Jean d'Estouteville comptait dix-sept ans en juillet 1422,
ce qui le ferait naître en 1405. Or, c'est 1427 qu'il faut lire au lieu de 1422
(cf. de la Roque. Hist. de la maison d'Harcourt, t. I, p- 572); ce qui fait naître
Jean d'Estouteville en 1410. On en trouve la preuve manifeste dans les lettres
de restitution d'une partie de leur héritage aux enfants de Guillaume d'Estou-
teville, délivrées en date de juillet 1427. Jean d'Estouteville, écuyer, y est men-
tionné comme âgé de dix-sept ans. (Arch. nat., JJ 173, n" 747.)
1. P. Anselme, Hist. geneaL, t. VIII, p. 98. et Bibl. nat., Cab. des Titres,
Dossiers bleus, Doudeauville.
2. Dont le nom est généralement défiguré (Hist. généai., t. VIII, p. 98; notes
des Chron. de Normandie, n. 206, a), sous la transposition de Jeanne d'On-
deauville. (Cf. de la Roque, loc. cit.)
3. Bibl. nat.. Cab. des Titres, Dossiers bleus, Doudeauville.
4. On ne voit pas bien clairement son ascendance. De la Roque [Hist. de la
maison d'Harcourt, t. L, p. 571-572) la fait fille d'un Jean de Créquy et dune
Jossine de Soissons, ce qui paraît difficile à admettre, ce Jean de Créquy,
époux de Jossine de Soissons, semblant avoir été Jean VII (1497-1543); voir
P. Anselme, Hist. généai., t. VII, p. 784.
5. Sur la maison de Raineval, P. Anselme, Hist. généai., t. VIII, p. 613-617.
6. Ibid., t. III, p. 723; t. VI, p. 107; t. VIII, p. 616. Abbé Robert, Notice
historique sur l'ancienne ville et comté de Fauqnembergue (Saint- Orner,
1844, in-8°, 164 p.), p. 34-46.
7. Doudeauville, au .sud-est de Boulogne (Pas-de-Calais, cant. de Samer).
8. Ponches, Somme, cant. de Crécy-en-Ponthieu.
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 475
champ de carnage de CrécjS de Ligescourt-, entre Ponches et
Caumartin^, de Nouvion-eii-Ponthieu, proche de la baie de
Somme ^. La ligue secrète ourdie par les Longueval a sans doute
essayé de le gagner à la même cause, lui et les petits seigneurs
terriens du pays de Caux^ voisins des frontières de Picardie, où
se décide en ce moment la grande insurrection nationale''.
Charles de Longueval figure à ses côtés, pendant cette courte
campagne d'Ivry, dans les rangs de la troupe anglaise. Il porte
avec lui le secret redoutable des conjurés de Roye, qui, en ce
moment, vers les bords de la Somme, attendent un signal pour
agir. Quelques heures après Guillaume d'Estouteville, il va réa-
liser la retentissante et périlleuse défection qu'il médite. Com-
ment admettre, comment supposer qu'il n'ait pas servi de lien,
pas tenu le rôle d'émissaire entre les conjurés picards, dont il est
l'âme , et les Français de Normandie encadrés dans l'armée
anglaise, qui vont faire aussi leurs preuves^ ?
Toujours est-il que, le premier, Guillaume d'Estouteville donne
l'exemple de la défection, et, risquant tout, dans un coup d'invin-
cible entraînement, ses bons châteaux, ses belles terres et sa tête,
quitte brusquement, dans la journée même du 15, les lignes an-
glaises, où nul raisonnement ne peut plus le retenir^ Peut-être
1. Caumartin, Somme, cant. et comm. de Crécy-en-Ponthieu.
2. De la Roque, Hist. de la maison d'Harcourt, t. I, p. 571-572.
3. Somme, cant. de Crécy-en-Ponthieu.
4. Nouvion-eu-Ponthieu, Somme, ch.-l. de cant., arr. d'Abbeville.
5. Outre les gens du pays de Caux passés aux Français avec Guillaume
d'Estouteville (Arch. nat., JJ 172, n° 600), on va voir le rôle important de la
défection de plusieurs combattants nobles de cette région, en pleine bataille.
(Arch. nat., JJ 173, n° 25.)
6. Sur la ligue picarde, voir ci-dessus, p. 449 et ss.
7. Sur le rôle de Charles de Longueval dans la conjuration de Roye, ci-des-
sus, p. 449-450. Sur son ralliement au parti français, immédiatement ci-après.
8. Le passage du sire de Torcy dans les rangs français est relaté i)ar plu-
sieurs chroniques. Bourgeois de Paris (p. 196), Wavrin (t. 1422-1431, p. 121),
Monstrelet (t. IV, p. 197), Fenin (p. 122), Chronique dite des Cordeliers (ms.
fr. 23018, fol. 449 v). Mais ces témoignages, en défigurant plus ou moins son
nom, ce qui a peu d'importance, varient assez sur le moment exact où il aban-
donne l'armée anglaise. Les uns fixent cet incident au même jour que la prise
de Verneuil, elle-même placée par méprise au lundi 14 (Bourgeois de Paris) ;
d'autres le placent dans la nuit du 15 au 16 (Chron. dite des Cordeliers), ou
bien à la nuit du 16 au 17 (Wavrin), au jour même de la bataille (Monstrelet
et Fenin). Le récit du Bourgeois de Paris (p. 196) mettant hors de doute la
476 LA GOERRE DE PARTISAIVS
est-il accompagné, déjà, de deux grands barons normands dont
les chroniques n'ont pas conservé mémoire ^ . En tout cas, il n'est
pas seul, et de petits gentilshommes de Gaux l'accompagnent;
parmi eux, l'écujer Thomas Le Senne, son servant Robin
Fumière, obscurs combattants dont un hasard permet de conser-
ver les noms et de les unir au sien -.
Ce ralliement improvisé, dont les circonstances exactes restent
malheureusement dans l'ombre -^ trouve aussitôt son emploi dans
l'exécution d'une ruse classique, vieille comme la guerre même,
mais de succès toujours sûr^. L'armée que Guillaume d'Estoute-
parlicipalion de Guillaume d'Estouteville à la surprise de Verneuil, qui va être
fixée sans conlrovcrse possible au 15 août, il s'ensuit qu'on ne peut reculer
au delà de cette heure le moment de son ralliement.
1. La Chronique anonyme dite des Cordeliers, qui fixe la défection du sire
de Torcy à la nuit du 15 au 16, lui donne à ce moment, comme compagnons
de résolution, deux autres nobles normands qu'elle ne désigne pas autrement.
« Et la nuit ensuivant (du 15 au 16), par le moien du sire de Trosy {sic) et de deux
autres chevalliers de Normendie, qui, celle dicle nuit, s'estoient partis et emblez
de la conipaignie dudit régent et allez en la comi)aignie de ses anemis, lesdis
aneniis se partirent et tournèrent vers Verneuil, et là... » (Ms. fr. 23018,
fol. 449 v°.) Ce récit placerait au 16 la volte-face de l'armée française et la |)rise
de Verneuil, événements qui incontestablement ont lieu le 15; mais, de la
narration de la chronique, il ne subsiste pas moins que le sire de Torcy fut
accompagné de deux grands seigneurs dans sa fuite.
Faut-il comprendre parmi ces compagnons, dès cette heure, Charles de Lon-
gueval et, s'il y avait lieu, l'énigmalique « seigneur d'Augmont », dont le fait
même de la défection est si nettement alTiriné par Wavrin (t. 1422-1431, p. 121)
et par Monstrelet (t. IV, p. 197), sans en préciser l'instant, et sans que, comme
pour le sire de Torcy, on possède un élément critique aussi certain ])our l'ap-
précier? On verra les raisons qui font préférer pour ce fait la nuit du 16 au 17,
veille de la rencontre.
2. Rémission pour Robin Fumière, valet servant, natif du pays de Caux,
ayant suivi son maître Thomas Le Senne, écuyer, alors que celui-ci accompa-
gna dans sa défection Guillaume d'Estouteville, seigneur de Torcy, ayant com-
battu avec eux dans les rangs de l'armée française à la bataille de Verneuil,
])uis fait prisonnier, dans la déroute, par la garnison anglo-bourguignonne de
Chartres. Doc. en date de novembre 1424. Arch. nat., JJ 172, n" 600.
3. Guillaume d'Estouteville et ses compagnons, non seulement abandonnent
les lignes anglaises, mais prennent part à la bataille même de Verneuil, le
17 août, dans les rangs français. C'est ce (lue démontre absolument la lettre de
rémission qui vient d'être citée, laquelle fait mention d'un de ses écuyers et de
son .servant comme faits prisonniers dans la déroule des débris de l'armée
nationale, où ils devaient par conséquent avoir nécessairement figuré.
4. La mention de la prise de Verneuil par l'armée française se trouve dans
toutes les chronitiues contenant le récit de ces événements (ci-dessus, p. 475,
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 477
ville a rejointe est en marche sur Verneuil, où l'acte du sire de
Torcy est encore inconnu, insoupçonnable surtout. Il se prête
volontiers à une feinte facile, paraissant sous les murs de la place,
à la vue de tous les habitants, captif simulé des Français, se lamen-
tant sur la défaite supposée que Bedford vient soi-disant d'essuyer
devant Ivry. La vue du sire de Torcy, connu pour l'un des fidèles
tenants du parti anglais, en si piteuse attitude, en si pénible déses-
poir, persuade aux soldats ennemis que l'armée du régent vient
d'éprouver un complet désastre, au fond redouté, presqu'attendu
peut-être. Des Ecossais des Basses-Terres, faux prisonniers traî-
nés à la queue des chevaux, qui interpellent dans leur langue natale
les Anglais de la garnison accourus sur le rempart, achèvent d'en-
cadrer la scène et de mettre le stratagème au point ' . Verneuil
ouvre ses portes au duc d'Alençon'^, seigneur naturel de la ville,
et donne un précieux point de ravitaillement et d'appui à l'armée
française en campagne, qui va s'y adosser pour le grand combat
dont l'heure inévitable approche à grands pas 3.
n. 8). Mais les dates exactes diffèrent. Ainsi le Bourgeois de Paris (p. 195),
qui, dans le récit de cet événement, donne des détails si originaux, puis Raoulet
(p. 185), si bien informé sur toute cette semaine, donnent tous deux, avec une
précision qui pourrait abuser, la date de la vigile de la Notre-Dame d'août,
c'est-à-dire du lundi 14, rei)ortant du reste à ce jour presque tous les faits
connus incontestablement pour s'être passés le 15. — Du récit de Wavrin, qui
suivait l'armée anglaise, il faut déjà forcément déduire que l'événement eut
lieu le 15. Mais, en outre et délinitivement, un document inattaquable fixe au
15 août le moment de la surprise de Verneuil. Ce sont les lettres de rémission
accordées par le duc de Bedford aux habitants de Verneuil, après la réoccupa-
tion de la ville par les Anglais victorieux, le lendemain de la bataille ; ces lettres
sont datées de « l'ost devant Verneuil, le xviii" jour d'aoust » 1424, et men-
tionnent expressément la surprise française comme ayant eu lieu le 15 août
même. (Arch. nat., JJ 172, n° 585.)
1. Pour tous ces détails, voir Journal d'un bourgeois de Paris, p. 195-196,
seule chronique qui s'étende ainsi sur les circonstances de la surprise de Ver-
neuil et (pii mentionne le rôle joué à cette occasion par le sire de Torcy.
2. Jean V (Jean II comme duc), duc d'Alençon, sur l'âge duquel, à cette
époque, il a été souvent discuté. Un singulier document semble placer sa nais-
sance au 14 juin 1406. (Bibl. nat., ms. lat. 7443, fol. 61.) Il était donc alors
tout juste dans sa dix-neuvième année. Fait prisonnier le surlendemain, au
fort de la bataille de Verneuil, enfermé au Crotoy, — où Jeanne d'Arc fut aussi
tenue captive, — ayant refusé de prêter aucun serment à l'Angleterre, il ne
devait recouvrer sa liberté qu'à la fin de 1427.
3. Sur la reddition de Verneuil au duc d'Alençon, Chron. de Normandie,
p. 72 et notes, n. 206; Chron. de la Pucelle, p. 223.
478 LA GUERRE DE PARTISANS
Cette défection n'est cependant que la première, et, dans les
cadres anglais, d'autres, depuis longtemps en germe, épient déjà
l'heure ' .
Le mercredi 16, au matin, Bedford, qui vient de passer la nuit
à Evreux avec le gros de ses forces, a reçu la nouvelle de la
perte de Verneuil. En route aussitôt, il a rejoint, le soir même,
ses lieutenants Suffolk et Salisbury. Son armée, après une jour-
née de marclie, passe la nuit du 16 au 17 massée entre Evreux
et Verneuil^ à trois ou quatre lieues environ des positions fran-
çaises^, fondue en un seul bloc, arrêtée et reposée de bonne heure
et se préparant au heurt du lendemain^. Cette anxieuse veillée
t. Ici, dans la nuit du 15 au 16, c'est-à-dirc pendant la nuit passée à Evreux,
se placerait, s'il fallait suivre la Chronique anonyme dite des Cordeliers, l'ins-
tant de la défection du sire de Torcy, avec celle de ses deux énigmatiques
compagnons. (Texte ci-dessus, p. 476, n. 1.) Compagnons dont l'un pourrait avoir
été Charles de Longueval et l'autre le bizarre « seigneur d'Augmont ». Mais
cette hypothèse ne se soutient pas, les notations sommaires du rédacteur de
cette chronique ne pouvant être comparées, sur ce point, au récit circonstancié
du Bourgeois de Paris, d'après lequel il faut fixer le départ du sire de Torcy avant
la prise de Verneuil, laquelle a lieu le 15 comme on l'a vu, ni au témoignage de
Wavrin, qui va placer labandon des autres nobles normands dans la nuit du
16 au 17.
2. Le duc de Bedford, apprenant, le 16 au matin, à la première heure, la
nouvelle de la i)rise de Verneuil, elTectuée la veille, se met immédiatement en
marche. « Et lors, après sa messe oye et (juil eut beu ung cop, list sonner la
trompette du deslogemeut. Si se party de ceste ville d'Évreux et se mist aux
champs en prenant le droit chemin vers Verneul, par ung merquedy, seiziesme
jour d'aoust... » {Wavrin, éd. William Hardy, t. 1422-1431, p. 108; le ms. porte :
« xxvr »; l'éditeur fait naturellement observer, p. 108, n. 7, que ce ne peut
être qu'une erreur matérielle de copie et qu'il convient de lire : « xvi° ». Pour
les dates semblables, matériellement erronées, voir ci-dessous, p. 490, n. 2.)
3. « ... logez à troys ou quatre lieues dudit Verneuil... » {Chron. de la
Pucelle, p. 224.) — « ... logier à trois lieues ou environ prez dudit Vernueil... »
[Chron. de Normandie, p. 72.) — Monstrelet (t. IV, p. 192), très confus, très
contradictoire avec lui-même dans le récit de ces faits, plaçant la bataille au
jeudi 16, se servant toujours de la même bizarre expression i)our désigner Dam-
ville, dit que Bedford se logea cette nuit à « Damville-en-Vasseulx » (voir
ci-dessus, p. 471, n. 6), qui est en effet à cinq faibles lieues seulement de
Verneuil.
4. « Si se logèrent ce jour, de bonne heure, adfin de mieulz avoir espace de
leurs besongnes aprester pour atendre l'adventure de la battaille désirée..., car
de leur propre nature ilz sont très dévots, devant boire espécialement. »
{Wavrin, t. 1422-1431, p. 109.) Se rappeler le fait de la bénédiction du lieu de
combat d'ivry, rapporté par la Geste des nobles (p. 197).
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 479
est le moment que guettent d'autres hésitants de la dernière
heure. Cette nuit-là, une troupe de gentilshommes du pays de
Gaux et du Ponthieu, suivis de leurs gens, abandonne le camp
anglais quelques heures avant le contact. Ils vont retrouver les
partisans normands venus des bords de la Touques, comme Guil-
laume de Brévedent, comme Robert de Carrouges, qui ont che-
miné de bois en bois, par les frontières du Maine, pour s'aligner
à leur rang dans l'armée du roi Charles i. Eux aussi, d'une
impulsion violente, sautent à cheval pour aller chercher, à quelques
lieues de galop, les étendards de France, sous lesquels ils vont
combattre le lendemain à leur place contre l'ennemi national".
C'est à cet instant, selon le plus de vraisemblance ^ que peut
se classer le ralliement de Charles de Longueval, le haut baron
de Picardie qu'on vient de voir mêlé de si près à la fédération de
1. Ci-dessus, le Pays d'Auge et les Partisans et les lignes françaises.
2. Il semble impossible qu'il n'y ait pas eu, cette nuit même, une nouvelle
et importante défection de nobles normands dans l'armée anglaise. Le récit de
Wavrin, présent au camp cette nuit même (t. 1422-1431, p. 108-109), est trop
explicite pour permettre d'en douter : « Mais... vous raconteray comment, la
propre nuit devant la mortele battaille dessus dite, se partirent de la routte
des Anglois et de leur compaignie aucun lasces chevalliers et escuyers de North-
raandie, avec certain nombre de gens qu ils séduirent et emmenèrent, lesquels
chevalliers et escuyers esloient des marches conquises du pays de Chaulz et
là environ... » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 120.)
Monstrelet (t. IV, p. 197), Fenin (p. 222), la Chronique anonyme dite des
Cordeliers (fol. 449 v°) mentionnent également, quelques heures avant la ren-
contre (ce dernier texte en reportant par erreur évidente le fait à la nuit du
15 au 16), le départ d'un grand nombre de chevaliers et d'écuyers normands.
De ce que ces trois chroniques, et même Wavrin, mentionnent dans cette
« fournée » le sire de Torcy, dont le ralliement a été établi le 15, comme on
l'a vu, il ne faut pas conclure pour cela que cette défection en masse et la
sienne ne fassent qu'un, et qu'il faille avancer la désertion finale au 15, ou
retarder celle du sire de Torcy jusqu'à la nuit du 16 au 17. L'expression si
caractéristique de Wavrin : « la propre nuit devant la mortele battaille, »
combinée avec les détails si précis du Bourgeois de Paris, (jni établissent le
départ de Guillaume d'Estouteville le 15, ne peut laisser aucun doute sur ce
point. L allusion de Wavrin aux gentilshommes « du pays de Chaulz et là
environ » est d'ailleurs singulièrement mise en valeur par un document qui va
être cité. (Arch. nat., JJ 173, n» 25.)
3. On a vu comment la version qui placerait sa défection en même temps
que celle du sire de Torcy, c'est-à-dire le 15, paraît moins vraisemblable. Quant
au dire de la Chronique anonyme, dite des Cordeliers, qui fixe à la nuit du 15
au 16 le départ des gentilshommes normands, départ dans lequel on pourrait
le compter, elle n'est pas admissible.
480 LA GDERRE DE PARTISANS
Roye. Sa présence constatée dans les cadres anglais, en ce
moment et à cette heure, montre que la ligue dont il était l'âme
ne devait guère être encore soupçonnée, et que les conjurés du
Nord attendaient pour jeter leur défi quelque mot d'ordre étroite-
ment lié à l'issue de la grande rencontre espérée. On ne s'explique
pas autrement, en effet, que le sire de Longueval servît encore
dans l'armée anglaise, sous des chefs en lesquels il n'aurait
trouvé que des juges, si l'éclat d'une rupture entre les affiliés
de Roye et le régime anglo- bourguignon eût déjà lancé son
retentissant écho'. Quoi qu'il en soit, le passage du seigneur de
Longueval dans les lignes françaises, au moment où les deux
armées vont s'aborder de plein front, est un fait accompli ; le
parti national compte une recrue déplus, qui ne connaîtra désor-
mais que les emblèmes de France et ne quittera plus la croix
droite-.
Faudrait-il, en interprétant une mention quelque peu obscure
du texte qui relate le fait, lui adjoindre un autre compagnon, et
non des moindres personnages du parti de Bourgogne? Si, en
effet, au lieu de : « Messire Charles de Longueval, seigneur d'Au-
mont », titre que ne porta jamais nul des Longueval et qu'il est
impossible de leur prêter à un degré quelconque, on devait lire
le passage du chroniqueur Jean deWavrin de la façon suivante :
« Messire Charles de Longueval et le seigneur d'Aumont », il en
résulterait que le sire d'Aumont en personne aurait aussi, ce
jour-là, rallié le camp français^. Le fait serait précieux à décou-
1. Sur Charles de Longueval et son rôle à Roye, ci-dessus, p. 449-450.
1. La croix droite blanche représentait, comme on sait, l'insigne de France,
la croix de Saint-André blanche celui de Bourgogne, la croix droite rouge celui
d'Angleterre. L'insigne spécial du parti d'Armagnac avait été la bande blanche.
Depuis la révolution de mai 1418, la mort du connétable et l'existence du double
gouvernement de Paris et de Bourges, les caj)itaines du dauphin Charles, devenu
chef du parti national, ne i)ortent plus que la croix droite blanche : du moins
le constate-t-on en août 1419. {Livre des trahisons, p. 143.) A plus forte raison
la croix droite blanche reste-t-elle l'emblème des parti-sans de Charles VII,
depuis son avènement comme roi en 1422.
3. Texte exact de Wavrin, relatant le départ des gentilshommes du pajs de
Caux, la nuit du 16 au 17 : « ... entre lesquelz messire Charles de Longueval,
seigneur d'Augmont. » (Éd. William Hardy, t. 1422-1431, p. 120-121; aucune
variante signalée.) Monstrelet, dont le récit succinct est sur ces faits, sauf les
confusions d'itinéraire, très voisin dans le fonds de celui de 'Wavrin, mentionne
simplement : « ... entre eulx messire Charles de Longueval », sans autre qua-
lification. (Éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 197.)
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 48^
vrir, mais extraordinaire à vérifier. Le chef • de cette puissante
maison française-, qui tient une bonne partie du Vexin, sur la
lisière de la falaise du Bray, où l'abbaye de Ressons ^ lui sert de
Saint-Denis, est alors en effet Jacques, sire d'Aumont, fils de
Jean IV, tué à Azincourt, et de Yolande de Cliàteauvillain^. Il
est bien le neveu de Guillaume de Châteauvillain'', le grand féo-
dal de Bourgogne, qui en ce moment refuse obstinément le ser-
ment au roi d'Angleterre*', le neveu encore de Catherine d'Au-
mont, mariée à Jacques de Sojécourt, seigneur de Mouy',
lui-même apparenté de façon si suspecte^, et qu'on va voir si sin-
gulièrement écarté^ a la dernière heure, des rangs de l'armée
anglaise^, II est bien le beau-fils de Guy de Bar, le second mari
de sa mère*°, le capitaine bourguignon suspect de répugnances
anglaises. D'autres parentés le rapprochent de tout un groupe de
maisons bourguignonnes ouvertement hostiles au système étran-
ger ^i. En Picardie, il se trouve allié de près au sire de Saint-
Simon, l'un des plus ardents ligueurs de Roye ^-. Il correspondrait
1. Sur la maison d'Aumont, P. Anselme, Hist. généal., t. IV, p. 870-880.
2. Aumont, sur les limites de l'Amiénois, vers les approches du Bray (Somme,
cant. d'Horuoy).
3. Ressons-en-Vexin, abbaye de l'ordre de Prémontré, entre Méru et Beau-
vais, lieu de sépulture célèbre de la maison d'Aumont (Oise, cant. de Noailles).
4. Sur Jacques d'Aumont, seigneur d'Aumont, de Méru, de Chars, région où
l'on a vu les partisans du Vexin si fortement installés, de Chappes en Cham-
pagne, P. Anselme, Hist. généal., t. IV, p. 873-874.
5. Ibid., t. VIII, p. 427.
6. Ce fait et ceux auxquels il est fait allusion plus bas, concernant les dis-
positions de plusieurs maisons bourguignonnes, seront exposés dans un cha-
pitre ultérieur.
7. P. Anselme, Hist. généal., t. IV, p. 873, et t. VIII, p. 527.
8. Ci-dessus, la Prise d'armes de 1424.
9. Voir ci-après, p. 487-488.
10. P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 427. Ernest Petit, notice sur Guy
de Bar, dans Avallon et l'Avallonnais, p. 73-83.
11. Par la maison de Mello, dont était issue Jeanne de Mello, mère de son
père Jean IV, le sire d'Aumont se trouvait allié aux sires de Couches, aux ducs
capétiens de Bourgogne, à la maison de la Trémoille, aux Aycelin de Montai-
gut, seigneurs de Listenois, dont on reconnaîtra ailleurs le rôle. (P. Anselme,
Hist. généal., t. IV, p. 872-873; t. VI, p. 65; t. VI, p. 65-66; t. I, p. 562;
t. VI, p. 65; t. IV, p. 179-180; t. VI, p. 67, p. 304.)
12. Gaucher de Rouvroy, sire de Saint-Simon, dont il a été parlé, avait épousé
Marie de Saarbriick, fille d'Ame de Saarbriick, damoiseau de Commercy, et de
^895 32
482 LA GUERRE DE PARTISANS
bien à ce second personnage de marque désigné par une chro-
nique comme ayant imité le sire de Torcy, et dont Charles de
Longueval pourrait représenter l'autre*. Mais nul trait de sa vie
ne se rapporterait à pareil acte^, dont toutes ses dispositions et sa
carrière ne permettent guère de lui décerner l'initiative 2. Il est
donc préiérable de conclure à quelque erreur matérielle en cause,
défigurant, de façon qu'on croit deviner, le nom d'une des sei-
gneuries possédées par le sire de Longueval lui-même ^ auquel il
est en résumé plus sûr de ne pas adjoindre Jacques d'Aumont
comme associé de fortune. Charles de Longueval n'en demeure
pas moins, pour l'observateur du drame en cours, l'inspirateur de
cette résolution périlleuse, de ce sacrifice sans regrets qui va le
désigner, ses compagnons et lui, à toutes les spoliations et à toutes
les représailles.
La trahison rôde de toutes parts autour des auxiliaires de
Marie de Châteauvillain, sœur de Guillaume et de Yolande. {Ibid., t. IV, p. 398;
t. VIII, p. 427, 534.)
1. Chron. dite des Cordeliers, ms. fr. 23018, fol. 449 v°. Voir ci-dessus, p. 476,
n. 1; p. 478, n. 1 ; p. 479, n. 4; p. 480, n. 3.
2. Sans conclure sur la question, M"° Dupont, dans les notes de son édition
de Wavrin, a très visiblement appelé l'attention sur cette double et invraisem-
blable incarnation. {Wavrin, éd. de M"° Dupont, t. I, p. 271, n. 2, et p. 272, n. 1.)
3. A l'automne de 1430, on voit le sire d'Aumont tenant sa forteresse de
Chappes en Champagne (Aube, cant. de Bar-sur-Seine), à lui appartenant par
Jeanne de Mcllo, sa f^raudmère {ITist. généal., t. VI, p. 65; t. IV, p. 872-873),
et la défendant contre Barbazan. (Berry, p. 3S2-383; Monstrelet, t. IV, p. 386.)
En 1431 et 1432, on le suit dans l'armée bourguignonne, ne quittant pas Phili-
bert de Vaudrey. (Voir ci-dessus, p. 439, n. 2.) Dans le courant de 1431, on les
trouve ensemble sous les armes. (Arch. de la Côte-d'Or. Joseph Garnier, Inven-
taire, B 11803, cf. 11807.) En 1432, ils se rendent de Bourgogne en Picardie;
de là au combat de Lagn3'-sur-Marne, en août. (Monstrelet, t. V, p. 30-39;
M"" Dupont, notes de Wavrin, t. I, p. 272, n. 1.) En septembre 1432, ils com-
mandent ensemble la place d'Eu. (Bibl. nat., coll. Clairambault, vol. 138,
p. 2485, n» 42.)
4. Charles de Longueval avait épousé, comme on l'a vu, Marguerite de Divion
(Divion, Pas-de-Calais, cant. de Iloudain). Ce nom, à l'occasion d'une mention
concernant le bâtard de Divion, frère de Marguerite, est défiguré par le texte
de quelques chroni([ues sous la forme « de Dunon » {Fenin, p. 124), forme qui,
une fois constatée, peut supposer, sans exagération aucune, les transcriptions
fautives telles que : « d'Unon, d'Unnon, d'Aunoii, d'Aumon. » Ne serait-on ])as
dès lors en droit d'admettre que Wavrin ait voulu tout simplement qualilier
Charles de Longueval de « seigneur de Divion », et que ce soit ainsi qu'il faille
rétablir le texte 'i" On peut au moins donner cette hypothèse comme jiiausible.
DAIVS LA HAUTE NORMANDIE. 483
l'Angleterre. Le duc de Bedford le sait et le sent, et ses rensei-
gnements, le matin même du 16 août, lui ont fait prendre une
disposition qui permet de mesurer son inquiétude. Le 16 au matin,
à Evreux, avant de se mettre en marche vers le champ de bataille,
il se détermine à éconduire discrètement, mais avec une résolu-
tion sans réplique, trois commandants bourguignons de marque^
dont il craint sans doute, au dernier moment, quelque brusque et
irrésistible variation d'humeur-.
Pourtant Jean de Villiers, sire de l'Isle-Adam^, Jean de Neu-
châtel, sire de Montaigu'*, Jacques de Mouy, de la maison de
Soyécourt^, viennent, pour le rejoindre, de traverser toute une
moitié de la France, arrivant au trot de leurs chevaux du siège
de Nesles-en-Tardenois^, qu'ils conduisent au nom du duc de
Bourgogne sur les frontières de Champagne '', où s'acharne encore
la défensive française ^ Tous trois cependant sont bien connus
pour Bourguignons d'élite, engagés dans le parti par serment
féodal ou par opinion fanatique.
Issu de la grande maison de NeuchâteP, le sire de Montaigu*''
1. On a vu leur arrivée à Évreux, probablement le samedi 12.
2. Wavrin est le seul chroniqueur qui relate leur arrivée avant la marche
sur Ivry et qui note leur départ ce matin du 16, sitôt le retour des éclaireurs
de Suffolk, avant l'heure de la messe de Bedford (t. 1422-1431, p. 100,^07-108).
Le Fèvre de Saint-Remy les cite présents à la journée d'Ivry, sans indiquer
comment. {Saint-Remy, éd. François Morand, t. II, p. 84.)
3. Cité par Wavrin et Saint-Remy.
4. Cité par Wavrin seulement.
5. Cité par Saint-Remy seulement.
6. Nesles-en-Tardenois , l'imposajite forteresse qui subsiste encore presque
intacte, près de Fère-en-Tardenois (Aisne, cant. de Fère-en-Tardenois, comm,
de Seringes).
7. Dans cette région, la Ferté-Milon venait d'être perdu, en janvier 1423 :
Nesles et Fère tiennent encore jusqu'à la fin d'août. {Chron. dite des Corde-
liers, ms. fr. 23018, fol. 432, 449.)
8. Le siège de Nesles paraît avoir été mis vers le printemps de 1424, par
L'Isle-Adam, « commissaire en cette partie ». (Arch. nat., JJ 173, n"' 124, 56.)
Monstrelet (t. IV, p. 186) et Wavrin (t. 1422-1431, p. 100), à l'occasion de
l'arrivée des Bourguignons à Évreux, mentionnent cette opération, sans lui
spécifier de date. Nesles se rendit le 30 août suivant. {Chron. dite des Corde-
liers, ms. fr. 23018, fol. 449.)
9. Sur la maison de Neuchàtel, P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 347-355.
10. Neuchâtel-Urtière, Doubs, cant. de Pont-de-Roide.
484 LA GUERRE DE PARTISANS
est un Bourguignon de Bourgogne, qui ne sert et ne connaît que
ses princes nationaux, dont sa mère, Marguerite de Bourgogne,
issue des anciens ducs capétiens, le fait parent par le sang*. Il
était du drame de Montereau, où seul il a pu s'évader du piège,
sautant tout armé lices et barrières pour donner l'alarme au
dehors 2. L'Isle-Adam et Jacques de Mouy sont au moins aussi
dévoués au fils de Jean Sans-Peur, plus précieux encore à con-
server dans l'armée.
Sans rappel en règle de sa carrière antérieure, L'Isle-Adam ^
est celui qui a mené, l'année précédente, le premier siège d'Ivry.
De tous les capitaines présents sous les étendards d'Angleterre,
c'est le seul qui ait déjà battu les alentours, qui connaisse le ter-
rain sur lequel va se dérouler l' action ^ Jacques de Soyécourt,
1. Jean de Neuchâtel, sire de Montaigu, second tils de Thibaud VI, sire de
Neuchâtel, et de Marguerite de Bourgogne, dame de Montaigu, d'une branche
des anciens ducs alliée aux comtes de Bourgogne. 11 fut grand bouleiller de
France après la révolution de 1418, chevalier de la Toison d'or à la fondation
de l'ordre en 1430, et mourut en 1433. Il avait épouse Jeanne de Ghistelles,
fille de Jean de Ghistelles et de Jeanne de Chàlillon. (P. Anselme, Bisl. gènéal.,
t. VIII, |). 57G, 354; t. VI, p. 125-126, et du Chesne, Hist. de la maison de
Chaslillon, p. 600-610.) Il était oncle de Thibaud VIII, sire de Neuchâtel, qui
fut grand maître de France à la suite des événements de 1418, chevalier de la
Toison d'or en 1433, mort en 1458, et dont la femme, Agnès de Montbéliard,
avait pour mère Marie de Châlillon, soeur de Jeanne, ce «[ui rendait l'oncle et
le neveu cousins germains par alliance. {Hist. généal., t. VIII, p. 347, 350;
t. VI, p. 125-126, et Hist. de Chastillon, p. 600-610.)
Le lieu de Montaigu, dont il tenait la seigneurie de sa mère, n'est pas Mon-
taigu, sur les lisières du Gharolais (Saône-et-Loire, cant. et comm. de Chauf-
failles), comme on pourrait le croire. (Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domretny,
Preuves, p. 134, n. 2.) C'est Montaigu, dans le massif du Jura, près de Lons-
le-Saulnier (Jura, cant. de Conliège).
2. Monstrelet, t. IV, p. 342, 344, 345-350, 354-355.
3. Jean de Villiers, seigneur châtelain de l'Isle-Adam, le château planté dans
une île de l'Oise, entre Beaumont et Pontoise, mouvant directement du roi à
cause du château royal de Pontoise. Il était tils de Pierre II de Villiers, second
sire de l'Isle-Adam de la seconde maison de ce nom, sortie des seigneurs de
Villiers-le-Bel, dans la plaine de France, et de Jeanne de Chàtillon, sœur
d'Isabelle, mère de Jacques de Soyécourt-Mouy et de ses sœurs, cousin des
deux sœurs Jeanne et Marie de Chàtillon, mères des femmes de Jean et de
Thibaud VIII de Neuchâtel. Né entre 1384 et 1392, passé au parti bourguignon
en septembre 1417, maréchal de France en 1418, destitué en 1422, rétabli en
1432, rentré dans le parti français après le traité d'Arras en 1435, mort en 1437.
4. Sur le premier siège d'Ivry, voir ci-dessous, Annexe 4.
DAJÎS LA HAUTE XORMAXDIE. 485
seigneur de MoujS est un Bourguignon de la première heure :
il appartient à l'une de ces familles du Reauvaisis^, directement
sujettes du roi, qui ont suivi passionnément, dès le début, la
chance de Jean Sans-Peur, tous ses hasards et tous ses risques.
Cousin germain du sire de l'Isle-Adam^, c'est très probablement
lui qui, conseillé, autorisé et écouté, a décidé Jean de Villiers
lui-même à se jeter dans le parti et à livrer, il y a sept ans, les
ponts de son château à l'armée bourguignonne, arrêtée devant
l'infranchissable fossé de l'Oise ^ en rouvrant ainsi à Jean Sans-
1. « Et si estait (à la reddition d'Ivry), du party de Bourgoingne, le seigneur
de Lille-Adam et le seigneur de Moy... » {Saint-Remy , t. II, p. 84.)
Les chroniques contemporaines et leurs diverses éditions accumulent les
confusions possibles entre les représentants, alors existants, des deux maisons
de Moy (Aisne, ch.-l. de cant., arr. de Saint-Quentin) et de Mouy (Oise, ch.-l.
de cant., arr. de Clermont). A cette époque, la maison de Moy tenant pour le
parti français, il ne pouvait exister qu'un seigneur de Moy ou Mouy tenant
pour le parti de Bourgogne : Jacques de Soyécourt, second fils de Charles de
Soyécourt, seigneur de Mouy, tué à Azincourt en 1415, avec son fils aîné qo\
portait le même prénom que lui. (P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 526-527.)
2. Sur la branche des sires de Mouy, de la maison de Soyécourt, Ibid., id. —
Soyécourt, en Santerre (Somme, cant. de Chaulnes); Mouy, en Beauvaisis,
sur le Thérain, entre Beauvais et Creil (Oise, ch.-l. de cant., arr. de Clermont).
3. Jacques de Soyécourt, né du premier mariage de Charles de Soyécourt,
seigneur de Mouy, avec Isabelle de Châtillon, morte en 1403, sœur de Jeanne
de Châtillon, mère de L'Isle-Adam. (P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 526-
527; t. VI, p. 113, et du Chesne, Hist. de la maison de Chastillon, p. 573-579.)
Il avait épousé, en 1405, Catherine d'Auraont, fille de Pierre II, dit Hutin
d'Aumont. {Hist. généal., t. VIII, p. 526-527; t. IV, p. 873.) Il était mort au
23 mars 1428 [Hist. généal., t. IV, p. 873); mais il est à remarquer qu'il n'est
pas mentionné dans un acte du 21 octobre 1425, où figurent ses sœurs, acte
déjà cité {la Prise d'armes de 1424), et sur lequel on va devoir revenir. (Arch.
nat., JJ 174, n» 226.)
Son père et son frère aîné tués à Azincourt, il n'avait plus alors qu'un frère cadet,
Louis de Soyécourt-Mouy, né du second mariage de son père avec l'Allemande
Amélie de Nostemberg, dame d'honneur d'Isabeau de Bavière. {Hist. généal.,
t. VIII, p. 527; Arch. nat., JJ 169, n° 474; JJ 171, n» 381.) Louis de Soyécourt
était encore mineur à la date du 21 octobre 1425 (Arch. nat., JJ 174, n" 226),
en 1427 {Hist. généal., t. VIII, p. 527), et n'apparaît majeur cfu'à la date du
23 mars 1428. {Ibid.)
4. Sur ce fait, Monstrelet, t. III, p. 210, répété par Fenin, p. 76, par Saint-
Remy, t. I, p. 310. « Et lors, par le moien et pourchas d'un gentilhomme
nommé Charles de Moy, » dit Monstrelet. Il faut (pi'il y ait erreur ou du chro-
niqueur sur le prénom, ou du généalogiste sur la date de la mort des deux
Charles de Soyécourt-Mouy, le père et le fils, qu'on vient de voir (pus deux
signalés comme tués à Azincourt.
486 LA GUERRE DE PARTISANS
Peur le chemin de Paris et la voie de sa fortune. Tous deux,
L'Isle-Adam etdeMouy, la veille encore, au défilé delà garnison
française qui a capitulé dans Ivry, se relayaient, entourés d'une
garde d'honneur, pour porter la bannière de France*, à côté de
l'étendard monstrueusement écartelé de lis et de léopards que
Bedford, pour la première fois, faisait déployer comme un défi 2.
Mais, le matin du 16 août, au lever du jour, les coureurs de
Suffolk, de Daraville, où ils battent l'estrade, ont apporté à
Evreux la nouvelle de la prise de Verneuil et du ralliement
imprévu du sire de Torcy^. A ce symptôme qui se trahit, à ce
menaçant indice, le duc de Bedford s'est ému.
L'Isle-Adam * est un des chefs bourguignons qui ont le plus
ouvertement découvert leur aversion pour l'alliance étrangère.
Il a été du petit lot de capitaines du parti qui ont eu à mener la
guerre contre l'invasion. Il a tenu frontière contre les Anglais à
Pontoise^, en Normandie^, à Gisors. La veille encore de l'assas-
sinat de Jean Sans-Peur, commandant de Beauvais, il se jetait
dans le pays de Caux, où toute sa compagnie, mêlée aux parti-
sans du dauphin Charles', reprenait ostensiblement la croix droite
1. « ... le seigneur de Lille-Adam et le seigneur de Moy, ausquels le régent
bailla, pour le jour, à porter la banière de France, et leur bailla cent cheva-
liers et escuiers pour les acompaignier. » {Saint-Remy, t. II, p. 84.) — « ... la
banière de France, laquele il fist i)our ce jour baillier <\ porter au seigneur de
Lilladam. » {Wavrin, t. 14'22-1431, p. 103.)
2. « Puis fist desploier la banière esquartelée de France et d'Engleterre, en
signiliance des deux royaulmes conjoincts. » {Ibid., id.)
3. Wavrin, t. 1422-1431, p. 106-107.
4. L'I.sle-.\dani, commandant de Pontoise, depuis son passage au parti bour-
guignon et l'occupation de la place jiar Jean Sans-Peur jusqu'à la prise de la
ville par les Anglais (sci)tembre 1417-juillet 1419). {Religieux de Saint-Denis,
éd. Bellaguct, t. VI, p. 115; Monsirelet, t. III, p. 214-239; Fenin, p. 77; Sainl-
Remy, t. I, p. 311.) On sait qu'il laissa surprendre la place par un audacieux
« eschiellage » anglais, exécuté à la pointe du jour, quelques heures à peine
après la stricte expiration de la Iréve de Pouilly, le 30 juillet 1419.
5. L'Isle-Adam, chargé (juin-août 1418) d'un commandement en Normandie.
(.\rch. nat., JJ 171, n° 295.)
6. L'Isle-Adam, commandant de Gisors (1419); le massacre de Sérifontaine
(avril 1419). (Arch. nat., JJ 171, n" 481; Livre des trahisons, p. 141 ; Monsire-
let, t. III, p. 315; Fenin, p. 106-107.)
7. L'Isle-Adam, commandant de Beauvais (aoûl-oclobre 1419); allié des Dau-
phinois pour la levée du siège de Saint-Martin-le-Gaillard (15 août 1419). [Livre
des trahisons, p. 143; Chron. de Normandie, éd. Hellot, p. 51 et notes, n. 147;
Monstrelet, t. III, p. 334-337; Fetiin, |). 110-111.)
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 487
de France • . Bien des chefs anglais savent, à n'en pas douter,
que, depuis son altercation mémorable avec Henry V^, son empri-
sonnement à la Bastille ^ et la destitution de son grade de maré-
chal ^ il garde au régime étranger une tenace et haineuse rancune.
Il est cousin germain de ce Pierre Glé, le commandant dont la
négligence a laissé surprendre Ivry, et de ce Philibert de Vau-
drej, négociateur de la défection d'Arthur de Bretagne ^ qui vont
eux-mêmes, sous peu, si le fait n'est déjà accompli, passer égale-
ment dans les rangs français*^.
Jacques de Mouy, parent de L'Isle-Adam au même degré, a ces
deux suspects personnages pour beaux-frères ^ Il est marié lui-
même à Catherine d'Aumont^ et se trouve ainsi l'oncle du sire
d'Aumont^, dont le rôle vient d'être scruté de près*°, associé ainsi
1. « Monsigneur de Lille- Adam prist la croix droitte, la porta et la fist por-
ter à touttes ses gens. » {Livre des trahisons, p. 143.)
2. Octobre 1420. (Chastellain, t. I, p. 178-180; Monstrelet, t. IV, p. 9-10,
répété par Fenin, p. 147.)
3. 8 juin 1421-2 septembre 1422. {Chastellain, t. I, p. 219-220; Chronique
dite des Cordeliers, à la suite de Monstrelet, t. VI, p. 296; Monstrelet, t. IV,
p. 36; Fenin, p. 156; Saint-Remy, t. II, p. 33-34; Arch. nat., XIa 1480, fol. 234 V;
X2a 16, fol. 424; — Chron. dite des Cordeliers, ms. fr. 23018, fol. 427 v°; Mons-
trelet, t. IV, p. 130; Arch. nat., X2a 16, fol. 466.)
4. 22 janvier 1422 (?). (Documents cités dans P. Anselme, Bist. généal.,
t. VII, p. 10.)
5. On rappelle ici quAdine et Catherine de Soyécourt-Mouy, mariées à Pierre
Glé et à Philibert de Vaudrey, sont filles d'Isabelle de Châtillon, sœur de
Jeanne de Châtillon, mère de L'Isle-Adam. {Ibid., t. VIII, p. 527; t. VI, p. 114;
du Chesne, Bist. de la maison de Chastillon, p. 573-579.) Sur ces deux per-
sonnages, ci-dessus, la Prise d'armes de 1424.
6. Faits établis par les lettres de confiscation déjà citées, en date du 21 oc-
tobre 1425. (Arch. nat., JJ 174, n° 226.)
7. Adine et Catherine de Soyécourt-Mouy sont sœurs de Jacques de Soyécourt,
seigneur de Mouy, tous trois enfants d'Isabelle de Châtillon. (P. Anselme,
Bist. généal., t. VIII, p. 527; du Chesne, Bist. de la maison de Chastillon,
p. 573-579.) — Il est à remarquer c[ue leur jeune frère, Louis de Soyécourt,
fils de leur père Charles de Soyécourt et de sa seconde femme Amélie de Nos-
temberg, majeur au 23 mars 1428 {Ibid., t. VIII, p. 527), passa ostensiblement
dans le camp français en septembre 1429, lors de l'apparition de l'armée royale
sous les murs de Paris, en compagnie de Jean II, sire de Montmorency. {Mons-
trelet, t. IV, p. 354.) Il épousa plus lard Marie de Villiers, petite-fille du maré-
chal de l'Isle-Adam. {Bist. généal., t. VIII, p. 527; t. VII, p. 12-13.)
8. P. Anselme, Bist. généal., t. VIII, p. 527; t. IV, p. 872-873.
9. Ibid., t. IV, p. 873.
10. Ci-dessus, p. 480-482.
488 LA GUERRE DE PARTISANS
à toutes les inquiétantes parentés que les d'Aumont comptent en
Bourgogne ' .
Pour tous deux, le sire de Montaigu est un allié commun, leurs
mères sortant, comme celle de sa femme, de la grande race de
Châtillon^.
Aussi la décision de Bedford est immédiate et sans appel.
L'Isle-Adam, le sire de Mouj, le sire de Montaigu repartiront
sur l'heure, expédiés de nouveau vers leur siège de Nesles, avec
tous leurs cavaliers ^ : seul, pour représenter la chevalerie de
Bourgogne, restera le bâtard de Montaigu ^ fils de Jean de Neu-
châtel^ Bedford, qui, quatre jours plus tôt, a laissé voir tant de
satisfaction de leur venue, tant de joie du renfort brillant et pré-
cieux qu'ils ont si vite amené de si loin*^, n'hésite plus à les remer-
cier à présent, la veille du choc suprême. Il n'a cependant pas
trop de toutes ses forces. L'armée française compte au moins qua-
torze mille combattants'^; les Anglais ne peuvent en aligner que
1. Ci-dessus, p. 481.
2. On rappelle ici que Jeanne de Ghistelles, femme de Jean de Neuchâtel,
sire de Montaifju, a pour mère Jeanne de Châlillon, cousine des deux sœurs de
Châtillon, Isabelle et Jeanne, mères du sire de Mouy et du sire de llsie-Adam.
(P. Anselme, Hisl. gétiéal., t. VIII, p. 354; t. VI, p. 1-25-126, 114; du Chesne,
Hist. de la maison de Chastillon, p. 600-610, 573-579; Hist. généal., t. VIII,
p. 527, t. VII, p. 12.)
3. Sur leur départ d'Évreux et leur retour devant Nesles, Wavrin, t. 1422-
1431, p. 107-108. Berry (p. 371) commet une grosse erreur en parlant de leur
envoi à Paris.
4. Wavrin. t. 1422-1431, p. 107.
5. Thibaud, bâtard de Montaigu, fils naturel de Jean de Neuchàtel, seigneur
de Nanteuil-la-Fosse. légitimé, ainsi «jue son frère Antoine, en novembre 1424.
(P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 354-355, et Siméon Luce, Jeanne d'Arc
à Domremy, Preuves, p. 135, n. 1.)
6. « ... de laquele venue fut le duc de Hethforl moult joyeux, et ce fui rai-
son, car tous estoient chevaliers de grant recommandation. » {Wavrin, t. 1422-
1431, p. 100.)
7. On porte généralement la force de l'armée française à 20.000 hommes.
(Vallet de Viriville, t. II, p. 412-413; de Beaucourt, t. II, p. 15-16.) Sur ce
dernier chiflre, Monstrelet, t. IV, p. 189; liaoulet, t. III, p. 184; lettres de
rémission pour les habitants de Verneuil, citées, en date du 18 août; Arch.
nat., JJ 172, n° 585. Wavrin parle « de xviii à xx" hommes de bonne eslofl'e »
(l. 1422-1431, ]>. 101); le Journal d'un bourgeois de Paris, de 15 à 18,000 com-
ballanls (p. 197).
En réalité, l'armée française ne semble pas avoir compris ])lus de 14,000 com-
battants. C'est, en tout cas, le chiffre donné dans un document authentique,
une lettre du duc de Bedford, en date du 19 août, (-ontenu dans la Chronique
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 489
dix mille h peine' . Mais, en dépit de la disproportion qui l'inquiète,
de cette inégalité de sinistre augure S tout lui semble préférable
à la menace qu'il sent flotter autour de lui, à l'effrayante vision
de quelque charge suspecte, de quelque trouble manœuvre qui
jetterait les Bourguignons ses alliés, dans un soudain et furieux
emportement, vers les emblèmes de France qu'ils ont autrefois
portés.
Le choc de Verneuil et la Jacquerie normande.
Cependant, dans les campagnes de Normandie, un courant
passait, une sensation commune se fixait, obscure et inconsciente
volonté, encore en germe dans la masse paysanne, qui n'attendait
cependant, pour se traduire en actes, qu'une occasion, qu'une
impulsion perceptible : la première nouvelle venue de ces larges
plaines entre Evreux, Ivry et Verneuil, où va se jouer la suprême
et terrible partie.
Cette Jacquerie normande est demeurée jusqu'ici ignorée de
l'histoire. L'érudition moderne en a signalé quelques indices^,
anonyme dite des Cordeliers (ms. fr. 23018, fol. 451). Saint-Remy, qui cite le
très exact dénombrement de l'armée anglaise homme à homme, cite pour les
Français ce même chitfre de 14,000 (t. II, p. 84).
1. Exactement, l'armée anglaise paraît avoir compté 9,800 combattants. C'est
le chiffre donné par Saint-Remy, citant un dénombrement opéré par les hérauts
d'armes, avant le combat (t. II, p. 84). Wavrin, avec Monstrelet, disent qu'on
comptait 8,000 archers et 1,800 hommes d'armes (t. 1422-1431, p. 100, et t. IV,
p. 189). Le Bourgeois de Paris, qui sait le dénombrement des hérauts, dit que
les Anglais n'étaient pas 10,000 (p. 197). Raoulet exagère quelque peu en leur
prêtant 13 à 14,000 combattants (p. 186).
2. « ... les François qui estoient la moitié plus de gens que les Anglois...,
ensamble sur le point de xviii à xx" hommes de bonne estoffe..., qui ne con-
tendoient que à vaincre..., jamais plus belle compaignie... monstrant greigneur
samblant ou voulenté de soy combattre..., oncques en toute ceste guerre ne
se combattirent plus vaillanment. » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 114, 101, 114,
109, 114.)
3. Dans son étude sur les Limites de la France à l'époque de la mission de
Jeanne d'Arc, publiée en 1875, M. Longnon signale, le premier, le fait en ces
termes, en citant plusieurs pièces qui se rapportent à cet événement : « Il ne
sera pas sans intérêt de signaler à ce propos un fait qui ne semble pas connu
des historiens : il y eut soulèvement d'hommes du peuple dans plusieurs lieux
de l'Evrecin et des pays voisins, à la nouvelle répandue par quelques fuyards
de l'armée anglaise d'une j>rétendue victoire des Français à Verneuil. Chacun
490 LA GUERRE DE PARTISANS
que nul essai d'analyse ne semble encore avoir tenté de pénétrer.
C'est seulement, en effet, dans son avortement qu'on la devine,
et les trop rares documents qui permettent d'en saisir à la déro-
bée quelques traits* ne font qu'irriter plus violemment la curio-
sité sans la satisfaire. Telle qu'elle se laisse entrevoir cependant,
dans ses lignes confuses, mais partout identiques, dans ses mani-
festations éparses, mais disséminées sur un surprenant rayon,
cette ébauche d'insurrection spontanée apparaît comme quelque
chose de formidable et d'inachevé, comme quelque force effrayante
et incomplète, arrêtée dans le plein de sa volée et n'ayant pas
exprimé sa ft)rmule. Au seul domaine de l'imagination appartien-
drait d'en déduire l'effet concevable, d'en restituer le résultat
possible. Dans ce vaste champ sans barrières, si les affirmations
s'interdisent, si les inductions, en dehors des événements stricte-
ment vérifiés, doivent se défendre tout soupçon d'écart, les con-
jectures et les suppositions auraient droit de se donner libre cours.
Elles ne risqueraient peut-être qu'un reproche, celui de demeu-
rer au-dessous des apparences sensibles et en deçà de l'exacte
réalité des faits.
Le jeudi 17 août^, par un temps sec qui fait rouler la pous-
des insurgés rentra chez lui lorsque la triste vérité fut connue. » [Les Limites
de la France, p. 27 et n. 5.)
Dans les Pièces justificatives de la Chronique du Mont-Saint-Michel,
M. Siméon Luce a publié in extenso l'un de ces documents (Arch. nat., JJ 172,
n° 629), en citant également quelques autres témoignages du même ordre : « Ici
plusieurs documents relatifs à une affaire dont l'heureuse issue aurait soulevé
la Normandie tout entière contre les envahisseurs. » {Chronique du Mont-
Saint-Michel, Pièces just., n» 31, t. I, p. 142-144, p. 142, n. 2, p. 143, n. 2.)
1. On en trouvera la liste complète et exacte par l'indication successive des
pièces citées au cours de cette i)résente étude, et qui font toutes partie des
Pièces justificatives de l'ouvrage destiné à être ultérieurement publié.
2. La date du jeudi 17 août, assignée comme date à la rencontre de Verneuil,
est hors de cause. Le jeudi après l'Assomption, fêle qui tombait le mardi 15, est
unanimement indiqué par tous les chroniqueurs, même par ceux qui se trompent
sur les contremarches compliquées de l'armée anglaise entre le 14 et le 17,
{Wavrin, t. 1422-1431, p. 108-109: Monstrelet, 1. IV, p. 191; Hainl-Remy , t. I,
p. 85; Bourgeois de Paris, p. 196; Chron. dite des Cordeliers, ms. fr. 23018,
fol. 451 ; lettre de rémission citée ci-après (.\rch. nat., JJ 172, n» 629). publiée dans
la Chron. du Mont-Sainl-MicheL t. I, p. 142-144, du côté anglo-bourguignon;
Raoulet, p. 185; Chron. de la Pucelle, y. 224; Geste des nobles, p. 198; Par-
ceval de Cagny, ms. Duchesne 48, fol. 86, du coté français.) — Il serait puéril
de s'attarder à discuter les erreurs de transcription, d'édition ou de typogra-
phie, absolument négligeables, qui placent l'événement au jeudi 18 août
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 49^
sière sur les plaines*, le grand choc s'est engagé^ entre la rivière
d'Avre et les approches de forêt voisines, à la vue des murailles
de Verneuil^. L'armée française tourne le dos aux remparts ; l'ar-
mée anglaise, qui a campé cette nuit en route et qui marche posé-
ment depuis le matin, s'épaule à la direction d'Evreux^.
Elle fait bloc^ ses dix mille combattants^ d'une seule masse
d'hommes à pied, archers, lances non montées, cavaliers mis à
terre. Sous peine de mort, Bedford a fait crier de quitter les che-
vaux, lui-même donnant le premier l'exemple, vidant ses étriers,
prenant son rang de fantassin, la hache d'armes à la main. Toutes
les bêtes, alignées sur quatre files d'épaisseur, solidement saisies
par la tête et par la queue, des piquets et des longes partout,
sont rangées à l'opposé, les pages et servants auprès d'elles,
rempart vivant, remuant et frémissant, qui protège par derrière
les lignes de combat engagées sur le front. Deux mille archers
{Wavrin, p. 112, qui vient de fixer la veille de la bataille au mercredi 16,
p. 108-109); au jeudi 6 août (Monstrelet, p. 194, qui, cependant, en racontant
les préliminaires de la rencontre, détermine exactement l'instant du jeudi
17 août, p. 191); au jeudi 15, au jeudi 25 août {Saint-Remy , p. 85, encore le
texte des mss. porte-t-il avril au lieu d'août); « environ (1" octobre) la Saint-
Remy. » {Fenin, p. 223.)
Cette date du 17 août est naturellement celle adoptée par Vallet de Viriville
(Hisi. de Charles VU et de son époque, t. I, p. 412) et par M. de Beaucourt
[Hisi. de Charles F//, t. II, p. 15).
1. « Les François advertis que les Anglois les aprochoient, lesquelz de loing,
pour la pouldrière des gens et chevaulz, ils apercheurent... » {Wavrin, t. 1422-
1431, p. 111.)
2. Un récit détaillé de la rencontre de Verneuil a été donné par Vallet de
Viriville. [Hist. de Charles VU et de son époque, t. I, p. 412-419.)
3. « Et s'ordonnèrent en bataille auprès de ladite ville de Verneuil. »
{Chron. de la Pucelle, p. 224.) « Le duc de Bethfort..., quant il se trouva en
plaine, il choisy la ville et toute la puissance des François rengiés et mis en
ordonnance de bataille. {Wavrin, p. 100, t. 1422-1431, p. 109; cf. Berry, p. 371;
Chron. de Normandie, p. 72.) Verneuil est tout entier sur la rive gauche de
l'Avre, et l'aile gauche française (Raoulet, p. 186) s'étendait « devers la forest »,
prolongation des grands bois de Couches et de Breteuil.
4. Cette disposition ressort d'elle-même. L'armée anglaise s'avançait « en
moult belle ordonnance ». (Wavrin, t. 1422-1431, p. 109.) Au moment même
du choc, « les Anglois marchoient pesamment et sagement, sans eulx guères
eschauffer. » [Chron. de la Pucelle, p. 225.)
5. Pour les dispositions de l'armée anglaise, Wavrin, t. 1422-1431, p. 110;
Monstrelet, t. IV, p. 192-194; Boxirgeois de Paris, p. 196-199; Chron. de la
Pucelle, p. 224-225, suivie par Chartier, t. I, p. 42-43.
6. Sur le dénombrement anglais, ci-dessus, p. 489, n. 1.
492 LA GUERRE DE PiRTISANS
d'Angleterre, deux cents lances restées montées', sont désignés
pour leur garde. Le peu de chariots qu'il y a, le matériel d'artil-
lerie, sans emploi ce jour-là, les retient sur les côtés. Les six
mille archers restants, tireurs de choix, sont aux ailes, les com-
battants du corps à corps au centre, en deux corps principaux,
sous Bedford et Sahsbury, pour pousser de la lance, frapper de
la hache et tailler de l'épée.
Dans les rangs français ^ la grande masse^ est également à
pied. Les arcs sont aux mains des Ecossais, tireurs qui valent,
pour la première fois, l'adversaire qui leur fait face. Ils sont de
quatre à cinq mille ^ formant à eux seuls la plus grosse des
« batailles », marchant à part sous leurs chefs nationaux, Archi-
bald Douglas, duc de Touraine, James Stuart, comte de Buchan.
Trois autres « batailles » de combattants à pied, neuf mille hommes
au total peut-être, sont menées par Guillaume de Lara, vicomte
de Narbonne, qui commande tous les Espagnols, par Jean, duc
d'Alençon, Jean d'Harcourt, comte d'Aumale, qui se partagent
les Français, Gascons et Bretons. Mais, différence avec l'ordre
de combat de l'ennemi, il est resté de la cavalerie montée sur les
ailes. Quatre à cinq cents cavahers italiens^ se sont rangés à
droite, du côté de la Beauce, sous les chefs de leur pays, le borgne
Caccaranno, Teodoro de Valperga, Lucchino Rusca : avec eux
figurent quelques pelotons de Dauphinois. A peu près autant de
Français de France^ sont alignés à gauche', du côté des bois du
1. Ces deux mille archers sont mentionnés par Wavrin, Monstrclet, la Chro-
ni(|ue de la Pucelle. Les deux cents lances montées ne sont signalées que par
ce dernier texte, plagié comme d'habitude par Chartier.
2. Pour les dispositions de l'armée française, mêmes sources, et Raoulet,
p. 186-187; Bernj, p. 371-372; Chron. de Normandie, p. 72-73,
3. Sur le dénombrement français, ci-dessus, p. 488, n. 7.
4. Ci-dessus, p. 445, n. 10.
5. « ... quatre à cinq cens lances de Lombars... » {Chartier, t. I, p. 43.)
« ... les Lombards qu'on estimoit à environ cinq cents hommes, lances au
poing... » (Chron. de la Pucelle, p. 73.) Cf. ci-dessus, p. 445, n. 6.
6. « ... atout environ quatre cents lances... » (Raoulet, p. 18G.) « ... François
ordonnèrent quatre cents lances... » (Chron. de Normandie, p. 73.) Cf. ci-des-
sus, p. 446, n. 2.
7. On adopte ici la disposition indiquée avec beaucoup de précision par
Raoulet (p. 186), qui mentionne le côté de la forêt et le coté où se dressait la
justice de Verneuil. Herry (p. 371-372) intervertit cet ordre des ailes, plaçant
les Italiens à gauche, les Français à droite. 11 porte leur nombre total à deux
mille cavaliers partagés en deux égales divisions.
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 493
Perche. Saintrailles commande ces maigres escadrons, avec La
Hire, le sire d'Estissac et l'intrépide Le Roussin. Jean delà Haye,
baron de Coulonces *, le vaillant Normand, « lieutenant de roi, » qui
devait charger avec eux, mécontent de son poste, dans une irri-
tation entêtée contre le duc d'Alençon, se tient à l'écart, sur une
hutte, ses hommes immobiles autour de lui. Naguère, à la jour-
née de la Gravelle^ sa querelle avec le comte d'Aumale a failli
compromettre les dispositions de combat. Ce jour-là, il a su sacri-
fier son ressentiment à son devoir. Cette fois, la colère l'emporte,
et, de tout le temps du combat, il restera criminellement
immobile^.
Il est passé trois heures de l'après-midi^ Les deux fronts
s'ébranlent^ Anglais et Normands, archers parisiens et picards
d'un côté, de l'autre. Français de France, Ecossais qui peuvent
parler aux Bretons, Espagnols et Gascons qui se comprennent,
Italiens et Dauphinois se jettent en avant, poussant chacun leur
cri^. Sur les deux ailes, les cavaliers sont partis en charge pour
se jeter sur l'arrière-ligne anglaise. Les Italiens, supérieurement
1. Sur son rôle à Verneuil, Chron. de Normandie, p. 72-73.
2. Sur son rôle à la Gravelle, Chron. de la Pucelle, p. 215-216, suivie par
Chartier, t. I, p. 34-35; J. Le Fizelier, la Bataille de la Brossinière, dans
Revue hist. du Maine, t. I (1876), p. 28-42. — Le baron de Coulonces, aussi
intrépide qu'indiscipliné, se fit tuer sur les grèves du Mont-Saint-Michel, au
gué de la Gueintre, pendant le siège de Pontorson, le 17 avril 1427. (Chron. du
Mont-Saint-Michel, p. 29.)
3. La Chronique de Normandie (p. 72-73) affirme qu'il ne ([uitta la place que
pour la retraite, la bataille perdue. Berry (p. 371-372), qui du reste ne men-
tionne pas cet incident et présente mal le récit de la charge française, semble
l'y faire participer.
4. « ... ainssy comme à deux heures après midy commenchant. » (Wavrin,
t. 1422-1431, p. 112.) — Vers trois heures de l'après-midi, d'après Monstrelet.
Quelque erreur de transcription lui fait dire : « environ trois heures après
nonne » {Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 194), et, par suite, fait expli-
quer par l'éditeur : « c'est-à-dire sur le midi ». [Ibid., n. 1.) Monstrelet, mal
compris par son copiste, a dû vouloir dire : heure de none, soit trois heures;
ou bien : trois heures après midi. — « Environ quatre heures après midi »,
dit la lettre de Bedford, en date du 19 août, déjà citée. [Chron. dite des Cor-
deliers, ms. fr. 23018, fol. 451.)
5. Pour le récit de la rencontre, mêmes sources que pour les dispositions
des deux armées.
6. « A l'assamblée y eut grant noise et grant huée..., si estoit la huée tant
horrible rpi'il n'estoit homme, tant feust hardy ou asseuré, quy ne doubtast la
mort, tant héoient les parties l'un l'aultre. » [Wavrin, t. 1422-1431, p. 112.)
494 LA. GUERRE DE PARTISANS
montés, écornent un coin du grand carré anglais, pillent les
bagages, chargent le butin au vol, font du désordre, de l'afifole-
ment, delà panique*. Les cavaliers de Saintrailles pénètrent plus
avant, jettent bas deux ou trois cents morts, poussent la peur
dans la masse des chevaux, des servants, des conducteurs, de
tous les non-combattants ^ Les archers anglais de cette aile, les
voyant arriver en foudre, se sont couchés la figure à terre ^ pour
laisser passer la trombe qui a troué leurs lignes. Sur les derrières
du grand carré, à ce moment, le tapage, les cris, le désarroi
n'ont pas de nom*. Sur le front, sous le trait des flèches, sous
le tranchant de l'arme blanche, le sang coule à grands ruisseaux ^
Au centre, dans une percée d'hommes, l'étendard d'Angleterre
vient de s'abattre sur un tas de morts ^ A cet inquiétant symptôme,
Bedford et Salisbury, qui se battent à pied, frappant de la hache
d'armes, comme des écuyers de vingt ans, qui soutiennent en
braves le poids brutal de la lutte', ont pu sentir vaciller leur
sang-froid et chanceler tout le destin de leur race.
1. Charge des Italiens, Chron. de la Pucelle, p. 225.
2. Charge des Français, Ibid.
3. « ... se couchèrent tous aux dens... » {Chron. de Normandie, p. 73.)
4. « Les François à cheval frappèrent vaillanuneut sur l'autre costé et s'y
portèrent si grandement et si honnorablement qu'ils rompirent et desconlirent
lesdits Anglois, et y eu eut foison de tuez et de prins. » {Chron. de la Pucelle,
p. 225.) — « Les Lombars et autres qui estoient de cheval en ladicle bataille
s'enfuirent, mais par grant soutivcté ils se frappèrent ens es pages et en ceulx
qui tenoient et gardoieut les chevaulx de le partie dudit régent, et y firent
grant dommage, tant qu'il s'en parly bien de mit à XVI cens chevaulx, i[ui
maintenoienl que ledit régent esloit desconflls pour celle cause. » {Chron. dite
des Cordeliers, ms. fr. 23018, fol. 45 v°.)
5. « Le sang des mors estendus à terre et des navrez couloit par grans ruis-
seaulx parmi le champ. » (Wavrin, t. 1422-1431, p. 112.)
6. Chute de l'étendard anglais. {Chron. de Normandie, p. 73.) Lequel,
entre les cinq « bannières » déployées si solennellement lavant-veille, le
mardi 15, au moment de la reddition d'Ivry, et dont Wavrin (p. 103) a laissé
une si curieuse description ? Celle de France, celle écartelée de France et d'An-
gleterre, celle de Saint-Georges, celle de Saint-Edouard, ou celle spécialement
réservée à Bedford '? La Chronique de Normandie (p. 73) parle simplement de
la chute de « l'estendart des Englois ».
7. « Et je, acteur, sçay véritablement que celluy jour le comte de Salsebery
soustint le plus grand faix, nonobstant qu'il bransla grandement... » — « Le
duc de Bethfort..., d'une hache qu'il tenoit à deux mains, n'ataindoit nul qu'il
ne courouchast... et occist maint homme. » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 113-114.)
DANS LA HAUTE NORMAXDIE. 495
Tout ce premier acte a duré trois quarts d'heure*, trois quarts
d'heure de corps à corps sans précédent, de mémoire de soldats
Après quoi, l'aspect de la mêlée, sous le jeu changeant des forces
en cause, Ta s'intervertir peu à peu, varier de face et transposer
les rôles. Les Italiens, sur leurs montures légères, surpris au fort
du pillage et vivement ramenés par le tir serré des archers de
Farrière-garde, remis sur pied sans encombre ^ vont détaler sur
la route de Chartres^. Moins facilement impressionnables, mais
grisés d'un premier succès, les Français de Saintrailles, leur
sanglant sillon tracé, vont s'égarer dans la stérile poursuite des
fuyards en déroute ^ par la plaine. Ainsi lancés en chasse, partis
au loin, à perte de vue, bien peu de cavaliers rallieront à temps
le champ de bataille, où leur manœuvre devait assurer la vic-
toire, où leur désordre commence à organiser la défaite ^ Déli-
vrés de leur attaque, de la menace des charges tournantes,
les deux mille archers anglais de la réserve vont se porter à
la rescousse, en ordre et tout frais, et se jeter résolument sur
les assaillants qui s'épuisent ^ Un chevalier normand du pays
1. « Geste bataille dura environ les trois pars d'une heure, moult terrible et
ensanglantée. » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 112-113.) Même durée dans Monstre-
let (t. IV, p. 194). Fenin parle de deux heures (p. 221).
2. « Et n'estoit lors en mémoire d'homme d'avoir veu deux si puissantes
parties par tel espace égallement combattre sans pouvoir parchevoir à quy en
tourneroit la perte ou la victoire, » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 113.)
3. Déroute finale des Italiens. [Raoulet, p. 186; Chron. de la Pucelle, p. 225;
Berry, p. 372; Bourgeois de Paris, p. 197.)
4. Bourgeois de Paris, p. 197. Berry est seul à signaler que, vers le soir, ils
revinrent en force sur le champ de bataille, pensant trouver les Français vic-
torieux, et y rencontrèrent les Anglais qui leur tuèrent plusieurs cavaliers
(p. 372). Ils se mirent en fin de compte en retraite vers la Loire. [Raoulet, p. 188.)
5. Manœuvre manquée de la cavalerie française, des 400 lances qui « pas-
sèrent oultre la bataille des Anglois sans retourner ». [Chron. de Normandie,
p. 73 ; cf. Vallet de Viriville, Hist. de Charles VII et de son époque, t. II, p. 418.)
6. Saintrailles dut revenir prendre sa part du combat, puiscpi'on le retrouve
enfermé dans Verneuil avec les débris de l'armée et compris avec sauf-conduit
dans la capitulation de la place, le 19. [Raoulet, p. 187, 188.) — On n'aperçoit
pas ce qu'il advint immédiatement de La Hire, qu'on rencontre peu après en
Champagne, à Vitry-en-Perthois, capitulant le 4 octobre 1424. (Siméon Luce,
Jeanne d'Arc à Domremij, Preuves, n° 78, p. 119-127.) — On a vu ce qu'il
advint du baron de Coulonces, tué au gué de la Gueintre, le 17 avril 1427,
[Chron. du Mont-Saint-Michel, p, 29.) — Le Roussin trouva la mort dans la
mêlée. [Berry, p. 372.)
7. « Ainsi frez et nouveaulx qu'ilz estoient, en gectant un merveilleux cry,
496 LA GDERRE DE PARTISANS
de Caux, compatriote et allié de Guillaume d'Estouteville,
mais Anglais dans l'âme, Jean de Saane, va relever l'étendard
à terre et décider peut-être, par le geste et l'acte, du gain com-
promis de la journée * . La menace incertaine qui flotte, depuis
une heure et plus, sur les lignes anglaises oscillantes, va brusque-
ment se renverser et les raidir d'un bout à l'autre dans un effort
victorieux. Mais, jusque-là, la secousse est cruelle pour la fortune
de l'Angleterre. La poussée de l'assaut, le heurt furieux de l'at-
taque, on ne sait quel signe qui passe, tout le calcul enfin des
chances paraît amasser et grossir sur elle un imminent désastre,
sans retraite et sans quartier ^
Donc, pendant cette première phase du choc, pendant ce début
violent du combat, vers le moment où l'étendard d'Angleterre
s'abat comme un symbole, une panique s'est ruée sur la réserve
anglaise. Durant cette première heure du contact, sous l'effort
des charges françaises, des écuyers, des pages, des valets, des
cavaliers, des deux cents lances restées à cheval à l'arrière-garde,
sont partis affolés, en pelotons disloqués, en grappes de fuyards,
dans toutes les directions, piquant droit au hasard dans la plaine,
criant la journée perdue, disparaissant au galop dans toutes les
aires de déroute.
Or, sur quantité de points de la Normandie, cette après-midi
se vindrent en lour|>iant mettre au front devant, où en leur venue encommen-
cèrent à faire ^rant discipline des François quy moult estoient lassez de com-
battre. » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 115.)
1. « Telemenl que, se n'eust esté ung gentilhomme du pais de Caux, nommé
monseigneur de Senne, qui estoit fort et puissant, (|ui releva l'estendart des
Englois, la journée eust esté pour les François. » {Chron. de Sormandie, p. 73.)
C'est Jean I", sire de Saane, (jui avait rendu aux Anglais, en 1419, le château
de Torcy. (Voir ci-dessus, les Nobles normands et picards.) Sur lui, voir Ilel-
lot, notes des Chroniques de Normandie, n. 209. Est-ce le même que le Jean
de Saane, sire de Saane et de Tocqueville-en-Caux (Seine-Inférieure, cant. de
Bac(iueville), f[u'on voit épouser Charlotte d'Estouteville, de la branche aînée
de cette maison, la propre sœur de Louis d'Estouteville, capitaine du Monl-
Saint-Michel? (P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, ]>. 90-91.) Au début du siècle
précédent, Robert de Saane avait épousé Agnès d'Estouteville, sœur des deux
frères d'où étaient sorties la branche aînée des sires d'Estouteville et celle des
sires de Torcy. (Jbid., p. 89.)
2. « ... il n'est pas doubte c[ue la chose qui estoit en grant bransle ne feust
très mal allée pour les Anglois... » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 114.)— « ... Cui-
doient certainement que tous les Anglois fussent desconiits. » {Chron. de la
Pucelle, p. 225.)
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 497
du 17 août, le soir même ou le lendemain, en tous les lieux où le
hasard vient charrier les épaves de cette débandade éperdue, des
troubles éclatent, des rassemblements armés s'organisent, l'in-
surrection paysanne se lève, spontanée, menaçante et conta-
gieuse.
En campagne ouverte, hameaux, bourgs bâtis, petites villes
agricoles et marchandes, partout où pénètre le premier cri d'une
prétendue victoire des Français, une entente incroyable s'établit
d'elle-même entre les gens de village, accourus pour voir et
entendre le porteur de nouvelles, page ou écuyer fuyard du pre-
mier heurt, qui sème sur son passage le bruit d'un désastre de
l'armée de Bedford et l'assurance d'un Azincourt anglais. L'insur-
rection est dans toutes les pensées, et sans doute, dans plus d'une,
la légende de la grande Jacquerie française, qui naguère, jus-
qu'en Normandie, avait aussi prolongé ses racines*. Cette fois
le soulèvement n'est pas en projet, comme chez les conjurés
de Roye; il se traduit en actes et en faits. En chacun des lieux
où se produit le phénomène, le tableau dont les témoignages con-
servés laissent apparaître les traits se repète en images identiques.
Fugitifs désagrégés sous les premières charges, démoralisés, épui-
sés, bêtes et gens, par des traites de dix, de vingt lieues, ne
sachant rien de la suite de la bataille, mais grossissant le désastre
pour excuser leur défaillance, assemblant autour d'eux, dans le
village où ils viennent d'échouer, la foule avide de nouvelles,
agitée déjà, remuante et hostile. Insurgés résolus, êtres d'action
et d'audace parlant tout de suite de se lever en troupe contre les
Anglais vaincus, entraînant de force les moins hardis, les hésitants
qui deviennent bientôt plus furieux que les premiers. La bande
ainsi improvisée rattrapant les fuyards au premier tournant du
chemin, les massacrant sur place, les enterrant dans les fourrés,
les jetant dans les puits, ou bien se lançant dans les traverses
pour aller guetter à la meilleure embuscade, coin de sentier ou
lisière de bois, les autres groupes en retraite dont la première
victime vient d'annoncer le prochain passage, toute la queue
traînante d'une déroute où le paysan armé va trouver richesse et
1. Sur la répercussion de la Jacquerie (mai-juin 1358) en Basse-Normandie et
à Caen, Siméon Luce, Hist. de la Jacquerie, chap. ii, p. 67, et Pièces just.,
n» 45, p. 291-292.
^895 33
498 LA GOERRE DE PARTISANS
vengeance. Elan commun et irrésistible, pour lequel l'homme de
la campagne sent que dans les villages voisins du sien, à la même
heure et pour la même cause, se forment également d'autres
colonnes pareilles, prêtes à grossir la bande où il marche lui-
même, pour mieux se ruer ensemble à l'achèvement de la débâcle.
Tels sont les faits, presque tous de même ordre, identiques et
calqués l'un sur l'autre, qui, le soir même de Verneuil, le lende-
main tout au plus, se produisent dans une zone de déroute,
autour d'Evreux, dans une autre, autour de Gonches, plus loin,
dans la plaine du Neubourg, à douze lieues de Verneuil, dans
une autre encore, autour de Beaumont-le-Roger et de Bernay.
Le mouvement atteint même Pont-Audemer, à plus de vingt
lieues de la bataille, distance remarquable et vers laquelle, en
vertu de la force acquise, de la difficulté des démentis et des con-
trôles, ses résultats se font le plus violents. Des traces s'en relèvent
encore dans le pays Virois, au cœur de la basse Normandie.
Enfin une longue liste d'insurgés, la plus abondante et la plus
complète, malheureusement dépourvue de toute indication d'ori-
gine, laisse forcément dans la nuit on ne sait quel nombre de
bourgs ou de villages témoins d'événements de même sorte.
Silence amèrement regrettable, qui permet seulement, par suite
d'un détail du texte, de fixer le rayon de ces faits anonymes vers
Orbec ou Bernay, dans cette énergique vicomte d'Auge, l'une
des réserves vives où la résistance à l'étranger compta sans
relâche ses dévouements les plus sûrs, les plus fidèles et les plus
tenaces.
Aux portes d'Évreux*, du côté de l'enceinte opposé à la direc-
tion de Verneuil, dans le petit hameau d'Argence^ dans le vil-
1. Sur ces événements, aux environs d'Évreux. Rémission pour Thomas
Macieu, d'Argence, près Évreux, pour fait de sédition, à l'occasion de « la très
grant paour et fraieur que donnèrent à nostre peuple du pays d'Évreux aucuns
de nos sujets ». Doc. en date de novembre 1424 : faits remontant à la fin de
la journée du 17 août. Arch. nat., JJ 173, n" 25.
2. « Ou hamel d'Argences. » — « Se parti dudit lieu d'Argences pour aller
en la ville Duesl qui est assez près de là. » — C'est Argence, groupe d'habitations
situé à une demi-lieue environ au nord d'Évreux, non loin, en effet, du village
d'Huest (Eure, cant. et comm. d'Évreux). Il ne faut pas risquer de confondre
cette localité, nettement reconnaissable dans le texte en question, avec le lieu
plus connu d'Argences, dans la campagne de Caen (Calvados, cant. de Troarn).
DA.\S LA HAUTE NORMANDIE. 499
lage d'Huest ', situés sur les chemins qui conduisent vers Louviers
et Pont- de- l'Arche en contournant les murs de la place, le
trouble est semé, quelques heures après le début de la bataille,
par une troupe de gentilshommes normands, évadés au premier
froissement de lances, qui viennent de dévorer neuf lieues de pays
sans retourner la tête. Une simple mention contenue dans le
document qui relate le fait prend ici une valeur spéciale. Retraite
ou désertion, les fuyards sont du pays de Caux^, compatriotes de
Guillaume d'Estouteville, compatriotes de ces chevahers et écuyers
qui ont quitté le camp anglais la nuit précédente, et que le chro-
niqueur Jean de Wavrin, qui figurait ce jour-là dans l'armée de
Bedford, a signalés expressément comme appartenant à la même
contrée d'origine 3.
Ceux-là, peut-être, ont manqué de décision, la veille, pour
sui\Te leurs compagnons de race, plus impatients et plus hardis,
mais, au premier contact, ont tourné bride sans rendre un seul
coup. Leur double qualité constatée, de combattants nobles et de
fuyards à cheval, démontre qu'ils faisaient nécessairement partie
de ces deux cents lances destinées à appuyer les deux mille
archers de l'arrière-garde anglaise, et que les charges de la cava-
lerie française, conduites par Saintrailles, La Hire, le sire d'Es-
tissac et Le Roussin, ont profondément entaillées pendant le
premier quartier du combat. Ces deux cents lances, en effet,
représentent les seuls cavaliers anglais restés à cheval, tous les
autres ayant été obligés de quitter leurs montures, sous peine de
mort, par ordre exprès de Bedford, pour étabhr une seule masse
compacte à pied. Facilement débandés, courant droit devant eux,
les gentilshommes du pays de Caux viennent d'atteindre la vue
d'Évreux, de contourner la place où ils ne se soucient pas de péné-
1. « La ville Duest qui est assez près de là » (d'Argence). C'est Huest, à une
lieue et demie d'Évreux, sur le plateau entre Iton et Eure, séparé d'Argence
par le bois de la Queue d'Argence (Eure, cant. d'Évreux).
2. « ... aucuns gentilshommes que l'en disoit estre de nostre pa'is de Caux
qui estoient audit lieu Duest venuz de ladite journée et continuoient encores
lesdites nouvelles... » (Arch. nat., JJ 173, n° 25.)
3. Voir le passage de Wavrin déjà cité : « Aucuns lasces chevalliers et écuyers
de Northmandie, lesquels estoient des marches conquises du pays de Chaulz et
là environ. » {Wavrin, t. 1422-1431, p. 120.) - Voir la lettre de rémission,
déjà citée, faisant mention des écuyers et servants cauchois du sire de Torcv
{Arch. nat., JJ 172, n" 600.)
500 LA GDERRE DE PARTISANS
trer, et vont essayer de regagner leurs manoirs en repassant la
Seine au pont de Pont-de-l' Arche.
Ils sont suivis, à courte distance, par les gens du seigneur de
Champagne 1, son chapelain parmi eux, englobé aussi dans la
déroute. Sont-ils au but de leur course, près d'atteindre la rési-
dence de leur maître, au hameau voisin de Champagne, ou bien
sont-ce des Normands de l'Avranchin, fourvoyés après cette course
folle dans ce petit village voisin d'Évreux, égarés loin des chemins
de leur pays? Avec eux sont des écuyers anglais qui ramènent en
1. « ... le seigneur de Charapaignes... » (Arch. nat., JJ 173, q" 25.) Il est
regrettable de ne pouvoir tHre mieux fixé sur l'identité de ce personnage.
Dans le voisinage direct de Huest et d'Argence existe le lieu actuellement
dénommé Champagne (Eure, cant. d'Évreux, comra. de Reuilly), souvent appelé
La Champagne, et pour lequel on relève la forme ancienne Champaigne. (Mar-
quis de Blosseville, Dictionnaire topographique du département de l'Eure.)
Une famille « de Campanils » possédait ce fief aux xi" et xii" siècles. (Aug. Le
Prévost, Mé77ioires et notes pour servir à l'histoire du département de l'Eure,
publiés par MM. Léopold Delisle et Louis Passy, t. III, p. 11.) Dans le cou-
rant du xiV siècle, une famille du nom de La Champagne y résidait encore.
(Cliar|»illon et abbé Caresme, Dictionnaire historique de toutes les communes
du département de l'Eure, t. II, p. 708.) Depuis la fin du xiv° siècle, la sei-
gneurie de la Champagne est dans la maison des Maillard, où le prénom de
Guillaume semble héréditairement porté par plusieurs personnages, de 1390 à
1474, et qui tenait encore ce fief dans le cours du xviii- siècle. (Charpillon et
abbé Caresme, l. c.)
S'agirait-il au contraire d'un personnage de la famille du lieu de La Champagne,
en Avranchin (Manche, cant. d'Avranches, comm. de Plomb), alliée à la puissante
maison des Paynel, dont le dévouement au parti national est alors si notoire?
Jean de la Champagne, seigneur d'Appilly (lieu situé sur le territoire de
Saint-Senier-sous-Avranches, Manche, cant. d'Avranches; voir Siméon Luce,
Chron. du Mont-Saint-Michel, 1. 1, p. 49, n. 1), marié à Agnès du Mesle, dame
de Gacé (Orne, ch.-l. de cant., arr. d'Argentan), était mort à la date de 1405.
(Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., de la Champagne, n°' 2, 3, 4, 21.) Leur
fille, Jeanne de la Champagne, « de Champayn » {Rôles norm. et franc., a' 79),
épouse Nicole Paynel. (Ibid.) De ce mariage est issue Jeanne Paynel, femme
de Louis d'Estouteville, de la branche aînée de celte maison, le défenseur du
Mont-Saint-Miclicl (Rôles, n° 373). Appilly et Gacé étaient à cette époque
naturellement confisqués (Rôles, n" 79, 858, 1010), en même temps que les
terres et châteaux héréditaires des Paynel. — Un Foulques de la Champagne,
« de Champaigne », « de la Champaigne » (Rôles, n" 491, 502), et sa sœur
Marguerite, en avril 1419, en raison de leur absence et rébellion, sont dépossé-
dés de tous leurs biens sis dans les bailliages de Cotentin et de Caen. — Sur
les de la Champagne, voir La Roque, Hist, de la m,aison d'Harcourt, t. I,
p. 151-152 et p. 544.
DiXS LA HAUTE NORMANDIE. 504
main des chevaux échappés du champ de bataille. Tous, surve-
nant l'un après l'autre, viennent grossir l'effarement et le désordre.
Depuis le milieu du jour, un rassemblement de paysans armés,
avertis par quelque fugitif isolé, en avance sur les autres, vient
et va d'Argence à Huest, en quête de nouvelles et s'augmentant
en chemina A Huest, ils laissent passer les Normands, se con-
tentant de se faire raconter l'événement. A Argence, ils attaquent
les Anglais, qu'ils enlèvent avec leur lot de chevaux. Puis la
bande continue à courir les environs à la recherche de nouvelles
rencontres ou de quelque fructueux coup de main.
Auprès de Conches^ dans une orientation déjà divergente, à
six lieues du combat, des faits de même ordre se produisent,
naissent d'eux-mêmes du sol et du miheu. Là, sur la lisière de la
forêt de Couches, dans les villages de Séez-MesniP et de NagelS
en bordure de la route qui vient, par Breteuil, du théâtre du
combat, des bandes se forment, des colonnes de paysans s'orga-
nisent, l'après-midi de la rencontre, se mettent en marche pour
guetter les fuyards et les attaquer au premier détour du chemin ^.
Des Anglais débandés, qui tombent au milieu de l'attroupement,
sont promptement expédiés. L'un d'eux, Richard de Rine, avec
son page, est entraîné dans un petit bois, entre l'écart de la Bre-
tèche^ et la ville de Couches, y est jeté bas et enterré sous le
taillis''. D'autres rassemblements de gens de la campagne sont
t. Noms des autres insurgés cités : Jean Le Prudliomme, Pierre du Perche,
Jean Lormier, Thomas Lessert, tous du village d'Huest.
2. Sur ces événements, aux environs de Conches. Rémission pour Jean du
Périer, journalier, de Séez-Mesnil, près Conches, pour fait de sédition et de
complicité de meurtre. Doc, en date de juin 1425 : faits remontant à la fin de
la journée du 17 août. Arch. nat., JJ 173, n" 164.
3. « Saint-Mesnil près Conches. » C'est Séez-Mesnil, à une lieue environ au
sud de Conches, à gauche de la route de Verneuil à Conches par Breteuil (Eure,
cant. de Conches).
4. « Notre-Dame-du-Naget. » C'est Nagel, un peu plus près de Conches et de
l'autre côté de la même route (Eure, cant. de Conches).
5. Noms des autres insurgés cités : Jean Massieu, Colin Piédefer, Guiot du
Vallet, Féret fils, Jeannot La Prévost, Jean Bellois, tous de Séez-Mesnil. Allu-
sion à l'exécution, déjà accomplie, de Jean Massieu.
6. La Bretèche, entre Nagel et Conches (Eure, cant. de Conches, comm, de
Nagel).
7. Ce petit bois ne peut consister qu'en quelque prolongement de la lisière
est de la forêt de Conches, traversée en cet endroit par la route de Verneuil,
502 LA GUERRE DE PARTISANS
pendant ce temps en marche vers le lieu de la bataille, à la ren-
contre des pelotons isolés, en quête de dépouilles et de massacres.
Plus avant encore, dans la même direction, le territoire du
NeubourgS centre et commandement des routes qui étoilent toute
la région, se révèle comme un foyer d'insurrection remarquable.
Toute une file d'écuyers, de pages, de valets d'armée vient de
s'abattre au Neubourg, fourbue par onze lieues de traite, répan-
dant dans tous les villages d'alentour le bruit de l'anéantissement
de l'armée anglaise. Ceux-là ont fui tout droit devant eux, sur
la route qui mène à Rouent Une bande d'insurgés, dans l'inter-
valle, s'est assemblée sur la place, et, se grossissant en route^
s'est mise en marche pour le Bocage ^ petit hameau bâti sur la
route qui vient de Conches, où elle rencontre plusieurs Anglais
fugitifs. On les entoure, les pousse en désordre vers le petit bois
du Manoir, qui se trouve sur le chemina Là, un des paysans,
dit Jean de Paris, les apostrophe brutalement, leur reprochant
avec injures leur apeurement et leur fuite. Puis la bande les
assaille brusquement, en tue un et jette le cadavre dans un puits.
On se partage les chevaux, dont l'un est une bête de prix, à un
Anglais de la garnison de Vire, qui vaut 67 écus d'or. Sept lettres
de rémission différentes, relatant les faits en termes identiques,
selon la responsabilité de chacun des coupables compromis,
attestent le soulèvement des paysans de ce canton, à plus
1. Sur ces événements, aux environs du Neubourg. Rémissions pour Philippot
de Caux, pour Cardot Picot, pour Colin Hareng, pour Jean Le Valois, pour Car-
din llonfroy, pour Jean Le Fermanel, pour Guillaume Le Faverel, tous cultiva-
teurs du Neubourg, i)0ur fait de sédition et de complicité de meurtre. Doc. en
date de septembre 1424 : faits remontant à « tantost après la journée de la
bataille dernièrement faite près Verneuil ». Arch. nat., JJ 172, n" 633, 634,
635, 636, 637, 638, 639.
2. La route venant de Verneuil par Breteuil et Conches et .se continuant du
Neubourg sur Elbeuf.
3. Noms des autres insurgés : Jean Le Vy, dit Jean de Paris, Telloy Le
Mire, tous deux du Neubourg. Le nom de Cardin Honfroy, auquel est délivrée
une des lettres de rémission citées, est à retenir et à rapprocher de celui de
Chardot Honfroy, le chirurgien de campagne dont le dévouement aux partisans
de la forêt de Breteuil a été précédemment signalé.
4. Le Bocage, à une demi-lieue environ au sud du Neubourg, un peu à droite
de la route venant de Conches.
5. Aucune carte ni dictionnaire topographique ne parait porter trace de cette
désignation.
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 503
de moitié chemin de Verneuil jusqu'aux remparts de Rouen.
D'autres essaims de fuyards se sont lancés dans un rayon dif-
férent'. On les trouve, le soir et le lendemain du combat, dans
les vallées de la Risle et de la Charentonne, vers Beaumont-le-
Roger et Bernay, où leur apparition fait partout éclater le tumulte,
jette les paysans sur des armes, improvise des attroupements
furieux qui se lancent dans la campagne. A la Futelaye, au-des-
sus de Beaumont^ le 18, massacre dans un bois. Autour de
Bernay, soulèvement plus caractéristique. Avec les insurgés se
trouve un noble du pays, un écuyer naguère prisonnier des Fran-
çais, auquel sa captivité n'a pas laissé de rancune. Des compa-
gnies de partisans, qui tiennent le pays aux alentours, sont
sortis de leurs bois et de leurs couverts : les « brigands », dont
on sait à présent le rôle et le signalement, sont venus grossir les
rangs des villageois sédentaires^. Surviennent en débandade les
gens du capitaine anglais qui commande le poste de Bernay : ils
sont attaqués et détroussés. Une bande se porte sur la maison
seigneuriale de la dame des Champs^, où s'est abrité un peloton
d'Anglais, qui ont rassemblé foule de chevaux sans cavaliers,
échappés de la mêlée : on s'en empare et se les partage. L'écuyer
1. Sur ces événements, aux environs de Beaumont-le-Roger et de Bernay.
Rémissions pour Robin Esme, de Beaumont-le-Roger, pour Jean Le Pourry,
de Bernay, pour Jean Le Séneschal, écuyer, pour faits de sédition. Doc. en date
d'août 1424, de septembre 1424, de janvier 1425 : faits remontant à la fin de la
journée du 17 et au 18 août. Arch. nat., JJ 172, n° 629, pièce donnant la date du 18
comme lendemain de la victoire de Verneuil, publiée par M. Siméon Luce dans
la Chron. du Mont-Saint-Michel, Pièces just., n° 32, t. I, p. 142-144; Arch.
nat., JJ 172, n" 627, 604.
2. « La Foutelloye, au-dessus dudit Beaumont. » (Arch. nat., JJ 172, n" 629.)
La Futelaye, à peu de distance au nord de Beaumont-le-Roger, sur la route du
Neubourg (Eure, cant. et comm. de Beaumont-le-Roger).
3. « ... Par cfuoi plusieurs brigans et autres pouvres gens et de petit estât qui
en avoient oy parler. » Arch. nat., JJ 172, n° 604.
Il convient de ne pas s'abuser sur la valeur de cette expression : « de petit
estât ». On la trouve appliquée par la chancellerie anglaise à La Hire et à
Saintrailles eux-mêmes, et ce, non pas au moment de leurs premières armes,
mais en 1436, dans un document officiel, une requête de délégués normands au
roi Henry VL [Rôles norm. et franc., n" 1391.)
4. « ... A l'ostel de la dame des Champs... » (Arch. nat., JJ 172, n» 604.) Les
Champs (?), entre Couches et Beaumont, près du lieu de la Puthenaye (Eure,
cant. de Beaumont-le-Roger, comm. de Romilly-La Puthenaye). On ne voit pas
quelle pouvait être cette « dame des Champs ».
504 LA GUERRE DE PARTISANS
normand qui fraternise avec les insurgés, Jean Le Sénéchal, resté
soldat dans ce désordre, empêche le massacre du page, du com-
mandant de Bernay et d'un de ses compagnons d'armes. Colin
Le Barbier, qui peuvent détaler la vie sauve.
A ce mouvement des environs de Bernay se rattachent très
probablement les faits qui motivent ce groupe considérable de
trente-huit rémissions auquel il vient d'être fait allusion, et dont le
texte ne spécifie malheureusement, quant aux insurgés dénommés,
aucun lieu d'extraction ni de résidence ^ On y voit que des gen-
tilshommes ont été chefs et conducteurs du soulèvements Quant
au lieu de l'action, il serait permis d'avancer que ce fut la vicomte
d'Auge. En effet, l'une des particularités de ces actes, relative à
la perception de l'amende infligée, comme atténuation de peine,
à tous les coupables signalés, se retrouve dans les trois actes
précédents, tous trois concernant cette région si troublée, si mal
soumise, où l'esprit national conserve de si vivaces racines^.
1. Sur CCS événements, sans indication de lieu. Rémission collective pour
Renaud Le Roy, Jean Guellecoquet jeune, Jeannin Le Mire jeune, Jean Marc,
Jean Harbelfe, Jean dit Dcnnes, un autre Jean dit Uennes, Jean Cardanel jeune,
Jean Dobeaux jeune, Colin Danget, Robin Mauvais, Jean Marchand, Pcrrin
Broc, Raoul de Fauville, Robin Piédelièvre, Raoul Houillée, Guillemot Langlois,
Martin du Mont, Cardot Fouquel, Perrin Le Barbier, Guillaume Haulier, Geof-
froy llalley, Jean Guellccoquet aîné, .\lain Quinart, Guillemot Le Moyne, Minet
Michel, Jeannolin Boissel, Jean Marole, Guillaume Le Maistre, Perrin Lenfant,
Jean de Barneville, Jeannotin de Lannoy, Renaud Le Roussel, Jean Le Bourc,
Cardot Simon, Michel du Quesne, Jean Povert, Guillaume Princy, pour fait de
sédition, à l'occasion de ce que « aucunes personnes se feussent mises sus en indui-
sant lesdis supplians et plusieurs simples gens de village et autres de nostre
obéissance, afin d'eulx mettre ensemble pour eulx rebeller à rencontre de nous
et de donner aide et confort à nos ennemis et adversaires. » Doc. en date de
septembre 1424 : faits remontant « tantost après la victoire devant Verneuil ».
Arch. nat., JJ 172, n" 570.
2. Ils sont mis hors la loi et spécialement exceptés de toute amnistie.
« ... Excepté à ceulx qui sont gentilzhommes et qui ont été principaulx capi-
taines et conduiseurs de ladite assemblée... » Arch. nat., JJ 172, n' 570.
3. Rémission est accordée aux insurgés dénommés moyennant la condition
suivante : « Parmy ce que chacun d'eulx paiera du moins x livres parisis
d'amende pour et ou nom de nous à nostre bien amé Durant de Tieuville,
escuier, lieutenant du bailli de Rouen es parties d'Auge et commis de par nous
à recevoir les amendes de cesle chose. » (Arch. nat., JJ 172, n' 570.) Même
amende et même receveur si)écilié dans les trois rémissions accordées aux habi-
tants de Beaumont-le-Roger et de Bernay, qui viennent d'être relevées. (Arch.
nat., JJ172, n" 629, 627, 604.)
DANS LA HAOTE NORMANDTIÎ. 303
Terre classique des partisans, où courent déjà à la tête de leurs
bandes des chefs de compagnie comme les Benoît Collet, les Roger
Christophie, les Perrot Le Saige, les soldats de l'assaut de Livet,
du combat de Boissy-Lamberville et de la grande bataille de
Planches ^
Est-ce par cette voie 2, ou par quelque autre route de débâcle,
l'une de celles que suivent chevaux et cavaliers de la garnison de
Vire', qu'ont passé les premières nouvelles, parvenues à l'extré-
mité de la Normandie, à quarante lieues du champ de bataille,
et dont l'effet extraordinaire se constate au fond du pays Virois.
Là, un jour qu'il est difficile de préciser, très peu après l'heure
du grand choc, des détachements de réguliers français sont en
marche^, occupés à l'un de ces cheminements lointains de bois en
bois, dont on a pu présenter de si caractéristiques exemples.
Ils sont partis^ comme on s'en souvient, des forteresses fron-
tières du Parc, en Cotentin^ de Mausson, sur la lisière du
Maine ^. Informés des premiers bruits de la rencontre, ils pro-
jettent la surprise de Torigny', sur la route de Saint-Lô. Ils
sont de 60 à 80, joints aux partisans disséminés du voisinage^,
et^se massent, pour préparer le coup, dans les fourrés de la forêt
l'Évêque^, à mi-route environ de Vire à leur point d'attaque.
1. Ci-dessus, le Pays d'Auge.
2. Sur ces événements, dans la forêt l'Évéque et à Ferrière-Hareng. Rémis-
sion pour Colin Le Vaillant, écuyer, habitant un manoir écarté sur le terroir
de Ferrière-Hareng, pour faits de complicité envers réguliers français et parti-
sans, assemblés pour savoir des nouvelles définitives de la journée de Verneuil.
Doc. en date de mars 1425 : faits remontant « environ le temps que la bataille
fut faicte à Verneuil ». Arch. nat., JJ 173, n" 115.
3. Dont on a vu des épaves en déroute au Neubourg, par exemple. Arch. nat.,
JJ 172, n° 633.
4. Sur le récit de cette expédition, ci-dessus, les Partisans et les lignes fran-
çaises.
5. Le Parc-l'Évêque, sur le territoire de Sainte-Pience (Manche, cant. de la
Haye-Pesnel).
6. Mausson, sur le territoire de Landivy (Mayenne, ch.-l. de cant., arr. de
Mayenne).
7. Torigny-sur-Vire, sur la Vire, entre Vire et Saint-Lô (Manche, ch.-l. de
cant., arr. de Saint-Lô).
8. « ... Vindrent à son hoslel, de nuyt, plusieurs brigans et nos ennemis, les-
quels par contraincte le menèrent de fait en un bois assez près de sa maison,
ouquel avoit de lx à ini^x hommes armez des forteresses du Parc et de Mau-
son, nos adversaires... » Arch. nat., JJ 173, n° 115.
9. La forêt l'Évêque, massif boisé entre la Vire et la Souleuvre.
506 LA GUERRE DE PARTISANS
Anxieux et impatients de nouvelles, ils envahissent de nuit, sur le
territoire boisé de Ferrière-Hareng', l'habitation isolée d'un vieux
gentilhomme du pays, Colin Le Vaillant, celui même qu'on a vu
les guider à Torigny et cacher en dépôt leurs échelles de siège.
Ils veulent des renseignements sur la bataille en cours. Le vieil-
lard, quia douze enfants à sa charge, les accueille comme il peut
et, mieux informé que les combattants, réguliers ou hors la loi, leur
apprend qu'il a entendu parler de la victoire finale des Anglais 2.
Dans leur stupeur et leur colère 2, poursuivant néanmoins leur
projet, ils vont rôder encore autour de Torigny, puis reviennent
comme on sait mettre en sûreté leurs instruments d' « eschiel-
lage » dans les bois, comptant les y retrouver pour l'heure meil-
leure, dont ils ne veulent pas désespérer.
Dans le Bocage normand, ce sont des réguliers qui improvisent
une opération de guerre, qui s'agrègent aux partisans pour le
soulèvement spontané qui s'affirme. A l'autre extrémité du pays,
vers la baie de la Seine, ce sont des citadins qui se joignent aux
bandes déjà existantes des campagnes, pour soulever une ville,
une ville à poste semi-fortiflé, à fonctionnaires et à soldats. C'est
le seul exemple qui puisse être relevé d'un mouvement de cet
ordre. Il n'en vaut pas moins, surtout par son cadre, son milieu,
par tout ce qu'on a vu déjà, dans le circuit d'alentour, se dépen-
ser de courage et de ruse pour la défense du sol"*.
Comme lieu d'une des dernières manifestations de l'insurrec-
tion, voici maintenant, en effet, la ville même de Pont-Audemer,
un port de rivière, un poste à garnison mobile, à vingt lieues du
théâtre de la rencontre et du désastre supposé^
Dans ces campagnes du Lieuvin, entre la Risle et la Touques,
toutes proches déjà de la côte, où les compagnies de partisans
1. « La Ferrifre-le-Hareng », près la forêt l'Évéque. Ferrière-Hareng, dans ce
district (Calvados, cant. de Bény-Bocage).
2. « ... Le firent jurer qu'il diroit vérité, en lui demandant s'il savoit aucune
chose de nouvel, qui leur dit qu'il avoit oy dire que nosdis ennemis avoient esté
desconfiz à Vernuel... » Arch. nat., JJ 173, n" 115.
3. « ... Dont ils furent très courrouciez... » Ibid., id.
4. Ci-dessus, le Lieuvin.
5. Sur ces événements à Pont-Audemer. Rémissions pour Guillaume Rryan,
pour Jean Piédelièvre, de Pont-Audemer, pour faits de sédition. Doc. en date
d'août, de novembre 1424 : faits remontant à « nagaires... soubz ombre de ce
que la journée de Verneuil estoit perdue ». Arch. nat., JJ 172, n» 586; JJ 173,
n° 110.
DAÎVS LA HAUTE NORMANDIE. 507
comptent plus d'exploits que partout ailleurs, c'est une prise
d'armes qui s'organise, l'attaque d'une ville qui déjà se calcule et se
précise. Aux premières nouvelles qui commencent à courir le pays,
les bandes de partisans qui rôdent aux alentours envahissent les
rues, annonçant la défaite des Anglais * : les gens de la ville se
joignent à eux, recrutent sur la place des adhésions et des renforts*.
Pour quelque temps, quelques heures ou quelques jours, Pont-
Audemer appartient à l'insurrection. Une bande se jette sur l'hôtel
du commandant du poste anglais, l'écuyer Jean Teston, absent avec
ses hommes et encadré dans les rangs de l'armée de Verneuil.
La maison, prise d'assaut, est saccagée de haut en bas. Puis, sur
l'annonce du retour de la troupe, qui regagne à la hâte son can-
tonnement, le rassemblement déserte la ville et se jette dans la
campagne, où il va grossir le nombre des soldats de Guyot Le
Yetre et de Guillaume Halley, les chefs intelligents, énergiques
et prêts à tout qui vont tenir si longtemps encore l'occupation
étrangère en échec.
Tels sont les fruits de la première scène du drame de Verneuil.
Quels bruits confus, quelle sourde et occulte préparation avait dû
précéder l'éclosion brusque d'un mouvement pareil, tellement
identique dans ses manifestations diverses, tellement clair et vio-
lent dans ses épisodes et dans ses signes, il faut se réduire à l'ima-
giner sans le définir 3. Quelles perspectives cette enquête, si
1. « ... Aucuns de Pont-Audemer, par l'introduction d'aucuns de nos malveil-
lants estans èsdictes parties, se feussent assemblés avec ces malveillants pour
tenir les champs... et que iceulx ainsi assemblés aient contraint plusieurs par
force d'aller avec eux. » Arch. nat., JJ 172, n" 586.
2. Il a été souvent parlé des « Anglais de Pont-Audemer », en 1426, à l'occa-
sion des combats des compagnies du Lieuvin (Arch. nat., JJ173, n" 379, 513,
534), et de la « forte maison de Pont-Audemer », en 1433. (Bibl. nat., Cab. des
Titres, P. or., Salvain, n" 30.)
3. Toute l'immense anxiété que le gouvernement anglais put éprouver vers
les approches du choc de Verneuil se reflète dans les formules, spéciales et
inusitées, employées vers cette époque dans Jes documents émanés de la chan-
cellerie étrangère. Tout rappel, toute allusion à. cette victoire inespérée se trouve
accompagné d'expressions significatives, et cela non pas seulement sous le coup
de l'événement, mais encore plusieurs années plus tard.
« La victoire que nostre beuoist Créateur nous a voulu de sa grâce envoler
devant Vernuel. » Doc. en date d'août 1424 à janvier 1425. (Arch. nat., JJ 172,
n°» 570, 604, 627, 629.) — « La très noble victoire que Nostre-Seigneur par sa
bénigne grâce luy (au duc de Bedford) a nagaires donnée devant la ville de
SOS LA GUERRE DE PARTISANS DANS LA HAUTE NORMANDIE.
regrettablement incomplète, si tronquée, si superficielle qu'elle
soit, ne laisse-t-elle pas entrevoir sur l'état des campagnes et des
villes de Normandie pendant ce mois d'août prédestiné de 1424?
Une victoire française dans les plaines du Perche eût soulevé la
région tout entière, eût lancé tout ce qu'il y avait de paysans,
entre Evreux et Touques, dans une poursuite furieuse des Anglais
en déroute. Il semble difficile d'en douter après cette âpre et bru-
tale éloquence des textes. Là, comme dans les châteaux picards,
tout était prêt pour l'action, pour une levée de colères comme
ailleurs pour un élan de répulsions, tout était mûr enfin pour le
rejet de l'étranger, qu'une heure de chance de plus, ce jour-là,
eût balayé trente ans plus tôt de la terre de France.
Germain Lefèvre-Pontalis.
Vernueil. » Doc. en date de novembre 1424. (Bibl. nat., ms. fr. 26047, n" 342,
343, 344.) — « La victorieuse journée nagaires obtenue moyennant la grâce de
Nostre- Seigneur devant Vernueil. » Doc. en date de mai 1427, d'avril, de
mai 1429. (Arch. nat., JJ 173, n-" 18, 30, 110, 115, 670; JJ 174, n»' 297, 304, 338.)
1
DATES
DE DEUX DIPLOMES DE GHARLES-LE-GHAUVE
POUR L'ABBAYE DES FOSSÉS.
Déterminer avec exactitude la date des documents est l'une
des plus rigoureuses obligations imposées à la critique diploma-
tique. Les altérations des originaux et les fautes des copistes
sont à cet égard des causes d'erreur contre lesquelles il importe
d'être prémuni. C'est pour cela que je crois utile de détacher, à
titre d'exemples, du recueil des actes des souverains carolingiens
dont je prépare la publication, l'étude critique des dates de deux
diplômes de l'abbaje de Saint-Maur-des-Fossés.
I.
Parmi les diplômes de Charles-le-Chauve en faveur de cette
abbaye, il en est un par lequel le roi, sur le rapport de l'abbé
Gozlin, « protonotaire » royal, ratifie un échange conclu entre
l'abbé de Lagny et l'abbé des Fossés, Ingelbert, au nom de leurs
monastères^ L'original de ce document, malheureusement mutilé,
s'est conservé; il y manque la partie supérieure, qu'on peut éva-
luer, d'après le formulaire, à un peu moins de la moitié de l'acte.
Cette mutilation existait déjà lorsque André Duchesne en fit, au
XVII® siècle, la seule copie que je connaisse. Jules Tardif a été
jusqu'ici l'unique éditeur de ce diplôme.
La date qu'on lit au bas de la pièce contient les éléments chro-
nologiques suivants : ides de mars (15 mars), 8^ indiction,
6° année du règne, ce qui correspondrait à 845 ou à 846, selon
que l'on calcule d'après l'un ou l'autre de ces chiffres. C'est ainsi
que J. Tardif, s'attachant de préférence à l'année du règne, a
daté le diplôme de 846. Mais cette date porte des traces maté-
l. Voy. le texte de ce document à l'Appendice, n" 1.
v^
h
5^0 DATES DE DEUX DIPLOMES
^ rielles non équivoques de remaniements : en
— — « regardant la pièce en transparence, on voit clai-
K rement : 1° que le chiffre viii, très serré entre
t^ les mots indicHone et anno, a été récrit sur un
**^ grattage; 2° que le chiffre vi était précédé de
\deux caractères soigneusement grattés, et suivi
^ .j. d'un autre grattage. Le fac-similé ci-contre rend
sensible cette altération.
D'autre part, le diplôme est promulgué sur le
rapport de Gozlinus àbba nosterque protono-
tarius, dont le nom figure en outre dans la for-
mule de récognition. Or, Gozlin, abbé de Saint-
Germain -des -Prés, n'est devenu chancelier
qu'après la mort de l'abbé de Saint-Denis, Louis,
survenue le 9 janvier 867 ^ Si, à partir de ce
terme, on recherche, d'après l'itinéraire de
Charles-le-Chauve, en quelle année ce prince a
séjourné à Senlis vers le milieu de mars, on ne
trouve que 868 Ml y a donc lieu de restituer ainsi
les chiffres altérés de la date : indictione [/.],
anno [XX]VI[II.] régnante..., ce qui corres-
pond parfaitement aux vestiges des chiffres pri-
mitifs, et de dater le diplôme du 15 mars 868.
Il subsiste toutefois une grave difficulté. Ingel-
bert, qui est l'une des parties dont le contrat est
ratifié par le roi, et qui figure comme abbé dans
les titres de Saint-Maur-des-Fossés de 841 à
845, avait certainement cessé de l'être a vant le 19
avril 847, date à laquelle on le voit remplacé par
Einard^. Celui-ci à son tour, à la date que je pro-
pose de restituer , avait été remplacé par Godefroi^ .
^>l^^ 1. Annales Berlin., à 867.
\j 2. Annales Berlin., à 868; diplômes du 17 mars pour
^ l'abbaye des Fossés (Orig. Arch. nal., K 14, n" 32; J. Tar-
dif, Mon. hist., a" 200), du 18 mars pour N.-D. de Paris
(Copie du XI" s., ibid., K 14, n» 5; Baluze, Capilul., t. II,
col. 1485); du 27 mars pour Saint-Riquier [Chron. CentuL,
lib. III, cap. XVI, éd. Lot, p. 130).
3. Dipl. de Charles le Chauve (Arch. nat., K 11, n* 52; J. Tardif, Mon. hisl.,
n« 154).
4. Godefroi figure comme abbé pour la première fois dans ua diplôme de
;'V^*i«
DE CHARLES-LE-CHAUVE. 5^^
Il semble à première vue qu'on ne puisse concilier les mentions
dans le même diplôme du chancelier Gozlin et de l'abbé Ingel-
bert. Mais est-il impossible que le diplôme royal soit postérieur
de plusieurs années au contrat qu'il ratifie? Nous n'en possé-
dons, il ne faut pas l'oublier, qu'un fragment ; ne trouverions-
nous pas dans la première partie, si elle était conservée, la solu-
tion de la difficulté? N'y serait -il pas dit, par exemple, que
l'accord a été conclu par feu Ingelbert ? Une chose me paraît de
nature à appuyer cette conjecture, c'est que le formulaire bien
connu de la ratification d'échange se trouve un peu modifié dans
la partie du document qui s'est conservée. Tandis qu'il est dit
ordinairement, dans les actes analogues, que ce sont les parties
elles-mêmes qui ont produit le contrat par-devant le roi et en
ont sollicité l'homologation, il est relaté au contraire dans notre
diplôme qu'il a été concédé sur le rapport et à la prière du chan-
celier. Cette procédure, dont je ne connais pas d'autre exemple,
n'est-elle pas naturelle, si l'acte à ratifier remontait à quelques
années ?
La contradiction apparente qui résultait de la mention d'in-
gelbert et de l'année que fournissait le calcul des éléments chro-
nologiques me paraît de nature à expliquer l'altération qu'on a
fait subir aux chiffres de la date. Un moine, qui savait que l'ab-
batiat d'Ingelbert n'avait guère dû dépasser l'année 845, frappé
de cette contradiction, aura voulu ramener à cette année l'an du
règne et l'indiction. Sans s'inquiéter du terme précis à partir
duquel la chancellerie de Charles-le-Ghauve avait compté les
années du règne, il aura considéré la 6« année comme correspon-
dant à 845, calculé l'indiction en conséquence, et substitué res-
pectivement les chiffres viir et vi aux chiffres i et xxviii, qui
devaient figurer dans la date. C'est avec la même simplicité de
calcul qu'a opéré Eudes de Saint-Maur, iorsqu'Q a remanié et
précisé les dates de certains documents du chartrier de son abbaye
qu'il voulait utiliser pour écrire la vie du comte Bouchard le
Vénérable ^ Aussi serais je assez porté à attribuer à ce même Eudes
l'altération de la date de notre diplôme, d'autant plus que nous
savons qu'il avait entrepris d'autres travaux sur l'histoire de
Charles le Chauve du 23 avril 864 (Orig. Arch. nal., K 13, n° 12^; J. Tardif,
Mon. hist., n" 193).
1. Vie de Bouchard le Vénérable, éd. Bourel de la Roncière, Introd.,
p. XXVII.
542 DATES DE DEOX DIPLOMES
son abbaye • et que, pour autant qu'un seul chiffre autorise un
jugement, c'est bien au milieu du xi^ siècle qu'on peut approxi-
mativement fixer l'époque de la falsification qui nous a occupé.
De cette étude me paraît se dégager un enseignement pour la
critique. Faite avec le secours d'un original, la correction pro-
posée se présente avec tous les caractères de la certitude ; faite
d'après une copie, elle ne serait qu'une conjecture. Mais l'exemple
de ce diplôme doit montrer combien les conjectures de ce genre
sont plausibles. Des contradictions entre les mentions de la teneur
d'un texte diplomatique et les éléments chronologiques de sa date
peuvent s'expliquer par une altération de ces éléments chronolo-
giques et ne sauraient suffire à incriminer l'authenticité de l'acte
lui-même.
IL
Le second diplôme dont je propose de rectifier la date ne nous
est précisément parvenu qu'en copie. C'est la ratification par
Charles-le-Ghauve d'un échange de terres en Parisis, conclu entre
Hilduin, archichapelain du palais, abbé de Saint-Germain-des-
Prés, et Einard, abbé des Fossés, au nom de leurs monastères
respectife^ Ce document, jusqu'ici inédit, nous a été conservé
par une copie fort médiocre du xv'' siècle dans un cartulaire ; une
autre copie, dans un cartulaire du xvrif siècle, est la reproduction
de la précédente. Il y faut joindre une analyse du xvif siècle où
sont rapportés quelques mots de la teneur et la date entière. Les
variantes qu'on y remarque montrent que cette analyse a été
faite, non d'après la copie du xv" siècle, mais d'après un autre
texte, sinon directement d'après l'original.
La date de la copie du cartulaire est ainsi conçue : Data
XV. kl. Janua., indictione IIIL, anno XV 1°. régnante
Karolo... La date rapportée dans l'analyse donne les mêmes
chiffres pour le quantième et l'indiction, mais le chiffre IV pour
l'année du règne.
Le 18 décembre de la 4^ année de Charles-le-Chauve corres-
pondrait à 843 et à l'indiction 6 ou 7 ; le 18 décembre de la
lô'^ année correspondrait à 855 et à l'indiction 4 (chiffre donné
par les deux textes), si l'on admet l'emploi de l'une des indictions
dont le terme initial est en septembre.
1. Vie de Bouchard le Vénérable, ibid., et p. xxii.
2. Voy. le texte de ce document à l'Appendice, n° 2.
1
DE CHARLES-LE-CHAtVE. 5^3
Mais aucune de ces deux dates n'est admissible. En effet,
Hilduin II, l'une des parties contractantes, n'est devenu abbé de
Saint-Germain-des-Prés et archichapelain qu'après la mort
d'Ebroïn, son prédécesseur dans ces deux charges, survenue le
18 avril 858 1. D'autre part, la première mention connue du suc-
cesseur de l'abbé Einard au monastère des Fossés se rencontre
dans un diplôme du 23 avril 864 -. On est donc fondé à supposer
une erreur de lecture des chiffres qui expriment dans l'une et
l'autre copie l'année du règne et l'indiction, et à dater le diplôme
de l'une des années comprises entre 858 et 863.
Il faut observer de plus que le texte de la date présente dans
la copie du cartulaire une singularité qui provient certainement
aussi d'une faute de lecture : elle est dépourvue de l'indication
du lieu, et l'an du règne, qui en est le dernier terme, est énoncé
ainsi : An7io XVP. régnante Karolo gloriosissiyno rege
atque piissimo. Piissimus est une qualification qui n'est point
d'ordinaire attribuée à Charles-le-Ghauve et qui, du reste, à cette
place est tout à fait insolite. La correction se présente d'elle-
même à l'esprit : la date de lieu, avec sa formule habituelle, devait
suivre la date de temps; atque doit donc être une fausse lec-
ture à'Acium, ei piissimo une fausse lecture du nom de lieu.
Le texte rapporté par l'analyse du xvif siècle confirme cette
conjecture : les mots atque piissimo y sont remplacés par Actum
Parisiaco palatio. Au point de vue paléographique, la faute
piissimo pour Parisiaco est possible ; l'omission du mot pala-
tio, devenu embarrassant après la lecture atque piissimo, n'a
rien que de vraisemblable, et l'on pourrait, semble-t-il, admettre
telle quelle la correction. Mais on doit remarquer : 1° que dans
les dates des diplômes royaux de cette époque le lieu est toujours
exprimé par un substantif, à l'ablatif, au locatif, ou à l'accusatif
précédé de la préposition apucl, et jamais par un adjectif ethnique
s'accordant avec le mot palatio ; 2° que Paris semble avoir été
alors déchu de son ancien rang de résidence royale {palatium),
et que dans les rares documents carolingiens datés de Paris (je
n'en connais qu'un seul de Charles-le-Ghauve) cette date est expri-
mée par les mots Parisius civitate.
Il y a donc lieu de croire que l'analyse du xvii^ siècle ne donne
1. Gall. christ., t. II, col. 1136.
2. Pancarte de Charles- le-Chauve (Orig. Arch. nat., K 13, n° 12^; J, Tardif,
Mon. hisi., n" 193).
4895 34
5^4 DATES DE DEDX DIPLOMES
pas pour le nom de lieu une leçon beaucoup meilleure que le car-
tulaire du xv°, et il en faut chercher une autre. Parmi les palais
royaux fréquentés de GharlesleChauve, il en est un dont la dési-
gnation dans les dates répond aux données du problème, c'est
celui de Quierzy, qui y est toujours indiqué par les mots Cari-
siaco palatio. Le G majuscule de l'écriture Caroline, formé de
deux courbes superposées, peut assez facilement être pris pour
un P, et ainsi s'expliquerait l'erreur commune de l'analyse et du
cartulaire.
Si l'itinéraire de Gharles-le-Ghauve était assez complet pour
qu'on sût dans laquelle des années de 858 à 863 il a séjourné le
18 décembre au palais de Quierzy, le problème serait complète-
ment résolu, mais, dans l'état actuel, on ne saurait dire autre
chose sinon que la présence du roi dans cette résidence au 18 dé-
cembre ne paraît impossible dans aucune de ces six années. Force
est donc de se contenter d'une approximation et de dater notre
diplôme du J8 décembre et d'une année indéterminée comprise
entre 858 et 863. Encore ne faut-il pas se dissimuler que cette
solution présente une part de conjecture, puisque, en l'absence
de l'original, la leçon XVkl.jan., bien que fournie par les deux
copies, pourrait être une faute commune, comme est le chiffre de
l'indiction, et que la correction Carisiaco ne s'appuie que sur la
vraisemblance.
A. GiRY.
APPENDIGE.
1.
868, ^5 mars. — Senlis.
Charles-le-Chauve^ sur le rapport de l'abbé Gozlin^ a protonotaire »
royal, ratifie un échange conclu entre l'abbé de Lagny et Ingel-
bert, abbé des Fossés, par lequel ce dernier, avec le consentement
de ses moines, donne à l'abbaye de Lagny des biens en Mulcien, à
Chèvreville* , et des terres en Parisis, aux lieux dits Luciacum et
Tercicum. (Fragment.)
A. Orig. scellé, Arch. nat., K H, n" 2^. Il y manque toute la
partie supérieure. Largeur 0'"486; hauteur 0™367. Réglé au verso
à la pointe. La date, qui a subi des remaniements, est d'une écri-
1. Oise, arr. de Senlis, cant. de Nanteuil-ie-Haudouin.
I
DE CHARLES-LE-CHAUVE. 5<D
ture très différente de celle de la teneur. — B. Copie de A. Du-
chesne, Bibl. nat., Coll. Baluze, t. 41, fol. 129, d'apr. A.
a. J. Tarait, Monuments historiques, n» 150, d'apr. A, à l'année 846.
Karolus de commdtationibds quas ixter se fecerunt abbas hujcs loci
ET ABBAS LaTL\IACENSIS [à] .
Il ^ terra ejusdem Fossatensis adherel monasterii. Econtra vero dédit
prefatus Ingelbertus, Fossatensis monasterii abba, ad partem mona-
sterii Latiniaci, unacum consensu fratrum suorum, in pago Meidico,
in loco qui vocalur Gapreoli villa || ^ mansos très cum omnibus adja-
centiis eorum. Simili etiam modo dédit in pago Parisiaco, inter
Luciacum et Tercicum, campos très quibus ex duobus frontibus et
ambobus Jateribus terra supradicti monasterii iungitur. Unde et duas
commutationes || ^ aequo tenore conscripserunt et, secundum con-
suetudinem, suis conscriptionibus conflrmaverunt, quas Gozlinus
abba nosterque protonotarius et in cunctis fidelissimus, honorificen-
tiae nostrae ad relegendum prensentaliter ostendens, amplissimam
excellentiae i| ^ nostrae magnitudinem petiit ut eas denuo nostrae
auctoritatis scripto confirmaremus. Gujus precibus libenter aurem
accommodantes (6), hoc altitudinis nostrae preceptum super easdem
commutationes fieri jussimus per quod precipimus atque firmamus
Il ^et [c] quicquid pars juste et rationabiliter alteri contulit parti, sicut
in jamdictis commutationibus plenius continetur, jure firmissimo
teneat atque possideat et faciat inde quicquid elegerit. Ut autem haec
auctoritatis nostrae || ^ roboratio firmior habeatur potioremque, in
Dei nomine, per futura tempora firmitatis valeat obtinere vigorem,
anuli nostri inpressione eara subter jussimus sigillari.
Otfredus xotarius ad vicem Gozlixi recognovi et s. [Ruche ;
trace du sceau plaqué.)
Data id. raart., indict. [i.] (c?), anno [xx]vi[ii.] [e] régnante Karolo
a. Cote ait, dos en semi-onciales du XP siècle.
6. La fin du mot est récrite sur un grattage; il semble que le scribe avait
écrit d'abord accommodamus.
c. Sic, corr. ut.
d. Le chiffre VIII, d'une encre beaucoup plus pâle que le reste de la date,
a été récrit sur un grattage, comme il est aisé de le constater en regardant
le document en transparence. Il devait y avoir : « Indict. I. »
e. Deux chiffres, qui ne peuvent avoir été que deux XX, ont été grattés
soigneusement devant le chiffre VI, après lequel un autre grattage doit avoir
enlevé deux unités.
g^6 DATES DE DEDX DIPLOMES
gloriosissimo rege. Actum Silvanectis civitate. In Dei nomine féli-
citer. Amen.
2.
(858-863), 18 décembre. — Quierzy (?).
Gharles-le-Chauve ratifie un échange -par lequel Hilduin, archicha-
pelain du palais et abbé de Saint-Germain-des-Prés, donne à
Vabbaije des Fossés le domaine d'Ozouer en Parisis\ et Einard,
abbé des Fossés, avec le consentement de ses moines, donne à
Saint-Germain-des-Prés des biens dans le même pagus, in arce
qui dicitur Villa Porcorum^.
A. Orig. perdu. — B. Copie du xv« siècle, Arch. nat., LL 49
(Gartulaire du XV^ siècle), fol. 48. —G. C4opie du xvm^ siècle, ibid.,
LL 50 (Copie du cartul. en papier), fol. 55 v», d'apr. B. — D. Ana-
lyse et extraits du xvii« siècle, Bibl. nat., ms. fr. 23328 (Extraict
des chartes de l'abbaye de Sainct-Maw-des- Fossés), fol. 310 v°.
PftKCEPTUM KaROLI REGIS DE OrATORIO (a).
In nomine sancle et individue Trinitatis. Karolus gratia Dei rex.
Si enim ea que fidelis [b) regni nostri inter se commutaverint pro
eorum opporlunitalibus ac commodilalibus, nostris confirraaraus
ediclis, régie celsitudinis more cousue veri mus (c) ac per hoc jure
fîrmissimo inviolabililer mansurum esse volumus. Quapropler nove-
rit omnium sancte Dei ecclesie fidelium noslrorumque tara presen-
tium quam fulurorum industria quia venerabilis Hilduinus, sacri
palatii nostri archicapellanus et monasterii sancti ac beatissimi con-
fessoris Ghrisli Germani, quod est constructum extra muros urbis
Parisiace(rf), adiensserenitatem nostram humiliter celsitudini nostre
innotuit qualiter cum quodam reverendo viro, Henardo nomine, atque
abbate Fossatensi (e) cenobii, quod est constructum in honore sancti
Pétri apostolorum principis, quasdam res pro congrua sibi oppor-
tunitate commutassent. Dédit itaquc prefatus abbas, videlicet Hildui-
a. Titre du cartul. B.
b. Corr. fidèles.
c. Corr. moreni coasuescimus.
d. Suppl. abbas.
e. Corr. Fossatensis.
1. Ozouer-la-Ferrière, Seiae-et- Marne, arr. de Melun, caat. de Tournan.
2. Peut-être Porcheville, Seiae-et-Oise, arr. de Manies, cant. de Limay.
J
DE CHÂRLES-LE-CHAUVE. 5^7
nus, parti bus monasterii Sancti Pétri Fossatensis atque memorati
Heinardi abbatis seu fratrum ejusdem cenobii quasdatn res Sancti
Germani, sitas in eodem pago Parisiensi, villa Fossatensis (o) que nun-
cupatur Oratorium, aspicientes ad villara que vocatur, hoc est inter
cultam seu incultana terram ad Praticum (6), bunuaria octo et dimi-
dium ; et e contra in recompensatione hujus meriti dédit pretaxata [c]
Heinardus abbas, ex rébus ecclesie Fossatensis, una cum consensu et
volunlate omnium monachorum ibidem obsequiis famulentium (c?) ,
in prescripto pago, in arce qui dicitur Villa Porcorum, partibus sancti
Germani atque Hilduini abbatis de terra arabili bunuaria decem et
dimidium ; unde et quas (e) commutationes inter se factas parique
tenore conscriptas ab (/*) bonorum hominum manibus roboratas nobis
ostenderunt ad relegendum, sed pro intégra inflrmitate petierunt cel-
situdinem nostram ut easdem auctoritatis nostre precepto conflrmare
dignaremur. Quorum petitionibus, quam [g] satis racionabiles (A), hoc
magnitudinis ac celsitudinis nostre preceptum fieri jussimus per quod
precipimus atque firmamus ut quicquit,(e) opportunilatisaccommodi-
tatis libitu (j), jure firmissimo teneat atque possideat. Ut autem hec
nostre preceptionis atque confirraationis actus [k] majorera, in Dei no-
mine, per super memorata tempora obtineat vigorem, anuli nostri
impressione subter eam assignari jussimus. Gislebertus [l] nota-
rius ad vicem Hludowici recognovit.
Data XV. kl. janua., indictione un., anno xvi". (m) régnante Karolo
gloriosissimo rege. Actum Parisiaco palatio [n) . In Dei nomine. Amen.
a. Villam Fossatensem (?)
b. Le texte est ici altéré; peut-être suffirait-il d'une interversion pour le
rétablir : aspicientem ad villam que vocatur ad Praticum, hoc est, inler cultam
seu incultam terram, bunuaria octo, etc.
c. Corr. pretaxatus.
d. Corr. famulantium.
e. Corr. duas.
f. Corr. ac.
g. Corr. que.
h. Add. nobis vise sunt, assensum prebentes.
i. Add. pro eorum.
j. Add. pars juste et rationabiliter alteri contulit parti.
k. Corr. aucloritas.
l. Gelbertus, B C.
m. anno IV., D.
n. atque piissimo, B C. Corr. Carisiaco(?)
LA DATE DE LA NAISSANCE
DE
JEAN D'ORLÉANS COMTE D'ANGOULEME
Issu de l'illustre et malheureux Louis de France, duc d'Or-
léans ', et de Valentine Visconti, Jean d'Orléans, comte d'Angou-
lême, était le petit-fils de Charles V, et il fut l'aïeul de Fran-
çois I". C'était le frère de ce duc-poète à la grâce délicate et un
peu mièvre, Charles d'Orléans.
Deux biographies du prince parurent en 1588 et en 1589.
L'une d'elles, très brève et très vague, est de Papire Masson^.
L'auteur de la seconde, en apparence plus sérieuse, J. du
Port, sieur des Rosiers^, fait naître le comte ^ le 26 juin 1404,
1. Voir le livre très documenté de M. E. Jarry : la Vie polUique de Louis
de France, duc d'Orléans, 1372-1407. Paris, Picard, et Orléans, Ilerluison,
1889, in-8°, xx-486 pages.
2. Vita inclyti principis D. Joannis Engolismx... Papirii Massonis stylo
et opéra. Parisiis, 1588, petit in-12. — La môme, « mise de latin en français. ».
Paris, 1613, pclil ia-8°.
3. La Vie de Ires illustre et vertueux prince Jean, comte d' Angoulesme,
aïeul du grand roij François... Dédié à monseigneur le duc d'Espernon par
Jean du Port, sieur des Rosiers, conseiller du roy en la seneschaucée el siège
presidial d'Angoulmois. A Angoulesme, par Olivier de Minières, 1589, [vi-]
151 pages, petit in-4°, avec tableau généalogique. Nouvelle édit. Angouléme,
1602. — Réédition aux frais de la Société archéologique et historique de la
Charente, par J.-F.-Eusèbe Castaigne, bibliothécaire de la ville d'Angouléme,
in-8% xxxii-111 pages, avec 2 planches et un tableau généalogique. Tirage à
part. — C'est à cette réédition que nous renvoyons. — La dédicace est datée
du 21 décembre 1588.
4. Jean d'Orléans ne prit le titre de comte d'Angouléme que lorsque Charles
son frère le lui céda, après l'assassinat de Louis de France, le 23 novembre 1407.
Charles l'échangea alors contre celui de duc d'Orléans, sous lequel il est connu
dans l'kistoire (Arch. nat., K 55, n" 27», 27- et 28; K 56, n" 18 [vidimus]). —
DATE DE LA NAISSANCE DE JEAN d'oRLe'aNS COMTE d'ANGOULÈME. 549
à Orléans 1. La fortune de cette date, donnée cependant sans
preuvesS a été singulière : pendant trois siècles, les historiens,
sans songer à en faire la critique, l'ont communément adoptée^
La valeur générale de l'œuvre de du Port justifiait-elle donc
tant de confiance ? Il est permis d'en douter, rien qu'à voir la
dédicace et la fin du volume. Nous y trouvons que le livre a été
Bibl. nat., Pièces on£/?noZe5, 2155, 5 (251), 355. — Monstrelet (Enguerrand de),
Chroniques..., publ. par Douët d'Arcq pour la Société de l'histoire de France.
Paris, 1856-62, 6 vol. in-S", t. I, p. 394 et 167. — Vallet de Viriville, Geste
des nobles, dans le vol. de la Chronique de la Pucelle, ou Chronique de Cou-
sinot. Paris, Delahays, 1859, in-16 (Bibl. gauloise), p. 118. — C'est donc pour
plus de commodité seulement que nous appellerons, avant 1407, Jean d'Orléans
comte d'Angouléme.
1. Édit. Castaigne, citée, p. 4 : « Jean d'Orléans et de Valois, duquel nous
proposons d'escrire la vie, nasquit, régnant Charles VI, le xxvi juin 1404, en
la ville d'Orléans. » — Pap. Masson faisait lui aussi naître Jean en 1404, puis-
qu'il lui donnait neuf ans accomplis en 1413, quand les Anglais l'emmenèrent
prisonnier dans leur île : « Abductusque in insulam iliam [Britanniam]
anno 1413, cum nonuvi xtatis sux vix impîevisset, » p. 6-7. Édit. de 1588,
citée. — Avant du Port, la date de 1404 avait été assignée à la naissance de
Jean : 1° par Corlieu (voy. note 4, iiifra, p. 52^), p. 132, qui écrivait en 1566-76;
2» par Pap. Masson {De episcopis tirbis, 1586, p. 344 r", cf. infra, et dans sa
vie du comte de 1588). Du Port le premier parla du 26 juin.
2. J. du Port indique généralement ses preuves dans la marge de son texte.
Or il ne nous renseigne pas sur le document qui lui aurait fourni la date en
question.
3. Le Père Louys Beurrier (Ms^oire du monastère... des... Célestins de Paris
contenant ses antiquités..., avec le testament de Louys, duc d'Orléans. Paris,
1634, in-4% [xxn-]428 pages, portr.), p. 339. — François Vigier de la Pile
{Histoire de l'Angoumois... publ. avec des documents inédits... par Michon.
Paris, 1846, in-4''), p. xliij. — Sénemaud {Bulletin de la Soc. archéologique et
historique de la Charente, 1859), p. 227. — P. de Lacroix [le Château de
Bouieville, bull. cité, 1875), p. 126. — Vallet de Viriville {Bibl. de l'École
des chartes, 2^ série, III), p. 137, n. 3, etc. — Enfin, plus récemment, en 1889,
M. de Maulde La Clavière {Histoire de Louis XII, 1" partie, t. I. Paris, Leroux,
1889, in-S"), p. 34, n. 1.
Dès l'année précédente, 1888, la réaction contre le témoignage de J. du Port
avait commencé (cf. École nationale des chartes. Positions des thèses soute-
nues par les élèves de la promotion de 1888. Épinal, 1888, in-8% 144 p.; Jean
d'Orléans, comte d'Angouléme, chap. I, p. 33; M. du Fresne de Beaucourt,
Uist. de Charles VII. Paris, 1881 et suiv., t. IV [1888], p. 18, n. 6). — Notre
confrère M. E. Jarry est arrivé sur ce point et la même année à des conclu-
sions en partie analogues à celles que nous présentons ici (cf. infra). Nous
devons à son aimable obligeance la communication de plusieurs documents, d'un
intérêt capital pour la présente étude, émanés de sa collection particulière.
Nous lui en exprimons notre bien vive gratitude.
520 LA DATE DE LA NAISSANCE
composé « pour exciter un chacun à conformer sa vie et mœurs
à l'exemple de ce vertueux prince' ; » c'est aussi afin de sauver
Henri III. Dans la détresse de la France, « Sa Majesté avoit faict
en personne divers voyages et pèlerinages pour invoquer les
saints qui sont vénérés en diverses églises du Royaume, qui sem-
blojent avoir faict la sourde oreille... » « Il ne restoit plus qu'à
avoir recours au sainct tutélaire de la maison d'Angoulesme-^, »
le comte Jean. Enfin, ce qui décida vraiment du Port à retracer
les hauts faits de son héros, ce fut la lecture de l'enquête de cano-
nisation du prince 3, faite de 1518 à 1519^. L'ouvrage du sieur
des Rosiers est donc une hagiographie.
La quaUté des sources où a puisé l'auteur ne nous autorise pas
à accorder beaucoup plus d'estime à sou livre. Il a recours
presque exclusivement^ à des sources narratives*' ou à des livres
1. Éd. Caslaigne, p. 100.
2. Ibid., p. xiii.
3. Ibid., p. XVI, XVII, XXVI, xxvii. J. du Port eut connaissance de celte
enqu(He par l'évoque d'Angoulême, Charles de Bony (ibid., p. xxvi: cf. Pouillé
historique du diocèse d'Angoulême, par M. l'abbé J. Nanglard..., 1894. Angou-
léme, in-8°, vii-633 pages, t. I, p. 61-62).
4. J. du Port, éd. Castaigne, citée, p. xvii : « l'Inquisition qui fut faicte par
defunct Anthoine d'Estaing, evesque d'Angoulesme, en l'année 1518. » —
Cf. Missive d'Anthoine d'Estaing... à... Madame la duchesse d'Angoulmoys...,
mère du roy, ibid., p. xx. a ... il y a environ 52 ans que ledict seigneur [Jean,
comte d'Angoulême] est trespassé..., » écrit l'évêque à Louise de Savoie en
l'informant qu'il vient d'achever l'enquête de canonisation. Comme Jean d'An-
goulême mourut le 30 avril 1467 (voy. Journal de son enterrement, éJit. Sene-
maud. Paris, Aubry, 1863, in-S", xiij-25 p.), cinquante-deux ans plus tard nous
reporte au temps écoulé du l" mai 1518 au 30 avril 1519. Cent vingl-huit
témoins furent entendus pour cette « Inquisition » (cdit. Castaigne, p. xxi, etc.).
5. J. du Port a connu en effet : 1" le testament du comte que lui avait com-
muniqué Charles de Bony, il l'a publié in extenso (p. 82-91); 2° une confirma-
tion de ce testament par la comtesse (p. 91); 3° le cartel des princes d'Or-
léans au duc de Bourgogne, dont le texte est fort altéré (cf. p. 18-19 et note);
4' une lettre du comte ;\ l'abbé de la Couronne (p. 61-62); 5° une épître dédicatoire
d'Odo de Fouillaco, précepteur du comte, à son élève (p. 63). — De ces cinq
documents, les trois premiers seuls sont datés du jour et de l'année; le qua-
trième du jour seulement, et le cinquième a été mal daté par du Port. — Quant
à l'enquête de canonisation, du Port n'a pu y trouver une bien grande préci-
sion chronologique (cf. p. 63 et suiv.). — Il cite la session 39 du concile de
Bâle : il a consulté en effet le Secundus toimis concilior. gênerai. (Paris, in-fol.,
1524, foi. ccxx v"> et ccxxj r°).
6. Les chroniques auxquelles recourt J. du Port sont au nombre de deux
seulement : 1° Monstrelet (p. 10, 14, 16, 21 de l'édit. de Castaigne); 2° le pré-
DE JEAN d'oRLÉANS COMTE d'aNGOULÊME. 92-I
de seconde main ^ et n'a pas pu contrôler ni rectifier leurs dates
à l'aide de documents d'archives. Il n'y a donc pas lieu d'être
tendu Alain Chartier (p. 14, 20, 21, 37, 46, 47, 51, 52, 53, 54). Les renvois
de J. du Port à ces deux sources sont exacts : nous les avons vérifiés. Il s'est
sans doute servi : 1° du Volume premier des chroniques d'Enguerran de
Monstrelet, gentilhomme jadis demeurant à Cambray en Cambresis... Paris,
1572, in-fol.; cf. le texte de du Port, p. 10, 21, etc., au texte de Monstrelet,
fol. 8 r" et 14 r", fol. 147r''et v%etc.; 2° des Cronicques du feu roij Charles VIP...,
par feu maître Alain Chartier... Paris, 1528, in-4°; cf. le texte de du Port,
p. 14, 20, 21, etc., au texte de Chartier, fol. vr" et v°, fol. ix r' et v, etc. —
Rappelons que la chronique attribuée à Chartier par J. du Port et ses contem-
porains est en réalité de Gilles de Bouvier, dit Berry. (Voy. M. J. du Fresne de
Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. I, p. liv et Iv.)
1. Parmi toutes les compilations, il n'en est pas que Jean du Port mette
davantage à contribution que celle qu'il nomme les Annales de France (p. 12,
13, 15, 16, 17, 20, 21, 26, 27, 29, 33, 34, 35, 39, 42, 46, 47, 52, 53, 56, 58, 59,
60, 98), ou simplement l'Histoire de France (p. 48). Il s'en sert même sans les
nommer (p. 16; cf. p. 1032 de Belleforest). Il a eu sous la main les Grandes
Annales et histoire générale de France dès le règne de Philippe de Valois
jusques à Henri TU, à présent heureusement régnant..., par François de Belle-
forest..., t. II. Paris, 1579, in-fol. Les renvois de J. du Port (p. 12, 13, 15, 21, etc.)
correspondent en effet aux pages 1022, 1016, 1032, 1039, etc., de Belleforest.
— J. du Port a puisé aussi (p. 34, 37, 56) dans les Amiales de Bourgongne, par
Guillaume Paradin, de Cuyseaulx. Lyon, 1566, in-fol., xi-995 pages (cf. p. 768
et suiv., 791 et suiv., etc., de ces annales); — dans les Annales d' Aquitaine,
par Jehan Bouchet. Poitiers, 1557, in-fol. (cf. du Port, p. 47, 52, et Bouchet,
fol. 134 V, etc.); — dans les Annales de Bretagne (p. 1, 14, 21), qui sont les
Grandes Annales ou cronicque... de nostre petite Bretaigne... commançantz
au roy Brutus... jusques aux ans de présent et du... roy Françoys premier
de ce nom... (édit. de 1541. Bibl. nat.. Réserve, Lk^ 445), par Alain Bouchard.
Les trois références de du Port se retrouvent dans ce volume, fol. cxxv r°,
col. 1 et 2 ; fol. cl v et fol. clj r» ; — dans Polydore Virgile (p. 21, 26, 29) : Poly-
dori Vergilii Urbinatis anglix historix libri XXVIl. Basileae, 1556 (cf. p. 438,
lignes 10-30, p. 444, 454); — enfin, dans ce qu'il appelle les Chroniques anglaises
de Georges du Liz. C'est le Chronicon sive brevis enumeratio regum et prin-
cipum in quos variante fortuna Britanniee imperium diversis temporibus trans-
latum est, Georgio Lilio Britanio auctore. Francoforti, 1565, in-4'', [iii-J82 p.
(Bibl. nat., Na8. Réserve). Le texte de du Port (p. 21 et 26) correspond au texte
du Chronicon (fol. 53 v° et 54 v).
On sait que ces compilations générales ou provinciales sont faites sans
critique. Dom Morice, dans son Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne,
t. I, p. vu (Paris, 1740, in-fol.), apprécie ainsi l'ouvrage d'Alain Bouchard :
« Le titre de cet ouvrage fait assez sentir que l'auteur a admis les fables
qui avoient cours de son tems. » Dom Lobineau {Hist. de Bretagne. Paris,
1707, in-fol., Préface, I) est plus dur encore : « Pour ce qui est des faits, il
[Alain Bouchard] passe assez légèrement sur les véritables et s'arreste beau-
coup aux faux. » D'autre part, Tiraboschi {Storia délia letieratura italiana.
522 LA DATE DE LA NAISSANCE
surpris de ses nombreuses fautes chronologiques • : il fait venir
au monde après 1404^ Philippe, comte de Vertus, né cependant
dès 1396 3, et il prétend * que Jean d' Angoulême, livré aux Anglais
en 1412^, ne leur fut abandonné qu'en 1413.
Avant de se servir de du Port, il était prudent, on le voit, sur-
tout quand il s'agit d'une date, de vérifier avec grand soin son
témoignage. Aussi bien nous paraît-il indispensable de rechercher
Modène, 1772-8-2, 13 vol. in^") écrit (t. Vil, p. 1027), au sujet de l'histoire de
Poljdore Virgile : « J'accorderai aux écrivains anglais que cette histoire est
superficielle et remplie d'erreurs. » — Il suit de là que J. du Port n'était pas
très difficile sur la valeur des livres dont il se servait.
Ajoutons que J. du Port a consulté une troisième série d'ouvrages : 1° VHistoire
singulière du roy Louis XII..., par mess. Claude de Seissel (édit. de 1558,
petit in-8°. Paris, G. Corrozel). J. du Port (p. 45) se sert d'un passage de Seys-
sel (édit. citée, fol. 39 r" et v°) ; — 2° ce qu'il appelle (p. 38) « Masson, en la
vie d'Eugène IV, > c'esl-à-dire : Papirii Massonis libri sex de Episcopis Urbis...
Parisius, 1586, in-i", ]ir421 fol.; la citation de du Port se retrouve au fol. 344 r"
de Masson ; — 3° le Recueil en forme d'histoire de ce qui se trouve par escrit
de la ville et des comtes d'Engolesme..., par François de Corlieu... Engolesme,
Jean de Minières, 1566 [sic] [1576]. J. du Port y renvoie, p. 21, 42, 45; cf. Cor-
lieu, p. 132, 133, 136.
1. J. du Port fait mourir Philippe, duc de Bourgogne (p. 12), en 1405 ; il mourut
le 27 avril 1404 (voy. E. Jarry, op. cit., p. 307). — P. 42, il place en 1447 la vente
du Périgord à Jean de Bretagne, comte de Penlhièvre, tandis que cette vente
eut lieu le 4 mars 1438 (n. st.) (cf. Brilish Muséum, Addit. chart., 3818, 4407,
4413, 4414; Dessalles, Histoire du Périgord. Périgueux, 1885, 3 vol. in-8°, t. III,
p. 35, 428-429, etc.). — P. 52-53, il place le siège de Bordeaux en 1454 (du
1" août au 7 octobre); ce siège eut lieu en 1453, du 13 août au 19 octobre
(voy. G. du Fresne de Beaucourt, Hist. de Charles VII, citée, t. V [1890J,
p. 278-285). — P. 53, il affirme que le duc d'Alençon fut condamné en 1459 :
or, la condamnation fut prononcée le 8 octobre 1458 (//nd., t. VI [1891], p. 193-
197). — P. 56, il prétend que le sacre de Louis XI eut lieu en 1462; ce sacre
eut lieu cependant le samedi 15 août 1461 (cf. Joseph Vaësen, Lettres de
Louis XI, publ. pour la Société de l'histoire de France, t. Il [1885], p. 1-2). —
P. 60, il fait décéder Charles d'Orléans en 1463, bien que la véritable date de
la mort de Charles soit 1465, nuit du 4 au 5 janvier (M. dcMaulde La Clavière,
Hist. de Louis XII, t. I, p. 120. Paris, Leroux, 1889).
2. Page 4. Voy. la note de Castaigne.
3. Cf. E. Jarry, op. cit., p. 169, n. 1. « Philippe naquit dans les dix derniers
jours du mois de juillet » 1396.
4. Page 21.
5. Jean d'Angouléme fut livré aux Anglais par le traité de Buzançais, du
14 novembre 1412, dont nous avons l'original aux Archives nationales, K 57,
a' 28 (cf. K 59, n» 4, fol. 1 r--3 V; J 919, 26, fol. 8 r°-10 v»). — Bibl. nat.,
iWouv. acq. fr., 3641, Coll. Bastard, 661 et 663. — British Muséum, Addit.
Charl., 244, 245, 246. Cf. Laborde, Ducs de Bourgogne, 6222.
DE JEAN d'0RLE'a?(S COMTE d'aNGOULÊME. 523
s'il concorde avec les renseignements certains que nous possédons
d'autre part.
Or, du Port est justement, quand il affirme que Jean d'Angou-
lême naquit en 1404, en contradiction formelle avec le testament
de Louis de France*. Le duc y parle de Jean, son fils, en des
termes qui démontrent que celui-ci était vivant à la date du tes-
tament, soit le 19 octobre 1403 :
« Item, des biens temporels de ce mortel monde que mon
« benoist créateur m'a prestez, je ordonne le partage de mesdits
« enfants Charles, Phelippe et Jehan, par forme et manière que
« ensuit :
« C'est à scavoir audit Charles, mon aisné fils, la duché d'Or-
« léans...
« Item, je vueil et ordonne que Phelippe, mon second fils, ait
« la comté de Vertus...
« Iteyn, je vueil et ordonne que Jehan, mon tiers fils, ait les
« comtez d'Angoulesme et de Pierregort... »
On pourrait objecter que Louis de France eut d'autres fils du
nom de Jean et qu'il est fait ici allusion à l'un d'eux.
On connaît, en effet, au duc, trois enfants qui portèrent ce
nom^. Le premier était mort le 19 octobre 1393^, au plus tard.
Il était, du reste, l'aîné de Charles^, non son puîné, comme le
1. Ce testament est au British Museura, Addit. Chart., 30758. Le texte que
nous citons est aux fol. 129 v°-130 r. — 11 a été publié par Beurrier (voy. note 3,
p. 519), p. 292-335, et par Godefroy, Eist. de Charles VI, p. 631.
2. Cf. Jarry, op. cit., p. 231. M. Jarry ne compte pas le bâtard.
3. « Loys, fils de roy de France, duc d'Orléans... Nous,... considérans les
bons services que damoiselie Jehanne de Cherances, nagaires nourrice de feu
Jehan nostre 1res cher filz, dont Dieux ait l'âme, a faiz à nostredit filz,
depuis sa naissance jusques à son trespas... » Paris, 19 octobre 1393. (Bibl.
nat., Quittances, Charles VI, fr. 26026, pièce 1912.) — Ibid., Pièces originales,
2152, Orléans, 2, pièce 161, troisième paragraphe avant la fin de l'acte : « A Pri-
meur de Bezoux, pannelier de Mad. la duchesse d'Orléans, 50 fr., lesquelz
mondit seigneur [Loys d'Orléans] lui avoit donnés de sa grâce especial, pour
cause des premières nouvelles par lui apportées à ycellui sgr de la nativité de
feu Jehan mgr son filz, si comme il appert par quittance dud. Primeur, donnée
le 17° d'octobre ensuivant oudit an [1393]. »
4. Né à l'hôtel Saint-Paul, le 24 novembre 1394 (cf. Jarry, op. cit., p. 129-
130 et p. 75) et non le 26 mai 1391, comme on l'a cru longtemps. Dans les
lettres d'émancipation qui lui sont délivrées par le roi, le 10 décembre 1408,
Charles d'Orléans est dit « aagié de xiv ans » (Bibl. nat., fr. 20380, n° 21). Ce
nouveau texte confirme donc la rectification de M. Jarry.
524 LA DATE DE LA .\AISSANCE
voudrait le testament. Pour cette double raison, il n'est pas ici
question de lui. Le second est le célèbre bâtard d'Orléans. Ce
n'est pas la date de sa naissance qui nous permet de l'écarter ;
cette date, nous l'ignorons'. C'est son nom même. Le duc son
père, en parlant de lui, aurait dit, dans le langage du temps,
Jehan le bastard, et non pas « Jehan, » tout court. Les enfants
illégitimes avaient beau être tolérés par la mode-, le bâtard d'Or-
léans, en particulier, eut beau être accueilli dans sa famille pater-
nelle et traité comme un fils par Valentine^, l'usage n'était pas
moins constant : ils avaient, dans leur nom, comme dans leur
écu que rayait une barre, un signe certain qui rappelait toujours
la qualité de leur origine.
Des trois fils de Louis de France qui reçurent le nom de Jean,
les deux premiers étant exclus, reste le troisième, l'aïeul de Fran-
çois P^ Il était le puîné de Charles et de Philippe ^, comme l'exige
notre texte. Il reçut les comtés d'Angoulême et de Périgord que
lui assigne le duc. A moins de supposer, ce que les chroniques ni
les documents ne disent nulle part, l'existence d'un quatrième fils
du nom de Jean qui serait mort avant le 24 juin 1404, force est
bien de croire que la clause testamentaire citée plus haut se réfère
au comte d'Angoulême. Et, comme nous devons préférer au texte
suspect de J. du Port le testament dont l'exactitude et l'authen-
ticité ne sont pas douteuses, il ressort clairement que Jean d'An-
goulême vivait déjà le 19 octobre 1403.
Nous pouvons préciser davantage. Durant les quatre années
qui précèdent ce jour, nous retrouvons le jeune prince dans
les comptes ou dans d'autres documents bien datés : le 7 avril 1403
(n. st.), son père fait payer pour lui le prix d'une houppelande^;
le 10 décembre 1402, on nous mentionne les femmes de chambre
qui le soignent^; il chausse alors une paire de hautes bottes et
revêt un manteau d'écarlate'; le 30 octobre 1402, on lui fait
1. Celle du 23 novembre 1402 n'est pas sûre. On préfère généralement 1403
ou 1404 (cf. Jarry, op. cit., p. 295, n. 2).
2. Voir à ce sujet Vallet de Viriville, Hist. de Charles VII, t. III, p. 7-8.
3. Jarry, oj)- cit., p. 357.
4. Dans tous les actes originaux où son nom se trouve, ainsi que celui de
SCS frères, il est énuméré le troisième, après Charles et Philippe (cf. infra).
5. British Muséum, Addil. Chart., 2384. Joursanvault, lot 617.
6. Ibid., 2401. Joursanvault, lot 3540.
7. Ibid.
DE JEAN d'orLE'aNS COMTE D^NGOULÈME. 525
porter le deuil de son aïeul, le duc de Milan*. Le 11 mars 1401
(n. st.), Yalentine donne quittance de 1,200 livres tournois
reçues pour les dépenses de « la dernière gésine » qu'elle fit de
Jehan, son fils^. Le 29 janvier de la même année, elle parle de
la nourrice et de « la berceresse » de l'enfant 3. Jean est encore
nommé le 20 janvier 1401^ (n. st.). Enfin Louis de France, qui,
chaque année, pour lui et chacun de ses fils, avait sa part dans
les livrées du roi, reçoit trois houppelandes _^OMr ses trois fils,
le l^"" mai 1400 ^ Il n'en avait eu que deux, pou7^ ses deux fils,
le l'^'- mai 1399 ^
Jean d'Angoulême naquit donc entre ces deux dates. C'est là
un second résultat.
En voici un troisième. M. Ed. Jarry a, le premier, publié les
trois fragments qui nous restent d'un testament authentique rédigé
par Louis de France le 7 août 1399'. Le duc écrit :
1. Louis, duc d'Orléans, ordonne de payer « une cotte et ung chapperon...
pour nostre très chière et très amée compaigne pour le dueil du trespassement
de feu nostre très chier et très araé père le duc de Millan... 13 aulnes, dont on
a fait pour Charles, conte d'Engoulesrae, Philippe et Jehan, noz enfans, à
chascun une houppelande... » Donné à Thionville, le 30 octobre 1402. {Add.
Chart., 2400. Joursanvault, lot 3540.)
2. Collection Jarry. Communication de M. Ed. Jarry.
3. Ibid.
4. « Loys, duc d'Orléans,... quatre houppelandes de fin drap noir de Londres...
pour le duel du trespassement de mgr le Daulphin, l'une longue pour nous et
les trois autres pour Charles, Philippe et Jehan, noz enffans... Une cotte
simple d'escarlate vermeille que nous avons fait faire pour Jehan, nostre filz...
quatre aulnes de fine toille de Rains, dont nous avons fait faire deux doubles...
pour Jehan, nostredit fils. » (British Muséum, Addit. Chart., 2373. Joursan-
vault, lot 613.)
5. Bibl. nat., fr. 20379, fol. 37 V (coll. Gaignières). « Extrait d'un volume
de la Chambre des comptes en parchemin. XIV" compte extraordinaire de Charles
Poupart, argentier du roy. Noms des seigneurs, chevaliers et escuyers auxquels
ont été délivrées houpelandes le 1"" may 1400. Escuyers : trois fils de mgr d'Or-
léans. » (Cf. British Muséum, Add. Chart., 2367. 5 mai 1400, on fait faire des
« braceroles » pour Jean.)
6. « XII"= compte... Ce sont les noms des seigneurs, chevaliers, escuyers et
autres officiers du roy, nostre sire, auxquels ont été délivrées houpelandes
pour eux vestir, de la livrée que le roy a faicte le 1" mai 1399, jusqu'au nombre
de 200 houpelandes... Escuyers... deux fils de mgr d'Orléans. » (Bibl. nat.,
fr. 20379, cité, fol. 37 v».)
7. Op. cit. Louis de France..., p. 229-230, d'après une copie de la Collection
Doat de la Bibl. nat., coUationnée sur l'original aux archives des Basses-
Pyrénées.
526 LA DATE DE LA NAISSANCE
« Item, des biens teraporelz de ce monde mortel que mon
« benoist Créateur m'a prestez, je ordonne le partage de mesditz
« enfants Charles et Philippe et Jehan... »
M. Ed. Jarry pense que le nom de Jehan est mis là par suite
d' « une erreur du scribe*. » Il allègue surtout deux raisons.
L'une, c'est que les biens de Louis d'Orléans sont partagés entre
Charles et Philippe et que Jean n'a rien 2. Un tel argument ne
vaudrait que si, au lieu de trois paragraphes seulement, nous
avions le testament complet et si nous pouvions nous assurer
qu'en effet le duc n'avait rien donné à Jean dans les paragraphes
aujourd'hui perdus. L'autre raison, c'est que, dans un mande-
ment du 30 octobre 1399, rendu deux mois après la date du
testament, il est question des femmes qui gardent Charles et Phi-
lippe et non pas de celles qui devaient garder Jean^ Cet argu-
ment nous paraît, comme le précédent, sans grande force. Les
documents ne manquent pas, même postérieurement au l'^'" mai
1400, où il est question de Charles et de Phihppe sans qu'il soit
rien dit de Jean. En la seule année 1402, nous en pouvons citer
deux au moins^ Et cependant d'autres textes, de la même année,
prouvent, nous l'avons vu, l'existence de Jean-\ Pour avoir le
droit de se prononcer dans le même sens que M. Jarry, il faudrait
avoir tous les mandements, quittances, etc., relatifs aux femmes
de la duchesse et de ses fils. Si même nous possédions le compte
général de toutes les dépenses de 1399 où tous les actes particu-
liers de l'année financière étaient reportés ^ nous ne pourrions
décider en toute certitude, car il arrivait souvent, par suite de
négligences ou de retards de tous ordres, que ces actes ne figu-
raient dans l'état général des dépenses que deux, trois ou quatre
années postérieurement à leur date propret Nous n'estimons
donc pas avec M. Ed. Jarry « que le scribe, en écrivant le nom
1. Op. cit., p. 231.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Laborde, Preuves des ducs de Bourgogne, t. III, 5941 (Bibl. du Louvre,
F 145»), du 20 février 1402, n. st. — Bibl. nat, Pièces originales, 2154, 4 (190),
288, du 22 octobre 1402.
5. Textes cités, notes 6 et 7, supra, p. 524.
6. Le ras. fr. 8815 de la Bibl. nat. est un compte de ce genre.
7. Ibid.
8. Op. cit., p. 231.
DE JEAN d'oRLEAXS COMTE d'aNGOULÊME. 527
de Jean sur le testament de 1399, avait « probablement sous les
yeux une copie du testament de 1403, » et qu'il s'est trompé.
« La répétition de la conjonction et ^ » ne suffit pas non plus à
prouver cette erreur. Dans le testament du duc de 1403, cette
répétition est si fréquente ^ qu'elle semble une forme de style.
De tout ce qui précède, nous concluons que Jean d'Orléans,
comte d'Angoulême, naquit en 1399, entre le l'^'mai et le 7 août.
En revanche, nous ne saurions nous prononcer sur l'endroit où
la duchesse mit son fils au monde. Est-ce Orléans, comme le pré-
tend J. du Port^? Est-ce Asni ères-sur-Oise**, dans le comté de
Beaumont? Valentine avait à Asnières, où elle donna le jour à Phi-
lippe de Vertus^, une résidence princière qu'elle semble n'avoir
pas quittée de mai à septembre 1399^. Néanmoins, tant que nous
n'aurons pas son itinéraire complet, nous ne serons pas en mesure
d'affirmer quoi que ce soit.
Il est donc sage, en l'état des documents, de nous en tenir,
sans rien tenter encore pour la date de lieu, à la rectification de
la date de temps jusqu'ici donnée pour la naissance du comte
d'Angoulême.
G. Dupont-Ferrier.
1. Op. cit., p. 231.
2. « Autour de l'église, les cierges et torches et escussons de mes armes, »
p. 298. Beurrier, op. cit. — Ibid., p. 305 : « à ung hostel qui sera fondé de
N. D. et qui sera fait et ordonné et peint à mes armes, » p. 310, 321, etc.
3. Cf. supra. 3. du Port, n. 5.
4. Seiae-et-Oise, arr. de Poatoise, cant. de Luzarches.
5. Cf. Jarry, op. cit., p. 169, et supra, n. 3, p. 522.
6. Valentine est à Asnières le 20 mai 1399 (Bibl. nat., fr. 6212, n"> 84). —
Ibid., le 11 août 1399 (Bibl. nat., fr. 6211, n" 482). — Le 9 septembre elle est à
Gouvieux (communication de M. Jarry).
NOTE
SUR UN MANUSCRIT INTERPOLÉ
DE LÀ CHRONIQUE DE BEDE
CONSERVÉ A BESANÇON.
En lisant les épreuves du Catalogue des manuscrits de la biblio-
thèque de Besançon, préparé avec le plus grand soin par notre très
regretté confrère M. Gastan, et qui, grâce aux bons soins de M. Poète,
sera prochainement publié, je remarquai la notice consacrée au
ms. 'IST, qui paraît dater du ix" siècle et dont la meilleure partie est
remplie par la Grande Chronique de Bède. L'auteur du Catalogue fait
judicieusement remarquer que le texte de la Chroniciue y est plus
développé que dans les éditions; mais, ajoute-t-il, les additions sont
des emprunts faits à des chroniques déjà connues.
L'édition de la Chronique de Bède publiée celte année même par
M. Mommsen' a singulièrement facilité les vérifications dont cet
ouvrage peut être l'objet. J'ai voulu en profiter pour compléter l'in-
dication de M. Gastan et, sans avoir examiné le manuscrit à fond, je
crois pouvoir en déterminer exactement la nature. C'est un texte très
voisin de celui que renferme le ms. latin 4886 de la Bibliothèque
nationale et qui est connu sous le titre de Chronicon Moissiacense.
Dans l'un et dans l'autre, la Chronique de Bède a été développée et
complétée par de longues et nombreuses interpolations, qui ont
généralement trait à l'histoire de France et dont l'origine a été
presque toujours indiquée dans les notes jointes par Pertz à son édi-
tion de la Chronique de .Moissac ^.
1. Monutnenta Germanix historica, Auctores atiiiquissimi, t. XIII, p. 223-
354. {Chronica nwwra sxc. IV, V, VI, VII, vol. III.)
2. Monumenta Germanix historica, Scriptores, t. I, p. 280-313.
NOTE SDR DN MANUSCRIT DE LA CHRONIQUE DE BEDE. 529
Pour montrer dans quel rapport sont entre eux : •1° le texte origi-
nal de la Chronique de Bède, représenté par l'édition de M. Momm-
sen; 2° le texte interpolé du manuscrit de Besançon, que j'appellerai
texte bisontin; 3° le texte de la Chronique de Moissac, représenté
par le ms. latin 4886 de la Bibliothèque nationale, je transcrirai les
chapitres relatifs aux règnes des empereurs Maurice et Anastase, le
premier d'après le manuscrit de Besançon, le second d'après le ms.
latin 4886 de la Bibliothèque nationale.
I. Règne de Maurice f582-602), d'après le manuscrit de Besançon,
fol. 150 v" et loi.
Ce chapitre est identique dans le ms. de Besançon et dans le ms.
latin 4886 (fol. 38 v° et 39). Il se compose de onze petits paragraphes,
dont les suivants, ^, 3 (sauf les deux dernières lignes), 6, 7 et 8,
sont la reproduction du texte de Bède (articles 528-532 de Tédition
de Mommsen) ; les autres, c'est-à-dire les §§ 2, dernières lignes de 3,
4, 5, 9, ^0 et 1<, sont des interpolations qui du texte bisontin sont
passées dans la Chronique de Moissac.
Nous imprimons la partie primitive en caractères italiques et les
interpolations en caractères romains.
SeCDNDUM HeBREOS im'"DLVII, SECUNDUM SEPTDAGINTA
V^'DCCXCVIII.
1. Mauritius ann. XXI.
2. Chilpericus, rexFrancorum, anno xxiii regni sui interficitur,
cumque Gundramno fratri ipsius perlatum fuisset eo quod frater
suus Chilpericus esset interfectus, festinans perrexitParisius, ibi-
que Ghlotarium, filium Ghilperici, ad se venire precepit, quem
baptizare jubet, eumque de sancto lavacro excipiens, in regno
patris firraatur. Anno xxxiir regni Gundramni, sub die v kal.
aprilis, ipse Gundramnus rex moritur. Gujus regnum Ghildeber-
tus adsumpsit, qui postea in Italiam abiit, et Langobardi se suae
dictioni commendant. Gloriose exinde Ghildebertus revertitur.
Acceperat enim prius a Mauricio imperatore quinquaginta milia
auri, ut Langobardos de Italia expugnaret, sed non solum eis non
nocuit, sed amicitias cum ipsis inivit.
3. Hirminigildus , Levigildi Gothorum régis fîlius, oh
fidei catholicœ confessionem inexpugnahilem, a pâtre Ar-
-1895 35
530 NOTE SUR UN MANUSCRIT INTERPOLE
riano regni privatus infolis et in carcerem ac vincula pro-
jectus, ad extremum, nocte sancta dominice resurrectionis,
securiin capite percussus , regniuncœleste pro terreno rex
et martyr intravit. Cujus f rater Richaredus mox, ut re-
gnumpost patremaccepit, oynne[m'] Gothorum oui prœerat
gentem, instante Leandro, Hispalitano episcopo, qui et
Hirminigildum docuerat, catholicam convertit ad fidem,
[et* omnes libros arrianos prsecepit ut prsesentarentur, quos in
uoa domo conlocatis {sic) incendio concremare jussit.]
4. Aunulfus, imperator Persarum, apud Anthiochiam baptiza-
tur, atque imperatori Mauricio petiit ut episcopos cum clero suf-
ficienter daret, quos in Persas stabiliret, ut universara Persidam
baptisrai gratiara adhiberent; quod Mauricius libente animo prse-
stitit, summaque celeritate oranis Persida ad Christi cultum
baptizantur.
5. Tunica Christi, quse in Passions eidem sublata est, super
quam milites sortem miserunt, in civitate Zaphat, procul ad He-
rusalem, inarca[m]marmoricampositam, repperitur; quamGre-
gorius Antiochenus, et Thomas Hierosohmorum, Johannes Gon-
stantinopolitanus episcopi, cura aliis multis episcopis, triduano
facientes jejuiiium, etexinde condigne cum arca raarmorica, levé
effecta quasi ex ligno fuisset, ordine pedestro {sic) Hierosolimam
perduxerunt, et in secclesia ubi crux Domini adoratur posuerunt.
6. Gregoj'ius Romane œcclesiœ pontifex et doclor exi-
mius, anno Mauricii imperii XIII, indictione XIII, syno-
dum episcoporum XXIIII ad corpus beati apostoli Pétri
congreganSy de necessariis œcclesiœ decernit.
7. Idem niissis Brittaniam Agustino, Mellito et Johanne
et aliis jjluribus, cum eis monachis timentibus Deum, ad
Christum Anglos convertit. Et quidem jEdilberectus mox
ad Christi gratiam conversus, cum gente Cantuariorum,
cui prœerat, proximisque provinciis, etiam episcopum
doctoremque suum Augustinum, sed et ceteros sacros an-
testites, episcopali sede donabat. Porro gentes Anglorum
ab Aquilone Huynbri fluminis, sub regibus yElle et jEdil-
fredo sitœ, necdum verbum vitœ audierant.
1. La fia du g 3 : « et oranes libros — concremare jussit, » est une addition
au texte de Bède, laquelle est passée du texte bisontin dans la Chronique de
Moissac.
DE LA CBROXIQUE DE bIdE. 53<
8. Grégoriens, XVIII anno MauHcii imperatorïs, indi-
cione III I, scribens Augustino, Lugdoniœ quoque et Ebo-
raci episcopis, accepta a sede apostolica pallio, metropoli-
tanos * esse debere decernit .
9. Anno iiii post quod Childebertus rex Francorum regnum
Gundramni acceperat, defunctus est, regnumque ejus fllii sui
Theodobertus et Theodericus adsumunt.
10. Anno xiiii regni Chlotarii, Theodobertus sortitus est Au-
stria, sedem habens Mettis.
11. Theodericus accepit regnum Gundramni in Burgundia,
sedem habens Aurelianis.
IL Règne d'Anastase (713-716), d'après le ms. lat. 4886,
c'est-à-dire la Chronique de 3Ioissac, fol. 45 et v°.
Ce chapitre consiste en douze petits paragraphes, dont cinq (§§ 1,
2, 3, 7 et 8) sont empruntés à la Chronique de Bède, articles 582-
586 de l'édition de Mommsen; les sept autres se partagent en deux
groupes bien distincts : quatre (§§ 4, 5, 6 et -12) sont des interpo-
lations faites à la Chronique de Bède par le compilateur dont nous
avons le travail dans le manuscrit de Besançon; trois (§§ 9, ^0 et •H)
sont des additions faites au texte bisontin par le rédacteur de la
Chronique de Moissac.
Ici la partie primitive (texte de Bède) est imprimée en caractères
italiques, — les interpolations du texte bisontin en caractères
romains ordinaires, — et les interpolations de la Chronique de Mois-
sac en petits caractères romains.
[SeCDNDUM HebREOS im'"DCLXX, SEGDNDIJM SEPTUAGINTA
V"" DCCCC XVII 2.]
1 . Anastasius annis III.
2. Hic Philippicum captum occulis privamt nec occidit.
3. Idem literas Constantmo papœ Romam per Scolasti-
cum patricium et exarcmn Italie direxit, quibus se fauto-
1. « Metropolitanus. » Ms. de Besançon.
2. Cette rubrique n'existe pas dans le ms. de la Chronique de Moissac. Je la
rétablis d'après le ras. de Besançon, fol. 156 v°,
532 NOTE SUR UN MANUSCRIT INTERPOLE
rem catholice fidei et sancti sexti concilii prœdicatorem
esse docuit.
4. Anno DCG XIIII ab incarnatione Christi, Pipinus febre
valida correptus obiit. Obtinuerat priucipatum annis xxvii. Ple-
ctrudis relicta Pipini, cum nepote suo Theobaldo vel Dagoberto
rege, cuncta gubernabat sub discrepto regimine.
5. Anno DCG XV, Franci denuo in Cotia silva contra Theodal-
dumvel Austrasius* inruerunt, ac sese mutuo durissima csede pro-
sternunt. Theodaldus autem, per fugam lapsus, ereptus est. Ipso
quoque^ fugato, Raganfredum majorera domus elegerunt, qui,
comoto^rege Dagoberto exercito, Garbonariam silvam transeun-
tes, usque Mosam fiuvium, terram sil vasque vastantes succen-
derunt. Gura Ratbbode duce gentili araicicias feriuut. Karolus
vero, fllius Pipini, bis diebus a Plectrude sub custodia tenebatur,
sed auxibante Domino vix evasit.
6. Eo tempore, Dagobertus rex egrotans mortuus est, anno vi^
regni sui. Franci vero Danielem quodam clerico, caesaream^ capi-
tis crescente, eum in regera stabiliunt atque Chilpericum nun-
cupant.
7. Leutbrandus^, rex Langdbardormn, donationem pa-
trimonii Alpium Gotiarum"^ , quam Heribertus rex fecerat
et ille repetierat, amonitione venerabilis ^;a^«? GregoHi
conflrmavit.
8. Hœcberectus^, vir sanctus, de gente Anglormn, et
sacerdocium monachicha vita, etiam pro cœlesti patria
peregrinus'-' , exornans, plurimas Scotice gentis provincias
ad canonicam paschalis temporis observantiam, a qua diu-
cius oberraverant, pia prœdicatione convertit ^'^ .
9. His temporibus, in Spania, super Gotos regimbât Vuiliza, qui
1. « Austrasios. » Ms. de Besançon.
2. « Ipsoque. » Ms. de Besançon.
3. Le ms. de Besançon porte : « commoto cum rege D. »
4. « Anno v. » Ms. de Besançon.
5. « Csesaria capitis crescente. » Ms. de Besançon.
6. « Liutbrandus. n Ms. de Besançon.
7. « Cottiarum. » Ms. de Besançon.
8. « Ecberectus. » Ms. de Besançon.
9. « Peregrinos. » Ms. de Besançon.
10. Dans le ms. de Besançon, ce paragraphe est terminé par la date « ab incar-
natione Doraini anno DCC XVI. »
DE LA CUROMQCE DE BEDE. 533
regnavit annis viii et menses m. Iste deditus in fœminis, exemplo
suo sacerdotes ac populum luxuriose vivere docuit, irritans furorem
Domini. Sarraceni tune in Spania ingrediunt. Goli super se Ruderi-
cum regem constituunt. Rudericus rex, cum exercitu magno GoLo-
rum, Sarracenis obviam venitinprelio, sed inito prelio Goti debeilati
sunta Sarracenis, sicque regnuni Gotorum in Spania flnilur, etinfra
duos annos Sarraceni pœne totam Spaniara subiciunt.
-10. Sema, rex Sarracenorum , post nono anno quam in Spania
ingressi sunt Sarraceni, Narbonam obsidet obsessamque capit, viros-
que civita[ti]s illius gladio périrai jussit; mulieres vero vel parvulos
captivos in Spania ducunt. Et in ipso anno, mense tercio, ad obsi-
dendam Tolosam pergunt; quam dura obsiderent, exiit obviam eis
Eudo, princeps Aquitanise, cum exercitu Aquitaniorum vel Franco-
rum, et comisit cum eis prselium, et dum prœliare Ccepissent, terga
versus est exercitus Sarracenorum, maximaque pars ibi cecidit gladio.
Amibisa, rex Sarracenorum, cum ingenti exercitu, post quinto
anno, Gallias adgreditur, Garcassonam expugnat et capit, et usque
Nemauso pace conquisivit, et obsides eorum Barchinona transmitit.
11. Anno ab incarnacione Domini DCCXVI', Franci exerci-
tum movent usque fluvium Mosam, contra Karolum dirigunt. Ex
alla parte, Frisones- cum Radbode duce, consurgunt. Karolus
quoque super Frisones inruens, maximumque dispeudium de exer-
citu suo perpessus, atque per fugam dilapsis abscessit^.
La Chronique de Bède se termine par deux chapitres consacrés
aux règnes des empereurs Théodose (71 6-71 7) et Léon III l'Isaurien
(71 7-741). Voici comment nous les présente le manuscrit de Besançon
(fol. -157 6^57 v^).
Dans ce manuscrit, le chapitre de Théodose consiste en six para-
graphes, qu'il serait superflu de reproduire et qui sont suffisamment
indiqués par un simple renvoi aux textes imprimés :
§ 1. := Chron. de Bède, éd. Mommsen, art. 587.
2. = — — art. 588.
1. a Eo anno, » dans Je ms. de Besançon, où ce g 11 vient iinmédiatement
après le g 7.
2. « Frigiones. » Ms. de Besançon.
3. « Ibique maximum dispendium de sudabilibus suis perpessus est atque
per fugam dilapsus abscessit. » Ms. de Besançon.
534 NOTE SUR DN MANUSCRIT INTERPOLÉ
3. =Chron. deBède, éd. Mommsen, art. 589.
4. = _ — art. 590.
5. = Ghron. de Moissac, éd. PertzS p. 291, 1. 5-8.
6 = — — p. 291,1. 9-17.
7. = _ — P- 291, 1. 18-26.
Il n'y a qu'une seule variante. Dans le § 7, à l'endroit où la Chro-
nique de Moissac 2 porte ille vero Chilpericum regem cum multis
muneribus reddidit, le manuscrit de Besançon 3, après le mot reddi-
dit, ajoute sed non diu in regno resedit.
Ici la comparaison avec la Chronique de Moissac, telle que nous
rofîre le ms. 4886, est assez difficile. Il y a, en effet, dans ce ms. 4886,
une lacune à partir des mots Ilis temporibus multi Anglorum'', qui
sont au bas du fol. 45 v°, lacune qui s'étend au delà de l'endroit où
la Chronique de Moissac cesse d'avoir pour premier fond la Chro-
nique de Bède. Nous avons, il est vrai, pour combler cette lacune,
\e ma.nuscni des Annales Ania7ienses (ms. latin 5941 de laBibl. nal.),
dans lequel, à partir de l'année 070, sont entrés beaucoup d'articles
de la Chronique de Moissac. Mais il serait trop long et il n'est pas
nécessaire de rechercher ici dans quel rapport le texte bisontin, pour
le règne de Théodose, devait se trouver avec la partie disparue du
ms. 4886.
Cette dernière observation s'applique également au chapitre du
règne de Léon l'Isaurien. Pour ce règne, le manuscrit de Besançon
(fol. -157 v") nous offre le texte de la Chronique de Bède (articles
591-593 de l'édition de Mommsen) : « Léo ann. viiii — honore
recondidit. » Après quoi le copiste a tracé les mots : HVC VSQVE
BEDA. Viennent ensuite quelques articles supplémentaires, ratta-
chés, les uns au règne de Léon l'Isaurien, les autres à celui de
Constantin Copronyme. En voici la copie :
III. Articles ajoutés dans le manuscrit de Besançon, fol. 157 v°,
à la suite de la Chronique de Bède.
Anne ab incarnatione Christi DCC XXI jactavit Eodo Sarra-
cenos de terra sua.
1. Monumenta Germanix historica, Scriptores, t. 1.
2. Ligne 24 de l'édition de Pertz.
3. Fol. 157 V, ligne U.
4. Ligne 1 de l'article 590 dans l'édition de Mommsen.
DE LÀ CHRONIQUE DE BEDE. 535
Anno DCG XXV, Sarraceni Augustedunum civitate destruxe-
runt, imferia, xikal. septembris ^ .
Anno DCG XXXI, Karolus vastavit duas vices ultra Ligere, et
Raganfredus moritur^.
Secdndum Hebreos un'" dc. . . , secundum septuaginta
V^DGGGC...
Constantinus ann. ...
Anno DCG XXXII, Garolus pugnavit cum Sarracenos, die
sabbati, apud Pictaves civitatem.
Anno DGGXXXIIII, Garolus migravit in Frisia, delevitque
eamusque [ad] internitione[m]3.
Papa Gregorius, Romanae secclesise episcopus, claves venerandi
sepulchri sancti Pétri et vinciila ejusdem, cum muneribus magnis
et inânitis, legationem ad Garolum priacipera misit, quo pacto
patrato ut a partibus imperatoris recederit et Romano consulto
praefato principi Garolo sanciret. Ipse autem princeps magnifîco
honore ipsarn legationem recipit, munera preciosa contulit, atque
cum suis nuntiis Romae remisit^.
Anno DCG XXXVII ab incarnatione Domini, Garolus pugna-
vit contra Sarracenos in Gotia, in loco qui dicitur ...^.
Anno DGG XLI, Garolus obiit. Filii ejus principatum illius
inter se dividunt : Garolomannus Austria, Alamannia atque To-
ringia sortitur; Pippinus Burgundia, Neaustria atque Provintiam
accepit^.
Tout cela se retrouve, soit textuellement, soit en substance, dans
les Annales Anianenses.
En résumé, le ms. -187 de Besançon, dont le caractère avait été
fort bien compris par M. Gastan, contient un texte de la Chronique
1. Cet article est un peu plus développé dans les Annales Anianenses, fol. 4 v°
du ms. 5941 ; éd. Pertz, p. 291, 1. 27.
2. Cf. Ann. Anian., ms. 5941, fol. 4 v°; éd. Pertz, p. 291, 1. 30.
3. Cf. Ann. Anian., ms. 5941, fol. 5; éd. Pertz, p. 291, 1. 41.
4. Cf. Ann. Anian., ras. 5941, fol. 5; éd. Pertz, p. 291, 1. 46-p. 292, 1. 7.
5. Cf. Ann. Anian., ms. 5941, fol. 5v''; éd. Pertz, p. 292, 1. 19. — L'anna-
liste indique ainsi le champ de bataille : « super Berre fluvio. »
6. Cf. Ann. Anian., ms. 5941, foi. 6; éd. Pertz, p. 292, 1. 26.
S36 NOTE SUE UN MANUSCRIT DE LA CHUONIQUE DE BEDE.
de Bède dans lequel ont été fondus beaucoup d'extraits relatifs à
l'histoire mérovingienne et empruntés, pour la plupart, soit à la
Chronique dite de Frédégaire, soit au Liber historix Francorum.,
plus connu chez nous sous le titre de Gesta regum Francorum.
Ce manuscrit devra être attentivement étudié par les critiques qui
voudront se rendre compte de la composition de la Chronique de
Moissac et des Annales d'Aniane.
L. Delisle.
BIBLIOGRAPHIE.
Antiquités nationales. Description raisonnée du Musée de Saint-
Germain- en-Laye : bronzes figurés de la Gaule romaine, par
Salomon Reoàch. Paris, Firmin-Didot, ^895. In-S", xvi-384 pages,
avec planches, héliogravures et 600 dessins intercalés.
En 1889, M. Salomon Reinach offrait au public le premier volume
d'un ouvrage consacré à la description des antiquités conservées au
Musée de Saint-Germain; ce volume comprenait les objets contempo-
rains de l'époque des alluvions et des cavernes. Logiquement, les
volumes suivants devaient traiter de l'époque néolithique et des dol-
mens, puis de l'époque des métaux. Mais certaines considérations, dont
nous ne devons pas nous plaindre, puisque ce retard est motivé par
des études qui fourniront certainement des aperçus nouveaux, ont modi-
fié le plan primitif. M. Sal. Reinach donne dès à présent un tome qui
deviendra plus tard le troisième ou le quatrième de la série; ce volume
est le catalogue raisonné des bronzes figurés contemporains de la Gaule
romaine ou recueillis sur le sol gaulois. Par l'expression bronzes figu-
rés, l'auteur entend désigner les représentations empruntées au règne
animal, sans s'arrêter aux détails mythologiques et historiques. Plus
tard, M. Sal. Reinach abordera la mythologie, et cette promesse est
bien faite pour exciter la curiosité de ses nombreux lecteurs.
Depuis quelques années, les conservateurs des musées, à Paris et en
province, sont entrés dans une voie excellente, et l'on doit faire des
vœux pour qu'ils puissent continuer à faire connaître les richesses con-
fiées à leur vigilance éclairée. Le zèle et l'érudition ne leur font pas
défaut, mais, dans notre pays, il y a une cause matérielle et prosaïque
qui, malheureusement, ne leur donne qu'avec parcimonie les encoura-
gements indispensables : le nerf de la guerre. MM. de la Tour et Prou
ont permis aux archéologues de profiter des séries numismatiques du
Cabinet de France pour les époques gauloises et mérovingiennes;
M. Babelon a publié des ouvrages considérables sur les monnaies
antiques d'Asie; en ce moment, grâce au concours de l'Institut, il vient
avec M. Blanchet de publier, pour la collection dont il est conserva-
teur, un livre analogue à celui dont je m'occupe en ce moment. — Je
n'ai pas, quant à présent, à faire un parallèle entre ces deux et indis-
538 BIBLIOGRAPHIE.
pensables publications ; il suffit de constater que M. Salomon Reinach
est arrivé bon premier.
La Description des bronzes figurés du Musée de Saint-Germain s'ouvre
par quelques pages d'introduction dignes d'être méditées parce qu'elles
reflètent des idées déjà émises par l'auteur dans plusieurs recueils ^,
idées qui n'ont guère été discutées qu'à l'étranger.
Frappé d'un rapprochement entrevu vaguement par Lelewel^, M. Rei-
nach pense qu'il dut y avoir une relation entre l'art dans nos régions
avant la conquête romaine et l'art qui fleurit en Gaule, pour parler
plus exactement dans l'Europe centrale après la dislocation de l'Em-
pire romain. Depuis longtemps on a supposé que l'ornementation des
objets recueillis en Gaule, datant du iv« au v^ siècle avant l'ère chré-
tienne, avait été importée de l'Orient ou copiée d'après des types orien-
taux. Des casques trouvés dans les sépultures gauloises faisaient pen-
ser à l'Assyrie à cause de leur forme conique; certaines divinités
représentées accroupies, les jambes croisées, rappelaient des statues de
l'Inde assises dans une attitude bouddhique. Seulement, il y avait une
ombre à ce tableau ; c'est qu'à mesure que les recherches sur le terrain
se multipliaient de proche en proche vers l'est, on ne trouvait aucune
trace pour reconnaître la voie par laquelle les prototypes seraient arri-
vés d'Orient. M. Salomon Reinach place le point de départ vers une
région que, prudemment, il ne détermine pas exactement, mais qu'il
propose de fixer à l'ouest de la mer Noire, chez les Scythes.
Cet art, suivant l'auteur, se manifeste en Gaule par une ornementa-
tion compliquée d'incrustations de corail, d'émaillerie, par des dessins
ajourés dans lesquels les formes vivantes, en quelque sorte exception-
nelles, sont transformées en motifs de décoration sans égard pour leur
aspect réel. Les objets auxquels je fais allusion, exécutés souvent avec
une certaine perfection, sont décoratifs et non figuratifs. Ils remontent
à une époque reculée puisqu'ils commencent avant l'apparition de la
monnaie, par conséquent antérieurement au iiv^ siècle.
Cet art, d'après M. Sal. Reinach, disparut eu Gaule pendant la domi-
nation romaine. On vit alors des copies plus ou moins passables de
modèles empruntés à l'Italie où dominait l'art gréco-égyptien. Lorsque
les Gaulois romanisés adoptèrent des types afin de personnifier leurs
divinités, ce qu'ils n'avaient pas fait auparavant, ils auraient emprunté
à l'Egypte Sérapis pour représenter Dis Pater, Imouthis pour leur
Ogmios, Isis pour les déesses mères, etc.
1. L'Archéologie celtique. Paris, A. Reiff, 1891, in-8°. — Revue celtiqxie,
1892, p. 189. — Gazette des heaux-arts, 3« pér., X, p. 369, et XI, p. 25. — Le
Mirage oriental, dans V Anthropologie. Paris, G. Masson, 1893.
2. J. Lelewel, Études numismatiqves et archéologiques, 1841, t. I, p. 417
et suiv.
BIBLIOGRAPHIE. 539
Au ye siècle, lorsque les peuples barbares qui avaient conservé la tra-
dition de l'art celto-scythique en dehors des frontières de l'empire eurent
conquis l'Occident, cet art reparaissant partout nous aurait laissé ces
nombreux objets désignés vaguement par les épithètes de francs, méro-
vingiens, goths, visigoths, etc.
M. Salomon Reinach n'est pas éloigné de retrouver cette tradition artis-
tique dans l'architecture médiévale des xn^ et xni^ siècles. La tendance à
couvrir les monuments et les bijoux d'une décoration élégante et très orne-
mentée le porte à penser à ce qu'il appelle le génie régional. Je souligne
ces deux mots parce que le savant conservateur du Musée national, en
admettant l'existence d'un art celto-scythique, ne l'attribue pas à une
race spéciale, mais à i un tempérament régional, résultat d'influences
diverses rebelles à l'analyse, tempérament qui n'abdique jamais et
reprend le dessus, d'une manière sensible, chaque fois que les influences
étrangères s'aâ"aiblissent par suite de circonstances politiques ^. »
Les conclusions de M. Salomon Reinach montrent la question sous un
jour que l'on n'avait pas entrevu jusqu'ici; elles bouleversent les idées
admises généralement. J'avoue qu'elles me séduisent à première vue ; il
y aura lieu certainement de discuter quelques points, de demander des
preuves à l'appui de conjectures qui, du reste, semblent vraisemblables.
Mais on ne peut nier qu'il n'y ait dans ces pages une théorie nouvelle,
présentée avec critique, digne d'être examinée et méditée par les
archéologues sérieux et par les historiens curieux d'éclaircir, sinon de
deviner, l'histoire antique de l'Europe occidentale.
La collection des bronzes figurés réunis au Musée de Saint-Germain,
originaux et moulages, comprend 545 numéros répartis en huit cha-
pitres : divinités gréco-romaines ; divinités celtiques ; personnages divers ;
têtes, bustes, masques; trouvaille de Neuilly-en-SuUias; animaux;
vases et fragments de vases à figures; manches et objets divers.
On ne peut entrer dans le détail de chacun de ces chapitres; j'insis-
terai tout à l'heure sur le second. Constatons que M. Reinach décrit
tous les objets, quelquefois trop sommairement peut-être, indique les
provenances, compare les monuments entre eux, donne les références
bibliographiques. En un mot il met le lecteur et le visiteur à même de
comprendre le but que l'on s'est proposé en fondant le Musée de Saint-
Germain : ce n'est pas une collection dans la véritable acception du mot,
mais bien un tableau de l'archéologie nationale. Il m'a toujours semblé
qu'après plusieurs visites dans ces galeries j'en sortais, chaque fois,
instruit par les yeux et moins ignorant qu'en entrant.
Lorsque M. Salomon Reinach traitera delà mythologie gallo-romaine,
il pourra renvoyer ses lecteurs aux deux premiers chapitres du volume
1, Voyez aussi Revue critique, n° du 15 juillet 1895, p. 25, à propos du
mémoire de M. Foucart sur les Mystères d'Eleusis.
540 BIBLIOGRAPHIE.
dont nous nous occupons en ce moment ; ils contiennent une riche série
de dieux romains et gaulois. Nous ne pouvons aborder aujourd'hui ce côté
de la question. — Le chapitre consacré aux divinités celtiques commence
par les représentations de Dis Pater, et, pendant 49 pages, M. Salomon
Reinach donne des détails précieux sur ces images qui paraissent être
celles du dieu principal des Gaulois. On y trouve un résumé aussi com-
plet que possible de la question et des discussions auxquelles elle a
donné naissance; un catalogue des monuments relatifs à Dis Pater,
connus de l'auteur. Le sujet est si tentant que M. Salomon Reinach a dû
faire un certain eflbrt pour ne pas se laisser entraîner à aborder le
rôle mythologique du dieu, mais ce n'est que partie remise. Faisons des
vœux pour que M. Gaidoz, qui lui aussi est un dévot de Dis Pater, nous
fasse enfin connaître tout ce qu'il a réuni. A propos de cette discussion
à laquelle j'ai pris un peu part, il m'a été donné de profiter d'une petite
leçon. Il m'a bien fallu reconnaître que je n'étais pas le premier à avoir
trouvé ce que je me flattais d'avoir deviné.
Pour les dieux tricéphales, accroupis, cornus, M. Reinach énumère
également les exemplaires connus. Pourquoi néglige-t-il de dire que la
statuette donnée par Montfaucon, t. II, pi. 90, 5, est l'Oceanos du Cabi-
net des médailles?
L'auteur a compris qu'un catalogue de musée doit donner le plus grand
nombre possible de dessins, représentant les objets de la collection; le
moindre croquis vaut toujours mieux que les plus longues descriptions.
Il a donc enrichi son texte de 600 gravures intercalées. Il eût été à sou-
haiter que l'éditeur n'eût pas reculé devant un sacrifice qui aurait per-
mis de présenter des gravures également bonnes. Parmi celles qui
passent sous les yeux du lecteur, il s'en trouve plusieurs qui semblent
de simples esquisses du genre de celles que les touristes crayonnent pour
fixer leur souvenir; ces croquis ne donnent qu'une idée fugitive des
monuments.
En résumé, on doit une grande reconnaissance à M. Salomon Reinach
qui a su, à lui seul et assez lestement, publier un volume très utile,
attendu depuis de longues années et destiné à faire connaître et apprécier
au loin l'importance du Musée de Saint-Germain*.
A. DE Barthélémy,
1. Un ouvrage de la valeur du Catalogue des antiquités nationales est des-
tiné à être consulté par nombre de curieux et de savants; aussi une seconde
édition ne se fera certainement pas attendre. C'est dans cet espoir que je
crois devoir signaler à l'auteur quelques vétilles échappées à l'étourderic des
imprimeurs et à la correction des épreuves. M. Salomon Reinacli, qui, par ailleurs,
a mainte fois prouvé l'importance qu'il attache à l'exactitude et à la forme de
rédaction, verra, dans celte note, avec quel soin je l'ai lu et combien je souhaite
qu'un livre aussi utile devienne le plus parfait possible. — P. 23. Le véritable
titre de l'ouvrage cité, de M. Longnon, est : Géographie de la Gaule au Vl° siècle.
BIBLIOGRAPHIE. 34 <
Fontes juris germanici antiqui in usum scholarum ex monumentis
Germanise historicis separatim editi : Leges Visigothorum anti-
quiores^ edidit K. Zeumer. Hanovre et Leipzig, Hahn, ^894. In-S",
xxii-395 pages.
Monumenta Germanix hisforica; Legum sectio IV : Constitutiones
et acta publica imperatorum et regum^ lomus I, edidit L. Wei-
LAND. Hanovre, Hahn, ^893. ln-4°, xxi-736 pages.
La série des Leges, dans les Monumenta Germanise, s'est récemment
accrue de deux volumes qu'il convient de signaler au lecteur.
I. Le premier, qui appartient à la collection de petit format pour
l'usage de l'enseignement, comprend les plus anciens textes des lois
visigothiques, qui y ont été recueillis par M. Zeumer.
On y trouve d'abord les cinquante-cinq fragments provenant du
— P. 221, 1. 16 : après médailles inédites de Postume, ajoutez Rev. num.,
1844. — P. 122. Il y a eu trois notaires du nom de Morel d'Arleux ; le posses-
seur du groupe n° 12ô porte le prénom de Charles. — P. 133, 1. 17 : au lieu de
photographie, lisez gravure. — P. 166, 1. 10, et 182, 1. 21 : au lieu de Szarmi-
getasa, lisez Sarmizegetuza. — P. 172, 1. 7 : au lieu de 115, lisez 155. — P. 210,
1. 12 : au lieu de Saint-lléri, Usez Saint-Thibéry. — P. 244, 1. 16 : au lieu de
29, lisez 99. — P. 275, n. 3 : au lieu de Vitry-le-Français, lisez Vitry-le-Fran-
çois; à la ligne suivante, après le mot Musée, ajoutez de Saint-Germain. —
P. 79 : au lieu de d'héliogravure, lisez en héliogravure. — P. 118, 1. 13 : au
lieu de xxxviii, lisez xxviii. — P. 50. La figurine n" 29 a été trouvée dans le
Jura et non dans les Ardennes. Cf. la noie donnée par le baron de Witte dans
le Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1872, p. 118. — P. 69.
S'agit-il de Chaourse (Aisne) ou de Chaource (Aube)? -- P. 26. Je crois que
l'expression samienne n'est plus employée pour indiquer la poterie gallo-romaine
rouge et vernissée. — P. 48. « Elle est d'un style et d'une conservation
satisfaisante; » p. 268, a statuette, » à propos d'un sanglier; p. 271, 1. 16,
« travail assez spirituel, » toujours à propos d'une figure du même animal,
sont des lapsus échappés à la correction d'épreuves. — P. 45. Ne pas oublier
que le Louvre a aussi quelques pièces de la collection Oppermann. — Le n" 27
étant de fabrique étrusque et les n°' 129 et 132, 134 et 139 de fabrique ita-
lienne, ces articles me paraissent dépaysés au Musée de Saint -Germain. —
P. 80. Le plus beau Mercure assis, trouvé à Entrains (Nièvre), est au Musée
du Louvre. — P. 206. L'astérisque manque au n° 191 dont l'original est au
même musée. — P. 100. L'énumération des tirelires est-elle bien utile? Ne
suffisait-il pas de renvoyer à l'article de Henri de Longpérier? — P. 116. A pro-
pos des hermaphrodites, je ne vois pas ceux du Cabinet des médailles et de la
collection Alcochete. — P. 359. La main symbolique n" 527 est inexactement
représentée; l'original, au Cabinet des médailles, a encore trois doigts. —
P. 183. L'inscription du bas-relief de Varhély est mieux gravée dans le Bulle-
tin de la Société des Antiquaires, 1892, p. 233. — P. 338. L'objet placé sous
le n° 437 ne serait- il pas un cervoir médiéval?
542 BIBLIOGRAPHIE.
manuscrit de la Bibliothèque nationale, lat. 12161 (provenant de Gor-
bie, puis de Saint-Germain); ce sont ces fragments qui ont été publiés
pour la première fois par Bluhme en 18-47. Beaucoup d'érudits ont cru
longtemps que ces textes devaient être considérés comme une portion
d'une loi promulguée par le roi Récarède i" (586-601), celui-là même
qui de l'arianisme revint à la foi catholique. Il paraît maintenant
démontré que la loi dont sont extraits les fragments de Paris est bien
plus ancienne. Reprenant une opinion jadis soutenue par Gaupp et
Haenel, Brunner, en cela suivi par Schrôder, les attribue au roi Euric
(466-485). M. Zeumer, qui se rallie à cette opinion, résume dans quelques
pages de son introduction les arguments sur lesquels elle est solidement
fondée. Ainsi datés, ces fragments se trouvent être la plus ancienne des
lois barbares que nous possédions.
M. Zeumer avertit le lecteur que le texte qu'il en donne n'est point
définitivement établi; il se réserve en effet de se livrer à une étude nou-
velle du manuscrit en vue de la grande édition des Leges. Je signale
d'ores et déjà, après M. Patetta^, une correction qui me parait s'impo-
ser au texte du fragment 327, tel qu'il a été restitué par M. Zeumer. Il
s'agit des droits de succession des enfants à lears grand-père et grand'mère
maternels. Voici comment M. Zeumer rétablit la phrase, fort incom-
plète dans le manuscrit (les restitutions sont remplacées par l'ita-
lique) : Nepos autem ex ftlia superstite pâtre mortua, de ea portione
quam mater fuerat habitura, tercia poriio co7isequatur... Au lieu de
cette restitution énigmatique, il semble certain que notre texte rap-
pelle tout simplement le droit contenu dans une constitution du Gode
Théodosien et dans son Interprétation d'après lequel ^ les petits-enfants ex
filia subissent une diminution du tiers de leur part au profit de leurs
oncles et tantes. Il serait donc tout à fait raisonnable de restituer ainsi
le texte, suivant les indications de M. Patetta : Si fuerit nepos ex filia
superstite pâtre mortua, de ea portione quam mater fuerat habitura,
tertia por^jo detraliatur . . . Cette version, exactement conforme à la loi
romaine, n'en conserve pas moins toutes les parties du texte dont la
lecture est certaine.
Après les fragments du manuscrit de Paris, M. Zeumer publie le
texte de la loi de Receswinde (653-672). On sait que ce prince, qu'on
a nommé avec raison le Justinien des Visigoths, a achevé et promul-
gué la grande œuvre législative entreprise par son prédécesseur Ghin-
daswinde. Cette compilation, divisée en douze livres d'après un plan
méthodique, comprend trois séries de textes : les leges antiquz, extraits
provenant sans doute du recueil gothique aujourd'hui perdu du roi
1. Archivio giuridico, t. LUI (1894), p. 17.
2. Constilutiou de Valealinieu II, Théodose et Arcadius (année 389), c. 4,
Code Théod., V, 1.
1
BIBLIOGRAPHIE. 543
Leuvigilde (572-586) et aussi de la lex romana Visigothorum ; les textes
provenant des novelles des rois postérieurs, Sisebut et Récarède, et
enfin les lois de Ghindaswinde et de Receswinde.
Après Receswinde, cette collection fut à diverses reprises revisée et
complétée; à la suite de ces remaniements, elle a fini par recevoir la
forme connue sous le nom de Vulgate. Ce n'est pas sous cette forme
que la publie M. Zeumer; sans d'ailleurs prétendre donner une édition
définitive, il s'est attaché à reproduire la loi telle qu'elle est sortie du
travail ordonné par Ghindaswinde et Receswinde : aussi a-t-il pris pour
base les deux manuscrits que Bluhme avait déjà signalés comme donnant
cette forme primitive, à savoir le Vatic. reg. 1024 et le Paris, lat, 4668,
celui-ci provenant de Saint-Remy de Reims. Dans l'introduction,
M. Zeumer étudie quelques questions relatives à ce texte, dont il ne
croit pas la publication antérieure à une époque avancée du règne de
Receswinde. — Il est fort heureux que M. Zeumer ait ainsi mis à la
portée des historiens et des juristes le texte original du recueil, qui fut
la première loi territoriale des royaumes barbares,
A la suite de la loi de Receswinde, on trouve dans le volume publié
par M. Zeumer les quatorze fragments découverts par M. Gaudenzi
dans un manuscrit juridique de lord Leicester. Ges quatorze chapitres
furent présentés par M. Gaudenzi comme un fragment d'un édit du roi
Euric^. Cette opinion, d'abord accueillie par quelques érudits, ne tarda
pas à soulever des objections. M. Adolphe Tardif conjecturait que les
quatorze chapitres pouvaient tout au plus être l'œuvre d'AlaricII, suc-
cesseur d'Euric2. De son côté, M. Zeumer, dans un article qui parut
dès 1887 dans le Neues Archiva, y voyait non une œuvre officielle, mais
des passages tirés d'un écrit d'un jurisconsulte visigoth que M. Brunner,
complétant les conclusions de M. Zeumer, a fait naître en Provence
dans la première moitié du vi^ siècle^. Dans l'introduction de son
volume, M. Zeumer reproduit ses conclusions ainsi précisées. Cepen-
dant M. Patetta, dans l'article cité plus haut^, soutient par des raisons
très sérieuses que les quatorze chapitres se réfèrent non au droit des
Visigoths, mais à celui des Ostrogoths; d'après lui, c'est une œuvre ita-
lienne et non provençale ou espagnole. Il est donc douteux que sa place
soit marquée parmi les sources du droit visigothique.
Le volume, où les textes sont accompagnés de nombreuses variantes
1. Va'antica compilazione cil diritto romano evisigoto. Bologne, 1886, in-8°.
2. Les Leges Wisigotliorum, article posthume, publié dans la Nouvelle revue
historique du droit français et étranger, t. XV (1891), p. 11.
3. T. XII (1887), p. 389 et suiv.
4. Deutsche Rechtsgeschichte, t. I, p. 325.
5. Sui frammenti di Diritto Germanico délia collezione Gaudenziana, dans
l'Archivio giuridico, t. LUI (1894), p. 1 et suiv.
544 BIBLIOGRAPHIE,
et d'utiles références aux écrits qui peuvent servir à les expliquer, se
termine par des tables qui en rendent l'usage commode et rapide.
II. Reprenant l'œuvre de Goldast, Pertz, en 1839, avait consacré le
tome II des Leges (dans la collection des Monumenta Gcrmanix) à recueil-
lir les textes intéressant l'histoire du droit public de l'Allemagne. Les
documents insérés dans ce volume, au moins pour la très grande majorité,
concernent la période qui s'ouvre avec la fin de la dynastie carolingienne
et se termine avec le règne de l'empereur Henri VII de Luxembourg
(1313); on y trouve en outre quelques documents appartenant à d'autres
époques, notamment la collection des pseudo-capitulaires de Benoît le
Diacre. Depuis longtemps, ce volume était épuisé. La commission des
Monumenta Germanix décida que l'œuvre de Pertz serait refaite et
mise au point à l'aide de toutes les ressources de l'érudition moderne.
C'est cette décision qui a donné naissance à un nouveau recueil portant
le titre de : Constiiutiones et acta publica imperatorum et regiim, et des-
tiné à réunir les documents de la période qui s'est écoulée entre l'avè-
nement de Conrad I"-'"- au trône de Germanie (912) et la mort de
Charles IV (1378). Ce recueil se trouve ainsi limité par deux autres
collections. Au point de départ, il rencontre la collection des capitu-
laires; au point d'arrivée, il rencontre celle des actes des diètes. Or,
on sait que les capitulaires ont été édités et réédités par les Monumenta
Germanix, et que les actes des diètes, depuis le règne de Wcnceslas,
sont publiés par Weiszàcker et son continuateur sous les auspices de
l'Académie royale de Munich.
Le nouveau recueil comportera quatre volumes. La tâche de publier
le premier, entreprise par M. Loersch, a été menée à bonne fin par
M. Weiland, à qui est échu l'honneur d'y attacher son nom. Ce volume
rétablit l'histoire de l'Empire depuis le règne de Henri I*"" jusqu'à
la fin du règne de Henri VI, c'est-à-dire du commencement du x* siècle
à la fin du xn^. Les documents qui le composent (très peu sont inédits)
atteignent le nombre de 455 ; sur ce nombre, il y en a 220 environ qui
ne figuraient pas dans la portion correspondante du volume de Pertz.
En revanche, 28 des documents admis par Pertz ont été écartés, le
plus souvent parce que c'étaient des fragments d'œuvres historiques
insérées dans d'autres séries, des Monumenta. — Chaque document est
précédé d'une courte introduction où sont indiquées les sources utili-
sées pour l'édition et aussi, quand il y a lieu, les questions soulevées
par la critique.
Pertz, comme on l'a vu, loin de se borner à composer son volume
d'actes législatifs dans le sens étroit du mot, y avait introduit des pièces
qu'il jugeait susceptibles de faire la lumière sur les divers points de
l'organisation de l'Empire : traités, sentences, actes de confédération,
lettres des princes, actes conciliaires, etc. Ses successeurs ont suivi
cette voie en l'élargissant encore ; notamment, ils ont inséré beaucoup
1
BIBLIOGRAPHIE. 545
d'actes intéressant le droit canon et l'histoire de l'Église; ce volume est
très riche de textes concernant la lutte entre les deux pouvoirs. Il con-
vient aussi de citer les cinq appendices qui le terminent : le premier
rempli d'actes des papes et de divers conciles; le second consacré à des
actes relatifs à la Sicile; le troisième aux textes établissant la trêve de
Dieu dans diverses provinces. Viennent ensuite une série d'actes con-
cernant des objets très variés et une série d'actes apocryphes.
Le défaut, presque inévitable d'ailleurs, d'un tel ouvrage, c'est évi-
demment le choix assez arbitraire des documents qui y doivent entrer.
Il est visible que l'éditeur n'a pas suivi de plan méthodique; il a fait
son volume sans se laisser guider par une règle rigoureuse. Pourquoi
a-t-il admis tel document et non tel autre de même nature et d'intérêt
égal? Je devine bien la réponse qui sera faite à mon objection. L'édi-
teur a choisi les documents qui se trouvaient dans des collections peu
accessibles (je ne parle pas des rares documents inédits) ou ceux dont il
était en mesure d'améliorer le texte connu. Il a cherché à être non
logique, mais utile, ce qui lui a semblé préférable. Peut-être beaucoup
d'érudits seront de son avis. A coup sur, le nouveau recueil, dressé
conformément aux exigences des règles critiques, rendra de grands
services aux historiens des institutions et du droit du moyen âge.
Paul FOURNIER.
Paul Errera, avocat, docteur agrégé de l'Université de Bruxelles.
Les Waréchaix, étude de droit foncier ancien. Bruxelles, 4 894.
In-S°, 35 pages. (Extrait des Annales de la Société d'archéologie
de Bruxelles., t. VIII.)
En Belgique et même en France, dans les pays wallons, on rencontre
souvent des terres désignées sous le nom de waréchaix; cette expres-
sion, constamment employée depuis le moyen âge, se retrouve encore
de nos jours dans un grand nombre de noms de lieux. Qu'était-ce que
ces waréchaix'!' C'est la question dont M. Errera s'est efforcé de trou-
ver la solution.
Au xii^ siècle et plus tard, les waréchaix sont des terres vagues,
bruyères ou broussailles, puis pâturages, « sur lesquelles, dans la plu-
part des cas, la collectivité des habitants d'une localité exerce les divers
droits que comporte la nature du terrain. » Ainsi entendue, cette forme
waréchaix procède d'une forme tudesque warschap ou waerschap, dont
le radical, wer ou wara, signifie la participation à la marke, c'est-à-
dire à la terre commune ; ainsi warscap s'applique très bien à l'ensemble
de cette terre commune ou des lots qui la constituent.
Toutefois, il arrive souvent que ces waréchaix sont des terres humides,
tourbières, terrains d'alluvion, champs bordant les rivières ou les lon-
geant d'assez près. Gela vient, d'après M. Errera, de ce que la forme
1895 36
546 BIBLIOGRAPHIE.
provenant de warschap a absorbé les dérivés dune forme très voisine
par la phonétique, waterscap. Dans les documents belges de l'époque
franque, warscap ne donne naissance à aucun mot latin ; mais water-
scap a engendré une forme latine, wadriscapium, qui signifie « une
dépendance d'une exploitation rurale en rapport direct avec les eaux
qui l'alimentent, » sans qu'il soit possible de préciser davantage. Sans
doute le mot warécbaix du moyen âge procède philologiquement de
warscap; mais, par un phénomène de convergence linguistique qui
est l'inverse de celui des doublets, il a pris aussi le sens de l'ancien
walcrscap. C'est pourquoi on sent lutter dans les significations du mot
warécbaix au moyen âge les acceptions primitives très différentes,
« l'une d'elles finissant par prendre le dessus, mais non sans être influen-
cée encore par les rappels de l'autre. >
Telle est l'explication ingénieuse que présente M. Paul Errera. Son
mémoire, fort intéressant pour l'histoire de la propriété foncière dans
les pays wallons, se recommande par une étude faite avec soin de nom-
breux textes d'époques variées où est employé le mot waréchaix.
Paul FOURNIER.
Léon GoBiN. Noies et documents concernant i' histoire d'Auvergne.
Sur un point particulier de la procédure mérovingienne appli-
cable à l'Auvergne, « l'institution d'Apetinis.» (Extrait du Bulle-
tin de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-
Ferrandj 2" série, 1894, n°s 6 et 7.)
M. Gobin s'est occupé de la procédure d'Apenîiis à cause d'une
formule relative à cette procédure qui se trouve dans les Formulx
Arvernenses; il ne se dissimule pas d'ailleurs que cette procédure est
commune à toute la Gaule. Il en marque, d'après les recueils de for-
mules, les transformations bien connues. Une erreur commise par lui
obscurcit tout son exposé. Il semble croire que le formulaire de Mar-
culfe comprend les formules d'Auvergne, de Sens et de Tours. Il lui
sera facile de constater que ce sont là des recueils indépendants de
celui de Marculfe.
P. F.
D"" Gustav ScHNDERER, professcuf à l'Université de Fribourg en
Suisse. Die Ënlstehung des Kirc/ienstaates. Cologne, J.-P. Bachem,
'1894. In-8°, -H 5 pages.
Chaque année la Gôrres-Gesellschaft publie, à la destination du
grand public, plusieurs brochures dont chacune contient le résumé
d'une question scientifique ou historique, dû à la plume d'un homme
compétent. C'est à ce titre que le docteur Gustav Schniirer a été
appelé à traiter dans cette collection de la formation de l'État ecclé-
BIBLIOGRAPHIE. 547
siastique. L'auteur y expose les faits avec clarté et sobriété; comme il
convient à la nature de la publication, l'appareil d'érudition est réduit
aux citations strictement nécessaires.
On trouvera dans ce mémoire l'histoire résumée des patrimoines de
l'Église romaine, bien connue par les études de M. Fabre, et l'exposé
du rôle que jouèrent les papes en Italie avant les événements qui y
assurèrent la prépondérance aux Lombards au détriment des Byzan-
tins. On sait que, pour échapper aux Lombards, Etienne K vint
en France solliciter l'appui de Pépin le Bref; l'auteur, contrairement
à l'opinion de MM. Bayet et Diehl, mais conformément à celle de
Waitz, estime que cette démarche n'a nullement été faite par le pape
à la suite d'une invitation venue de Gonstantinople. Sur le traité de
Quierzy, intervenu lors du voyage d'Etienne II (754); sur la confirma-
tion de ce traité qui eut lieu vingt ans plus tard, lorsque Gharlemagne
se rendit à Rome en 774 pour y conférer avec Hadrien I^i-, enfin sur
les causes à raison desquelles ce traité ne fut pas mis à exécution dans
son ensemble, le docteur Schnûrer développe des opinions qui, dans
leurs grandes lignes, sont conformes aux idées émises par M. l'abbé
Duchesne dans sa belle introduction au tome !«'■ du Liber Pontificalis ;
c'est dire qu'il ne conteste pas la valeur historique du célèbre passage
de la vie d'Hadrien le"". Selon lui, et cette opinion paraît bien établie,
l'État de l'Église est né de la donation primitive de Pépin, vainqueur
des Lombards, et, en second heu, des concessions qu'en 781 et dans les
années suivantes Hadrien obtint de Gharlemagne en même temps qu'il
renonçait à se prévaloir de la donation trop étendue et par là môme
irréalisable faite à Quierzy et confirmée en 774. Toutefois, à la différence
de M. l'abbé Duchesne, M. Schnûrer ne croit pas nécessaire d'admettre
que la fameuse donation de Gonstantin ait inspiré directement un pas-
sage de la lettre écrite en mai 778 par Hadrien à Gharlemagne.
P. F.
Chartularium Universitatis Parisiensis, sub auspiciis consilii gene-
ralis Facultatum Parisiensium ex diversis bibliothecis labulariisque
collegit, cura authenticis charlis contulit, notisque illustravit
Heinricus Denifle, 0. P., in archivo apostolicae sedis Roraanae
vicarius, academiarumVindobonensiset Berolinensis sociu3,auxi-
lianLe iÉmilio Châtelain, bibllothecee Universitatis in Sorbona
conservatore adjuncLo. Tomus III, ab anno M CGC L usque ad
annum M CGC LXXXXIIII.
Aucfarium Chartularii Universitatis Parisiensis, sub auspiciis, etc.,
ediderunt H. Denifle el iEmilius Châtelain. Tomus I : Liber pro-
curatorumNationisAnglicanx [MQma.nnix),aLha.nno M GC>GiXX.Xlll
usque ad annum M CGGG VI. Parisiis, ex typis fratrum Delalain,
548 BIBLIOGRAPHIE.
via a Sorboae dicta, anno M ÛGGG LXXXXIllI. In-4°, xxx7ii-777
et LxxvII-99^ pages.
En terminant dans ce recueiM le compte-rendu du second volume,
première partie, du Cartulaire de l'Université, nous émettions le vœu
de voir bientôt paraître la seconde partie de ce beau volume, avec l'in-
troduction annoncée. Les circonstances et les éditeurs en ont décidé
autrement, et c'est le troisième volume qu'ils nous offrent aujourd'hui.
Ils ont pensé, en effet, que l'histoire des collèges séculiers, qui doit
remplir la seconde partie du tome II, n'a rieu de pressé et qu'il y a plus
d'intérêt à donner le volume qui doit renfermer les affaires de l'Uni-
versité jusqu'à sa réforme, et surtout à publier les pièces relatives au
grand schisme, dont beaucoup de savants s'occupent à l'heure actuelle.
Ce nouveau volume va de 1350 à 1394, c'est-à-dire jusqu'à la mort du
pape Clément VIL Alors finit la période brillante de l'Université; après
cette date, elle se scinde, et cette scission a duré jusqu'au concile de
Constance.
En même temps que ce volume, parait le tome I du Supplément du
Cartulaire, renfermant le livre des procureurs de la nation anglaise
(Allemagne) de 1333 à 1406, qu'il est fort utile de rapprocher du
tome m du Cartulaire. Il contient, en effet, beaucoup d'actes relatifs
à l'Université pour la même époque. On trouvera, partie dans le texte
du Supplément, partie dans les notes, des documents déjà publiés ou
indiqués par Jourdain, mais l'édition en est plus correcte^*.
La tâche que nous avons à accomplir est fort agréable, car nous
n'avons que des éloges à adresser aux deux auteurs de ce Cartulaire,
que le savant le plus compétent en ces matières, M. L. Delisle, a jus-
tement qualilié « d'admirable. » La vaste étendue de ce travail, qui
semble croître à mesure que l'oeuvre s'avance, n'est égalée que par le
soin et le zèle soutenus avec lesquels il est accompli. La correction des
textes, l'abondance et la précision des notes en font un recueil de la plus
haute utilité et digne de la plus grande conhance. Les éditeurs, qui
cherchent toujours à améliorer leur travail en profitant des observations
qui leur sont faites, ont donné dans ce volume les premiers mots des
actes qu'ils ne font que mentionner (cf. n°s H9S, 1198*, 1207, 1208).
Fidèles au système que nous avons adopté pour les deux premiers,
nous chercherons a donner une idée de ce troisième volume en analy-
1. Bibliothèque de l École des c/iarles, t. LIV (1893j, p. 549.
i. Le tome I de lAuclariiiin comprend une introduction de 77 pages;
944 pages de texte sur deux colonnes; ÏElencIms procuratorum, p. 945-961;
un Index personarum, p. 963-991. — Les éditeurs annoncent qu'ils ont en pré-
paration les lomes IV, V, VI et VII du Cartulaire (y compris la seconde partie
du l. II) et trois volumes du Supplément. Lorsqu'elle sera terminée, cette
publication comptera donc 11 volumes in-4''.
BIBLIOGRAPHIE. 549
sant l'introduction des éditeurs; nous ne pourrions avoir de meilleur
guide pour mettre en lumière les points nouveaux et intéressants qui
ressortent de leur belle publication ; ils nous ont, cette fois, facilité la
tâche en relevant eux-mêmes les actes les plus dignes d'attention.
Les éditeurs nous tracent, dans leur § 2, un tableau animé et parfois
piquant de l'état de l'Université dans la seconde moitié du xiv« siècle.
Ils nous montrent d'une part sa puissance et l'estime qu'elle avait d'elle-
même et qu'elle avait réussi à faire partager aux autres. Sa jactance
parait dans un texte publié à la fin de l'Introduction. Dans ce traité,
dont les éditeurs nous donnent un long fragment sous le titre d' « Éloge
de la France et de l'Université de Paris, » l'auteur anonyme, Gerson,
disent les uns, Nicolas de Clémangis, suivant les éditeurs, ne craint
pas d'avancer que le pape et l'Université sont les deux lumières du
monde. L'Université vient du paradis ; elle a passé par Athènes et par
Rome, etc. Elle comprenait alors toutes les prérogatives et tous les
enseignements des autres Universités. La prééminence de ce corps
s'exerçait surtout dans les « arts » et la théologie. On pensait alors que
dans la Faculté de théologie de Paris la vérité catholique reposait
comme dans son siège naturel. Les docteurs parisiens discernent ce
qu'il y a de vrai et do faux dans la foi, et les prélats n'ont qu'à définir
par leurs sentences ce qui a été déterminé par les docteurs. C'était là
l'opinion de Denys FouUechat, de Pierre d'Ailly et de Jean Gerson.
Les maîtres en théologie étaient les coadjuteurs du pape. Ce qui les
confirmait dans cette bonne opinion d'eux-mêmes, c'est que les Uni-
versités étrangères (Cologne, Vienne, Bologne) étaient favorables aux
prétentions de celle de Paris. Les papes eux-mêmes reconnaissaient
cette supériorité. De là la puissance de l'Université à cette époque.
Elle s'interpose entre les peuples et les rois ; son recteur prend place
avant l'évêque de Paris ; elle triomphe des prétentions d'Hugues Aubriot,
prévôt de Paris. Tandis que le pape d'Avignon voyait diminuer son
autorité, l'Université de Paris proposait, avec l'appui des autres Uni-
versités, des moyens de rétablir l'union dans l'Église. Enfin, elle devient
puissance politique sous Benoit XIII; quand elle veut faire triompher
ses droits, elle suspend ses leçons ; comme le roi, elle a ses ambas-
sadeurs.
Mais le progrès des études est-il en rapport avec la jactance de l'Uni-
versité? C'est ce que les éditeurs examinent, en passant successivement
en revue la théologie, la philosophie, les belles-lettres, le droit et la
médecine.
La théologie, qui avait, plus encore qu'à l'époque précédente, négligé
ses véritables sources, les ouvrages des Pères, est stérile; le nominalisme
domine. A peine peut-on citer quelques ouvrages de théologie morale,
comme ceux de J. Gerson. Dès que le schisme éclate, les théologiens
abandonnent les fécondes disputes entre les maîtres pour rédiger des
550 BIBLIOGRAPHIE.
traités sur le schisme. Une autre cause, déjà signalée dans le tome II,
de l'affaiblissement des études théologiques, ce sont les dispenses de
temps accordées pour la lecture des sentences et pour la licence (voy.
les lettres de recommandation sous les n^^ 1303 et 1321). Les licenciés
par la grâce des pontifes étaient plus nombreux que les licenciés de
l'Université. Celle-ci résistait en vain; mais ce sont surtout les religieux
qui souffrirent du discrédit qui s'attacha à ces trop nombreuses dis-
penses.
En philosophie, l'Université reçut en héritage de la période précé-
dente le nominalisme. Parmi les plus célèbres nominalistes dont les
écrits seront exclus de l'Université et de tout le royaume, en 1473, par
Louis XI, on peut citer Guillaume d'Ockam, Grégoire de Rimini, Jean
Buridan, Pierre d'Ailly, etc.
Quant aux belles-lettres, les éditeurs signalent quelques progrès en
France, en comparant le xiii« siècle et les soixante-dix premières années
du xive. A la corruption du latin, à l'abandon des classiques avait suc-
cédé un mouvement de renaissance, à l'imitation de celui qui avait eu
lieu en Italie. En France, ce mouvement avait commencé par la tra-
duction française de Tite-Live par Pierre Bercheure. Les auteurs latins
furent étudiés et les lettres latines cultivées, comme le prouve le traité
écrit en 1388 par Nicolas de Clémangis, dont nous avons parlé ci-des-
sus. Avec Clémangis, Nicolas de Montreuil, Pierre d'Ailly, Jean Ger-
son représentent en France les belles-lettres. Mais ce moment brillant
dura peu, et avant la fin du xiv« siècle les écrivains retombent dans le
style pompeux et ampoulé.
La musique eut alors pour maîtres enseignants Jean Le Comte et
Guillaume le Bourguignon. Le droit a pour représentants les juriscon-
sultes Jean de Bournazel, Jean Fabre, Simon de Cramaud ; la médecine,
les célèbres Gervais Chrétien, Guibert de Celseto et Jean de Guistri,
médecins de Charles V. Le nombre des étudiants en médecine a aug-
menté.
Si l'on examine ce que devinrent les études pendant le schisme, on
constate qu'elles ont éprouvé une profonde décadence dont on peut
ramener les causes aux suivantes : trouble des esprits provoqué par le
schisme et par la question de savoir quel était le véritable pape ; inter-
ruption des leçons des plus célèbres docteurs de l'Université occupés
à porter la parole dans les conciles ou devant les papes ; pertes subies
par l'Université, par suite du départ des maîtres dont l'opinion ne pou-
vait se pliera celle de la majorité, et fondation d'Universités étrangères,
en Allemagne notamment; faveur des papes pour les sujets qui avaient
soutenu leurs intérêts et qui n'étaient pas toujours les plus dignes,
comme ce cardinal Nicolas de Saint- Saturnin , que Clément VU
nomma chancelier de l'Université de Paris et qui ne put s'acquitter de
sa tâche.
BIBLIOGRAPHIE. 55<
Par un effet inverse, les débats du schisme favorisèrent dans une
certaine mesure le développement de la langue française, par suite de
la nécessité où se trouvèrent les suppôts de l'Université de parler en
français dans les assemblées à propos des affaires du schisme. Suivant
le P. Denifle, par leur habileté à la riposte, ils ne seraient pas déplacés
même aujourd'hui dans nos assemblées délibérantes.
Malheureusement, comme nous l'avons déjà vu à propos du tome II,
la plaie des études était la recherche des bénéfices et des prébendes.
Tous les clercs, depuis le plus infime jusqu'au plus élevé, y compris
N. de Clémangis et P. d'Ailly, étaient atteints de cette fièvre; la grande
affaire pour eux était d'obtenir, soit du pape, soit du roi, soit des
évèques, d'être inscrits sur le rôle des bénéfices à décerner par le pape.
On conçoit la difficulté qu'ils éprouvaient à être satisfaits, quand on
songe au nombre considérable des suppôts de l'Université à cette
époque. En 1394, les notes fournies par eux pour la répression du
schisme dépassent le chiffre de 10,000. D'après Jean Petit, les maîtres
es arts étaient 1,000. Un ambassadeur persan compte dans l'Université
de Paris 30,000 écoliers ; en admettant que ce chiffre soit exagéré, le
nombre de 10,000 paraît tout à fait vraisemblable.
Tout le § 3 de l'Introduction est consacré aux faits et aux documents
nouveaux que les éditeurs ont mis en lumière ; nous n'aurons guère
qu'à puiser dans les pages xvii à xxiii pour donner une idée des décou-
vertes qu'ils ont faites et de la richesse de leur information. Qu'il nous
soit permis de citer seulement quelques faits importants ou curieux.
Les textes de ce volume et ceux du supplément nous font connaître les
noms des étudiants et leur profession magistrale. Notre jugement sur
certains hommes de grand renom doit être changé. Ainsi Pierre d'Ailly
a non seulement dépassé les autres en ambition, mais encore c'était un
homme de mauvaise foi qui, pour ce motif, avait été chassé du conseil
des maîtres {Auct., I, 707).
Nous devons signaler comme importants les articles par lesquels la
Faculté de théologie s'insurge contre le recteur de l'Université en 1359
(no 1246). A ces débats, il faut joindre le procès célèbre de l'Univer-
sité contre Jean Blanchart, chancelier. Ces documents, encore incon-
nus (nos 1504-1522, p. 340-420), renferment à eux seuls la matière d'un
livre spécial, au dire des éditeurs, tant ils sont riches en faits sur les
mœurs du temps I Les éditeurs nous donnent un texte, meilleur que
celui de Du Boulay, des statuts d'Urbain V pour les quatre Facultés,
statuts qui sont restés le fondement de l'Université jusqu'à la réforme
du cardinal Guillaume d'Estouteville (no 1319), et ils y ajoutent des
statuts importants pour la théologie {n°^ 1494 et 1534) et les décrets
(nos 1594 et 1712). On remarque ce fait curieux, que Grégoire XI et Clé-
ment VII ont permis de lire la médecine, l'un à Guillaume Bourreau
[Carnifex], médecin marié, l'autre à un prêtre, Guibert de Celseto. Deux
5S2 BIBLIOGRAPHIE.
lettres d'Innocent VI pour la Faculté des décrets réfutent cette fausse
opinion que ce pape a permis la lecture du droit civil à Paris (n^^ 1230
et 1242). Ce n'est que des documents du Cartulaire de l'Université que
l'on peut tirer la date d'élection des chanceliers du temps, Grimerus
Bonifacii, Johannes de Calore, Nicolaus de Sancto Saturnino, J. Blanchart,
etc. Il fournit également des noms nouveaux de libraires de l'Université
de Paris (n»^ 1325 et 1407). Une place considérable de ce volume est
occupée par les rôles adressés au souverain pontife par l'Université, les
Facultés et les particuliers. Ils fournissent des noms encore inconnus ;
ils donnent la nation, le lieu natal des hommes connus, ou changent
en certitudes les conjectures déjà faites.
On y trouve réunis tous le? documents relatifs au procès de l'Univer-
sité contre Jean de Montesson, publiés d'après les originaux et les
meilleurs manuscrits, ce que n'avaient fait ni Du Boulay, ni Baluze, ni
d'Argentré ! Le vrai caractère de ce procès se dégage de cette publica-
tion. C'est un procès théologique et non politique. Il n'est pas un effet
de la domination des Marmousets, puisqu'il a commencé en 1387, un
an avant leur avènement au pouvoir. On y apprend qu'en 1391 Clé-
ment VII appela devant lui toutes les causes entre l'Université et les
Prêcheurs. On remarquera également dans ce volume beaucoup de docu-
ments inédits et d'une certaine étendue, sur les mœurs et les usages
du siècle, les luttes des prévôts et des sergents de Paris contre les éco-
liers et les maîtres (n"' 1200, 1293, 1311, 1312, 1326, etc.). Il faut dire
ici quelques mots sur les ordres religieux. Les documents de ce troi-
sième volume ont donné beaucoup pour les chapitres généraux des Prê-
cheurs et des Clunisiens et relativement peu pour les chapitres des Cis-
terciens. Les ordres étant divisés à cette époque, les éditeurs ne se sont
occupés que de ceux qui tenaient pour le pape d'Avignon. La préface
relève encore quelques renseignements nouveaux sur l'ordre des Servîtes
(Servi D. Mariœ), qui n'avaient pas de collège à Paris, mais seulement
une maison, qu'ils quittèrent, ayant pris le parti du pape romain, et enfin
sur l'ordre de la Charité-Notre-Dame, qui reçut à Paris le nom d'ordre
des Billettes.
Mais c'est surtout pour le schisme que co volume est utile à consulter.
Les éditeurs se sont principalement attachés à donner les actes de Clé-
ment VII, parce que, après quelques hésitations, l'Université de Paris
abandonna Urbain VI et Boniface VIII pour se rattacher à la cause de
leur adversaire. On y verra, par le rôle de 1379, que c'est à partir de
cette date, et non en 1383, que l'Université s'est ralliée à Clément VIL
Le Cartulaire montre, entre ces deux dates, plusieurs mandements du
pape au chancelier de Paris. Après la mort de Jean de la Chaleur, le
pape nomma un autre chancelier, avec l'approbation du chapitre de
Paris et de l'Université ; on apprend aussi par ces textes qu'une tenta-
tive fut faite de 1390 à 1391 pour ramener l'union dans l'Église. Les
BIBLIOGRAPHIE, 333
textes publiés montrent l'enchaînement des faits et fournissent des ren-
seignements ignorés.
Le groupement des textes que nous venons d'indiquer pour le schisme
a été appliqué par les éditeurs à deux autres sujets, le procès contre le
chancelier Blanchart et celui contre Jean de Montesson. Une introduc-
tion particulière précède le rôle de 1379, et les groupes de documents
que nous venons d'indiquer en expose le contenu et les explique. La
clarté des faits gagne à cet arrangement ce qu'y perd l'ordre chronolo-
gique.
Quoique la méthode de l'édition soit naturellement la même que dans
les deux premiers volumes, les éditeurs ont été obligés, à cause du
nombre toujours croissant des documents, de se montrer plus sévères
pour leur admission; c'est ainsi qu'un plus grand nombre de textes ont
été rejetés et mentionnés seulement dans les notes; on a exclu à des-
sein certains documents, comme les procès devant le Parlement pour
des rixes entre écoliers. Les éditeurs ont fait, plus souvent que dans
les volumes précédents, des extraits ou des abrégés, notamment pour
les mandements des papes au chancelier; on a supprimé partout les
formules semblables. Les notes sont plus abondantes, les noms sont
restitués à leur vraie forme ; on a indiqué la date précise d'élection des
cardinaux, évêques et abbés; on a joint des notices aux principaux
personnages et aux faits nouveaux. L'altération des textes, l'incorrec-
tion des manuscrits, même des registres des papes depuis Urbain V,
ont rendu plus difficile la tâche des éditeurs, qui se sont appliqués à
donner des textes aussi corrects que possible.
Les sources sont les mêmes que celles du tome II, c'est-à-dire les
volumes suivants des collections du Vatican et des Archives nationales.
Les nouveaux manuscrits employés sont surtout des volumes relatifs
au schisme et au procès contre le chancelier (aux Archives du Vatican,
arm. 54 et coll. 440). La bibliothèque du Vatican et la Bibliothèque
nationale de Paris ont fourni des documents sur l'Université, sur le
procès contre Jean de Montesson et sur le schisme. Les éditeurs ont
mis aussi à contribution les archives d'Avignon et la bibliothèque de
Rouen (ms. de Jumièges). Ils ont tiré grand parti pour leurs notes du
catalogue des licenciés en théologie de la Faculté de Paris de 1373
(deux mss. de la Bibl. nat. de Paris, lat. 5657 et 12850), qui sont une
source sûre, quoique les noms soient altérés et aient besoin de correc-
tions; sans compter nombre d'autres manuscrits du British Muséum, etc.
Le volume se termine par un appendice contenant les statuts de la
Faculté des décrets (p. 641-659), les addenda et corrigenda (p. 660-670),
la table des documents (p. 671-692), dans laquelle les actes sont répartis
en quatre groupes, l'ordre chronologique rigoureux étant abandonné, et
enfin les deux Index personarum per nomina et prêenomina (p. 693-755)
et Index reriim (p. 756-777), dressés avec le même soin et la même
554 BIBLIOGRAPHIE.
ampleur que dans les volumes précédents. C'est une mine précieuse
pour l'histoire littéraire du xiv" siècle.
La publication du Cartulaire de l'Université s'avance, on le voit, avec
une régularité et une constance dont il faut féliciter hautement le
P. Denifle et M. Châtelain, et qui donne toute confiance pour la suite
de ce beau travail. Tout nous fait donc espérer, ainsi que le promettent
les éditeurs, que l'année 1900, c'est-à-dire le septième centenaire du
premier acte donné par Philippe-Auguste en faveur de l'Université de
Paris, verra l'achèvement de cette œuvre magistrale.
A. Bruel.
Henri Forgeot. Jean Balue, cardinal d'Angers (i42i?-i491). Paris,
Emile Bouillon, ^895. ln-8o, xxviii-239 pages. {Bibliothèque de
l'École des hautes-études, iOd" fasc.)
Notre confrère M. Henri Forgeot s'est proposé, dans l'ouvrage dont
nous allons rendre compte, d'instruire « un grand procès de revision »
au sujet d'une personnalité historique sur laquelle les jugements les
plus sévères ont été portés.
Partout et toujours Jean Balue a été considéré comme un vulgaire
ambitieux, à qui il ne manquait qu'un vice : l'hypocrisie; un ignorant,
qui ne dut ses hautes fonctions qu'à la faveur; un négociateur mala-
droit, un traître enfin, qui conduisit Louis XI au château de Péronne.
Notre confrère s'est demandé si cette opinion, pour générale qu'elle
soit, n'était pas sujette à caution et si elle se dégageait comme une
conséquence nécessaire de l'examen critiijue des textes, — chroniques
et documents d'archives.
A cette question, il n'était possible de répondre d'une manière cer-
taine qu'en ouvrant une vaste enquête dans laquelle tous les témoins
seraient entendus, toutes les dépositions contrôlées. C'est ce que M. H.
F. a fait avec l'impartialité la plus scrupuleuse et, hàtons-nous de le
dire, avec un réel bonheur, car il a su découvrir et utiliser des pièces
manuscrites de premier ordre, qui avaient échappé aux recherches des
historiens. Ces titres, en effet, qu'il publie en appendice, passent en
revue tous les actes politiques de la vie de l'évêque, ses ambassades, sa
conduite, ses rapports avec les ducs de Bourgogne, et nous initient aux
moindres détails de ses intrigues et de sa trahison.
De là une monographie des plus substantielles et des plus instructives,
qui est à coup sûr une contribution fort importante à l'histoire d'un
règne imparfaitement connu jusqu'à ces dernières années. Elle com-
prend, outre l'introduction et la bibliographie, neuf chapitres dont voici
les titres : Jeunesse de Balue (et non Ballue ou La Balue, ces deux
formes étant inexactes). Origines de sa faveur (14217-1464). — Jean
Balue dignitaire de l'Église. Son rôle dans les affaires religieuses (1464-
BIBLIOGRAPHIE. 355
1469). —Jean Balue ambassadeur. Son rôle dans les affaires politiques
(1465-1469). — La trahison du cardinal d'Angers (1469). — Captivité
du cardinal Balue (1469-1480). — Délivrance de Balue. Sa nouvelle
faveur en Italie (1480-1483). — Légation du cardinal d'Angers en France
(1483-1485). — Balue ambassadeur de Charles VIII et protecteur des
affaires de France en cour de Rome. Son rôle en Italie et sa mort (1485-
1491). _ L'homme privé. Les biens de Balue. — Viennent ensuite les
pièces justificatives, au nombre de vingt-six, un excellent index alpha-
bétique des noms de lieux et de personnes, enfin une table des cha-
pitres.
De trois de ces chapitres seulement nous voulons résumer ici quelques
passages, pour montrer comment l'auteur rétablit dans ses droits la
vérité historique.
Quel rôle, par exemple, joua l'évêque d'Angers relativement à l'en-
trevue de Péronne ? La plupart des historiens qui ont écrit sur cette
époque ont nettement désigné le cardinal Balue, gagné par l'argent du
Téméraire ou ses promesses, comme celui qui suggéra ce projet à
Louis XL D'autres affirment que le cardinal, acheté par le duc de
Bourgogne, aurait simplement décidé son maitre à une entrevue déjà
projetée par celui-ci. Tous, en un mot, sont d'accord pour affirmer que
Balue fut toujours au moins le chaud partisan d'une entrevue (p. 51-52).
M. H. F. démontre, au contraire, que Balue fut longtemps l'adversaire
de cette idée, qu'il fit tout ses efforts pour détourner le roi d'un tel pro-
jet, que jamais il n'abandonna cette opinion qu'il en pourrait advenir
désavantage au roi. « L'intérêt personnel et peut-être aussi l'amour de
son roi et de son protecteur, de quoi l'on peut douter, tels furent les
deux mobiles qui, croyons-nous, décidèrent Balue à se ranger au
nombre des adversaires d'une entrevue. Pour dissuader Louis, il dut
tout mettre en œuvre, mais la résolution du roi fut inébranlable »
(p. 58). Bien mieux, non seulement le cardinal ne trahit pas son maitre
à Péronne, mais encore ce fut lui qui le sauva, ou du moins contribua
puissamment à le tirer du plus grand danger qu'il ait couru pendant
son règne (p. 59) ; il acheta, en effet, l'entourage du Téméraire quand
la vie du roi fut en danger (p. 64).
En quoi donc consista la trahison du cardinal d'Angers et comment
se découvrit-elle ? Le chapitre iv est sur ce point une révélation. On y
voit comment Balue, tombé en disgrâce, aveuglé par son ambition et
voulant reconquérir la faveur de Louis XI par tous les moyens, se laissa
entraîner dans des intrigues qui le conduisirent à une véritable trahi-
son. Et alors « il commença son terrible jeu en partie double : créer
des difficultés au roi pour l'en tirer, et par là rétablir son ancien cré-
dit. » Voilà pourquoi Balue, avec l'aide de Guillaume de Haraucourt,
essaie d'organiser contre Louis XI une nouvelle ligue des grands sei-
gneurs ; mais, au moment oîi la trahison vient d'être consommée, ses
556 BIBLIOGRAPHIE.
lettres à Charles le Téméraire sont interceptées (p. 79-80) et il est arrêté,
ainsi que l'évéque de Verdun, son complice, le 23 avril 1469.
Un dernier point. Jusqu'ici Balue était célèbre surtout par sa capti-
vité, Louis XI l'ayant fait, dit-on, enfermer dans une étroite cage de
fer, où le malheureux prisonnier ne pouvait se tenir ni debout ni assis.
Or, il se trouve que cette captivité en cage n'est pas un fait absolument
incontestable, et M. H. F., après avoir exposé tout un ensemble de faits,
dont aucun ne constitue une preuve décisive, mais qui méritent cepen-
dant d'attirer l'attention, est amené à cette conclusion « qu'il y a de
fortes raisons de ne pas admettre le récit traditionnel de l'incarcéra-
tion. »
Ces quelques citations suffisent pour montrer combien neuf et origi-
nal est le travail de M. H. F., qui, pour la première fois, restitue à Jean
Balue sa physionomie historique (p. 172-173). « Un ambitieux, très
intelligent, très actif, d'un esprit pénétrant, facile, enjoué, d'une habi-
leté remarquable, tel a été le cardinal d'Angers. Sa trahison a fait
oublier ses services. On ignorait qu'il avait puissamment aidé à délivrer
Louis XI à Péronne, et on ne s'est pas souvenu de sa conduite à Paris
pendant la ligue du Bien public, non plus que de son rôle comme
défenseur des intérêts français en Italie. Mais il n'a jamais réellement
travaillé ni pour son prince ni pour le pape; il se mêla aux intrigues
et aux grandes affaires dans un intérêt tout personnel... Il sacrifia tout
à son ambition et n'hésita jamais sur le choix des moyens pour la satis-
faire. »
Ce jugement sera celui de l'histoire : comme par le passé, nous
mépriserons à bon droit Jean Balue, mais en étant à même, grâce à
M. H. F., de l'apprécier justement.
E. Couard.
Semblançay f?-i527J. La bourgeoisie financière au début du XVI^s.,
par Alfred Spont, ancien élève de l'École des chartes. Paris,
Hachette, -1895. In-8% x-324 pages, planches.
Le présent ouvrage a été publié sous la forme d'une thèse pour le
doctorat es lettres qui a été admise à la Sorbonne avec la mention
honorable. Les membres du jury, en particulier M. Lemonnier, qui en
avait été le rapporteur, et M. Lavisse, ne lui ont pas marchandé les
éloges. C'était justice. Le volume a coûté à M. Spont des recherches
longues et difficiles, menées avec une conscience inappréciable et une
rare sagacité, non seulement dans les dépôts de Paris, mais aussi dans
ceux des départements et de l'étranger. La multiplicité et la variété
des références donnent l'impression d'un travail véritablement prodi-
gieux ; toutes les sources d'informations, même les plus inattendues
(par exemple lems. 539 de la bibliothèque de Lemberg), semblent avoir
BIBLIOGRAPHIE. 557
été épuisées. Quant à la mise en œuvre des documents ainsi rassemblés
de tous les coins, elle est fort satisfaisante; écrit dans une langue
claire et très heureusement purgée de toutes déclamations vides, chose
à louer en un sujet qui en a tant inspiré, le livre de M. Spont peut être
considéré comme une parfaite biographie scientifique.
Les Beaune étaient des hommes nouveaux. La généalogie de Jacques
ne compte qu'un degré certain, son père, Jean, que les documents cités
par M. Spont nous révèlent comme « un des plus gros négociants du
royaume » au temps de Louis XI. Quant à l'origine de ce personnage,
il ne semble pas douteux que son nom de Beaune se rapporte, non à
la ville bourguignonne ainsi appelée, mais à une ferme des environs
de Tours qui était sa propriété, la maison de Beaune.
A propos de Jean de Beaune et de ses opérations commerciales,
M. Spont donne des renseignements intéressants sur la politique éco-
nomique de Louis XL En particulier, on doit le féliciter d'avoir indiqué
(p. 5) la véritable portée d'une série de documents sur lesquels M. de
Maulde avait bâti tout un roman. A quoi bon se mettre en frais d'ima-
gination et prétendre retrouver un Essai d'exposition internationale en
i470' dans l'opération, très simple et très commune en tous les temps,
que tentèrent Jean de Beaune et son gendre Briçonnet, l'expédition à
Londres de marchandises à négocier sur cette place ?
Mort en 1480, Jean de Beaune laissa un héritage considérable pour
un simple marchand, plus de 22,000 livres tournois. En outre, ses
enfants, fils ou filles, étaient fort convenablement établis. Deux d'entre
eux, Guillaume et Jacques, s'étaient alliés aux fluzé, deux autres,
Raoulette et Catherine, aux Briçonnet. Les Beaune tenaient donc aux
meilleures familles de cette bourgeoisie des bords de la Loire qui joua,
dans la France de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII, les
.premiers rôles administratifs. Les tableaux généalogiques dressés par
M. Spont (familles des Beaune, des Briçonnet, des Berthelot, des Le
Roy et des Bohier) donnent, de façon saisissante, la mesure de l'in-
tluence et du crédit assurés à Semblançay par son mariage avec Jeanne
Ruzé^.
Tant que vécut son père et plus de dix ans durant après son décès,
Jacques de Beaune exerça comme lui la profession de marchand et de
banquier à Tours. Ce fut seulement en décembre 1491, et passé trente
ans, qu'il débuta dans la carrière administrative. A cette date, en effet,
il fut nommé trésorier général d'Aune de Bretagne, qui venait d'épou-
1. Cf. Académie des iascripiioiis et belles-lettres. Comptes-rendus, 4' série,
t. XVII (1889), p. 161 et 183-189.
2. Pourquoi n'avoir pas indiqué au tableau V que Tlios. Bohier épousa en
secondes noces Catherine Briçonnet, alors que celte union se trouve enregistrée
au tableau II?
558 BIBLIOGRAPHIE.
ser Charles VIII. Cinq ans plus tard, à la fia de 1495, il devint général
de Languedoc, puis fut promu, en avril 1509, général de Languedoïl,
charge qu'il résigna, le 22 août 1516, en faveur de son fils Guillaunae.
Il était alors, depuis l'année précédente, surintendant des finances de
Louise de Savoie, et fut nommé, en novembre 1516, gouverneur et bailli
de Touraine. D'ailleurs, sa résignation n'avait pas entraîné sa retraite.
Loin de là : d'abord sans commission expresse, puis en vertu des lettres
qualifiées par M. Spont de « pouvoir de 1518 », il remplit les fonctions
d'ordonnateur sans charge; ce fut, jusqu'à sa disgrâce en 1524, la période
la plus active et la plus brillante de son existence. Enfin, à partir de
mars 1524, il fut l'objet, d'abord d'une instance civile, close par l'arrêt
du 27 janvier 1525, puis d'une poursuite criminelle, qui eut pour consé-
quences sa condamnation à la peine capitale le 9 août 1527 et son exé-
cution le 11 août suivant. Ajoutons qu'en dépit de ses occupations
administratives, si multiples et si absorbantes qu'elles fussent, Sem-
blancay resta commerçant. « Il a », écrit M. Spont à la date de 1510
(p. loi I, « une véritable maison de banque où se négocient les décharges » .
Et plus loin : « De Beaune encaisse aussi l'argent des particuliers et
leur prête à intérêt ».
Telle est dans ses grandes lignes la biographie de Jacques de Beaune.
Il est impossible de suivre son biographe dans les mille détails où il
entre avec une richesse et une sûreté d'informations surprenantes. Con-
naissant les alentours de son sujet aussi bien que son sujet lui-même,
c'est à pleines mains qu'il verse les références et les documents au bas
des pages. Forcé de choisir au miUeu d'une pareille abondance, nous
signalerons seulement les plus importants et les plus nouveaux des
faits rais en lumière dans cet excellent volume.
Parlons d'abord de ce qu'on pourrait appeler l'histoire intime de
Jacques de Beaune. Sur la constitution de sa fortune, sur ses immeubles
tant urbains que ruraux, enfin sur ses constructions à Tours, à la Carte-
Persillière et à Semblançay, M. Spont a réuni des renseignements fort
instructifs qu'il a eu la bonne inspiration d'illustrer de planches et de
plans très bien exécutés. Dans son livre, se trouvent, pour ainsi dire,
analysées les étapes et dressés les inventaires successifs d'un homme
que son bonheur et son habileté en affaires avaient mis aux premiers
ranf's des rois de l'or de son époque. Et cette contribution à l'histoire
de la richesse est comme doublée d'une contribution à l'histoire de l'art,
le héros de M. Spont s'étant fait l'émule de ses confrères en adminis-
tration, Thos. Bohier de Chenonceau, FI. Robertet de Bury, ou G. Ber-
thelot d'Azay-le-Rideau.
De l'héritage paternel, Semblançay avait recueilli une maison à Tours
sise sur la paroisse de Saint-Saturnin. Il en respecta la fabrique, qui
resta intacte jusqu'au milieu du xvui^ siècle, et dont M. Spont a identi-
fié deux corps de bâtiment reliés par une tourelle (p. 10); mais il
BIBLIOGRAPHIE. 559
l'agrandit et l'embellit considérablement. Ayant acquis en 1506 plu-
sieurs immeubles avoisinants, il fit construire en 1507-1508 un pavil-
lon, une garde-robe et une chapelle; nous renvoyons aux quatre
planches des pages 105, 107, 111 et 134, où sont dessinés un ensemble
et des détails de ce monument, qui est « par sa date un des bons spé-
cimens de la première Renaissance ». Élevé par Guillaume Besnouard,
maître des œuvres de maçonnerie de Tours, il est à rapprocher « du
couronnement du clocher nord de Saint-Gatien (1502) et du cloitre de
Saint-Martin (1508-1519), dus aux neveux de Michel Colombe, Bastien
et Martin-François ».
Au cours de l'hiver 1517-1518, madame Louise lui fit don de l'hôtel
de Dunois, bel édifice du xv« siècle et encore à peu près entier, tout
proche de sa maison. Ce fut pour lui prétexte à nouvelles bâtisses. Dès
1518, une galerie de deux étages, dont M. Spont nous donne trois char-
mants chapiteaux (p. 162), relia les constructions antérieures à l'hôtel
de Dunois. Vers la même date, il acquit d'autres immeubles pour arron-
dir son fief, qui « forme dès lors un quadrilatère entre la rue Traver-
saine, la Grande-Rue et la rue Neuve ». Pour embellir le « carroy de
Beaune », contre le vieil hôtel de Jean de Beaune, Semblançay avait
obtenu de la ville de Tours l'érection d'une fontaine monumentale
pour laquelle il avait offert du marbre blaac de Gênes ; ce bel ouvrage,
auquel avaient travaillé les meilleurs artistes tourangeaux, devait être
mutilé par les huguenots en 1562. Un plan détaillé de cet ensemble
d'immeubles a été dressé par M. Spont (p. 238) ^
A la campagne, Jacques de Beaune eut trois terres principales. La
première est le groupe de ses domaines de Montrichard (p. 241), dont
le noyau était le fief de la Tour-d'Argy, hérité par sa femme de son
père, Jean Ruzé (p. 15) ; il l'arrondit par diverses acquisitions (p. 110-
112, 148 note 1, et 179 note 2), mais ne semble pas y avoir dépensé
beaucoup en constructions neuves. Il en fut autrement dans sa terre de
la Carte-Persillière, achetée le 31 août 1497 à Antoinette de la TrémoïUe
et patiemment augmentée depuis (p. 107 et suiv., et 147 note 4). Il y
édifia un manoir, dont le donjon, « sans grand caractère », est encore
debout, et une chapelle ornée de deux superbes verrières, avec les por-
traits du donateur et de Jeanne Ruzé. Mais ce fut surtout dans sa troi-
sième terre, celle dont il porta le nom du jour oii il la posséda, qu'il
se montra grand bâtisseur. Ce fief de Semblançay lui fut donné en 1515
par Louise de Savoie (p. 124) et devint dès lors son domaine favori.
Il ne cessa de l'arrondir, et en 1527 son étendue était de 150 arpents de
terre enserrés dans une enceinte flanquée de tourelles d'angle (cf. le
l. En 1526, au plus fort de ses malheurs, Semblançay fit dessiner par le Flo-
rentin Polastroii les cartons de tapisseries (aujourd'hui à Angers) représentant
la légende de saint Saturnin.
560 BIBLIOGRAPHIE.
plan de la p. 124), sans compter 100 arpents de bois (p. 241). Il avait
endigué l'étang pour construire sur la chaussée un manoir maintenant
disparu et une chapelle qui subsiste encore à peu près intacte (p. 148,
planche). Il avait également restauré l'église paroissiale et l'avait enri-
chie de vitraux agrémentés, comme ceux de la Carte, de son portrait
et de celui de sa femme.
Au point de vue de l'histoire administrative, on doit signaler ce que
dit M. Spont de la généralité de Languedoc et des pays annexes, Lyon-
nais, Forez, Beaujolais, Dauphiné et Provence (p. 36 et suiv.), sujet
que l'auteur connaissait particulièrement bien , ayant déjà consacré,
dans les Annales du Midi, plusieurs articles à l'étude des institutions
financières du Languedoc'. Il en est de même des pages sur la tréso-
rerie de la reine Anne (p. 18 et suiv.), ainsi que sur la liquidation et
le recouvrement du douaire de cette princesse (p. 75 et suiv.). — Enfin,
l'histoire des finances françaises sous Louis XII et pendant les dix pre-
mières années de François I^"" est exposée dans le détail et de façon à
éclairer bien des points d'histoire générale fort malaisés à interpréter
avant les patientes recherches de M. Spont. En particulier, la vieille
légende qui représentait les budgets de Louis XII comme des modèles
d'équilibre et d'économie y est démolie, chiffres en mains, de fond en
comble : qu'on parcoure seulement les pages 30 à 36 et 68 à 74. Autre
légende à rayer des manuels classiques, celle qui attribue à la négli-
gence des agents royaux et à la pénurie d'argent de Lautrec la muti-
nerie des Suisses en mai 1522 et leur malencontreuse attaque des for-
midables positions impériales à la Bicoque : tout au contraire, ces
mercenaires indociles avaient été soldés avec une régularité presque
parfaite; ils avaient reçu leur premier mois le 18 février, leur second
le 12 mars, et savaient pertinemment, dès le milieu d'avril, que l'argent
du troisième avait passé les Alpes et se trouvait en dépôt dans Arona
(p. 186).
M. Spont ne nous en voudra sans doute pas, après avoir ainsi reconnu
les très grands mérites de son livre, de hasarder quelques réserves.
Pages 165 à 168, 172, 254, ce qu'il dit de l'obligation des marchands
ou des généraux ne nous a pas satisfait pleinement. En somme, malgré
ses explications, l'opération reste obscure et les chiffres en écus ne
concordent pas avec les chiffres en livres sterling. Et puis, à quoi bon
parler d'épingles, ce contrat n'en ayant pas comporté? La vérité est que
la question vaut d'être reprise, et nous espérons que M. Spont n'y
manquera pas au cours de l'ouvrage qu'il promet dans sa préface sur
« la banque internationale au début du xvi« siècle ».
Pages 207 et 243, pourquoi tant charger Duprat? Les faits allégués à
l. Cf. t. II (1890), p. 365 et suiv,, et t. III (1891), p. 232 et suiv,, 427 et
suiv., 482 et suiv.
BIBLIOGRAPHIE. 364
son encontre ne sont guère probants. Il y a mieux. La lettre de lui
citée à la note 3 de la page 243, in fine, nous paraît le montrer sous un
jour plutôt favorable, bon fonctionnaire, ayant pleine conscience des
droits et surtout des devoirs de sa charge. En cette matière, M. Spont
n'a-t-il pas accepté trop facilement les données traditionnelles sur le
célèbre chancelier, données qu'il aurait convenu de vérifier avec plus
de rigueur?
De même , quelle sévérité pour Louise de Savoie ! Assurément,
M. Spont a su se garer des vieux cancans d'alcôve, aussi peu démon-
trés que scandaleux, réédités si complaisamment par M. de Maulde
dans son récent volume sur cette princesse <. Mais il a porté contre
elle une accusation de la dernière gravité, celle d'avoir perdu Sem-
blançay pour recouvrer sur lui une créance des plus contestables. « C'est
la seule avarice », écrit-il en conclusion (p. 282), « qui a converti
en cruel abandon l'intérêt affectueux qu'elle avait, pendant huit ans,
témoigné à son favori, et François I^"-, en fils soumis, a laissé faire ».
Malgré l'autorité qu'emprunte cette allégation à la science de son auteur,
nous ne pouvons l'accepter sans protester. Que Madame soit intervenue
aux procès engagés contre Semblançay, la chose n'est pas si étonnante
qu'on y voie de toute nécessité la cause unique de ces procès. La plus
élémentaire prudence commandait qu'elle agît ainsi; elle a simplement
sauvegardé ses intérêts, ainsi que l'ont fait tant d'autres créanciers du
financier mis en suspicion. Pourquoi ne pas envisager cette intervention
comme un pur incident des procès, ce qui serait, je crois, un point de
vue juridiquement et réellement plus exact? Pourquoi surtout rapetisser
la question à un débat d'intérêt privé entre Madame et Semblançay ?
Que deviennent dans ce système toutes les mesures édictées contre les
ordonnateurs et les comptables, les commissions d'enquête fonctionnant
sans relâche pendant treize ans, les condamnations prononcées contre
des hommes qui n'avaient rien à démêler avec Louise de Savoie (les
Poncher, Meigret, Berthelot, etc.), les ordonnances de réforme succes-
sivement rendues de 1523 à 1560, le remplacement des institutions
administratives de Charles VII par des institutions qui en étaient l'exact
contre-pied? En fait, les procès de Semblançay ne furent que des épi-
sodes de la grande opération de réorganisation qui se marqua d'abord
par la création de l'Épargne et l'amoindrissement de et Messieurs des
finances », puis se continua par le démembrement des généralités pri-
mitives et la constitution de circonscriptions fiscales en nombre triple.
Enfin, qu'est-il besoin de traiter en victime un homme qui, après tout,
1. Louise de Savoie et François /". Paris, 1895, in-S". De fort judicieuses
rectifications à nombre des assertions contenues dans ce volume ont été pro-
posées par M. Hauser dans un article de la Revue d'Auvergne, t. XII (janvier
1895), p. 45 et suiv.
4895 37
562 BIBLIOGRAPHIE.
fut coupable et très régulièrement reconnu tel ? Tout au plus peut-on
regretter que François I^"" n'ait pas jugé à propos de le gracier. Et
encore n'y aurait-il pas lieu de soutenir que cet acte de clémence aurait
peut-être été un acte de faiblesse ? Abattre coûte que coûte le trop puis-
sant syndicat des financiers, voilà quel était à cette date le but de la
politique royale. Par sa haute valeur exemplaire, l'exécution de Sem-
blançay s'imposait comme le plus sûr moyen d'affirmer la volonté et le
pouvoir du roi.
Pour terminer, une dernière critique, portant sur l'ensemble du tra-
vail, qui a été adressée à M. Spont au cours de sa soutenance. Son livre
n'est pas mal composé dans ses lignes générales, et rien à peu près
n'est à reprendre dans son plan même^. Mais, dans le détail de l'exé-
cution, quelques négligences déparent cette belle ordonnance. Tels
paragraphes sont ici qui devraient être là, telles notes feraient mieux
dans le texte, et telles lignes de ce texte se trouveraient à leur vraie
place au bas des pages ; bref, en plus d'un endroit, des transpositions
semblent indiquées, au prix desquelles la lecture et l'usage de la thèse
seraient devenus sensiblement plus faciles. Pure question de forme et
d'agencement, au surplus, sur laquelle il ne convient pas d'insister plus
qu'elle n'importe. Ces imperfections légères et, pourrait-on dire, de
surface ne sauraient porter de préjudice à la robuste charpente de
l'œuvre, une des plus solides et des plus nourries qui aient été écrites
sur cette époque de notre histoire. Pour tous ceux qui auront à s'occu-
per du règne de Louis XII ou des premières années de François !«■■, 5em-
blançay restera longtemps encore le répertoire le plus complet de faits
exactement vérifiés et de références précieuses 2, Jacqueton.
Jeanne de Montmorency^ duchesse de la TrémoUle, et sa fille, la
princesse de Condé, 4573-1620. Nantes, Emile Grimaud, -1895.
In-4% 17-496 pages.
Dans cet élégant volume, M. le duc de la TrémoïUe nous donne le
1. Le voici du reste : I. Premières années. Jean de Beaune; Guillaume et
Jacques de Beaune ; la maison d'Anne de Bretagne. — II. Administration finan-
cière. Importance de la charge de général des linances ; la généralité de Lan-
guedoc-Daupliiné-Provence; la généralité de Languedoïl-Guyenne. — III. Anne
de Bretagne et Louise de Savoie; vie privée. Le douaire d'Aune de Bretagne;
Anne de Bretagne et Louise de Savoie; vie privée. — IV. Années de prospé-
rité. La conquête du Milanais; le pouvoir de 1518; la campagne de 1521; la
guerregénérale. — V. Dernières années. La disgrâce; la reddition des comptes;
la commission de 1523; le procès criminel. — Épilogue. La Tour carrée.
2. La thèse de M. Spont ne comporte pas de pièces justilicatives. Celles-ci
ont été publiées dans celle Bibliothèque môme, ci-dessus, p. 318 et suiv. Ce
sont des documents du plus haut intérêt, en particulier ï Interrogaloire de
Jean Guérel et ['Acte d'accusation de Semblançay.
BIBLIOGRAPHIE. 563
dossier qu'il a constitué, à l'aide de ses archive? domestiques, sur la
vie de deux femmes dont le nom appartient à l'histoire : l'une était la
fille du connétable Anne de Montmorency, et l'autre l'aïeule du grand
Condé. Ce dossier consiste en 104 lettres et en 16 documents divers, tels
que mémoires, comptes et pièces d'administration ou de procédure.
Plusieurs des lettres sont émanées de Jeanne de Montmorency et de
la princesse de Condé, Charlotte-Catherine de la TrémoïUe. Les plus
intéressantes concernent les rigoureuses poursuites dont la princesse
fut l'objet à l'occasion du prétendu empoisonnement de son mari. On
y trouve aussi d'utiles renseignements sur les événements des premières
années de Henri IV (1584-1593).
Le dernier morceau de la seconde partie du dossier est une relation
très détaillée de la pompe funèbre de la princesse de Condé au mois de
septembre 1629. C'est une longue et curieuse pièce de cérémonial, dont
Lobineau n'a donné qu'un assez court fragment dans son Histoire de
Paris.
Le volume est orné de la reproduction de deux anciens portraits de
Jeanne de Montmorency et de la princesse de Condé. Nous devons féli-
citer l'éditeur de l'avoir compris dans la série de publications qu'il pour-
suit depuis une vingtaine d'années avec un goût si sur et un zèle si
méritoire pour mettre à la portée des historiens les inépuisables richesses
du chartrier de Thouars.
L. Delisle.
Les Communautés des cordonniers, basaniers et savetiers de Troyes,
par Louis Morix, typographe. Troyes, impr. de Paul Nouel, ^895.
In-S", 64 pages et planches.
M. Morin, dans son opuscule, n'a pas eu l'intention de nous donner
une étude complète de ces différentes corporations. Il a voulu seulement
les faire connaître dans leurs grandes lignes. La communauté des cor-
donniers est la plus ancienne; elle remonte à 1317, comme l'apprend
une ordonnance de Philippe V le Long. De nouveaux statuts leur furent
donnés par Charles VI en 1419, puis par Charles VIII en 1486. M. Mo-
rin, après avoir fait connaître ce dernier règlement, donne quelques
détails sur la confrérie, sur sa situation financière, enfin sur les membres
de la corporation, apprentis, compagnons, maîtres. La communauté des
basaniers fut formée en 1375 et celle des savetiers probablement en
1363. En 1412, un deuxième règlement fut promulgué pour cette der-
nière corporation par le bailli de Troyes. En 1768 fut prononcée la réu-
nion des communautés des cordonniers et des savetiers, qui cependant
ne vécurent pas toujours en paix jusqu'au 26 septembre 1791, jour de
leur disparition.
Jules VlARD.
o64 BIBLIOGRAPHIE.
Audijos. La gabelle en Gascogne. Documents inédits publiés pour la
Société historique de Gascogne par A. GoMMD?fAï. Paris, Champion;
Auch, Gocharaux, -1893 et 1894. In-8°, xv-497 pages et planches.
2 fascicules. {Archives historiques de la Gascogne.)
Dans ces deux fascicules publiés par les Archives historiques de la
Gascogne, M. A. Gommunay donne des documents très intéressants
pour cette province au xvii^ siècle. On ne peut dire qu'il fasse connaître
un nouvel épisode de la vie provinciale à cette époque, mais les pièces
qu'il fournit éclairent ou rectifient divers points de détails relatifs à
Audijos et à sa révolte. Audijos naquit vers 1634 ou 1635. Au moment
où Gervaizot obtint, en 1662, la ferme des impôts et droits à lever en
Guyenne, il avait donc environ vingt-sept ou vingt-huit ans. Ayant
servi une dizaine d'années sous les ordres de Gréqui, il était rompu
au métier militaire ; aussi put-il, secondé par une troupe de paysans
résolus et dévoués, tenir longtemps tête à l'intendant Pellot et à toutes
les forces qu'il envoya contre lui. Après bien des vicissitudes, obligé
de se cacher longtemps en Espagne, il obtint sa grâce du successeur de
Pellot, l'intendant de Sève. Ayant fait amende honorable devant le
parlement de Bordeaux et juré de servir le roi, Louis XIV lui délivra
un brevet de colonel de cavalerie, et l'ancien partisan alla, sous les
ordres de Vivonne, combattre et mourir glorieusement à Messine.
L'étude de M. Gommunay se divise en trois parties : la première con-
tient l'historique de la lutte de la ville de Bayonne, sous le ministère
de Richelieu, contre les nouveaux fermiers de la gabelle ; la seconde
rappelle la sédition des Lannes sous Mazarin ; la troisième, qui est la
plus longue, se rapporte à Audijos. Les documents sont au nombre de
deux cent six, plus cinq pièces justificatives; de nombreuses notes
éclairent le texte. Bon travail sur un curieux épisode de l'histoire de
Gascogne. J. Vurd.
W. H. Bliss. Calendar of entries in the papal registers relaiing io
Great Britain and Ireland. Papal letters. Vol. 1, ■H 98-1 304.
Londres, Ejreand Spottiswoode, -1893. Grand in-8o, ix-708 pages.
48 sh.
On a souvent regretté, — surtout, j'imagine, depuis que le P. Augus-
tin Theiner a fait paraître, en 1864, ses Vetera monumenta Hibernorum
et Scotorum, — l'absence de tout bullaire anglais. Gette lacune a été
récemment comblée par le Calendar de x\I. Bliss, qui prendra une place
honorable parmi les publications analogues dont la série des registres
du Vatican a fourni la matière.
Pour indiquer en quoi consiste la méthode suivie par M. B., et eu
quoi aussi elle s'écarte de celles du P. Theiner, par exemple, ou de
BIBLIOGRAPHIE. 565
M. Rodenberg dans ses Epistolw sœculi XIII e regestis Pontificum roma-
norum, et de M. J. BernouUi dans ses Acta Pontificum helvetica, il suffira
presque d'avertir que, sa publication faisant partie de la grande collec-
tion de Calendars dite du Maître des rôles, l'auteur s'est, autant que pos-
sible, conformé aux principes généralement admis dans cette collection.
Tandis que le P. Theiner publiait in extenso, avec plus de zèle peut-
être que de soin, presque toutes les pièces de son recueil, M. B. se
contente toujours de simples analyses, le plus souvent assez courtes, en
anglais. Ce système n'est pas sans inconvénients ; et celui de faire dis-
paraître complètement la physionomie du document original, auquel se
trouve substituée une traduction plus ou moins abrégée, n'est assuré-
ment pas le moindre. Mais la brièveté même de la plupart de ces ana-
lyses a aussi ses avantages : elle a permis à M. B. de rassembler, dans
un volume de format très maniable, tout ou à peu près tout ce que les
registres du Vatican renferment d'essentiel sur l'Angleterre, pendant
une période d'un siècle et plus, depuis le pontificat d'Innocent III jus-
qu'à celui de Benoît XI inclus ; une quantité considérable de renseigne-
ments sont ainsi réunis dans les 600 pages de ce catalogue. — Si j'ajoute
que près de 200 colonnes du livre sont consacrées à de copieux index
des noms de personnes et de lieux et des matières ' , je n'aurai pas besoin
d'insister sur l'intérêt d'une pareille publication, à laquelle devront avoir
fréquemment recours les érudits qui s'occupent de l'histoire de l'Angle-
terre au xni« siècle.
Le travail de M. B. est, en somme, très méritoire et très estimable ;
cela ne veut pas dire qu'il soit sans défauts, et quelques observations,
tant sur le plan de l'ouvrage que sur certains détails de l'exécution, me
paraissent nécessaires.
Et tout d'abord, dès que l'on ouvre le livre, on constate que, contrai-
rement aux usages universellement reçus pour les publications de ce
genre, les analyses de M. B. ne sont pas numérotées; et, par là, les réfé-
rences à son livre sont nécessairement moins précises. — Puis, ces
nones, ides et calendes qui courent dans les marges jurent un peu avec
le reste du texte, tout entier en anglais : il eût été cependant fort simple
de convertir les dates anciennes en dates modernes. — Pour chaque,
pièce, le feuillet [recto ou verso) du registre original est indiqué ; mais
cela ne suffit pas ; il eût été mieux de reproduire le capitiilum ou numéro
d'inscription, pour chaque année, dans le registre; parce moyen encore
on aurait gagné en précision. — Un examen moins superficiel du Galeri'
1. On remarque, dans l'index des matières, les articles : Croisades; Rela-
tions entre la France et l'Angleterre; Subsides pour la Terre-Sainte; Mariages;
Visites de monastères ; l'article de beaucoup le plus considérable est celui qui
est consacré à la Pluralité des bénéfices; on pourra, en revanche, s'étonner de
ne trouver relevé à la table qu'un seul cas de Réforme monastique.
566 BIBLIOGRAPHIE.
dar fait bientôt apercevoir que l'ordre des analyses n'est pas rigoureu-
sement chronologique ; elles se suivent selon les hasards de l'inscription
au registre ^ ; ce système présente des avantages incontestables dans une
publication où toutes les pièces du registre, sans exception, sont repro-
duites, soit en copie, soit en analyse; mais ce n'est pas le cas pour celle
de M. B., qui consiste essentiellement en un choix. — Enfin, en ce
qui concerne les références à des publications antérieures, elles sont ou
trop peu ou trop nombreuses ; on ne voit pas que M. B. ait suivi de
règles bien fixes dans ses citations.
J'ai parlé tout à l'heure des tables qui terminent ce volume. Ces tables,
qui constituent, comme beaucoup de celles de la collection des Caleh-
dars, un très riche répertoire de noms propres, seront d'autant plus uti-
lement consultées que M. B. s'est efforcé, sans cependant y réussir tou-
jours 2, d'identiher tous les noms de lieux qu'il a rencontrés au cours de
son dépouillement : tâche rendue parfois singulièrement difficile jjar les
erreurs ou maladresses des copistes italiens •*. Mais M. B. aurait rendu
ce travail d'identification plus profitable s'il avait, dans la table, repro-
duit toujours pour un même nom de lieu les différentes formes sous
lesquelles il se rencontre dans le texte''.
11 est également fâcheux que les diverses mentions d'un même per-
sonnage soient, dans la table, dispersées parfois sous plusieurs rubriques;
c'est ainsi, par exemple, que les passages du registre relatifs à Odon
le Blanc, évoque de Porto, cardinal-diacre de Saint-Nicolas in Garccre
TuUiano , sont rappelés (à l'article Cardinals) les uns au mot Olho,
d'autres à 0., bishop of Porto, d'autres encore à Olho of Saint-Nicholas in
Carcere.
Malgré le soin qu'a mis M. B. à n'omettre, dans sa publication, aucune
pièce relative à l'Angleterre, je ne vois pas que, rien que pour la septième
1. Une pièce da mois de décembre 1228, pour ne citer qu'un exemple, se
trouve ainsi isolée parmi celles de l'année 1229.
2. Les noms des abbayes de Cella parva (p. 232), Strata Florida et Valle-
crucis (p. 131) ne sont pas identifiés à la table. Pour ces deux dernières,
Janauschek [Orig. cisterciens., t. I) donne les formes vulgaires Stralfle\ir
(mieux Ystrad-F/lur) et Llanegwast.
3. C'est ainsi que le nom de l'abbaye d'Arbroath se rencontre sous les
formes multiples et plus ou moins défigurées de Aberbredoch, Aberbothenoc,
Aberbrouthoc, Aberbnioch, Aberbinichre, Avirbrech.
4. Ainsi les formes Certesei, Ledes (p. 138) ne se trouvent pas à la table; il
faut chercher les renvois aux formes correspondantes Chertsey, Leeds. Je n'ai
pas trouvé dans la table de renvoi à Asseminster (p. 136); la forme actuelle
serait vraisemblablement Ashminster. — J'ajouterai, imisqu'il s'agit d'identifi-
cations, que le Thomas de Frakeaham (pour FreckenJiam) de la page 171 est,
selon toute i)robabililé, le môme que le master Thomas de Freheham, rector
of Maydestan, de la p. 132.
BIBLIOGRAPHIE. 567
année du pontificat de Grégoire IX, il y ait fait figurer les capitula
182, 544 et 548; dans le premier, il est question d'un certain Léonard^,
peut-être Leonardo Gonti, chanoine d'York, neveu d'Innocent III et
du cardinal Jean Conti, chancelier de l'Église romaine; le n° 544 est
adressé abbati et conventui monasterii de Parconstanlee, Coventrensis dio-
cesis; enfin dans le numéro 548 sont mentionnés l'évêque de Norwich
Pandulph et son frère « Egidius, » chapelain du pape.
Telle autre bulle que M. B. a comprise dans son recueil ne me paraît
pas avoir été analysée par lui d'une manière suffisamment explicite. Il
est question, p. 138, de certains citoyens de Gênes qui auraient fait un
soi-disant naufrage sur les côtes de France, près de la Rochelle. Or, il
n'est pas indifférent de savoir qu'ils sont appelés dans le registre s Gerar-
dus de Pexannio et frater ejus, » c'est-à-dire qu'ils appartenaient, selon
la plus grande vraisemblance, comme veut bien m'en avertir mon con-
frère M. Bourel de LaRoncière, à l'illustre famille génoise des Pessagno 2,
Je ne voudrais pas, en insistant plus longtemps sur ces légers défauts,
donner du Calendar de M. B. une opinion défavorable qui serait immé-
ritée; car, si un examen attentif de certaines parties de cette publication
a pu seul me révéler ces imperfections, pour la plupart sans importance,
un fréquent usage de ce catalogue m'en a fait maintes fois apprécier
l'extrême utilité. On ne peut donc qu'encourager M. B. dans sa vaste
entreprise et souhaiter que le buUaire anglais du xiii^ siècle soit bientôt
suivi du buUaire, beaucoup plus considérable, du xiv«.
L. AuVRAY.
Karl Wenck. Eine mailàndisch-thuringische Heiratsgeschichte mis
der Zeit Kônig Wenzels. Dresden, ^89^. In-8°, 42 pages.
L'opuscule de M. Wenck n'apporte aucun document nouveau : l'au-
teur l'avoue lui-même. Son but est la vulgarisation ou, si l'on peut
s'exprimer ainsi, l'adaptation allemande d'un article publié en 1891
par M. Romano dans VArchivio Storico Lombardo : un Matrimonio alla
corte de' Visconti. Les articles si nouveaux et si finement traités du pro-
fesseur milanais méritent, en effet, d'être répandus. Le point coatroversé
1. Ce même Léonard figure dans une bulle d'Innocent III (Bliss, p. 38) et est
rappelé, beaucoup plus tard, dans une bulle d'Urbain IV (Bliss, p. 401).
2. Je relève çà et là quelques-unes de ces petites erreurs dont les publica-
tions même les plus soignées et les plus estimées sont bien rarement exemptes.
P. 130 : au lieu de P. Garibaldi, lisez P. Grimbaldi. — P. 137. William de
Roning est pour William de Roing, qui se trouve cité sous son vrai nom p. 215.
— P. 137 : au lieu de Walter cardinal of S. Martin's, lisez Wala, ou Walo (ce
personnage revient souvent dans la publication de M. Bliss sous le nom de
Gualo). — P. 119. Romarins cardinal of S. Angelo, pour Romanus, n'est sans
doute qu'une faute d'impression.
568 BIBLIOGRAPHIE.
dans les deux études est de savoir si Lucie Yisconti, fille de Bernabô, en
acceptant d'être mariée au landgrave Frédéric de Thuringe, alors qu'elle
aimait avec passion Henri de Derby, le futur Henri IV d'Angleterre,
agit de son propre mouvement et d'une façon réfléchie ou sous la con-
trainte imposée par le duc de Milan. Un nouvel examen des faits a con-
duit M. Wenck à se séparer de l'opinion de M. Romano, qui défendait
la première hypothèse. Il serait périlleux de décider entre les deux
interprétations; chacune d'elles, brillamment défendue, paraît la plus
plausible au moment de la lecture. D'ailleurs, qui pourrait se targuer
d'avoir pénétré jusqu'au fond le sens caché derrière les formules des actes
authentiques? Quoi qu'il en soit, touchant aux événements les plus
graves de la fin du xiv« siècle, la question de nouveau traitée par
M. Wenck présente l'intérêt d'une étude attachante, bien que l'auteur
reconnaisse avec raison la supériorité de la langue italienne pour l'ex-
posé d'une aussi romanesque situation.
E. Jarry.
Die Handschriften der herzoglichen Bibliothek zu Wolfenbuftel,
beschriebeii von D' Otto vo.\ Heinemann. Die Augusteischen lland-
schriflen, IL (Des ganzen Werkes V Band.) Wolfenbullel, J.
Zwlssler, <895. In-8°, 364 pages et 5 planches. -15 m.
M. le D"" von Heinemann continue avec la plus louable activité à
nous donner un catalogue détaillé des manuscrits de la bibliothèque de
WolfenbùtteH. Le volume dont nous annonçons la publication contient
la notice de 195 manuscrits du fonds du duc Auguste. La plupart, de
date assez moderne, sont composés de pièces diplomatiques et de corres-
pondances diverses. Il faut rendre hommage au soin et à la patience
dont le savant bibliothécaire a fait preuve en dépouillant, morceau par
morceau, des collections qui se rapportent à l'histoire des différents
pays de l'Europe.
Çà et là paraissent des manuscrits du moyen âge, dont plusieurs
offrent un réel intérêt. Tels sont :
1» Le n° 2186, très beau texte des Évangiles, du ix« siècle, très pro-
bablement d'origine française et peut-être de la même famille que les
Évangiles de Lothaire et que la Bible de Charles le Chauve, dite du
comte Vivien. Sur la première page de l'évangile de saint Matthieu,
dont le catalogue renferme un fac-similé chromolithographique, on
remarque, entre autres ornements, un petit médaillon dans lequel sont
figurés en or un prêtre offrant le livre à un archevêque. A côté des
figures sont tracées en petites capitales les légendes ARCHIEPISCOP VS*
1. Voyez la Bibliothèque de l'École des chartes, t. XLV, p. 672, et t. LV,
p. 539.
BIBLIOGRAPHIE. 569
SAGERDOS. A la fin du manuscrit se lit un curieux inventaire du tré-
sor de l'abbaye d'Erestein en Alsace, dont le texte a été publié par
M. von Heinemann.
2° Le n« 2311, vaste recueil d'actes relatifs aux droits du roi d'An-
gleterre en Guyenne, recueil dont l'importance est bien connue depuis
l'analyse que MM. Delpit en ont insérée, en 1841, dans le tome XIV,
seconde partie, des Notices et extraits des manuscrits.
3° Le no 2326, riche exemplaire du Miroir des dames, de la fin du
xv siècle, qui doit s'ajouter à ceux que l'Histoire littéraire de la France
(t. XXX, p. 319-320) a signalés dans l'article consacré à cet ouvrage du
franciscain Durand de Champagne. Ce volume a appartenu « à noble
demoiselle Marie de Gaucourt, espouse de monseigneur de Beau-
chatel. »
L. Delisle.
LIVRES NOUVEAUX
SOMMAIRE DES MATIERES.
Généralités, 479, 519, 597, 602.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 529, 534, 557, 645. — Diploma-
tique, 577. — Bibliographie, 551; bibliothèques, 607; manuscrits, 531,
579, 600, 655; imprimerie, 596.
Sources, 623, 627, 649, 673. —Légendes, 473, 591. —Vies de saints,
575. _ Obituaire, 628. — Chroniques, 478, 512, 547, 569, 652. — Ar-
chives, 524, 581, 603, 607, 671. — Cartulaires, buUaires, etc., 501, 514,
517, 518, 566, 585, 677-679; chartes, 483, 510, 660, 669, 694; regestes,
612, — Polyptyque, 641. — Inventaires, comptes, 491, 572.
Biographie, généalogie. — Amédée de Savoie, le comte Vert, 558;
degli Andalô, 658; Anselme de Baggio, 519; saint Antoine de Padoue,
473, 577; sainte Bathilde, 621; Baudouin Gallus, évêqne de Kruswick,
569; Bayard, 570; Béatrice, 504; Benzoni, 649; saint Bernard, 680-681 ;
saint Bernardin de Sienne, 520; saint Bertrand de Comminges, 496;
Boleslas II, roi de Pologne, 477; Jean III de Brabant, 527; Cabot, 649;
sainte Catherine de Sienne, 520; Clément IV, 514; Christophe Colomb,
649; saint Columban, 471; Dante, 676; Donatello, 562; Eudes de
Gheriton, 582; Genovese, 649; saint Géraud, 642; Gondeberge, 557;
Grégoire IX, 566; Bernard Gui, 540; Guillaume de Saint-Amour, 637;
Hakkohen Ibn Chiquitilla, 644; Hanotin de Succre, 570; Henri VII,
570 BIBLIOGRAPHIE.
684; Honorius III, 513; Hugues, comte de Rouergue, 487; Hugues
de Saint -Victor, 622; Jacques d'Amiens, 666; Jacques d'Arc, 565;
Jacques de Saint-Omer, 595; Jean VIII, 597; Jean de Ockeghem, 616;
Jeanne d'Arc, 528, 574, 605 ; Jean de la Roche, 515 ; Léonce de Byzance,
545; Louis III, comte palatin, 542; Louis XI, 608, 635; Geoffroy de
Lusignan, 548; Mailloche, 534; Masaccio, 662; Pierre Martyr d'An-
ghiera, 649; Pancaldo, 649; Pétrarque, 696; Philippe V, 638; Pierre
i'Hermite, 632; Pigafetta, 649; Pisanello, 650; Pisano, 672; René d'An-
jou, 511; Siegfried d'Eppstein, 604; Théodoric II, 541 ; Toscanelli, 649;
Ulrich d'Ensingen, 508; Varrazzano, 649; Vespuce, 649; Villandrando,
497; Yves de Chartres, 694; sainte Zite, 567.
Géographie, 523.
Institutions, 472, 488, 490, 495, 586, 639.
Droit, 495, 539, 540, 544, 546, 553-555, 560, 651, 659, 695.
Histoire économique, mœdrs, 494, 560, 561, 590, 598, 609, 624, 675.
Enseignement, sciences, 537, 552, 601, 622, 674, 692.
Religions. — Judaïsme, 564, 685. — Catholicisme, 485, 535, 589;
papauté, 597, 623; croisades, 521, 526, 652 ; conciles, 521, 526, 532, 540;
clergé séculier, 524 ; clergé régulier, ordres, etc., 571, 585; livres saints,
644; dogme, 540; liturgie, etc., 475, 563, 680.
Archéologie, 525, 556, 661. — Architecture, 615, 636, 640; religieuse,
493, 573; militaire, 536. — Sculpture, 562, 563, 595, 650, 687, — Pein-
ture, 662; miniature, 629. — Gravure, 663. — Mobilier, 491. — Numis-
matique, 487, 527. — Héraldique, 549.
Langues et littératures. — Latin, 475, 506, 519, 575, 631. — Langues
romanes : français, 599, 634, 654, 682, 685, 688, 693; provençal, 668;
italien, 520, 538. — Langues germaniques, 474, 500, 648, 656, 665, 683.
— Langues Scandinaves, 690. — Langues slaves, 614. — Hébreu, 644.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 542. — Alsace-Lorraine, 671; Bade, 592; Bavière, 626,
640; Hanovre, 543, 578, 678; Provinces rhénanes et Westphalie, 478,
484, 493, 502, 586, 601, 606, 670, 691; Prusse, 494, 677, 689; Saxe, 619,
679; Silésie, 664.
Autriche-Hongrie, 483. — Basse- Autriche, 481, 482; Bohême, 627;
lUyrie, 503; Transylvanie, 673; Tyrol, 583, 675.
Espagne, 518, 608, 647.
France, 480. — Bretagne, 546, 594; Brie, 476; Dauphiné, 669; Foix,
547; Lorraine, 495, 625. — Allier, 498, 653; Cantal, 497; Gorrèze, 516;
Côle-d'Or, 509; Eure, 525; Eure-et-Loir, 529; Gard, 501; Gers, 667;
DIBLIOGRAPHIE. 57<
lUe-et- Vilaine, 499, 593, 684; Haute-Loire, 643; Loire-Inférieure, 613;
Marne, 476 ; Orne, 584, 611 ; Pas-de-Calais, 510; Seine, 588, 641 ; Seine-
et-Oise, 524; Somme, 549; Yonne, 624.
Grande-Bretagne, 612, 630.
Italie : du Nord, 486, 492, 507, 517, 522, 533, 558, 559, 561, 568, 610,
633; du Centre, 489, 505, 520, 660, 686; du Sud, 620.
Pays-Bas, 472, 530, 580, 581, 587, 617, 628, 645.
Pays Scandinaves, 618, 659.
Pologne, 470, 551, 646.
Sdisse, 651.
Orient, 523.
Afrique, 535.
Amérique, 589.
470. Abraham (Wlad.). Pierwszy spor koscielno-polityczny w Polsce.
[Les premiers conflits entre l'Église et l'État en Pologne.] Cracovie,
société d'éditions, 1895. In-8o, 50 p. (Extrait des Rozprawy wydzialu
histor.-filoz. Akademii umiej., t. XXXII.)
471. Adamnani vita s. Columbae : prophecies, miracles and visions of
St. Columba (Columcille), first abbot of lona, A. D. 563-597. A new
translation. London, H. Frowde, 1895. In-S», 144 p. 2 sh.
472. Alexandre (P.). Histoire du conseil privé dans les anciens Pays-
Bas. Bruxelles, F. Hayez, 1895. In-S», 420 p. (Extrait des Mémoires
couronnés et autres mémoires publiés par l'Académie royale de Belgique,
t. LH.)
473. Alte (die) Légende vom heiligen Antonius von Padua nach einem
Manuscript des xiii. Jahrhunderts der Paduaner Basilika zum ersten-
male in deutscher Uebersetzung, herausgegeben von der Societàt des
hl. Antonius von Padua. Padua, tip. Antoniana, 1895. In-16, 102 p.,
grav. 1 l. 25.
474. Althochdeutschen (die) Glossen. Gesammelt und bearbeitet von
Elias Steinmeyer uad Ed. Sievers. 3. Sachlicb geordnete Glossen. Ber-
lin, Weidmann, 1895. Gr. in-8°, xn-723 p. 28 m.
475. Analecta hymnica medii aevi. Herausg. von Guido-Maria Brè-
ves. XXI. Cantiones et muteti. Lieder und Motetten des Mittelalters.
2. Folge : Cantiones festivae, morales, variae. Leipzig, O.-R. Reisland,
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Muséum. Krems, F. Oesterreicher, 1895. Gr. in-8<', xvi-94 p., 72 grav.,
40 pi. 14 m.
482. Aus dem Kremser Stadtarchiv. Festgabe zum 900jàbrigen Jubi-
làum des ersten urkundl. Erwàhnung der Stadt Krems. Herausg. vom
stàdt. Muséum. Krems, F. Oesterreicher, 1895. Gr. in-fol., 7 p. et 13 pi.
en phototypie, plus un appendice de 1 p. et 1 pi. en phototypie. 24 m.
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osterreichischen Erblande im Mittelalter. Herausgegeben von Ernst
Freiherrn von Schwind und Alphons Dopsch. Innsbruck, Wagner,
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endgiiltigen Vereinigung mit dem Hause HohenzoUern (1666). 2. Abth.
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nio in Gemona. Gemona, tip. Tessitori, 1895. In-8°, 30 p.
487. Barthélémy (Anatole de). Denier de Hugues, comte de Rouergue
(1008-1054). Bruxelles, impr. J. Goemaere (1895). In-8o, 5 p. (Extrait de
la Revue belge de numismatique, 3" livr., 1895.) 0 fr. 25.
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zig, B.-G. Teubner, 1895. In-8°, xv-85 p. 1 m. 60.
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mite, autheur de la première croisade et conqueste de Jérusalem, père
et fondateur de l'abbaye de Ncuf-Moustier et de la maison des L'Her-
mite, avec un brief recueil des croisades suivantes, qui contient un
abrégé de l'histoire de Jérusalem jusqu'à la perte de ce royaume. Réé-
dité du xvn« siècle à l'occasion du huitième centenaire des croisades.
Glermont-Ferrand, Malleval, 1895. In-16, xxm-94 p., portrait, pi.
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vol. II : Il Godice dei privilegi di Gristoforo Golombo edito secondo i
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M. Staglieno. Parte V, vol. i : la Vita e i tempi di Paolo dal Pozzo
Toscanelli, ricerche e studi di Gustavo Uzielli, con un capitolo (vi) sui
lavori astronomici del Toscanelli, di Giovanni Geloria; vol. ii : Pietro-
Martire d'Anghiera e le sue relazioni sulle scoperte oceaniche per Giu-
seppe Pennesi; Amerigo Vespucci, Giovanni Verrazzano, Juan-Bautista
Genovese, notizie sommarie per Luigi Hugues; Giovanni Gaboto, note
docuraentari per Vincenzo Bellemo; Leone Pancaldo, sussidi documen-
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und das Haus Baux in ihren Beziehungen zu den Trobadors, einer
kritischen Ausgabe einiger Lieder und 2 ungedruckten altfranzôsischen
Klageliedern. Berlin, G. Vogt, 1895. In-8°, 111 p. (Berliner Beitràge
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Kiewning und Max Lukat. Herausg. durch A. îlorn und Paul Horn.
Insterburg, F. Roddewig, 1895. Gr. in-8'>, iv-96 p. 3 m.
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behoerden, herausg. von Ludwig Ilaenselmann. II, 1 : M XXXI-
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Vereins fur das Grossherzogthum Hessen.) 0 m. 60.
692. WuLF (Maurice de). Histoire de la philosophie scolastique dans
les Pays-Bas et la principauté de Liège jusqu'à la Révolution française.
Louvain, A. Uystpruyst-Dieudonné, 1895. In-8o, xx-404 p. (Extraft des
Mémoires couronnés et autres mémoires publiés par l'Académie royale de
Belgique, t. LI.) 5 fr.
693. YoccA (G. Stefano). Saggio su l'Entrée despagne ed altre chan-
sons de geste medioevali franco-italiane. Roma, tip. G. Giotola, 1895.
In-8°, 58 p. 2 1. 50.
694. Yves [de Chartres]. Deux Chartes inédites, par M. l'abbé Métais.
590 BIBLIOGRAPHIE.
Paris, Impr. nationale, 1895. In-8'>, 15 p., pi. (Extrait du Bulletin his-
torique et philologique, 1894.)
695. Zallinger (Otto von). Das Verfahren gegen die landschâdlichen
Leute in Sûddeutschland. Ein Beitrag zur mittelalterlich-deutschen
Strafrechts-Geschichte. Innsbruck, Wagner, 1895. In-8°, x-262 p.
696. ZuMBiNi (B.). Studi sul Petrarca. Firenze, suce. Le Monnier, 1895.
In-16, 402 p. 4 1.
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
OBSEQUES DE M. DE MONTAIGLON.
L'Ecole des chartes et la Société de l'École des chartes ont été attris-
tées par la mort d'un de nos confrères les plus aimés et les plus esti-
més. M. Anatole de Gourde de Montaiglon, professeur à l'École des
chartes, membre du Comité des travaux historiques et du Comité des
Sociétés des beaux-arts des départements, président de la Société de
l'histoire de l'Art français, membre de la Société des antiquaires de
France, chevalier de la Légion d'honneur, est décédé à Tours le l^"" sep-
tembre 1895, à l'âge de soixante-onze ans. Le service religieux a été
célébré le 21 de ce mois dans l'église Saint-Paul-Saint-Louis.
Nous insérons ici les discours qui ont été prononcés sur la tombe,
au cimetière du Père-Lachaise, par M. Paul Meyer, directeur de l'École
des chartes, A. Giry, président de la Société de l'École des chartes, et
Ul. Robert, président de la Société des antiquaires de France.
DISCOURS DE M. PAUL MEYER.
« Je viens, au nom du corps enseignant de l'École des chartes, adres-
ser un suprême adieu au collègue, à l'ami qui, durant près de trente
ans, a pris une part active à nos travaux, et qui, par son enseignement,
par ses conseils, par son exemple, a contribué à former de nombreuses
générations d'érudits.
« C'est en 1864 que M. de Montaiglon, après plusieurs années pas-
sées dans le service -des musées et des bibliothèques, est rentré, en
qualité de secrétaire et de professeur suppléant, dans notre École, d'où il
était sorti en 1850 avec le diplôme d'archiviste paléographe. Quatre ans
plus tard, il devenait professeur titulaire, en remplacement de feu
Vallet de Viriville, et était chargé du cours de bibliographie et de clas-
sement des archives et bibliothèques. Il apporta dans cet enseignement
une rare variété de connaissances ; il y fit preuve d'une bienveillance
qui lui eut bientôt concilié la respectueuse affection de ses élèves. Ses
leçons n'avaient rien d'oratoire et ne visaient point à former un
ensemble méthodique : c'étaient plutôt des causeries simples et fami-
lières, où des digressions, toujours intéressantes, tenaient parfois plus
392 CHROXIQUE ET Me'lANGES.
de place que le sujet principal, mais on s'instruisait à l'entendre, car
il abondait en idées fécondes et en aperçus ingénieux. Il aimait à se
mettre en communication avec les élèves, et ordinairement, la leçon
terminée, il reprenait en conversation quelqu'une des matières dont il
avait traité, la développant à nouveau, s'attachant à éveiller la curio-
sité des jeunes gens, leur communiquant, sans réserve comme sans
pédantisme, les trésors de son érudition.
« On a pu regretter plus d'une fois qu'il n'ait pas appliqué ses remar-
quables qualités de critique et son goût fin et sûr à quelque travail de
longue haleine dans lequel il eût pu donner la mesure de ce dont il
était capable, au lieu de disperser ses efforts sur les parties les plus
diverses de l'histoire des arts et de l'histoire littéraire. Mais il était dans
sa nature de travailler pour apprendre plutôt que pour produire. Les
hommes doués d'une curiosité générale aiment mieux lire de gros
livres que d'en faire. Montaiglon était un lecteur insatiable, et, comme
il lisait la plume à la main, il avait recueilli des notes sur une infinité
de sujets. Mais il se décidait difficilement à les mettre en œuvre. Il lui
semblait que le temps employé à résumer ses idées était perdu pour
l'étude. Il avait besoin, pour écrire, d'être sollicité par la découverte
d'un document inédit, par un problème littéraire jusque-là inaperçu ou
non résolu, ou bien il fallait qu'il se fût pris de goût pour quelque
œuvre des siècles passés dont il lui paraissait utile de donner une édi-
tion améliorée et savamment commentée. Heureusement, ces occasions
se présentèrent souvent. Aussi son œuvre, bien que ne représentant
qu'une faible part de son activité intellectuelle, ne laisse-t-elle pas
d'être considérable. Il y a quelques années, ses amis, plus soucieux
que lui-même de sa réputation, eurent la pensée de lui offrir, en un
volume bien imprimé sur beau papier, la bibliographie de ses écrits.
Ce fut l'une de ses dernières joies, mais aussi l'une des plus vives.
Cette bibliographie contient près de 700 articles. Beaucoup, à la vérité,
ne sont que de courtes notes ou de simples comptes-rendus. Il en est peu
toutefois où on ne trouve une idée originale ou au moins quelque
remarque intéressante.
« Je n'entreprendrai point d'apprécier une œuvre aussi étendue et
aussi variée. Il me sera permis toutefois, laissant à d'autres le soin de
dire ce que Montaiglon a fait pour l'histoire de l'art, de rappeler ici
quelques-uns des travaux qui assurent à notre collègue une place dis-
tinguée entre les hommes qui, les premiers, ont étudié avec sympathie
et intelligence notre ancienne littérature. Lorsque le libraire Jannet
eut conçu l'idée de la Bibliothèque elzévirienne, qui, sous une forme
élégante et commode, a rendu accessibles tant d'œuvres peu connues
ou même complètement ignorées de nos vieux auteurs, il trouva en
Montaiglon un collaborateur actif et bien préparé. Ses éditions du
Dolopathos et du Livre du chevalier de la Tour-Landrij n'ont point été
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 593
remplacées jusqu'ici, et encore mainteaaut on trouverait peu à ajouter
aux solides introductions qu'il y a jointes. Mais il faut surtout signaler,
dans cette Bibliothèque, le Recueil de poésies françaises des XV^ et
XVI*^ siècles, dont il publia seul, de 1855 à 1865, les neuf premiers
volumes et qu'il poursuivit plus tard jusqu'au tome XIII avec la colla-
boration de feu le baron James de Rothschild. C'est une collection inap-
préciable, qu'aucun autre que lui n'aurait pu entreprendre il y a qua-
rante ans et qui, encore maintenant, marque, sur beaucoup de points,
l'état de nos connaissances. Plus tard, lorsque Jannet forma une nou-
velle collection d'œuvres littéraires, Montaiglon y publia son édition du
joli roman en prose de Jean de Paris, qu'il replaça dans son époque et
dans son milieu, y révélant des allusions historiques qu'on avait négli-
gées ou mal interprétées. Montaiglon fut aussi l'un des collaborateurs
de notre ancien maître Guessard, et publia avec lui la chanson de geste
d'Aliscans. La Société des anciens textes français le compta au nombre
de ses premiers adhérents. Il la présida en 1880 et lui donna une édi-
tion ricliement annotée d'un élégant poème du xv siècle : l'Amant
rendu cordelier à l'observance d'amours. Montaiglon fut certainement un
des hommes qui ont le mieux connu la littérature française du xv* siècle.
Il l'a prouvé non seulement par ses éditions, dont je n'ai pu indiquer
ici que la moindre partie, mais encore par les notices succinctes qu'il
inséra, il y a trente-cinq ans, dans le premier volume des Poètes finan-
çais de Grépet. Les quelques pages qu'il a consacrées à Villon dans
cet ouvrage restent encore maintenant ce qui a été écrit de plus judi-
cieux sur le poète le plus original du xv^ siècle. Mais il s'intéressait
aussi à des périodes plus modernes de notre littérature. Il suffira de
rappeler son Rabelais, malheureusement inachevé, et ses éditions de
VHeptaméron de la reine de Navarre, des contes de La Fontaine, enfin
l'édition illustrée de Molière, à laquelle il travaillait encore dans les
derniers temps de sa vie, et qu'il ne devait pas finir.
« Mais l'œuvre de Montaiglon n'est pas tout entière dans les écrits
auxquels il a mis son nom. Obligeant autant que modeste, il était tou-
jours prêt à faire part à autrui de ses idées et de ses notes. Il a été le
collaborateur plus ou moins inconscient de bien des érudits de notre
temps, et ce n'est pas lui qui eût jamais élevé la voix pour réclamer la
priorité d'une idée ou d'une découverte. A cet égard comme à bien
d'autres il était d'un désintéressement absolu. Il ne vit jamais dans la
science un moyen d'arriver à la fortune ou aux honneurs. Il vécut
pauvrement pour pouvoir consacrer à l'accroissement de sa bibUothèque
la majeure partie du modeste revenu que lui valait sa chaire de l'École
dos chartes. Il ne portait ombrage à personne. Aussi n'eut-il point
d'ennemis. Par contre, il avait de nombreux amis, à qui il était pro-
fondément dévoué. Beaucoup l'ont précédé dans la tombe. Ceux qui lui
1895 39
594 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
survivent, ses collègues et ses élèves, lui garderont toujours un souve-
nir affectueux et reconnaissant. »
DISCOURS DE M. GIRY.
« Messieurs,
« La mort qui vient d'enlever le maître et l'ami auquel j'ai mission
de dire l'adieu suprême, au nom de ses confrères de la Société de l'École
des chartes, n'a pas été un coup imprévu comme ceux qui nfiguère ont
frappé notre association. Anatole de Montaiglon avait accompli son
œuvre, et depuis quelque temps déjà beaucoup d'entre nous s'effrayaient
du déclin rapide de ses forces; lui seul, insouciant ou dédaigneux, sem-
blait n'y pas prendre garde ; plus silencieux seulement, plus indifférent
aux choses extérieures, mais n'exprimant jamais ni plainte ni regret,
il préférait laisser attribuer à des distractions dont on le savait coutu-
mier les défaillances qui étaient dues à l'affaiblissement de sa santé.
D'un mot ou d'un geste il écartait comme importune toute tentative de
conversation ou de conseil sur ce sujet. Parfois seulement, directement
provoqué, il sortait du silence qui lui était devenu habituel pour discu-
ter une question d'art, de littérature ou d'érudition, et l'on s'étonnait de
retrouver ses souvenirs aussi nombreux, ses points de vue aussi ingé-
nieux, sa riposte aussi prompte, tout l'enthousiasme, toute la passion,
toute la vivacité, toute l'originalité d'autrefois.
« Des voix plus autorisées que la mienne viennent de retracer devant
vous la carrière si remplie de mon cher vieux maître, d'apprécier son
œuvre et de dire, avec une compétence qui ne m'appartient pas,
tout ce que la science lui doit. Pour moi, je voudrais seulement évo-
quer un instant encore, au bord de cette tombe, la figure si profondé-
ment originale de l'homme excellent, du maître vénéré, de l'érudit
ingénieux, du lettré délicat, de l'archéologue consommé, du curieux
insatiable que fut Anatole de Montaiglon.
« Aucun de ceux qui l'ont approché n'oubliera jamais sa physionomie,
à la fois socratique et rabelaisienne, animée d'yeux spirituels et fure-
teurs, où se reflétaient si bien la loyauté, l'intelligence et la bonhomie.
Aucun de ceux qui l'ont connu n'oubliera surtout sa conversation
abondante, féconde, sur tous sujets d'histoire, de littérature, d'art ou
d'érudition pure, en aperçus ingénieux et nouveaux, pleine de phrases
pittoresques, où l'alïlux dos idées prodiguait les incidences et les digres-
sions, les expressions imprévues et les néologismes hardis.
« Sa vie, vous le savez, fut tout entière consacrée à la science ; lit-
téralement, il ne vécut que pour elle et par elle, et je ne crois pas
qu'on puisse citer jamais un exemple de dévouement plus complet et
CHRONIQUE ET ME'lIXGES. 395
de désintéressement plus absolu. Insoucieux des difficultés de l'exis-
tence, indifférent aux distinctions, aux honneurs et même à la renom-
mée, il a traversé la vie en poursuivant ses chimères, épris d'art et de
poésie, passionné pour la science. N'avait-il pas choisi la meilleure
part?
« Curieux de toutes les manifestations de l'intelligence, de l'industrie
et de l'art, il a lu tout ce qu'il est possible à un homme de lire et n'a
quitté les livres que pour voyager à travers l'Europe et surtout la
France, observant, d'un œil où l'image une fois vue se fixait à jamais,
tout ce qui se présentait à ses regards, étudiant et comparant les monu-
ments de toutes sortes, furetant dans les musées et les collections, com-
pulsant les archives et les bibliothèques, accumulant les copies et les
notes, et se distrayant de ses lectures et de ses recherches en griffon-
nant sur ses carnets, au hasard de ses impressions, des poésies et sur-
tout des sonnets, dont quelques-uns, de grande allure et de pensée
profonde, méritent mieux que la publicité restreinte que sa modestie
leur a donnée.
« Son œuvre imprimée, si vaste qu'elle soit, est bien loin de rendre
compte, est-il besoin de le dire? de son activité intellectuelle; c'est à
peine si elle peut en indiquer la variété et l'étendue; mais elle suffit
du moins à montrer qu'il appartenait à la lignée des grands érudits
encyclopédistes de la Renaissance, auxquels il semblait que rien ne
fût étranger. L'histoire de la civihsation de tous les temps et de tous
les peuples l'intéressait également, mais il était attiré de préférence
par les curiosités, les énigmes, les difficultés, les obscurités et n'épar-
gnait ni temps ni peine pour en trouver l'explication. Il n'était pro-
blème si menu qu'il ne jugeât digne de son attention, persuadé que
tout a sa place et son intérêt dans l'ensemble. A défaut d'instruments
de travail pour poursuivre ses recherches, il songeait aussitôt à les
créer, sans se laisser rebuter par l'aridité de la tâche quand il croyait
l'œuvre utile.
d Que de projets de travaux et de publications ainsi formés pour
lesquels il commençait tout d'abord à ouvrir une nouvelle série dans
sa bibliothèque, sur lesquels il accumulait les notes, dont il abordait
même la mise en œuvre, mais desquels le détachait bientôt sa curio-
sité toujours en éveil et toujours sollicitée par de nouveaux sujets!
« Et, à côté de ses travaux personnels, exécutés ou projetés, combien
de recherches n'a-t-il pas entreprises et poursuivies pour les autres!
Ses livres, ses notes, sa science étaient toujours à la disposition de qui-
conque le sollicitait; particulièrement accueillant pour les jeunes gens,
il leur donnait son temps sans compter, leur ouvrait non seulement sa
bibliothèque, mais les trésors de ses notes, se plaisait à les conseiller
pour leurs travaux, à les diriger dans leurs recherches, à les guider
396 CHRONIQnE ET MELANGES.
dans les besognes les plus arides de l'érudition, ou plutôt il savait leur
montrer qu'aucune besogne n'est aride lorsqu'elle est faite avec intel-
ligence et poursuivie avec méthode. C'est par là certainement qu'il fut
mieux qu'un maître, un véritable initiateur, et qu'il peut compter
parmi nous tant de disciples reconnaissants. Son enseignement dans la
chaire n'avait rien de doctrinal ; il le faisait consister surtout en cau-
series familières et en conseils à propos de toutes les questions qui
pouvaient toucher aux matières qu'il avait mission d'enseigner; il le
prolongeait volontiers, autant qu'il plaisait à ses auditeurs, en conver-
sations plus intimes, au pied de sa chaire, dans les salles d'études de
l'École, dans la rue et souvent chez lui, au milieu de ses livres, où il
aimait à retenir à sa table frugale tous ceux qui venaient lui deman-
der un conseil ou un service.
« Ai-je besoin maintenant de rappeler quelle estime, quelle recon-
naissance, quelle affection nous avions tous pour un tel maître ? Il en
reçut des témoignages répétés, auxquels il fut sensible, d'abord lors-
qu'il fut appelé, en 1886, par le suffrage presque unanime de ses con-
frères, à présider notre Société, et surtout lorsqu'il y a quatre ans ses
amis et ses élèves se réunirent en un banquet pour lui offrir la biblio-
graphie de ses travaux.
« Attristé à la fin de sa carrière par la perte successive de ses plus
anciens et de ses plus fidèles amis, privé d'une partie des livres qu'il
avait rassemblés avec tant d'amour, il avait perdu un peu de sa séré-
nité sans se départir de son stoïcisme, fidèle quand même jusqu'à la
fin à la belle et mélancolique devise qu'il avait empruntée à un des
grands artistes de la Renaissance : De jour en jour, en apprenant, mou-
rant. »
DISCOURS DE M. ULYSSE ROBERT.
« Je viens, au nom de la Société des antiquaires de France, adresser
le suprême adieu à M. de Montaiglon, qui fut un de ses membres les
plus dévoués, les plus savants et les plus aimés. Il faisait partie de
notre Compagnie depuis le 10 février 1851, et, s'il n'était pas notre doyen
par l'âge et par la date de son élection, il était le plus ancien de nos
membres résidants. A ce titre seul, sans parler de celui que lui don-
nait son immense érudition, il aurait pu, il aurait dû être admis à
l'honorariat, comme ceux de nos confrères qui, par leur situation et
les services qu'ils ont rendus à la science et à la Société, ont été jugés
dignes de constituer, pour ainsi dire, parmi nous une phalange d'élite.
Mais toujours il avait décliné les ouvertures qui lui avaient été faites
dans ce sens. Il lui eût semblé, en acceptant, que les liens qui l'atta-
chaient à nous auraient été moins solides et qu'il ne nous aurait plus
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 597
qu'à moitié appartenu. Aussi assistait-ii à nos séances avec assiduité.
Il y a quelques semaines, il était encore au milieu de nous, en appa-
rence plein de santé. Nous étions loin de nous douter alors qu'il ne
serait bientôt plus. Peut-être avait-il, lui, le pressentiment de sa fin
prochaine et n'avait-il pas voulu nous quitter pour toujours sans revoir
une dernière fois ses confrères, ses amis dans cette salle du Louvre,
où si souvent il les avait intéressés, instruits ou charmés par ses obser-
vations ingénieuses, par ses savantes communications.
« La Société des antiquaires a en effet largement bénéficié de la rare
variété et de la prodigieuse étendue des connaissances de M. de Mon-
taiglon. Nos Annuaires, nos Bulletins et nos Mémoires abondent de
ses travaux. A défaut du monument bibliographique que des mains
amies ont naguère élevé en son honneur, on pourrait y voir qu'il trai-
tait avec la même compétence les sujets les plus divers et que rien
de ce qui touche à l'antiquité, à notre archéologie nationale, à l'his-
toire, à la littérature et à l'art ne lui était étranger. On a dit de lui
qu'il était une bibliothèque, une encyclopédie vivante. Rien n'est plus
exact.
« J'ajouterai qu'il était aussi modeste qu'il était savant. Il a peut-être
été le seul à s'ignorer lui-même, à ne pas se connaître comme il le
méritait. Si le titre de membre de la Société des antiquaires de France
est envié et justement enviable, ses amis désiraient mieux pour lui;
ils estimaient, non sans raison, qu'il méritait d'être deux fois le con-
frère de ceux des nombreux membres de notre Compagnie qui appar-
tiennent à l'Institut. Il est permis de douter qu'il en fût aussi per-
suadé.
« De même, sa bonté égalait sa science et sa modestie. Tous ceux qui
l'ont approché ont pu apprécier son exquise aménité, son humeur
douce et bienveillante, sa franchise pleine de cordialité. Jamais une
parole amère n'est sortie de sa bouche; jamais il n'est tombé de sa
plume, à l'adresse de personne, un mot qu'il eût eu à regretter. Tou-
jours on l'a vu obligeant, serviable, content quand il pouvait se rendre
utile. C'est ce qui explique pourquoi il a eu tant et de si dévoués amis.
J'ai eu souvent l'occasion de constater chez ses anciens élèves, dis-
persés sur tous les points de la France, quels sentiments d'universelle
sympathie il avait su inspirer; ils ne me parlaient de lui que dans les
termes les plus affectueux. Ces sentiments, nous les partagions tous à
la Société des antiquaires; aussi la nouvelle imprévue de sa mort nous
a-t-elle causé la plus profonde douleur. Notre regretté confrère est de
ces hommes qu'on n'oublie pas; son souvenir lui survivra longtemps
au milieu de nous. »
598 CHROXIQDE ET MELANGES.
— Par arrêté ministériel en date du 18 septembre 1895, nos con-
frères M. Charles Mortel et M. Gustave Desjardins ont été chargés de
faire à l'École des chartes, pendant l'année scolaire 1895-1896, le pre-
mier un cours sur la bibliographie et le service des bibliothèques, le
second un cours sur le service des archives.
— Par arrêté en date du 5 octobre, notre confrère M. Riat a été
nommé stagiaire au département des médailles et antiques de la Biblio-
thèque nationale.
— Par arrêté en date du 1" juillet 1895, notre confrère M. Albert
Bléry a été nommé conservateur de la bibliothèque et du musée
d'archéologie de la ville du Havre.
— M. Levillain, élève de troisième année à l'École des chartes, a été
reçu agrégé d'histoire et de géographie au dernier concours.
— Par arrêté en date du 9 septembre 1895, notre confrère M. Soyer
a été nommé archiviste du département du Cher.
— Notre confrère M. Félix Pasquier a été nommé archiviste de la
Ilaute-Garonne.
— Notre confrère M. Ernest Langlois, professeur à la Faculté des
lettres de Lille, a été nommé oflicier de l'Instruction publique.
— Notre confrère M. Dosplanque, archiviste des Pyrénées-Orien-
tales, a été nommé officier d'Académie.
— Notre confrère M. Daniel Grand, pendant son séjour d'études à
Harvard University (États-Unis), y a fait des conférences sur l'École
des chartes, comme à l'Université de Chicago, et sur les « Archives en
Europe. »
COLLECTION D'ÉDITIONS DE L'IMITATION.
A la vente de la bibliothèque Waterton, le Musée britannique a acquis,
au prix de 144 1. st. (environ 3,600 francs), une collection de textes de
l'Imitation de Jésus-Christ, composée de six manuscrits et de 1,199 édi-
tions imprimées.
FORMULES D'ADJURATION ET DE BÉNÉDICTION
POUR DES ÉPREUVES JUDICIAIRES.
Le nis. latin 1687 de la Bibliothèque nationale, fol. 41 v» et 42, con-
tient, en caractères du xii« siècle, deux formules d'adjuration et de
bénédiction pour des épreuves judiciaires, qui paraissent avoir échappé
aux éditeurs de ce genre de documents.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. S99
1. Suscipe, aqua benedicta, hoc eleraentum terrœ et nomina horum
duorum adversantium conscripta ill. Adjuro te et contestor, sub invo-
catione sanctae Triaitatis, Patris et Filii et Spiritus sancti, adjuro te et
contestor per decem nomina Dei summi, de quibus Hebreorum anti-
quitas in tribulationibus suis Deum proclaniabat. Adjuro te, aqua, et
contestor per decem verba legis, que lex Mosaica filiis Israël servare
et custodire, jubente Domino, precepit. Exorcizo te vel precipio te,
aqua, ab auctoritate Dei consecrata, per archam Testamenti, quam
Deus celi et terras in suis fidelibus consecravit. Exorcizo te pervirgam
Moysi. Contestor te per virgam Aaron, que in templo Dei fronduit.
Adjuro te, aqua, per illum cibum, id est manna, quod Deus celi et
terrse filiis Israël in deserto per manus angelorum subministravit.
Adjuro et exorcizo te, aqua, sive terra? glebas, per nomen Domini Dei
magnum, quod est tetragramaton, id est ex quatuor litteris conscri-
ptum, ioth, he, vau, he, cujus interpretatio est « principium passionis
istius vitae, » ut hoc quod falsum est retineatis, et quod veritas est
nobis prius ostendatis, per virtutem Domini. Aspice, Domine, de sede
sancta tua et cogita de sortibus. Sannoy. Sansannoy'. Sangas, Bara-
chiel. Patasanon.
2. Benedictio ad aquam et ad judicium Dei. In nomine Domini nostri
Jhesu Ghristi. Deus judex, justus, fortis et patiens, auctor et judicans
equitatem, judica quod justum est...
Il est inutile de reproduire cette formule de bénédiction. Le texte
s'en trouve, avec de légères variantes, dans les Formulas de Zeumer,
p. 605.
LES MANUSCRITS DE WEINGARTEN.
Le général Thiébaut, parlant dans ses Mémoires (IV, 52) des manus-
crits de l'abbaye de Weingarten, déposés dans le château de Fulda,
dont il était gouverneur, dit qu'il en choisit pour lui-même un de
chaque siècle et que l'autre lot, le plus précieux, fut envoyé à la
Bibliothèque impériale à Paris, où sans doute, dit-il, les manuscrits
qui le composaient sont encore. J'avais, ajoute-t-il, signé sur chaque
volume : Envoyé par le général Thiébaut, gouverneur du pays de Fulde.
Il ne paraît pas que les manuscrits dont il est ici question aient
jamais été envoyés à Paris. M. le docteur Adolf Schmidt, bibliothécaire
en chef de la bibliothèque de Darmstadt, veut bien nous apprendre
que cette bibliothèque renferme une série de manuscrits de Wein-
garten, sur le premier feuillet desquels on lit : Imperiali bibliothecx,
Lutetiis, Thiébaut, Fuldensis regionis gubernator, 1801.
\. Le copiste avait d'abord écrit Samsannoy.
600 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
M. le docteur A. Schmidt suppose avec beaucoup de vraisemblance
que l'envoi des manuscrits à Paris n'eut pas lieu, par suite de la dis-
grâce de Thiébaut, qui fut rappelé de Fulda en 1807. Le général ou
l'un de ses subordonnés aurait cédé ou fait céder ces manuscrits au
landgrave de Hesse-Darmstadt, bien connu comme bibliophile.
RÉDUCTION DU QUANTIÈME DE L'ANNÉE RÉPUBLICAINE
EN JOUR DE LA SEMAINE.
L'École polytechnique, à l'occasion du centenaire de sa fondation, a
publié un annuaire pour l'année 1894 '. Dans la première partie de cet
annuaire, intitulée : « Calendriers et notices astronomiques, » nous
trouvons la règle suivante donnée par M. Harold Tarry pour trouver
promptement dans une année républicaine le jour de la semaine d'une
date quelconque, lorsqu'on connaît le caractère ou premier jour de cette
année.
Si le premier jour de l'année est un dimanche, on le représentera par
le chiffre 1, si c'est un lundi, par le chiffre 2, et ainsi de suite. 7 ou 0
signihera samedi.
Voici maintenant la règle.
Doublez le rang du mois, ajoutez 4, ajoutez encore le caractère de
l'année et le quantième proposé, puis divisez la somme par 7; le reste
de la division sera le jour de la semaine demandé.
On peut s'assurer ainsi que le M frimaire de l'année répubUcaine 103
est un dimanche :
6 double du rang du mois,
4 nombre constant,
1 caractère de l'année 103,
11 quantième proposé,
22
1
Le reste 1 indique que le jour demandé est un dimanche.
— L'ouvrage de notre confrère M. Fagniez auquel l'Académie fran-
çaise a décerné le prix Gobert (voy. plus haut, p. 426) est intitulé : le
Père Joseph et Richelieu.
1. Annuaire de l'École polytechnique pour 1894. Paris, H. Charles -Lavau-
zelle, 1894, in-8°.
JEAN MESCHINOT
SA VIE ET SES OEUVRES
SES SATIRES CONTRE LOUIS XL
SECONDE PARTIE.
LES ŒUVRES DE MESCHINOT.
{Suite et fln^.)
IV.
Les Lunettes des princes.
Consultez tous les critiques : pour eux Meschinot n'existe que
par les Lunettes des princes; ces précieuses lunettes sont le
seul titre littéraire digne d'être rappelé, et qui puisse mériter à
notre auteur une petite place dans le souvenir de la postérité.
A mes jeux, au contraire, comme fond, comme forme, comme
intérêt, les Lunettes des princes sont fort au-dessous des poé-
sies politiques de Meschinot que nous venons d'étudier, particu-
lièrement des satires contre Louis XI et de la plupart des pièces
bretonnes, par exemple, l'Interdit de Nantes, la ballade à Mar-
guerite de Foix, les portraits des quatre ducs de Bretagne, etc.
Je ne comprends pas, il est vrai, dans les Lunettes l'autobio-
graphie mise en tète de ce poème par un caprice de l'auteur,
1. Voir ci-dessus, p. 99 à 140 et 274-317.
^895 40
602 JEAN MESCHINOT
mais qui constitue une œuvre parfaitement distincte, à ce point
que, dans les 500 vers dont elle se compose, il n'est ni de près ni
de loin question d'aucune sorte de lunettes. Cette autobiographie
poétique, on l'a vu plus haut, est une pièce pleine de verve, de
vie, de couleur, d'un caractère fort curieux, composée en 1459
ou 1460.
La composition du poème des Lunettes est certainement pos-
térieure, et même de beaucoup. J'ai déjà dit* que l'auteur y
devait travailler en 1473, mais je serais porté à croire qu'il y
revint à plusieurs reprises et que les dernières parties (les traités
des quatre vertus cardinales dont il sera question plus loin) appar-
tiennent à une époque plus avancée de sa vieillesse.
On se rappelle la scène finale, très émouvante, de l'autobio-
graphie de Meschinot. Affolé par une maladie cruelle qui le réduit
quasi à l'indigence, le pauvre poète, un beau jour, monté sur sa
petite haque, perd la tête, sacque sa dague et va se donner le
coup mortel, quand tout à coup le remords envahit son âme; il
se jette à genoux la face contre terre, demandant pardon à Dieu
de sa criminelle pensée de suicide et implorant son appui pour
sortir de sa misère. Comme cette prière fut en effet exaucée peu
de temps après, l'auteur s'était peut-être arrêté là, ou bien, plus
probablement, il avait ajouté pour conclusion une strophe d'ac-
tions de grâces, qui aura disparu depuis ^ Mais en tout cela,
comme on le voit, nul prétexte et même nulle préparation à l'iiis-
toire des Lunettes.
Cette histoire, d'ailleurs, ne commence pas immédiatement
après l'autobiographie de Meschinot. L'autobiographie prend fin
au douzain 43" ou 44*^, et c'est seulement dans le 78« qu'il est
pour la première fois question de la célèbre paire de Lunettes :
entre l'une et l'autre, le poète a interposé une longue et pénible
transition de plus de 400 vers, dont le caractère tout artificiel
forme un contraste frappant avec ce qui précède.
En réponse à l'humble et poignante prière par laquelle le
pauvre désespéré implore le pardon de son suicide. Dieu dépêche
vers lui la Raison pour remettre l'ordre et le calme en son âme.
Cette Raison est une sorte de déesse, une grande et noble reine
1. Voir ci-dessus, p. 311.
2. C'est-à-dire, ijuand l'auteur imagina de coller tellement quellement son
autobiographie à ses Lunettes.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 603
qui descend du ciel « par un doulx temps, — sur une belle nue,
— de riches vestemens aornée, » accompagnée d'une grosse suite,
et qui, en entrant dans l'entendement de Meschinot, annonce
d'abord l'intention d'y faire un convy (un festin). Mais ce mal-
heureux entendement avait été si grandement pillé et houspillé
par Désespoir que Raison n'y trouva rien « pour disner bonne-
ment, »
Sinon ung pain de foy tant seulement,
Assez petit, mais de bien bonne cuite ^
C'était bien peu pour tant de monde. Raison, heureusement, était
toujours fort bien garnie de provisions :
Son pourvoyeur fut Sens, lequel avoit
Vivres foison, ainsi comme il debvoit,
Et commanda que l'on dressast les tables...
Raison s'assit, gardant termes estables,
Et avec el plusieurs dames notables^,
entre autres. Providence (Prévoyance) qui découpait les mets.
Discrétion qui les servait. Docilité qui faisait l'office d'échan-
son, etc.
Inutile d'insister pour montrer combien ces mièvreries allégo-
riques jurent avec le franc et énergique réalisme de l'autobio-
graphie.
Après avoir bien dîné, dame Raison prend la parole :
Bien doulcement avec moi sermonna^,
dit Meschinot. Doucement peut-être, mais surtout longuement,
car le sermon a plus de 300 vers^ Raison y fait défiler une
armée de lieux communs, afin de persuader au poète, ou plu-
tôt à l'homme en général (car la personnalité de Meschinot s'ef-
face tout à fait), de subir avec patience les misères de sa condi-
tion, les vicissitudes de la fortune, et de se résigner docilement,
dans la vie et dans la mort, à la volonté de Dieu. Pour le guider
parmi ces rudes épreuves. Raison dit à son disciple :
1. 51° douzain.
2. 52= douzain.
3. 53° douzain.
4. 54°-81'= douzains.
604 JEAN MESCHINOT
Ung livre auras qui a nom Conscience,
Mais pour plus clair y veoir te fault lunettes*.
C'est alors qu'elle décrit et promet au poète de lui donner ces
fameuses Lunettes, dont Prudence et Justice sont les verres,
enchâssés dans Force et retenus par le clou de Tempérance (dou-
zains 78, 79, 81). Mais, avant de lui faire ce don, elle lui ordonne
d'aller « dormir une pause, » car il en a, dit-elle, grand besoin,
et elle ajoute :
Puis, au réveil, le bien que proposas
Avoir de moy quand tu te disposas
De m'ensuir, fauldra que je t'apose^.
C'est assez énigmatique, mais cela s'éclaircira tout à l'heure,
quand le poète nous dira quel don la Raison lui lait à son réveil.
En attendant, après avoir adressé à Dieu une fervente prière
(en prose), le poète se couche ; au lieu de dormir tranquillement,
il a un songe (raconté aussi en prose) ; c'est Raison encore qui
se montre à lui, qui lui remet un petit livre et un écrin contenant
les précieuses besicles :
« Sçaches, dit-elle, que je leur ay donné à nom les Lunettes
des princes, non pas pour ce que tu sois prince ne grant sei-
gneur temporel, car trop plus que bien loing es tu de tel estât,
valeur ou dignité ; mais leur ay principalement imposé ce nom
pour ce que tout homme peut estre prince, en tant qu'il a receu
de Dieu gouvernement d'âme, et ceste principauté préfère^ toutes
aultres. »
Tout cela est bien subtil ; cela prouve du moins que depuis
l'entrée en scène de Raison, c'esl-à-dire depuis le 45® douzain, le
caractère de l'œuvre a complètement changé ; ce n'est plus une
poésie personnelle où vibrent les sentiments et pleurent les infor-
tunes de l'auteur, c'est une longue homélie versifiée sous une
forme allégorique tout artificielle, s'adressant et s'appliquant à
l'homme, quel qu'il soit. Depuis le 45° douzain, la personnalité
de Meschinot, qui rempht les 44 premiers, a disparu et fait place
à la généralité humaine.
1. 78' douzain.
1. 80° douzain.
3. L'emporte en dignité sur toutes les autres.
SA VIE ET SES CŒDVRES. 605
Il y a une réserve toutefois ; en dépit de ce qu'elle vient de
dire, Raison est obligée d'ajouter : « Entre toutes aultres per-
sonnes, celles Lunettes sont très convenables aux papes, empe-
reurs, rois, ducs et aultres grans seigneurs qui soubz Dieu ont
administration de grans pays et peuples. » Cette raison explique
mieux le titre Lunettes des princes que la subtilité métaphysique
formulée ci-dessus, d'autant qu'en réalité les Lunettes de Mes-
chinot sont presque toujours braquées sur les princes et les grands.
Après ce songe le poète s'éveille : en vain cherche-t-il l'écrin
et les Lunettes, il n'en voit trace. Il trouve seulement sous son
chevet le petit livre déjà aperçu en songe, qui n'est autre qu'un
traité en vers des quatre vertus cardinales, — Prudence, Justice,
Force, Tempérance, — formant par leur réunion les vénérables
besicles. C'est donc là ce que Raison, quand elle envoyait dormir
le poète, avait promis de lui aposer à son réveil. C'est aussi le
texte de ce livret, divisé en quatre chapitres ou quatre traités en
vers, qui forme la dernière partie du poème.
Ces quatre traités, très prolixes (plus de 2,000 vers), doivent
être, je le répète, une œuvre de la vieillesse de l'auteur i. Le style
en est fort inférieur à celui des douzains, surtout des 43 premiers.
Comme fond, c'est en général le triomphe du lieu commun. Mais
dans tous les quatre il faut noter un esprit persistant de fronde
et de critique contre les rois, les grands, les nobles, avec des
traits satiriques çà et là fort acérés et d'une véritable hardiesse.
Dans le traité de la Justice, notamment, les devoirs des princes
envers leurs peuples, l'égalité des rois et de leurs plus humbles
sujets, sont exprimés en traits énergiques dont nous citerons
tout à l'heure quelques exemples.
Ce traité est le plus intéressant des quatre ; il a près de 600 vers
(574) ; la première partie (330 vers environ) est entièrement con-
sacrée aux devoirs des princes, et le reste aux devoirs des juges.
Le poète ne ménage point la vérité aux princes, — Croyez-
vous donc, leur dit-il, que Dieu vous ait fait princes pour votre
plaisir? Pas du tout. Il vous a mis en cet état pour servir les
1. Chacun de ces quatre traités ou chapitres est d'un rythme particulier : le
traité de la Prudence en vers de huit pieds à rimes plates (564 vers); — celui
de la Justice, en strophes de sept vers octosyllabiques (82 strophes, 574 vers) ;
— la Force, en strophes de vingt vers de sept et de trois syllabes (22 strophes,
440 vers), — et la Tempérance, en strophes de quatre vers, trois de dix syllabes
et un de quatre (115 strophes, 460 vers).
606 JEAN MESCBINOT
hommes. Le pape, de tous les p-rmces le greigneur^, ne se
proclame-t-il pas le servant des serviteurs de Nostre- Sei-
gneur ? Il en est de même de tous les autres :
Le prince est fait pour labourer,
Non pas du labeur corporel
Ainsi que les gens de village,
Mais gouvernant son temporel
Justement, sans aucun pillage 2.
Le prince est le berger de Dieu, qui lui a confié ses ouailles à
guider, à protéger, à défendre contre tous les périls. C'est là le
labeur du prince, son devoir strict, son service obligatoire envers
ses sujets. Il doit les gouverner en paix et en justice, les « paistre
d'amour et d'équité » et même, quand ils ont failli, « les repaistre
de pitié. »
0 prince, je te supply, traicte
Tes subjectz en grant amitié;
Soit à l'entrée ou à la traicte^,
Le pasteur doibt plus la moitié
Avoir de ses brebis pitié
Qu'un mercenaire ou estrangier...
Seigneur, tu es de Dieu bergier;
Garde ses bestcs loyaument.
Mets les en champ ou en vergier,
Mais ne les perds aucunement,
Pour ta peine auras bon paiement
En bien les gardant, et se non,
A maie heure reçus ce nom^.
En effet, si le berger à qui l'on a confié des brebis les laisse
s'égarer dans la forêt ou ravir par les bêtes fauves, il en doit
répondre au maître ; si lui-même les tond, les maltraite ou les tue,
il en doit être sévèrement puni :
Vous qui estes de Dieu pastours,
Princes, ne faictes de telz tours ^.
1. Le plus grand, grandiorem.
2. Justice, strophes 37 et 38.
3. A l'entrée ou à la sortie.
4. Justice, strophes 13 et 15.
5. Justice, strophe 12.
1
SA VIE ET SES CEUVRES. 607
Si les souverains de la terre ne mettent pas tous leurs soins à
garder leurs sujets, à les préserver de tout mal, Dieu, au jour de
leur mort, ou même plus tôt, les châtiera durement, à plus forte
raison s'ils les ont vexés, pillés, maltraités. Aussi le poète dit
aux princes :
Le peuple donc qu'en main tenez
Ne le mettez à pouvreté,
Mais en grant paix le maintenez,
Car il a souvent pouvre esté ;
Pillé est yver et esté,
Et en nul temps ne se repose :
Trop est batu qui pleurer n'ose.
Croyez que Dieu vous punira
Quant vos subgectz oppresserez ;
L'amour de leurs cueurs plus n'ira
Vers vous, mais haine amasserez;
S'ilz sont pouvres, vous le serez,
Car vous vivez de leurs pourchas^..
Combien qu'aucuns sont, à qui semble
Que la terre est pour eux tissue,
Et que le bonhomme qui sue
Au labeur n'est rien envers eux 2.
Par desplaisir, faim et froidure
Les pouvres gens meurent souvent
Et sont, tant que cliaud et froid dure,
Aux champs nuds soubz pluie et soubz vent;
Puis ont, en leur pouvre convent^,
Nécessité qui les bat tant,
Quant seigneurs se vont esbatant.
0 inhumains et dommageux
Qui portez nom de seigneurie,
Vous prenez les pleurs d'homme à jeux ;
Mais n'est pas temps que seigneur rie
1. De leur travail. — Justice, strophes 17 et 18.
2. Justice, strophe 26.
3. Dans leur ménage.
608 JEAN MESCHINOT
Quant on voit charité périe,
Qui est des vertus la mai stresse :
Pouvres gens ont trop de destresse !
Du propre labeur de leurs mains,
Qui dust tourner à leur usage,
Hz en ont petit, voire mains*
Qu'il n'est meslier pour leur mesnage.
Vous l'avez, malgré leur visage 2,
Souvent sans cause : Dieu le voit !
Qui se damne est villain renoit^.
Combien que vous nommez villains
Ceux qui vostre vie sousliennent.
Le bonhomme ■* n'est pas vil, — ains^
Ses faicts en vertu se maintiennent...
Je vous nomme loups ravisseurs
Ou lions, si tout dévorez!...".
Non seulement les devoirs des princes envers leurs peuples
sont proclamés ici avec une courageuse hardiesse, mais le prin-
cipal et essentiel fondement de ces devoirs, de ces obligations,
est nettement marqué, à savoir, les services rendus aux princes
parleurs sujets, la solidarité des uns et des autres. Ce qu'on ne
peut non plus trop louer, — je dirais presque admirer, — c'est
la chaleur de cœur, l'énergie d'accent, l'éloquence véhémente
avec laquelle notre poète soutient la cause des petits et des faibles,
dénonce leurs souffrances, flétrit la dureté des puissants qui de
ces souffrances se font un jeu et proclame généreusement les
services et les vertus de Jacques Bonhomme.
Il insiste ensuite très fortement sur l'égahté parfaite des princes,
des rois et de leurs plus humbles sujets, de l'empereur et du gar-
deur de pourceaux : égalité devant Dieu, devant la mort, devant
1. Petit, peu; mains, moins.
2. C'est-à-dire, vous vous emparez du fruit de leur labeur en leur présence,
malgré eux.
3. Renégat.
4. Le paysan.
5. Mais.
6. Justice, strophes 19 à 24.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 609
le jugement suprême qui à la mort les frappera tous. Malgré le
tour original donné ici à ces lieux communs, mieux vaut pas-
ser de suite à la seconde partie de la pièce, qui concerne les juges.
L'auteur commence par indiquer le rôle, les conditions essentielles
d'une bonne administration judiciaire :
Justice la bien ordonnée,
De Dieu en la terre transmise,
Ne veult estre pour or donnée
Ne à ceux qui plus feront mise'.
Mais au bon droit el s'est submise,
Compas, aplomb et règle esquierre,
Pour radresser chascun qui erre.
Juges, vous en avez la garde ;
N'en laissez endurer besoin
Aux pouvres ; car Dieu tout regarde,
Qui contre vous sera lesmoin,
Se vous y faillez près ne loin,
Pour crainte, faveur, haine ou don, :
Selon l'ouvrier le guerdon ^ !
Après un développement sur crainte, faveur, haine et don,
où il montre qu'aucun de ces quatre motifs ne doit influer sur la
décision du juge, le poète insiste sur les devoirs particuliers des
divers officiers de justice, présidents, alloués, lieutenants des
grandes barres, greffiers, avocats, etc. Il y a là quelques détails
bons à relever.
De vous, lieutenans des grans barres
Et messeigneurs les allouez,
Je me tais, car vos faits sont garres^
Dès ce qu'aucun vous a louez
Par grans dons-, mais très mal ouez"*
Les pouvres qui n'ont d'argent source.
Il n'est plus amis qu'en la bourse^.
1. Qui feront plus de dépense, c'est-à-dire qui la paieront plus cher.
2. Justice, strophes 50, 51. Guerdon, récompense.
3. De deux couleurs, bigarré, varius.
4. Entendez.
5. Justice, strophe 67.
6(0 JEAN MESCeiNOT
Les avocats sont très mal traités, presque autant qu'ils l'étaient
en chaire, à la même époque, par le grand prédicateur Olivier
Maillard :
Ne Guidez jamais, advocats,
Que Dieu vous daigne pardonner,
Se bien n'avisez à voz cas,
Qu'on ne vous gagne par donner...
Quant les pouvres gens vous requièrent
Vous resemblez eslre endormis -,
Mais les riches ont ce qu'ilz quièrent
S'en voz mains ont foison d'or mis.
Ung jour serez bien desdormis,
On verra vos barats et guilles^
Il n'est pas toujours cours d'anguilles.
Puis, sans autre cérémonie, ne compare-t-il pas les avocats
qui plaident causes injustes aux femmes sans vergogne qui gagnent
leur vie en faisant folie de leur corps ?
Nous tenons une femme à folle
Qui son corps et son honneur vend
Pour argent; mais ceci m'affole,
Car vous faictes pire souvent;
Vos langues tournent comme vent
Au plus donnant : c'est grant diffame !
Il perd assez qui perd son àrae.
D'autant que devez valoir mieux
Que ces folles femmes et viles,
Vous faillez plus (je dy tous ceux
Qui mènent causes inciviles)
Que celles qui vont par les villes
Ou aux champs faire leur folie...
Vous faictes mal, aussi font-elles-,
Leurs péchez les vostres n'excusent.
Qu'en adviendra ? Peines mortelles !
Les vices leurs maistres accusent^.
1. Vos fraudes et vos mensonges.
2. Justice, strophes 68 à 72.
SA VIE ET SES ŒUVRES. &U
Les avocats ainsi arrangés, Meschinot passe aux greffiers,
aux clercs, pour lesquels il est beaucoup moins dur :
Greffier, note ce loyaument
Qu'auras ouy patrociner
Et n'y varie aucunement,
Car tu ne doibs pas trop signer,
Ne peu aussi, mais assigner
En tous tes escriptz vérité...
Toi, clerc, qui les procès escrips,
Ne rançonne trop pouvres gents ;
Pren petit de leurs pleurs et cris,
Car les plusieurs sont indigens.
Et mesmes entre vous, sergents,
N'oppressez le peuple de Dieu.
A mal faire n'a point de jeu.
L'auteur, qui connaissait bien ce monde judiciaire, se borne à
demander aux greffiers de ne pas trop signer, c'est-à-dire de
ne pas signer des cboses fausses, et aux clercs de ne pas trop
rançonner les pauvres gens, de ne pas leur faire paver trop cher
leurs pleurs et leurs cris. — Des mauvais payeurs on tire ce
qu'on peut !
Par là se termine le traité de la Justice.
Les trois autres traités offrent moins d'intérêt. On y trouve
encore toutefois çà et là des traits caractéristiques de l'inspira-
tion habituelle de Meschinot, toujours tournée à la satire des
grands et des princes et à la défense des petits.
• Dans le traité de la Prudence, il exhorte vivement les princes à
la libéralité :
Se lu veulx avoir nom d'honneur,
Estre te fault large donneur :
A ung prince de grant avoir
Mieux seroit, pour bon los avoir.
Donner trop argent, vin et chars ^
Qu'acquérir renom d'estre eschars ^.
1. Chairs.
2. Eschara, serré, parcimonieux. Édit. 1522, fol. 31.
6J2 J£A\ MESCHINOT
Il développe abondamment cette idée, que, pour mériter renom
de largesse, un prince doit récompenser ses serviteurs au delà de
leurs mérites ; le don du prince, s'il ne dépasse le mérite du ser-
viteur, n'est que le paiement d'une dette et ne peut pas s'appeler
largesse. Meschinot plaide ici évidemment dans son intérêt et
celui de ses semblables, serviteurs des princes ; mais la doctrine
qu'il formule était alors fort en vogue.
Dans les traités de la Force et de la Tempérance, il gourmande
les nobles qui, manquant aux obligations imposées à la noblesse
par la loi de son institution, ne se montrent point, par leurs
mœurs, leurs vertus et leur vaillance, dignes de leur rang. Pre-
nant à partie un gentilhomme, même un grand seigneur, qui ne
faisait guère honneur à son ordre, il le tance rudement et lui
trace un véritable règlement de vie, dont voici quelques articles :
En paillardie toute la nuyt tu veilles;
Pour les jeunes, tu t'accointes des vieilles.
Je te supply que tes folies vueilles
Tosl corriger,
Et meuremenl ton chemin diriger
A vray salut, et à Dieu porriger ^
Saincle oraison. Pour à luy l'ériger.
Lis les exemples
Des histoires anciennes bien amples.
Après qu'auras servi Dieu es sainclz temples,
Bien te viendra si en telz lieux contemples
La grant bonté
Du Créateur, qui par sa volunlé
A sa semblance t'a formé et domté,
Donné royaume, maint duché et comté.
Et en faict d'armes
Soit ton déduit : s'il faut que souvent t'armes,
Exercile lances, haches, guisarmes,
El théologie 2 laisse aux Prescheurs et Carmes.
La théologie
Etudier, aussi l'astrologie.
N'est pas besoing : car la maison régie
Mieux ne seroit par icelle clergic.
Pour temps passer,
1. Présenter. — 2. Il faut ici prononcer tholoç/ie.
SA VIE ET SES OEDVRES. 6^3
A jeux honnestes lu te peux deslasser,
Lutter, saillir, sans bras ne piedz casser,
Courir aux barres pour plus force amasser.
Mais au I très jeux.
Cartes, hazards, sont à tous dommageux ;
Las ! on y jure, on dit mots oultrageux :
Hz ne m'ayment, et aussi ne fais-je eux ;
Car tost le riche
Par telz esbatz ne retient une briche^ -,
Dont fault qu'il pille or, argent, vin et miche,
Ses créditeurs il blece, abuse et triche ^.
Tel est l'idéal ou, si l'on veut, le règlement de vie du bon sei-
gneur, du brave gentilhomme, comme on se le représentait au
xv^ siècle en Bretagne. 11 y manque un trait pourtant : la dou-
ceur et même la protection active du suzerain à l'égard de ses
vassaux ; Meschinot, nous l'avons vu, a proclamé ailleurs plus
d'une fois que c'était là un devoir strict des grands envers leurs
sujets. Dans ce même traité il proteste de nouveau avec éner-
gie contre les mauvais traitements dont ces pauvres sujets, en
temps de guerre surtout, étaient trop souvent victimes :
Les plus puissans font aux petits molestes,
Biens ravissant s'entrerompent les testes,
Et, pour excuse,
Le grant pillard le laboureur accuse.
Disant : « Villain, tu es cil qui abuse, »
Et tout espoir de justice lui ruse^.
Dieu tout puissant !
Pourragiers viennent quatre vings et puis cent.
Et le pouvre homme, despourveu d'appuy, sent
Grant angoise, cil qui est nourrissant
De tous estats!
Quant fein ou paille au village a grant tas,
Petits seront en la fin les restas.
1. Une brique, pour dire un objet sans valeur. En d'autres termes, le riche
à ces jeux de hasard perd tout et se ruine complètement.
2. Tempérance, strophes 86 à 94.
3. Lui àte.
644 JEAN MESCHINOT
S'il plaint et dit : « Tous mon bien emportas ! »
C'est temps gasté.
Car onc sanglier ne fut de près liasté
Des chiens mordans, ne de lui faict pasté,
Tant corn sera de reproches tasté.
Chascun dira
Mal contre lui, jurera, mesdira,
Maulgréera Dieu qui lui contredira,
Parjuremens, blasphèmes redira :
C'est la manière ^ .
On a rarement exprimé plus énergiquement la misère des pay-
sans en temps de guerre, la façon dont ils étaient pillés, non par
les ennemis (ce n'est pas des ennemis qu'il s'agit ici), mais par
les gens de même parti, sous prétexte de réquisitions pour la sub-
sistance de l'ost.
De cette étude sur les quatre traités des Lunettes des princes,
ce qui se dégage nettement, c'est la vive sympathie de Meschinot
pour les petits et les faibles, son ardent amour de la justice, son
courage à dénoncer les abus des princes, des nobles, des puis-
sants et à en poursuivre la réforme autant qu'il était en lui.
V.
Poésies diverses.
Les autres œuvres de Meschinot roulent presque toutes sur des
sujets de morale et de religion. Là dedans beaucoup de lieux com-
muns, c'était inévitable; çà et là des vers rapides, bien tournés,
des idées et des expressions originales.
Il y a huit ou dix pièces de poésie pieuse ou dévote, toutes
d'une grande banalité, quelques-unes rehaussées de tours de
force : par exemple VOraison de Nostre Dame, dont chaque
vers commence par une des lettres de I'Ave Maria, de façon à
reproduire en acrostiche toute cette prière, et surtout une autre
oraison à la Vierge en vers de dix pieds, que l'on pouvait, dit
l'auteur, retourner en trente-deux façons ; nous la citerons plus
loin.
1. Tempérance, strophes 40 à 45.
SA VIE ET SES ŒDVRES. 6^5
En dehors des pièces de dévotion, il en est d'autres où le sen-
timent religieux parle un langage grave et simple qui n'est pas
dépourvu de grandeur, cette prière, par exemple, en forme de
ballade, dont voici la première strophe :
Dieu tout puissant, grâces nous te rendons
De tous les biens qu'avons de toi reçus,
Te suppliant que ne soyons déçus
Par Tennemy d'enfer, nostre adversaire ;
Mais nous octroie, à grans et à menus,
Ce que tu sçais nous estre nécessaire...
Prince éternel, de toi sommes cognus
Pouvres, chetifs, tardifs à te complaire :
Concède nous, des biens dont es pourvu,
Ce que tu sçais nous eslre nécessaire '.
Les pièces morales ont pour objet la satire des vices et des tra-
vers ou la considération des misères de la condition humaine.
Malheureusement, chez notre poète la satire reste, la plupart du
temps, dans les généralités et s'attaque rarement aux traits par-
ticuliers et originaux des mœurs de l'époque, — Quelque part
cependant il s'avise d'énumérer les vices et les excès par lesquels
ses contemporains étaient le plus portés à s'attirer la colère de
Dieu : C'est surtout, dit-il,
Par blasphémer et à jurer s'attraire...
Par gourmander^ forts vins et gras morceaux.
Par exercer le mestier des ribaulx...
Par nous fourrer de trop coûteuses peaux.
Par vexer gens en procès et appeaulx...
Par désirer vivre comme pourceaux...
Par oublier que sommes pourriture...
Par nous moquer des pouvres indigens,
Par retenir le loyer des travaux,
Par opprimer les subjectz et féaux,
Par soustenir les rapineurs sergents^ !
Tous ces traits, et surtout la manie des jurements, des procès,
1. Édit. 1522, fol. 103 V et 104.
2. Absorber goulûment.
3. Édit. 1522, fol. 91 r-v°.
6^6 JEAN MESCHINOT
des riches fourrures, l'horreur des sergents « rapineurs, » c'est-
à-dire des sergents féodés qui étaient devenus une plaie, carac-
térisent bien la seconde moitié du xv^ siècle. Ailleurs encore il dit :
Qu'est-ce aux mondains estre vestuz si court ?
C'est pompe, orgueil et sotte élation^
Mais ces traits sont rares. Un mal toutefois sur lequel sa
satire est abondante, verveuse, empressée, c'est la ploutocratie,
dont le règne commençait déjà. Il y a là-dessus deux ballades
vraiment intéressantes :
Fy d'estre fils de prince ou de baron !
Fy d'estre clerc ne d'avoir bonnes mœurs !
Ung renoyeur^, ung baveux, ung larron,
Ung rapporteur, ou bien grans blasphemeurs,
Plus sont prisez aujourd'hui, — dont je meurs,
Voyant ainsi les estats contrefaits^.
Qui a de quoy est, en dicts et en faicts,
Sage nommé et sans aucun diffame;
Mais les pouvres vertueux et parfaicts,
Gens sans argent, ressemblent corps sans âme...
Prince, ce m'est à porter pesant faix,
Et desiré-ge estre, plus que jamais,
Avec les bons qui gisent soubz la lame"*,
Puisqu'aujourd'hui, entre bons et maulvais,
Gens sans argent, ressemblent corps sans âme.
Cet amer ressentiment de la pauvreté, qui emporte le poète
jusqu'à lui faire désirer la mort, marque la date de cette pièce ;
elle dut être composée dans le même temps que l'autobiographie
poétique placée en tête des Lunettes des princes, c'est-à-dire
en 1459 ou 1460. — Voici sur le même sujet une autre ballade
d'un ton moins tragique, mais curieuse par certains détails de
mœurs :
Est-il douleur, desconfort ne oultrage
Qui tant griève comme d'argent deffault ?
1. Édit. 1522, fol. 97.
2. Un renégat.
3. Les mérites des diverses conditions appréciés au rebours du vrai.
4. Sous la tombe. — Édit. 1522, fol. 91 v° et 92.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 617
Ung hom qui n'a de quoy perd le courage
Et se descend au bas de tout son hault.
Plaisir lui fuit et desespoir l'assault,
Ennui le tient sans de lui despartir,
De dueil si plein corn s'il vouloit partir;
Bien se vouldroit pendre comme Judas.
C'est assez mal pour devenir martyr
Ou pour jouer les Peines sainct Guedas.
Car, quant on vient à ville ou en village
A peu d'argent, ô^ face froid ou chaud,
Si le compaing tremble tout davantage,
Certes il dit que de feu ne lui chault ;
S'il desjune, c'est du vin qui moins vault,
De belle eaue le sçait bien mi-partir;
Et encore, quant ce vient au partir,
Son hoste et lui ont plusieurs grans débats.
C'est assez mal pour devenir martyr
Ou pour jouer les Peines sainct Guedas.
Princes, qu'es cieux Dieu vous vueille appartir !
Faictes nous donc aucun bien départir,
Car qui n'en a, de ce ne doubtez pas !
C'est assez mal pour devenir martyr
Ou pour jouer les Peines sainct Guedas^.
La peinture du voyageur sans argent est très jolie. Puis le
refrain de cette ballade nous révèle l'existence d'un mystère, —
en breton ou en français, très breton en tout cas par le sujet, —
aujourd'hui perdu et ignoré, les Peines saint Guedas, c'est-à-
dire « les malheurs, les souffrances de saint Gildas, » dont le
sujet, d'après ce titre, devait être les épreuves, les traverses sus-
citées par le diable et ses suppôts au saint fondateur de Ruis,
entre autres son voyage en mer avec quatre démons déguisés en
moines, qui au milieu de l'Océan le jetèrent par-dessus le bord,
si bien que, pour naviguer, le saint fut réduit à « oster son man-
« teau ou froc, se mit dessus et en attacha le bout à son bourdon
« pour cueillir le vent, s'en servant comme d'une voile, et cingla
1. Qu'il fasse froid ou chaud.
2. Édition de 1522, fol. 128.
-1895 44
6i8 JEAN MESCHINOT
« en cette sorte jusqu'à la coste d'Hibernie, » selon le récit du
bon P. Albert Legrand*.
Quoique la forme poétique la plus habituelle à Meschinot soit
la ballade, il a un certain nombre de petites pièces plus courtes,
rondeaux ou épigrammes, dont il convient de donner quelques
exemples. Voici uneépigramme morale en huit vers, qu'on pour-
rait intituler : Dire et faire, et qui en ce genre est fort bien
tournée :
Rien dire ne devez sans faire,
Des choses qui touchent promesse.
Sans rien dire vous devez faire
Vaillance de corps et prouesse.
Vous devez faire et aussi dire,
En tout temps^ doulceur à aultruy.
Et ne devez faire ne dire
Jamais desplaisir à nuUy.
Le rondeau suivant est à peu près la seule pièce sentimentale
de Meschinot, du moins la seule digne d'être citée :
M'aimerez-vous bien,
Dictes, par voslre âme?
Mais que je vous ame
Plus que nulle rien 2,
M'aimerez-vous bien?
Dieu mit tant de bien
En vous, que c'est basme^;
Pour ce je me clame
Vostre. Mais combien
M'aimerez-vous bien ?
Style rapide et naturel, coupe élégante, sentiment vrai avec
une pointe d'ironie ou de doute tout au moins, — ce rondeau
montre ce que Meschinot eût pu faire dans un siècle où n'aurait
pas dominé le goût du cherché dans le style, du tordu et du tour
1. Vies des Saints de Bretagne, 3' édit., 1680, p. 16.
2. Si je vous aime plus que toute chose.
3. Baume.
SA VIE ET SES OEUVRES. (H 9
de force dans le mètre, de l'affectation mêlée de gravité banale
dans la pensée.
Si c'est la seule pièce qui exprime un sentiment personnel de
l'auteur, ce n'est pas la seule où il ait parlé de l'amour. Dans
quatre grandes ballades, il a à sa manière traité de cette pas-
sion, de ses manifestations diverses, des diverses façons dont son
siècle la comprenait. Chacune de ces ballades a un titre : Amour
sodale, Amour vertueuse. Amour folle, Amour vicieuse.
Tout cela est bien didactique et rappelle par trop les quatre cha-
pitres des quatre vertus cardinales des Lunettes des princes.
Pourtant, on y trouve quelques lueurs curieuses sur les mœurs
et les idées du temps et sur les propres sentiments de l'auteur.
Amour sodale, c'est l'amitié plutôt que l'amour (du latin soda-
lis, ami, camarade) ; Amour vertueuse, c'est l'amour fondé sur
les motifs les plus légitimes et les plus généreux sentiments ;
Amour vicieuse, au contraire, c'est l'amour brutal, l'amour de
la canaille. Am.our folle participe des deux derniers, mais plus
du premier que de l'autre ; moins éthéré quAinour vertueuse,
mais non bas et brutal comme Amour vicieuse; très capable de
sentiments généreux, il (ou elle) cède parfois à d'autres mobiles ;
il aime un peu trop la joie, l'éclat, le luxe, les fêtes ; c'est un amour
panaché, comme il se pratiquait le plus souvent à la cour et dans le
monde, comme Meschinot lui-même l'avait sans doute pratiqué
quand il servait les dames à Tours et à Meun-sur-Ièvre ; bref, le
nom à' Amour mondaine lui conviendrait beaucoup mieux que
celui d'A^nour folle, dont le stigmatise ici la vieillesse un peu
trop puritaine de notre poète.
Pour mieux définir, spécifier, distinguer entre eux ces quatre
amours, Meschinot a imposé à ces quatre ballades une construc-
tion toute particulière. Chacune d'elles se compose de trois grandes
strophes, formées chacune de douze vers de dix syllabes, plus un
envoi de six vers de même mesure. Or, le premier hémistiche de
chacun des quarante-deux vers est le même dans les quatre ballades
et désigne une action ou une qualité quelconque de l'amour,
comme Amour loue.... Amour blâme.... Amour chérit...,
A^nour détruit..., etc. Et le second hémistiche, qui change dans
chaque ballade, détermine le caractère spécial de chacun des
amours. Pour bien faire comprendre ce mécanisme assez com-
pliqué, voici les trois premiers vers et le refrain des quatre bal-
lades :
C20 JEAN MESCHINOT
Amour sodale * •
Amour commande aux gens es Ire loyaux.
Amour deffend compaignie maulvaise.
Amour acquiert grans biens à ses féaux...
Amour blasme qui sans mal ne veult vivre.
Amour vertueuse^.
Amour commande aux gens estre parfaicts.
Amour deffend tous deshonnestes faicls.
Amour acquiert aux amans los et prix...
Amour blasme les meschans et infaicts ^.
Amour folle''.
Amour commande à tous estre joyeux.
Amour delTend qu'on ait dueil ne souci.
Amour acquiert bruit d'estre gracieux...
Amour blasme ceux qui n'ont robe neufve.
Amour vicieuse^.
Amour commande aux gens vivre en luxure.
Amour deffend chastelé nette et pure.
Amour acquiert enfin damnation...
Amour blasme les vivans sans laidure^.
La ballade à' Amour folle (l'amour mondain), qui reproche aux
gens de n'avoir pas de robe neuve, représente sans aucun doute
les mœurs et les sentiments en vogue sur cette matière dans le
monde et à la cour de Bretagne au temps de Meschinot. Il con-
vient, à ce titre, de la reproduire; la voici dans sa disposition
originale :
Amour commande à tous estre joyeux.
Amour deffend qu'on ait dueil ne souci.
Amour acquiert bruit d'estre gracieux.
Amour reliait les cueurs qui sont sans si.
1. Édit. 1522, fol. 123.
2. Édit. 1522, fol. 124.
3. Infects, c'est-à-dire infectés de vices.
4. Édit. 1522, fol. 126 v°.
5. Édit. 1522, fol. 124 v" et 125.
6. Ceux qui ue vivent pas dans le vice, dans le déshonneur.
•
Si VIE ET SES ŒUVRES.
Amour dresse
Amour remplit
Amour nourrit
Amour oste
Amour garde
Amour apprent
Amour reprent
Amour blasme
62i
Amour
x\mour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
porte
punit
chasse
requiert
hait
tence
seuffre
parfaict
ferme
ne veult
chérit
blasme
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
Amour
quiert
treuve
aime
destruit
baille
liève
met hors
conduit
pourvoit
donne
veult
blasme
Amour parle
Amour se rit
Amour ne peut
Amour ne croit
l'espoir d'avoir merci,
de peu les sotz amans,
de Pair ses bons servans.
le penser en richesse,
d'offenser sa maistresse.
à faire mainte espreuve.
en tous endroits saigesse.
ceux qui n'ont robe neufve.
haute chière à pleins yeux,
qui d'orgueil n'est farci,
les bonnes gens et vieux,
avoir esbats aussi,
trop ceux qui ne font ainsi,
les cueurs qui sont dormans.
qu'on lise les romans,
le vouloir de jeunesse,
sa maison à vieillesse,
que pensif on se treuve.
Venus comme déesse,
ceux qui n'ont robe neufve.
dons et joyaux précieux.
qu'on doibt estre assouvi,
boucquetz délicieux,
desplaisir et eunuy.
la foy à son ami.
nouveaux faix tous les ans.
ceux qui lui sont nuisans.
en l'ignorance adresse,
de contente simplesse.
sans sçavoir qui le meuve,
bien exhaulcer sa noblesse,
ceux qui n'ont robe neufve.
L'envoy.
de festes et bombans.
de ceux qui ont feblesse.
porter peine ou destresse,
pas tout ce qu'on lui preuve.
622 JEAN MEScer.\OT
Amour attend tousjours plus grant liesse.
Amour blasme ceux qui n'ont robe neufve^
Cette Amour folle a sans doute trop de goût pour la joie, le
luxe, la grande chère, pour les « festes et bombans, » pour les
pompes et les colifichets du monde. Elle a pourtant quelques bons
côtés, entre autres : interdire « le penser en richesse, » c'est-à-
dire le culte de l'argent ; supporter « mainte espreuve » et soule-
ver courageusement « nouveaux faix tous les ans ; » bailler et
tenir foi à ses amis; donner largement, par une pente naturelle
de l'âme (« sans sçavoir qui le meuve ») ; mettre au cœur « con-
tente simplesse » et en même temps une tendance à élever de plus
en plus ses sentiments (« exhaulcer sa noblesse »). N'y a-t-il pas
là un certain contrepoids, ou tout au moins une rançon partielle
des goûts, des désirs et des tendances moins recommandables de
cet amour, dans lequel Meschinot, ce semble, ne veut voir que de
la folie?
Jugement dont la sévérité s'explique d'ailleurs facilement par
le penchant commun à tous les moralistes, et pour eux presque
invincible, à voir tout en noir, qui finit par les jeter dans le pes-
simisme. Meschinot n'y pouvait guère échapper, d'autant plus
que son époque n'était pas belle. Aussi — en terminant, —
pour résumer son inspiration, pour exprimer la pensée générale
de son œuvre, nous ne pourrions guère trouver mieux que la bal-
lade suivante, sur les misères du monde, qui est d'ailleurs fort
bien tournée :
Les misères du monde.
\.
Foy aujourd'hui est trop petit prisée,
Espérance a nom de presumption,
Charité, las I par envie est brisée.
Prudence fait grant lamentation,
Justice n'a plus domination,
Force se plaint du temps qui présent court,
Tempérance s'eslongne de la court.
Vertus s'enfuient, péché partout abonde :
C'est grant pitié des misères du monde !
1. Édit. 1522, fol. 126 V et 127.
i
SA VIE ET SES CEUVRES. 623
Humilité est toute desguisée,
Amour languit en extrême unction,
Largesse dit qu'elle est moult desprisée,
Patience a grant désolation.
Sobriété voit sa destruction,
Chasteté croit que tout mal lui accourt;
Diligence n'a plus qui la secourt,
Entendement vit en douleur profonde :
C'est grant pitié des misères du monde!
3.
Sapience est en tous lieux refusée,
Crainte de Dieu n'a plus de mansion.
Conseil est mal en place divisée ;
Science dort, il n'en est mention ;
Pitié n'a lieu en ceste nation.
Baptesme dit qu'heresie se sourt,
Honneur se voit habillé comme lourd.
Mariage est souillé et tout immonde :
C'est grant pitié des misères du monde !
4.
Prince puissant, pour le vous faire court,
Perdus sommes se Dieu ne nous ressourt.
Homme ne voy en qui bonté se fonde :
C'est grant pitié des misères du monde * !
Cette pièce, d'une belle facture, d'une précision, d'une netteté
de langue remarquable, a tout l'air d'appartenir aux dernières
années de Meschinot. Cette place, c'est-à-dire cette puissance
divisée; cette nation chez qui la pitié (l'humanité) n'a plus
d'asile, où l'on ne peut trouver un homme pour soutenir le bon
droit {un hoînme en qui bonté se fonde) : ces traits nous semblent
indiquer la division et les troubles de Bretagne après la chute de
Landais (1485), le supplice de ce ministre, l'indifférence des puis-
sants, des barons pour la bonne cause (c'est-à-dire la cause bre-
tonne), indifférence qui allait tout à l'heure tourner en trahison.
1. Édition de 1522, fol. 102.
624 JEAN MESCHINOT
VI.
Jeux de rime.
Il faut bien donner ici quelques exemples de ces tours de force
que les contemporains admiraient dans la versification de Mes-
chinot et dont on lui reproche aujourd'hui la puérilité. Mais, en
réalité, sauf les rimes ultra-riches de deux et de trois syllabes,
ces merveilles prosodiques sont très espacées chez lui. Nous
allons fournir quelques échantillons de ses rimes riches, de ses
\ers équivoques, de sesxers frater-nisés o\\ enchaînés (dits par
d'autres vers en écho) et de ses vers brisés.
Rimes ultra-riches et vers équivoques^.
Homme misérable et labile.,
Qui vas contrefaisant r/iabile,
Menant estât desordonné,
Groy qu'enfer est dès or donné
A qui ne vivra sainciement,
Ou i'Escripture sainete ment...
Quand morte sera ta charongne
Puante, quier qui ta char ongne
D'aucune odorante liqueur ;
Homme ne vouldra, car li cueur
Ne pourroit durer à sentir
Tel odeur, ni s'y assentir.
Après, en jugement iras :
Croy-tu qu'au jw^rc mentiras
Qui scet tout ? Ne t'y Mens point.
Sa rigueur en celui temps point,
Plus n'y aura miséricorde;
Davantage, misère y corde
Dur cordage pour les dampnes,
De la lignée à'kdam nez ^.
Etc.
1. Sur la rime équivoque et les vers équivoques ou équivoques, voir Pas-
quier, Recherches de la France, liv. Vil, ch. xn, Œuvres, édil. 1723, col. 739;
et Peigiiot (Philomnesle), Amusements philologiques, édit. 1842, p. 93-94.
2. Lunettes, traité de la Prudence, édit. de 1522, fol. 25 v» et 27 v°.
i
SA VIE ET SES ŒUVRES. 623
Nous avons déjà ici un certain nombre de vers équivoques ou
équivoques, dans lesquels le même son, de trois syllabes ou davan-
tage, paraît à la fin de deux vers avec un sens tout différent dans
chacun des deux, comme ci-dessus desordonné ei dès or donnée
ta charongne et ta char ongne, en jugement iras et au Juge
mentiras, miserico7xle et misère y corde, etc. Mais voici, dans
le 12" douzain des Lunettes, un exemple de vers équivoques qui
lève la paille. La Raison reproche au poète de se plaindre beau-
coup trop haut des misères de la condition humaine en ce bas
monde, et (singuhère manière de le consoler) elle ajoute que toutes
ces misères ne sont rien auprès de la calamité finale, la mort :
Ha ! lui dit-elle,
Ha ! si ton cueur tant de maux pour ire a,
A ton trespas pense que pou rira,
Car as à faire une dolente issue,
Ton ame es cieux ou en grant paour ira
Et ta charongne en terre pourrira :
Plus tost fauldra qu'elle ne fût tissue.
Etc.
Vers fraternises ou enchaînés.
Quand la dernière syllabe de chaque vers, souvent même les
deux ou trois dernières sont répétées au commencement du sui-
vant avec un sens différent, c'est là ce que notre ancienne proso-
die appelait vers fraternises ou vers enchaînés^.
Voici, pour premier exemple, la troisième strophe de la bal-
lade sur la cour (ici, la court) :
Pour dire au vray, au temps qui court.,
Court est bien périlleux passage :
Pas sage n'est qui droit là court,
Court est son bien et avantage,
Avant âge fault le cowrage.
Rage est sa paix, pleurs ses sou^a*,
Las! c'est un très piteux m^snage.
Nage autre part pour tes esbats^.
1. Tabouiot les nomme vers enchaînés (voir Bigarrures dxi, seigneur des
Accords, édit. 1662, p. 287); Peignol, vers fraternises (voir Amusements phi-
lologiques de Philomneste, édit. 1842, p. 95-96), et aussi Lalanne, dans ses
Curiosités littéraires, 1845, p. 57.
2. Tabourot cite cette strophe même comme exemple de vers enchaînés, et
626 JEAN MESCHI.NOT
Mais voici en ce genre la perfection ; c'est le 27^ douzain des
Lunettes, qui est comme la conclusion des lamentations de notre
poète sur la mort des quatre ducs de Bretagne, Jean V, Fran-
çois P"", Pierre II et Arthur III :
Par ceste mort je sens guerre mortelle^
Mort telle fut desonques très v^belle ;
Belle n'est pas, gente ne devenante ;
Venante à coup et voulenliers se cèle.
Celle fait tant que tout haut bien chancelle :
Ancelle est donc dommageuse et meschante.
Chante qui veut, elle est toujours dolente,
Lente à tout bien et en dueil excellente,
Cellente ' aussi d'oir maie wowselle.
Elle est de tous hauts meschiefs contenante.
Tenante en soi tristesse permanante,
Manante en pleurs et douleur éternelle.
Il y en a bien d'autres de ce genre ; ceux-là suffisent, je pense,
pour l'exemple.
Vers brisés.
Ce « sont ceux qui, coupés immédiatement après le premier
hémistiche, peuvent se lire de suite et former un sens complet,
différent de celui que présentaient les vers lus en entier 2. »
A ce genre se rattache l'oraison à la Vierge dont j'ai parlé
ci-dessus et que l'auteur fait précéder de cette curieuse annonce :
Ceste oraison sepeult dire par huit ou par seize vers, tant
en rétrogradant que aultrement, tellement quelle se peidt
lire en trente-deux manières différentes et plus, et à chas-
cune y aura sens et rime, et co^mnencera tousjours par
motz differentz qui veult^.
Peignot la cite aussi comme exemple de vers fraternises, ce qui prouve la
synonymie des deux appellations.
1. Pour zellente ou zelante, désireuse, empressée.
2. Peignot, Amusements philologiques, édit. 1842, p. 47. Cf. Tabourot
(Bigarrures, édit. 1662, p. 250), qui les appelle z;e/-s cou^jcs, et Lalamie, Curio-
sités littéraires, 1845, p. 59.
3. Meschinot, édit. 1522, fol. 105.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 627
Voici ces vers, qui sont des décasyllabes, et que nous coupons
après le premier hémistiche :
D'honneur sentier Confort seur et parfait
Rubi chéris Safîr très précieux
Cuer doulx et chier Support bon en tout fait
Infini pris Plaisir mélodieux
Ejouy ris Souvenir gracieux
Dame de Sens Mère de Dieu très nette
Appuy rassis Désir humble joyeux
M'ame deffens Très chière Pucelette.
« Meschinot (m'écrit M. le président Trévédy) parle trop modes-
tement quand il dit que ces vers peuvent se retourner en 32 ma-
nières.
« Les 8 vers, coupés en deux après le premier hémistiche, font
16 vers ; on peut les lire en rétrogradant, le dernier vers deve-
nant le premier de la pièce et ainsi de suite. Voilà les 32 manières
indiquées par Meschinot. Mais chacun des hémisticlies des 8 vers
peut prendre successivement les 16 places, de la première à la
dernière; ces changements donnent 16 fois 16 combinaisons,
c'est-à-dire 256, dont il faut cependant déduire les deux combi-
naisons originaires : reste 254 ! »
Beau chiffre. Après un pareil chef-d'œuvre tirons l'échelle.
VII.
Chronologie des œuvres de Meschinot.
En rapprochant les diverses notions éparses dans les chapitres
qui précèdent, on en peut tirer un nombre de dates suffisant pour
jalonner toute la carrière poétique de Meschinot.
La première manifestation publique de sa muse, à notre con-
naissance, se produisit à Tours en 1457, devant la cour de
France, sous les auspices du grand connétable de Richemont,
qui était alors Arthur III duc de Bretagne.
Richemont étant mort l'année suivante (26 décembre 1458),
Meschinot, très accablé de cette mort si voisine de celle du duc
Pierre II, ait frappé d'une grave maladie, affectant à la fois le phy-
sique et le moral, qui l'empêcha d'abord de continuer son service
628 JEAX MESCHINOT
dans la garde ducale et le poussa au désespoir. En 1460, à peine
guéri, il fixa le souvenir de cette terrible crise dans son autobio-
graphie en vers.
En 1461, il composa la Suplication de la pouvre nation de
Bretaigne pour la guérison du duc François II ;
En 1462 ou 1463, l'élégie satirique de la ville de Nantes au
sujet de l'interdit porté contre elle par l'évêque rebelle et traître
à la Bretagne, Amauri d'Acigné.
En 1464 ou au commencement de 1465, sur l'invitation et avec
la collaboration de Georges Chastelain, il lança contre Louis XI
ce brûlot, ce très curieux recueil de satires, que nous avons étudié
plus haut. Bien que dans cette circonstance il se proclame modes-
tement le disciple de Chastelain, le choix que celui-ci fit de Mes-
chinot pour travailler avec lui à une œuvre de cette importance
est une preuve éclatante de l'estime et de la réputation dès lors
acquises au talent de notre poète.
Une nouvelle preuve, c'est l'honneur qui lui fut déféré à la cour
de Bretagne de venir, en 1471, sous les auspices du comte de
Laval, cousin du duc François II, saluer en vers, au nom de la
Bretagne, sa nouvelle duchesse Marguerite de Foix.
L'année suivante (1472), violemment attaqué, lui et son fils,
par les Boisbrassu, il a recours à la prose et adresse au duc la
Suplication si originale du Banni de liesse.
En 1473, nouveau témoignage d'estime pour son talent, nou-
velle preuve de sa réputation hors de Bretagne : le sire de Croy,
ambassadeur du duc de Bourgogne, lui demande une élégie sur la
duchesse, veuve du duc Phihppe le Bon, morte le 28 décembre 1472.
Dans cette même année, il travaille à son poème des Lunettes
des princes, qu'il imagine de relier, par une longue transition
tout artificielle, à son autobiographie poétique de 1460. On peut
croire que la composition des Lunettes occupa Meschinot assez
longtemps et se prolongea tout au moins jusque vers 1480.
De 1480 à 1485 se placent les pièces sur la cour de Bretagne
contenant des allusions à la lutte de Landais et de Chauvin, et en
1487 la satire contre les barons de Bretagne aUiés de la France.
SA VIE ET SES OEUVRES, 629
VIII.
Conclusion.
Dans notre première partie, nous avons étudié en Meschinot
l'homme et sa vie; dans la seconde, le poète et ses œuvres. La
première nous a donné de l'homme, de son rôle et de son carac-
tère une image plus exacte, plus précise et plus vivante que les
notions admises jusqu'à présent. De la seconde sortira, nous l'es-
pérons, une modification plus profonde encore dans la physiono-
mie de son œuvre poétique.
Jusqu'ici, dans cette œuvre on n'a vu que deux choses : une
allégorie alambiquée dont le titre bizarre faisait tout le mérite et
tout le renom ; des sermons de morale banale d'un style plat et
lourd.
Désormais, on ne contestera point que dans les Lunettes, à
côté de l'allégorie, il y a une œuvre tout autre, fort originale, la
confession passionnée et personnelle d'une âme angoissée et déses-
pérée jusqu'au suicide. Par ailleurs, si Meschinot est un mora-
liste, un trait notable, essentiel, le distingue hautement des ser-
monneurs banals et ennuyeux avec lesquels on voudrait le
confondre. En lui vibrent énergiquement le sentiment pohtique et
la fibre patriotique. Dans la société féodale fortement hiérarchi-
sée à laquelle il appartient, c'est aux puissants, rois, princes et
seigneurs, qu'il renvoie avec raison la responsabilité du bien et du
mal; c'est vers eux qu'il dirige son action, ses admonestations,
au besoin sa critique et sa satire; c'est contre eux qu'il défend
obstinément la cause des petits et des pauvres.
De même contre la France qui, dans sa lutte avec la Bretagne,
non contente de son énorme puissance, ne rougit pas d'y joindre
la ruse, le parjure, la corruption et la trahison ; contre la France
de Louis XI et de Charles VIII, Meschinot défend vaillamment
et obstinément la cause bretonne : célébrant avec une émotion
sincère et cordiale les bons et braves princes qui défendent et
gouvernent paternellement la Bretagne; fustigeant de ses vers
vengeurs les misérables, si haut placés qu'ils soient (évêques et
barons) , qui la trahissent ; lançant contre son premier et plus ter-
rible ennemi, celui qui engendra tous les autres et qui leur fraya
la voie, contre le perfide et tortueux Louis XI, lui lançant à la
630 JEAN MESCHINOT
face la plus violente satire, le plus sanglant pamphlet, j'entends
les vingt-cinq ballades composées sur les princes de Chastelain,
le plus terrible mais le mieux justifié des actes d'accusation, cou-
ronné par la sentence de condamnation prononcée, dans le dia-
logue de la Destruicte France, au nom de la France même et
demandant ouvertement le détrônement de Louis XL
Attaquer de la sorte le plus vindicatif, le moins scrupuleux des
hommes armé de tous les moyens de satisfaire sa vengeance,
c'était jouer sa tête. Et cela n'arrêta pas Meschinot.
Ce que nous avons devant nous, c'est donc d'abord un poète
satirique, politique, patriote, c'est-à-dire par essence un militant,
combattant avec ses vers, comme l'homme d'armes avec sa lance,
pour la justice, pour la cause des opprimés et des faibles, attaquant
résolument les oppresseurs, les parjures, les traîtres, défendant
jusqu'au bout la patrie bretonne; comme l'homme d'armes aussi
dans la mêlée, offrant bravement sa poitrine aux coups de l'ennemi.
Voilà Meschinot.
Nous sommes loin de l'image qu'on nous en a montrée jusqu'ici :
un débonnaire maître d'hôtel avec sa baguette, qui, après avoir
servi et desservi la table ducale, amuse ses loisirs à rimer de plats
sermons.
Passant du fond à la forme, il serait aisé, croyons-nous, de
défendre le style de Meschinot contre les reproches exagérés de
lourdeur et de platitude qu'on lui jette habituellement.
A l'étude déjà bien longue que l'on vient de hre, dont le carac-
tère est spécialement historique, je ne puis coudre et ajouter une
étude littéraire. Je me bornerai donc à quelques mots sur ce point.
Sans doute, le style de Meschinot a souvent de la raideur, sou-
vent des ellipses forcées, des inversions tordues, des expres-
sions affectées et bizarres. C'est la marque du mauvais goût de
son siècle, qu'il subit fréquemment. Mais, à côté de cela, que de
vers pleins, riches et verveux, que d'expressions trouvées, que
d'images originales d'une fière et haute couleur ! 11 y en a beau-
coup de ce genre dans les nombreuses citations que nous avons
faites. Nous nous bornerons à en produire ici quelques-unes,
prises là ou ailleurs.
A propos de certains princes et seigneurs qui croient le monde
entier fait pour eux, il dit :
. . . Aulcuns sont à qui semble
Que la terre est pour eux tissue.
SA VIE ET SES ŒUVRES. 63<
Pour peindre les querelles misérables, et qui n'en sont que plus
ardentes, des petits entre eux :
Tels qui n'ont pas vaillant deux meschans bas
Voit-on souvent avoir mille débats.
Pour exprimer l'arrière-goût souvent si acre des plaisirs ter-
restres :
Notre doux est tout confit en amer.
Et la mort, qui prend tout comme une voleuse :
Mort tout ravit sous son mantel ou chape.
Ailleurs il lui dit :
De toi viennent ennuis, douleurs, meschief,
Larmes, soupirs^ tordre mains, tirer chief.
Portrait du poète, exténué par le mal qui le mine corps et âme :
L'arbre sec suis, ayant d'ennuis verdure,
Vivant en mort, trouvant plaisance dure...
Je suis garni de santé langoureuse,
J'ai liesse pénible et douloureuse
Et doux repos plein de melencolie ;
La clarté m^est obscure et ténébreuse :
Mon sentement est devenu folie.
Le portrait de Louis XI, un chef-d'œuvre en deux mots :
Innocent feint, tout fourré de malice.
Peinture de la cour :
La cour est une mer dont sourt
Vagues d'' orgueil, d'envie orages...
La Raison se définit elle-même ainsi :
De vertu suis source, mère et naissance,
Et de tout sens^ tiens université.
C'est la Raison, on le sait, que Dieu, touché de la prière de
Meschinot, lui envoya pour guérir son désespoir, et là justement
commence la fameuse allégorie des Lunettes. Gomme pour mon-
1. De toute sagesse.
632 JEAN MESCHINOT
trer que l'allégorie même peut avoir quelque grâce, voici comme
notre poète peint la descente de la Raison du ciel en terre :
Or, entendez quelle fut sa venue :
Point n'arriva, comme meschanle, nue%
Mais richement de vestemens aornée,
Et descendit en une belle nue,
Par un doux temps d'une pluie menue.
Depuis ne vis la pareille journée,
Tant fraische fut et si bien sejournée^.
Lors envers moi s'est doulcement tournée...
De ses beaux yeux (qui sont, plus que nature
Ne peut ouvrer en nulle créature,
Doux et rians) un regard me transmist,
Et mon souci presque tout se demist^.
Rien de plus frais et de plus gracieux que ce petit tableau.
Voulez-vous, au contraire, une touche violente, sombre, éner-
gique? Écoutez cette apostrophe de notre poète au pécheur :
Et le corps mort ? Ton ame passera
Au jugement rigoureux et terrible...
Que songes-tu, ord vaisseau^, vile cendre^
Farci d'orgueil ? Veux-tu estre damné ?
Tu prends plaisir à ta chair blanche et tendre^
Un corps pourri qui est aux vers dominé !
Ton temps est bref : veuille à vertu entendre,
Ou mieux te fût n'avoir onc esté né^.
En fait d'apostrophe, n'oublions pas surtout celle de Meschinot
à la Bretagne :
Riche pays, contrée très heureuse,
Amez de Dieu, ce voil-on clairement 5
Duché sans pair, Brelaigne plantureuse,
De noblesse trésor et parement " !
t. Nue comme une pauvresse.
2. Et si calme.
3. Se dissipa presque entièrement; 47° douzain.
4. Ord, sale, vase rempli d'ordure.
5. Édit. 1522, fol. 88 v°.
6. Édit. 1522, fol. 121 v».
SA VIE KT SES (EDVRES. 633
Dans ce cri d'amour s'épanche tout entière l'âme bretonne de
notre poète; nous ne saurions mieux finir que par là.
Arthur de la Borderie.
APPENDICE.
La famille du Boisbrassd.
Depuis la publication de la première partie de notre étude sur Jean
Meschinot, il a paru deux ouvrages contenanL des renseignements
intéressants sur cette famille du Boisbrassu, avec laquelle Meschinot
et son fils eurent les très vifs démêlés dont il est question au cha-
pitre IX et au n° V de l'Appendice de notre première partie \ L'un
de ces ouvrages est la monographie historique de la paroisse de
Carentoir (où était situé le manoir du Boisbrassu) par M. Tabbé
Leclaire, vicaire de cette paroisse^; Pautre, la cinquième série des
Lettres et mandements de Jean F, duc de Bretagne, par M. René
Blanchard.
M. Tabbé Leclaire donne une notice assez étendue sur la terre du
Boisbrassu et ses possesseurs (p. 142 à -147 de son livre). « La mai-
son du Boisbrassu, dit-il, a conservé sa physionomie de vieux manoir
breton : grande cour pavée autrefois fermée, fenêtres grillées à l'an-
tique, demi-tourelle avec meurtrières, portes ogivales des xv'' et
xvi^ siècles. »
Quant aux possesseurs, nous avions raison de les croire de petite
et récente noblesse. Dans le principe, leur nom était Galivier; le plus
ancien qu'on connaisse, Pierre ou Perrot GaUvier, mourut, dit-on,
vers 1350. Il n'était pas noble du tout, non plus que son fils Renaud,
1. Ci-dessus, p. 122 et 137-138.
2. V Ancienne paroisse de Carentoir, par l'abbé Leclaire. Vannes, Lafolye,
1895, in-8° de 448 pages.
1895 42
634 JEAN MESCHINOT
que l'on trouve dans divers acLes de -1392 à U27*; pas davantage le
fils de Renaud, appelé Jean Galivier, qui cependant prépara l'ascen-
sion de sa race en quittant ce nom roturier pour prendre celui du
Boisbrassu, d'allure plus nobiliaire.
Ge Jean sut aussi se glisser, se pousser habilement à la cour de
Bretagne et devint un agent de confiance du duc Jean V, qui, le
8 août -1430, ordonnait à son receveur de Guérande de payer douze
écus a à Jehan de Boaisbrassu, pour mettre et employer es affaires
secretz de Monseigneur [le duc] 2. » Jean V le nomma ensuite tréso-
rier de son plus jeune fils, le malheureux Gilles de Bretagne. Ge Jean
Galivier ou du Boisbrassu vivait encore en -14573; u^^is ce n'est pas
lui, comme nous l'avions cru, qui fut l'adversaire des Meschinot en
-1473, car il était mort wiviron dix ans plus tôt, laissant pour héritier
un autre Jean du Boisbrassu, lequel réussit à se faire anoblir en 4469^
el soutint, ainsi que son fils Pierre, le procès de ^473 contre les Mes-
chinot.
Le nom de Boisbrassu s'éteignit au siècle suivant. Jean l'anobli
survécut à son fils Pierre, mourut en -1518 et eut pour successeur
un autre fils appelé François % qui pour tout hoir n'eut qu'une fille
du nom d'Anne, laquelle porta la terre et la fortune des Boisbrassu
dans la famille de Gastellan, originaire de la paroisse de Saint-Mar-
tin sur Out".
IL
Note bibliographique.
Nous n'avons pas l'idée de donner ici la bibliographie des éditions
connues de iMeschinot: Jacques Brunet, dans la dernière édition du
Manuel du libraire (III, 4665-1670), a bien avancé ce travail, puis-
1. L'Ancienne paroisse de Carentoir, p. 143. Mais M. Leclaire lui prolonge
la vie jusqu'en 1450, ce qui n'est guère admissible s'il était fils de Jean Gali-
vier mort en 1350, car alors il eut été plus que centenaire.
2. René Blanchard, Lettres et mandements de Jean F, duc de Bretagne de
1441 et 1442, et Supplément (Nantes, 1895), p. 82, n° 2683.
3. Registre de la chancellerie de Bretagne au 10 octobre 1457, dans D. Morice,
Preuves, II, 1711.
4. Carentoir, p. 144.
5. Outre ce (ils, il laissa aussi une fille appelée Perronnelle, selon M. Leclaire,
qui ne parle aucunement de Pierre, dont l'existence est cependant certaine.
6. Leclaire, Carentoir, p. 144-145.
SA VIE ET SES ŒUVRES. G35
qu'il signale ou décrit jusqu'à vingt-deux éditions de notre poète, de
-(493 à ^539. II y en eut certainement davantage, et pour notre part
nous en pourrions indiquer deux ou trois non connues de J. Brunet^
Toutefois, pour tenter un supplément à son excellent article, nous
attendrons de pouvoir présenter une cueillette plus copieuse.
Nous voulons seulement, non décrire, mais signaler ici par leurs
traits caractéristiques les dix éditions de Meschinot antérieures à l'an
\ 500 et les exemplaires de ces éditions dont nous pouvons indiquer
le gisement. — Cinq de ces éditions sont sans date ; on ne peut donc
prétendre en donner un classement chronologique ; nous suivrons
tout simplement celui qu'a adopté Brunet.
Date à part, ces dix éditions du xy" siècle se partagent en deux
classes. La première classe contient les Limettes des princes, les
vingt-cinq ballades contre Louis XI et celle de la Destruicte France,
une vingtaine d'autres ballades sur divers sujets, deux poèmes reli-
gieux (une paraphrase de quelques passages des Écritures et une
Commémoration de la Passion de N.~S.)] toutes ces éditions, sauf la
première (de -1493), se terminent par Toraison que l'on peut dire en
trente-deux manières (voir ci-dessus) et s'arrêtent là. — Les éditions
de la seconde classe contiennent tout cela et, en outre, de copieuses
additions comprenant la curieuse Supplicatioii du Banni de liesse,
plus vingt-cinq à trente pièces de vers, ballades pour la plupart,
parmi lesquelles toutes celles relatives à la Bretagne. Voici la nomen-
clature des éditions du xv^ siècle partagées entre ces deux classes.
A. — Éditions qui ne comprentient point la Supplication
ni les Additions.
i. — 4493. Première édition, imprimée à Nantes par Etienne Lar-
chier. — Un exemplaire sur vélin à la Bibliothèque nationale, un
second sur papier dans le même dépôt (Réserve, Ye. 284-282), un
à la bibliothèque Sainte-Geneviève, un exemplaire incomplet à la
1. Voir plus loin ce que nous disons de la seconde édition de Mescliinot
donnée par Etienne Larchier en 1494. Le Supplément au manuel du libraire,
publié en 1878 par P. Deschamps et G. Brunet (1, col. 1017) signale deux édi-
tions non mentionnées dans le Manuel, savoir : 1° une édition sans date (com-
mencement du xvi° siècle), donnée à Lyon par Olivier Arnoullet; '1° une autre
donnée à Paris, de 1511 à 1520, par la veuve de Jean Trepperel et par Jean
Jeiiannot. — Les autres éditions de Meschinot dont parle le Supplément avaient
déjà été signalées par Jacques Brunet dans le Manuel.
636 JEAN MESCHINOT
bibliothèque du Mans. Voir sur celle édition Brunel, III, ^665;
Hain, n° M 100, et V Imprimerie en Bretagne au XV^ siècle (publiée
par la Société des Bibliophiles bretons), Nantes, 1878, p. 102-108.
2. — Sans date. Édition imprimée à Paris par Pierre Le Caron.
Très curieuse, parce que seule elle contient, au verso de son dernier
feuillet, l'épitaphe de Meschinot en vers donnant la date de sa mort
(voir Brunet, III, 1665-1666).
3. — Sans Ueu ni date. Édition portant la marque de Jean du Pré,
ce qui prouve qu'elle a été imprimée à Paris vers la fin du xv® siècle
(Brunet, III, 1666). — Un exemplaire à la bibliothèque de l'Arsenal,
coté [olim] B. L. 8410.
4. — Sans date. Édition portant la marque de Le Petit Laurens,
imprimeur à Paris vers la fin du xv^ siècle (Brunet, III, 1667). —
Un exemplaire à la Bibliothèque Nationale, coté Réserve Ye 285;
un autre exemplaire à la bibliothèque de Nantes, coté n" 25443.
5. — Sans date. Édition portant la marque de Martin Havart,
imprimeur à Lyon^ (voir Brunet, III, 1667, et Silvestre, Marques
typographiques, n° 193).
6. — Sans date. Édition avec la marque et le nom de Jacques
Arnollet, imprimeur à Lyon^ (Brunet, III, 1667, et Silvestre, n°' 290
et 1053).
B. — Éditions contenant la Supplication et les Additions.
Ce complément de la première édition de Meschinot est annoncé,
dans les éditions qui le possèdent, par ces mots :
S'ensuyvent les nouuelles Additions. Sensuyt vue Supplication
que fist ledit Meschinot au duc de Bretaigne, son souuerain sei-
gneur.
7. — 1494. Édition imprimée à Nantes par Etienne Larchier. —
Cette édition est certainement la seconde des œuvres de Meschinot;
elle fut donnée par le premier éditeur, et elle contient déjà toutes les
Additions, en un mol le Meschinot complet. — Il semble bien douteux
que les éditions ci-dessus, n"" 2 à 6, données à Paris et à Lyon,
1. Le Supplément au Manuel {l, lOIG-1017) signale une édition portant « sur
le titre les lettres M. H., initiales d'un nom de libraire qui reste inconnu. »
C'est évidemment celle-ci.
2. Celte édition diffère de celle mentionnée dans le Supplément, au Manuel
(I, 1017), donnée aussi à Lyon par uu Arnollet ou Aruoullet, mais qui avait pour
prénom Olivier.
SA VIE ET SES œUVRES. 037
puissent être antérieures à celle-ci, encore bien qu'elles n'aient pas
les Additions que celle-ci contient. Cette seconde édition semble avoir
été peu répandue, et plusieurs des imprimeurs de Paris, nantis de la
première, se bornèrent probablement à en reproduire le texte, sans
avoir connaissance de la seconde.
Cette édition de U94, donnée par Larcher, premier imprimeur de
Nantes, a été longtemps inconnue des bibliophiles. Brunet n'en soup-
çonne pas Fexistence; c'est M. Claudin, le savant libraire, infatigable
chercheur et si heureux découvreur de trésors et de raretés biblio-
graphiques, qui l'a le premier signalée et décrite en ^87S, dans 17m-
inimerie en Bretagne au XV^ siècle (citée ci-dessus), p. -f09-'H3.
Elle est parfaitement distincte de celle de Larcher de -1493, puisque
celle-ci ne contient pas les Additions. — L'unique exemplaire qu'on
en connaisse a été, on peut dire, déterré par M. Claudin à la biblio-
thèque de Chambéry, où il gisait sous le n** 2738.
8. — -1495. Édition imprimée à Paris, par Philippe Pigouchet
pour Simon Vostre (Brunet, III, ^668•, Hain, n° 1 1 10^). Un exem-
plaire à la Bibliothèque Nationale, coté Réserve Ye ^8i3.
9. — -1499. Autre édition, imprimée à Paris par Philippe Pigou-
chet pour Simon Vostre (Brunet, III, -J668; Hain, n° \\\(S2).
■10. — ^499. Édition imprimée à Paris, par Jean Trepperel (Bru-
net, m, -1668). Un exemplaire à la bibliothèque de Nantes, sous le
n° 25444.
III.
Manuscrits de Meschiivot.
Il existe, dans le fonds français de la Bibliothèque Nationale, deux
manuscrits contenant des poésies de Meschinot.
L'un porte le n° 2206 (anc. Baluze) ; je ne l'ai pas vu; je crois qu'il
n'est pas complet et ne contient que les ballades.
L'autre, sous le n» 24314, semble complet et débute par les
Lunettes des princes. L'écriture m'a paru de la fin du xv^ siècle.
Le premier feuillet est occupé par une belle peinture allégorique se
rapportant aux douzains 28 à 31 des Lunettes et nous montrant le
domicile, c'est-à-dire l'âme du poète, envahi par ses cruels ennemis,
Langueur, Fureur, Couroux, Paine, Soulcy, Desespoir. Au bas de
cette peinture est l'écusson des Malet de Graville : de gueules, à
trois fermaux d'or. — Trois autres pages de ce manuscrit (fol. \ 5 r°,
638 JEAN MESCHTNOT, SA VIE ET SES ŒUVRES.
22 v" et 27 v°) avaient été réservées pour recevoir des peintures du
même genre qui n'ont pas été exécutées; mais les deux dernières ont
des encadrements d'architecture tracés à la plume-, la première
(fol. ^5r'') est entourée d'une riche bordure peinte, formée de fleurs
et de fruits, d'oiseaux et de rinceaux très élégants.
Le temps m'a manqué pour coUationner ce manuscrit avec les édi-
tions. Si jamais l'on tentait une réimpression totale ou partielle des
œuvres de Meschinot, le texte devrait être établi sur ce manuscrit,
combiné avec les éditions princeps d'Etienne Larcher ou au moins
avec celle d'Etienne Larcher de -1493, et, pour les Additions, l'édi-
tion de Pigouchet de ^49o, qui existent l'une et l'autre à la Biblio-
thèque Nationale.
A. DE LA B.
UNE PRETENDUE
SIGNATURE AUTOGRAPHE D'IVES
ÉVÊQUE DE CHARTRES.
Dans le dernier numéro du Bulletin du Comité des travaux
historiques^, M. l'abbé Métais a publié une étude sur une charte
récemment découverte aux Archives d'Eure-et-Loir. Par cette
charte, un évêque, nommé Ives, abandonne à l'abbaje de Saint-
Père de Chartres tous les droits qu'il avait, ainsi que l'archidiacre
et le doyen de son chapitre, sur l'église de Planches, sise au dio-
cèse de Sées^. Ce document, dont l'authenticité est certaine, a son
principal intérêt dans la signature autographe que l'évêque a tra-
cée d'une main tremblante au bas du parchemin. Suivant M . Mé-
tais, cette signature serait celle d'Ives de Chartres, l'un des écri-
vains les plus célèbres du moyen âge, et cette simple ligne serait
le seul autographe qui nous soit parvenu de l'illustre prélat. Ce
fait a paru assez intéressant pour qu'on jugeât l'acte tout entier
digne d'être reproduit en héliogravure^.
A première vue, l'écriture de la charte semble dater d'une
époque antérieure à celle où vivait Ives, qui fut évêque de
Cliartres de 1090 à 1115. M. Métais paraît avoir été lui-même
frappé du caractère archaïque de cette écriture, car il suppose
que c'est l'œuvre « d'un scribe âgé sans doute et fidèle à l'an-
« cienne école ^ »
Une autre remarque fait naître des doutes plus sérieux sur la
date attribuée à cet acte par M. Métais. Il est étrange, en effet,
1. Bulletin hhtorique et philologique, année 1894, p. 524-536.
2. Planches, Orne, arr. d'Argentan, cant. du Merlerault.
3. Livre cité, pi. IV.
4. Livre cité, p. 526.
640 UNE, PRÉTENDUE SIGNATURE AUTOGRAPHE
qu'un évêque de Chartres puisse disposer ainsi à son gré d'une
église située dans le diocèse de Sées, en dehors de sa juridiction,
et l'on ne s'explique pas quels droits pouvaient avoir sur cette
église le doyen et l'archidiacre du chapitre de Chartres. A aucune
époque du moyen âge le village de Planches ni quelque autre
domaine avoisinant ne fut en la possession du chapitre de Chartres.
Si l'on observe en outre qu'une déchirure du parchemin a fait
complètement disparaître le nom de la cité dont était évêque Ives,
le donateur de l'église de Planches, on est amené à se demander
si le document publié par M. Métais émane bien réellement du
fameux Ives de Chartres.
Depuis le milieu du xf siècle environ, les moines de Saint-
Père jouissaient d'une partie des revenus de l'église et du village
de Planches, en vertu d'une donation à eux faite par Guimond,
seigneur de Moulins ^ La charte de Guimond avait été confirmée
par l'évêque de Sées, qui s'appelait alors Ives de Bellesme^.
N'est-il pas dès lors tout naturel de croire qu'Ives de Bellesme est
lui-même l'auteur de la charte éditée par M. Métais? Tout con-
corde à prouver ce fait.
On comprend aisément qu'Ives, évêque de Sées, ainsi que les
chanoines de sa cathédrale, et en particulier l'archidiacre et le
doyen, aient pu se dessaisir de leurs droits sur une église qui
appartenait à leur diocèse. D'autre part, Ives déclare que ses cha-
noines et lui font cette donation à l'abbaye de Saint-Père à la
condition que les moines les feront participer à leurs prières et à
leurs bonnes œuvres. Puis, tout au bas de l'acte, après les signa-
tures, on lit ces mots, en partie effacés par l'humidité : Pateat
cunctis ecclesie fidelibus quonia7n sicut... Sagiensis eccle-
sie in orationibus monachorum... Cette phrase, bien qu'elle
soit incomplète, a un sens assez clair. En retour des prières qu'ils
ont demandées aux religieux de Saint-Père, l'évêque et les cha-
noines de Sées s'engagent à prier pour les moines. Il y a là une
sorte d'association spirituelle entre l'église de Sées et l'abbaye de
Saint-Père.
Un certain nombre de prêtres et de chanoines ont souscrit la
charte de l'évêque Ives, et l'étude de ces souscriptions démontre
1. Moulins-la-Marche, Orne, arr. de Morlagnc, ch.-l. de canl.
2. nanc cartam... roborandam Iradidi episcopo nostro Ivoni [Cartul. de
Saitit-Père, p. 146).
d'iVES, ÉVÊQUE de CHARTRES. 644
que nul d'entre eux n'appartenait au clergé chartrain. On possède
une grande quantité d'actes passés sous l'épiscopat d'Ives de
Chartres et où figurent fréquemment les dignitaires du chapitre.
Or, jamais ces actes n'ont révélé l'existence ni de l'archidiacre
Normand* ni de l'écolâtre Roger. Les documents où apparaissent
Ives de Sées et les chanoines de sa cathédrale sont au contraire
fort rares. Néanmoins, on trouve à Sées à cette époque un archi-
diacre du nom de Normande Orderic Vital nous apprend que
Normand, avant d'entrer dans les ordres, avait eu un fils appelé
Jean. Dans la suite. Normand devint doyen du chapitre de Sées;
il légua alors sa charge d'archidiacre à son fils Jean, qui, ayant
été lui-même élu évêque de Lisieux, se démit de son archidiaco-
nat en faveur de son neveu ArnouP. L'office d'archidiacre de Sées
était pour ainsi dire héréditaire dans la famille de Normand.
De ce qui précède, je conclurai qu'il faut rayer de la liste des
archidiacres et écolâtres de Chartres et restituer au diocèse de
Sées les noms de Normand et de Roger.
Une erreur plus grave que la précédente résulte de la confusion
que M. Métais a faite entre Ives de Chartres et Ives de Sées. —
La charte relative à l'église de Planches n'est point datée. Pour
déterminer l'époque à laquelle elle fut rédigée, on est donc obligé
d'avoir recours à d'autres indices. L'abbé de Saint-Père, Hubert,
qui est mentionné dans cette charte, fut élu par les moines en
1070^; mais il ne resta pas longtemps à la tête du monastère;
dès 1071 ou 1072, il fut déposé par l'évêque de Chartres, Arrald^.
En 1077, Hubert reprit le gouvernement de l'abbaye de Saint-
Père ; mais il dut, l'année suivante, abandonner de nouveau et
pour toujours sa dignité. On ne s'expHque pas, par conséquent,
comment Hubert pourrait figurer comme abbé de Saint-Père dans
1. On connaît quinze archidiacres du diocèse de Chartres sous l'épiscopat
d'Ives, de 1090 à 1115. Ce sont : André, Ansgerlus, Arnaud, Eudes, Foulques,
Gautier, Goslin, Guerri, Guillaume, Landri, Milon, Raimbaud, Robert, Seran-
nus et Simon. Il est présumable que cette liste est complète.
2. Cf. Cartulaire de Marmoutier pour le Perche, publié par M. l'abbé Bar-
ret, dans les Documents sur la province du Perche. Mortagne, 1895, p. 22.
3. Orderic Vital, édit. de la Soc. de l'hist. de France, IV, 274.
4. Cf. Cartul. de Saint-Père, p. 210, charte du 12 mai 1070 : dum viveret
Huberius, abbas a nobis electus. — Les dates que j'adopte au sujet de l'abba-
tiat d'Hubert n'ont pas encore été établies d'une façon certaine. Leur détermi-
nation demanderait à être l'objet d'une étude spéciale.
5. Voir Cartul. de Saint-Père, ibid.
642 UNE PRETENDUE SIGNATURE AUTOGRAPHE
un document où apparaîtrait Ives de Chartres, qui ne devint
évêque qu'en 1090. Pour résoudre cette difficulté, en réalité inso-
luble, M. Métais a été forcé de supposer qu'Eustaclie, successeur
d'Hubert, peu favorable à Ives de Chartres, aurait été à son tour
déposé par ce prélat en 1090; qu'Hubert serait alors revenu
comme abbé à Saint-Père; puis qu'en 1093 ledit Hubert aurait
été expulsé pour la troisième fois et aurait dû céder sa charge
à Eustache. Malheureusement toutes ces hypothèses ont pour
unique fondement l'acte concernant l'êghse de Planches \ et elles
tombent devant ce fait qu'il n'est point question dans cet acte
d'Ives de Chartres, mais bien d'Ives de Sées.
La véritable date du document publié par M. Métais est assez
facile à établir. Hubert devint abbé de Saint-Père vers le mois de
mai 1070; d'autre part, Ives, évêque de Sées, mourut au plus
tard le 12 avril 1072 2. C'est donc entre 1070 et 1072 que cette
charte fut rédigée.
En terminant, je ferai une remarque au sujet de la signature
autographe de l'évêque Ives. Cette signature, comme je l'ai déjà
dit, est tracée d'une main tremblante. On aurait peine à croire
qu'en 1092 Ives de Chartres, dans la force de l'âge, alors qu'il
dictait journellement des lettres où se manifeste pleinement son
grand talent d'écrivain, ait mis tant de maladresse à transcrire
simplement son nom. La main hésitante qui a formé ces caractères
indécis devait être celle d'un vieillard. Or, on sait qu'Ives, évêque
1. M. Métais cite une autre charte du Cartulaire de Saint-Père (p. 147), que
les éditeurs ont datée de 1077 et qui, selon lui, serait de l'année 1092, charte
dans laquelle Hubert apparaît avec le titre d'abbé. Cette charte est ainsi datée :
Actum Plancis, publiée, vivenie Willelmo, invictissimo Normannorum duce
Anglorumqite rege; in Francia vero régnante serenissimo rege Philipo; indic-
tioneXV. L'indiction XV convient également aux années 1077 et 1092. En 1077,
Philippe 1" était roi de France et Guillaume le Conquérant roi d'Angleterre et
duc de Normandie. M. Métais prétend, il est vrai, qu'en 1092 Philippe 1" était
aussi roi de France et que Guillaume le Roux avait alors succédé à son père,
Guillaume le Conquérant; mais il ne remarque pas que, si Guillaume le Roux
était bien en 1092 roi d'Angleterre, il n'était point duc de Normandie. D'où il
résulte d'une façon certaine que ta charte en question n'est point de 1092, mais
de 1077.
2. Le jour de la mort d'Ives de Sées est connu par urf extrait du nécrologc
de Saint-Martin de Sées ainsi conçu : II idus aprilis, ohiit Ivo, episcojms
Sagiensis (Bibl. nat., ms. lat. 13818, fol. 210 V). Robert, successeur d'Ives, est
signalé pour la première fois en 1072, époque où il assista au concile de Rouen
(cf. Orderic Vital, édit. de la Soc. de l'hist. de France, II, 238).
D IVES, EVÈQCE DE CHARTRES. 643
de Sées, appartenait à la puissante famille des seigneurs de Bel-
lesme : il survécut à ses trois frères et à ses neveux et hérita
après leur mort, vers 1050, de la seigneurie de Bellesme. Il est
donc légitime de supposer qu'en 1070 Ives était parvenu à un
âge très avancé.
Une étude attentive de la charte originale d'Ives de Sées m'a
permis de combler la plupart des lacunes qui se remarquent dans
la transcription qu'en a donnée M. Métais. C'est pourquoi il ne
m'a pas semblé inutile de rééditer ce document.
René Merlet.
-1 070-^072. — Abandon à V abbaye de Saint-Père de Chartres par
Ives, évêque de Sées, de tous les droits qu'il avait, ainsi que
l'archidiacre et le doyen de son chapitre, sur l'église de Planches^
In nomine sanctae et indi[viduae Trinilajtis, Patris et Filii et Spi-
ritus Sancti. Ego Ivo, licet indignus, [Dei gratia Sagiensis] presul,
saluLi animae meae providens, omniuraque antecessorum meorum
[episcoporum] sci[licet predictae sedis] animarum remedio aiiquantis-
per intendens, necnon et futurorum [ejusdem sedis presulum] utilitali
cum quadam diligentia consulens, atque canonicorum noslrorum
proficua non negli[gens], dona[tion]e directa do ac de mea poteslate
in suam trado Sancto Petro Garnotensis ennobli, per deprecalionem
Huberti, abbatis ipsius cçnobii, et raonachoruni ejus, ut participes
orationum et beneficiorum suorum ego quidem et prenominati esse
possimus, çcclesiam Plancarum c[um ejus] parr[ochia], illud videli-
cet quod episcopali officie et archidiacono et decano attingere [vide-
tur], ita ut ab hodierna die usque in senpiternum, et totius hujus-
cemodi debit[is expjers et libéra, nulli inde prorsus respondeat.
Sacerdos quoque dictae çcclesiae, si forte unquam, ut fit, aliquomodo
delique[rit, nec] episcop[usnecar]ch[idiacon]us[mf7e] eum présumât
justificare, set abbas et monachi suppradicti cçnobii secundum
raodum culpae in eum extendant correptionis mensuram. Si quis
autem, [quod] absit, [instinctu] cupiditatis excecatus, hoc largitionis
[nostre] donum, pontificali auctoritate confirmatum, [unqujam dero-
1. Les mots imprimés en italiques sont ceux dont la restitution n'est pas
certaine.
64/| DNE PRÉTENDUE SIGNATURE DOIVES, e'vÊQOE DE CHARTRES.
gando vio[lare presumpserit, cum Juda traditore] eL his qui Dominum
[Ghristu]m crucifixerunt, eadem maledic[Lione et anjathemalis sen-
tentia feriatur, donec, satisfact[ioiîi]s [cojrreptione peracta, resipi-
scat. Ut autem ratum sit hoc nostrum holigraphum, manu propria
subter[firmare stujdui [manibus]que ciericorum nostrorum atque
fidelium (nostrorum') roborandum tradere decrevi.
SiNUM IVONIS EfpISCOPI. ^
Videlicet testificantibus Rogerio, scolarum magistro, Hugone,
capellano, Normanno, archidiacono, Sigefrido, Warino, fratre Nor-
manni, et Warino, custode..., Rotberto, canonicis; Witdone, sacer-
dote,... Willelmo, Hetbrado et Corbellino, Frolendo, Sancti P[etri
monachis].
Pateat cunctis çcclesiç fidelibus quoniam, sicut... Sagiensis çccle-
siç in orationibus monachorum...
(Original en mauvais état. Archives d'Eure-el-Loir, H. 531.)
1. Ce mot est cxponctué sur l'original.
NOTES
SUR QUELQUES MANUSCRITS
DU BARON DAUPHIN DE VERNA.
Les lecteurs de la Bibliothèque de V École des chartes
accueilleront, je l'espère, avec intérêt et indulgence des notes
prises à la hâte sur une des plus importantes ventes de manus-
crits auxquelles il m'ait été donné d'assister.
Le 16 octobre dernier arrivaient à Paris les premiers exem-
plaires du catalogue d'une vente de livres à laquelle un libraire
de Lyon devait procéder le lundi 4 novembre et les dix jours sui-
vants. Il était intitulé : Catalogue de VimpoyHante et remar-
quable bibliothèque de feu M. le baron Louis-Marie-Fran-
çois Dauphin de Verna, de Crémieu (Isère) : tnanuscrits sur
peau de vélin, des VII% VHP, XP, XIP, XIIP, XIV%
XF% XV F siècles ; livres d'heures avec iuiniatures ; manus-
crits historiques précieux lyonnais, foréziens, dauphinois
et autres; 132 incunables du XV^ siècle et gothiques en
tous genres... Lyon, à la librairie ancienne de Louis Brun,
1895. In-8° de vi et 228 pages, comprenant 1503 articles
(n°^ 1-1150 pour les livres imprimés ; 1151-1233 pour les auto-
graphes; 1234-1502 pour les manuscrits et pièces d'archives;
1503 pour un ancien cabinet en ébène).
Quel bibliophile serait resté insensible à la vue d'un titre rem-
pli de tant de promesses, et à la lecture d'une préface où étaient
brièvement exposés l'origine et le caractère des collections de la
famille Dauphin de Verna ?
Je m'empressai donc de parcourir le catalogue de cette biblio-
thèque, et je constatai que les termes pompeux du titre n'avaient
rien d'exagéré. Entrebeaucoup d'articles, je remarquai le suivant.
646 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
N° ^233. Manuscrit du vii^ siècle. Libri Deuteronomici, Josue et
Judicum. — Le commencement du Deutéronome manque et le livre
des Juges au chapitre xx, verset 3^. — Plusieurs feuillets raccom-
modés, tachés. Grand in-quarto, de -172 pages, à trois colonnes.
Manuscrit sur vélin, en lettres onciales moyennes. Belle reliure
moderne, maroquin noir, filets et compartiments, dos et milieux
ornés, tranches dorées. (Messier.)
Je ne sais comment l'annonce d'un texte biblique, écrit sur
trois colonnes, en lettres onciales et commençant par la dernière
partie du Deutéronome, réveilla dans mon esprit le souvenir de
ce fragment d'une antique version latine de la Bible, au sujet
duquel un certain bruit se fit en 1878 quand j'en signalai l'exis-
tence de 64 feuillets dans la bibliothèque de Lyon^ en 1880
quand, à titre purement gracieux, j'en obtins du comte d'Ash-
burnham la restitution de 80 feuillets jadis volés par Libri ', et
surtout en 1881, quand M. Ulysse Robert eut publié cette savante
et somptueuse édition du Pentateuque de Lyon^ dont les mérites
ont été appréciés avec tant de justesse et de compétence par
M. Gaston Paris ^
Impatient de vérifier si je n'étais pas le jouet d'une illusion, je
m'adressai à M. Louis Brun, dont l'obligeance m'était bien con-
nue. Il acquiesça à ma demande avec une bonne grâce dont je ne
saurais assez le remercier, et dans la journée du 20 octobre je
pus examiner à loisir dans mon cabinet une dizaine de manus-
crits qu'il avait bien voulu, d'après mes indications, m'envoyer
en communication.
L'un des premiers manuscrits que j'ouvris en déballant la
caisse arrivée de Lyon fut celui qui figure au catalogue sous le
n° 1235. Je n'en eus pas plus tôt vu une page que, sans une
minute d'hésitation, j'acquis la certitude que j'avais entre les
mains une partie du volume dont la bibliothèque de Lyon possé-
dait déjà 144 feuillets^.
1. Bibliothèque de l'École des chartes, 1878, t. XXXIX, p. 421-431.
2. Jbid., 1880, t. XLI, p. 304-307.
3. Pentateuchi versio latina antiquissima e codice Lugdunensi... Paris,
1881, in-4°.
4. Journal des savants, année 1883, p. 276-288 et 386-399.
5. La même idenlificalioa fut faite par notre confrère M. Th. Dufour, direc-
teur de la bibliothèque de Genève, qui voulut bien m'en avertir le 7 no-
vembre. — En Angleterre, le comte de Crawford, sur le vu du catalogue de
1)D BAROX DAUPHIN DE VERNA. 647
Je fis part de ma constatation à M. Caillemer, qui veille avec
une sollicitude si éclairée sur les destinées des bibliothèques de
Lyon. Nous résolûmes de réunir et de combiner nos efforts pour
assurer la possession de ce précieux manuscrit soit à la ville de
Lyon, soit à la Bibliothèque nationale. Il fallait à tout prix empê-
cher de sortir de France un débris de l'antiquité chrétienne qui
est pour nous un titre de gloire, comme l'a proclamé Ernest
Ranke, dans une ode en strophes saphiques inspirée parla décou-
verte des feuillets lyonnais en 1878 :
Spemque alens certam fore ut inde priscœ
Gallise perstans honos augeatur,
Quse monumenta
Talia erexit fîdel ' . . .
C'était le mercredi 13 novembre que ce manuscrit devait être
mis aux enchères. Mais, de son côté, l'administrateur de la biblio-
thèque de Lyon, M, Desvernay, avait compris quel intérêt la
ville de Lyon avait à rentrer en possession d'un morceau de son
vieux patrimoine littéraire. Il ne craignit pas d'engager sa res-
ponsabilité en ouvrant de son chef avec les représentants de la
succession du baron Dauphin de Verna des négociations qui
aboutirent, la veille de la mise en vente, à la cession amiable de
ce précieux manuscrit, pour une somme très modérée. C'est là un
succès inespéré, qui fait grand honneur à M. Desvernay et dont
je l'ai vivement félicité, le lendemain 13 novembre, quand je revis
sur sa table, à l'entrée de la bibliothèque de Lyon, le volume
dont les destinées m'avaient causé tant d'inquiétude pendant les
trois semaines précédentes. Ma joie fut d'autant plus vive que
j'appris en même temps que toutes facihtés seraient données à
M. Ulysse Robert pour préparer le complément du beau travail
publié par lui en 1881.
Après avoir annoncé cet événement, je dois présenter telles
vente, devina le rapport qui existait entre le n° 1235 et le manuscrit connu sous
le titre de Pentateuque de Lyon; il voulut bien me faire part de ce rapproche-
ment dans une lettre du 8 novembre, que je garde comme un témoignage de la
perspicacité et de la courtoisie du noble lord.
1. Cette ode, que le frère de l'illustre Léopold de Ranke m'a fait l'honneur de
m'adresser, est imprimée aux p. 101-104 d'un petit volume intitulé : Ernesli
Ranke, professons theologix Marburgensis, Rhythmica... Vindobonse, 1881,
petit in-8° de 128 pages.
648 NOTES SUR QUELQUES MAXUSCRITS
quelles les notes que j'ai prises sur une vingtaine de manuscrits
de la collection qui vient d'être dispersée et dont heureusement
les articles les plus importants sont entrés à la Bibliothèque
nationale.
I.
Fragment d'une antique version latine de la Bible. —
Deutéronome. Josué. Juges. Ruth. [N"" 1235 de la vente.) —
Entré à la bibliothèque de Lyon.
Volume de 88 feuillets de parchemin. Mêmes dimensions et
même justification que les 144 feuillets conservés à Lyon, sous le
n° 329 du Catalogue de Delandine. Écriture onciale du vf siècle,
disposée sur trois colonnes.
Les 88 feuillets dont ce volume se compose forment onze cahiers
portant les signatures xxviii-xxxviii. Ils font immédiatement
suite aux feuillets précédemment possédés par la bibliothèque de
Lyon et dans lesquels on trouve les signatures m, v-viiii, xii-
XVII, xviiii-xxvii. La dernière page du cahier xxvii se termine
par les mots : et perdidit illos Dominus usque ; la première
page du cahier xxviii commence par les mots : in hodiernum
diem. Réunissons les deux textes, nous aurons le membre de
phrase et perdidit illos Dominus usque in hodiernum diem,
lequel correspond à la dernière ligne du verset 4 du chapitre xi
du Deutéronome dans nos bibles modernes : et deleverit eos
Domi7ius usque in prœsentem diem. Jamais raccord ne s'est
fait avec une exactitude plus rigoureuse.
Il me paraît impossible de déterminer à quelle époque les
cahiers xxviii-xxxviii ont été séparés des cahiers précédents.
Ce qui est certain, c'est que la bibliothèque municipale de Lyon
ne les possédait pas lors du voyage en France du docteur Fleck.
Celui-ci, dans la relation de son Voyage scientifique, publié à
Leipzig de 1835 à 1838, a soigneusement relevé les rubriques de
la portion du manuscrit alors conservée à Lyon : Eœplicit Gene-
sis. Incipit Exodus. Eœplicit liber Exodus. hicipil Levi-
ticum. Explicit Leviticum. Incipit liber Numeri. Explicit
liber Numeri. Incipit DeuteronomiumK II n'a point vu les
1. Ferdinand! Florentis Flecki prof. Lips. Anecdota maximam partem sacra
DU BARON DAUPHIN DE VERNA. 649
rubriques : Explicit Deuteronomium. Incipit liber flli Jesum
Nave. Explicit liber Jesum Nave. Incipit Judicum, qui se
lisent dans la portion du manuscrit recueillie par M. Dauphin de
Verna. Il y a plus. Fleck a formellement déclaré que le manus-
crit examiné par lui s'arrêtait aux mots par lesquels il se termi-
nait quand j'en ai rendu compte en 1878. Voici les paroles mêmes
du savant professeur de Leipzig : « Finis Codicis lacunosi : Illius
quemadmodmn delusit aqua maris rubri in faciem illorum
dmn consequerentur post vos, et perdidit illos dominus
usque. »
Dans les 88 feuillets du manuscrit de M. Dauphin de Verna,
nous avons sans aucune lacune la fin du Deutéronome, le livre
de Josué et les vingt premiers chapitres des Juges. En voici les
premières et les dernières lignes, avec les rubriques qui séparent
les livres :
Fol. 1. IN HODIERNUM DIEm
ET QUAECUMQUE
FECIT VOBIS IN DESER
TIS DONEG PERVENIS
TIS IN LOCUM HUNC
ET QUANTA FECERIT
DATHA ET ABIRON FI
LIUS ELIAB FILIUS RU
BEN QUOS APERIENS
TERRA OS SUUM DEVO
RAVIT ILLOS
Fol. 30. EXPLICITA
DEUTERONOMIUM
INCIPIT LIBER
FILI
lESUM NAVE
in itineribus italicis et gallicis collecta (Lipsiae, 1837), p. 206. Ce volume
forme la seconde partie du t. Il de l'ouvrage intitulé Wissenschaftliche Reise.
1. Dans cette rubrique les mots Explicit et Incipit sont en rouge, et les
mots Liber flli ont été ajoutés après coup.
^895 43
630 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
Fol. 59. EXPLICIT LIBER •
lESUM NAVE
INGIPIT lUDIGUM.
Fol. 88 \\ col. 3. ET EXIERUNT FILI BE Jud., XX, 31.
NIAMIN OVVIAM
POPULO ET EXTRAC
TI SUNT DE CIVITATE
ET COEPERUNT CA
DERE VULNERATI.
On remarquera les notes en beaux caractères minuscules,
tirant sur la cursive, qui ont été tracées sur les fol. 21, 23 v° et
46 ; et les gloses ou corrections, marquées en notes tironiennes
sur les fol. 69, 71 et 71 v".
Le morceau en écriture serai-onciale, ajouté sur les marges
des fol. 21 v°-23, est une leçon pour la fête de la Chaire de saint
Pierre : LEG. IN NATALE CATHEDRE SANCTI PETRI.
Les marges des foL 71 ¥"-75 ont été couvertes par le texte
complet du chapitre xxi du livre III des Rois, qui devait se réci-
ter à la cérémonie de la Tradition du Symbole aux catéchumènes :
IN TRA[DI]G10NE SYMBOLP. Lib[ro] Regum.
Tempore illo. Vinea erat Naboth lezrahelilae qui erat in Zrahel
juxta palatium Ahab régis Samariae...
... Sed in diebus fiUi sui inferam malum domui ejus. Finit.
Je dois me borner à ces brèves indications. Il faut laisser à
M. Ulysse Robert l'honneur de mettre en lumière le précieux
monument, qu'un heureux hasard vient de nous révéler. Ce
savant, qui nous a donné tant de preuves de son activité et de sa
critique, ne saurait tarder à compléter l'excellent volume qu'il a
publié en 1881 sous le titre de : Pentateiichi versio latina
antiquissima e codice Lugdunensi. Toutefois, le manuscrit
dont nous parlons ne devra plus être considéré comme un Penta-
1. La première et la dernière ligne de cette rubrique sont en rouge.
2. Voyez les textes cités dans le Glossaire de Du Gange, au mot Symbolum
accipere, éd. Didot, t. VI, p. 468.
DD BARON DAUPHIN DE VERNA, 65^
teuque^ : on sait aujourd'hui qu'outre la Genèse, l'Exode, le
Lévitique, les Nombres et le Deutéronome, il contenait Josué et
les Juges. Il faut y voir au moins un heptateuque, peut-être le
premier volume d'une Bible complète.
II.
Fragment d'un très ancien exemplaire de la Vulgate. —
Deutéronome, Josué, Juges, Ruth. (N" 1234 de la vente.) —
Acquis pour la Bibl. nat., ms. latin 1740 des Nouv. acq.
Volume de 236 feuillets, cotés 1-27, 21 bis, 28-81, Si bis,
82-94, 94 &w, 95-233, lesquels sont répartis en 31 cahiers, por-
tant les signatures [leJ-lxxii, k^, lxxiii-[lxxxi] 3. Hauteur des
feuillets, 330 millimètres ; largeur, 250. Ecriture à deux colonnes,
de 23 lignes à la page. Hauteur de la colonne, 250 millimètres ;
les plus longues lignes ont 87 millimètres. Grosse écriture onciale
très large et très régulière ; elle est enfermée entre deux lignes
tracées à la pointe sèche ; on la peut rapporter au viii® siècle. Le
cahier lxxvi, qui avait disparu à une date fort ancienne, a été
remplacé par une copie en grosse minuscule du ix*" siècle.
L'exécution du volume est très soignée. Les titres des livres
sont en grandes lettres capitales ou onciales, généralement tri-
colores (rouge, vert et lilas), — Le T initial de la préface du
livre de Josué (fol. 94 bis) est formé de trois poissons unis par la
tête. — Titres courants au haut des pages en petites capitales ou
onciales. — Les signatures des cahiers sont en forme de médail-
lons, comme dans le Grégoire de Tours en lettres onciales, venu
de la cathédrale de Beauvais (ms. latin 17654) ; on les trouve au
bas de la dernière page de chaque cahier.
1. C'est le docteur Fleck qui le premier a appliqué au manuscrit de Lyon la
dénomination de Pentateuque. Le fragment qu'il en a donné est intitulé : « Spé-
cimen codicis latini Pentateuchi triplicis columnee Lugdunensis italae vetus-
tissimse. »
2. J'ignore pourquoi le cahier qui contient le commencement du livre des
Juges, au lieu de porter, comme tous les autres, une signature en chiffres
romains, a été marqué de la lettre K.
3. Ont disparu ou ont été mutilées les signatures des cahiers LXV, LXXVI,
LXXX et LXXXI.
652 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
Fol. 1. INGIPIT LIBER HEL 1| LEADDABARIM || QVOD
GRAECE DICITVR DEVTERO || NOMIVM.
Haec sunt verba quae locutus || est Moyses ad omnem Isra || -
bel*. Il Trans Jordanem || in solitudine. . .
Fol. 94, col. 2. EXPLICIT HEL 1| LEADDABARIM || HOC
EST DE II VÏERONOMIVM.
Le fol. 94 v" est resté blanc.
Fol. Mbis. INCIPIVNT lOSVE BENNVN QVOD j] APPEL-
LAïVR LATINE lESV NAVE. || PRAEFATIO SANGTI
HIERONIMI DE IN || SEQVENTIBVS LIBRIS SIG.
Tandem flnita {sic) Pentatheuco Moy || se velut gran || di fae-
nore li || berati...
Fol. 96. EXPLIGIT PRAE || FATIO SANGTI || HIERO-
NOMI. Il INGIPIT LIBER || lOSVE.
Fol. 96 v°. Et factum est || ut post mor || tem Moysi ser || vi
Domini loque ^ || retur Dominus ad || Josue...
Fol. 161 v°. EXPLIGIT || lOSVE !l BENVN II QVOD EST ||
HIESVNAVE.
Entre les feuillets cotés 161 et 162 manque le feuillet qui con-
tenait le commencement du livre des Juges. Le fol. 162 débute
par ces mots du verset 9 du premier chapitre de ce livre :
« Ghananeum || qui habitabat || in montanis. »
Fol. 225. EXPLIGIT || SOPTHIM || ID EST || IVDIGVM.
Fol. 226. INGIPIT LIBER H RVTH.
Indiebus unius judicisquando^ H Judicesprae || erantfacta || est
famis in || terra...
La dernière page (fol. 233 v°, col. 2) s'arrête à ces mots du
verset 6 du chapitre IV de Ruth : « tu meo utere. »
Sur les marges et dans les entre-colonnes des feuillets qui con-
tiennent le Deutéronome, on a ajouté, en caractères minuscules
très élégants, pouvant remonter'au ix*" siècle, des commentaires
dont voici quelques exemples :
Fol, ^ v°. Sur les mois Sufficit vobis (Deut., I, 6) : Hoc etiam posl
adventum Salvaloris in aposloiis et ceteris predicatoribus qui ex
Judeis crediderant inpletum est, qui post, rellcla Judea, tamquam
1. Les trois premières lignes du texte sont en onciales rouges.
2. Ces quatre premières lignes sont en onciales rouges.
3. Première ligne en onciales rouges.
DU BARON DAUPHIN DE VERNA. 653
montem Sinai, admontem Amorreorum, populum videlicet genlium,
predicando transierit.
Fol. i \°. Sur les mots Revertimini et venite (Deut., I, 7) : Hoc
enim juxta historiam in illo priori populo impletum esse credimus,
figuraliter vero sub novo Testamento in apostolis et ceteris predica-
toribus conpletum fatemur : eorum quippe vox est in psalmo :
« Subjecit populos nobis et gentes sub pedibus nostris'. »
Fol. ^3. Sur les mots Docebis ea filios (IV, 9) : Lege in Exodo, et
ibi repperies quœ in hoc libro iterate sunt.
Fol. -14 \°. Sur les mots Sed delebit (IV, 26) : Hoc in Judeis imple-
tum quis non videat?
Fol. 44 v°. Sur les mots Cumque quxsieris (IV, 29) : Hoc erit in
novissimis diebus quando predicante Helia Judei in Ghristo credi-
derint.
Fol. 24. Sur les mots Crabronis (sic) mittet (VU, 20) : His^ cabro-
nes, id est vespas stimulos significant timoris atque tremoris.
Fol. Q\ . Sur les mots Non inirabit eunuchus (XXIII, i] : Hoc non
juxta litteram sed spiritaliter accipiendum est. Eunuchi quippe in
divina scriptura dupliciter accipiuntur : aliquando in bonampartem,
aliquando in mala[m]. Eunuchus istequi non intra ecclesiam Domini a
parte totum significat quosdam intra eclesiam [sic] effeminatos atque
vitiis suis résolûtes, qui, cum sint natura viri, carnali vitio enervati
velut femine efficiuntur. Quasi abciso veretro abet sacerdus [sic] stul-
tus qui per linguam suam semen verbi in corda audientium infun-
dere non valet, nec spiritales filios generare ; amputatis testiculis est
qui viriles sensus in interiorem hominem omni non abet; vel certe
ille abciso veretro est qui tempore persecutionis fidem quam corde
retinet oreprofiteri non prsesumit. El idcirco quicumque taies fiunt,
non a presenti eclesia, sed a futuro in perpetuum excluduntur.
Fol. 6-1. Sur les mots Non ingredietur mamzer (XXIII, 2) : Mam-
zer appellatur de fornicatione natus; significat Judeos incredulos
quos Dominus per Esaiam prophetam, sed arguens, dicil : « Vos
autem accedite hue, fîli auguriatrices [ùc], semen adulteri et forni-
cariœ^. » Hii enim non intrabunt eclesiam Domini per decimam
generationem, per justam videlicet legis, teste apostolo qui ait :
« Quia ex operibus legis non justiflcabitur omnis caro coram illo'. «
1. PS. XLVI, 4.
2. L'initiale de ce mot H paraît avoir été biffée.
3. Is., LVIl, 3.
4. Pauli ep. ad Galatas, ii, 16.
654 NOTES SDR QUELQUES MANUSCRITS
Sicut enira per manzer Judei, ila per AmanitasetMoabitidas heretici
atque scismatici accipiuntur, qui neque per legem neque per evan-
gelium, quem (sic) se recipere gloriantur, in eclesia sanctorum pro-
pter errorem suum introibunt.
Fol. 6^. Sur les mots Non faciès cum eis (XXIII, 6) : Catholicis
precipitur' ut cum hereticis omnino pacem vel concordiam non
habeant.
Fol. 77. Sur les mots Disperget te Dotninus (XXVIII, 64) : Mani-
festus sensus spiritalem inlellegentiam non indiget : universa enim
mala bec Judeis post Domini resurectionem accedisse quis dubitat?
Çà et là, dans les blancs de quelques pages, en marge ou en
interligne, se remarquent des notes, des signatures, le plus sou-
vent des essais de plume, datant de l'époque carolingienne. Voici
ce qui m'a paru digne d'être signalé :
Fol. 58, au haut de la page : Artoldus bonus omo.
Fol. 462 v°, en lettres serrées et très allongées : Autgarius istwn
librum legit.
Fol. 4 63, en lettres serrées et très allongées : Alimarus suscripsit.
Fol. 467 v°, nom écrit sur trois lignes : lus || ber \\ gir, c'est-à-dire
Girbertus.
Fol. 225 v°. Ad altare sancti.
— Mois écrits à rebours : siibeid n (In diebus).
— Ad altare sancti Stephani.
— Ad altare st.
— En caractères serrés et allongés :
Si deus est animus nobis ut carmina dicunt
... ibi precipue sit pura mente colendus.
Ce sont les deux premiers vers des distiques de Denis Caton.
— Rudol II tus II sancti Ste \\ fatii. ut sit in \\ motus
— Iste liber es Daniele cerice (sic) sancto.
— Iste liber est Damjele clerice sancti \\ Stephani episcopatus
bonum.
Fol. 23 f v°. Entre les deux colonnes : Orale pro illo qui is \\ tum
librum suscrip || sit, tercio kalendas \\ agustas, regnan || te Lottario
rege.
1. La première syllabe de ce mot est figurée par un p dont la queue est tra-
versée par un trait horizontal, comme si on avait dû écrire le mot percipitur.
DD BARON DACPHIN DE VEIINA. 655
Fol. 232. Entre les deux colonnes : Ego ll/lH/l/edone mémo \\ ria
suscripsit istum librum.
Les mots Sancti Stephani, qui reviennent plusieurs fois dans
ces notes ou essais de plume, me semblent un indice suffisant
pour déterminer l'origine du manuscrit. Ils désignent évidem-
ment une cathédrale placée sous l'invocation de saint Etienne, et,
comme le volume se trouve dans une collection en grande partie
lyonnaise, à côté de deux antiques manuscrits incontestablement
venus de Lyon, celui qui précède et celui qui suit, je n'hésite pas
à y voir un débris de l'ancienne bibliothèque de l'église de Lyon,
qui pendant plusieurs siècles eut saint Etienne pour patron.
m.
Livres V et VI des Commentaires de saint Jérôme sur
JÉRÉMiE. (N° 1236 de la vente.) — Acquis pour la Bibl. nat.,
ms. latin 602 des Nouv. acq.
Petit volume, format d'agenda. 87 feuillets, hauts de 250 milli-
mètres et larges de 145. Il consiste en onze cahiers, de 8 feuillets
chacun ; ces cahiers portent les signatures xxv-xxxii et xxxiiii-
[xxxvii], tracées au bas et dans l'angle droit inférieur de la der-
nière page. Ecriture semi-onciale du vi*" ou du vn® siècle. Des
titres courants en petites onciales se voient au haut de la der-
nière page de chaque cahier et au haut de la page du cahier sui-
vant. C'est ainsi qu'on lit au haut du fol. 24 V IN HIEREMIAM
PROPHETAM, et en haut de la page qui fait face, c'est-à-dire
au fol. 25 r°, LIE. V. La première ligne de chacun des deux
livres du Commentaire est en caractères rouges.
Fol. 1 . Quintus commenta riorum in Hieremiam liber a duobus,
frater Eusebi, calathis habebit exordium...
Fol. 47 v«. EXPL. LIE. V IN HIEREMIAM PROPHETAM.
INCIPIT LIE. SEXTVS.
Prolixitas voluminis Hieremiae prophetae vincit nostrum pro-
positum...
A la fin, fol. 87 v°. ... quando ad Cyri régis imperium rever-
sus est populus.
656 NOTES SDR QUELQUES MANUSCRITS
Le feuillet du manuscrit qui suivait et qui a disparu contenait
la fin du livre VI, c'est-à-dire les 27 dernières lignes de l'édition
deMigne (t. XXIV, col. 900).
Il y a une autre lacune dans le livre VI . Le cahier xxxiir, qui
a disparu et dont la place était entre les feuillets actuellement
cotés 64 et 65, renfermait la partie de ce livre comprise entre
les mots ut etiam aliis ignorantibus (Migne, t. XXIV, col. 879,
ligne 4) et les mots et dédisse pactum (ibid. , col. 884, ligne 10).
L'origine de ce manuscrit n'est pas douteuse. Tous les signes
matériels que ]y ai relevés, caractère de l'écriture, taille du
volume, place des signatures, disposition des titres courants, tous
ces signes je les ai notés', il y a une quinzaine d'années, dans le
manuscrit de la bibliothèque de Lyon qui a été enregistré par
Delandine sous le n° 397. Deux pages du ms. 397 ont été repro-
duites en héliogravure dans l'Album paléographique de la Société
de l'Ecole des chartes ; l'écriture en est identique avec celle du
manuscrit de la collection de M. Dauphin de Verna. Dans les
deux volumes on compte trente lignes à la page.
A ces indices matériels s'ajoute une considération qui n'est pas
moins décisive. Le manuscrit 397 de Lyon, dont les cahiers sont
signés i-xx, contient les trois premiers livres et le commencement
du quatrième livre du Commentaire de saint Jérôme sur Jérémie;
nous avons dans le manuscrit de M. Dauphin de Verna les livres V
et VI du même Commentaire. Il est donc hors de doute que les
deux manuscrits sont les deux parties du même exemplaire du
traité de saint Jérôme sur le prophète Jérémie. Entre les deux il
y a une lacune dont l'étendue est facile à déterminer; elle porte
sur les quatre cahiers signés xxi-xxiiii, qui contenaient la fin du
Commentaire, depuis les mots Non quod ignoret urbem Jéru-
salem exclusivement, lesquels mots sont dans la Patrologie,
vol. XXV, col. 810, ligne 15.
La reliure du manuscrit de Lyon prouve que la coupure du
volume en deux morceaux est antérieure au commencement du
xix'^ siècle. Les exemples d'anciens manuscrits dont les tronçons
se trouvent depuis longtemps partagés entre plusieurs biblio-
thèques sont très communs. Je n'en citerai qu'un exemple assez
curieux, récemment signalé par M. Richard Stettiner^. Le ms.
1. Voy. Notices et extraits des manuscrits, l. XXIX, part, ii, p. 385.
2. Die illmtrierlen Prudentiics ITandscfiriften (Berlin, 1895, in-S"), p. 1-10.
DC BARON DADPHIN DE VERNA. 657
latin 8318 de la Bibliothèque nationale contient (fol. 49-64) trois
cahiers d'un ancien exemplaire des poésies de Prudence ; il est
incomplet d'un double feuillet, qui, depuis plusieurs siècles, se
trouve égaré dans le ms. latin 596 du fonds de la Reine au
Vatican.
lY.
Partie du Commentaire de Cassiodore sur les Psaumes.
(N" 1255 de la vente.)
Sous le n° 1255 du Catalogue imprimé pour la vente se trouve
porté un bel exemplaire des Commentaires de Cassiodore sur les
psaumes LI-C. Il a été copié au xif siècle. Le catalogue annonce
un « Règlement du monastère de Fribourg, » qui aurait été
transcrit sur le dernier feuillet du volume. Il y a bien à cet
endroit un Ordre monastique, d'ailleurs incomplet, mais qui ne
s'applique nullement à un monastère de Fribourg. L'attribution
à Fribourg repose uniquement sur une faute de lecture. La pièce
est intitulée : « Incipit ordo qualiter in monasterio fra tribus reli-
giose ac studioseconversari oportet vel Domino militare, id ipsum
cotidie repetendo. » C'est le mot Fratribus, abrégé en Frib.,
qui a été pris pour une forme du nom de Fribourg.
V.
Sermons et commentaire sur le Cantique des cantiques.
(N° 1261 de la vente.)
Volume de 162 feuillets de parchemin, ... millimètres sur ...
Ecritures du xif siècle. Le volume est formé de deux parties bien
distinctes.
Première partie, fol. 1-123.
Fol. 1-67 v°. Recueil de sermons, dont le premier manque.
Commencement du sermon qui est sur le fol. 1 : « In principio
creavit Deus celum et terram. Celum significat summa, terra
658 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
ima, celum invisibilia, terra visibilia, celum spiritualia, terra
corporalia, celum angelos, terra homines, celum significatsurama,
invisibilia, id est angelos, et sublimitate positionis et excellentia
conditionis, sublimitate positionis quia cunctas visibiles et mate-
riales creaturas altitudine supercellit; excellentia autem condi-
tionis, quia res ceteras sui soliditate et quadam perpetuitate
precedit... »
Fol. 67 v''-123. Courtes explications symboliques et morales
sur divers passages de l'Écriture, avec des distinctions à l'usage
des prédicateurs. Premiers mots : « Beatus vir, etc. Hec est dif-
finitio viri justi, id est Christi. Hec tria removentur ab Adam ut
significantius Christo attribuantur, et per hec tria verba, scilicet
abiit, stetit, sedit, tria gênera peccatorum et mortuorum quos
Christus suscitavit significantur. . . »
Seconde partie, fol. 125-162.
Fol. 125-162. Commentaire sur le Cantique des cantiques, en
petits caractères de la fin du xif siècle. Premiers mots : « Trino-
mius Salomon juxta triplicem sapientiam très libros edidit. Chri-
stus enim qui est pax nostra... »
VI.
Martyrologe d'Usuard et documents relatifs a la
Chartreuse du Val-Saint-Hugon. (N" 1264 de la vente.) —
Acquis pour la Bibl. nat., ms. latin 1741 des Nouv. acq.
Volume en parchemin. 175 feuillets. 272 millimètres sur 180.
Écriture de la fin du xii' siècle ou du commencement du xiii%
sauf plusieurs pièces de la fin, qui ont été ajoutées dans le cours
du xiii° siècle.
La Chartreuse du Val-Saint-Hugon en Savoie S pour laquelle
a été fait ce volume, avait été fondée en 1173, comme l'indique
une note mise au haut du fol. 174 v° : « Hec heremus cepit inha-
bitari et construi anno ab incarna tione Domini M" C° LXX° IIP. »
1 . Sur cette Chartreuse, voyez Léon Le Vasseur, Ephemerides ordinis Car-
lusieiisis, t. IV, p. 103. (Monstrolii, 1892, in-4».)
■&
DD BiRON DAUPHIN DE VERNA. 659
Fol. 1-74. Martyrologe d'Usuard.
Fol. 74 v°. Liste des bienfaiteurs de la maison, dont l'anniver-
saire se célébrait solennellement le premier jour libre après la
Circoncision L
Fol. 75-77 v. Calendrier.
Fol. 78. Promesse de prières pour « Amedeus, episcopus Mau-
rianensis. »
Fol. 78. Règle pour trouver le jour de la Pâque.
Fol. 79-170 \\ Epîtres de saint Paul et épîtres canoniques.
Il y a plusieurs lacunes, dont la plus considérable est entre les
feuillets actuellement cotés 113 et 114. A cet endroit manquent
les deux cahiers qui portaient les signatures vi et vu.
Fol. 171. Note sur les reliques de la Chartreuse du Val-Saint-
Hugon.
Hee sunt venerande reliquiequas fidèles viri, qui optabant eas esse
in optimo loco, in que digne honore colerentur, ad honorem Dei,
detulerant domui Vallis Sancti Hugonis, usque ad annum incarna-
tionis Domini miliesimum ducentesimum octavumdecimum. Eodeni
enim anno, ad preces domni Martini prions, data est predicte domui
veneranda porLio ligni Domini, sexto kalendas raarcii...
Fol. 172-174. Listes des livres de la Chartreuse du Val-Saint-
Hugon au xiif siècle. Sur ces listes, assez confusément disposées,
on peut distinguer cinq groupes de notes qui sont reproduites
ci-dessous.
Fol. 174 v°. Note sur la date de la fondation de la Chartreuse
du Val-Saint-Hugon (voyez plus haut, p. 658) et de la Grande-
Chartreuse.
Fol. 175. « Domus ordinis Cartusie. » Liste dressée au
xm^ siècle et dont le premier et le dernier nom sont : « Cartusia
... Montis Meruli. »
Liste des bienfaiteurs de la Chartreuse du Val-Saint-Hugon ^.
Hii fuerunl benefaclores nostri :
Ugo Alti vilaris.
Umbertus prier Alti vilaris.
1. Cette pièce est publiée au bas de cette page.
2. Écriture du commencement du xiii« siècle, au fol. 74 v du manuscrit.
660 NOTES SDR QUELQUES MANUSCRITS
Paganus.
Poncius de Goflens.
Rainaudus episcopus Belicensis.
Stephanus episcopus Augustudunensis.
Poncius et Johannes priores Vallis Sanctse Mariée.
Bernardus de Rois.
Guarinus Gislamari.
Gaufridus de Chasta.
Desiderius de Triors.
Villelmus de Sancto Donato.
Eldinus.
Geraldus de Puleo.
Cornes Talifers et dux qui ei successit et uxor illorum.
Johannes de Gam[no\
Desiderius Lamberti.
Franco capellanus.
Provisator.
Uxor SofTredi et Paula uxor Burnonis.
Roslannus Terraciae.
Bartliolomeus et Marcona.
Raimundus de Buxeria, et Ugo filius ejus^.
Guigo de Thec^.
Ricliardus de Ghamma ', et filii ejus Aimo et Richardus.
Usanna, et Gecilia, et filius ejus Vitalis de Aqua Bella.
Lanlelmus, Gehennensis episcopus.
Terriens co'*. Silvae.
Geraldus co. Gart.
Gatberlus prior Durbonis.
Jordanis Aquœ Bellœ.
Petrus Tardis.
Petrus Andrese de Thés et uxor ejus.
Ugo Rufus, de Guncelino.
Abbas Sancti Theuderii.
Aimericus Villenchi.
1. Ce nom a été effacé.
2. Les mots et Ugo filius ejus ajoutés en marge.
3. Ce nom a été eflacé.
4. Chama, avec un signe d'abréviation sur la lettre m.
5. Ici et dans l'article suivant la syllabe co est surmontée d'un trait abré-
viatif. De même plus bas à l'article Guigo co. Silve.
DU BARON DAUPHIIV DE VERIVA. 66^
Lambertus, episcopus Mauriannensis, cujus obitum' facimus, et
frater ejus domnus Bernardus, archiepiscopus Tarentasie.
Villelmus capellanus de Tesio, qui fuit monachus de Domina.
Clarellus Aque Belle, et filius ejus Durandus.
Villelmus Boteri, et Hugo filius ejus.
Petrus Benedicti.
Arberlus, dominus de Turre, et Comitissa, uxor ejus.
Guifredus, dominus de Miolano, et Nantelmus, frater ejus.
Rodulfus Gairaudus de Alavardo.
Petrus Lamberti délia Pera.
Guigo, co. Silve.
Jocelmus de Petra.
Nantelmus de Grangiis.
Raimundus Lamberti de Alavardo.
Agnes uxor Villelmi Botheri.
Petrus de Gapella Alba^.
Johannes Bruinus.
Giraldus de Sancto Bartholomeo.
Villelmus Torencus.
Petrus Giroudi^.
Comitissa Beatrix, et filius ejus Thomas, comes Maurianne.
Petrus frater prions Gauterii ^.
Durandus Alamannus de Aqua Bella.
Bermundus del Mas.
Nantelmus prior Vilaris Benedicti .
Gristinus sacerdos de Lombins.
Hugo sacerdos de Laia.
Villelmus Guesilius de Acu.
Pro his et omnibus aliis benefactoribus nostris et pro illis in quo-
rum dominio fundatus est locus iste, statuimus ut semel in anno,
scilicet primo die post Gircuncisionem Domini quo fleri poterit, géné-
rale officium in eecclesia faciamus, unusquisque sacerdos, excepto
illo qui generalem cantavit, cantet unam privatam missam. Prima
oralio est Inclina, caeterae consuetse; ultima Omnipotem seïnpiterne
1. Le mot obitum, figuré par un 6.
2. Ce nom et le suivant sont biffés.
3. Nom eflacé.
4. Ce nom et le suivant sont effacés.
662 NOTES SDR QUELQUES MANUSCRITS
Deus qui vivorum. lUi autem qui non sunt sacerdotes l psalmos
dicant, et conversi ccc et xxx.
Listes des livres de la Chartreuse du Val-Saint-Hugon.
V. Anno ab incarnatione Ghristi M° GG° XXIIII" annotati sunt libri
Vallis Sancti Hugonis, et inventi sunt :
■f. Duo sermonarii refectorii.
2. Duo passionarii.
3. Moralia beati Gregorii super Job, in tribus voluminibus.
4. Item Moralia abbreviata.
5. Item Pastoralis.
6. Dialogus Gregorii.
7. Job glosalus.
8. Gregorius super lezechielera.
9. Distincliones ex dictis beati Gregorii.
^0. Quadragenarius.
^\. Psalterium Lombardi.
-12. Psalterium Giilaberti.
-13. Item psalterium glosatum.
H. Epistole Pauli Lombardi.
■15. Item epistole Pauli glosate.
-16, Item textus epistolarum Pauli.
M. Augustinus super epistolam Johannis apostoli.
^8. Item Enchcridion beati Augustini, et de diversitate sententia-
rum, in uno volumine.
•19. Duo volumina in quibus sunt donationes et empliones terra-
rum.
20. Item passionarius, in uno volumine.
2i. Ystoria abbreviata, in iiii" voluminibus,
22. Glose Pelri Gantoris super Vêtus Testamenlum.
23. Régula beati Benedicti et vita sancti Martini.
24. Aimo super Acocalipsim.
25. Vitas palrum.
26. Daniel glosatus, et Spéculum ecclesie, in uno volumine.
27. Glose super Jeremiam.
28. Sermones Pétri Lombardi, in duo volumina.
1. Cette liste est sur le fol. 173. Elle y a été cancellée de plusieurs traits de
plume. Quelques-uns des articles avaient été ajoutés après coup.
à
DU BARON DAUPHIN DE VERNA. 663
29. Duodecim prophète glosati.
30. Item duodecim prophète glosati,
3^ . Epistole canonice et Apocalypsis, in uno volumine.
32. Diadema monachorum.
33. lezechiel glosatus.
34. Glose super Lucara et Johannem.
33. Johannes Crisotomus [sic).
36. InterpretationesbeatiJeronimi, etquedamalia, in uno volumine.
37. Item de sacramento mise (sw) , et quedam alla, in uno volumine.
38. Quare, et multa alia, in uno volumine.
39. Sermones Innocentii pape.
40. Expositio Gantici, in duo volumina.
41. Item expositio Gantici, in uno parvo volumine.
42. Johannes et Matheus glosatus [sic], in uno volumine.
43. Item Johannes glosatus.
44. Item Matheus glosatus.
45. Actus apostolorum glosati.
46. Libellus Ibo michi.
47. Glose super Epistolas canonicas.
48. Quinquagenarius Bede.
49. Johannes Bellet, et quedam alia, in uno volumine.
50. Glose super Genesim.
3^. Flores evangeliorum, in tribus voluminibus.
52. Textus quatuor evangeliorum.
53. Arca Noe, et quidam s[ermo] beati B[ernardi], in uno volumine.
54. Item excepta ex pluribus libris.
55. Glosule super Penthateucum.
56. Sententie Ysidori, et Leges Longobardorum, in uno volumine.
57. Quidam liber de legibus et de glosuhs Decretorum.
58. Enchiridion et de diversitate sententiarum.
59. Liber de claustro.
60. Paschasius, de sacramento corporis Ghristi, et Gronice, et
Glaustrum anime, in uno volumine.
6^. Libellus cujus principium super Jeremiam.
62. Item Spéculum ecclesie, et quedam de gramatica, in uno
volumine.
63. Institutio sancte ecclesie et régula sancli Pachomii, et quedam
alia, in uno volumine.
64. Libellus sine nomine.
65. Questionarius.
664 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
Omnes sunt septuaginta quatuor * .
66-67. Moralitates raaglstri Stephani super vêtus Testamentum,
in duobus voluminibus.
68. Herveus super Ysaiam, volumen i.
69. Miracula béate Marie, et Augustinus de Gonfessionibus, in uno
volumine.
70. Liber ymnorum.
7-1. Textus canonicarum epistolarum, in caternis.
72. YsLoria Ecclesie, in iiii'"' voluminibus.
73. Duo matutinalia.
74. Très anliphonarii cum cantu, et très sine cantu.
75. Psalterium Deliaia (sic).
76. Tredecim collectanei eellarum.
77. Consueludines Gartusie, in duobus voluminibus, et nove in
uno, et private in quaternis.
78. Golleclaneus ecclesie.
79. Duo psalleria ecclesie.
80. Octo graduales.
8^. Barlaam, in quaternis.
82. Passio sancle Margarite, in quaterno.
83. Allégorie Pelri Manducatoris.
84. Partionarius.
85. Infirmarius in duobus voluminibus.
86. Duo breviaril, excepto breviario prioris.
87. Liber de legibus, in quaternis.
88. Liber in agenda mortuorum.
89. Item Cantica Thome^.
90. Libri magistri Thome sunt scripti in primo poste hujus libri.
IP. 9^. Duo volumina Augustini super Johannem.
92. Quartus liber Senlentiarum.
93. Unum ex quatuor Gantoris.
1. Celte note se rapporte aux articles précédents. Ce qui suit parait avoir été
ajouté après coup.
2. A la suite de ces mots est un signe de renvoi qui semble appeler un article
copié au haut du fol. 172 \° et que j'insère ici. Le feuillet auquel fait allusion
cet article a disparu.
3. Note de la première moitié du xiii' siècle, au haut du fol. 172 v°. Elle a
été biffée à une époque ancienne.
ii.
DD BARON DAUPHIN DE VERNA. 665
94. Omelie magistri Johannis, in Iribus voluminibus, in unoquo-
que tote.
95. Glose super Décréta, scilicet sacrosancte Ecclesie.
96. Parvum psalterium et orationes.
97. Prosarium, et quedam alla.
98. Infirmarium, in duobus voluminibus.
99. Item duo infirmarii, quorum unumest prioris pro coUectaneo.
^00. Excepta ex operibus magistri Johannis.
^ 0\ . Excepta domni Hugonis Balle.
IIV. -102. Quadragenarius Gregorii.
-103. Quinquagenarius Bede.
■104. Moralia Job, in tribus voluminibus.
^05. Augustinus super Johannem, in duobus voluminibus.
•106. Augustinus super epistolam Johannis.
-107. Unum ex quatuor Gantoris.
i08. Quare.
409. Erveus super Ysaiam.
UO. Régula beati Benedicti, et Vita saneti Martini.
-m. Yitas patrum.
i\2. Diadema monachorum.
U3. Johannes Belet.
iU. Dialogus.
-US. Sermones Lumbardi, in duobus voluminibus.
-HO. Sermones magistri Johannis de Boysvilla , in nii°'' volumi-
nibus.
^ ] 7. Quartus Sententiarum.
U8. Sermones Innocentii pape.
U9. Sermones magistri W. de Peiraut.
-120. Moralitates magistri Stephani, Gartuarensis {sic) episcopi, in
duobus voluminibus.
-12-1. Encheridion Augustini.
-122. Liber de sacramento misse.
423. Pastoralis.
-124. Interpretationes Jeronimi.
425. Barlaam.
126, Institutio ecclesie.
i. Liste qui peut remonter au milieu du xni= siècle et qui est copiée en gros
caractères sur les fol. 173 v et 174.
1895 44
666 XOTES SDR QUELQUES MANOSCRITS
-127. Hystoria scolastica, in iiii"'' voluminibus.
-128. Exceptiones beati Gregorii.
-129. Flores evangeliorum, in iiii° [sic] vol.
•130. Miracula béate Marie, et confessionnes Augustini.
-13^. Grisotomus.
-132. Summa de viciis, in duobus voluminibus.
^33. ArchaNoe.
•134. Paschasius.
•135. Allégorie magistri Pétri.
•136. Spéculum ecclesie.
•137. Liber de claustro anime.
•138. Ibo michi.
^39. Libellus sine nomine.
•140. Sermones dominicales.
^4^. Haymo super xVpocalypsim.
•142. Gregorius super Ezechielem.
-143. Moralia abbreviata super Job.
444. Psaltcrium Gilaberti.
■145. Parcionarius.
-146. Super Jeremiam.
•147. Ysidorus sentenliarum.
-148. Psalterium Lonbardi.
•149. Epistole Pauli glosate.
-1 50. Item epistole glosate parva glosa.
■I5< . Glosa magistri Pétri Manducatoris super Vêtus Testamentum.
^152. Johannes et Malheus glosati.
453. Cantica, in duobus voluminibus.
454. Item Gantica in caternis.
•155. Item parva Gantica.
•156. lezechiel glosatus.
457. Duodecim prophète glosati, in duobus voluminibus.
•158. Job glosatus.
•159. Actus Apostolorum glosati.
■160. Glosulc super Lucam et Johannem.
461. Epistole canonice et Apocalypsis glosata.
462. Glose super Jeremiam.
463. Glose super epistolas canonicas.
4 64. Glosule super Pentalheucum,
465. Matlieus glosatus.
4 65 bis. Johannes glosatus.
DD BARON DAUPHIN DE VERNA. B67
^66. Daniel glosatus.
4 67. Quarlus de sacramentis.
168. Quinque volumina de legibus.
-169. Serapions de phisica.
■170. De virtutibus herbarum.
i7i. Liber de granis et fructibus.
^72. Breviarium Pétri de Ghenins.
\73. Expositiones domni Hugonis Baille.
-174. Hymnarii.
^73. Prosarius.
176. De flsica Circa instans^
-177. Alter liber qui incipit : « Liber iste quem/////// ».
■178. Item tractatus super vu psalmos.
179. Summa de virtutibus.
IV^. Anno Domini M° GG° LXV1II°, feria irn post festum beati
Dyonisii, annotati sunt libri Vallis Sancti Hugonis, et inventi sunt
in ecclesia ad offlcium divinum :
180. Hystoria, in quatuor voluminibus.
181. Duo matutinalia.
182. Duo sermonarii.
183. Duo passionarii.
184. Quinque^ antiphonarii.
18d. Missale et evangelia majoris altaris.
186. Missale minoris altaris.
187. Textus evangeliorum claustri.
188. Novem gradualia.
189. Duo psalteria chori.
190. CoUectaneus ecclesie.
191. Epistolarius.
192. Martyrologium.
193. Très infirmarii, in iri° (sic) vol.
194. Tredecim coUectanei.
195. Quatuor antiphonarii sine cantu.
196. Item^ parvus antiphonarius.
1. Cet arlicle et les trois suivants ont été ajoutés après coup.
2. En gros caractères sur le fol. 172 v°,
3. A ce nombre, on a successivement substitué : septem et x.
4. Article ajouté au-dessus de la ligne et qui a été biffé.
668 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
497. Parvus liber ad cantandum primam.
498. Gonsuetudines veteres, in duobus voluminibus.
499. Nove in uno volumine.
200. Duo cartularii.
V^ 204. Super Matheum Guiilelmi de Peraut.
202. Instructio religio[so]rum.
203. Parvu[i]a Biblioteca.
204. Liber de infancia Salvatoris.
205. Parcionarius Brunichardi.
206. Item hystoria Jero[so]limitana abreviata.
207. Item parva summa de casibus.
208. Liber de professione monachorum.
209. Summa de penitencia.
240. Liber Aurelii Gassiodori de anima.
244. Liber Damiani.
242. Epistole Jeronirai.
243. Sermonarius qui incipit : « Ascendo ad pa////// »
244. Unum ex pluribus.
245. Liber Gonslantini de dieta.
246. Textus canonicarum.
247. Parles el Theodolels, et Gato, in Parcionario.
24 8. Item alias Parles.
249. Apologia Bernardi.
220. Item doinnus Gaufridus habet septem///////
224. Sermonarium de festis et //////// aliis, qui incipit :
« Stelle ma ///// »
222. Item misticam theologiam, in quo continentur quedam/////
223. Parvus tractatus de pénis inferni et de gaudiis paradisi.
224. Gollecte de diversis actoritalibus.
225. Sermones evangeliorum, et quasdam vitas sanctorum.
226. Item unum diurnale (?).
VP. Anne Domini M" GG° nonagesimo V, in festo sancti Domi-
ni[ci] confessons, computali sunt libri domusVallis Sancli Hugonis,
1. Notes écrites par plusieurs mains, dans la seconde moitié du xiii° siècle,
sur le fol. 174.
2. Sur le fol. 173 v°.
DU BARON DAUPHIN DE VERNA. 669
et fuerunl inventi cum /////// domnus Guitfredus VII viginti et quin-
decim libri. Et nichilominus :
227. Biblia refeclorii, in tribus voluminibus.
228. Et biblia inferius, in aliis tribus voluminibus.
229. Et breviarium.
230. Epistolarium.
23^ . Textus.
232. Missale.
233. Et duo breviaria prions.
234. Duo diurnalia que habet procurator.
VII.
Fragments de trois manuscrits. (N** 1263 de la vente.)
Volume de 29 feuillets de parchemin. 226 millimètres sur 164.
I. Cahier de quatre feuillets, incomplet au commencement et à
la fin. Ecriture à deux colonnes, du commencement du xin« siècle.
Premiers mots d'un sermon qui remplit à peu près en entier les
quatre feuillets : « Filii Israël manducaverunt manna xl annis,
donec venirent in terram habitabilem, Audivimus, karissimi, quid
fecerit primogenito suo Israël. Taliter non fecit omni nationi.
Panem celi dédit eis atque dédit in habundanciam. Hoc audientes
similia nobis desideraraus atque utinam toto corde desideremus. . . »
II. Deux cahiers, chacun de 8 feuillets. Écriture de la fin du
xu^ siècle.
1. De miraculis reginœ cœli. In GaUia regione, scilicet
Burgundionum finihus, res gesta esse videtur quam primo sum
positurus. Fuit in illa provincia congregatio monachorum
districta sub norma regulari degens...
2. Frater quidam erat qui in cenobio quodam militabat celo-
rum domino ; Dei matri tanquara et filio decreverat servire sedulo.
Cum conventus illa finierat quae cantare consueverat, coram ara
solus hic aderat, herse suae solvens quod voverat...
3. De ymagine ex qua finit oleum. — De illa vere et incon-
taminata virgine Maria oportunum putamus simpliciter caritati
vestre quod de ejus sancta ymagine conscriptum reperimus... In
670 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
civitate Constantinopolitana Judeus quidam imaginem béate
Mariée Dei genitricis in tabula flguratam et pariete domus cujus-
dam conflxam conspexit...
4. De 7nuliere ab igné liber ata. — Ghiviacus villa est epi-
scopii Laudunensis, ab ipso oppido institicio {sic) ferme duorum
milium distans, in qua vir quidam cum sua conjuge conmanens
filiam ex ipsa inter alios liberos extulisse dinoscitur...
5. In Gratianopolitano territorio vir quidam ex vidua quse
sibi nupserat privignum habuerat, qui dum vitrico bubulci ferret
officium, dies béate Marise Magdalense natalis obvenerat. Quam
idem juvenis indictione sacerdotali cum audiret ab opère forensi. . .
III. Cahier de 9 feuillets. Écriture du commencement du
xiif siècle. « De institutione novitiorum. Quia, fratres, largiente
Domino, de vana conversatione hujus seculi per desiderium san-
ctum conversi estis et ad ipsum qui fecit vos tota mentis intentione
ac voto redire disponitis, oportet vos nunc ipsam viam discere
per quam possitis ad illum quem queritis pervenire... »
VIII.
Sermons et notes a l'usage des prédicateurs. (N" 1259
de la vente.) — Acquis pour la Bibl. nat., ms. latin 604 des
Nouv. acq.
Volume en parchemin. 165 feuillets. 200 millimètres sur 128.
Ecriture du commencement du xiif siècle.
Les dix-huit premières pages du volume (fol. 1-9 v") sont
remplies par des sentences tirées de divers auteurs. Premiers
mots : « De epistolis beati Jeronimi. Quod ore promturus es,
ante tibi cogitatione depingas. — Sepe scedula et muti apices lit-
terarum inspirant nobis amice mentis affectum. — Diu rogare
indicium est minus de ca[rita]tis dulcedine presumentis. — Licet
senem magis deceat docere quam discere, tamen magis decet
discere quam quod doceat ignorare... »
Noms des auteurs cités en marge : « Ex libro Macrobii noctur-
nalium. Versus Ciceronis. Eracus {sic). Cato. Socrates. Dio-
genes. Plato. Pitagoras. Ermocrates. Fulgentius. Blaspennius.
Teofrastus. Xeno /////. Solon. Ex libro Apuleii. De libro Plinii.
Tullius. Seneca de beneficiis. Seneca ad Lucilium. »
DU BARON DAUPHIN DE VERNA. 671
Au fol. 9 v° commencent les sermons ou thèmes de sermons,
par ces mots : « In transitu Jordanis notanda sunt que dicuntur :
Festinavit populus et transivit Jordanem ; quia nobis ad bapti-
sraum venientibus non est segniter agendumsedfestinandum... »
IX.
Somme des vices. (N° 1262 de la vente.)
^ Volume de 141 feuillets de parchemin. 280 millimètres sur 195.
Ecriture à deux colonnes du xiii^ siècle*.
Fol. 2. Incipit tractatus moralis de vu viciis capitalibus. Tra-
ctatus iste continet ix partes. Prima pars continet de hiis que
valent ad detestationem vicii in commun!. Secunda pars continet
de vicio gule. Tertia continet de vicio luxurie. Quarta de avari-
cia. Quinta de accidia. Sexta de superbia. Septima de invidia.
Octava de ira. Nona de peccato lingue.
Fol. 6. Incipit tractatus moralis de vu vitiis capitalibus et
primo de peccato gule. Dicturi de vitiis incipiemus a vitio gule
propter hoc quod dicit Glosa super Mattheum : In pugna Christi
plus contra gulam agitur, quia, nisi hec prius refrenetur, fru-
stra contra alia vitia laboratur...
Cette somme paraît être celle dont il y a un exemplaire à la
Bibl. nat. (n° 12401 du fonds latin). J'ai noté dans le manuscrit
de M. Dauphin de Verna, au fol. 119, un chapitre qui commence
et finit ainsi : « De superbia librorum. Sequitur de superbia libro-
rum, qua specie superbie laborant qui volunt liabere libros deau-
ratos. Octo vero sunt que possunt valere contra hoc peccatum,
et precipue filii Dei, qui hber vite est, qui humiliari voluit. . . Octavo
quod parum valet ista pulcritudo scripture. Non enim hominera
saciat. Unde Ecclesiastes I : « Non saciatur oculus justi nec auris
auditu. » C'est apparemment le chapitre dont j'ai publié le texte ^
d'après le ms. 12401 de la Bibl. nat.
1. Il manque un feuillet entre les fol. 71 et 72. L'ordre de plusieurs cahiers
a été interverti. Les feuillets 111-134 devaient être placés entre les fol. 86 et 87.
2. Le Cabine! des manuscrits, t. III, p. 378.
672 NOTES SDR QUELQUES MANUSCRITS
X.
Traités de médecine. (N" 1280 de la vente.) — Acquis pour
la Bibl. nat., ms. latin 603 des Nouv. acq.
Volume de 106 feuillets de parchemin. 226 millimètres sur 168,
Ecriture méridionale, sur deux colonnes, de diverses mains.
Fol. 1. Traité sur la nature et les propriétés des aliments. Le
premier feuillet manque. Rubrique et premiers mots des chapitres
qui sont sur les deux premières pages :
« De compleœione tritici. Secundum sui naturam subtilem
triticum in i gradu calidum est et humidum et siccum in medio.
Panis ex eo factus calidior est, calor ejus in secundo gradu ; adhi-
piscitur id ex calore ignis. . . »
« De cortice tritici. Nature cortex triticeus calide est et
sicce, colative ac mundifîcative magis quam farina. Nutrimen-
tum ejus purissimum est, in aqua calida missus et perfricatus
atque colatus et coctus... »
« De nutrimento tritici. Panera de tritico calidiorem dixi-
inus esse ; diversa tainen sunt nutrimenta iiii"'" modis : uno pro-
pter farinam unde factus est; secundo ex artificio sui; tercio ex
igné ubi coctus est ; quarto pro qualitate qua sumitur... »
Fol. 51. « Desideran[ti] tibi, filia karissima, et hec(?) volenti,
comentarium curationis mulierum facere laboravi, eligens duos
preclarissimos libres Theodotem et Meticum magno ac diligenti
studio in latinum ex greco transtuli, quia boni sunt in memoriam
durare... »
Fol. 54. « Ad dolorem matricum pro abstinentia viri contin-
gentera... »
Fol. 54. « Incipit liber de sinthomatibus raulierura. Cura actor
universitatis Deus in prima mundi constitutione rerura naturas
singulas juxta genus suura distinguerez.. >> Il n'y a que les deux
preraières pages de ce traité.
Fol. 56-59. Cahier de quatre feuillets, contenant principale-
raent des reraèdes pour les raaladies des femmes. Écriture extrê-
mement fine.
Fol. 60. « Incipit liber de dandiscatarticis. » Premiers articles
de la table mise en tête du traité : « De modo tractandi et ordine
vel quomodo sit purgandum. De signis universalis replecionis san-
DU BAROX DAUPHIN DE VERNA. 673
guinis. De signis universalis replecionis colère. De signis univer-
salisreplecionisflegmatis. De signis universalis replecionis mélan-
colie. De particulari replecione. De signis replecionis capitis... »
— Fol. 60 v^ Premiers mots du traité : « De modo tractandi et
ordine. Cum omnis sciencia ex suo fine et utilitate sua naturaliter
sitappetenda, maxime naturalisappetenda est... » — Fol. 105 v°.
Premiers mots du dernier chapitre : « De aquis alterativis.
Dictum est sufficienter triplicem esse differentiam aquarum, allé
namque sunt laxative, alie constrictive, de quibus satis dictum
est, alie alterative quibus nunc insistimus... » — Il manque un
feuillet entre ceux qui sont aujourd'hui cotés 92 et 93.
XL
Fragment d'un petit livre liturgique. (N° 1246 de la
vente.)
Le n" 1246 du catalogue de vente se rapporte aux débris d'un
hvre de petit format, écrit en assez gros caractères et exécuté
avec un certain luxe : c'est un recueil d'offices et de cérémonies à
l'usage d'un abbé ou d'un prélat, dont le nom devait être à la fin,
dans une souscription dont tout le commencement a été impi-
toyablement effacé; on n'a fait grâce qu'aux dernières lignes;
elles nous font connaître la date et le nom de l'enlumineur :
« Quod illuminavit magister Johannes Ambianensis, commorans
Belvaci tune temporis. Orate pro eis. Anno M°CCG°XVI°. »
XIL
Traités de saint Bonaventure et d'autres théologiens.
— Vers latins de Philippe de Grève et de Gui de la
Marche. (N" 1258 de la vente.) — Acquis par la Bibl. nat.,
ms. latin 1742 des Nouv. acq.
Volume en parchemin. 303 feuillets. 282 millimètres sur 205.
Ecriture à deux colonnes, du xrv"' siècle. Venu du couvent des
Dominicains de Grenoble.
En tête, au verso du feuillet de garde, table paraissant dater
674 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
de l'époque même de la transcription du volume. J'aurai l'occa-
sion d'en citer quelques articles.
1° Fol. 2. Sermo de cano7iizacione sancti. « Vir sapiens
implebitur benedictionibus » (Ecc\ xxxvii, d.). Yerbum istud
potest sumi ad commendacionem reverendi patris quondam
domini Ludovici... — Rien n'indique dans ce thème de ser-
mon que l'auteur ait eu en vue le roi saint Louis.
2° Fol. 2, col. 2. Sermo pro defuncto présente. « Jacob
habiit itinere quo ceperat, fueruntque ei obviam Angeli Dei »
(Gen. 32"). Hominis nascentis condicio per totum sue vite decur-
sum...
3° Fol. 3 v°. Sermo de circumscisione (sic) Jhesu Christi.
« Vocatura est nomen ejus Jhesus » (Luc. ii). Auditum est in
Bethléem et fama celebri promulgatum quod Noemi...
4° Fol. 4 v". De oratione dominica. Duo consideranda sunt
principaliter circa dominicam orationem : ipsius commendacio et
ipsius proposicio sive peticio... (Note de 18 lignes.)
5" Fol. 4 v". Iiicipit tractatus fratris Guidonis de Marchia,
ordinis Minorum, de Cicérone disputatore et sorte, predicatione
et Platonelectore. — 35 strophes, dont voici les deux premières :
Sortes pre consortibus — currit in consorcio.
In equis et curribus — non est dispensacio.
Plalonis in manibus — sonat dispulacio.
Et de sortis cursibus — magna demonstracio.
Quidquid Pialo loquitur, — quicquid Plato disputai.
Sorles hic consequitur — et currendo computat.
Quod si bene curritur — Plalo sorlem reputat.
Si cursus remillilur — Plalo sorti imputai.
G" Fol. 5 v°. Le Débat de Marie et de la Croix, poème latin de
treize strophes, commençant par « Crux de te voloconqueri... »
Philippe de Grève en est l'auteur et le texte en a été publié,
en 1880, par M. Paul Meyer, dans son édition de Daurel et
Béton, p. Lxxv, d'après le ms. lat. 673 de la Bibl. nat.
7" Fol. 6. Le Débat de l'eau et du vin, poème latin de trente-
neuf strophes, intitulé à la fin : Explicit de vino et aqua. Il
commence par les mots : « Denudata veritate || succinctaque bre-
vitate... » Voir Carmina burana, p. 232, dans Bibliothek
des Litterarischen Vereins in Stuttgart, t. XVI.
DU BARON DÂUPHI^f DE VERNA. 675
8° Fol. 7. Incipit Breviloquium. Flecto genua mea... — La
table mise en tête du volume porte : « Item Breviloquium domini
et magistri Bonaventure, vu libros continens. »
9" Fol. 63. In yiomine Domini. Incipit prologus Compen-
dii. Veritatis theologice sublimitas cum superni sit splendoris
radius illuminans intellectum... — Fol. 162 v°. Eœplicit opus
Compendii theologice veritatis.
10" Fol. 162 v°. Incipit Accessus in omnem sacram scri-
pturani. « Omnisscriptura divinitus inspirata utilis est ad docen-
dum » (secunde ad Tliimoteum, ir). Quoniam secundum beatum
Dyonisium... — Ce traité a été copié par une autre main que le
reste du volume.
11° Fol. 165 v'*. incipit iractatus magistri Humberti de
Romcmis, generalis ^nagistri ordinis Predicatorum. Ce
titre, ajouté par une main du xv* siècle, ne mérite aucune
confiance, comme je l'indiquerai plus loin, p. 677. La table
mise en tête du volume, en caractères du xiv'' siècle, ne men-
tionne point le nom de l'auteur de ce traité, qu'elle indique par
ces mots : « Item libellus de generalibus materiis tripartitus :
primo de festis, secundo de negociis, tercio de temporibus. »
Voici la partie substantielle de la dédicace, le début, les rubri-
ques de la deuxième et de la troisième partie et la fin de ce traité,
qu'on peut bien intituler : Liber de generalibus materiis
tripartitus.
Fol. {%%. Pater et domine mi reverendissime, etvestrissolis meri-
tis michi in Deo carissime, domine P. de Gapella, venerabilis ponli-
fex Tholosane, Meam non evasit memoriam gratia qua me preveni-
stis et spoliatum in Romana ourla auro vestre munificencie relevastis ;
et ideo ex tuncafFectui michi fuit quod, si hoc opus vel simile inveni-
rem, illud vobis virorum studiosissimo reservarem. Fuit autem Dei
voluntas ut non ita cito sicut vellem occurreret quod volebam. Occur-
rit attamen, licet tarde, scriptorisque copia abfuit, et affuit michi
occupatio circa multa... Tripartitum vero libellum si placet intueri,
videbitis ita quod prima pars de festis, secunda de negociis, tercia
de temporibus, générales materias aliquas comprehendit. Valete
longevus et féliciter in hoc seculo, gloriosusque in alio cum electis
Domini. Amen. Amen.
Da michi, Domine, sedium tuarum assistricem sapienciam, que
mecum sit et mecum laboret, et sub brevitate sequens opus lucide
676 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
comprehendat, quoniara brèves dies hominis sunt et maxime nunc
solito breviores, propter quod modernis opus est compendio scri-
pturarum.
Fol. -f 88 v°. Sequitur de materiis generalibus secundum varieta-
tem negociorum in Ecclesia, que sic possunt distingui. — (Table
des 1 00 chapitres de la deuxième partie du traité.)
Fol. 258 v". Sequitur de materiis generalibus secundum varieta-
tem temporum, que possunt sic distingui. — (Table des 33 chapitres
de la troisième partie du traité.)
Fol. 298. Requisicio consilii a domino papa. — Apud te est fons
vite, et in nomine tuo vidimus lumen. Psalmo [XXXV, -10]. Quoniam
sancte Ecclesie catholice universale regimen pendet precipue ex duo-
bus, videlicet ex copiosa subministracione salutaris vite et ex largi-
flua irradiacione directricis sapiencie et providencie, idcirco in suo
summo capite et ejus principali sede horum duorum fontalem redun-
danciam, adornacione mirifica simul et necessaria, coUocavit...
12° Fol. 299. Incipit Altercacio seu disputacio Mundi et
Religionis, édita a fratre Guidone de Marchia, ordinis Fratrum
Minorum, in qua primo proponit Mundus summo pontifici de
religione graviter conquerendo, cardinales et totam simul Curiam
flagitando, dicens : 0 Christi vicarie.
0 Christi vicarie, monarcha terrarum,
Sacrarium gratie, cella scripturarum,
Minister justicie et meta causarum,
Mee querimonie aurem prebe parum.
Fol. 302. Explicit Confiictus Religionis et Mundi.
Ce poème est ainsi indiqué dans la table mise en tête du
volume par une main du xiv® siècle : « Item Disputatio Mundi et
Religionis, édita a fratre Guidone de Marchia Pictaviensi, ordinis
Fratrum Minorum. » — Publié par M. Hauréau dans la Biblio-
thèque de l'École des chartes (1884, t. XLV, p. 6), d'après
le ms. latin 7906 et d'après un manuscrit de M. Desnoj-ers,
aujourd'hui n° 1573 du fonds latin des Nouv. acq. Le même
poème se trouve encore au fol. 64 du ms. latin 409 des Nouv.
acq. Il a été imprimé au xv*" siècle dans une édition sans date
des Sermones sancti Bernardiniy ordinis Minorum, dont il
y a deux exemplaires k la Bibliothèque nationale, D. 5168
et 5169.
^
DU BARON DAUPHIN DE VERNA. 677
13° Fol. 302. Incipit sermo de pastore etovibus, id est de
prelato et subditis. « Oves habeo que non sunt ex hoc ovili, et
illas oportet me adducere, et vocem raeam audient, et flet unum
ovile et unus pastor » (Jo. x"). Verba sunt universalis et veri
pastoris, principis Ghristi Jhesu nostri Salvatoris, qui apparebit
in extremi die examinis...
14° Fol. 302 v". Pièce de 40 vers. L'auteur met dans la bouche
du Sauveur une plainte sur l'état de l'Eglise :
Quid ultra tibi facere, — vinea, debui ?
Quid potes michi reddere, — qui pro te cudi, conspui
Et crucifigi volui?...
15° Fol. 303. Notes ajoutées sur le feuillet qui est adhérent
au plat de la couverture : « Nota de tribus Mariis et earum filiis
et maritis ac patribus... — Homo constat ex iiii elementis... —
Recepta bona pro oculis et probata est... »
De tous les morceaux contenus dans ce volume, le plus impor-
tant est le Liber de generalibus materiis tripartitus. Il
aurait pour auteur le dominicain Humbert de Romans, s'il fallait
s'en rapporter au titre ajouté après coup, sur le fol. 165 v°. Mais
une telle attribution est dénuée de tout fondement. En effet,
Humbert de Romans mourut en 1277 ^ et le traité est dédié,
comme on l'a vu, à Pierre de la Chapelle, évêque de Toulouse.
Or, ce fut seulement au mois d'octobre 1298 que ce prélat passa
de l'évêché de Carcassonne à celui de Toulouse, qu'il administra
jusqu'à sa mort, arrivée le 16 mai 1312". Humbert de Romans
reste donc hors de cause, et le Liber de generalibus materiis
tripartitus doit être considéré, jusqu'à nouvel ordre, comme une
œuvre anonyme, dont la composition se place entre les années
1298 et 1312. Je suis porté à croire que la date de composition
est plus voisine de 1298 que de 1312. Peut-être même la rédac-
tion était-elle commencée avant l'année 1298. On pourrait le
supposer d'après un passage qui semble au premier abord anté-
rieur à la canonisation de saint Louis. C'est une phrase du cha-
pitre XXII du livre premier (fol. 183 v°) :
Notandum quod de corona Domini plénum non solebat fieri festum,
1. Histoire littéraire de la France, t. XIX, p. 337.
2. Gallia christiania, t. XIII, col. 35 et 36.
678 NOTES SUR QUELQUES MANOSCRITS
sed per procuracionem felicis memorie régis Lodovici, incujus tem-
poribus translata fuit de Gonstantinopoli Parisius, in capellam ejus,
incepta est hujusmodi festivitas, et fît modo in multis ecclesiis.
L'auteur devait appartenir à la France. Entre autres indices,
je citerai une anecdote, d'ailleurs bien connue', dans laquelle se
trouve un proverbe français. Elle fait partie du chapitre intitulé :
In vigilationïbus que flunt interdum in festis aliquibus
sanctorum (fol. 253 v").
Sed, heu! sunt multi qui vota facta sanctis in necessitate aiiqua,
postea, transacta^ necessitate non reddunt. Exemplum de quodam
britone, de quo dicitur quod, cum iret ad Sanctum Michaelera de
periculo maris, et unde maris invaderent, conversus ad sanctum
Michaelem, dixit : « Michaei, Michael, libéra me, et ego voveo tibi
vacam meam. » Cum autem liberatus pertransiret, et iterum unde
eum invaderent, iterura clamavit dicens : « Béate Michael, libéra me,
et ego voveo tibi vitulum cum vaca. » Cum autem liberatus esset et
staret jam in securo, conversus ad beatum Michaelem, dixit : ne la
vache ne le vel.
Le Liber de generalibus materiis tripartitus est un recueil
de textes, d'observations et de conseils à l'usage des prédicateurs.
Pour donner une idée du genre d'intérêt qu'il présente, j'en ai
détaché : 1° la table d'une partie des chapitres du livre II ; 2" une
argumentation tendant à démontrer que le pape avait droit de
déposer les rois ; 3" un passage relatif à la tenue des parlements ;
4" deux légendes sur la sainte Vierge, empruntées à un traité
des Merveilles de Rome ; 5" une mention de la Rose symbolique
de la mi-carême.
1" Table d'une partie du second livre (fol. 188 v°).
i^. In conciliis.
II. In synodis.
1. Voyez le volume publié par M. Lecoy de la Marche, pour la Société de
riiisloire de France, sous le litre de : Anecdotes historiques, légendes et apo-
logues tirés du recueil inédit d'Etienne de Bourbon (Paris, 1877; in-8°), p. 20.
2. Le ras. semble porter trassala.
3. Les numéros assignés aux chapitres dans la table ne concordent pas tou-
jours avec les numéros que les chapitres correspondants portent dans le corps
de l'ouvrage.
DU BARON DAUPHIN DE VERNA. 679
VII. In electionibus quibuscunque.
LU. In sollempnibus conviviis nuptiarum.
LUI. In omni visitatione.
Lxi. In inquisitione hereticorum.
Lxii. In sollempni condempnacione hereticorum.
Lxiii. De predicatione crucis in génère quocuraque.
Lxiiii. In predicatione crucis contra hereticos.
Lxv. In predicatione crucis contra Sarracenos.
Lxvi. In sollempni excommunicacione.
Lxxxiiii. In militia magna (ou nova) sollempni.
Lxxxv. In torneamentis.
Lxxxvi. In parlamentis regum.
Lxxxix. In confratriis Pentecostes.
xc. In congregationibus que fiunt interdura in honorera ali-
cujus sancti.
xci. In nundinis.
xcii. In raercatis.
xciii. In subita convocatione raultitudinis.
2° Sur la déposition des rois (fol. 239).
Preterea papa, qui est super omnes, potest deponi ab Ecclesia, que
tota subest ei, et in casu. Ergo multo fortius quicunque rex deponi
potest a papa, cui omnes subsunt.
Preterea, si rex aliquis, qui nichil tenet nisi a Deo, non posset
deponi a papa, cura inlerdum expédiât ipsura deponi, ut supra osten-
sum est, ergo non reliquisset Deus sufflcientem poteslatem in Eccle-
sia ad regiraen mundi, quodest inconveniens. Propter hoc tenendum
est indubitanter quod Ecclesia habet hujusmodi potestatem. Propter
hoc dictum est Jeremie [I, ^0], qui fuit de sacerdotii génère : « Ecce
constitui te super gentes et régna ut eveilas, etc. »
3° Sur la tenue des parlements (fol. 249).
Notandum quod raoris apud reges magnos tenentur parlamenta
quolibet anno certis temporibus, ad que conveniunt et plures consi-
liarii et plures magnâtes seculares et plures prelati. Fiunt autera
hujusraodi parlamenta tribus de causis principalibus : videlicet
ut majora négocia, que non possunt faciliter per annum expe[di]ri,
ibi cura majori exarainatione sapientius expediantur, quia majori
examinationi sunt reservanda. — Item ut ratio reddatur a ministe-
rialibus regni... — Item ut ibidem ordinetur de regno quid fuerit
ordinandum. . .
680 NOTES SUR QCELQDES MANDSCRITS
4° Légendes empruntées aux Merveilles de Rome
(fol. 271 v°).
Item, secundum Gaudefridum Parimensem^ in libro de descri-
ptionemirabilium urbis Rome, cum Octovianus César esset in caméra
sua, et esset solicitas quis post eum esset dominas orbis, visum fuit
ei quod per fenestram videret in celo virginem pulcherrimam, super
aram, tenentem puerum pulcherrimum inter brachia sua, et audivit
vocem dicentem : « Hec est ara filii Dei. » Et ibi ubi apparuit hec
Visio fecit construi aram cum tali titulo : Hec est ara filii Dei, et est
ibi modo eccjesia béate virginis que dicitur Sancte Marie in ara celi.
Item, dicit idem Gaudefridus quod Rome fuit palatium Romulia-
rum, in quo Romulus fecit poni statuara suam, et dictum est ei ab
artifice quod non caderet donec virgo pareret, que statim ut virgo
peperit corruit.
5" La Rose symbolique de la mi-carême (fol. 280 et v).
In média quadragesima. In Rosa... — Alius modus est considera-
tione boni 2 finis itineris, cum, si ducitur ad rem desiderabilem,
psalmo [cxxi] : « Lelatus sum in hiisque dicta sunt michi, in domum
Domini ibimus; » quod est valde desiderabile, quia in illa videbitur
ipse Dominus, et habebitur in premium. — Et ideo, secundum con-
suetudinem ecclesie Romane, ostenditur hodie Rosa, que Ghristum
significat, qui est premium et finis penitencie.
Je ne dis rien des petits poèmes latins copiés aux fol. 4 v%
5 v°, 6, 299 et 302 du manuscrit. Je dois laisser le soin d'en
parler à mon savant confrère M. Hauréau : il s'acquittera de cette
tàcbe avec l'érudition et la critique dont il ne cesse de donner des
preuves et dont les lecteurs de la Bibliothèque de l'Ecole des
chartes ont eu souvent l'occasion d'apprécier l'étendue et la
solidité.
XIII.
La somme théologiqde de saint Thomas d'Aquin. Seconde
partie du livre II. (N" 1267 de la vente.)
1. Le ms. porte pimsem, avec uq trait horizontal dans la queue du p et un
trait horizontal au-dessus du premier m.
2. Bonis dans le ms.
DD BARON DAUPHIN DE VERNA. 68^
Gros volume en parchemin. 326 millimètres sur 228. Ecriture
sur deux colonnes, du xiv^ siècle. — A la fin : « Iste liber est
Celestinorum Béate Marie de Columbario', signatus xxiiii. »
[Questiones secundi libri secuude partis fratris Tbome de
Aquino.]
Au commencement : « Questio prima. Continuatio libri prior
ad subseq. Post comraunem considerationem de virtutibus et
viciis et aliis ad materiam moralem pertinentibus, neccesse est
considerare singula in speciali... »
A la fin de la question CLXXXIX :
Summa secunda secunde Thome finit Aquino.
Hinc dedo, Ghriste, tibi laudes atque Marie.
GorrecLor verax, bonus est, non quandoque fallax,
Arguit, articulât, querit dum ponitur Utrum.
Arguit impliciteque videtur ; quod bene nosce.
Methaforam cerne si sensus queris habere.
Suit une table qui occupe treize pages et qui est intitulée :
« Incipiunt capitula secunde partis secundi libri Summe édite a
fratre Thoma de Aquino, ordinis Fratrum Predicatorum. »
XIV.
Sommaire de la Bible par Fernand Diego, de Carrion.
(N° 1265 de la vente.)
Volume in-folio, sur papier. Ecriture du xv^ siècle.
« In nomine Domini nostri Jesu Gbristi. Incipit Summarium
totius biblie, distinctum per libros et capitula Veteris et Novi
Testamenti, copilatura per venerabilem patrem dominum Fer-
nandum Didaci de Garrione, scolasticum ecclesie Cauriensis,
hispanum, editum Rome. »
1. Un autre volume ayant appartenu à la même maison figurait dans la col-
lection de M. Dauphin de Verna, n° 1256 du Catalogue de vente : « Spéculum
humanse Salvationis. »
1895 45
682 NOTES SDR QUELQUES MANUSCRITS
XV.
Missel de Magon.
Le dernier jour de la vente, le libraire a mis aux enchères un
Missel copié au xv" siècle, d'une décoration prétentieuse et assez
grossière, dont plusieurs feuillets avaient été refaits dans les temps
modernes. Il est intitulé : « Incipit Missale ad usum cathedralis
ecclesie Sancti Vincentii Matisconensis. » Le prélat auquel était
destiné ce volume portait pour armes d'azur à la bande d'or et
pour devise : IN TE SPERO. — Ce sont les armes et la devise
de l'évèque Pierre de Juys (1397-1412), comme a bien voulu
m'en avertir notre confrère M. Lex, qui a acheté le volume pour
la bibliothèque de Mâcon.
XVI.
Roman de Simon de Pouille. (N° 1290 de la vente.) —
Acquis pour la Bibl. nat., ms. fr. 4780 des Nouv. acq.
Volume de 34 feuillets de parchemin. 192 millimètres sur 130.
Il y a 32 lignes à la page. Ecriture de la fin du xiii" siècle ou du
commencement du xiv".
Ce manuscrit, d'assez triste apparence, renferme environ
2180 vers du Roman de Simon de Pouille, dont la Bibliothèque
nationale possède un exemplaire dans le ms. 368 du fonds fran-
çais. Le commencement du fragment correspond au fol. 143 et
la fin au fol. 159 du manuscrit 368. — La version du nouveau
manuscrit diffère beaucoup de celle dudit ms. 368.
XVII.
Anciennes poésies françaises. (N° 1286 delà vente.)
1° « Ci comence l'istoire de l'enfance Jesu Crist. »
Dieux, qui cet siècle commenza,
Ciel et terre pour nous forma.
Ly roy de toute créature
DU BARON DADPHIN DE VERNA. 683
Nous (Joint à tous bonne avanture.
Si vous voulez que [je] vous die
De Dieu et de sainte Marie.
2° « Ci coraence la Passion de Nostre Seigneur Jesu Crist. »
Oez moy trestuit doucement,
Gardez n'y ait fait parlement.
La Passion Dieu entendez,
Gome il fut en croix penez.
Ne la puet oïr créature
Qui n'ait paour, ja tant soit dure.
3° « Ce est la complainte Nostre Dame. »
Qui de cuer aime la pucelle
Que [sic] Dieu norrit à sa mamele,
Quant n'ot parler doit san joir
En larmes et en grant sopir,
Se de son fd a remanbrance
Don ce doit doubler la créance.
4° « Ce sont li xv signe. »
Se ne vous cuidasse anoier
Ou destorber d'autre meslier.
Des XV signes vous deisse
Ainz que remuer me querisse
Toute la pure vérité,
Seigneur, venront vous ja en gré.
5" « Ci comence la Vie saint Christoble. »
Eu nom de sainte Trinité,
Soient tuit si bien ahuré
Que entendront ce que vuet dire :
Se voulez oïr le martire
De saint Christoble, je diray
Ce que en escript trouvé en ay.
6° « Ci devise quelles doivent estre les saison, » (Pronostica-
tion d'après le jour de la semaine auquel tombe le commencement
de l'année.)
En terre de labour et de promission
Ot jadis ung preudome qui Ezechie ot non.
684 NOTES sua QUELQUES MANUSCRITS
Saiches hom fu du ciecle et de la loy divine ;
Moût ama dame Dieu et la soe doctrine.
Quant il yere encor enfes, levoit adez matin,
Et aloit à l'escoule pour aprendre latin.
7° « Ce est li jugemenz des urines, que maistre Richars de
Fornival aprist à maistre Helye, son serorge. Li hons est sains
se sa urine est blanche au matin... »
8" « Ci comence li romanz des Elles. »
Tant me suy de dire taiiz
Que je me suy aperceûz
Ert mon pense que de trop taire
Ne pourroit nulz bon chastel faire.
9° « Ci ensoigne coment on fait les chevaliers. »
Bon fait à proudome parler,
Quar ou il puet moy conquister
Qui à ceur fait se prendroit garde
Ja de folie n'auroit garde.
Quar on le trouve en Salomon
Que tout adez fait saiges hons.
10° « Hic sunt les vertuz et les efficacions de l'aygue de vie. »
Plusieurs des anciens possesseurs de ce manuscrit ont rais leurs
noms en tête sur un feuillet de garde : Odde de Gevinge, Johan
de Gevinge, messire Charles de Disimyeu, chevalier, s"" de
la Feole.
XVIII.
Le Lr\"RE DES SIMPLES MEDECINES, SUIVI d'uN RECUEIL DE
RECETTES. (N° 1270 de la vente.) — Acquis par M. Morgand.
Volume de 314 feuillets, partie en parchemin, partie en papier.
278 millimètres sur 192. Ecriture à deux colonnes de la seconde
moitié du xv^ siècle. En tête, miniature représentant un médecin
dans son cabinet, avec ces armes : d'azur à deux coqs d'or
affrontés, crêtes de gueules, accompagnés de trois étoiles d'or;
devise : « Loué soit-il, » ou « loué il soit. » — Au bas du
DU BARON DAUPHIN DE VERIVA. 68S
fol. Lxxx : « Loué soit Dieu il. » — « Ex libris Pétri Arcelin,
Matisconensis, med. facult. Monsp. et Parisiensis. »
Fol. i-ccLXi. Livre des simples médecines, disposé suivant
l'ordre alphabétique des noms des substances passées en revue.
Chaque article est accompagné d'une figure peinte. Premiers
mots de la préface : « En ceste présente besongne est nostre pro-
pos et entencion de tratier des simples medicines. Et est assavoir
que la medicine est ditte simple pour ce qu'elle est telle comme
nature l'a produite et formée, comme girofle et noix mugette... »
— Fol. ccLx. Dernier chapitre : « Zuccara, c'est succre. Elle est
chaude et moite attrampeement, et dit Ysaac qu'elle est chaude
au commancement du premier degré et moite ou mylieu... »
A la fin de ce chapitre : « Et pour éviter prolixité, cy est fin de
ce livre, ouquel sont contenuz les segrés de Salerne. Loué en soit
Dieu. Amen. »
Cet ouvrage, qui jouit d'une grande vogue au xv" siècle, est
représenté dans les collections de la Bibliothèque nationale par
onze exemplaires, n°« 623, 1307, 1309-1312, 9136, 9137, 12317,
12319, 12320, 12321, 12322 et 19081 du fonds français. Les
deux plus beaux de ces exemplaires sont les n°^ 9136 et 9137, le
premier venu de la bibliothèque des ducs de Bourgogne, le second
exécuté pour Louis de Bruges.
Fol. ccLxi-ccLxiii. Diverses recettes.
Fol. 264-288. Table méthodique des remèdes, avec renvoi à
l'article du Dictionnaire où chaque remède est indiqué.
Fol. 288. « La exposicion des mos obscurs et mal cogneus par
l'ordre des lettres de A B C. »
Fol. 294-314. Notes et recettes diverses, en latin et en fran-
çais. J'y ai relevé plusieurs passages qui semblent indiquer que
l'un des premiers possesseurs était un Bourguignon, établi, selon
quelque apparence, ou du moins ayant séjourné dans la ville ou
dans le voisinage de Cluni. Voici l'indication de ces passages,
qui nous font connaître les noms de plusieurs praticiens et ceux
des malades qu'ils essayaient de guérir. Il y a aussi quelques
détails sur des livres de médecine qui auraient été, disait-on,
donnés à l'abbaye de Cluni par un certain maître Pierre de
Grèce, originaire de l'Orient (natif d'Arabie), philosophe, doc-
teur et chevalier en médecine.
Fol. 294. Item quia non reperitur apud nosherba sileris montani,
686 NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
mille Burgum in Bressia, in domo filii magislri Barlholomei Myo,
qui libi Iradel unum parvum \itrum aque illius herbe sileris mon-
tani; el simililer mille Lugdunum in domo appolecarii, qui Iradel
tibi unum parvum vilrum aque cappillorum Veneris, qui apolheca-
rius manet in vico Sancli Nicecii...
Fol. 296. Dilala (pour Diclala) per magistrum Symonem dePavia
conlra peslem.
Alia recepla super eodem, dilala per magistrum Ludovicum.
Fol. 297. Ce sont les verlues du G. d. Ch^, que maistre Pierre
de Gresse, natif d'Arabie, philosophe, docteur el chevalier en medi-
cine, a extrait des livres qui ont esté fais et expérimentés par ceulx
cy dessoubz escrips, comme il appert en la hbrairie de Pabbaie de
Clugny, que le dit maistre Pierre y aporta et donna. (Auteurs cités :
Ypocras, l'empereur Constantin, le roy Adrianl, philozophe, et
Virgile.)
Fol. 297 v°. Item, Ten Ireuve es livres de Virgile, lesqueulx sont en
laditte abbaye de Clugny, comme le dit Virgile seaidoitdu G. d. Gh.
à faire ses plus merveilles contre les dyables, tout ainsi que nous
nous aidons de la croix...
Fol. 298. Recepte notable contre l'impedimie, venue de l'oslel de
noble et puissant prince Charles, duc de Bourgoyne.
Fol. 30^. Magister Panthaleo. Contra catarrum.
Fol. 302 V". A. Bruneli. (Inventeur d'une recette.)
Contra gravellam, pro domino Jo. de Borbonio^ abbate Clunia-
censi.
Fol. 304. Pour excoriacion. Preceptor de TAulmusse... — Appro-
batum est aussy par mayslre Jehan de la Planche, jadiz procureur
en parlement à Paris.
Fol. 304 v°. Recepte pour la gravelle, approuvée par maistre Jehan
Espiarl.
Fol. 3H. Ex magno Johannc mcdicina {sic] phisico, xMediolani
commoranlc de Scala in domo U Mayno.
1. Sans doute le gui du chêne.
2. Jean de Bourbon, élu abbé de Cluui le 2 novembre 1456, mort le 2 dé-
cembre 1485.
DC BARON DAUPHIN DE VERNA. 687
XIX.
Comptes des dépenses de Jean, comte de Forez, en 1315
ET 1316. (N" 1366 de la vente.)
Parmi les nombreux documents d'archives qui faisaient partie
du cabinet de M. Dauphin de Verna, et dont la plupart ont été
réservés par suite des revendications des préfets du Rhône, de la
Loire et de l'Isère, je n'ai eu l'occasion d'examiner qu'un seul
registre, volume en papier, de format allongé, dont la conserva-
tion laisse beaucoup à désirer. Il contient, sous la forme de jour-
nal, les comptes des dépenses de Jean, comte de Forez, tenus par
Simon Oudin, en 1315 et 1316.
Ces comptes se divisent en deux parties : les dépenses de l'hô-
tel (paneterie, bouteillerie, cuisine et maréchallerie ou écurie),
du 3 janvier au 14 novembre 1315, et les dépenses extraordi-
naires, du 1" janvier 1315 au 24 avril 1316.
Ce document offre beaucoup d'intérêt, comme, d'ailleurs, tous
les comptes remontant à une époque aussi reculée. L'une des
parties les plus curieuses est celle qui se rapporte au séjour que
le comte de Forez fit à la cour de France en 1315. Parti de
Montbrison le 18 février, il arriva le 26 à Paris, après s'être
arrêté :
Le 18 de ce mois, à Riorges (Loire, canton de Roanne) ;
Le 19, à la Palisse, où il entendit la messe, et à Varennes-
sur-l' Allier ;
Le 20, à Moulins;
Le 21, à Saint -Pierre- le -Moutier et à Magni (canton de
Nevers) ;
Le 22, à la Charité-sur-Loire ;
Le 23, à Cône ;
Le 24, à Montargis;
Le 25, à Perches {apucl Perticas; sans doute Perches, que la
carte de Cassini indique au nord de Montargis, à l'ouest du clo-
cher de GiroUes) ;
Le 26, à Juvisi.
Dans les comptes du mois de mars et des mois suivants, nous
trouvons la mention des nombreuses entrevues que le comte de
Forez eut avec le roi Louis X. On en peut tirer d'utiles indica-
C88 NOTES SUR QUELQUES MANCSCRITS
tions pour compléter l'itinéraire dressé par M. de Wailly d'après
les dates des actes royaux. En voici le relevé :
Mars, 7, U, ^^, i6, n, 48 et ^19 : à Vincennes.
— 23 : à Pontoise.
— 29 et 30 : à Saint-Germain en Laie.
Avril, •15-22 : à Vincennes.
— 24-26 : à Vincennes.
— 29 : à Vincennes.
Mai, 6 : à Livri.
— 9 eL 10 : à Vincennes.
— 43 et -14 : à Vincennes.
— 49-22 : à Paris.
— 24-26 : à Paris.
— 27 : Le roi part pour Senlis. « Guiotus ... sequtus
fuit dominum regem post prandium apud Sanctum
Licium. »
Juillet, 25 : à Mailli (Marne, canton de Verzi). — Le soir de
ce jour, la reine était à Ghâlons : « In prandio cum
rege apud Mailly, et in sero apud Glialon in cena
cura regina. »
— 26 : à Reims. « Apud Logias (sans doute les Petites-
Loges, canton de Verzi) in prandio cum regina, et
in sero apud Reins cum rege. »
— 27 : à Reims, couronnement du roi.
Août, 8 : « Recessit dominus comcs de Sancto Quinlino, et
rediit erga regem, qui venire debebat apud Laudo-
ncnsem ; et totam caravanam suam (comitis) Irans-
iit apud Arrat, et fuit in prandio apud Ponlem
Anoyant (aujourd'hui Pont-à-Bucy, Aisne, canton
de Créci-sur-Serre), et in sero apud Laudonensem. »
— 44 : à Saint-Quentin.
— 45 : à Vermand (apud Vermens).
— 46-20 : à Péronne.
— 24 -24 : à Arras.
— 28 et 29 : à Arras.
Septembre, 2 : à Lille.
— 8 : aFuitdominuscomesinacieregisFrancorum,prope
rippam fluvii deu Liez a parte Insuie, in sero. »
— 9-4 2 : « Ibidem in acie. »
DU BARON DAUPHIN DE VERNA. 689
Septembre, ^13 : « Fuit dominus cornes In sero apud Tornay, et
venit de acie régis una cum dicto rege. »
Octobre, -12 : Le comte quitte Paris pour aller vers le roi. Il se
dirige sur Senlis en passant par Louvre en Parisis.
— -17 : aux Loges et à Saint-Germain en Laie.
— ^8 et ^19 : à Saint-Germain.
— 22 : ce Cum rege in Nemore^ et in cena cum regina
apud Sanctum Germanum in Laya. »
— Si : k Paris.
Novembre, V -. à. Paris.
— 2 : à Vincennes.
— 5 et 6 : à Royal-Lieu, près Compiègne.
— 8 : à Compiègne.
— 9-H : k Royal-Lieu.
— 42 et ^3 : près de Villers-Cotterets (in nemore prope
Villare Golli Régis).
La plupart de ces mentions devront s'ajouter aux indications
données dans le tome XXI du Recueil des historiens de la France
sur les séjours de Louis X. Elles s'intercalent à merveille dans
les tableaux dressés par M. de Wailly, et c'est une nouvelle
preuve de la confiance avec laquelle nous devons nous servir de
ces tableaux.
La présence du comte de Forez à la cour du roi fait voir de
quel crédit il jouissait auprès de Louis X. Nous savions déjà qu'il
avait été chargé de plusieurs missions de confiance. Le registre
des comptes nous apprend qu'au mois d'avril 1315 il fut envoyé
dans le Vermandois pour y traiter avec les Alliés. Cela résulte de
l'article suivant, inscrit à la date du 10 avril : « Stetit in Ver-
mandesio apud Corbiam ad expensas régis Francorum...; ubi
fuit missus per regem pro tractando cum militibus ipsius patrie
super facto Alianciarum. »
Au mois de juin suivant, le roi l'envoya en Provence, à la ren-
contre de la princesse qu'il devait épouser le mois suivant. Le
départ du comte est enregistré dans les comptes à la date du 9 juin :
Recessit dominus comes de Parisius, et iter suum arripuit eundo
obviam regine in Provinciam ad expensas régis Francorum, trans-
eundo per comitatum suum Foresii,
690 NOTES SDR QUELQUES MSS. DU BiRO.N DAUPHLN DE VERNA.
Une seconde mention de ce voyage se trouve a la date du
25 juillet.
En dehors de détails de ce genre, dont l'historien du roi Louis X
pourrait tirer parti, en dehors des notions qui se trouvent presque
à chaque ligne sur la valeur des objets de consommation, on
remarquera dans les comptes de la maison du comte de Forez une
foule de particularités sur la vie des grands seigneurs au com-
mencement du xrv® siècle et sur les sujets les plus variés.
Voici, par exemple, ce que, en feuilletant rapidement, j'ai
trouvé parmi les dépenses extraordinaires du 2 janvier 1315
(n. st.) : « Pro eundo in Alverghia quesitum burgensem qui
decoquit calcem sinelignibus. »
Il y a dans les comptes de l'hôtel et dans ceux de la dépense
extraordinaire, au 2 et au 9 février 1315 (n, st.), deux textes
qui suffisent pour lever toute espèce de doutes sur la signification
des mots Carniprivium novwn et Carnipi'imum vêtus, en
France au commencement du xrv® siècle :
Die dominica in purificatione beale Marie, qua fuit carniprivium
novum... — Dominica sequenti, in carniprivio veteri. (Compte des
dépenses extraordinaires.)
Die dominica que fuit in festo purificalionis béate Marie, et qua
die fuit carniprivium novum... — Die dominica sequenti, in carnipri-
vio veteri. (Compte de l'hôtel.)
L'expression Carniprivium novum désigne le dimanche de
la Quinquagésime*, et l'expression Carniprivium vêtus \e pre-
mier dimanche de Carême.
l. El non pas le mercredi des cendres, comme il est dit dans le Glossaire
des dates du Manuel de diplomatique, p. 261.
-f*
BIBLIOGRAPHIE.
Paléographie musicale. Les principaux manuscrits du chant grégo-
rien, ambrosien, mozarabe, ^a7^/caw, publiés en fac-similés photo-
typiques par les Bénédictins de Solesmes. Solesmes, impr. Saint-
Pierre; Paris, A. Picard, ^ 889-'! 895. In-4° (une livraison tous les
trois mois; 28 livraisons parues).
Les Pères de Solesmes, en publiant leur Paléographie musicale, se
proposent de nous faire passer sous les yeux, en entier ou par frag-
ments, les principaux manuscrits de chant grégorien, ambrosien, gal-
lican ou mozarabe, et, pour en aider l'intelligence, ils nous donnent,
en tête de chaque volume, une étude de musicographie.
Il y a donc dans cette publication deux parties bien distinctes :
a. Une partie de texte, où nous devons à la plume autorisée de dom
Mocquerau une théorie de la notation neumatique et quelques études
de musique liturgique.
h. Une partie de fac-similés reproduisant un antiphonaire de Saint-
Gall et un autre d'Einsiedeln, ainsi que le répons-graduel « Justus ut
palma, » d'après deux cents manuscrits environ, et qui est d'un haut
intérêt pour l'histoire des neumes.
Gomme le travail des Bénédictins, après ceux de Fétis, de Nisard,
de Coussemaker, de Raillard, d'Hermesdorff, de Riemann, est l'exposé
le plus clair de la question et le guide le plus sûr que nous ayons pour
ces études, il n'y a aucune difficulté à présenter leurs théories et à
suivre leurs conclusions.
L'écriture neumatique a été la notation musicale usitée en Occident,
peut-être pour la musique profane, assurément pour tous les chants de
l'Église latine, du vii« au xn« siècle, jusqu'au moment où peu à peu
nous en voyons sortir les éléments de la notation usuelle et tradition-
nelle du plain-chant.
Sur la question d'origine, la première qui se pose, avant les Béné-
dictins, voire même depuis, on a écrit de curieux romans, d'après les-
quels l'écriture neumatique, dérivée peut-être des notes tironiennes,
n'aurait pas été inconnue de l'antiquité chaldaïque et assyrienne! Les
Pères de Solesmes remontent assurément moins haut dans le passé et
leur théorie est simplement la vérification de cette assertion de Gicéron :
692 BIBLIOGEAPHIE.
Est autem in dicendo etiam quidam cantus obscurior. Dans le discours
en effet, ce sont les accents, soit graves, soit aigus, qui marquent cette
mélodie intérieure du langage ; or, les neumes ne sont que la traduc-
tion musicale de ces accents ou, plus exactement, ils ne sont autre
chose dans le chant liturgique que l'accent grave ou l'accent aigu ou le
produit de leur combinaison.
Entre l'accent et la figure neumatique, il y a identité de formes : cette
ressemblance est forcée, l'origine étant la même, l'accent et le neume
étant tous deux en quelque manière la représentation graphique du
geste de l'orateur qui, élevant la voix, élève la main, manus a sinistra
parie incipit, qui, laissant tomber la voix, laisse aussi tomber sa main,
in dextra deponitur. Dans le premier cas, c'est l'accent aigu tracé de
bas en haut et penché vers la droite; dans l'autre, c'est l'accent grave
tracé de haut en bas et tendant à descendre. Or, l'accent aigu, c'est la
virga des neumes, qui toujours, dans le chant liturgique, marque une
élévation de la voix, et l'accent grave correspond au punctum qui, dans
la notation neumatique, représente au contraire un abaissement de la
voix; toutes les autres figures sont dues à la combinaison des deux
accents ; le podatus est fait d'un accent grave, suivi d'un accent aigu,
le clivis d'un accent aigu, suivi d'un accent grave, le porrectus d'un
accent aigu, d'un accent grave et d'un accent aigu, le climacus d'un
accent aigu et de deux accents graves, et c'est ainsi que l'on arrive aux
figures les plus compliquées dont le nombre peut augmenter encore
quand, à un groupe finissant sur une note aiguë, on ajoute un accent
grave, ou réciproquement, quand, à un groupe finissant par une note
grave, on ajoute un accent aigu; le groupe neumatique est dans le pre-
mier cas qualifié de flexus, dans le second de resupinus; ainsi, le por-
rectus^ qui se termine par un accent aigu, peut devenir flexus par l'ad-
jonction d'un accent grave ; le climacus, de même, peut recevoir un
accent aigu qui relève la voix sur sa terminaison et devenir resupinus.
Telle est en gros la notation neumatique la plus ancienne à laquelle
les Pères de Solesmes ont donné le nom de notation oratoire ou chiro-
nomique; elle est encore bien primitive et ne laisse que vaguement
apercevoir la future notation du plain-chant vers laquelle pourtant une
suite de transformations nous conduira sans défaillances. Cette notation
chironomique est, disons-nous, fort imparfaite, car elle ne connaît rien
encore du principe fécond de la superposition des notes; la forme
intrinsèque de chaque signe indique seule l'élévation ou l'abaissement
de la voix ; les neumes en outre, par rapport les uns aux autres, indiquent
une élévation ou un abaissement absolument indéterminés et, pris en
eux-mêmes, n'ont aucune valeur au point de vue de la force et du temps.
Aussi cette notation primitive, dont Gui d'Arezzo disait :
Taie erit, quasi funem dum non habet puteus,
Cuius aquae, quamvis multae, nil prosunt videntibu»,
BIBLIOGRAPHIE. 693
devait surtout servir, par son graphique conventionnel, à rafraîchir la
mémoire d'un chantre, auquel, plus que les neumes eux-mêmes, l'ha-
bitude et la tradition avaient appris les mélodies du graduel et de l'an-
tiphonaire.
Cet état de choses ne pouvait durer : il fallait, malgré une filiation
ininterrompue de maîtres et d'élèves, donner aux mélodies grégoriennes
de plus sûres garanties que la mémoire des chantres ; il fallait les fixer
par une notation vraiment musicale, et le système diastématique fut un
immense progrès sur les neumes-accents de la notation oratoire, qui
disparaît pour faire place au principe de la superposition des notes. « La
vertu significative qui, dans le système des accents, était répandue dans
le trait tout entier, se retire peu à peu vers les extrémités des lignes et
se concentre dans les points. Ces points deviennent la partie essentielle
du groupe et les anciens accents ne sont plus que des ligatures qui
maintiennent l'unité de la formule. Il n'y aura plus qu'à espacer les
notes à des hauteurs régulières, puis à les placer sur des lignes, et le
nouveau système aura reçu son dernier perfectionnement. » La réduc-
tion des accents en des points et la position de ces points sur des lignes,
voilà donc les deux innovations capitales et, avec elles, le grand pro-
blème résolu, si bien, qu'en traduisant d'une manière sensible et par-
faite tous les intervalles usités dans le chant, le principe diastématique
est le point de départ de notre notation musicale moderne.
Naturellement, il se fit une transformation profonde dans l'ancienne
forme des neumes. L'antique neume-accent se plia aux exigences nou-
velles; son corps s'amaigrit et l'une de ses extrémités s'étendit pour
devenir un point; bientôt les formes se régularisèrent afin de trouver
place sur les lignes de la portée, et c'est par des modifications insen-
sibles, mais continues, que nous arrivons, vers le xv« siècle, au gra-
phique actuel du plain-chant. Puis, quand le principe de la superposi-
tion des notes se fut imposé, quand les intervalles eurent une signification
précise, c'est alors que, pour disposer les notes à la hauteur convenable,
on traça d'abord une ligne autour de laquelle chaque note trouvait sa
place. Idée féconde encore qu'incomplète, mais elle portait en elle son
complément : la première ligne, tracée souvent en rouge, avait corres-
pondu à la note de fa, la seconde, de couleur jaune, porta ïut. Il n'y
avait qu'à continuer dans cette voie ; on fixa les intervalles entre fa et
ut par une troisième ligne répondant à la note la, et bientôt, selon que
le chant s'étendait vers les sons graves ou vers les sons aigus, on ajouta
une quatrième ligne, soit au-dessous de fa, soit au-dessus de ut. Ainsi
fut constituée, au temps de Gui d'Arezzo, la portée actuelle de quatre
lignes, mais dont l'usage ne fut général que longtemps après, puisqu'au
xvne siècle nous avons encore des manuscrits à notation neumatique
sans lignes.
Après avoir ainsi sommairement exposé les diverses transformations
694 BIBLIOGRAPHlt:.
des neumes, telles que les Pères de Solesmes nous les font connaître, il
reste à dire un mot des notes liquescentes et des signes romaniens.
a. Les formules liquescentes ou notes semi-vocales ont pour effet
d'exprimer, au moyen d'une légère modification dans la forme des
neumes ordinaires, une modification de son produite par l'influence
directe du texte sur la mélodie, au contact de certaines combinaisons de
consonnes et de voyelles.
C'est ce qui se produit quand deux consonnes se rencontrent, dont la
première est une liquide ou une dentale explosive i ou d ou la sif-
flante s, quand il y a le groupe de lettres g7i dans le corps d'un mot,
quand devant un J se trouve l'une des lettres d, m, n, r, t, b, s, l. La
liquescence se produit encore quand les consonnes m ou g sont seules
entre deux voyelles; il en est de même pour le j; enfin, la diphtongue
au donne aussi lieu à la liquescence.
L'effet produit dans le chant par la liquescence est d'effacer le son,
de l'étouffer en quelque sorte au passage d'une syllabe à l'autre, et cette
note étouffée, qui doit s'exécuter en o portamento, » c'est-à-dire en
portant la voix, remplit dans la mélodie le rôle de la voyelle d'appui
dans le corps des mots, si bien que, par le fait de la liquescence, et
prononcé à l'italienne, le mot confundantur, par exemple, devient
connefuw^^dannetur.
b. Les lettres romaniennes, dont Ekkehard IV le Jeune, chroniqueur
de Saint-Gall, attribue expressément l'invention à Romanus, ce chantre
romain qui vint à l'abbaye de Saint-Gall au temps de Charlemagne,
sont de véritables signes accessoires de l'écriture neumatique. Elles cor-
respondent assez bien aux signes destinés dans notre musique moderne
à indiquer les nuances et le mouvement. On ne les rencontre que dans
les manuscrits sangalliens, où elles sont relatives soit à l'intonation
soit au rythme. Elles se présentent entremêlées dans les figures ueu-
matiques sous la forme de simples lettres ayant chacune sa signification
précise, ainsi :
a : ut altius elevetur admonet.
p : pressionem significat.
L'exposé de la notation neumatique devait être pour les Pères de
Solesmes l'objet de leurs premiers soins et la partie importante de leu r
travail. Ils l'ont d'ailleurs compris ainsi. Mais, une fois soulagés de cette
tâche ardue, ils ont entamé une série d'études, qu'ils mèneront loin et
longtemps, nous pouvons l'espérer, où ils s'efforcent de prouver par des
arguments intrinsèques, c'est-à-dire tirés des cantilènes sacrées elles-
mêmes, que l'accent tonique et le cursus ont exercé une influence
active sur la formation mélodique et rythmique de la phrase grégorienne,
qu'ils sont les bases sur lesquelles reposent tout l'édifice du chant, l'os-
sature qui lie et soutient ce corps mélodique.
BIBLIOGRAPHIE. 695
Ces études, d'une importance absolument capitale pour la restau-
ration et l'interprétation des chants d'église, sont en même temps une
œuvre de saine polémique contre l'hérésiarque officiel de Ratisbonne,
Pustet, dont les éditions, soi-disant autorisées, sont en matière de plain-
chant le dernier mot de la fantaisie. Dans cette croisade, les Bénédic-
tins agissent un peu comme ces évêques guerriers du moyen âge, aux-
quels il était défendu de verser le sang et qui allaient au combat, non
avec une épée, mais avec une masse d'armes. On ne trouve pas en effet
dans la Paléographie musicale un seul mot de critique , pas une
remarque désobhgeante à l'égard de Pustet, mais, en regard de la ver-
sion des manuscrits, les Bénédictins, pour la plus grande édification de
leurs lecteurs, ont, avec un art extrême, disposé en faisceau les erreurs
de l'édition de Ratisbonne : les preuves de fait, plus sûres que la cri-
tique mordante, sont donc pour eux leur massue de combat.
En outre, il reste à signaler une brève étude, quelques pages à peine,
dans laquelle les Pères de Solesmes semblent avec raison s'être tout
particulièrement complu. C'est un précis d'histoire de la notation neu-
matique, et, sans vouloir énumérer après eux quels furent les grands
centres de dispersion de cette écriture ni les modifications qu'elle a
reçues dans les divers pays et aux différents siècles, nous terminerons
en essayant de faire ressortir de quelle utilité peut être l'étude de la
Paléographie musicale non seulement aux amis éclairés et convaincus
du chant liturgique, qui veulent à l'aide des manuscrits anciens en éta-
blir un texte vraiment correct et critique, mais au plus profane des
savants, à l'érudit le plus étranger à toute question religieuse.
Désormais le paléographe désireux de fixer scientifiquement l'âge et la
provenance d'un manuscrit n'aura-t-il pas deux éléments de critique au
lieu d'un, pour poser ses conclusions, deux éléments de critique pou-
vant se contrôler réciproquement, le texte et la musique? Les chances
d'erreur se trouvent donc diminuées de moitié. Mieux que cela, grâce
à la connaissance des vieilles notations liturgiques, il ne risquera pas
de prendre un signe neumatique ou une lettre romanienne pour une
obscurité paléographique.
Enfin les Bénédictins, — et ce sera peut-être là une des conséquences
les plus fécondes de leur œuvre, — nous laissent entrevoir la possibi-
lité d'une phonétique musicale : il y a pour le philologue matière à
glaner dans ce chant liturgique où l'union de la mélodie et du texte
est si étroite, où les finesses de la prononciation ont toujours un écho
dans le chant. On n'a pas oublié ce que sont les notes liquescentes ; de
ce qu'elles abondent tout particulièrement dans les notations lombardes
du sud de l'Italie, n'en faut-il pas entre autres choses conclure qu'il y
avait en ce pays une prononciation du latin plus délicate qu'ailleurs?
L'étude de l'accent tonique trouve aussi dans le chant de l'église des
éléments nouveaux; de même, le cursus, que M. Noël Valois avait res-
696 BIBLIOGRAPHIE.
treint aux bulles pontificales, s'en va, dépassant la langue ecclésiastique,
trouver son reflet dans le chant psalmodique.
Peut-être la Paléographie musicale des Bénédictins de Solesmes
aura-t-elle, comme tant d'œuvres d'érudition, le sort de vieillir avec ceux
qui l'ont faite ; mais souvenons-nous que ce sont surtout les systèmes
qui vieillissent, tandis que les résultats de recherches laborieuses, les
faits précis, les plus matériels parfois, les recueils de documents restent
toujours ce qu'ils sont. Nous avons dans la Paléographie une riche col-
lection de fac-similés musicaux; or, si les théories bénédictines sur
le chant liturgique devaient un jour par aventure céder le pas à celles
de Pustet, on n'en consulterait pas moins la publication de Solesmes
pour les documents qui s'y trouvent réunis, pour les manuscrits dont
nous avons là une reproduction fidèle et qui sont en quelque sorte les
témoins irrécusables de la vérité des théories bénédictines sur les
neumes et sur les cantilènes sacrées.
Pierre Aubry,
Notice sur le numéro 16409 des manuscrits latins de la Bibliothèque
nationale, par B. Hauréau, tiré des Notices et extraits des manus-
crits..., t. XXXIV, 2*' partie. Paris, Ch. Klincksieck, '1893. Ill-4^
48 pages.
M. Hauréau continue à enrichir le recueil des Notices et extraits des
manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques de savantes
et ingénieuses notices du genre de celles qu'il a récemment réunies dans
les six volumes in-S» {Notices et extraits de quelques manuscrits latins de
la Bibliothèque nationale) qui ont été accueillis avec tant de reconnais-
sance. — La présente brochure est consacrée à un manuscrit qui con-
tient quantité d'actes théologiques (vespéries, auliques, resomptes, etc.,)
soutenus à Paris, au xiv^ siècle. « Nous ne possédons pas d'autres recueils,
dit M. Hauréau, qui nous fassent mieux connaître quelles étaient, vers
la fin du xiv*' siècle, les questions agitées entre les théologiens de Paris,
comment ils les discutaient et s'efforçaient de les résoudre. » Ce volume,
donné jadis par maître Thomas de Cracovie aux pauvres écoliers de la
petite Sorbonne, est aussi assez intéressant pour l'histoire littéraire : on
y trouve des écrits ou des « positions » de plusieurs maîtres connus, tels
que le sorbonniste Nicolas d'Autricourt et Richard Barbe, le proviseur
du collège d'Harcourt.
Les exercices de logique appliqués aux problèmes théologiques dont
le ms. lat. 16409 donne le compte-rendu sont d'ailleurs, pour la plupart,
très faibles ; c'est en particulier le cas des nombreux essais d'écoliers
qui sont consacrés à la réfutation des doctrines du Doctor profundus,
Thomas Bradwardin, le grand théologien du temps. Il y en a qui dénotent
quelque vigueur intellectuelle : mais peu de personnes ont la force d'abs-
BIBLIOGRAPHIE. 697
traction et l'érudition scolastique qui sont nécessaires pour les entendre;
et prend-on la peine de les lire, c'est pour en constater le néant et
le danger. Telle est la conclusion de M. Hauréau : il ne faut pas
s'étonner que l'Église se soit précipitée dans le mysticisme et que la
théologie de Vlmilation ait remplacé la théologie de l'école. Ces débats
au sujet de l'inconnaissable, insolubles par essence, étaient aussi inquié-
tants pour l'orthodoxie que mortels pour la pensée,
Gh.-V. L.
Die Eandschriften der grossherzoglich Badischen Hof-und Landes-
bibliothekin Karlsruke. IIV. Die Durlacher und Rastafter Eand-
schriften beschrieben, von x\lfred Holder. Karlsruhe, Ch. Th. Groos,
4895. Gr. in-8°, 206 page?.
Le fonds de Durlach et celui de Rastatt, dont M. le D^ Alfred Hol-
der vient de nous donner des notices rédigées avec le plus grand soin,
renferment surtout des manuscrits modernes, qui ont assez peu d'in-
térêt pour nous. Le fonds de Rastatt renferme cependant des textes du
moyen âge qui ont une grande importance :
Le no 22, Correspondance de saint Boniface, etc.
Le n» 24, Traités ou lettres d'Alcuin, de saint Jérôme, d'Ives de
Chartres, etc. — « Historia Waltarii. »
Le n° 27, « Manegoldi ad Eberhardum liber. »
Nous appelons l'attention sur le n° 29, petit volume de 53 feuillets
de parchemin, de la première moitié du xvi^ siècle, dans lequel M. le
D"" Holder nous signale des pièces relatives à François I" et à des prin-
cesses de la maison royale. Le volume est orné de 14 miniatures, parmi
lesquelles on remarque les portraits de François I^r, de Louise de Savoie
et de Marguerite de Valois.
G. ScHLUMBERGER. Mélanges d'archéologie byzantine. 1"'^ série. Paris,
E. Leroux, -1895. In-8", 350 pages.
C'est un excellent exemple que donne M. Schlumberger en réunis-
sant en un volume les nombreux articles déjà publiés par lui dans
divers recueils. Il a la prudence de mettre ainsi, entre les mains des
érudits, les diverses notes et dissertations que, faute de les trouver au
moment où l'on en a besoin, on risquerait d'ignorer. Il a voulu éviter
à d'autres le labeur qu'il s'était imposé lorsqu'il voulut rendre hom-
mage à la mémoire d'Adrien de Longpérier.
M, Schlumberger a une connaissance toute spéciale de l'histoire et
1. Les deux premiers fascicules, publiés en 1891 et 1892, sont consacrés le
premier à l'histoire des collections et le second à la notice des manuscrits
orientaux.
4895 46
698 BIBLIOGRAPHIE.
de l'archéologie byzantines. Le recueil qu'il offre à ses lecteurs touche
un peu à tout : numismatique, sphragistique, amulettes, poids, ivoires,
orfèvrerie, reliquaires. Ces articles ont paru d'abord dans la Revue de
numismatique, les Comptes-rendus de l' Académie des inscriptions et belles-
lettres, la Gazette des beaux-arts, le Bulletin monumental, la Revue de
l'Orient latin, la Byzantinische Zeitschrift, la Fondation Piot, la Revue
des études grecques.
Nous n'avons qu'un léger reproche à faire à notre savant confrère ;
dans un livre où, il le dit lui-même, il y a tant de sujets traités, tant
de questions présentées au public, tant de monuments décrits, on aime-
rait à trouver une table détaillée des matières. M. Schlumberger l'a
bien reconnu lorsqu'il s'est occupé de l'œuvre de Longpérier. Du reste,
nous n'avons aujourd'hui qu'une première série. Il nous est permis
d'espérer dans l'avenir.
A. DE B.
Gh. GiVELET, II. Jadart, L. Demaisox. Catalogue du Musée lapidaire
rémois. Reims, N. Monce, ^89o. ln-8°, ^00 pages, avec gravures
intercalées.
Il y a quelques années, la ville de Reims ne pouvait présenter aux
curieux que quelques rares inscriptions; aujourd'hui, grâce aux recherches
de patients archéologues et à des fouilles heureuses, Reims peut se
vanter d'avoir un musée lapidaire. Cette collection, qui remplit la cha-
pelle basse de l'archevêché, serait bien plus curieuse encore à consulter
si l'on y centralisait tout ce qui est dispersé dans deux autres locaux;
mais l'espace manque et il faut attendre la construction d'un musée
spécial qui est projetée, mais qui se fera peut-être attendre quelques
années.
Le catalogue de la chapelle de l'archevêché comprend 202 articles,
depuis l'époque antique jusqu'au xvii« siècle. Chaque objet est décrit
avec soin et les auteurs, toutes les fois qu'il y a lieu, ajoutent à la des-
cription un commentaire aussi sobre qu'instructif.
A. DE B.
Joseph Garnier. V Artillerie des ducs de Bourgogne, d'après les
documents conservés aux archives de la Côte-d'Or. Paris, II. Cham-
pion, ^895. In-8°, 298 pages.
Le savant et infatigable doyen des conservateurs d'archives départe-
mentales, M. Joseph Garnier, vient de compléter sa monographie de
l'Artillerie de la commune de Dijon... ^ par une substantielle étude d'en-
1. Dijon, 1863, in-S", 64 p. et 4 pi. (Extrait de V Annuaire du département
de lu Côle-d'Or.)
BIBLIOGRAPHIE. 699
semble sur l'Artillerie des ducs de Bourgogne de la maison de France.
Voilà enfin comblée, non seulement au point de vue bourguignon, mais
comme histoire générale des débuts de la balistique moderne, une
lacune dont tous les auteurs spéciaux avaient jusqu'à présent à cons-
tater et à regretter l'étendue.
Il n'existe pas, en effet, et il ne peut guère exister de travail analogue
à celui-ci pour l'ancienne artillerie ^ des rois de France, non plus que
pour celle des ducs d'Anjou, de Berry, d'Orléans, de Bourbon, de Bre-
tagne, de Lorraine, de Savoie, etc.; les matériaux nécessaires à cette
enquête ont en grande partie disparu. Avec les ducs de Bourgogne,
heureusement, les informations abondent.
L'incomparable série de comptes que possèdent les Archives de la
Gôte-d'Or et que connaît si à fond notre érudit collègue lui a fourni une
réunion de documents d'une richesse, d'une variété et d'un intérêt
exceptionnels. Le parti qu'il a su tirer d'une prodigieuse masse d'ex-
traits, le soin qu'il a apporté à les coordonner et à les commenter
rehaussent encore l'importance de son ouvrage.
Depuis les « engins » employés par le duc Eudes IV en 1336, depuis
les « quanons » rudimentaires qui apparaissent pour la première fois au
début du règne de Philippe le Hardi, jusqu'aux diverses espèces de
bouches à feu en usage sous Charles le Téméraire, — bombardes,
veuglaires, couleuvrines, serpentines, etc., — depuis les fusées de feu
grégeois jusqu'aux arquebuses, tout le matériel de guerre du moyen
âge est ici successivement passé en revue avec un luxe de détails qui
ne laisse rien à désirer pour l'histoire militaire de la Bourgogne pro-
prement dite, le cadre de l'auteur ne comprenant pas les sources de
renseignements complémentaires de la Chambre des comptes de Lille,
relatives plus spécialement, à partir de Philippe le Bon, au vaste
domaine des ducs dans la région du nord. Mais les limites mêmes de
ce cadre sont assez larges et offrent assez d'élasticité pour que nous
n'ayons pas à nous plaindre de la restriction systématique du champ
d'exploration. Tel quel, le livre répond à toutes les exigences : inven-
taires généraux d'artillerie, états particuliers de canons, de veuglaires,
etc., reproduisant parfois la marque de chaque pièce, marchés conclus
avec des fondeurs de bombardes, relations de sièges, — on n'en ren-
contre nulle part, à ma connaissance, d'aussi complète, sous le rapport
technique, que celle du siège de Vellexon (1409-1410), — historique du
personnel de l'artillerie des ducs [artilleurs, maîtres canonniers, maîtres
de l'artillerie, etc.), données balistiques de tout genre; les patientes
investigations de M. Garnier ont porté sur les grandes lignes de son
sujet et sur les moindres points, et on lui doit d'avoir mis en lumière
tout ce qu'il importe réellement de savoir.
1. Rappelons que le mot artillerie est pris ici dans son acception du moyen
âge : matériel de guerre de tout genre.
700 BIBLIOGRAPHIE.
Ajoutons que les lecteurs auxquels ce volume s'adresse y trouveront,
aux appendices, un tableau comparatif des divers genres de canons
mentionnés au cours de l'ouvrage, tableau indiquant, sous forme de
résumé synoptique, les « dimensions, calibre, charge et attelage des
pièces d'artillerie. » L'auteur a aussi assumé la tâche de dresser, — au
prix de quel labeur? les médiévistes seuls peuvent s'en rendre compte,
— un copieux et excellent « glossaire des mots anciens ou d'une accep-
tion difficile, » oîi les lexicographes de notre vieille langue devront
beaucoup glaner. Enfin, deux index, l'un, des noms de personnes,
l'autre, des noms de Ueux, et une table des matières offrent toute faci-
lité de recherches aux personnes appelées à profiter, pour leurs tra-
vaux, des nombreux et précieux documents si bien mis en œuvre par
M. Garnier.
B. P.
Le D"" Paul Dorveaux, bibliothécaire de l'École supérieure de phar-
macie de Paris. Inventaires d'anciennes pharmacies dijonnaises
(xv^ siècle). Dijon, -1892. In-8^ 29 pages. — Inventaire de la
pharmacie de l'hôpital Saint-Nicolas de Metz (27 juin -1509).
Paris, LS94. In-8°, 73 pages. — Une Pharmacopée française du
XIV^ siècle, tirée de /'Axtidotaricm Nicolai, et diverses recettes
de la même époque^ publiées d'^après un manuscrit de la Biblio-
thèque nationale. Paris, ^895. In-8'', 47 pages. — Le Myroael
des appolhiquaires et pharmacopoles (le Miroir des apothicaires),
par Symphorien Ghanpier. Nouvelle édition... Paris, 1895. In-8%
5() pages.
Malgré la spécialité de leur sujet, ces quatre publications doivent
être au moins signalées dans un recueil particulièrement consacré,
comme celui-ci, à l'étude du moyen âge. Elles fournissent en etïet un
appoint important à l'histoire de la pharmacopée française du xiv<= au
xvi« siècle, grâce aux annotations et aux commentaires que l'auteur a
partout prodigués avec une érudition et une compétence auxquelles il
n'est que juste de rendre hommage.
Les lexicographes qui se sont attachés à la reconstitution du latin et
du français de la période médiévale ont trop négligé jusqu'ici les
grandes encyclopédies des sciences naturelles d'il y a quatre ou cinq
siècles, telles que les Synonyma medicinae seu Glavis sanationis, de
Simon de Gênes, VOpus Pandectarum medicinae, de Mathieu Silvatico,
VHorlus sanitalis, de Jean Cuba, VArbolayre, contenant la qualitey et
virtus (sic), proprietey des herbes, arbres..., les Opéra omnia, d'Aldro-
vandi, etc., etc. A combien d'entre nous n'arrive-t-il pas souvent d'être
fort embarrassé pour élucider le sens de tel ou tel mot scientifique
rencontré au cours d'un vieux texte? A ce point de vue, les tables
jointes aux publications de M. le D"- Dorveaux éviteront dès aujourd'hui
BIBLIOGRAPHIE. 70^
bien des recherches infructueuses dans du Gange, La Gurne de Sainte-
Palaye, Godefroy, etc., en attendant que le savant bibliothécaire de
l'École de pharmacie fasse bénéficier le public du glossaire complet
qu'il prépare sur la matière.
Prenons un exemple au hasard. Qu'était-ce que le vernis contenu
dans un petit récipient, qui figure parfois dans les anciens inventaires
mobiliers, parmi les menus objets composant « une escriptoire »?
Du Gange traduit « vernicium » par « liquata juniperi lacryma; gallice
vernis. » Rien là-dessus dans La Gurne de Sainte-Palaye. Le Glossaire
de Laborde contient deux citations de ce terme, mais il ne l'explique
pas et en « ignore l'étymologie. » Godefroy ne mentionne pas cette
acception du mot vernis, et, des deux autres sens qu'il indique, l'un
est erroné. M. le D"" Dorveaux nous révèle, d'après des auteurs des xiv«
et xve siècles, que « le vernis à getter sur escripture » est la sandaraque.
B. P.
Edouard Bonvalot, ancien conseiller de Cour d'appel. Histoire du
droit et des institutions de la Lorraine et des Trois-Évêchés (843-
^789) (1" partie : du Traité de Verdun à la mort de Charles II),
avec une introduction de M. Ernest Glasson, membre de l'Institut.
Paris, Pichon, -J895. In-8°, vii-386 et xxiv pages.
M. Edouard Bonvalot est bien connu de quiconque s'occupe d'his-
toire du droit; voici de longues années qu'il cultive avec succès le
champ si vaste de l'ancien droit alsacien ou lorrain. G'est au droit lor-
rain qu'il vient de consacrer le premier volume d'une œuvre importante,
justement honorée du prix Odilon Barrot par l'Académie des sciences
morales et politiques; une intéressante introduction de M. Glasson le
présente au public. Ge volume concerne exclusivement l'époque com-
prise entre le traité de Verdun (843) et la mort du duc Gharles II
(1431), qui se divise naturellement en deux périodes : l'une antérieure
à l'avènement du duc Gérard d'Alsace (1048), c'est-à-dire à la constitu-
tion définitive du duché héréditaire, l'autre postérieure à cet avène-
ment.
Les deux parties du volume, répondant à chacune de ces périodes,
présentent, comme on peut s'y attendre, des caractères très différents.
A l'époque carolingienne et au siècle qui la suit, peu de traits originaux
distinguent les institutions du pays lorrain; aussi l'exposé du droit
public de la Lorraine, contenu dans la première partie, n'est, en somme,
qu'un tableau en raccourci du droit public de l'État carolingien. Ge
tableau est tracé d'après un plan rigoureusement méthodique, à savoir :
histoire sommaire de la Lorraine, sources du droit, la nation et le
roi, gouvernement central, gouvernement provincial, justice, armée,
finances. Un dernier chapitre est consacré aux divers éléments du
702 BIBLIOGRAPHIE.
régime féodal, qui doit remplacer l'édifice bâti par les rois francs, c'est-
à-dire l'immunité avec l'avouerie des églises qui en fut la conséquence,
l'hérédité des offices, la recommandation et la vassalité, les bénéfices et
les fiefs. On remarquera qu'il n'est question que du droit public; le
droit privé est réservé à un autre volume. Je me borne à signaler dans
cette vaste et consciencieuse étude quelques points qui méritent un inté-
rêt particulier :
1° Il y a quelques années, en 1890, M. Bonvalot a proposé', sur l'ori-
gine des formules de Marculfe, une opinion tout à fait nouvelle.
Cette opinion, avec les motifs sur lesquels elle repose, est exposée
tout au long dans l'ouvrage de M. Bonvalot. Elle peut être ainsi
résumée : Marculfe fut, dans la seconde moitié du vn^ siècle, le
cellérier du monastère de Salinis (Moyenvic, en Lorraine). Il a com-
posé son formulaire à l'aide de documents austrasiens, en se con-
formant d'ailleurs aux coutumes de la région où il habitait. Il l'a
successivement dédié à deux évèques de Metz, saint Clou et Landéric
ou Landry. « A ce titre, Marculfe est le plus ancien historien des vieux
usages de la Lorraine. » On voit combien cette opinion diffère des idées
généralement reçues, d'après lesquelles Marculfe serait un moine de
Saint-Denis en France dédiant son œuvre à Landry, évêque de Paris,
ou un moine de Rebaix l'offrant à un autre Landry, évêque de Meaux.
2° En traitant des sources du droit, M. Bonvalot rencontre le groupe
des collections pseudo-isidoriennes. Sur la question de l'origine des
Fausses Décrétales, il indique sommairement les diverses opinions; mais
il s'abstient de se prononcer, ce en quoi je ne puis lui donner raison.
Je ne crois pas non plus qu'on puisse dire que les Fausses Décrétales
n'ont été vulgarisées en Allemagne qu'à partir du xi^ siècle 2; elles y
ont circulé de très bonne heure, ainsi qu'en France et en Italie. — Il
ne semble pas qu'on puisse sans témérité faire d'Angilramn, évêque de
Metz à la fin du vni« siècle, le promoteur du Capitula Angilrainni; ces
extraits appartiennent certainement à la littérature isidoricnne, posté-
rieure d'un demi-siècle à Angilramn.
3° On lira avec un intérêt particulier le chapitre où il est traité des
éléments de la féodalité. On y trouvera notamment des renseignements
intéressants sur l'immunité et l'avouerie, institutions importantes en
tous pays, mais particulièrement en Lorraine. Sur les avoueries, M. Bon-
valot a écrit un excellent chapitre, en tète duquel, suivant sa coutume,
1. Dans son mémoire manuscrit soumis à l'Académie des sciences morales et
poliliques. Voyez sur ce mémoire, couronné par l'Académie des sciences morales,
le rapi)ort de M. Glasson, Séances et travaux de l'Académie des sciences morales,
t. CX.XXVI (18')1). Celte opinion est identique pour le fond à celle que, de son
côté, M. Pfister a développée dans la Revue historique (septembre 1892).
2. P. 19.
BIBLIOGRAPHIE. 703
il a placé une riche bibliographie. Sur l'immunité, après avoir établi la
liste, fort utile à consulter, des chartes octroyées aux églises lorraines,
l'auteur soutient, contre Fustel de Coulanges, que l'immunité était, en
principe, concédée par le souverain tant pour lui-même que pour ses
successeurs, en d'autres termes, qu'elle était perpétuelle. Il estime, à
rencontre de M. Prost, l'historien des institutions de Metz, et de divers
autres auteurs, qu'elle implique véritablement l'étabhssement d'un droit
de justice en faveur de l'immuniste. — Sa conclusion générale est qu'en
Lorraine « les seigneurs, laïcs et ecclésiastiques, arrivèrent plus aisé-
ment et plus rapidement qu'ailleurs à l'affranchir de l'autorité royale, à
s'assurer l'hérédité de leurs charges et de leurs bénéfices. » Les nom-
breuses principautés qui se formèrent a jouissaient de l'indépendance
et de la souveraineté sous le pouvoir, plus nominal que réel, du roi de
Germanie. »
La seconde partie, plus originale que la première, contient la vraie
substance de l'œuvre de M. Bonvalot. C'est qu'alors il y a une Lorraine
et un droit lorrain se manifestant par des institutions qui lui appar-
tiennent en propre, parce que, les ayant prises dans le fonds commun,
il les a transformées à son usage. Le plan suivi par M. Bonvalot est,
dans ses grandes lignes, le même que celui de la première partie : esquisse
de l'histoire politique, sources du droit, puis étude des institutions, à
savoir : la chevalerie et le duc, le gouvernement central, le gouverne-
ment local, l'organisation judiciaire, militaire et financière. Tout ceci
concerne surtout le domaine ducal. M. Bonvalot examine ensuite les
institutions propres au Barrois, réuni à la Lorraine au xv^ siècle, et l'or-
ganisation des seigneuries particulières.
De cet ensemble, si riche de faits observés avec soin, je ne puis
retenir que deux points, très caractéristiques, à mon sens, des institu-
tions lorraines ^.
Le premier, c'est l'existence en ce pays, depuis les temps les plus
reculés, d'une « chevalerie. » Cette chevalerie est décrite par M. Bon-
valot comme un corps de barons, existant dès le x^ siècle, souverains
et hauts-justiciers sur leurs terres, indépendants les uns des autres,
« jouissant en face de l'autorité ducale et contre elle de prérogatives par-
ticuhères. » Ces prérogatives consistent dans la part importante que
prennent les chevaliers au gouvernement du pays et à l'administration
de la justice ; aussi se prétendent-ils les égaux et les juges du duc. J'ima-
gine que cette chevalerie n'est qu'une forme de l'aristocratie foncière en
laquelle se sont concentrés les droits des hommes libres de l'époque
1. Il n'est pas inutile de faire remarquer qu'à propos des sources du droit
lorrain pendant cette période M. Bonvalot émet l'opinion que « le Miroir de
Souabe n'a jamais fait autorité en Lorraine ni servi d'auxiliaire à ses coutumes »
(p. 208).
704 BIBLIOGRAPHIE.
franque. Au début du moyen âge, comme il est arrivé souvent dans
l'histoire, il n'y a plus que les riches et les puissants qui, ayant cons-
cience des droits reconnus jadis à tous les membres de la communauté,
se préoccupent de les exercer ; à l'homme libre succède l'homme de con-
dition supérieure. Il en fut ainsi en Lorraine, et de là dut naître la
chevalerie. Cette aristocratie était d'ailleurs destinée à disparaître devant
les progrès du pouvoir absolu : elle se maintint plus longtemps en Lor-
raine par suite de sa cohésion et aussi par l'effet de la faiblesse des ducs,
qui, à plusieurs reprises, durent rechercher son appui.
L'autre fait qu'il importe de signaler résulte des observations de
M. Bonvalot sur la constitution du pouvoir judiciaire. Ce sont les cheva-
liers présents dans les assises qui y jugent ; de même les échevins dans
les tribunaux de bailliage, de prévôté et de mairie ; le duc, ou mieux
le fonctionnaire qui le représente, ne fait que recueillir les avis et pronon-
cer la sentence. Le même système se retrouve dans les justices seigneu-
riales et dans ces tribunaux d'une organisation si originale qu'on appelle
les féautés. En vérité, M. Bonvalot a bien raison d'écrire : « La législa-
tion lorraine a recueilli du droit franc un principe qui fonctionne d'une
façon constante, pour les roturiers comme pour les nobles, dans les
juridictions seigneuriales comme dans les juridictions ducales, dans les
campagnes comme dans les villes; c'est la justice parles pairs ^ » Ce
sont là de vieilles idées germaniques qui se maintiennent; on les retrou-
verait un peu partout, mais surtout dans les régions plus profondément
empreintes de l'esprit des Germains, en Flandre, en Hainaut, en Artois,
en Picardie^. D'ailleurs, cet esprit rencontre de bonne heure l'esprit
romain; on en a la preuve, par exemple, dans les multiples combinai-
sons du principe germanique du jugement par les pairs avec le principe
romain de l'appel qu'il est possible de constater dans l'exposé de M. Bon-
valot. Quoi qu'il en soit, le droit lorrain du moyen âge est, pour une
large part, un droit germanique qui s'exprime en français.
Il y aurait des réserves à faire sur quelques-unes des opinions émises
par M. Bonvalot. Je ne saurais, par exemple, adhérer avec lui à la légende
de la captivité du duc Ferry III, que, dans la seconde moitié du xiii« siècle,
les chevaliers lorrains auraient enfermé dans la tour de Maxéville : aucun
témoignage contemporain ne peut être invoqué à l'appui de ce récit, qui
se présente pour la première fois au xv<= siècle, dans les mémoires de
Louis d'Haraucourt, avec tous les signes extérieurs d'une historiette
1. P. 291.
2. Il serait bien intéressant de comparer les plaids banaux de Lorraine
(p. 2U0-2yi) avec les franches-vérilés d Artois, de Flandre ou de Picardie, ins-
titution qui mériterait une étude attentive. Le précieux et trop peu connu
recueil de Bouthors sur les coutumes locales du bailliage d'Amiens fournirait
beaucoup de matériaux pour cette étude.
BIBLIOGRAPHIE. 705
faite après coup^. Je tiens aussi pour excessifs les termes par lesquels
M. Bonvalot caractérise l'action du pouvoir pontifical au moyen âge;
on ne saurait admettre, à mon avis, qu'Innocent III « ait mis tout le
clergé dans son vasselage immédiat par la réduction des pouvoirs de
l'épiscopat, par la transformation des conciles et des élections épisco-
pales et abbatiales en vains simulacres...; » il est inexact d'ajouter « qu'il
n'y avait plus dans le monde qu'une autorité, celle des papes 2. »
Au demeurant, ce premier volume, très complètement documenté,
fruit d'un travail très méritoire, remplit une lacune dans l'histoire de
notre droit; aussi faut-il souhaiter la prompte publication des volumes
destinés à parfaire l'œuvre du savant auteur. Ce n'est que justice de
signaler en terminant les appendices bibliographiques qui complètent
l'ouvrage. L'un d'eux, véritable travail de bénédictin (j'emprunte les
expressions de M. Glasson), épargnera bien des recherches : c'est la liste
des cartulaires de Lorraine et des Trois-Évêchés, avec l'indication de
leur âge et du dépôt qui les contient.
Paul FOURNIER.
La Marche historique de Lille, par Etienne Durand (H. Verly) et
E. Van Driesten. Lille, impr. L. Danel. In-foL, ^173 pages (tiré à
200 exemplaires. Prix : -100 fr.).
Le 9 octobre 1892, se déroulait dans les rues de la ville de Lille, en
commémoration du centenaire de la levée du siège de 1792, un cortège
historique dont le programme, l'ordre et les costumes avaient été
réglés, jusque dans les plus minutieux détails, par une commission
composée d'érudits et d'artistes. Elle travailla à son organisation pen-
dant plusieurs mois. Secondée par les dons généreux de la ville et des
particuliers (la dépense totale s'éleva à 450,000 francs), ses efforts furent
1. L'authenticité de cette légende a été combattue par beaucoup d'auteurs
que cite M. Bonvalot, notamment par M. Lepage, l'ancien archiviste de Meurthe-
et-Moselle. L'œuvre antérieure de la critique a été reprise et exposée en termes
décisifs par M. Pfisler dans son Histoire de Nancy, cours professé à la Faculté
des lettres de Nancy el reproduit au fur et à mesure en supplément de Isl Lor-
raine artiste (Nancy, 1895, p. 64 et suiv.).
2. A propos du grand schisme, M. Bonvalot fait remarquer que si les évêques
lorrains furent clémentins, nombre de fidèles, et parmi eux des bourgeois de
Metz et de Toul, se signalèrent par leur attachement à Urbain VL Grâce à
l'obligeante communication d'un chapitre du livre de M. Noël Valois sur le
grand schisme, qui paraîtra prochainement, je suis en mesure d'ajouter que
l'opposition urbaniste fui sérieuse en Lorraine, et que les bourgeois des trois
villes épiscopales, Verdun comme Metz el Toul, ne craignirent pas de s'y asso-
cier. Il y eut même des compétiteurs urbanistes aux sièges épiscopaux de Metz
et de Verdun.
706 BIBLIOGRAPHIE.
couronnés d'un plein succès et l'on peut dire que ce cortège laissera un
souvenir impérissable aux milliers d'étrangers accourus de toutes parts
et qui, avec le regretté président Carnot, s'extasièrent devant ses splen-
deurs sans rivales, même en Flandre, cette terre classique des spectacles
historiques de ce genre.
C'est ce souvenir que MM. Etienne Durand et E. "Van Driesten se
sont proposé de conserver dans un ouvrage dont le texte et les nom-
breuses gravures reproduisent aussi fidèlement qu'artistement les fastes
de Lille. Ces fastes comprennent les sept grandes époques de l'histoire
de Lille et des Flandres. Trente-cinq gravures en lithochromie (cinq
pour chaque époque) reconstituent en grande partie le cortège du 9 oc-
tobre. Ce sont :
l''e époque. — 1. La légende; Lydéric enfant ; Finaert; le château du
Bue. 2. Les sonneurs de conques; les guerriers. 3. Le roi Clotaire.
4. Le comte-forestier de Flandre et les hommes de l'abbaye de Saint-
Amand. 5. Les défricheurs du sol de l'abbaye de Saint- Waast.
2« époque. xi« siècle. — 1. Le châtelain Robert et ses hommes
d'armes. 2. Les avoués et prévôts. 3. Le maire héréditaire de Lille;
Bauduin V et Adèle de France; Philippe l". 4. Les communiers et les
hommes d'armes du comte de Flandre. 5. Guillaume le Conquérant et
Mathilde de Flandre ; chapitre de Saint-Pierre.
3*^ époque. xni° siècle. — 1. Hérauts de l'Échevinagc. 2. Le Rewart;
le Maïeur; l'Échevinage; le comte Ferrand captif. 3. Le comte de Cham-
pagne ; le sire de Coucy; le seigneur de Montmorency; le roi saint
Louis; le sire de Joinville. 4. Seigneurs de Flandre; Jacquemars Giélée
et ses trouvères. 5. Les comtesses Jeanne et Marguerite.
4e époque. xv« siècle. — 1. Trompettes et les corporations. 2. La
confrérie de Sainte-Barbe; jouteurs de l'Épinette. 3. Le vainqueur de
l'Épinette. 4. Le roi de l'Épinette. 5. Philippe le Bon et Isabelle de
Portugal; Charles le Téméraire; les chevaliers de la Toison d'or.
5^ époque. xvi« siècle. — Trompettes flamands; hallebardiers de la
Toison d'or. 2. Tambours et fifres des troupes wallonnes; héraut d'armes
de Lille; bannière; grand écuyer et massier de l'empereur. 2. Hérauts
d'armes de l'empereur; Charles-Quint et sa cour. 4. Étendard d'Es-
pagne; Philippe H et ses capitaines; les bandes wallonnes. 5. Étendard
des archiducs Albert et Isabelle ; Jeanne Maillotte et la confrérie de
Saint-Sébastien.
6^ époque, xvn^ siècle. — l. Les cadets ingénieurs de Cambrai. 2. Le
colonel de Prades et les gardes françaises; les violons de Lulli. 3. D'Ar-
tagnan et les mousquetaires; grands officiers et gentilshommes de la
maison du roi ; sergents portant les clefs de la ville. 4. Le roi Louis XIV ;
les maréchaux de Turenne, de Lillebonne et d'Humièrcs ; le prince de
Condé ; le héraut d'armes de Lille ; les mousquetaires. 5. Le carrosse
de ta reine; Golbert, Molière et Yauban.
BIBLIOGRAPHIE. 707
7e époque. 1792. — i. Tambours et fifres; détachements des troupes
de la garnison de Lille en 1792. 2. Les capitaines Niquet et Ovigneur;
les canonniers lillois; la légion de Rosenthal. 3. L'état-major de la
place au moment du siège : Ruault, Lamarlière, Champmorin, Bryan,
Garnier, Lang, Danglas, etc. 4. Le maire André et les membres de la
municipalité; troupes de la garnison. 5. Hussards de la garnison; les
députés de la Convention.
Etienne Durand, le populaire auteur des Contes flamaiids, a écrit
huit nouvelles se rapportant à ces sept grandes époques (deux sont con-
sacrées au xiiie siècle), dans lesquelles il fait revivre d'une manière
pittoresque les événements principaux de l'histoire de Flandre et les
mœurs de ses habitants. Elles ont pour titre : Nos lointains aïeux; En
la salle de Lille; Bouvines; Chez le Rewart; l'Épinette; 3Iafiekenpis ;
Matines flamandes; Maman Margot.
Le livre se termine par la publication du programme du cortège, de
la liste des personnes qui y ont pris part et de celle des membres de la
commission organisatrice.
Bien que cet ouvrage ne rentre qu'indirectement dans le cadre de
ceux dont la Bibliothèque de l'École des chartes rend compte ordinaire-
ment, ses lecteurs nous sauront gré, nous l'espérons, de le leur avoir
signalé.
Jules FiNOT.
Les États de Normandie, leurs origines et leur développement au
XIV^ siècle, par Alfred Coville, professeur à la Faculté des lettres
de Lyon. Paris, Impr. nationale; Alphonse Picard et fils, ^894.
Gr. in-S", vii-423 pages. 7 fr. 30.
Voici un ouvrage considérable, le plus important qui ait été consacré
jusqu'ici aux états provinciaux du xiv^ siècle; l'étendue des recherches
et l'abondance des matériaux mis en œuvre le recommandent à l'atten-
tion des érudits. Mais ce n'est point un travail définitif; outre que des
découvertes ultérieures mettront probablement au jour des documents
restés inconnus à M. Coville, l'on peut reprocher à cet essai d'assez
graves défauts qui en diminuent la valeur.
Le principal de ces défauts, celui qui résume tous les autres, c'est la
négligence, ou, si l'on veut, la légèreté, défaut particuHèrement grave
chez un érudit, et qu'on rencontre aussi bien dans la forme que dans le
fond. Dans un livre sorti des presses de l'Imprimerie nationale, il semble
que les fautes d'impression devraient être fort peu nombreuses ; M. Coville
a dû dresser à la fin de son volume une liste assez grosse d'errata, et cette
liste pourrait être grossie bien davantage. Je ne parle pas de coquilles,
comme ad hominibus (p. 23, 1. 6) pour ab hominibus, ni de bourdons,
comme viagio apud Rothomagum per ipsum facto impositionum (p. 72, n. 1)
708 BIBLIOGRAPHIE.
pour facto in maio CGC LUI pro facto impositionum. Mais est-il permis
de donner, dans un seul ouvrage, du même texte trois leçons différentes,
dont la bonne n'est même pas celle qui se trouve dans la copie intégrale
de l'acte? C'est ce que nous constatons pour la pièce XYI (p. 363), où se
lit la phrase suivante : « si cuidons que vous ayez retarde à envoler les
deniers devers nous, pour ce que vous aviez plus les mettre en autres
mains, » ce qui n'offre aucun sens; p. 87, M. Govillè donne la bonne
leçon, « pour ce que vous amez plus...; » mais à la p. 210 il offre une
variante nouvelle : « pour ce que vous aurez plu... » La transcription
de la pièce X (p. 356-358) nous offre un autre exemple de négligence
plus grave encore. Pour que le texte ait un sens, il faut sauter de la
ligne 10 de la p. 357 après le mot « seigneur » à la ligne 28 « contenans
la forme qui s'ensuit...; » puis suivre jusqu'à la p. 358, 1. 5, revenir
de la fin de cette ligne à la ligne 10 de la page précédente aux mots
« nous en tele manière; j suivre le texte jusqu'au dernier mot de
la ligne 27 et passer de là à la ligne 6 de la p. 358. Je veux que ce soit à
l'imprimerie que l'on ait brouillé ces pages de la copie de M. Coville;
mais l'auteur n'aurait-il pas dû s'apercevoir d'une erreur si grossière?
Comment avoir pleine conûance en des textes produits de cette façon et
comment ne pas s'attendre à retrouver dans le fond les mêmes fautes
de légèreté? Et, en effet, nous aurons à en relever quelques-unes; mais
auparavant et pendant que j'en suis à la question de forme, je dois
regretter des négligences de style, — heureusement peu importantes, —
et dont je ne citerai que deux exemples : « En 1358, il est ainsi pro-
cédé... Le roi le dit... » (p. 151, >-2^ ligne du bas), ce n'est pas le roi
mais le régent Charles qui adresse les lettres dont il est question;
« l'écriture est sans doute du milieu du xiv« siècle. On lit au recto la
sentence de condamnation de Hugues Aubriot » (p. 33, n. 2), il sem-
blerait résulter de celte phrase que la présence de cette sentence de con-
damnation dans un parchemin le date du milieu du xiv« siècle. Je ne
m'arrêterais point à ces menus détails s'ils n'étaient une nouvelle preuve
du peu d'attention apporté par l'auteur à son travail.
J'arrive maintenant aux critiques de fond. Et d'abord, M. Coville
a-t-il compris exactement son sujet? Sont-ce bien les « Etat? de Nor-
mandie » dont il nous retrace l'histoire, et son volume ne s'applique-t-il
pas plutôt d'une manière générale aux assemblées normandes? Nous
avons accoutumé de réserver le nom d'états à une assemblée des trois
ordres ou des trois états ; les assemblées de la noblesse, celles du tiers
ordre dont M. Coville s'occupe dans ce livre ont-elles droit à ce nom?
nous ne le pensons pas. Il était fort légitime et fort intéressant de les
étudier, mais il fallait les examiner séparément, sous peine de tomber
dans des confusions fâcheuses. La même absence de méthode se retrouve
dans la première partie de l'ouvrage consacrée aux assemblées poli-
tiques de la Normandie avant le xin^ siècle; tout texte presque men-
BIBLIOGRAPHIE. 709
tionnant une réunion d'hommes lui est bon à grossir sa liste, et il y
introduit par exemple sans scrupule le concile d'Avranches de H72. Et
M. Goville apporte à l'étude de ces documents la même légèreté qu'il a
mise à les coUiger. Que nous importe la liste des termes employés par
les chroniqueurs pour désigner les assemblées et les membres qui y
assistent si l'on ne cherche point en même temps à préciser le sens de
ces termes, à examiner s'ils s'appliquent aux mêmes choses, à détermi-
ner les nuances qu'ils peuvent marquer? Gela nous aurait plus intéressé
que de voir relever (p. 17) ce fait « curieux » que « les mêmes auteurs î
emploient des termes identiques pour nommer les assemblées d'Angle-
terre et celles de Normandie.
Cette première partie est d'ailleurs la moins bonne de l'ouvrage;
et il y aurait eu tout intérêt à la supprimer. Pour le xiv« siècle,
l'œuvre de M. Goville est infiniment supérieure; il a mieux étudié ses
textes et il en a tiré meilleur parti, malgré l'inconvénient qu'il y a,
comme je viens de le dire, à traiter en bloc de toutes les assemblées
normandes.
Peut-être est-il trop porté à exagérer le rôle de la Normandie dans
notre histoire de la guerre de Cent ans ; il semblerait, à l'entendre, que
cette province plus que toute autre ait subi les horreurs de la guerre et
que plus que toute autre aussi elle ait été victime des exactions du gou-
vernement. C'est ainsi qu'il écrit (p. 232) : « Le gouvernement des oncles
de Charles VI, qui semble n'avoir pu trouver d'argent qu'en Norman-
die... » Hélas! les oncles de Charles VI, habitués à tirer des ressources
même des pays qui n'en possédaient plus, ne se firent faute de pressurer
aucune des provinces du royaume; est-il besoin de rappeler comment
le riche Languedoc fut la victime de leurs exactions? Quant aux enne-
mis, c'est également par tout le pays qu'ils promenèrent la désolation;
et si une province eut à en souffrir plus que les autres, je crois bien que
ce fut l'Auvergne et non la Normandie.
Peut-être aussi M. Goville est-il trop sévère pour la monarchie. S'il
est vrai que Charles V a exigé beaucoup d'argent de ses sujets et qu'il
s'est peu soucié de prendre leur avis, il ne faut pas oublier qu'il s'est servi
de cet argent pour rendre au royaume son honneur perdu, pour recons-
tituer le territoire démembré et pour rétablir une prospérité relative.
Je finirai par quelques remarques de détail. P. 43, M. Goville écrit :
« Plusieurs assemblées se réunirent en Normandie à Pont-Audemer;
on ne saurait déterminer si ce fut sur l'ordre du roi; » la Chronique des
quatre premiers Valois, le seul texte allégué par M. Goville, attribue for-
mellement l'initiative au roi. — P. 147, M. Goville dit que « la déléga-
tion (du pouvoir de convoquer les états) pouvait encore être donnée à
des lieutenants du roi. » Je crois qu'en règle générale le lieutenant
avait ce pouvoir dans ses attributions. — N'y a-t-il pas eu en 1341 une
assemblée du bailliage de Caux? M. Viard semble l'insinuer [les Res-
740 BIBLIOGRAPHIE.
sources extraordinaires de la royauté sous Philippe de Valois, dans la Revue
des Questions historiques, juillet 1888, p. 26 du tirage à part). — P. 237-
238, à propos des réformateurs nommés après les états de 1348, M. Co-
ville dit : « les états... demandèrent la venue des réformateurs géné-
raux ; le roi le leur accorda ; nous n'en savons guère plus long à ce sujet. »
Une pièce de la collection Gaignières (Bibl. nat., ms. fr. 20685, p. 172)
nous montre le vicomte de Beaumont et de Gonches, Jehan Pendelait,
destitué en octobre 1349 par lesdits réformateurs « pour ses démérites, »
mais « remis en sondit estât » dès le 19 avril 1350; on voit donc que
les réformateurs agirent et que leur action ne fut pas durable. — Dans
les listes fort intéressantes données par M. Goville des membres du
clergé, de la noblesse et des communes, dont il a trouvé mentionnée la
présence aux diverses sessions des états, nous regrettons qu'il n'ait
point marqué pour chaque membre les assemblées auxquelles il assista;
cela aurait permis de déterminer les noms restés douteux. Dans la liste
des communes, Auraimesnil, que M. Goville fait suivre d'un point d'in-
terrogation, n'est-il pas Avremesnil (arr. de Dieppe, cant. de Bacque-
ville) ? — L'on tirera profit des notices biographiques insérées par l'auteur
à la fin de son travail sur les commissaires du roi présents aux états.
Ces renseignements n'ont point la prétention d'être complets, et il serait
puéril de reprocher à M. Goville les lacunes qu'ils présentent. Sur un
point seulement, je donnerai ici un complément d'informations :
Renier le Coutelier est désigné en 1360 comme notaire du roi (Arch.
nat., JJ 99, n° 188), et des lettres de rémission qui lui sont accor-
dées pour ses démérites dans l'exercice de ses offices (JJ 118, n" 333)
semblent prouver que ce ne fut pas un fonctionnaire sans reproche.
Les critiques peut-être sévères que j'ai cru devoir formuler contre le
travail de M. Goville ne sauraient m'empêcher d'en reconnaître les qua-
lités; il restera comme une œuvre, somme toute, importante, pleine
de renseignements utiles et où les idées justes ne font pas défaut.
E.-G. Ledos.
Les Livres de comptes des frères Bonis, marchands montalbanais du
XIV'' siècle, publiés et annotés pour la Société historique de Gas-
cogne par Edouard Forestié. Paris, H. Champion-, Auch, Gocha-
raux, 4 890-1 894. 2 vol. in-8% ccxiii-245, vii-654 pages. (20«,
23« et 26' fascicules des Archives historiques de la Gascogne.]
26 fr. 50.
La publication des Livres de comptes dits des frères Bonis, conservés
aux archives de Tarn-et-Garonne, est aujourd'hui achevée par les soins
de M. E. Forestié. On sait que ces livres, du xiv« siècle, sont très ins-
tructifs tant pour ceux qui s'occupent de lexicographie provençale que
ÇIBLIOGRAPHIE. 7H
pour ce.ux qui s'intéressent à l'histoire de la civilisation ou à l'histoire
du commerce. Les livres de ces gros négociants montalbanais, à la fois
commissionnaires, banquiers et gênerai dealers, sont désormais, comme
le Journal du sire de Gouberville, au nombre des documents célèbres.
M. E. Forestié en a donné une édition complète qui paraît très soi-
gnée. Les romanistes ont relevé dans la première partie de cette édi-
tion, publiée dès 1890, quelques fautes de lecture ou d'interprétation
évidentes ; il a été tenu compte de leurs corrections dans la seconde partie,
dans la table (des noms de personnes), dans l'index (géographique) et
dans le glossaire qui ont été récemment distribués. Que le texte soit
encore susceptible d'être amélioré, personne, je crois, n'en doute, et
M. Forestié a fort honnêtement posé lui-même plusieurs points d'inter-
rogation, mais le gros de la besogne critique a été fait, et bien fait, par
l'éditeur.
L'édition est accompagnée d'une longue introduction (ccxiv p.) et de
notes assez amples. — Parmi les notes, il y en a beaucoup de superflues,
soit parce qu'elles sont consacrées à expliquer ce qu'il n'était pas nécessaire
d'expliquer au lecteur instruit, soit qu'elles renferment des hypothèses,
des renseignements ou des réflexions sans valeur. Il y en a qui font
double emploi K On en aurait élagué le tiers sans inconvénient. On cons-
tate du reste, à cet égard, un progrès marqué du commencement à la
fin de la publication : les notes parasites sont sensiblement plus rares
dans le dernier fascicule que dans les deux autres. — Quant à l'intro-
duction, elle contient, en même temps que les détails convenables sur
l'histoire, la composition et la langue du manuscrit publié, et sur la
famille Bonis, une sorte de tableau de la vie montalbanaise au milieu
du xiV^ siècle, sous les rubriques suivantes : « Le commerce des frères
Bonis. Les transactions. Poids, mesures et monnaies. Les étoffes, les
bijoux et le costume. Armes et armures. Apothicaires, médecins et chi-
rurgiens. L'alimentation. Baptêmes, mariages, testaments, sépultures.
Vie civile et ecclésiastique. "Vie rurale et agriculture, »
Le plan de cette introduction serait irréprochable si l'auteur s'était
contenté de classer, sous les rubriques indiquées, les faits épars dans les
l. I, 217 : « Le mot Franses, Français, employé pour désigner un étranger
venu de France, prouve qu'à cette époque le Midi, quoique rattaché à la pairie
française, ne s'était pas encore entièrement identifié avec sa nouvelle natio-
nalité. » — II, 58 : (I seiihor Frances. Curieux exemple de cette habitude
qui persista longtemps dans notre Midi, de désigner les habitants d'au delà de
la Loire par le nom de Français. Franciman est encore en usage chez nos
paysans pour désigner ceux qui affectent de parler français. » — II, 364 : « En
Franssa. Cette mention prouve combien était vivace dans nos provinces le sou-
venir des temps où notre Quercy dépendait des comtes de Toulouse. L'appella-
tion Franciman est restée dans notre patois usuel avec son sens d'hostilité
marquée. »
7^2 BIBLIOGRAPHIE.
livres de la maison Bonis : il aurait ainsi composé un répertoire métho-
dique de ces livres. C'est un répertoire de ce genre que M. l'abbé Tol-
lemer s'efforça naguère de dresser pour le Journal de Gouberville.
M. Forestié n'a pas laissé en effet de grouper les détails les plus inté-
ressants qui sont dispersés dans son texte; mais il a voulu faire davan-
tage : on l'a loué d'avoir inséré dans son introduction « non seulement
un résumé clair et substantiel de tout ce que l'on peut recueillir dans
les comptes des frères Bonis, mais encore une foule de notes curieuses,
qu'il est allé puiser dans d'autres documents, souvent inédits, et qui
complètent fort à propos la donnée de ces comptes. » Il ne décrit donc
point ici les habitudes et les mœurs des Montalbanais du xiv« siècle
d'après les livres Bonis, mais d'après ces livres et d'autres documents,
comptes, actes notariés, etc. - Il était bien périlleux de procéder de la
sorte. Outre qu'une étude générale, d'après toutes les sources, sur la vie
sociale en Quercy au xiv« siècle était ditïicile à faire dans l'état actuel
de l'exploration des archives locales, elle n'était pas à sa place en tête
de l'édition savante d'un document particulier, quelle que fut d'ailleurs
l'importance exceptionnelle de ce document. J'entends bien que l'édi-
teur n'a pas eu la prétention d'épuiser toutes les sources et de tracer un
tableau complet; il s'est efforcé seulement d'enrichir cA et là les ren-
seignements fournis par Bonis à l'aide de notes prises ailleurs. Mais ces
additions sont arbitraires ; pourquoi celles-là et pas d'autres, alors que
d'autres, de même nature et d'égale valeur, eussent été aussi indiquées?
Assurément le plus sage était de s'en tenir à l'exposé clair et .sobre des
données, en partie si nouvelles, que les précieux cahiers des archives
de Tarn-et-Garonne apportent à la science.
Je n'aurais pas signalé ce véniel défaut de composition si M. Forestié
n'avait pas été amené par là, — par son désir de compléter et d'illustrer
les données, déjà si abondantes, des comptes de Bonis, — à surcharger
son introduction de choses qui la déparent. Il parait que les comptes de
Bonis ne fournissent pas les éléments d'une description de la maison où
Bonis avait ses comptoirs : dès lors, à quoi bon essayer de « reconstituer
dans sa physionomie du xiv« s. la demeure des Bonis, soit par des souve-
nirs de vieux Montalbanais, soit en prenant pour type les anciennes mai-
sons de Saint- Antonin, de Gaylus et d'ailleurs*? » A quoi bon, après
avoir cité les textes du Livre qui sont relatifs à l'armement, « complé-
ter ce qui précède au sujet des armes offensives et défensives dans la
première moitié du xiv^ siècle » par six pages (cv-cxi) banales qui n'ont
aucun rapport avec ledit Livre et qui ne peuvent passer, d'autre part,
1. P. XXIX : « Puis la cour, curieuse à voir... Dans l'angle, un escalier à vis
dans une tour surmontée d'une flèche effilée et d'une galerie portée sur de
faux hourds et entourée de gargouilles grimaçantes. » J'ai souligné les épithètes
de nature. Cf. l'Erratum, II, 653 : « Les faux hourds sont du xV^ siècle. »
BIBLIOGRAPHIE, 743
à aucun degré pour une histoire de l'équipement militaire « dans la
première moitié du xiv^ siècle';' » A quoi bon, enfin, énoncer des con-
clusions très générales dont la portée dépasse manifestement celle des
faits particuliers qui sont cités pour les appuyer ? « Les paysans de cette
époque, dit M. Forestié (p. lx), loin d'être vêtus de haillons, comme cer-
tains historiens fantaisistes se plaisent à les représenter, jouissaient d'un
bien-être, relatif, il est vrai, mais incontestable, puisqu'on les voit acheter
des jupes, des chausses, des manteaux, des gonelles, mettre chemise et
braie, et se chausser de souliers, tandis que leurs femmes portent cotte-
hardie, cape, chaperon, voile de soie et doublet. S'ils n'avaient pas le
luxe, ils étaient convenablement habillés. » Les preuves de cette asser-
tion sont à la page ccvi, oiî il est établi, à titre d'exemple, qu'un ber-
ger, un bouvier, un domestique et un gasailler achetèrent, chez Bonis,
les objets précités : cotte-hardie, chausses, chemises, etc. On voit par
où le raisonnement pèche : Bonis eùt-il vendu des chemises à une dou-
zaine de bergers et de bouviers, cela ne prouverait point que « le cul-
tivateur de ce temps était convenablement vêtu; » cela prouverait seu-
lement qu'il y avait, en ce temps-là, des paysans à leur aise. Assurément
les paysans, pendant la guerre de Cent ans, n'étaient pas tous misérables,
mais parce qu'il est avéré que quelques-uns achetèrent de bons habits,
s'ensuit-il qu'ils en eussent tous, ou presque tous ^ ?
En résumé, l'introduction de cet ouvrage eût gagné à être abrégée,
réduite au nécessaire, c'est-à-dire, dans l'espèce, à l'utile, écrite, enfin,
dans une langue à la fois plus simple et plus correcte. Tel qu'il est,
l'ouvrage, dans son ensemble, fait grand honneur à M. Forestié et à la
Société des Archives historiques de la Gascogne 2.
Gh.-V. L.
1. Cf. p. ccix : « On sait combien nos paysans sont rebelles, encore à notre
époque, à l'idée d'appeler le médecin. Il ne parait pas en avoir été de même
au xive siècle, puisque nous constatons de nombreuses (?) ordonnances exé-
cutées par Bonis pour des gens de la campagne. »
2. On sait combien il est délicat de déterminer ce que valaient, en monnaie
actuelle, les unités monétaires employées au moyen âge. M. Forestié s'est ris-
qué, cependant, à indiquer parfois la valeur, relativement à la monnaie d'au-
jourd'hui, des sommes portées dans les comptes de Bonis. On ne voit pas bien
(II, 146, note; cf. I, cxix et 145, note) comment il procède pour calculer le rap-
port. Mais il aboutit à des résultats qui inspirent de vives inquiétudes et qui
rétonnent lui-même. C'est ainsi que, d'après lui, au milieu du xiv° s., en Quercy,
un lapin coûtait 3 fr. 20(1,95), une livre d'hosties dorées, 18 fr. (I, 141), un clys-
tère, 24 fr., quand l'homme de l'art l'administrait lui-môme, 19 fr. 20 dans le
cas contraire (I, cxvii). — L'auteur constate que « les résultats de ses calculs
de proportion se sont trouvés exactement ceux qu'ont indiqués A. Monteil et
Viollet-le-Duc. »
4895 47
7^4 BIBLIOGRAPHIE.
Georges Gotau, André Peraté, Paul Fabre, anciens membres de
rÉcole française de Rome. Le Vatican^ les Papes et la Civilisation;
le gouvernement central de l'Église. Introduction par S. É. le car-
dinal BouRRET, évêque de Rodez et Vabres. Épilogue par le vicomte
E.-Melcliior de Vogije'. Ouvrage illustré de 2 gravures au burin,
de 4 chromolithographies, de 7 phototypies et de 475 gravures
reproduites directement d'après les photographies. Paris, Didot,
-1895. Gr. in-8% xi-796 pages. 30 fr.
Ce beau livre, très moderne, très actuel même par certains côtés,
franchement historique par d'autres, se compose de quatre parties bien
distinctes, La première, Vue générale de l'histoire de la papauté, et la
seconde, le Gouvernement central de l'Église, sont l'œuvre de M. G.
Goyau ; nous devons la troisième, sur les Papes et les arts, à M. A. Pératé,
et la quatrième, qui traite de la Bibliothèque vaticane, à M. P. Fabre.
Je vais essayer d'indiquer le caractère de chacune d'elles.
I. — La première est une synthèse remarquable de l'histoire de la
papauté depuis ses origines jusqu'à nos jours. M. G., dont le nom
n'était connu encore que par des travaux d'une savante et conscien-
cieuse érudition, s'y révèle véritable historien. Il est maître de son
sujet et le traite largement, sans s'arrêter aux détails. S'il fallait, dans
cette étude, oii tout se tient et s'enchaîne, signaler telle page d'un relief
plus marqué ou donnant mieux l'idée de la manière de l'auteur, je cite-
rais volontiers le bref récit de la conversion de la Grande-Bretagne au
vie siècle et de la Germanie au vni«, l'ingénieuse dissertation où M. G.
cherche à démontrer que le prétendu acte de donation de Constantin,
tout en restant matériellement faux, se trouve être une vérité, et aussi
l'exposé lumineux de la théorie du Saint-Empire. Dans bien d'autres
passages encore, sur le grand schisme, par exemple, et le désarroi uni-
versel qui en est la conséquence, sur Pie II et ses efforts désespérés,
mais inutiles pour pousser l'Occident contre le Turc, nous retrouvons
les mêmes qualités de fermeté, de précision et parfois de couleur.
Ce n'est cependant pas là que se dessine le mieux l'originalité de
l'auteur; c'est l'ensemble qu'il faut considérer. M. G. reste fidèle à son
titre de Vue générale, et les parties de pur récit se réduisent à assez peu
de chose dans cette étude. Ce ne sont pas tant des faits qu'on y devra
chercher que des idées, et elles abondent. M. G., qui a beaucoup lu et
observé, a beaucoup réfléchi aussi, et c'est merveille comme son esprit,
à la fois curieux et logique, est rompu aux questions religieuses, poli-
tiques, sociales les plus délicates. Même quand il traite l'histoire du
moyen âge, les préoccupations actuelles lui sont toujours présentes.
Qu'on lise, par exemple, ce qu'il dit de l'organisation de la propriété
au temps de saint Grégoire le Grand, ou encore et surtout des ordres
BIBLIOGRAPHIE. 7^ 5
mendiants. L'institution des Prêcheurs et des Mineurs et la publication
des Décrétales lui sont une occasion d'exposer non seulement le droit
social de l'Église, mais aussi et plus encore ses idées personnelles sur
« la grande misère de la société contemporaine. » M. G. a éprouvé une
satisfaction évidente à faire jour à toutes ses convictions. Il y a dans
cette exubérance et cette ardeur quelque chose de juvénile; mais, pour
tout le reste, on doit plutôt s'étonner de rencontrer chez un écrivain
qui ne fait presque que débuter, un esprit aussi mùr, une pensée aussi
vigoureuse.
Le point de vue de M. Goyau, chez qui le goût de l'absolu est très
prononcé, pourra sembler exclusif à beaucoup de ses lecteurs ; mais
ceux-là mêmes qui ne partageront pas toutes ses opinions ne sauraient
manquer de rendre hommage à cet esprit de sincérité, à cette franchise
de ton, qui ne sont pas les moindres de ses qualités.
II. — Dans cet aperçu général, où les vues personnelles tiennent tant
de place, il faut nécessairement faire une part au subjectif, à l'incer-
tain; avec la seconde partie, oii se trouve décrit le mécanisme du gou-
vernement central de l'Église, nous arrivons sur un terrain plus solide,
celui des faits positifs et indiscutables. Tout d'abord, M. G. traite du
Sacré Collège et des Consistoires secrets et publics; puis, principalement
d'après le cérémonial observé à la mort de Pie IX et à l'avènement de
Léon Xin, il nous fait assister aux funérailles d'un pape et à l'élection
de son successeur. Il passe ensuite en revue les diverses Congrégations
romaines, du Saint-Office, de l'Index, des Rites, etc., et retrace succinc-
tement l'historique de chacune d'elles; il montre après quelles forma-
lités compliquées on proclame un vénérable, un bienheureux, un saint.
Puis vient un véritable petit traité en raccourci de diplomatique ponti-
ficale, où nous voyons fonctionner les rouages multiples de la Chancel-
lerie, de la Daterie, de la Secrétairerie des brefs. Enfin, les derniers
chapitres sont consacrés à la Secrétairerie d'État, à la Propagande, son
organisation, ses attributions et ses ressources, à la Cour pontificale, et
ses dignitaires ecclésiastiques ou laïques, actifs ou simplement hono-
raires. C'est une remarque très juste de M. G. que ce grand travail du
gouvernement de l'Église s'accompht sans bruit, sans hâte, comme
sans interruption, et qu'il est moins facile à percevoir et à saisir dans
son ensemble qu'à analyser dans les détails. Les détails, trop peu con-
nus, que donne M. G., sont très nombreux, très précis et puisés à bonne
source.
C'est seulement lorsqu'il généralise que M. G. m'inspire parfois
quelque doute, lorsque, par exemple, à propos de la Secrétairerie d'État,
il émet l'imprudente assertion que voici (p. 338-339) : « Quant au
gouvernement de l'Église, il était (au moyen âge) matière théologiquo
et canonique, non politique; le Saint-Siège affirmait et commandait; il
74 6 BIBLIOGRAPHIE.
discutait et ne négociait pas. » L'auteur me semble ici avoir méconnu ou
oublié le rôle des légats, qui furent non seulement des enquêteurs spi-
rituels, des réformateurs, des administrateurs au besoin, mais aussi, et
souvent, de véritables agents politiques et diplomatiques, sortes de
nonces intermittents. L'Église du moyen âge savait fort bien « discuter
et négocier, » même avec ses pires ennemis : la paix d'ailleurs éphé-
mère de San Germano, avec Frédéric II, fut précédée de négociations
qui durèrent des mois entiers.
Sous cette réserve, l'exposé de M. G. ne me paraît pas prêter à la
critique. J'ajouterai qu'il est des plus intéressants. L'auteur a vu le
danger des énumérations; il a su, par des traits piquants, en sauver la
monotonie. Ce n'est ni l'enjouement ni même la malice qui manquent
au dogmatique auteur des Vues générales. Certains chapitres de la
seconde partie sont vraiment amusants : tel le chapitre sur la Cour
pontificale, tel aussi le « chapitre des chapeaux, » des chapeaux de
cardinaux s'entend, de ces chapeaux auxquels personne ne touche et
« dont l'usure commence à la mort de l'Éminence. »
IlL — L'étude de M. Pératé sur les Papes et les arts sera certaine-
ment très goûtée des lecteurs du Vatican, et cela pour deux raisons :
d'abord, le sujet est, par lui-même, plein d'attraits ; ensuite, il est
traité de manière à satisfaire les plus difficiles. M. P. a le goût et la
compétence ; il est à la fuis clair et élégant, précis sans sécheresse,
concis sans aridité. Bien qu'il ne cache aucunement ses préférences,
ses appréciations sont généralement justes et modérées; il permet par-
fois à son enthousiasme les points d'exclamation ; mais il n'en abuse
pas, et on doit lui en savoir gré.
Les premières pages nous offrent un joli tableau, trop joli peut-être,
de la Rome de Constantin, où, tout près des monuments encore debout
de l'âge païen, s'élèvent les riches basiliques chrétiennes. Cette Rome
du iv« siècle est particulièrement chère à M. P.; il regrette de ne pou-
voir s'y attarder ; car, à la « belle Rome, » voici que va succéder la
« triste Rome, » la « ville douloureuse, » celle du moyen âge. Avec
l'année 410 s'ouvre une ère de désastres, de catastrophes sans nombre :
invasions des Goths d'Alaric d'abord, puis des Vandales de Genséric,
puis des Germains de Ricimer, plus tard des Sarrasins ; révolutions
intérieures; guerres incessantes; incendies, tremblements de terre, sans
compter les démolitions systématiques et voulues, par le peuple, par
les nobles, trop souvent par les papes eux-mêmes, qui finissent, au
xive siècle, par délaisser Rome pour Avignon. Cette peinture est assez
poussée au noir, les éclaircies sont bien rares et bien courtes, et ce cha-
pitre pourrait avoir pour épigraphe le mot expressif de Montaigne :
« Ceux qui disoint qu'on y voyoit au moins les ruines de Rome en
disoint trop...; ce n'estoit rien que son sépulchre. »
BIBLIOGRAPHIE. 7^ 7
Mais après les « siècles de fer » va venir l'âge d'or, l'âge heureux
entre tous pour Rome. Sous les pontificats réparateurs de Martin V et
d'Eugène IV, les ruines du passé se relèvent et l'avenir se prépare ; avec
Nicolas V, cet humaniste aux conceptions grandioses, avec Paul II, ce
fastueux et infatigable collectionneur, le mouvement de la Renaissance,
déjà bien nettement dessiné en Toscane, va s'accentuer; s'il semble se
ralentir sous Calixte III, une nouvelle impulsion est donnée aux arts
par Pie II, et surtout par Sixte IV, que M. P. n'hésite pas à proclamer
« de beaucoup le plus grand pape du xv« siècle. » Mais, de tant d'oeuvres
admirables accumulées au Vatican par ce fécond xv^ siècle, combien les
siècles suivants en laisseront-ils subsister? Du moins, trois magnifiques
séries de fresques ont été épargnées : et c'est plaisir de suivre M. P. de
l'oratoire (ou plutôt du studio) de Nicolas V dans la chapelle de Sixte IV,
et de la Sixtine dans les salles, si longtemps négligées, de l'apparte-
ment Borgia, où l'art ombrien et l'art florentin déploient tour à tour ce
qu'ils ont de plus gracieux, de plus noble, de plus brillant.
L'époque de 1' « épanouissement suprême, » mais « aussi bref que
splendide, » de la Renaissance est aussi la période le plus générale-
ment connue de l'art italien. M. P. parle de Raphaël et de Michel-
Ange comme il convenait (de Michel-Ange avec une chaleur plus expan-
sive), et on ne saurait demander davantage; du tombeau de Jules II
(de ce qui du moins en fut achevé), de la voûte de la Sixtine et du
Jugement dernier, des chambres, des loges, des tapisseries, dans les-
quelles Raphaël a « glorifié la Renaissance et la Papauté, » il donne
des descriptions excellentes, où le sentiment n'enlève rien à l'intelli-
gence et à la clarté.
Cependant l'art, comme les mœurs, est peu à peu devenu tout païen.
Le Concile de Trente va tenter, non sans succès, l'œuvre de réforme
qui s'impose et raffermir les fondements, passablement ébranlés, de la
morale. Mais l'art ne s'en trouvera pas régénéré ; il n'y aura plus, à
proprement parler, d'art chrétien ; et, sans la fièvre d'architecture qui,
de Grégoire XIII à Paul V, doit changer presque complètement (mais
au prix de quelles pertes irréparables!) l'aspect du Vatican et de Rome
même, sans cette transformation du goût qui, développant et généra-
lisant le culte et la curiosité de tout ce qui est ancien, amena la créa-
tion des musées Pio-Glementino, Chiaramonti et du Latran, l'histoire
artistique de la Papauté, depuis deux siècles et plus, serait assez peu
intéressante.
Dans une étude comme celle-ci, où tant d'œuvres diverses, de valeur
inégale, sont énumérées, où tant d'artistes sont nommés, où nous
assistons à la construction, à la restauration, à la destruction de tant
d'édifices, il était à craindre que l'intérêt s'éparpillât; il se concentre
au contraire autour d'un monument dont l'histoire domine tout le reste
et que M. P. ne nous fait, pour ainsi dire, jamais perdre de vue : la
718 BFBLIOGRAPe[E.
basilique, ou plutôt les deux basiliques successives de Saint-Pierre.
On peut dire que l'église construite par saint Silvestre, telle qu'elle
existait vers l'an 1500, était vraiment l'œuvre du moyen âge tout entier.
Aux époques de prospérité relative, les papes ne manquaient pas de
l'embellir; quand les temps devenaient plus durs, on se contentait de
simples réparations. Cette collaboration de tous les siècles, sans défi-
gurer Saint-Pierre, en avait fait l'édifice le plus vénérable de la chré-
tienté. Nicolas V ne devait pas s'arrêter à de pareilles considérations; il
décida la démolition du vieux temple; mais ses vastes projets, en ce qui
concernait la basilique vaticane, reçurent à peine un commencement
d'exécution; et plusieurs papes du xv^ siècle continuèrent à orner le
monument.
M. P. ne saurait pardonner à Jules II et à Bramante d'avoir inau-
guré l'œuvre de destruction. Ce fut là, dit-il, plus qu'une erreur, presque
un crime : jugement qui aurait paru, il y a cent ou deux cents ans,
singulièrement hardi, mais que l'opinion, aujourd'hui, n'aura pas de
peine à ratifier.
Cependant, à mesure que l'ancienne église disparaît, la nouvelle,
immense, sort peu à peu du sol. M. P. nous en a expliqué les plans,
avec leurs successives modifications; voici maintenant que les piliers
se dressent droits dans l'air et que les voûtes s'arrondissent. Mais ces
travaux, incroyablement dispendieux, doivent être vingt fois interrom-
pus; le vaste chantier est tantôt comme une ruche, tantôt comme un
désert; il faudra toute l'énergie de Sixte-Quint pour donner un nouvel
élan à l'œuvre qui languit; avant sa mort, il aura la joie de voir la cou-
pole de Michel-Ange profiler sur le ciel sa courbe majestueuse. La
nouvelle basilique allait donc se terminer quand, vers 1600, les travaux
sont de nouveau brusquement interrompus et la forme même de l'édifice
remise en question. C'est seulement en 1626, après que Maderna aura
maladroitement allongé la nef et élevé sa lourde façade, que la nouvelle
basilique pourra être consacrée. Enfin, quand le cavalier Bernin aura
accompli son œuvre, « détestable au dedans, heureuse au dehors, »
l'histoire de Saint-Pierre sera achevée. Cette histoire, habilement fon-
due dans le reste, M. P. a su la rendre vraiment vivante.
Il serait à souhaiter que M. P., remaniant cette étude sur une base
un peu différente, en tirât un livret de format commode, une sorte de
0 cicérone » romain, qui n'aurait rien de la sécheresse ordinaire des
guides et pourrait rendre de réels services.
IV. — Il ne faudrait pas prendre trop à la lettre le titre : la Biblio-
thèque vaticane, qui est celui de la quatrième et dernière partie. La
Bibliothèque apostolique est ici considérée surtout comme centre et foyer
d'études. Bien loin de reprocher à M. Fabre d'avoir élargi son sujet, je
regretterais plutôt qu'il ne l'ait pas élargi encore davantage. Les pages
RIItLIOGRAl'nrE. 719
qu'il consacre au rôle du Saint-Siège, pendant une partie du moyen âge,
comme « éditeur et commissionnaire de manuscrits, » au mouvement
littéraire de la Renaissance dans l'entourage des papes, aux débuts de
l'imprimerie à Rome, aux origines de la « stamperia vaticana, » à
r « érudition catholique » du xyi« siècle (pour laquelle son admiration
me paraît un peu exclusive), aux études orientales du xvn« et surtout du
xvni« siècle, ces pages ne sont certainement pas les moins intéressantes
de son travail. — J'ajouterai que l'histoire des Archives pontificales étant
en quelque sorte inséparable de celle de la Bibliothèque, M. F. ne pou-
vait manquer d'introduire dans son exposé de très utiles notions (dont
beaucoup sont de date assez récente et encore peu répandues) sur les
trop nombreuses migrations de ces archives et la constitution des prin-
cipaux fonds qui les composent.
Bien des circonstances ont contribué à la dispersion et à la destruc-
tion des premières collections pontificales; ce qui en subsiste se réduit
à fort peu de chose. C'est Nicolas V qui est le véritable fondateur de la
Bibliothèque actuelle; c'est lui qui en a réuni les premiers éléments :
de 340 numéros en 1440 environ, on passe rapidement à 1,145. Sixte IV,
tout en accroissant cette nouvelle collection d'une manière considérable
(2,527 numéros en 1475), l'installa dans un local digne d'elle, qu'elle
devait occuper plus d'un siècle; Sixte V transporta la Bibliothèque,
mais sans en altérer la physionomie, dans l'édifice magnifique où elle
se trouve encore. Mais c'est à Paul V qu'il était réservé de lui donner
la forme qu'elle a gardée jusqu'à présent.
Cependant de nouveaux fonds, très importants, viennent s'ajouter à
l'ancien fonds, qui ne cesse en même temps de s'augmenter (6,025 manus-
crits latins en 1620, 10,900 aujourd'hui). Avec le xvn^ siècle s'ouvre
ainsi une ère nouvelle dans l'histoire de la Vaticane : c'est, avec le
xvni« siècle, l'époque des grandes acquisitions en bloc. M. F. m'a paru
passer un peu rapidement sur la formation et l'entrée au Vatican de ces
grandes collections : est-ce le temps ou l'espace qui lui a manqué?
Du moins il donne l'essentiel sur l'annexion des manuscrits palatins
(1623), d'Urbin (1658), de la reine Christine (1689), Ottoboni (1748),
sans compter les apports moins considérables, et sur la création des
diverses collections de médailles, pierres gravées, sceaux, peintures,
etc., qui caractérisent la fin du xvin^ siècle et le nôtre.
Et nous arrivons finalement au grand pontificat de Léon XIII, qui,
grâce aux mesures libérales dont le monde savant n'a pas manqué de
profiter et à la création de la Bibliothèque Léonine, restera une date
importante dans l'histoire de la Vaticane.
Malgré le nombre des signatures (la prose des trois auteurs est
encadrée entre une Introduction de S. É. le cardinal Bourret et un élo-
quent Épilogue de M. de Vogiié), cet ouvrage, formé en réalité de trois
720 BIBLIOGRAPHIE.
ou^Tages, ne manque pas d'unité. On regrettera seulement de rencon-
trer dans certaines parties une tendance à l'apologie plus marquée qu'il
n'était sans doute nécessaire : je vois bien ce que l'ensemble y perd; je
ne vois pas ce qu'il y gagne.
Il serait injuste de ne pas dire quelques mots au moins de l'illustra-
tion. Elle est riche, variée, neuve en partie; c'est dans ce livre, par
exemple, ou je me trompe fort, que sont reproduites pour la première
fois bon nombre des richesses artistiques et archéologiques ensevelies
dans les ténèbres des Grotte mticane; je citerai une vieille statue de
saint Pierre, un bas-relief de l'ancienne Confession, le tombeau de
Boniface VIII et surtout les magnifiques fragments du tombeau de
Paul U.
L. AUVRAY.
Annales Gandenses, nouvelle édition publiée par Frantz Fc.nck-Brex-
Txyo. Paris, Picard, IS'JO. In-8% XLviii-t32 pages. (GoUeclion de
textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire.)
L'œuvre du franciscain de Gand connue sous le nom à' Annales Gan-
denses, et que notre confrère réédite sous ce titre, est une des chro-
niques les plus précieuses pour l'histoire des premières années du
xiv« siècle. Cette chronique est courte, ne commençant qu'en 1296 pour
finir en 1310; mais elle correspond à l'époque du grand conflit entre la
France et la Flandre, et, pour l'histoire de ce conflit, elle est d'une pré-
cision remarquable. Le comité qui publie la « Collection de textes pour
servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire » a donc été parfaite-
ment inspiré en décidant la réimpression des Annales Gandenses. J'ajoute
qu'il ne pouvait, à mon sens, choisir un meilleur éditeur pour cette
chronique que M. Fr. Funck-Brentano, qui étudie depuis nombre d'an-
nées le rôle de Philippe le Bel en Flandre, et qui a su résumer ce rôle
en quelques pages excellentes dans l'Introduction du volume dont le
titre est ci-dessus.
Les Annales Gandenses avaient été publiées plusieurs fois déjà; mais
les éditions, sans en excepter celle des Monumenta Germanise, en étaient
toutes également déplorables. Au mérite d'un texte bien établi et présenté
dans un format commode, notre confrère a su ajouter celui d'une annota-
tion empruntée aux chroniques contemporaines de celle du frère mineur
de Gand. Les extraits qu'il nous donne ainsi de la chronique qu'il a le
premier qualifiée d'artésienne (d'un nom qui lui restera parce qu'il est
juste, l'auteur de cette chronique l'ayant, selon toute apparence, rédi-
gée à Arras) sont d'autant plus précieux qu'ils ont été coUationnés sur
le manuscrit de Bruxelles. Cette collation était indispensable; personne
ne l'ignore parmi les érudits qui ont eu affaire à cette chronique arté-
sienne, éditée par le chanoine De Smet en 1865 sous le titre de : « Ghro-
BIBLIOGRAPHIE. 72^
nique anonyme de la guerre de Philippe le Bel et de Gui de Dam-
pierre; » il n'en faut pas moins savoir gré à M. Fr. Funck-Brentano
d'avoir revu les fragments qu'il vient de nous en donner sur le manus-
crit original. Il convient de le remercier également d'avoir pour la
première fois traduit en français de nombreux et importants extraits
du précieux Spierjel historiaal de Lodewyk van Velthem. Une bonne
table, dans laquelle notre confrère a judicieusement rejeté toutes les
identifications de noms de lieu, complète la nouvelle édition des Anna-
les Gandenses, qui est de tout point recommandable.
Armand d'Herbomez.
LIVRES NOUVEAUX
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, 728, 739.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 782. — Manuscrits, 760, 820;
incunables, 723.
Sources, 862. — Chroniques, 727, 748, 791. — Journal, 698. —
Archives, 716, 762, 765. — Gartulaires, etc., 699, 718, 721, 732, 734,
758, 786, 854; chartes, 756, 834, 851; lettres, 786, 823.
BiOGRAPmE, GÉNÉALOGIE. — Aléaudre, 698; Alexandre IV, 699; saint
Antoine de Padoue, 803; saint Arnold, 730; saint Bernard d'Hil-
desheim, 707; Bertran de Born, 759; saint Boniface de Savoie, 810;
Gangrande délia Scala, 846; Charlemagne, 838; Charles le Téméraire,
824; Cino da Pistoia, 703; Colomb, 821; Dante, 722, 725, 734, 804,
822; Eckhart, 807; Élise, 753; saint François d'Assise, 737; Frédéric
Barberousse, 770; Fugger, 767; Guccello di "Prata, 746; sainte Hedwige,
705; Hohenzollern, 857; Hugues de Beauvais, 752; Hunégonde , 796;
bienheureux Idesbald, 731; Jacques de Vérone, 839; Jean XXII, 843;
Jean V de Bretagne, 786; Jeanne d'Arc, 787, 811; Loypeau, 829;
Thierry Martens, 709; Philippe de Montaigu, 795; Roland, 833; Sforza,
840; Siméon, évêque de Metz, 805; Stanga, 847 ; Udo, évêque d'Hildes-
heim, 855; Urbain II, 816; Wettin, 857.
Géographie, 856.
Institutions, 729, 790, 798, 831, 834.
Droit, 713, 733, 792, 795, 801, 832, 837, 852.
Moeurs, histoire économique, 706, 712, 717, 850, 860.
Enseignement, sciences, médecine, 719, 720, 764, 799, 864.
722 BIBLIOGRAPHIE.
Religions. — Judaïsme, 697. — Catholicisme : conciles, 784 ; croi-
sades, 750, 769, 784; liturgie, 724, 778; théologie, 7H, 807. — Héré-
sies, 771.
Archéologie, 708, 751, 812, 828, 865.— Architecture, 736, 747, 757, 797,
826, 827, 853, 859. — Peinture, 704, 824. — Orfèvrerie, 779. — Numis-
matique, 761, 781. — Sigillographie, 785. — Héraldique, 830.
Langues et littératures. — Langues romanes, 809; français, 742,
789, 817; provençal, 738; italien, 802, 806, 836. — Langues germa-
niques, 863. — Langues slaves, 849.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 706, 766, 770, 776, 842, 844, 865. — Allemagne du Nord,
818, 858, 862; provinces rhénanes, 715, 727, 859; Bade, 732; Franco-
nie, 797.
Alsace-Lorraine, 800, 854.
Autriche-Hongrie, 733, 771, 773, 793, 860, 861.
Espagne, 845.
France, 702, 756. — Bretagne, 830; Lorraine, 751; Picardie, 825
Saintonge, 735. — Allier, 745; Aveyron, 798; Cher, 814; Doubs, 765
Gironde, 701 ; Hle-et-Vilaine, 780, 856; Indre, 772, 816; Loir-et-Cher
721; Loiret, 756; Lot-et-Garonne, 700; Nord, 762, 778; Oise, 815
Basses-Pyrénées, 755; Seine-et-Oise , 749; Seine-Inférieure, 794
Seine-et-Marne, 813; Somme, 744, 788; Vienne, 702.
Grande-Bretagne, 697, 714, 768.
Italie : du Nord, 729, 740, 743, 754, 810, 835; du Centre, 710, 763;
du Midi, 725, 826.
Pays-Bas, 716, 718.
Pays Scandinaves, 726, 741, 775, 819, 841, 848.
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alters. Wien, G. Gerold's Sohn, 1895. Gr. in-8°, 71 p., 108 grav. et
1 pi. (Extrait des Wissenschaflliche Mittheilungen aus Bosnien und der
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den von 1332 bis 1365. Bearbeitet von Hans Witte und Georg Wolfram.
Strassburg, K. J. Trùbner, 1895. Gr. in-8o, 520 p. (Urkunden und
Akten der Stadt Strassburg, I. Abtheilung.) 26 m.
855. Uslar-Gleichen (Edmund, Freiherr von). Udo, Graf von Rein-
hausen, Bischof von Hildesheim 1079-1114. Hannover, F. Gruse, 1895.
In-8°, 31 p. 0 m. 50.
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M. de Palys pour les époques antérieures à 1790. Paris, Impr. natio-
nale, 1895. In-8o, 40 p. (Extrait du Bulletin de géographie historique et
descriptive. )
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Wettin, ihre Abstammung und ihre Stellung in der deutschen Ge-
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sede condita primis. Wratislaviae ; Paderborn, F. Schôningh, 1895.
In-8°, 50 p.
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ehemaligen Befestigungen der Stadt. Nach architektonischen, geschicht-
lichen und culturhistorischen Gesichtspunkten untersucht und mit
736 BIBLIOGRAPHIE.
Benutzung der hinterlassenen Arbeiten des Prof. Karl Wibel dar-
gestellt. Freiburg i. B., J. C. B. Mohr, 1895. In-4o, xvi-370p., illustré.
860."WiNTER(Zikmund).ZivotcirkevnivGechâch. Kulturnè-historicky
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Paul Neflf, 1896. In-8°, xi-304 p., 1 carte, 22 phototypies et 168 grav.
CHRONIQUE ET MÉLAN&ES.
— Par arrêté ministériel du 8 novembre 1895, ont été nommés élèves
de première année de l'École des chartes, dans l'ordre de mérite suivant :
MM.
1. Dreux (inciré- Auguste-Albert), né à Blois (Loir-et-Cher), le 5 juin
1871.
2. PoupARDiN (René), né au Havre (Seine-Inférieure), le 27 février 1874.
3. ViLNET (PauZ-Jules-Ernest), né à Saint-Julien (Aube), le 12 janvier
1875.
4. Michel de Boislisle (/ean-Georges-Léon), né à Saint-Prix (Seine-
et-Oise), le 10 août 1876.
5. SusTRAG (Louis-Joseph- Charles), né à Chatou (Seine-et-Oise), le
23 août 1874.
6. De Lasteyrie du Saillant (Charles-Ferdinand), né à Paris, le
27 août 1877.
7. Galas (Marie-Pierre-i^'éiîa;), né à Paris, le 14 mai 1876.
8. Oursel (Marie-Pierre- 6'/iarZes), né à Saint-Philbert-sur-Risle (Eure),
le 2 mars 1876.
9. Lanore ( Pierre-Mathieu-Eugène- Joseph-l/awnce), né à Libourne
(Gironde), le 11 octobre 1871.
10. Chalandon (Marie- Ferdinand), né à Lyon (Rhône), le 10 février
1875.
11. Escoffier (Amabile-Marie-^cnn), né à Fontenay-sous-Bois (Seine),
le 23 janvier 1876.
12. Gauthier (Charles-iéon), né à Besançon (Doubs), le 18 décembre
1875.
13. Le Chartier de Sédouy (/ean-Joseph-Marguerite-Marie) , né à
Beuvrigny (Manche), le 6 août 1874.
14. Le Sourd (Auguste-Marie- Amédée), né à Vais (Ardèche), le 3 août
1875.
15. Esquer (Joseph-Germain-Marie-Léon-fraôneZ), né à Cannes (Aude),
le 11 avril 1876.
16. Brou (C/iar/e5-Jean-Marie), né à Laval (Mayenne), le 25 mai 1876.
17. Lesort (Joseph- Jean- André), né à Rouen (Seine-Inférieure), le
4 janvier 1876.
738 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
18. DuvAL (Frédenc- Victor), né à Magny-le-Désert (Orne), le 25 août
4876.
19. Le Cor {Maurice-ÊmUe-Louis), né à Paris, le Is"" janvier 1875.
20. Philippe (Marie-^ndre), né à Glamecy (Nièvre), le 29 mai 1875.
Hors cadre et à titre étranger :
M. FoRNARÈsE (Giuseppe), de nationalité italienne.
Sont autorisés à redoubler leur année d'études :
MM. Rastoul (Marie-Ignace-Joseph- Armand).
Rouget (Fernand-Manassé).
Stapfer (Marie-Gustave).
ViLLEMSEMS (Edmond), élèves de 1'"^ année.
Et MM. Brandin (Louis-Maurice).
Dacier (Édouard-Émile-Gabriel).
Grand (Roger-Gharles-Marie), élèves de 2^ année.
— Par arrêté du 14 novembre, M. de Lasteyrie, professeur d'archéo-
logie à l'École des chartes, a été autorisé à se faire suppléer pendant le
premier semestre de l'année 1895-1896 par M. Eugène Lefèvre-Pontalis.
— Notre confrère M. Cucheval-Glarignyestdécédéle 3 novembre 1895,
à Maisons-Laffitte. Né à Calais le l"" février 1821, il avait obtenu le
diplôme d'archiviste paléographe le 10 décembre 1846, classé le troi-
sième de sa promotion.
Les travaux qui ont rempli sa vie ont été rappelés dans le discours
qu'a prononcé sur la tombe M. Léon Say, président de l'Académie des
sciences morales et politiques, à laquelle notre regretté confrère appar-
tenait depuis l'année 1886 :
« Messieurs,
« C'est au nom de l'Académie des sciences morales et politiques que
j'adresse, au bord de cette tombe, un dernier adieu à notre confrère
Cucheval-Clarigny.
« Il appartenait depuis neuf années à notre Compagnie, et, depuis sa
jeunesse, il s'était consacré aux études qui font l'objet de nos travaux.
« Pendant toute sa vie en eiïet, et sa vie a été longue, il n'a jamais
cessé de se préoccuper des grandes questions économiques et financières
qui ont commencé à se poser, avec la gravité que personne ne méconnaît
plus aujourd'hui, pendant la première moitié de ce siècle, et, son acti-
vité dépassant nos frontières, ce qui, lorsqu'il a commencé à écrire, était
plus rare que maintenant, il nous a enseigné l'histoire financière des
États-Unis, d'Angleterre et d'Italie.
« Élève de l'École normale, de l'École des chartes, professeur d'his-
toire dans deux de nos premiers lycées, archiviste et bibliothécaire,
c'est en historien qu'il a parlé des faits contemporains.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 739
« Dès 1844 il faisait paraître dans la Revue des Deux-Mondes des
articles sur le Texas et les États-Unis; plus tard, il jugeait l'adminis-
tration du général Grant, celle du président Hayes et racontait l'élection
de Garfield et la tragédie de sa mort.
« En 1850, il commençait à donner au public ses consciencieuses
études sur l'Angleterre, sur la désorganisation des deux grands partis
historiques, sur Robert Peel, Gobden et Disraeli. Il les a jugés tous les
trois. Il a parlé avec émotion de cette session dramatique qui mit fin
au pouvoir de Robert Peel, et avec autorité de Gobden, le héros de la
ligue pour l'abolition des lois céréales. Il admire sans doute la fermeté
et même la hauteur avec laquelle Gobden, après avoir vaincu, défend
son œuvre contre un retour offensif de ses adversaires, mais ce ne sont
pas pourtant les grands hommes de la réforme économique ; ce n'est ni
Robert Peel ni Gobden qui avaient touché le cœur de notre confrère.
Son vrai héros était Disraeli.
a Disraeli lui a paru supérieur à ses contemporains comme politique
et comme orateur. Ge jugement, souvent médité, creusé avec cette per-
sévérance dans l'étude et cette sécurité dans la méthode qui constituaient
les qualités maîtresses de notre confrère, nous a valu la belle histoire
si complète et si lumineuse qu'il nous a donnée de lord Beaconsfield.
« Il nous l'a montré le jour de ses débuts à la Ghambre des com-
munes, et peut-être a-t-il trop affaibli l'échec qu'a subi ce jour-là ce
grand orateur de l'avenir, dont l'exubérance de gestes et la redondance
de ton avaient fait oublier à la Ghambre ses habitudes de bienveillance
pour les débutants. L'échec ne peut être nié, mais, en homme supé-
rieur, Disraeli n'a pas tardé à prendre une revanche éclatante.
« G'est dans le livre de notre confrère qu'il faut suivre de près et dans
le détail la carrière étrange de cet homme d'État dont l'âge n'a jamais
éteint le feu, et chez lequel on a pu retrouver jusqu'à la fin, quand il
sortait du demi-sommeil de ses derniers mois, l'exubérance de geste, le
regard de feu et cette intonation superbe qui avaient failli lui fermer, à
l'origine, le chemin de sa gloire.
« Mais ce n'est pas de l'Angleterre seulement et du temps déjà fabu-
leux de la lutte entre Disraeli et Gladstone, dont notre confrère nous a
entretenus dans ses articles de revue et dans ses livres. Il nous a raconté
les finances de l'Italie et les nôtres; il a jugé les erreurs financières de
la troisième république. Il en a parlé avec résolution et non sans pas-
sion, mais c'est justement grâce à la vivacité de son langage, peut-être
à la passion et aussi à la précision de son travail, qu'il a su se faire
écouter et se faire comprendre.
« Je n'ai d'ailleurs pas à vous rendre compte de ses œuvres. Gelui que
nous appellerons à occuper son fauteuil s'en chargera un jour. Je n'ai
aujourd'hui, hélas! qu'à lui adresser un dernier adieu. Il a été un con-
740 CHRONIQUE ET MELANGES.
frère pénétré de ses devoirs académiques. Il n'a épargné ni son temps
ni son travail dans l'étude parfois fastidieuse de tant de mémoires que
nous sommes obligés de lire avec conscience pour les classer et pour
juger s'ils sont dignes des prix que nous avons à décerner.
« Cucheval-Clarigny siégeait encore parmi nous il y a peu de jours;
mais nous avions aperçu, avec chagrin, les traces, hélas! déjà visibles
de la maladie qui devait bientôt l'enlever à sa famille, à ses amis, à
notre Compagnie. C'est du fond du cœur que je lui adresse, au nom des
confrères qui l'aimaient, un dernier adieu. »
— Par décret en date du 31 décembre 1895, nos confrères MM. Léo-
pold Delisle et Gaston Paris ont été promus, le premier au grade de
grand officier, le second au grade de commandeur dans l'ordre national
de la Légion d'honneur. — A la même date, nos confrères MM. Viollet
et Alglave ont été nommés chevaliers de la Légion d'honneur.
— Dans la séance de la Société de l'École des chartes tenue le
29 novembre, M. Léopold Delisle a mis sous les yeux de ses confrères
un manuscrit récemment entré à la Bibliothèque nationale : une partie
de Bible en lettres onciales, dont la notice est publiée à la page 651 du
présent volume. Des observations ont été échangées entre plusieurs
membres de la Société sur les particularités paléographiques que pré-
sente ce beau manuscrit. M. Prou a signalé l'analogie que certaines
grandes lettres des titres présentent avec la forme de ces mêmes lettres
sur des monnaies carolingiennes.
— Par arrêté du 11 novembre, notre confrère M. Morel-Fatio a été
chargé de suppléer, pendant l'année 1895-189G, M. Paul Mcyer dans la
chaire de langues et littératures de l'Europe méridionale au Collège de
France.
— Par arrêté du 23 octobre, notre confrère M. Petit-Dutaillis a été
chargé, pour l'année scolaire 1895-1896, d'un cours d'histoire du moyen
âge à la Faculté des lettres de Lille.
— Par arrêté du 29 novembre, notre confrère M. Louis Finot a été
chargé d'une conférence de langue sanscrite à l'École pratique des hautes
études, — notre confrère M. Antoine Thomas a été nommé maître de
conférence de philologie romane au même établissement.
— Par arrêté ministériel du 9 novembre, notre confrère M. Robert Gou-
baux a été nommé attaché non rétribué à la bibliothèque de l'Arsenal.
— Par arrêté préfectoral du 19 août, notre confrère M. A. Pasquier,
archiviste de l'Ariége, a été nommé archiviste de la Haute-Garonne, en
remplacement de notre confrère M. A. Baudouin, admis à faire valoir ses
droits à la retraite à partir du l*' novembre.
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 741
— Par arrêté du 28 novembre 1895, noire confrère M. Didier Neuville
a été nommé chef du bureau de la comptabilité des matières au minis-
tère de la marine.
— Notre confrère M. Henri Bûche a été nommé secrétaire de la Com-
mission supérieure des archives de la marine.
— Par arrêté en date du 7 octobre, nos confrères MM. Goulon et
Mirot sont autorisés à prolonger leur séjour à l'École française de Rome
pendant l'année 1895-1896.
— Le livre qui a valu à notre confrère M. G. Fagniez le premier prix
Gobert de l'Académie française est ainsi apprécié dans le rapport du
secrétaire perpétuel M. Boissier sur les concours de l'année 1895 :
« Le premier prix Gobert a été décerné à l'ouvrage de M. Gus-
tave Fagniez, intitulé : le Père Joseph et Richelieu. Le Père Joseph est
l'un de ces hommes dont on a dit qu'ils étaient plus célèbres qu'ils ne
sont connus. Tout le monde se souvient d'avoir vu, dans le tableau d'un
maitre, ce capucin qui monte les degrés du Louvre, en lisant son bréviaire
et sans regarder autour de lui, tandis que les grands seigneurs se baissent
humblement à son passage et ne se relèvent, avec un air de mépris,
que quand il ne peut plus les voir. Ce fut un personnage puissant et
redouté, voilà ce qu'on sait; mais d'ordinaire on ignore quel a été son
rôle véritable et la part qui lui revient dans l'œuvre de Richelieu. Miche-
let en fait le chef d'une administration équivoque de moines voyageurs
qui renseignaient le grand cardinal, quelque chose comme le directeur
d'une police secrète, une sorte de Fouché près d'un autre Napoléon.
C'est trop le diminuer. M. Fagniez prouve que Richelieu l'associa à
toutes ses entreprises et qu'il avait résolu d'en faire son successeur. Mais
ce qu'il y a de plus curieux chez le Père Joseph, ce que M. Fagniez fait
parfaitement connaître, c'est l'homme, — je devrais peut-être dire les
hommes, car, de compte fait, il y en a deux en lui, qui vivent ensemble,
et, quoique fort différents, ne font pas mauvais ménage. C'est d'abord
le moine, qui fonde un ordre de religieuses, le Calvaire, qui crée des
missions en France et en Orient, qui semble animé de l'esprit des croi-
sades, et rêve, en plein xvii*^ siècle, de délivrer le Saint-Sépulcre. C'est
ensuite le politique, c'est-à-dire un esprit pratique et positif, ennemi de
toute chimère, et qui s'applique à ne former que des projets qui puissent
se réaliser. Successivement, ou même à la fois, le Père Joseph s'occupe
avec la même passion et la même sincérité des intérêts du ciel et de
ceux de la terre. Quand il développe devant ses rehgieuses ses méthodes
d'oraison, c'est un mystique, un ascète entièrement dégagé des choses
du monde; c'est le plus fin, le plus adroit des diplomates, le mieux ren-
seigné sur les hommes et les affaires, lorsqu'il faut traiter avec l'Espagne
ou la Suède. Les deux personnages ont leur domaine séparé et trouvent
moyen de ne pas se gêner l'un l'autre. Le moine travaille de toutes ses
742 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
forces à l'extinction de l'hérésie ; le politique n'hésite pas à s'allier avec
les protestants contre la très catholique maison d'Autriche. En même
temps qu'il cherche tous les moyens d'exterminer les infidèles, il ne
refuse pas leurs services quand la France en a besoin. Au milieu de la
cour, il pratique tous les devoirs de son état, il passe les journées dans
le cabinet du premier ministre, la nuit sur un grabat, dans un cloître.
Ambassadeur auprès du pape, il sait faire respecter son caractère et
traite avec fermeté les affaires les plus graves ; mais, quand l'ambassade
est finie, il se souvient qu'il n'est qu'un moine ; il reprend son bâton de
voyage, il revient humblement à pied de Rome à Paris, et se délasse
des longueurs de la route en composant en chemin un poème épique
contre les Turcs. Enfin, il meurt à soixante-deux ans, comme un saint,
le jour où Bernard de Saxe-Weimar, dont il nous a procuré le secours,
entre dans Brisach et assure à la France la possession de l'Alsace. —
Tel est le personnage que M. Fagniez a entrepris de nous faire connaître,
et vous jugerez sans doute qu'il méritait bien d'être connu. »
— M. Longnon a lu, dans la séance de l'Académie des inscriptions
tenue le 8 novembre, un rapport sur les ouvrages envoyés en 1895 au
concours des antiquités de la France. Nous reproduisons les passages
de ce rapport relatifs aux travaux de nos confrères MM. François Dela-
borde et Jules Finot, qui ont obtenu l'un la première médaille, l'autre
la troisième mention honorable :
« La première médaille a été décernée à M. François Delaborde pour
son livre intitulé : Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, suivi d'un
catalogue de leurs actes ^Paris, 1894, grand in-8°). — Cet ouvrage dédié
à la mémoire de M. Natalis de Wailly est digne de notre regretté con-
frère par la solidité de l'érudition, la rigueur de la méthode, la qualité
de l'exposition, à la fois claire, élégante et simple; il est d'ailleurs conçu
dans le morne esprit que les célèbres travaux de M. de Wailly sur Join-
ville, esprit de sympathie générale pour le personnage et pour l'époque
qui ne décide jamais l'auteur à sacrifier dans le détail la justice et la
vérité. C'est M. de Wailly qui, il y a déjà vingt ans, engagea M. Dela-
borde, assis alors sur les bancs de l'École des chartes, à entreprendre ce
travail : il se réjouirait de le voir achevé, et le trouverait certainement
conforme à ce qu'il souhaitait qu'il fût, égal à ce qu'il pouvait s'en pro-
mettre. M. Delaborde a même largement dépassé ce que son maître
attendait de lui : il ne s'est pas borné à une biographie du sénéchal de
Champagne ; il l'a fait précéder d'un chapitre des plus méritoires et des
plus utiles sur les ancêtres de Jean de Joinville, l'a fait suivre d'une
autre étude moins longue et moins difficile, mais fort intéressante, sur
ses descendants, et i'a accompagnée de précieux tableaux généalogiques.
Enfin, il y a joint un catalogue d'actes des membres de la maison de
Joinville, qui, de 1019 à 1417, ne comprend pas moins de 1,071 articles,
CHROXIQDE ET MÉLANGES. 743
tous analysés avec le plus grand soin, en grande partie inédits, dont
beaucoup ont été découverts par lui-même, et qui forment un ensemble
de documents historiques de la plus grande valeur. Cet exposé suffit
déjà pour faire comprendre l'importance et le mérite du livre de M. Fran-
çois Uelaborde ; mais, pour permettre de l'apprécier pleinement, il faut
revenir sur quelques points particuliers.
« Rien n'était plus obscur jusqu'ici que les origines de la grande mai-
son de Joinville. En l'absence de documents contemporains, elles avaient
été défigurées dès le xm^ siècle par des confusions difficiles à débrouiller,
et plus encore au xvi« par des fictions généalogiques destinées à rehausser
la gloire de la maison de Lorraine, devenue l'héritière des Joinville. Les
érudits des trois siècles suivants avaient épaissi ces ténèbres par leurs
discussions et par leurs hypothèses. Si M. Delaborde n'a pas réussi à
retrouver la famille d'Etienne, le premier des seigneurs de Joinville, il
a dissipé une fois pour toutes une masse d'erreurs et de vaines conjec-
tures amoncelées autour de lui, et il a dégagé au moins un résultat très
net, c'est que ce personnage, d'ailleurs plus recommandable par son
énergie et son habileté que par ses vertus, a surtout été le fils de ses
œuvres. On ne peut qu'admirer la patience et la pénétration avec les-
quelles l'érudit historien a mené ces recherches arides, et le savoir
étendu qu'il a montré pour établir les points vraiment assurés de cette
histoire et dissiper la confusion qui l'embarrassait. Ces premières pages
lui ont coûté beaucoup de peine et en épargneront beaucoup à ses suc-
cesseurs.
« L'histoire des premiers descendants d'Etienne n'a pas été écrite par
M. Delaborde avec une information moins précise et une critique moins
exacte. Mais c'est la vie de Jean de Joinville qui, avec une étude histo-
rique et littéraire sur son Histoire de saint Louis, remplit la plus grande
partie du livre. C'est un morceau excellent, auquel les plus compétents
ne sauraient tout au plus adresser qu'une seule critique, en ce qui touche
le rapport des manuscrits de l'œuvre immortelle du sénéchal de Cham-
pagne; mais, à vrai dire, M. Delaborde n'a fait ici que reproduire, sans
apporter d'arguments nouveaux, l'opinion de M. de Wailly que notre
confrère M. Gaston Paris avait jadis combattue et que son auteur avait
cru lui-même devoir modifier. La minutieuse pratique de la critique
des textes est affaire de philologue, et, il serait injuste de l'exiger trop
rigoureusement d'un historien.
« Comme historien, M. Delaborde est digne de tous les éloges. En
éclairant les divers aspects de la vie de Joinville, il a rendu à l'histoire
un signalé service, car si cette vie, mieux connue, grâce au bon séné-
chal même, que celle d'aucun de ses contemporains, enrichit de beau-
coup notre connaissance de la société féodale du xni<= siècle, elle est non
moins précieuse pour bien comprendre l'œuvre de Joinville, notre prin-
cipale source pour la connaissance intime et personnelle de saint Louis.
744 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
C'est donc en somme tout un chapitre et un chapitre des plus intéressants
de l'histoire de France que ce livre fera mieux comprendre, et la Com-
mission n'a pas hésité un instant à lui accorder la première des récom-
penses dont elle disposait.
« C'est M. Jules Finot, archiviste du département du Nord, qui obtient
la troisième mention honorable avec son Étude historique sur les relations
commerciales entre la France et la Flandre au moyen âge (Paris, 1894,
in-8°). — L'œuvre de M. Finot a deux parties : la première, ayant pour
objet le commerce de la France centrale et de la Flandre par la voie de
terre ; la seconde, le commerce par mer entre la Flandre et les villes de
la Rochelle, Niort, Saint- Jean-d'Angely, Bayonne, Biarritz et Bordeaux.
Fondé uniquement sur des pièces d'archives, ce livre offre des rensei-
gnements tout à fait nouveaux et, qui plus est, fort intéressants. Quelles
étaient, au moyen âge, les marchandises exportées de Flandre en France
et de France en Flandre? Les documents transcrits ou analysés par
M, Finot répondent très clairement à cette question. On y voit en outre
que l'échange de ces produits était très actif malgré les guerres, malgré
les pilleries des soldats, des corsaires et des bandits embrigadés.
« C'est là un bon livre de statistique qu'il convient de recommander.
L'auteur ne se flatte pas d'avoir tout trouvé et il suppose qu'on pourra
quelque jour signaler dans son livre des erreurs et des lacunes. Ces
erreurs ne seront certainement pas graves, ni ces lacunes importantes.
Mais ce qui nous semble manquer à M. Finot, c'est l'art de composer,
de grouper les faits historiques et de les présenter de manière à en faire
bien apprécier les causes et les suites. On éprouve quelque fatigue à lire
un livre que, malgré soi, l'on refait en le lisant. »
— L'Académie des inscriptions et belles-lettres a tenu sa séance
publique annuelle le 15 novembre 1895. Le président M. Maspero a rendu
compte, dans les termes suivants, des travaux de plusieurs de nos
confrères récompensés ou jugés par l'Académie :
« Prix ordinaire. — Vous avez reçu trois Études sur la chancellerie
royale depuis l'avènement de saint Louis jusqu'à celui de Philippe de Valois,
et vous avez accordé la palme à celle de M. Victor Langlois. Vous
demandiez aux concurrents de vous détailler l'organisation intime de
cette administration et de faire connaître les divers fonctionnaires chargés
de rédiger puis d'expédier les actes. M. Langlois s'est acquitté de cette
tâche avec la rigueur de critique et la netteté de langage qui lui ont
valu déjà l'honneur d'être couronné par vous; il a épuisé toutes les
sources d'information qui sont accessibles dans les bibliothèques ou
dans les archives, et la plupart des résultats auxquels il est parvenu
demeurent acquis à la science.
« Première médaille du concours des antiquités de France. — M. Delà-
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 745
borde devait son sujet à Natalis de Wailly; il lui a dédié son ouvrage
et vous avez retrouvé dans l'élève les qualités que vous admiriez dans le
maître, l'érudition pleine et solide, la méthode exacte et sévère, l'expo-
sition sobre, claire, vigoureuse. Il a éclairci les origines des Joinville,
fort obscures dès le xirie siècle, et compliquées au xvi"^ par les fictions
généalogiques où la maison de Lorraine, héritière de leurs biens, complai-
sait son orgueil. Il a montré le peu que valait Etienne, le premier d'entre
eux dont nous ayons gardé le souvenir, et les moyens assez malhonnêtes
par lesquels ce personnage établit la puissance de sa famille. Il a retracé
avec précision les destinées des descendants d'Etienne, puis il s'est atta-
qué à Jean, l'ami de saint Louis. Peut-être a-t-il suivi de trop près
l'opinion de M. de Wailly en ce qui touche à la langue, et n'a-t-il pas
tenu assez compte des raisons par lesquelles Gaston Paris l'avait com-
battue : la partie historique de son livre ne méritait que des éloges, et
vous lui avez accordé sans hésitation le premier rang parmi tant d'oeuvres
remarquables.
« Troisième mention honorable du concours des antiquités de France. —
Ij Etude de M. Jules Finot sur les relations commerciales entre la France
et la Flandre au moyen âge couvre plus d'espace et embrasse plus de
matières. La Flandre trafiquait par la voie de terre avec le centre de
notre pays, par la voie de mer avec des villes côtières situées au delà de
la Loire, de la Rochelle à Bayonne et à Biarritz. M. Finot a déterminé
la nature des marchandises échangées et le chemin qu'elles préféraient
prendre pour passer d'une région dans l'autre. Les faits ne sont pas tou-
jours groupés de manière assez claire, et l'on ressent quelque fatigue à
les bien apprécier.
« Prix Gobert. — Trois ouvrages très importants vous avaient été pré-
sentés pour le prix Gobert : vous avez couronné celui de M. Élie Ber-
ger sur Blanche de Castille, reine de France; M. Élie Berger ne s'est
point enfermé dans la biographie de cette princesse : il a raconté tous
les événements de notre histoire nationale auxquels elle a mis la main
de 1226 à 1252, et il leur a prêté une physionomie nouvelle, au moyen
de documents que ses devanciers avaient ignorés et dont beaucoup
étaient inédits. Il a fait ressortir la part prépondérante qu'elle prit à
l'administration du royaume, non seulement pendant les quatorze
années que durèrent ses deux régences, mais pendant celles où son fils
régna seul : son habileté à sortir des dangers les plus menaçants, sa
souplesse, son énergie, sont exposées en traits saisissants. Peut-être
l'activité considérable que M. Berger lui attribue dans la direction des
affaires publiques diminue-t-elle l'idée qu'on avait jusqu'à présent de
saint Louis; mais, somme toute, les faits se chargent de confirmer
cette impression. L'esprit qui animait les grands feudataires, surtout
les trois principaux, Thibaut de Champagne, Pierre Mauclerc, Henri III
1895 49
746 CHROXIQDE ET MÉLANGES.
d'Angleterre, est jugé sévèrement : on ne peut s'empêcher de penser,
en lisant le récit de leurs intrigues décousues, que Blanche joua de
bonheur à rencontrer devant elle des adversaires aussi légers d'esprit.
Ajoutons que M. Berger a su échapper au travers, fréquent chez les
biographes, de ne voir que des vertus chez son héroïne : il a placé en
lumière les traits douteux du caractère avec la même impartialité qu'il
avait mise à en rappeler les beaux côtés. Son ouvrage, bien fourni de
documents et de faits, a une qualité rare : il est composé avec clarté,
écrit avec agrément. Ce n'est pas seulement un mémoire que l'on con-
sultera, c'est un livre qu'on peut lire pour le plaisir autant que pour
l'instruction.
« Travaux de VÉcole de Rome. — M. Goulon a donné l'exemple [de
recherches sur la papauté française], et son étude sur les registres de
Jean XXII, ainsi que sur les rapports politiques de ce pontife avec la
France (1316-1334), doit servir de type aux recherches que M. l'abbé
Duchesne veut entreprendre sur l'état des Archives vaticanes en ce qui
concerne les papes d'Avignon.
« Jean XXII introduisit en effet des modifications importantes dans
les usages de la chancellerie romaine. Elle s'était contentée jusqu'alors
d'un seul registre annuel, où elle inscrivait d'une part les lettres com-
munes, simples pièces d'administration courante qu'on expédiait le
plus souvent sans en référer au souverain pontife, d'autre part les lettres
curiales exigées par des affaires d'un intérêt particulier, et qu'on ne
pouvait envoyer à destination avant de les avoir soumises à son exa-
men. Elle eut désormais deux registres par année, l'un où elle continua
de copier les lettres communes et les lettres curiales selon l'usage des
siècles antérieurs, l'autre où elle relégua les lettres secrètes. M. Gou-
lon laisse de côté les lettres communes, comme étant trop nombreuses
et de moindre valeur : il s'est borné à relever, parmi les lettres curiales
et parmi les secrètes, celles qui ont trait à la France, puis il en a fait
le résumé analytique, et il a inséré dans un appendice la copie des
pièces assez importantes pour qu'on ait intérêt à posséder le texte même.
Votre commission des Écoles d'Athènes et de Rome, chargée d'exami-
ner son travail, souhaiterait qu'il ne se désintéressât pas complètement
des lettres communes. Elles renferment, parmi beaucoup de formules
ou de faits insignifiants, une foule de renseignements qu'il serait regret-
table de perdre : on y relève souvent des détails authentiques et précis
sur les personnages nommés dans les secrètes, sur leur vie, sur leurs
œuvres. Il ne sera pas inutile d'en donner sous une forme qu'on pourra
déterminer par la suite une indication qui permettra aux savants de
se reporter aisément à chacune d'elles.
« M. Daumet s'est réservé le pontificat de Benoît XU (1334-1342),
M. Mirot celui de Grégoire XI (1370-1378), et leurs recherches sont
assez avancées pour qu'on entretienne l'espoir d'en voir paraître le
CHRONIQUE ET MELANGES. 747
résultat dans quelques mois. Cependant M. Deloye achève son édition
du registre d'Alexandre IV. Il a réuni, entre temps, les documents
nécessaires à l'introduction qu'il compte publier en tête de son inven-
taire des archives de la Chambre apostolique : il examinera ce qu'était
l'administration financière des papes au xiv« siècle à la cour d'Avi-
gnon et dans les provinces pontificales. »
— Les sujets mis au concours par l'Académie des inscriptions, dans
l'ordre des études du moyen âge, sont les suivants :
Prix ordinaire en 1898 : Étude sur les sources des martyrologes du
/J« siècle. (On se bornera aux textes primitifs, en négligeant leurs
adjonctions postérieures.)
Prix Bordin pour 1896 : I. Étude sur les vies de saints, traduites du
grec en latin, jusqu'au X« siècle.
II. Étude sur les traductions d'auteurs profanes exécutées sous les
règnes de Jean II et de Charles V.
III. Étude critique sur l'authenticité des documents relatifs aux em-
prunts des croisés.
— L'Académie des sciences morales et politiques a accordé un rappel
de récompense à M. le commandant L. Krebs et à notre confrère
M. Henri Moris pour leur ouvrage en deux volumes : Campagnes dans
les Alpes pendant la Révolution, dont le premier volume avait obtenu
en 1891 une récompense imputée sur la fondation Audiffred.
DISCOURS DE M. GASTON PARIS A l'iNAUGURATION DU BUSTE DE PEIRESG.
— Notre confrère, M. Gaston Paris, délégué par M. le ministre de
l'Instruction publique, a prononcé le discours suivant à l'inauguration
du buste de Peiresc à iVix, le 10 novembre 1895 :
« Messieurs,
« C'est à bon droit que Monsieur le Ministre de l'Instruction publique
a voulu que le Comité des travaux historiques et scientifiques fût repré-
senté à cette solennité. L'œuvre que ce Comité essaye aujourd'hui d'ac-
complir, et pour laquelle il appelle à son aide de nombreux savants de
Paris et des départements, l'homme extraordinaire que vous êtes, à si
juste titre, fiers d'avoir pour compatriote l'accomplissait jadis à lui
seul. Que dis-je? à l'œuvre des diverses sections de notre Comité, —
section d'histoire et de philologie, section d'archéologie, section de géo-
graphie historique et commerciale, section des sciences économiques et
sociales, section des sciences mathématiques et naturelles, — il joignait
celle de la Commission des missions scientifiques. On peut dire plus
encore. Avant qu'aucune Académie eût été créée en France, il s'était
chargé lui-même de l'une des plus nobles et des plus utiles fonctions
748 CHBONIQUE ET MÉLANGES.
qu'elles remplissent, celle de patronner le mérite intellectuel, de stimu-
ler l'ardeur productive, de signaler les découvertes, d'encourager les
vocations ou de récompenser les efforts heureux. Si, dans la fête que
vient de célébrer l'Institut de France, chacune de nos Académies avait
voulu se chercher un précurseur, toutes auraient pu nommer l'ami de
Malherbe, de Scaliger, de Gassendi, de Grotius, de Rubens, le lettré
délicat, l'archéologue, l'historien, le patient expérimentateur, le juris-
consulte érudit, le zélé collectionneur d'œuvres d'art, le dilettante que
la musique émouvait si profondément.
« Oui, tout ce que nous faisons aujourd'hui, avec les ressources que
l'État met à notre disposition, à grand renfort de commissions et de
comités, un homme, possesseur d'une fortune ordinaire, le fit à lui seul
pendant trente ans, il y a près de trois siècles, du fond de son hôtel
d'Aix ou de sa riante retraite de Belgentier. Il allait même plus loin
que nous n'allons maintenant : sa générosité pour les sciences, les
lettres et les arts ne s'arrêtait pas aux frontières de sa patrie. Il encou-
rageait par des subsides, il facilitait par ses dons incessants, par ses
envois désintéressés, des travaux qui s'accomplissaient en Hollande, en
Angleterre, en Allemagne, en Italie. Il soutenait de ses recommanda-
tions, il appuyait de son crédit, il défendait par ses nobles instances les
champions de la pensée et de la science quand ils se trouvaient dans
l'embarras ou dans le péril. Son immense correspondance faisait rayon-
ner jusqu'aux extrémités du monde civilisé la flamme toujours ardente
de son activité infatigable et en avivait sans cesse, en retour, le foyer
par les aliments qu'elle y amenait de toutes parts. Aussi n'y avait-il
pas un pays où son nom ne fût chéri et vénéré par tous ceux, sans dis-
tinction de secte et de parti, qui travaillaient à l'œuvre toujours inache-
vée, toujours renaissante, de la conquête du vrai dans les domaines
divers où le poursuit l'esprit humain ; sa mort provoqua un deuil euro-
péen, un « gémissement du genre humain, » comme dit le titre du
recueil de quarante éloges funéraires en quarante langues différentes
qui fut publié à Rome en son honneur, et on peut dire que depuis lors
il ne s'est pas levé un homme qui ait su, en si peu de temps, et avec
des ressources aussi bornées, mériter dans le monde de l'intelligence
des éloges aussi sentis et des regrets aussi universels.
« C'est que Peiresc était aussi grand par le cœur que par l'esprit. A son
insatiable curiosité il joignait une bonté sans égale, une modestie abso-
lument sincère, une exquise sensibilité. L'affection dont il entourait ses
proches était des plus touchantes; ses amitiés furent aussi constantes
qu'étroites : on ne voit pas qu'aucune d'elles ait connu de rupture ou
de refroidissement; sa sympathie s'éveillait dès qu'il avait connais-
sance d'une infortune digne d'intérêt et se manifestait aussitôt par des
actes ; sa libéralité avait cette façon de donner qui vaut mieux que ce
qu'on donne : quand le malheureux Gampanella, enfin arraché à une
CHRONIQUE ET MELANGES. 749
captivité de vingt-trois ans, débarqua à Marseille, Peiresc le fit cher-
cher en litière, le garda chez lui plusieurs jours et l'envoya à Paris, en
arrangeant tout pour la facilité de son voyage et son entretien, avec
tant de bonne grâce et de discrète générosité que le philosophe, qui
avait eu assez de force d'âme pour ne jamais laisser couler ses larmes
dans la prison la plus dure et au milieu de tortures atroces, ne put les
retenir en présence d'un tel homme, de celui qu'il appelait plus tard
« l'honneur de la France, l'hôtelier perpétuel des hommes illustres,
« l'exemple du monde. » La sensibilité de son âme, à l'amitié comme
aux plus douces émotions de l'art, éclate dans une scène touchante que
Gassendi, son digne biographe, a rendue célèbre, mais qu'il a, bien
involontairement, un peu altérée : les lettres de Peiresc lui-même nous
permettent de nous la représenter fidèlement. Il venait d'être frappé
de sa première attaque de paralysie, — car cet homme, qui devait
mourir jeune encore, avait une organisation extraordinairement déli-
cate, et lutta toute sa vie contre les plus cruelles maladies, conservant
toujours sa sérénité et, dès qu'il retrouvait des forces, son activité pro-
digieuse. Il était resté une semaine entière sans pouvoir remuer un côté
du corps ni émettre de sons articulés. La lecture qu'on lui fit d'une lettre
de son jeune ami François de Thou commença de délier les lourdes
entraves qui semblaient enchaîner son âme aussi bien que son corps ; un
rayon de joie éclaira ses yeux et rendit quelque espoir aux amis qui l'en-
touraient. Mais ce fut la poésie qui acheva la cure. Gomme on lui récitait
une chanson, qui venait de lui être envoyée, sur les amours du lis et de
la rose, « il fut tellement ravi par la grâce de l'une des strophes qu'à
« force de vouloir s'écrier: Que c'est beau! il prononça en effet tout à
« coup ces mots, et, à partir de ce moment, recouvra la liberté de sa
« parole et de ses membres. » Depuis, il chercha curieusement la
mélodie qui s'adaptait à ces vers, dont il avait gardé un souvenir recon-
naissant, et qu'il aurait voulu entendre chanter. G'est grand dommage
que nous ne connaissions ni la musique ni les paroles mêmes de cette
chanson dont le sujet était si gracieux et qui s'insinuait si doucement
dans les cœurs : on l'aurait fait exécuter ici par une voix pure, accom-
pagnée d'un luth ou d'un théorbe, et nous aurions cru voir passer un
sourire sur les nobles traits que nous contemplons en effigie.
« Peiresc n'a pas tout l'éloge auquel il a droit quand on le qualifie de
Mécène et de protecteur des sciences et des lettres. Ce n'est même pas
assez de l'appeler, comme on le fait d'ordinaire, un « grand curieux »
ou un « grand amateur. » Il fut plus et mieux que cela. Un curieux
collectionne trop souvent pour le simple plaisir de collectionner, ne
rattache entre eux par aucun lien les objets de sa curiosité et ne se
soucie que de les posséder; un amateur n'approfondit rien et se borne
à jouir intelligemment, mais superficiellement, des travaux d'autrui.
Peiresc ne fut un grand curieux que parce qu'il avait l'esprit scienti-
750 CHRONIQUE ET MELANGES.
fîque et en même temps pratique, l'amour du vrai et l'amour du bien.
Il ne se contenta pas non plus de profiter du travail des autres : il tra-
vailla lui-même énormément. Il fut en histoire, en archéologie, un
excellent critique; en sciences physiques et naturelles, un observateur
méthodique et sagace. Il eut avant tout un esprit indépendant. Peu
soucieux des disputes théologiques qui venaient d'ensanglanter l'Europe
et allaient de nouveau la mettre en feu, il fut bon catholique, mais
d'une tolérance et d'une largeur qui prenaient leur source dans la hau-
teur de son intelligence autant que dans la droiture et la bonté de son
cœur : on le voit constamment, lui l'ami du duc de Mayenne, défendre
des protestants ou de libres penseurs inquiétés. De même, fervent amant
de l'antiquité, il est affranchi de toute superstition à l'égard des opi-
nions reçues ; il contrôle sans cesse par des expériences les dires des
anciens et ne se fait aucun scrupule de les prendre en faute. Il accepte
avec enthousiasme les grandes découvertes qui, de son temps, renouve-
lèrent la face du monde; il défend avec la plus généreuse sympathie la
cause de Galilée condamné, et se plaît à démontrer par des observa-
tions personnelles la circulation du sang que Harvey venait de démon-
trer et qui fut si longtemps contestée. Pour comprendre et poursuivre
les travaux de ces deux grands hommes qui venaient, presque en même
temps, de transformer pour l'esprit humain, l'un le macrocosme et
l'autre le microcosme, il s'arme des instruments qui leur ont servi :
Galilée lui-même lui envoie un télescope qu'il installe sur sa terrasse,
et il se fait adresser des microscopes de Hollande dès qu'ils sont inven-
tés. Souvent, dans ses observations et dans ses expériences, il a pour
collaborateur son cher Gassendi : c'est dire que l'examen vraiment phi-
losophique, et non l'autorité, sert de guide à ses recherches; on le
jugerait d'ailleurs assez par sa grande admiration pour Bacon. Aussi
avec quel zèle il dissipe une erreur, il met en lumière une vérité! Il
faut voir dans sa biographie la joie qu'il éprouva quand, ayant pris
l'empreinte d'une molaire d'éléphant, il la compara à la dent qu'on lui
avait envoyée du Maroc comme celle d'un géant dont on croyait avoir
retrouvé la sépulture, et put constater que ce géant prétendu n'était
qu'un éléphant, tout comme le fameux roi Theutobocus, censé déterré
en Dauphiné peu d'années auparavant, avec accompagnement d'ins-
criptions et de monnaies dont Peiresc avait aussitôt dénoncé le peu
d'authenticité ou de force probante !
« Car il montrait dans les sciences historiques et philosophiques la
même critique, la môme indépendance de jugement que dans les sciences
naturelles. Ce que sont en physique l'observation et l'expérience, la
recherche et la comparaison méthodique des documents de première
main le sont en histoire. Peiresc le comprenait admirablement : c'est
pour cela qu'il réunissait tant de médailles, c'est pour cela qu'il recher-
chait si ardemment les inscriptions antiques. S'intéressant à toutes les
CHRONIQUE ET MELANGES. 73^
parties de la science historique, archéologique et philologique, il faisait
chercher en Orient, par des missionnaires qu'il subventionnait, des
manuscrits destinés surtout à l'établissement critique des textes bibli-
ques, il faisait venir d'Egypte des momies, il contemplait avec une
curiosité presciente une brique babylonienne chargée de caractères
inconnus, espérant qu'on les déchiffrerait un jour. Mais de ces loin-
taines excursions ou de ces fouilles dans le passé classique il revenait
volontiers à sa chère patrie, ou plutôt à ses deux patries également
aimées, à la France, dont il voulait réunir en une vaste publication tous
les historiens contemporains des faits, à la Provence, dont il rêvait
d'écrire l'histoire, ayant pour cela accumulé en masse les documents ori-
ginaux. C'est ainsi qu'à côté de ses amis Bongars, Du Ghesne, P. Pithou
et autres, il jetait les fondements de l'œuvre de la reconstruction de
notre histoire nationale, et que, devançant, avec son autre ami Gatel, les
Bénédictins du xvni^ siècle, il préparait ces grandes histoires provin-
ciales qui en sont l'accompagnement nécessaire.
« Je suis bien loin, Messieurs, de vous avoir tracé de la merveilleuse
activité de Peiresc un tableau même approximatif, et je n'en ai nul-
lement la prétention. Vous trouverez ce tableau dans le livre de Gas-
sendi, si sobre, si substantiel et si élégant; vous en trouverez un
résumé excellent, éclairé à la lumière de la science moderne, dans l'étude
de M. Joret, que je ne saurais trop vous recommander. Vous en trou-
verez surtout les éléments dispersés, mais d'autant plus frappants, dans
le grand monument qu'ont élevé à Peiresc le zèle et l'érudition de celui
que nous regrettons tous de ne pas voir ici et auquel j'envoie le plus
sympathique des saints, de M. Tamizey de Larroque, le dernier des
amis de Peiresc, bien digne de lui par son caractère comme par son
amour passionné de l'étude, et à qui votre illustre compatriote doit vrai-
ment le rajeunissement de sa gloire; cette étonnante correspondance,
dont les volumes se succèdent avec une si belle régularité, nous montre
le « procureur général de la littérature » dans toute la variété, l'ardeur
et la persévérance des travaux de sa charge. On se demande en la lisant
comment les journées pouvaient suffire à de telles tâches ; on se demande
surtout comment un seul cerveau pouvait suffire à des intérêts si mul-
tiples. Car Peiresc, vous l'avez vu même par les quelques indications que
j'ai données tout à l'heure, était vraiment universel : il s'occupait avec
autant de passion, et en même temps, d'astronomie et de numisma-
tique, de météorologie et d'épigraphie, de physique et d'archéologie, de
physiologie et d'humanités, de botanique et d'histoire du moyen âge.
C'était l'âge héroïque de l'investigation: la curiosité d'un même homme
s'élançait hardiment dans toutes les directions, et la méthode qu'il avait
acquise dans une science lui profitait pour l'autre. Nous sommes obligés
aujourd'hui de nous restreindre : le plus grand savant n'explore par
lui-même qu'une division, souvent une subdivision secondaire de l'une
752 CHRONIQUE ET MELANGES.
des deux grandes branches du savoir, et est obligé de s'en rapporter
aux résultats obtenus par autrui d'autant plus complètement qu'il s'agit
d'une étude plus éloignée de son domaine propre. La science a certai-
nement gagné à cette division nécessaire du travail; mais les savants
y ont perdu un peu de cette joie qui emplissait les cœurs de leurs
grands prédécesseurs de la Renaissance, et, ce qui est plus fâcheux
encore, un peu de cette largeur d'esprit qui les rendait aptes à tout
comprendre et du profit qu'apporte la pratique d'une discipline à ceux
qui en exercent en même temps une autre.
d Mais Peiresc ne se bornait pas à cette activité, dont l'étendue et la
variété nous surprennent : il avait, — sans parler de ses fonctions au
Parlement d'Aix, — un côté pratique qu'on ne saurait oublier. Il n'est
pas seulement le précurseur de nos divers comités et commissions,
même de nos Académies : il est celui de la Société d'acclimatation. Vous
savez avec quel zèle, dans son jardin de Belgentier, il essayait de cul-
tiver des plantes inconnues jusque-là en France; il ne s'occupait pas
moins de propager celles qu'il avait réussi à acclimater et qui lui parais-
saient, soit par leurs propriétés utiles, soit simplement par leur beauté,
mériter d'être répandues. « Quiconque, dit avec raison M. Joret, pro-
« cure à ses semblables une espèce végétale nouvelle, — alimentaire ou
« môme d'ornement, — est un bienfaiteur de l'humanité. » Nous jouis-
sons encore des présents de ce bienfaisant génie : il a enrichi nos jar-
dins et nos vergers; nous lui sommes redevables de saveurs, de cou-
leurs et de parfums nouveaux. Nous lui devons aussi le plaisir de
contempler dans nos foyers les formes élégantes, de caresser la riche et
souple fourrure de ces beaux chats qu'il fit venir de Syrie et qui étaient
un des ornements de sa maison de campagne. Il aurait droit, rien que
pour cela, à la reconnaissance des poètes et des artistes.
« Messieurs, malgré tant de mérites, le nom de Peiresc n'est pas envi-
ronné de l'éclat qui entoure encore celui de quelques-uns de ses con-
temporains. C'est que, — en dehors de ses lettres, écrites sans aucune
prétention et ne portant guère que sur des détails dont l'intérêt était
passager, — il n'a presque rien produit. Aucun livre ne transmet son
nom de bibliographie en bibliographie. Les petits mémoires d'érudition
qu'on a de sa plume sont excellents dans leur genre, mais ils se rédui.sent
à quelques pages. Son Histoire de Provence, comme l'a si bien expliqué
le savant doyen honoraire de votre Faculté des lettres, est restée à
l'état de projet, parce qu'un trop grand souci de l'information exacte et
complète l'empêcha toujours d'aborder la mise en œuvre des matériaux
qu'il avait réunis. Dans les sciences physiques et naturelles, nous ne
connaissons que par le rapport de Gassendi ses observations et ses
expériences. Cette abstention a nui et devait nuire à sa renommée. On
peut la regretter cà ce point do vue; mais faut-il la regretter pour lui?
Aurait-il mieux fait de suspendre un moment ses perpétuelles recherches,
CHRONIQUE ET Me'lAXGES. 753
ses correspondances, ses enquêtes et ses encouragements prodigués en
tous lieux, pour s'enfermer dans son cabinet et consacrer des mois, des
années, à une œuvre qui aurait conservé son nom à côté de ceux de ses
illustres amis? On peut se le demander. D'abord cela lui aurait été
sans doute impossible : il vivait de cette curiosité toujours et sur tout
éveillée, de cet afflux incessant vers lui d'idées, de faits, de renseigne-
ments, de questions venant de toute l'Europe. Interrompre sa correspon-
dance? Il aurait été aussi facile d'arrêter pour un temps, comme dans
l'histoire d'Ésope, tous les fleuves qui versent leurs eaux dans la mer.
Puis, n'a-t-il pas été à la fois plus heureux et plus bienfaisant en suivant
le penchant de sa nature? Les ouvrages qu'il aurait écrits, comme ceux,
hélas! de tous les érudits et de tous les savants après un certain nombre
d'années, n'existeraient plus aujourd'hui que par leurs titres : le destin
fatal des livres de science est de se rendre inutiles par les progrès mêmes
qu'ils font faire. C'est cette tâche, faire faire des progrès à la science, qui
est la plus noble mission du savant, et certainement Peiresc l'a remplie,
mieux qu'il n'aurait pu le faire par ses propres ouvrages, en encoura-
geant des vocations et en suscitant des travaux dans toute l'Europe.
Plus d'un livre, parmi les plus importants de l'époque, — je citerai seu-
lement le fameux ouvrage de Grotius, — porto en tête la déclaration
qu'il n'aurait pas vu le jour sans l'appui moral ou matériel de Peiresc.
Il serait difficile de calculer l'impulsion qu'une action aussi puissante
et aussi désintéressée a pu imprimer aux diverses sciences auxquelles
elle s'est appliquée. Peiresc, en y bornant son action visible, a peut-être
sacrifié une partie de sa gloire, mais il n'a certes pas diminué son mérite,
et j'ajouterai qu'il a augmenté son bonheur, puisque cet homme sin-
gulier mettait son bonheur exclusivement dans deux choses : connaître
et aimer, poursuivre le vrai sous toutes ses formes, pratiquer le bien
dans toutes ses applications.
« Son exemple, a dit Gampanella, est à proposer au monde. Il est tout
particulièrement à proposer ici. C'est à Aix ou près d'Aix que, sauf
quelques interruptions, s'est déroulée cette grande vie. Elle y trouvait
son cadre naturel. Une tradition déjà ancienne faisait de votre cité un
foyer de haute culture, la capitale intellectuelle, aussi bien que poli-
tique, de cette vaste région qui, dès longtemps rattachée à la France,
en était devenue depuis le xv*^ siècle partie intégrante. Située en dehors
des grandes routes commerciales et comme volontairement à l'écart de
l'agitation, sinon du mouvement, dominant, de la pente modérée où elle
est assise, de riantes vallées ou de nobles horizons, avec ses beaux aspects,
ses rues de tout temps largement percées, ses eaux salutaires, son air
vif, Aix donne facilement à l'esprit une tournure plus sérieuse et plus
méditative que celle que lui impriment les villes joyeuses et bruyantes
des bords du Rhône ou de la Méditerranée. Ville aristocratique, parle-
mentaire et studieuse, son génie, qui a produit en Vauvenargues sa fleur
754 CHRONIQUE ET MELANGES.
la plus délicate, allie une certaine sévérité à sa grâce, et tempère par
une gravité propre sa naturelle vivacité provençale. Peiresc, issu d'une
vieille famille de souche italienne attachée au parlement d'Aix depuis
sa fondation, trouvait autour de lui des traditions de travail, d'étude,
d'amour des lettres et de dignité dans la vie dont il se pénétra profon-
dément. Aussi, bien que son mérite et ses grandes relations eussent
pu lui permettre d'arriver, à la cour, aux situations les plus hautes,
enferma-t-il, de propos délibéré, sa vie dans les murs d'Aix ou dans sa
campagne de Belgentier : s'il ht à Paris deux séjours, — dont l'un de
quelques années, — ce fut attiré par l'amitié et par le désir de profiter
de collections précieuses ou du commerce d'hommes éminents. Mais il
fut et il voulut toujours être ce qu'on appelle aujourd'hui « un savant
a de province. » Eh bien ! Messieurs, ce savant de province a été pen-
dant longtemps, nous l'avons vu, le chorège et comme le chef d'or-
chestre de la science et de la littérature européennes. Il montra ainsi
ce que peuvent la volonté, la persévérance et la bienfaisance d'un
homme, et combien le cœur et le génie font à leur image le monde où
ils se trouvent placés. On parle beaucoup aujourd'hui de décentrali-
sation ; c'est, je l'avoue, un mot que je n'aime guère : outre qu'il est pure-
ment négatif, et par là même infécond, il a une tournure lourde et une
signification administrative qui répugnent à l'idée qu'il prétend exprimer.
Cette décentralisation, c'est au centre qu'on demande de la faire, par
des lois, des institutions, des règlements : il y a là une pétition de prin-
cipe. C'est par les âmes que peut et que doit se faire d'ores et déjà la
renaissance de la vie provinciale. Que ceux qui se sentent forts et actifs
cessent de tourner exclusivement leurs regards fascinés vers le flam-
boiement de Paris; mais qu'ils ne les replient pas non plus avec une
jalouse étroitesse sur leur petit foyer local : l'esprit de clocher, qui
enlève à la pensée toute étendue et toute indépendance, est le pire
ennemi du libre développement dont je souhaite ardemment de voir
par toute la France s'épanouir la variété féconde. Qu'ils imitent Pei-
resc : qu'ils élargissent le plus qu'ils pourront l'horizon de leur intel-
ligence et de leur sympathie ; au lieu de toujours demander et attendre,
qu'ils agissent, qu'ils créent, qu'ils fondent, et qui sait si on ne verra
pas s'allumer, de çà, de là, des flambeaux dont l'éclat ira plus loin qu'on
ne le soupçonne aujourd'hui?
« C'est dans une cité comme la vôtre, Messieurs, qu'une telle renais-
sance serait le moins invraisemblable, parce qu'elle y est le mieux pré-
parée. L'esprit de Peiresc a laissé parmi vous de nobles héritiers : la
munificence et le culte des lettres n'ont jamais cessé d'être traditionnels
dans vos familles, et, sans remonter au marquis de Méjanes, je pourrais
citer parmi vous tel collectionneur qui ne le cède à son illustre devan-
cier du xvn« siècle ni pour le zèle ni pour la libéralité. Si vous voulez
aviver dans l'àme de vos fils, fiers dès l'enfance d'appartenir à « l'Athènes
CHRONIQUE ET ME'lATCES. 735
« du Midi, » la flamme qui ne s'est jamais éteinte, et qui, après avoir
jeté jadis une si belle lueur, peut se ranimer encore et briller d'un nou-
vel éclat, amenez-les devant le buste de Peiresc : racontez-leur la vie
de cet homme si simplement grand; dites-leur qu'il dut sa grandeur à
sa volonté constante de chercher le vrai et de faire le bien, et que tous
peuvent l'imiter dans ce noble effort. Rappelez-leur de quelle gloire
pure et durable il entoura sa personne, sa race et sa ville. Les temps
sont changés depuis trois siècles, et Peiresc, s'il revenait au monde,
mettrait d'autres moyens au service de son activité bienfaisante ; mais
soyez sûrs qu'il saurait la rendre aussi intense et aussi féconde. Puisse
de son exemple sortir un Peiresc moderne, qui mérite autant que lui
la reconnaissance des lettres, des sciences et des arts, et qui ajoute un
nouveau rayon à la gloire de sa petite et de sa grande patrie ! »
LE CIERGE PASCAL DE PARIS EN 1271.
Le ms. latin 7198 de la Bibliothèque nationale est un recueil de trai-
tés d'algorisme, d'astronomie et de comput qui a dû être copié vers le
milieu du xm^ siècle par une main française, probablement d'après un
exemplaire anglais, comme on peut le supposer d'après le calendrier
mis en tête du volume. Ce calendrier, qui mentionne un assez petit
nombre de fêtes, renferme les mentions suivantes :
1 marcii. Sancti Albani episcopi^.
18 — Sancti Eadmundi régis.
20 — Sancti Cuthberti episcopi.
29 apr. Translatio sancti Eadmundi régis.
23 jun. Translacio sancte Heldrede virginis.
7 jul. Translacio sancti Thome martiris.
5 aug. Sancti Osvualdi régis.
4 sept. Translacio sancti Cuthberti episcopi.
13 oct. Sancti Eadmundi régis.
17 oct. Sancte Caldrede (sic) virginis.
16 nov. Sancti Eadmundi archiepiscopi.
20 nov. Sancti Eadmundi régis.
29 dec. Sancti Thojie ARcmEPiscopi et martyris.
C'est après coup qu'on a ajouté en marge de ce calendrier, en regard
du 11 août, les mots : « Translatio sancte corone Doraini. »
Au fol. 25 de ce manuscrit on trouve le texte de l'inscription qui
avait été mise en l'année 1271 sur le cierge pascal de l'église de Paris,
1. Les articles imprimés en petites capitales sont en lettres rouges clans le
manuscrit.
756 CHRONIQUE ET MELANGES.
inscription qui s'ajoutera à celles du même genre qui ont été déjà
signalées, et notamment à celle de l'année 1582, pour le cierge pascal
de la cathédrale d'Amiens <.
Annus ab incarnatione mondi V™ CCCG LXX.
Annus ab incarnatione Domini M CC LXXI.
Annus a passione Domini M GG XXXVIII.
Annus concurrentes in.
Epacta vn.
G laves terminorum xix.
Terminus pasche nii kl. aprilis.
Dies pasche nonis aprilis.
Luna ejusdem diei xxi.
Annus cicli solaris xx.
Annus cicli lunaris xv.
Annus cicli decemnovenalis xvni.
Annus cicli indiclionis xnn.
Annus communis et tercius post byssextum.
Littera dominicalis D.
Annus nativitatis Philippi illustris régis Francorum xxvi.
Annus regni ipsius primus.
Annus episcopatus venerabiUs Stephani Parisius episcopi m.
Gonsecratus est cereus iste in nomine Domini.
Sur la même page que l'inscription a été marquée la date de l'em-
barquement de saint Louis pour la première croisade : « Anno Domini
M''GG'' XL» VIIIo, V kalendas septembris, rex Ludovicus Francie intra-
vit mare ad transfretandum ad terram sanctam, in die sancti Augu-
stini. »
LA PALÉOGRAPHIE AUX ÉTATS-UNIS.
Une revue périodique ou magazine américain, The Bostonian (Bos-
ton, in-S", 3« année), contient dans son numéro de Noël (déc. 1895) un
supplément de quatre pages, qui consiste dans le fac-similé photo-
chromolithographique, très réussi, de la chanson anglaise composée, à
l'occasion de la bataille d'Azincourt, probablement par John Dunstable :
Deo gratias, Anglia, redde pro Victoria. Our kyng ivent forth to Nor-
mandij... Le fac-similé de ce texte, qui est peut-être le plus ancien
spécimen de la musique anglaise, est suivi d'une transcription en carac-
tères et en notes modernes, et l'article est intitulé : The Agincourt Song,
a facsimile.
Nous devons cette communication à notre confrère M. Daniel Grand,
1. Notices et extraits des manuscrits, t. XXXIV, partie I, p. 384.
CHRONIQUE ET ME'lANGES, 757
qui a obtenu, en novembre 1895, une graduate scholarship de l'Univer-
sité Harvard (États-Unis) pour la préparation des examens de doctorat
en philologie romane.
COLLECTION POUR L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE
PUBLIÉE PAR l'université DE PENNSYLVANIE.
Trois professeurs de l'Université pennsylvanienne de Philadelphie,
MM. Edward P. Cheyney, James Harvey Robinson et Dana C. Munro,
se sont proposé de faciliter à leurs élèves l'étude de l'histoire en met-
tant à leur portée quelques textes importants ^ Étudier l'histoire sans
jamais prendre connaissance des textes originaux est une œuvre aussi
stérile que serait l'étude de la chimie sans laboratoire, de la minéralo-
gie sans collections : telle est la considération qui a décidé les trois pro-
fesseurs à entreprendre l'œuvre que nous signalons ici. La première
année (1894) comprend six fascicules, dont trois doubles; la seconde
sept fascicules, dont quatre sont doubles. Jusqu'ici, l'histoire médiévale
est représentée par cinq fascicules, les n°^ 2 (Urban and the crusaders,
16 p.) et 4 (Letters of the crusaders, written from the Holy Land, 36 p.) de
1894, et les n°s 3 [The mediseval student, 20 p.), 4 [Monastic taies of the
Xlllth century, 20 p.) et? (Life of St Columban) de 1895. Tous ces fasci-
cules sont l'œuvre de M. D. C. Munro; destinés à l'enseignement général,
ils ne reproduisent pas les textes originaux, mais en offrent des tra-
ductions. En tête, une courte introduction pour exposer la nature et la
valeur des documents publiés; à la fin, s'il y a lieu, quelques indica-
tions bibliographiques. Ces indications suffisent à l'objet que se pro-
pose l'éditeur; mais elles ne sont pas toujours données d'une manière
assez précise et complète ; c'est surtout dans des ouvrages destinés à des
jeunes gens peu habitués au maniement des bibliographies qu'il est
indispensable de se montrer scrupuleusement exact dans la transcrip-
tion des titres et dans l'indication des renseignements accessoires (lieu et
date d'impression, voire nom de l'éditeur). The médiéval student nous a
semblé particulièrement défectueux à cet égard. D'autre part, l'on est
un peu surpris de voir figurer dans cette bibliographie des ouvrages en
toutes langues, allemand, français, latin; car, ou l'élève est censé igno-
rer les langues étrangères, et, dans ce cas, pourquoi lui fournir des
l. Translations and reprinis from original sources of European history.
Philadelphia, Pa., ia-8". Souscription aimuelle, 1 1. st. Prix du fascicule, 15 c;
du double fascicule, 25 c. Les souscriplioas sont reçues à l'Université par
M. Dana C. Munro. Elles se trouvent en dépôt à Londres, chez MM. P. S. King
et fils, éditeurs.
738 CHRO^flQUE ET MELANGES.
renseignements dont il ne pourra profiter? ou il est censé les connaître,
et alors pourquoi lui présenter les documents dans une traduction au
lieu du texte original? Les textes choisis sont intéressants et la traduc-
tion est généralement fidèle ^. Pourquoi M. D. C. Munro s'est-il parfois
contenté des anciennes éditions quand il en a depuis paru de meil-
leures? Pourquoi aussi dans l'annotation n'avoir pas donné les réfé-
rences pour les textes allégués dans ses sources? Pour les citations de
l'Écriture sainte par exemple, il eût fallu indiquer le livre, le chapitre
et le verset. La tentative n'en est pas moins intéressante et a droit à
nos encouragements.
1. Elle ne serre pas toujours le texte d'assez près; ainsi, dans le discours
d'Urbain II au concile de Clermont, because he had used his oioi ivrongly ne
rend pas exactement le latin quia rébus acceptis se ipsum maie dereliquit.
ADDITIONS ET CORRECTIONS.
P. 392, l. 26. Au lieu de Thaner, lises Theiner.
P. 528. M. le professeur Bernhard von Sirason, de l'Université de
Fribourg-en-Brisgau, veut bien nous avertir que le texte interpolé de
la Chronique de Bède, dont nous avons signalé la présence dans le
ms. 187 de Besançon, constitue la Chronique universelle s'arrêtant à
l'année 741, qui parait avoir été composée vers l'année 801 dans le dio-
cèse d'Autun et dont une édition a été donnée en 1881 dans les Monu-
menta Germanix historica (Scriptores, t. XIII, p. 1 et s.), d'après deux
manuscrits de Leyde et de Munich. Sur cette Chronique, voy. les notices
de Waitz (Neues Archiv, t. V, p. 475) et de Simson (Forschungen zur
deutschen Geschichte, t. XIX, p. 97).
LISTE DES SOUSCRIPTEURS
A LA
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES CHARTES
POUR l'année 1895.
— c*sc,'5\a,-a_
Bibliothèques et Sociétés.
PARIS.
Académie des inscriptions et belles-
lettres.
Alliance Israélite.
Archives départementales de la Seine.
Archives nationales.
Association générale des étudiants.
Bibliographie de la France, journal
général de l'imprimerie et de la
librairie.
Bibliothèque de V Arsenal.
— Cardinal.
— Mazarine.
— nationale (département des im-
primés).
(département des manuscrits ) .
— du Sénat.
— de l'Université, à la Sorbonne.
— de la Ville.
Cercle agricole.
Cercle catholique des étudiants.
Chambre des députés.
Directeur de l'enseignement supé-
rieur, au ministère de l'Instruc-
tion publique.
Directeur du secrétariat et de la
comptabilité, au ministère de
, l'Instruction publique.
École nationale des chartes (2 ex.).
Ecole fiormale supérieure.
École Sainte-Geneviève.
Etudes religieuses.
Faculté de droit.
Institut catholique.
Ministère de l'instruclioîi publique
(55 ex.).
Ministère de la Marine.
Ordre des avocats.
Revue archéologique.
Revue historique.
Société bibliogiaphique.
Société historique.
DÉPARTEMENTS.
Aix-en-Provence. Bibliothèque Mé-
janes.
universitaire.
Albi. Archives du Tarn.
Alger. Bibliothèque universitaire.
Amiens. Société des Antiquaires de
Picardie.
Angers. Société d'agriculture.
Arras. Bibliothèque de la Ville.
AvRANCHES. Société d'archéologic.
Rayonne. Bibliothèque de la Ville.
Besançon. Biblioth. universitaire.
Béziers. Société archéologique.
Blois. Bibliothèque de la Ville.
Bordeaux. Bibliothèque de la Fa-
culté de droit.
1. Ceux des souscripteurs dont les noms seraient mal orthographiés, les titres
omis ou inexactement imprimés, sont instamment priés de vouloir bien adresser
leurs réclamations à MM. A. PICARD et fils, libraires de la Société de l'École des
chartes, rue Bonaparte, 82, à Paris, afin que les mêmes fautes ne puissent se
reproduire dans la cinquante-septième liste de nos souscripteurs, qui sera
publiée, suivant l'usage, à la fin du prochain volume de la Bibliothèque.
760
LISTE DES SODSCRIPTEORS.
Bordeaux. Biblioth. universitaire.
Bouloone-sur-Mer. Bibliothèque de
la Ville.
Garcassonne. Archives de l'Aude.
Chateauroux. Archives de Vlndre.
Cherbourg. Bibliothèque de la Ville.
Clermont-Ferrand, Archives du
Puy-de-Dôme.
— Bibliothèque universitaire.
Douai. Société d'agriculture.
Dragcignan. Archives du Var.
Guéret. Archives de la Creuse.
LiGUGÉ. Bénédictins (RR. PP.).
Lille. Archives du Nord.
— Biblioth. de l'Institut catholique.
universitaire.
Lyon. Bibliothèque de l'Archevêché.
de la Faculté de droit.
de l'Institut catholique.
universitaire.
Mans (Le). Bibliothèque de la Ville.
Marseille. Archives municipales.
Bibliothèque de la Ville.
Montauban. Bibliothèque de la Ville.
MoNTBRisoN. Société de la Diana.
Montpellier. Bibliothèque univer-
sitaire.
Moulins. Bibliothèque de la Ville.
Nancy. Bibliothèque de la Ville.
Nantes. Bibliothèque de la Ville.
Nice. Bibliothèque de la Ville.
Niort. Archives des Deux-Sèvres.
Orléans. Bibliothèque de la Ville.
Pau. Bibliothèque de la Ville.
Perpignan. Archives des Pyrénées-
Orientales.
PoiTiERs. Bibliothèqueuniversitaire.
de la Ville.
— Société des Antiquaires de l'Ouest.
Reims. Bibliothèque de la Ville.
Rennes. Bibliothèque universitaire.
de la Ville.
Rochelle (La). Bibliothèque de la
Ville.
Rouen. Bibliothèque de la Ville.
Saintes. Bibliothèque de la Ville.
Saint-Étienne. Bibliothèque de la
Ville.
Soissons. Bibliothèque de la Ville.
Solesmes. Bénédictins (RR. PP.).
Toulouse. Bibliothèque universi-
taire.
de la Ville.
Tours. Bibliothèque de la Ville.
Valenciennes. Bibliothèque de la
Ville.
Vendôme. Bibliothèque de la Ville.
Verdun. Société philomathique.
Vitré. Bibliothèque de la Ville.
ÉTRANGER.
Baltimore. American (the) Journal
of archaeology.
— Bibliothèque Pea'iody.
Barcelone. Ateneo Barcelones.
Berne. Bibliothèque cantonale.
— Université.
Bruxelles. Académie royale des
lettres, des sciences et des beaux-
arts de Belgique.
— Bollandistes (RR. PP.).
Bukarest. Bibliothèque centrale.
Cambridge (États-Unis). Université
Harvard.
EiNsiEDELN. Bénédictins (RR. PP.).
Florence. Archives de toscane.
— Archivio storico italiano.
Fribourq. Bibliothèque cantonale.
Genève. Archives.
— Bibliothèque cantonale.
— Société de lecture.
— Université.
Jersey. Cour royale.
Lausanne. Bibliothèque canto?iale.
Léopol. Kwartalnik historyczny .
Lisbonne. Bibliothèque nationale.
Londres. English (the) hist. review.
LouvAiN. Jésuites (RR. PP.).
Malte. Bibliothèque publique.
Maredsous. Bénédictins (RR. PP.).
Metz. Archives.
Milan. Archivio storico lombardo.
MoNT-CASSiN.fît'nérfîc<«n.ç(RR.PP.).
New-York. American (the) geogra-
phical Society.
Palerme. Bibliothèque nationale.
Philadelphie. Université.
PiSE. Université.
Rome. Accademia (Beale) dei Lincei.
— Archives du Vatican.
— Bibliothèque Victor- Emmanuel.
— École française.
— Società romatia di storia patria.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
76^
Sofia. Université.
Vienne. Académie impériale des
sciences (classe philosophico-his-
torique).
— MiUheilungen des Instituts fur os-
terreichischeGeschichtsforschung.
— Université.
Washington. Université catholique,
MM.
*Alaus (Paul), à Montpellier ^ .
Albon (le marquis d'), au château
d'Avenges (Rhône).
* Allemagne (Henry d'), attaché à
la Bibliothèque de l'Arsenal, à
Paris.
*Anchier (Camille), stagiaire à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
*André (Edouard) , archiviste de
l'Ardèche, à Privas.
* André (Francisque), archiviste de
l'Aube, à Troyes.
Appert, à Fiers.
* Aebois de Jubainville (Henry d'),
membrede l'Institut, professeur
au Collège de France, à Paris.
Asher et G'«, à Berlin (M ex.).
*AuBERT (Félix), à Saint- Mandé
(Seine).
* AuBERT (Hippolyte), conservateur
de la bibliothèque de Genève, à
Vermont, près Genève (Suisse).
*AuBRY-ViTET (Eugène), à Paris.
"AuDREN DE Kerdrel, séuatour, à
Paris.
AuMALE (le duc d'), à Chantilly.
" AuvRAY (Lucien), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
Avignon, à Paris.
*Babelon (Ernest), conservateur
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
Baer ET C'*^, à Francfort.
*Baillet (Auguste), à Orléans.
Balme (le R. P.), à Paris.
Barante (le baron de), à Paris.
Barras, à Saint-Maxime (Var).
Barrière-Flayy, avocat, à Tou-
louse.
'Barroux (Marius), archiviste ad-
joint de la Seine, à Paris.
* Barthélémy! Anatole de) , membre
de l'Institut, à Paris.
*Batiffol (Louis), stagiaire à la
Bibhothèque nationale, à Ver-
sailles.
* Baudon de MoNY(Charles), à Paris.
*Be.\ugorps (le vicomte de), à Or-
léans.
Beaucourt (le marquis de), à
Paris.
*Beaurepaire (Charles de), corres-
pondant de l'Institut, archiviste
de la Seine-Inférieure, à Rouen.
Bellet (Mgr), à Tain (I)rôme).
*Bémont (Charles), maître de con-
férences à l'École des hautes
études, à Paris.
* Berger (Élie), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
Berloquin, curé de Villiers-au-
Bouin (Indre-et-Loire).
*Berthelé (Joseph), archiviste de
l'Hérault, à Montpellier.
*Berthou (Paul de), à Nantes.
* Bertrand de BROussiLLON(Arthur) ,
au Mans.
Besson, à la Seyne (Var).
BiLOT de Chateaurenault, à Paris .
BizzoNi, libraire, à Pavie.
*Blancard (Louis), correspondant
de l'Institut , archiviste des
Bouches -du- Rhône , à Mar-
seille.
Blanchard, à Nantes.
BoGCA, libraire, à Milan.
BoccA, libraire, à Rome.
BoGCA, libraire, à Turin (4 ex.).
Bondois , professeur au Lycée
Bufîon, à Paris.
*Bonnardot (François), sous-ins-
pecteur des travaux historiques
de la ville de Paris, à Arcueil
(Seine).
*Bonnassieux (Pierre), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris,
*Bonnault d'Houët (le baron de),
au château d'Hailles, par Mo-
reuil (Somme).
1. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres de la Société de
l'École des chartes.
-1895 50
762
LISTE DES SOUSCRIPTECRS.
*BoREL (Frédéric), à Paris.
BoRRANi, libraire, à Paris (3 ex.).
Boucher (Mm«), à Cherbourg.
*BoucHOT (Henri), bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
BouDET (Marcellin), président du
tribunal, à Saint-Flour.
*BoDGENOT (Symphorien), à Paris.
* Bourbon (Georges), archiviste de
l'Eure, à Evreux.
*BouRGEOis (Alfred), archiviste de
Loir-et-Cher, à Blois.
*Bourmont (le comte Amédée de),
à Paris,
*Bournon (Fernand), archiviste et
bibliothécaire de la ville de
Saint-Denis, à Paris.
BouvY (le R. P. Eugène), à Paris.
Bréard (Ch.), à Versailles.
Brettes, à Paris.
Brockhaus, libraire, à Leipzig
(5 ex.).
Brôlemann, à Paris.
*Bruchet (Max), archiviste de la
Haute-Savoie, à Annecy.
*Bruel (Alexandre), sous-chef de
section aux Archives natio-
nales, à Paris.
"Brutails (Auguste), archiviste
de la Gironde, à Bordeaux.
*BucHE (Henri), à Paris.
BucHuoLz, libraire, à Munich.
BucK, libraire, à Luxembourg.
Bull, libraire, à Strasbourg.
Gaauelsen, libraire, à Amsterdam.
Gabié, à Roqueserrière (Haute-
Garonne).
Caix DE Pierlas, à Turin.
*Galmettes (Fernand), à Paris.
*Gampardon (Emile), chef de sec-
tion aux Archives nationales,
à Paris.
Carabin, à Paris.
Garrère, à Toulouse.
*Gasati (Charles), conseiller hono-
raire à la Cour d'appel, à Paris.
Gauvet, président de chambre
honoraire, à Montpellier.
*Gauwès, professeur à la Faculté
de droit de Paris, à Versailles.
*Cerise (le baron), à Paris.
*Ghambdre (Hugues de], au château
de Montmartin (Nièvre).
Champion, libraire, à Paris.
*Charavay (Etienne), à Paris.
Chardon (H.), maire de MaroUes-
les-Braux (Sarthe).
Charmasse (de), à Autun.
*Chatel (Eugène), à Paris.
*Chauffier (Vabbé), à Vannes.
*Chayanon (Jules), archiviste de
la Sarthe, au Mans.
Cherbuliez, libraire, à Genève.
Chevalier (l'abbé J.), à Romans
(Drôme).
Chevalier (l'abbé U.), à Romans
(Drôme).
Chevelle, notaire, àVaucouleurs
(Meuse).
'Claudon (Ferdinand), archiviste
de l'Allier, à Moulins.
Glausen, libraire, à Palerme.
*Clédat (Léon), doyen de la Fa-
culté des lettres, à Lyon.
* Clément (l'abbé Maurice) , à Rome.
*GoLLON (Gaston), bibhothécaire
de la ville, à Tours.
Gondamin (le D""), à Lyon.
*GoppiNGER (Emmanuel), à Paris.
* Corda (Augustin), sous -biblio-
thécaire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
*CoiJARD (Emile), archiviste de
Seine-et-Oise, à Versailles.
*GouDERG (Camille), sous-biblio-
thécaire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
*CouLON (Auguste), membre de
l'Ecole française, à Rome.
*GouRAjoD (Louis), conservateur
au musée du Louvre, à Paris.
'CouRAYE DU Parc (Joseph), sous-
bibliothécaire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
Gourcel (Valentin de), à Paris.
*CouRTEAULT (Henri), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
Coussemaker (de), à Bailleul
(Nord).
*CoviLLE (Alfred), professeur à la
Faculté des lettres, à Lyon.
*GoYEGQUE (Ernest), archiviste ad-
joint de la Seine, à Paris.
*Croy (Joseph DE), au château de
Monteaux (Loir-et-Cher).
* Cucheval-Glarigny, membre de
l'Institut, à Paris.
1
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
763
CuMONT (le marquis de) , à la Rous-
sière, près Coulonges (Deux-
Sèvres).
*CuRZON (Henri de), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Daguin, avocat, à Paris.
'Dareste (Rodolphe), membre de
l'Institut, conseiller à la Cour
de cassation, à Paris.
Daspitde Saint- Amand, à la Réole.
*Daumet (Georges), membre de
l'École française, à Rome.
*Delaborde (le vicomte H. -Fran-
çois), archiviste aux Archives
nationales, à Paris.
*Delaghenal (Roland), à Paris.
*Delahaye (Jules), ancien député,
à Tours.
*Delaville Le Roulx (Joseph), à
Paris.
* Delisle (L.) , membre de l'Institut,
administrateur général de la
Bibliothèque nationale, à Paris.
Deloghe (Maximin), membre de
rinstitut, à Paris.
*Demaison (Louis), archiviste de
la ville, à Reims.
*Demante (Gabriel), professeur ho-
noraire à la Faculté de droit de
Paris, à Gastelnaudary.
Demarteau, à Liège.
Denifle (le R. P.), archiviste au
Vatican, à Rome.
Denis (le chanoine), à Meaux.
*Deprez (Michel), conservateur à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
* Desjardins (Gustave), chef de bu-
reau au ministère de l'instruc-
tion publique, à Paris.
*DiEUDONNÉ (Adolphe), attaché à
la Bibliothèque nationale, à
Paris.
*DiGARD (Georges) , professeur à
l'Institut catholique, à Paris.
Dion (Adolphe de), à Montfort-
l'Amaury.
* Dorez (Léon), sous-bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
Douais (le chanoine), professeur
d'histoire à l'École supérieure
de théologie, à Toulouse.
Drême, premier président hono-
raire de la Cour d'appel, à
Asen.
* DuBois-GuGHAN (Gastou), à Sées
(Orne).
•Du Chêne (Arthur), à Château-
Gonthier (Mayenne).
DuGHESNE (l'abbé L.), membre de
l'Institut, directeur de l'École
française, à Rome.
*DuGOM (André), attaché aux ar-
chives de la Chambre des dé-
putés, à Paris.
*DuF0UR (Théophile), directeur de
la bibliothèque de la ville, à
Genève.
*DuFouRMANTELLE (Charles), à A-
jaccio.
* DuFRESNE DE Saint-Léon (Arthur ),
à Paris.
DuLAU et G'e, libraires, à Londres
(4 ex.).
Dumoulin, professeur, à Roanne.
*DuN0YER DE Segonzag (Jacques),
ancien archiviste de la Sarthe,
au Mans.
*DupoND (Alfred), archiviste de
l'Aude, à Carcassonne.
* Dupont -Ferrier (Gustave), à
Paris.
* Durand (Georges), archiviste de
la Somme, à Amiens.
*DuRRiEu (le comte Paul), conser-
vateur adjoint au musée du
Louvre, à Paris.
DuvAL, à Paris.
*DuvAL (Louis) , archiviste de
l'Orne, à Alenoon.
DuviviER, avocat," à Bruxelles.
*EcKEL (Auguste), archiviste de
la Haute-Saône, à Yesoul.
Elphinstone, à Londres,
Engelgke, libraire, à Gand.
*Enlart (Gapiille), sous-bibliothé-
caire à l'École des Beaux-Arts,
à Paris.
*Estienne (Charles), archiviste du
Morbihan, à Vannes.
Even (P.), à Paris.
*Fagniez (Gustave), à Paris.
Falk, libraire, à Bruxelles.
Fargy (de), à Château-Gontier.
*Faucon (Maurice), à Ariane (Puy-
de-Dôme).
*Favre (Camille), colonel-briga-
dier d'infanterie, à Genève.
*Feugère des Forts (Philippe), à
Paris.
764
LISTE DES SOCSCRIPTEOES.
*FiNOT (Jules), archiviste du Nord,
à Lille.
*FiNOT (Louis), sous-bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
Fl.vch (Jacques), professeur au
Collège de France, à Paris.
*Flamare (Henri de), archiviste
de la Nièvre, à Nevers.
*Flammermont (Jules), professeur à
la Faculté des lettres, à Lille.
*Fleury (Paul de), archiviste de
la Charente, à Angoulême.
"Flourac (Léon), ancien archiviste
des Basses-Pyrénées, à Pau.
"FoRGEOT (Henri), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
FoucHARD, au Mans.
FouiLHOux (l'abbé), à Clermont-
Ferrand.
*FouRNiER (Marcel), professeur
agrégé à la Faculté de droit de
Gaen, à Paris.
*FouRiNiER (Paul), professeur à la
Faculté de droit, à Grenoble.
FoURNIER-LATOURAILLE,àBrioude.
* François Saint-Malr, ancien pré-
sident de chambre à la Cour
d'appel, à Pau.
*Fréjiinvill,e (Joseph de), archiviste
de la Loire, à Saint- Etienne.
Frick, libr., à Vienne (Autriche).
* Froment (Albert), à Paris.
* Fungk-Brentano (Frantz), sous-
bibliothécaire à la Bibliothèque
de l'Arsenal, à Paris.
*FuRGEOï (Henri), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
"Gaillard (Henri), professeur au
collège Stanislas, à Paris.
Gama-Barros (de), à Lisbonne.
* Gauthier (Jules), archiviste du
Doubs, à Besançon.
Gautier (J.), à Paris.
*Gautier (Léon), membre de l'Ins-
titut, chef de section aux Ar-
chives nationales, professeur à
l'École des chartes, à Paris.
Gebetiiner et G»«, libraires, à Var-
sovie.
*GERDAUX(Fernand),archivisteaux
Archives nationales, à Paris.
Gerold et C'«, à Vienne (3 ex.).
*GiRAUDiN (l'abbé), directeur au
grand séminaire, à Périgueux.
* GiRY (Arthur), professeur à l'École
des chartes, à Paris.
Glasson, membre de l'Institut, à
Paris.
*GossiN (Léon), à Paris.
*Grandjean (Charles), secrétaire-
rédacteur au Sénat, à Paris.
* Grandmaison (Charles de), corres-
pondant de l'Institut, archiviste
honoraire d'Indre-et-Loire, à
Tours.
* Grandmaison (Louis de), archi-
viste d'Indre-et-Loire, à Tours.
*Gréa (dom), supérieur des Cha-
noines réguliers, à Saint- An-
toine (Isère).
Gremaud (l'abbé), professeur, à
Fribourg (Suisse),
*GuÉRiN (Paul), secrétaire des Ar-
chives nationales, à Paris.
'GuiFFREY (Jules), administrateur
des Gobelins, à Paris.
*GuiGNARD (Philippe), bibliothé-
caire de la ville, à Dijon.
*GuiouE (Georges), archiviste du
Rhône, à Lyon.
"GuiLuiERMOz (Paul), bibliothécaire
honoraire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
Guillaume (l'abbé), archiviste des
Hautes- Alpes, à Gap.
* Guillaume (Joseph), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
Hahn, libraire, à Hanovre.
*Hanotaux (Gabriel), ancien mi-
nistre des Aifaires étrangères,
à Paris.
Hauréau, membre de l'Institut,
à Paris.
*Helleu (Joseph), à Paris.
* Henry (Abel), à Paris.
*Herbomez (Armand D'),àTournay
(Belgique).
Herluison, libraire, à Orléans.
* Héron de Villefosse (Antoine),
membre de l'Institut, conser-
vateur au musée du Louvre, à
Paris.
*Hervieu (Henri), ancien député,
à Avallon.
*HiMLY I Auguste), membre de
l'Institut, doyen de la Faculté
des lettres, à Paris.
HiNRiGH, libraire, à Leipzig.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
765
Hoche, à Paris.
*EoppENOT (Paul), à Paris.
HouDEBiNE, à Combrée (Maine-et-
Loire).
Hubert, archiviste de l'Indre, à
Châteauroux.
*HuGUEs (Adolphe), archiviste de
Seine-et-Marne, à Melun.
*IsNARD (Albert), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
Jacob, archiviste, conservateur du
musée, à Bar-le-Duc.
*Jacqueton (Gilbert), avocat, à
Paris.
Janvier, à Amiens.
* Jarry (Eugène), ancien auxiliaire
de l'Institut, à Orléans.
*JoijoN des Longrais (Frédéric), à
Rennes.
Jullien, libraire, à Genève.
Kermaingant (de), à Paris.
*KoHLER (Charles), bibliothécaire
à la Bibliothèque Sainte-Gene-
viève, à Paris.
Kramers, libraire, à Rotterdam
(2 ex.).
*Labande (Léon-Honoré), conser-
vateur du musée Galvet, à Avi-
gnon.
*Laborde (le marquis de), à Paris.
* La Borderie (Arthur de) , membre
de l'Institut, à Vitré (lUe-et-
Vilaine).
*Labrouche (Paul), archiviste des
Hautes-Pyrénées, à Tarbes.
*Lacaille (Henri), à Paris.
Lachenal, ancien receveur des
finances, à Brioude.
* Lair (Jules), directeur de la Com-
pagnie des entrepôts et maga-
sins généraux, à Paris.
*Lalanne (Ludovic), bibliothé-
caire de l'Institut, à Paris.
*Laloy (Emile), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
Lameere, conseiller à la cour, à
Bruxelles.
Lamertin, à Bruxelles.
Lamm (Per), librairie Nilsson, à
Paris (9 ex.).
*Langlois (Ch.-V.), chargé de
cours à la Faculté des lettres, à
Paris.
*Langloi3 (Ernest), professeur à la
Faculté des lettres, à Lille.
*La Rochebrochard (Henri de), au
château de Boissoudan, par
Champdeniers (Deux-Sèvres).
*La Roncière (Charles Bourel de),
stagiaire à la Bibhothèque na-
tionale, à Paris.
Laschenais (de), au château de la
Salle (Saône-et-Loire).
Lasgombe (A.), au Puy-en-Yelay.
*La Serre (Roger Barbier de), con-
seiller référendaire à la Cour
des comptes, à Paris.
*Lasteyrie (le comte Robert de),
membre de l'Institut, profes-
seur à l'École des chartes, dé-
puté, à Paris. _
Lauer, élève de l'École des chartes,
à Neuilly-sur-Seine.
*Laurent (Paul), archivistedes Ar-
dennes, à Mézières.
* Le Brethon (Paul), stagiaire à la
Bibliothèque nationale, àParis.
*Lecacheux (Paul), à Montebourg
(Manche).
*Lecestre (Léon), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Lechevallier, libraire, à Paris.
Leclerc (l'abbé) , au collège de
Vaugirard, à Paris.
Lecorveg, à Paris.
*Legoy de la Marche, sous-chef
de section aux Archives natio-
nales, à Paris.
'Ledos (Eugène-Gabriel), sous-bi-
bliothécaire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
Lefeuvre, à Jersey.
*Lefèvre (André), professeur à
l'École d'anthropologie, à Paris.
* Lefèvre - Pontalis ( Eugène ) , à
Paris.
*Lefèvre-Pontalis (Germain), se-
crétaire d'ambassade, à Paris.
*Lefoullon (Anatole), député, à
Paris.
*Lefrang (Abel), secrétaire du
Collège de France, à Paris.
*Le Grand (Léon), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*Lelong (Eugène), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Lemaire, à Paris.
766
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
*Lemoine (Jean), archiviste du
Finistère, à Quimper.
*Lempnnier (Henry), professeur à
l'École des beaux-arts, chargé
de cours à la Faculté des lettres,
à Paris.
*Lempereur (Louis), archiviste de
l'Aveyron, à Rodez.
*Léonardon (Henri), conservateur
adjoint de la Bibliothèque, à
Versailles.
Léotard, sous-bibliothécaire de
la ville, à Montpellier.
*Leroux (Alfred), archiviste de la
Haute-Vienne, à Limoges.
Lesort (André), élève de l'École
des chartes, à Paris.
Le Soudier, libraire, à Paris (6
ex.).
Le Sourd (le D"'), à Paris.
*Lespinasse (René de), à Paris.
Lestringant, libraire, à Rouen.
Lévéque, à l'abbaye Sainte-Ma-
deleine, à Marseille.
Lévis-Mirepoix (le duc de), au
château de Léran (Ariège).
*LEx(Léonce), archiviste de Saône-
et-Loire, à Mâcon.
LiÉNARD, secrétaire de la Société
philomathique, à Verdun-sur-
Meuse.
LoESCHER et C'«, libraires, à Rome.
LoRENz (Alf.), libraire, à Leipzig.
*LoRiQUET (Henri), archiviste du
Pas-de-Calais, à Arras.
*LoT (Ferdinand), bibliothécaire à
la Sorbonne, à Paris.
*LoTH (Arthur), à Versailles.
Louis-LucAS, professeur à la Fa-
culté de droit, à Dijon.
*LoYE (Augustin de), ancien con-
servateur du Musée Galvet, à
Avignon.
*Maisonobe (Abel), archiviste de
la Lozère, à Mende.
* Maître (Léon) , archiviste de la
Loire-Inférieure, à Nantes.
*Mandrot (Bernard de), à Paris.
* Manneville (le vicomte Henri de),
secrétaire d'ambassade, à Lou-
dres.
Marais, chef d'escadron d'artille-
rie, à Poitiers.
*Marais (Paul), bibliothécaire à la
Bibliothèque Mazarine, à Paris.
Marchant, curé de Varambon
(Ain).
*Marighal (Paul), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*Marsy (le comte de), à Com-
piègne.
* Martel (Félix), inspecteur géné-
ral de l'enseignement firimaire,
à Garches (Seine-et-Oise).
* Martin (Camille), à Paris.
*Martin (Henry), conservateur ad-
joint à la bibliothèque de l'Ar-
senal, à Paris.
* Marty-Laveaux (Gh.), à Vitry-
sur-Seine.
*Mas Latrie (le comte de), mem-
bre de l'Institut, à Paris.
*Mas Latrie (René de), chef de
bureau au ministère de l'ins-
truction publique, à Paris.
Masson, à Amiens.
*Maulde La Glavière (René de),
à Paris.
Maumus, avocat, à Mirande.
*Mazerolle (Fernand), archiviste
de la Monnaie, à Paris.
*Merlet (René), archiviste d'Eu-
re-et-Loir, à Chartres.
* Meunier du Houssoy (Ernest), à
Paris.
Mévil (M"« Sainte-Marie), à Vié-
ville (Haute-Marne).
*MEYER(Paul), membre de l'Insti-
tut , directeur de l'École des
chartes, à Paris.
Meynial, professeur à la Faculté
des lettres, à .Montpellier.
Millard, curé de Saint-Gond,
par Baye (Marne).
Mireur, archiviste du Var, à
Draguignan.
*Mirot (Léon), membre de l'École
française, à Rome.
Moindrot, libraire, à Romoran-
tin.
*MoLARD (François), archiviste de
l'Yonne, à Âuxerre.
*MoLiNrER (Auguste), professeur
à l'École des chartes, à Paris,
*MoLiNiER (Emile), conservateur
au musée du Louvre, à Paris.
* MoNCLAR (le marquis de), ministre
plénipotentiaire, au château
d'Allemagne (Basses- Alpes).
MoNLÉON (de), à Menton.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
767
*MoNTAiGLON,( Anatole de), profes-
seur à l'École des chartes, à
Paris,
*MoRANViLLÉ (Henri), bibliothé-
caire honoraire à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
More (Louis), libraire, à Paris.
*Morel-Fatio (Alfred), secrétaire
de l'École des chartes, à Paris.
*MoRis (Henri), archiviste des Al-
pes-Maritimes, à Nice.
*MoRTET (Charles), conservateur à
la Bibliothèque Sainte-Gene-
viève, à Neuilly-sur-Seine.
*MoRTET (Victor), bibliothécaire à
la Sorbonne, à Neuilly-sur-
Seine.
MuNRO (D.-C), professeur, à Phi-
ladelphie.
Nepolsky, à Paris.
*Nerlinger (Charles), stagiaire à
la Bibliothèque nationale, à
Paris.
*Neuville (Didier), sous-chef de
bureau au ministère de la ma-
rine, à Paris.
NiERSTRASz, libraire, à Liège.
NijHOFF, à la Haye.
NoLVAL (Alfred), à Paris.
*NoRMAND (Jacques), à Paris.
NuTT (David), libraire, à Londres.
Oleire, libraire, à Strasbourg.
Olivier (Em.), à Lyon,
*Omont (Henri), conservateur ad-
joint à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris,
Ongania et G'«, libraires, à Ve-
nise.
* Paillard, ancien préfet, à Charly,
par Cluny,
Pange (le comte de) , à Saint-
Germain-en-Laye.
'Paradis, curé de Sainte-Margue-
rite, à Paris.
Parent de Rosan, à Paris.
* Parfouru (Paul), archiviste d'Ille-
et- Vilaine, à Rennes,
* Paris (Gaston), membre de l'Ins-
titut, administrateur du Collège
de France, à Paris.
Parker, libraire, à Oxford (2 ex.).
*Pasquier (Félix), archiviste de
la Haute-Garonne, à Toulouse.
*PASsy (Louis), député, à Paris,
*Pécoul (Auguste), à Paris.
Peeters, à Louvain.
*Péligier (Paul), archiviste de la
Marne, à Châlons-sur-Marne.
Pelizza, à Cannes.
*Peretti de la Rocga (Emmanuel
de), attaché au ministère des
Affaires étrangères, à Arcueil
(Seine).
*Périn (Jules), avocat, à Paris.
Petit (Joseph), à Paris.
* Petit- Dutaillis (Charles), chargé
de cours à la Faculté des let-
tres, à Lille.
*Philippon (Georges), à Paris.
*PicARD (Auguste), libraire-éditeur,
à Paris.
*Pl.a.nchenault (Adrien), à Angers.
*PoËTE (Marcel), bibliothécaire de
la ville, à Besançon.
Poitevin, à Paris.
PoRÉE , curé de Bournainville
(Eure).
PoRQUET, libraire, à Paris.
*PoRT (Célestin), membre de l'Ins-
titut, archiviste de Maine-et-
Loire, à Angers.
*PoRTAL (Charles), archiviste du
Tarn, à Albi.
*PouGrN (Paul), à Paris.
*Prinet (Max), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
* Prost (Bernard) , sous-chef de
bureau au ministère de l'ins-
truction publique, à Paris.
*Prou (Maurice), bibliothécaire à
la Bibliothèque nationale, à
Paris.
*Prudhojime (Auguste), archiviste
de l'Isère, à (Grenoble.
QuARRÉ, libraire, à Lille.
Quidde (le D""), à Munich.
*Raguenet de Saint -Aldin (Oc-
tave), au château de Soulaire,
par Orléans.
Rancogne (P. de), à Angoulème.
Rault (l'abbé), à Gausson (Côtes-
du-Nord),
*Raunié (Emile), à Paris.
*Raynaud (Gaston), bibliothécaire
honoraire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
Reber, libraire, à Palerme.
*Rébouis (Emile), à Paris.
768
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
Régnier, à Evreux.
Reinwald, libraire, à Paris (6 ex.) .
*Rendu (Armand), à Paris.
*Reynaud (Félix), archiviste ad-
joint des Bouches-du-Rhône, à
Marseille.
*RiAT (Georges), stagiaire à la Bi-
bliothèque nationale, à Paris.
* Richard (Alfred), archiviste de
la Vienne, à Poitiers.
*RiCHARD (Jules-Marie), à Laval.
"RicHEBÉ (Raymond), à Paris.
RicHEMOND (de), archiviste de la
Charente-Inférieure, à la Ro-
chelle.
*RicHOU (Gabriel), conservateur de
la bibliothècrue de la Cour de
cassation, à Paris.
*RiGAULT (Abel), attaché aux ar-
chives du ministère des Affaires
étrangères, à Paris.
Ristelhuber (P.), à Strasbourg.
Rivière, au couvent de Santiago,
à Uclès (Espagne).
Robert (l'abbé), à Paris.
* Robert (Ulysse), inspecteur gé-
néral des" bibliothèques et ar-
chives, à Saint-Mandé (Seine).
*RocciUAiN (Félix), membre de
l'Institut, chef de section aux
Archives nationales, à Paris.
*RoMANET (le vicomte de), au châ-
teau des Guillets, par Mor-
tagne (Orne).
RosEROT, archiviste des archives
historiques, à Chaumont.
RosNY (DE), à Boulogne-sur-Mer.
RoTHScuiLD (la bibliothèque du
baron J. de), à Paris.
*RoucHON (Gilbert), archiviste du
Puy-de-Dôme, à Clermont-Fer-
rand.
'Roussel (Ernest) , archiviste de
l'Oise, à Beauvais.
Roux, libraire, à Turin.
*Roux (Henri de) stagiaire à la
Bibliothèciue nationale, à Paris.
*RoY (Jules), professeur à l'École
des chartes, à Paris.
*RoziÈRE (Eugène de), membre de
l'Institut, sénateur, à Paris.
Ruée, libraire, à Anvers.
Sabatier, à Chantegriller(Drôme).
*Saige (Gustave), conservateur des
archives du palais, à Monaco.
*SAiNTE-AGATHE(lecomteDE),à Be-
sançon.
* Salles (Georges), auxiliaire de
l'Institut, à Paris.
Sassenay (le marquis de), à Paris.
Schepens, libraire, à Bruxelles.
ScHULZ, libraire, à Paris.
*ScuLFORT (Henry), industriel, à
Maubeuge (Nord).
Ségueinot, à Paris.
Seigneur (l'abbé), à Paris.
*Senneville (Gaston de), conseil-
ler référendaire à la Cour des
comptes, à Paris.
*Sepet (Marins), bibliothécaire à
la Bibliothèque nationale, à
Paris.
Serrât (L.), à Paris.
*Servois (Gustave), garde général
des Archives nationales, à Pa-
ris.
Sickel (Th. von), directeur de
l'Institut autrichien d'études
historiques, à Rome.
*SoEH.NÉE (Frédéric), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
'SoEHNÉE (Guillaume), à Pau.
*SoucHON (Joseph), archiviste de
l'Aisne, à Laon.
* SouLLiÉ ( Louis) , à Cumières
(Marne).
*SouRY (Jules), sous-bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
*SoYER (Jacques), archiviste du
Cher, à Bourges.
Spirgatis, libraire, à Leipzig.
*Spont (Alfred), à Paris.
Steiciiert et C'*, libraires, à New-
York (3 ex.).
*Stein (Henri), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
'Tardif (Joseph), avocat, à Paris.
*Tausserat (.\lexandre), sous-chef
de bureau au ministère des Af-
faires étrangères, à Paris.
'Teilhard de Chardin (Emmanuel),
à Sarcenat, par Clermont-Fer-
rand (Puy-de-Dôme).
Tempier (Dauphin), archiviste des
Côtes-du-Nord, à Saint-Brieuc.
Terquem, libraire, à Paris.
* Terrât (Barthélémy), professeur
à l'Institut catholique, à Paris.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
769
*Teulet (Raymond), à Château-
Panet, par Fronsac (Gironde).
Thibault, à Paris.
Thoison, à Larchan (Seine-et-
Marne).
*Tholin (Georges) , archiviste de
Lot-et-Garonne, à Ageu.
Thomas, libraire, à Paris.
* Thomas (Antoine), chargé de cours
à la Faculté des lettres, à Paris.
Thorin, libraire, à Paris (2 ex.).
*TiERNY(Paul), archiviste du Gers,
à Auch.
ToucHEBEUF, avocat, à Brioude.
*TouRNOuËR (Henri), à Paris.
* Tranchant (Charles), ancien con-
seiller d_^Etat, à Paris.
"Travers (Emile), ancien conseil-
ler de préfecture, à Caen.
* Travers (Henry), attaché à la Bi-
bliothèque nationale, à Paris.
Treuttel et Wurtz, libraires, à
Strasbourg (2 ex.).
Triger (Robert), au Mans.
*Trddon des Ormes (Amédée),
sous-bibliothécaire à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
"Tuetey (Alexandre), sous-chef de
section aux Archives natio-
nales, à Paris.
TuMEREL, libraire, à Saint-Omer.
Urquehart, à Oxford.
*Vaesen (Joseph), à Paris.
*Vaissière (Pierre de), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
Vallet de Viriville (M™") , à
Paris.
* Valois (Noël), archiviste hono-
raire aux Archives nationales,
à Paris.
Van Stockum, à la Haye.
Vauvilliers, avoué, à Dijon.
*Vernier (Jules), archiviste de la
Savoie, à Chambéry.
"Vétault (Alphonse), bibliothé-
caire-archiviste de la ville, à
Rennes.
*Veyrier du Muraud, premier vi-
caire, à Neuilly (Seine).
*ViARD (Jules), archiviste aux
Archives nationales, à Saint-
Mandé (Seine).
ViGNAT, à Orléans.
*Villepelet( Robert), à Périgueux.
*VioLLET (Paul), membre,de l'Ins-
titut, professeur à l'École des
chartes, bibliothécaire -archi-
viste de la Faculté de droit, à
Paris.
*ViREY (Jean), à Paris.
Vyt, libraire, à Gand.
* Walckenaer (André), attaché à
la Bibliothèque Mazarine, à
Paris.
Wallon (H.), secrétaire perpétuel
de l'Académie des inscriptions
et belles-lettres, à Paris.
Watteville (le baron de), direc-
teur honoraire au ministère de
l'instruction publique, à Paris.
Welter, libraire, à Paris (7 ex.).
*Welvert (Eugène), rédacteur au
ministère de l'instruction pu-
blique, au Chesnay (Seine-et-
Oise).
Wescher, conservateur adjoint
honoraire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
TABLE DES MATIÈRES.
Yillard de Honnecourt et les Cisterciens, par G. Enlart. . . 5
Lettres inédites et mémoires de Marino Sanudo l'ancien, 1334-
1337, par C. de la Roncière et L. Dorez 21
Les Heures bretonnes du xYi« siècle, par L. Delisle . . . . 45,229
Du Guesciin armé chevalier, par J. Lemoine 83
Le siège de Reims, 1359-1360, par H. Moranvilié 90
Jean Meschinot, sa vie et ses œuvres, par A. de La Bor-
derie 99,274,601
Daie de la mort de Nicolas de Lire, par J. Viard 141
André Réville, par Gh. Petit-Dutaillis 144
Les origines du monastère de Saint-Magloire de Paris, par
R. Merlet 237
Documents relatifs à Jacques de Beaune-Semblançay, par
A. Spont 318
Épisodes de l'invasion anglaise : La guerre de partisans dans
la Haute-Normandie, 1424-1429 (suite), par G. Lefèvre-Pon-
talis ^33
Date de deux diplômes de Gharles le Ghauve pour l'abbaye des
Fossés, par A. Giry 509
La date de la naissance de Jean d'Orléans, comte d'Angoulême,
par G. Dupont-Ferrier 518
Note sur un manuscrit interpolé de la chronique de Bède,
conservé à Besançon, par L. Delisle 528
Une prétendue signature autographe d'Ives de Ghartres, par
R. Merlet 639
Notes sur quelques manuscrits du baron Dauphin de Verna,
par L. Delisle 645
Bibliographie 150,358,537,691
Livres nouveaux 190,395,569,721
Ghronique et mélanges 216,412,591,737
Liste des souscripteurs '59
TABLE ALPHABÉTIQUE
Abbayette (Cartulaire de Saint-
Michel de 1'), 178.
Académie des inscriptions. Sujets
des concours, 747.
Adjuration (Formules d') et de
bénédiction pour des épreuves
judiciaires, 598.
*AlgIave (Emile), chevalier de la
Légion d'honneur, 740.
Alsaciens (Étudiants) immatri-
culés à l'Université de Bologne,
387.
Altamira (Rafaël), la Ensenanza
de la historia, 187.
" Anchier (Camille), stagiaire à la
Bibliothèque nationale, 425.
Anecdola Maredsolana, 186.
Anglaise (Épisodes de l'invasion),
433.
Anglicanae (Liber procuratorum
nationis), 547.
Angoulême (La date de la nais-
sance de Jean d'Orléans, comte
d'), 518.
Annales Gandenses, 720.
Antidolarium Nicolai, 700.
Antiquités nationales. Descrip-
tion raisonnée du Musée de
Saint-Germain-en-Laye, 537.
Apennis (L'institution d'), 546.
Appothiquaires (Le Myrouel des),
700.
"Arboisde Jubainville (Henry d'),
Études sur le droit celtique,
390.
Arc (Jeanne d') : voyez Jeanne.
Archéologie byzantine, 697.
Architecture (Origines de 1') go-
thique en Italie, 358.
Archives de l'Hôtel-Dieu de Pa-
ris, 172; — de Lot-et-Garonne.
Documents relatifs à l'histoire
de la Ligue, 427 ; — du Tarn.
Récents accroissements, 231.
Archives municipales (Arrêt du
Conseil municipal sur le recru-
tement du personnel des), 219.
Arconati- Visconti (Fondation),
216.
Artillerie (1') des ducs de Bour-
gogne, 698.
Aubry (Pierre) . — Compte rendu :
Paléographie musicale, 691.
Audijos, 564.
Autographe (Une prétendue si-
gnature) d'Ives de Chartres,
639.
Auvergne (Sur un point particu-
lier de la procédure mérovin-
gienne applicable à 1'), 546.
*Auvray (Lucien). — Compte
rendu : Calendar of entries in
the papal registers relating to
Great Britain and Ireland, 564 ;
le Vatican, 714.
*Babelon (Ernest), vice-président
de la Société de l'École des
chartes, 216; membre de la
section d'archéologie du Comité
des travaux historiques, 219. •
Balue (Jean), 554.
Barrois (Négociations du duc de
Bedford en 1429 pour le), 428.
*Barthélemy (Anatole de), membre
1. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des archivistes paléographes
ou anciens élèves pensionnaires de l'École des chartes.
772
TABLE ALPHABETIQUE.
de la Commission de compta-
bilité de la Société de l'École
des chartes, 216. — Comptes
rendus : Catalogue du musée
lapidaire rémois, 698 ; la Diplo-
matie au temps de Machiavel,
372 ; Journal d'Adrien Duques-
noy, 378; Antiquités natio-
nales. Description raisonnée
du musée de Saint-Germain,
537; Mélanges d'archéologie
byzantine, 697 ; les Trente-deux
quartiers du duc de Bragance,
185.
Basaniers (Les Communautés des
cordonniers,) et savetiers de
Troyes, 563.
* Baudouin (Adolphe), archiviste
retraité de la Haute-Garonne,
740.
Beaumont (Christophe de Harlay,
comte de) : voyez Harlay.
Beaune (Jacques de) : voyez Sem-
blançay.
Bède (Note sur un manuscrit in-
terpolé de la Chronique de) à
Besançon, 528, 758.
Bedford ]Négociations du duc de)
en 1429 pour le Barrois, 428.
Béer (Rudolf), llandschriften-
schatze Spaniens, 392.
Bénédictins (les) de Saint-Ger-
main-des-Prés et les savants
lyonnais, 376.
Bénédiction (Formules d'adjura-
tion et de) pour les épreuves
judiciaires, 598.
* Berger (Élie), docteur es lettres,
219 ; lauréat du prix Gobert à
l'Académie des inscriptions et
belles-lettres, 426, 745.
*Berthelé (Joseph), du Rôle de la
paléographie dans les Facultés
des lettres, 232.
*Bertrand de Broussillon (Arthur),
Cartulaire de Saint-Michel de
l'Abbavette, 178; la Maison de
Craon,'l88.
Besancon (Ms. interpolé de la
Chronique de Bède, a), 528, 758.
Bibliolhek (die Handschrifkn der
grossherzoglich badischen Hof-
und Landes-), 697 ; — die Hds.
der herzoglichen Bibliolhek zu
Wolfenbûltel, 568.
Bibliothèque nationale (Notice
sur le n° 16409 des mss. latins
de la), 696.
Bibliothèques municipales (Arrêt
du conseil municipal de Paris
sur le recrutement du person-
nel des), 219.
*Bléry (Albert), archiviste paléo-
graphe, 218; conservateur de
la bibliothèque et du musée
d'archéologie du Havre, 598.
Bliss (W. H.), Calendar ofeniries
in Ihe papal registers relating
to Great Britain and Ireland,
564.
Bologne (Étudiants alsaciens im-
matriculés à l'Université de),
387.
Bonis (Les Livres de comptes des
frères), 710.
*Bonnassieux (Pierre), décédé, 236,
415. — Comptes rendus : la Vie
privée d'autrefois, 368; les Bé-
nédictins de Saint-Germain-
des-Prés, 376.
Bonvalot (Edouard), Histoire du
droit et des institutions de la
Lorraine, 701.
Boucicaut (Livre exécuté pour),
226.
* Bourde de la Rogerie (Henri),
archiviste paléographe, 218.
Bourgeoisie (la) financière au dé-
but du xvi« siècle, 556.
Bourgogne (L'artillerie des ducs
de). 698.
Bragance (Les Trente-deux quar-
tiers du duc de), 185.
Bretonnes (LesHeures) du xviesiè-
cle, 45, 229.
Breuils labbé A.), Comptes des
consuls de Montréal-du-Gers,
382.
*Brièle (Léon), Archives de l'Hô-
tel-Dieu de Paris, 172.
Bronzes figurés de la Gaule ro-
maine, 537.
*Bruel (A.), membre de la com-
mission de comptabilité de la
Société de l'École des chartes,
216. — Comptes rendus : Car-
tulaire de Saint-Michel de l'Ab-
TABLE ALPHABETIQUE.
773
bayette, 178; Chartularium et
audarium chartularii univer-
sitatis parisiensis, 547 ; Vie et
miracles de la bienheureuse
Philippe de Chantemilan, 179.
*Brutails (J.-A.). — Compte ren-
du : Origines de l'architecture
gothique en Italie, 358.
*Buche (Henri), secrétaire de la
commission supérieure des ar-
chives de la marine, 741.
Byzantine (Mélanges d'archéolo-
gie), 697.
Canoniques (Collections), 390.
Café (le), le thé et le chocolat, 368.
Caix (la Maison de), 386.
Caix de Saint-Aymour (vicomte
de), Notes pour servir à l'his-
toire d'une famille picarde, 386 ;
Causeries du besacier, 2^ série,
387.
Carant (Maître Jehan), proto-
typographe de la ville de Péri-
gueux, 381.
Cartulaire de Saint- Michel de
l'Abbayette, 178; — de Craon,
188.
Célestins de Mantes (le Peintre
Jean Viterne et les), 227.
Celtique (Études sur le droit),
390.
Champier (Symphorien), le My-
rouel des appothiquaires, 700.
Chantemilan (Philippe de) : voyez
Philippe.
Charles le Chauve (Dates de deux
diplômes de) pour l'abbaye des
Fossés, 509.
Chartes de Durbon, 174.
Chartularium Universitatis pari-
siensis, t. III, 547 ; — Auda-
rium chartularii, 547.
*Chatel (Eugène). — Discours aux
obsèques de Pierre Bonnas-
sieux, 420.
Châtelain (Emile), Chartularium
et Audarium chartularii Uni-
versitatis parisiensis, 547.
*Chavanon (Jules), archiviste de
la Sarthe, 219.
Chevalier (chanoine Ulysse), Vie
et miracles de la bienheureuse
Philippe de Chantemilan, 179.
Chocolat (le Café, le thé et le),
368.
Christine ( Nouvelle note sur
quelques manuscrits de la
reine), 228.
Chronique de Bède (Note sur un
ms. interpolé de la), 528, 758.
Cierge pascal de Paris en 1271,
755.
Cisterciens (Villard de Honne-
court et les), 5.
*Claudon (Ferdinand), archiviste
de l'Allier, 219.
Clerval (abbé), De Judoci Glich-
tovei Neoportuensis . . . vita et
operibus, 371.
Clichtovei (De Judoci) Neopor~
tuensis vita et operibus, 371.
Colas de la Noue (Ed.), un Li-
gueur : le comte de la Fère,
374.
Collezione (la) canonica del re-
gesto di Farfa, 390.
*Collon (Gaston), archiviste paléo-
graphe, 218; conservateur de
la bibliothèque de Tours, 218;
Grégoire de Tours, Histoire des
Francs, liv. VII-X, 364.
Communautés (les) des cordon-
niers, basaniers et savetiers de
Troyes, 563.
Communay (A.), Audijos, 564.
Comptes des consuls de Montréal-
du-Gers, 382; — Livres de
comptes des frères Bonis, 710.
Concours (Sujets des) de l'Aca-
démie des inscriptions, 747.
Condé (la Princesse de), 562.
Constituante (Journal d'Adrien
Duquesnoy, député du tiers
état de Bar-le-Duc, sur l'As-
semblée), 378.
Constitutiones et ada publica im-
peratorum et regum, 541.
Consuls de la ville de Martel
(Mémorandum des), 382; —
Comptes des consuls de Mont-
réal-du-Gers, 382.
Cordonniers (les Communautés
des), basaniers et savetiers de
Troyes, 563.
Corporations (les) ouvrières à
Rome, depuis la chute de l'em-
pire romain, 181.
774
TABLE ALPHABETIQUE.
*Goùard (Emile). — Compte
rendu : Jean Balue, 556.
*Goulon (Auguste), élève de l'École
de Rome, 741; ses travaux à
cette École, 746.
*Gourteault (Henri), secrétaire-
adjoint de la Société de l'École
des chartes, 216. — Documents
relatifs à l'histoire de la Ligue
conservés aux archives de Lot-
et-Garonne, 427.
*Goville (Alfred), les États de
Normandie, 707.
*Goyecque (Ernest), Archives de
l'Hôtel-Dieu de Paris, 172.
Graon (la Maison de), 188.
Grèvecœur (R. de). Journal d'A-
drien Duquesnoy, 378.
Gros (le P. L.-Jos. -Marie), saint
Jean-François Régis, 380.
*Gucheval-Glarigny, décédé, 738.
*Dareste de la Ghavanne (Rodol-
phe), officier de la Légion
d'honneur, 426.
Darmesteter (Mary), Froissart,
153.
*Daumet (Georges), ses travaux
à l'École de Rome, 746.
*Delaborde (François), l-^^ mé-
daille au concours des antiqui-
tés nationales, 426, 742, 744.
*Delachenal (Roland), officier d'a-
cadémie, 2 19. — Gompte rendu :
un Ligueur, le comte de la
Fère, 374.
*Delaville Le Roulx (Joseph), che-
valier de grâce magistrale de
l'ordre de Malle, 219.
*Delisle (Léopold), membre de
la commission de publication
de la Société de l'École des
chartes, 216; grand officier de
la Légion d'honneur, 740. —
Gommunication à la Société de
l'École des chartes, 740. —
Notes sur quelques manuscrits
du baron Dauphin de Verna,
645. — Notes sur un manus-
crit interpolé de la Chronique
de Bède, 528, 758. — Les Heures
bretonnes du xvi^ siècle, 45.
— Gilles de Kerampuil, édi-
teur des Heures bretonnes, 229.
— Jean de Mâcon, professeur
d'Orléans, 223. — Gierge pascal
de Paris en 1271,755. — Comp-
tes rendus : Die Handschriften
der grossherzoglich badischen
Hof- und LandesbibliotkekjQ^l;
Die Handschriften der herzugl.
Bibliothek zu Wolfenbiittel, 568 ;
Sveriges periodiska literatur,
186 ; Anecdota Maredsolana, IH,
186; De Judoci Cliclitovei vita,
371 ; Jeanne de Montmorency,
duchesse de la Trémoïlle, 562.
*Deraaison (Louis), Catalogue du
musée lapidaire rémois, 698.
Denifle (le P. H.), Ohartularrum
et auctarium charlularii Uni-
versitatis parisiensis, 547.
* Desjardins (Gustave), chargé d'un
cours sur le service des archives
à l'École des chartes, 598.
* Desplanque (Emile), officier d'a-
cadémie, 598.
"Dieudonné (Adolphe), archiviste
paléographe, 218.
Diplomatie (la) au temps de Ma-
chiavel, 372.
Diplôme (un) de Thierri V, comte
de Hollande, 236.
Diplômes (Dates de deux) de
Charles le Chauve pour l'ab-
baye des Fossés, 509.
Dobr'ée (Fondation du musée) à
Nantes, 429.
Donation anténuptiale (Formule
de), 230.
* Dorez (Léon), sous-bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale,
218. — Lettres inédites et mé-
moires de Marino Sanudo l'an-
cien, 21.
Dorveaux ( Paul ) , Inventaires
d'anciennes pharmacies dijon-
naises, etc., 700.
Droit ( Études sur le) celtique, 390.
Droit (Histoire du) de la Lorraine,
701.
Du Breuil (Jean), copiste du
xv6 siècle, 432.
"Duchemin (Henri), stagiaire à la
Bibliothèque nationale, 218.
*Duchesne (abbé Louis), directeur
de l'École française de Rome,
218.
Du Guesclin armé chevalier, 83.
TABLE ALPHABETIQUE.
773
Dujarric-Descombes (A.), Maître
Jehan Garant, 381.
*Dupont-Ferrier (Gustave). — La
date de la naissance de Jean
d'Orléans, comte d'Angoulème,
518. — Gompte rendu : His-
toire du moyen âge, 364.
Duquesnoy (Journal d'Adrien)
sur l'Assemblée constituante,
378.
Durand (Etienne), la Marche his-
torique de Lille, 705.
*Durand (Georges), officier de
l'instruction publique, 219.
Durbon (Ghartes de), 174.
École des chartes : création de
bourses ( fondation Peyrat ) ,
216 ; nomination de profes-
seurs, 218, 425, 598; —d'élè-
ves, 737; examens de fin d'an-
née, 412; soutenance des
thèses, 217.
Ecole française de Rome : nomi-
nation d'un directeur, 218.
Église (le Gouvernement central
de 1'), 714.
*Enlart (Gamille), chargé du cours
d'archéologie à l'École des
chartes, 218, 425; officier d'A-
cadémie, 219; Origines fran-
çaises de l'architecture gothique
en Italie, 358. — Villard de
HonnecourtetlesGisterciens,5.
Enseignement de l'histoire (Gol-
lection pour l'enseignement de
1'), 757.
Ensenanza (la) de la historia, 187.
Épreuves judiciaires (Formules
d'adjuration et de bénédiction
pour des), 598.
Errera (Paul) , les Waréchaix,
545.
*Espinas (Georges), archiviste
paléographe, 218.
États (les) de Normandie, 707.
États-Unis (la Paléographie aux),
756.
Fabre (Paul), le Vatican, les
papes et la civilisation, 714. —
Nouvelle note sur quelques
manuscrits de la reine Chris-
tine, 228.
Fabrège (Frédéric), Histoire de
Maguelone, 383.
Faculté de théologie (la) de Pa-
ris, 370.
*Fagniez (Gabriel), lauréat du
grand prix Gobert à l'Académie
française, 236, 426, 600, 741.
Farfa (la collezione canonica del
regesto di), 390.
Feret (abbé P.), la Faculté de
théologie de Paris, 370.
*Finût (Jules), 3<^ mention hono-
rable au concours des antiqui-
tés nationales, 426, 742, 745.
— Compte rendu : la Marche
historique de Lille, 705.
*Finot (Louis), chargé de confé-
rence à l'Ecole pratique des
hautes études, 740.
*Flourac (Léon), décédé, 425.
Fontes juris Germanici antiqui,
541.
Forestié (Edouard), les Livres de
comptes des frères Bonis, 710.
*Forgeot (Henri), Jean Balue, car-
dinal d'Angers, 554. — Gompte
rendu : Geschichte der Paepste
seit dem Ausgang des Mittelal-
ters, 365.
Formule de donation anténup-
tiale, 230.
Formules d'adjuration et de béné-
diction pour des épreuves ju-
diciaires, 598.
Fossés (Dates de deux diplômes
de Charles le Chauve pour l'ab-
baj-e des), F09.
*Fournier (Paul), le Premier ma-
nuel canonique de la réforme
du xi^ siècle, 390; la Collezione
canonica del regesto di Farfa,
390 ; le Liber Tarraconensis,
390 ; une Collection canonique
italienne du commencement
du xii"^ siècle, 390. — Comptes
rendus : Histoire du droit et
des institutions de la Lorraine,
701 ; Leges Visigothorum anti-
quiores, 541 ; Constitutiones et
acta publica imperatorum et
regum, 541; les Waréchaix,
545; l'Institution d'Apennis,
546; Die Entstehung des Kir-
chenstaates, 546.
Franklin (Alfred), la Vie privée
d'autrefois, 368.
776
TABLE ALPflABETIQDE.
Froissart, 153.
*Funck-Brentano (Frantz), Anna-
les Gandenses, 720.
Gabelle (la) en Gascogne, 564.
* Gaillard (Henri), Histoire du
moyen âge, 364.
Gandenses (An7iales), 720.
*Garnier (Joseph), l'Artillerie des
ducs de Bourgogne, 698.
Gascogne (la Gabelle en), 564.
Gaule romaine (Bronzes figurés
de la), 537.
Georges (Etienne), Jeanne d'Arc
au point de vue champenois,
154.
Germaniae (Monumenta) historica,
legum sectio IV, 541.
Germanici (Fontes juris) antiqui,
541.
*Giry (Arthur), président de la
Société de l'Ecole des chartes,
216. — Discours aux obsèques
de Pierre Bonnassieux, 418. —
Discours aux obsèques de M. de
Montaiglon, 594. — Dates de
deux diplômes de Charles le
Chauve pour l'abbaye des Fos-
sés, 509.
Givelet (Charles), Catalogue du
musée lapidaire rémois, 698.
Gobin (Léon) , Notes et docu-
ments concernant l'histoire
d'Auvergne. Sur un point par-
ticulier de la procédure méro-
vingienne applicable à l'Au-
vergne, « l'institution d'Apon-
nis, » 546.
"Goubaux (Robert), archiviste
paléographe, 218 ; attaché non
rétribué à la bibliothèque de
l'Arsenal, 740.
Goyau (Georges), le Vatican, les
papes et la civilisation, 714.
"Grand (Daniel), graduate scholar
de l'Université Harvard, 756;
ses conférences à la Harvard
University, 598.
Great Britain and Ireland (Calen-
dar of entries in the papal re-
gislers relating to), 564.
Grégoire (A.), Histoire du moyen
âge, 364.
Grégoire de Tours, Histoire des
Francs, liv. VH-X, 364.
*Guilhierraoz (Paul), secrétaire de
la Société de l'École des char-
tes, 216.
Guillaume (P.), Chartes de Dur-
bon, 174.
Handschriften (die) der grossher-
zoglich hadischen Hof- und
Landesbibliothek, 697; — der
herzoglichen Bibliothek zu Wol-
fenbûttel, 568. — Handschrif-
tenschàtze Spaniens, 392.
Harlay (l'Ambassade de France
en Angleterre sous Henri IV.
Mission de Christophe de),
comte de Beaumont, 375.
Hauréau (Barthélémy), Notice
sur le numéro 16409 des ma-
nuscrits latins de la Biblio-
thèque nationale, 696.
Heinemann (Otto von), Die Hand-
schriften der herzoglichen Biblio-
thek zu Wolfenbuïtel, 568.
Henri IV (l'Ambassade de France
en Angleterre sous), 375.
*Herbomez (Armand d'). —
Compte rendu : Annales Gan-
denses, 720.
* Héron de Villefosse (Antoine),
officier de la Légion d'honneur,
426.
Heures (les) bretonnes du xvi^ siè-
cle, 45, 229.
Heyck (Eduard), Geschichte der
Ilerzôge von Zdhringen, 388.
Ilieronymi (SanctiJ commentarioli
in psalmos, 186.
Histoire (Collection pour l'ensei-
gnement de 1'), 757.
Historia (la Ensenanza de la), 187.
Hollande : voyez Thierri V, comte
de Hollande.
Honnecourt (Villard de) : voyez
Villard.
Hôtel-Dieu (Archives de 1') de
Paris, 172.
*Hubert (Eugène), archiviste pa-
léographe, 218.
Imitation (Collection d'éditions
de 1'), 598.
Institutions de la Lorraine (His-
toire des), 701.
Invasion anglaise (Episode de 1'),
433.
TABLE ALPHABETIQUE.
777
Inventaires d'anciennes pharma-
cies, 700.
Ireland : voyez Great Brilain.
Italie (Origines de l'architecture
gothique en), 358.
Ives de Chartres (Une prétendue
signature autographe d'), 639.
Jacquerie (La nouvelle édition de
l'Histoire de la), par Siméon
Luce, 233.
*Jacqueton (Gilbert). — Compte
rendu : Semblançay, 556.
Jacqueton (Hubertf, Etudes sur
la ville de Thiers, 175.
Jadart (H.), Catalogue du musée
lapidaire rémois, 698.
* Jarry (Eugène). — Compte rendu :
Eine maildndisch - thûringische
Heirathsgeschichte aus der Zeit
Kônig Wenzels, 567.
Jean de Mâcon, professeur d'Or-
léans, 223.
Jean du Breuil, copiste du xv« siè-
cle, 432.
Jean-François Régis (Saint), 380.
Jeanne d'Arc au point de vue
champenois, 154; — les Juges
de Jeanne d'Arc à Poitiers, 171;
— Exemplaire original du pro-
cès de réhabilitation de Jeanne
d'Arc, 428.
Jour de la semaine (Réduction
du quantième de l'année répu-
blicaine en), 600.
Kerampuil (Gilles de), éditeur
des Heures bretonnes, 229.
Kermaingant (P. Laffleur de),
l'Ambassade de France en An-
gleterre sous Henri IV. Mission
de Christophe de Harlay, 375.
Kirchemtaates ( Die Entstehung
des), 546.
Kurth, Histoire poétique des Mé-
rovingiens, 150.
*Labande (Honoré), officier d'Aca-
démie, 219. — Comptes ren-
dus: Saint Jean-François Régis,
380 ; Mémorandum des consuls
de la ville de Martel (Lot), 382 ;
Comptes des consuls de Mont-
réal-du-Gers, 382; Histoire de
Maguelone, 383; Notes et do-
cuments pour servir à l'histoire
d'une famille picarde au moyen
4 895
âge (xie-xvie siècles) ; la Maison
de Gaix, 386 ; Causeries du be-
sacier, 2*= série, 387.
*La Borderie (Arthur de), l'His-
toire de Bretagne, 235. — Jean
Meschinot, 99, 274, 601.
La Fère (Un ligueur, le comte
de), 374.
*Langlois (Charles-V.), lauréat du
prix ordinaire à l'Académie des
inscriptions, 426, 744 . — Comp-
tes rendus : la Ensenanza de la
historia, 187 ; Notice sur le
ms. 16409 des manuscrits latins
de la Bibliothèque nationale,
696 ; les Livres de comptes des
frères Bonis, 710.
* Langlois (Ernest), officier de l'ins-
truction publique, 598.
Lapidaire (Catalogue du musée)
rémois, 698.
*La Roncière (C. de). — Lettres
inédites et mémoires de Marine
Sanudo l'ancien, 21.
*La Serre (Roger Barbier de),
chevalier de la Légion d'hon-
neur, 426.
* Lasteyrie (comte Robert de) , mem-
bre de la commission de publi-
cation de la Société de l'École
des chartes, 216.
La Trémoïlle (Jeanne de Mont-
morency, duchesse de), 562.
*Le Brethon, stagiaire à la Biblio-
thèque nationale, 425.
*Lecacheux (Paul), archiviste pa-
léographe, 218.
*Ledos (Eugène-Gabriel), membre
suppléant de la commission de
publication de la Société de
l'École des chartes, 216. — Le
peintre Jean Viterneet les Cé-
lestins de Mantes, 227. — Comp-
tes rendus : Froissart, 153;
Études sur la ville de Thiers,
175; les États de Normandie,
707.
*Lefèvre-Pontalis (Eugène), archi-
viste-trésorier de la Société de
l'École des chartes, 216; pro-
fesseur suppléant du cours d'ar-
chéologie à l'École des chartes,
738 ; officier de l'instruction
publique, 219.
54
778
TABLE ALPHABETIQUE.
*Lefèvre-PonLalis (GermaiQ). —
Épisodes de l'invasion anglaise.
La guerre de partisans dans la
Haute - Normandie , 433. —
Comptes rendus : Jeanne d'Arc
au point de vue champenois.
154; Périnaïk, 168; les Juges
de Jeanne d'Arc à Poitiers, 171;
les Corporations ouvrières à
Rome, 181.
Leges Visigolhorum antiquiores,
541.
*Le Grand (Léon). — Compte
rendu : Archives de l'Hôtel-
Dieu de Paris, 172.
*Lemoine (J.), archiviste du Fi-
nistère, 219. — Du Guesclin
armé chevalier, 83.
Lcvillain, agrégé d'histoire, 598.
Ligue (Documents relatifs à l'his-
toire de la), conservés aux ar-
chives de Lot-et-Garonne, 427.
Lille (La marche historique de),
705.
Lire (Nicolas de) : voyez Nicolas
de Lire.
Liber Tarraconensis (le), 390.
Livre exécuté pour Boucicaut,
226.
Livres (les) de comptes des frères
Bonis, 710.
Livres nouveaux, 190; 395, 569,
721.
Lorraine ( Histoire du droit et
des institutions de la), 701.
*Loye (Joseph de), ses travaux à
rÉcolc de Rome, 747.
*Luce (La nouvelle édition de
l'Histoire de la Jacquerie, par
Siméon), 233.
Lundstedt (Bernhard), Sveriges
periodiska lUeratur, 186.
Lyonnais ( Les Bénédictins de
Saint-Germain-des-Prés et les
savants), 376.
Màcon (Jean de) : voyez Jean.
Maguelone (Histoire de), 383.
Maiïândisch - thuringiscke (Eine)
Ileirathsgesckichle aus der Zeit
Kônig Wenzels, 507.
* Maisonobe (Abel), archiviste de
la Lozère, 219, 425.
'^Manneville (vicomte Henri de).
secrétaire d'ambassade à Lon-
dres, 426.
Mans (Minutes des notaires du),
431.
Mantes : voyez Célestins de Man-
tes.
Manuel (le premier) canonique de
la réforme du xi« siècle, 390.
Manuscrit (Note sur un) inter-
polé de la Chronique de Bède,
528, 758.
Manuscrits de la reine Christine
(Nouvelle note sur quelques),
228 ; — mss. de Weingarten,
599; — notes sur quelques ma-
nuscrits du baron Dauphin de
Verna, 645; — notice sur le
n° 16409 des mss. latins de la
Bibliothèque nationale, 696.
Marche (la) historique de Lille,
705.
Maredsolana (Anecdota), 186.
Martel (Mémorandum des consuls
de la ville de), 382.
*Maulde La Clavière, la Diploma-
tie au temps de Machiavel, 372.
*Merlet (Lucien). — Compte ren-
du : la Maison de Craon, 188.
*Merlet (René). — Les origines
du monastère de Saint- Magloire
de Paris, 237. — Une préten-
due signature autographe d'ives
de Chartres, 639.
Mérovingienne (Sur un point par-
ticulier de la procédure), 646.
Mérovingiens (Histoire poétique
des), 150.
Meschinot (Jean), sa vie et ses
œuvres, 99, 274, 601.
Metz (Inventaire de la pharmacie
de l'hôpital Saint-Nicolas de),
700.
* Meyer (Paul), officier de la Lé-
gion d'honneur, 219. — Dis-
ct)urs aux obsèques de M. de
Montaiglon, 591.
Minutes des notaires du Mans,
431.
*Mirot (Léon), élève de l'École de
Rome, 741 ; ses travaux à ladite
école, 746.
*Molinier (Auguste). — Compte
rendu : Histoire poétique des
Mérovingiens, 150.
TABLE iLPHABETIOUF!.
779
*Montaiglon (Anatole de Gourde
de), décédé, 591.
Montmorency (Jeanne de) , du-
chesse de la TrémoïUe, 562.
Montréal-du-Gers (Comptes des
consuls de), 382.
3Ionume?ita Germanise historica,
legum sectio IV, 541.
*Moranvillé (Henri). — Le siège
de Reims, 1359-1360, 90.
*Morel-Fatio (Alfred), membre de
la commission de comptabilité
de la Société de l'École des
chartes, 216; chargé de cours
au Collège de France, 740. —
Comptes rendus : l'Ambassade
de France en Angleterre sous
Henri IV. Mission de Christo-
phe de Harlay, 375 ; Handschrif-
ten-Schàtze Spaniens, 392.
Morin (dom Germain), .Anecdota
Mareclsolana, 186.
Morin (Louis), les Communautés
des cordonniers, basaniers et
savetiers de Troyes, 563.
*Moris (Henri), Rappel de récom-
pense à l'Académie des scien-
ces morales, 747.
*Mortet (Charles), chargé d'un
cours de bibliographie à l'École
des chartes, 598.
*Mortet (Victor). — De l'emploi
de la locution « le bon plaisir
du roi, » 226.
Moyen âge (Histoire du), 364.
Musée lapidaire rémois (Catalo-
gue du), 698; — fondation du
musée Dobrée à Nantes, 429;
— description raisonnée du
musée de Saint-Germain-en-
Laye, 537.
Musicale (paléographie), 691.
Nantes (Fondation du musée Do-
brée à), 429.
*Nerlinger (Charles). — Comptes
rendus : Strasbourg et Bolo-
gne, 387 ; Geschichte der Her-
zogc von Zâhrimjen, 388.
* Neuville (Didier), chef de bureau
au ministère de la marine, 741.
Nicolai (Antidotarium), 700.
Nicolas de Lire (Date de la mort
de), 141.
Normandie (les États de), 707.
Normandie (La guerre de parti-
sans dans la Haute-), 1424-
1429, 433.
Notaires du Mans (Minutes des),
431.
Oise ( Mélanges pour servir à.
l'histoire des pays qui forment
aujourd'hui le département de
1')," 387.
*Omont (Henry), membre de la
commission de, publication de
la Société de l'École des char-
tes, 216. — Formule de dona-
tion anténuptiale, 230.
Orléans (Jean de Mâcon, profes-
seur d'), 223.
Orléans (Jean d') : voyez Angou-
lème.
Paepste (Geschichte de)') seit dem
Ausgang desMitielalters, H. Ed.,
365.
Paléographie (la) dans les Facul-
tés des lettres, 232; — aux
États-Unis, 756.
Paléographie musicale, 691.
Papal letters, 564.
Papes (les) et la civilisation, 714.
Paris (Archives de l'Hôtel-Dieu
de), 172; — les Origines du
monastère de Saint-Magloire,
237; — la Faculté de théologie,
370; — Cierge pascal en 1271,
755.
"Paris (Gaston), administrateur au
Collège de France, 425; prési-
dent honoraire de la section
des sciences historiques et phi-
lologiques à l'École pratique
des hautes études, 425; com-
mandeur de la Légion d'hon-
neur, 740. — Discours à l'inau-
guration du buste de Peiresc,
747.
Parisiensis (Chartularinm etAuc-
tariihm chartularii Universita-
tis), 547.
Partisans (La guerre de) dans la
Haute-Normandie, 1424-1429,
433.
Pascal (Cierge) de Paris en 1271,
755.
Pascal-Estienne, Périnaïk, 168.
'Pasquier (Félix), archiviste de la
Haute-Garonne, 598, 740.
780
TABLK ALPHABETIQUE.
Pastor (Ludwig), Geschichte der
Paepste seit clem Ausgang des
Mittelalters, 365.
Peiresc (Inauguration du buste
de), 747.
Pennsylvanie ( Collection pour
l'enseignement de l'histoire pu-
bliée par l'Université de), 757.
Pératé (André), le Vatican, les
papes et la civilisation, 714.
Périgueux (Maître Jehan Garant,
prototypographe de la ville de),
381.
Périnaïk, 168.
* Petit (Auguste), archiviste pa-
léographe, 218; conservateur
adjoint de la bibliothèque de
Besançon. 426.
* Petit- Diitaillis ( Ch. ) , docteur
es lettres, 219; chargé de cours
à la Faculté des lettres de Lille,
740. — André Réville, 144.
Peyrat (Fondation), 216.
Pharmacie de l'hôpital Saint-
Nicolas de Metz (Inventaire
de), 700.
Pharmacies dijonnaises (Inven-
taires d'anciennes), 700.
Pharmacopée (une) française du
xiv<= siècle, 700.
Pharmacopoles (le Myrouel des),
700.
Philippe de Ghantemilan (Vie et
miracles de la bienheureuse),
179.
Plaisir (De l'emploi de la locu-
tion « le bon) du roi, » 226.
* Portai (Charles), Département du
Tarn, accroissement des Archi-
ves départementales antérieu-
res à l'an VUI pendant les
années 1890-1894, 231. —
Compte rendu : Maistre Jehan
Garant, 381.
* Prinet (Max), archiviste aux
Archives nationales, 425.
Procédure (Sur un point parti-
culier de la) mérovingienne,
546.
Procxiratorum ( Liber ) nationis
anglicansB, 547.
*Prost (Bernard). — Comptes
rendus : l'Artillerie des ducs
de Bourgogne, 700 ; Inventaires
d'anciennes pharmacies, 700.
*Prou (Maurice). —; Discussion à
la Société de l'École des char-
tes, 740.
*Prudhomme (A.). — Compte
rendu : Chartes de Durbon,
174.
Psalmos (Sancti Hieronymi com-
mentarioli in), 186.
Quantième (Réduction du) de
l'année républicaine en jour de
la semaine, 600.
* Raguenet de Saint - Albin , les
Juges de Jeanne d'Arc à Poi-
tiers, 171.
Réforme du xi^ siècle (le Premier
manuel canonique de la), 390.
Régis (saint Jean-Francois), 380.
Reims (le siège de), 1359'-1360, 90.
Rémois (Catalogue du musée la-
pidaire), 698.
Reinach (Salomon), Antiquités
nationales. Description raison-
née du musée de Saint-Ger-
main-en-Laye, 537.
* Réville (André), décédé, 144.
*Riat (Georges), archiviste paléo-
graphe , 218 ; stagiaire à la
Bibliothèque nationale, 598.
*Richebé (R.), commandeur de
l'ordre du Christ, 426; les
Trente-deux quartiers du duc
de Bragance, 185.
*Rigault (Abel), archiviste paléo-
graphe, 218 ; attaché au bureau
historique des Archives du mi-
nistère des affaires étrangères,
218.
Ristelhuber (P.), Strasbourg et
Bologne, 387.
* Robert (Ulysse). — Discours aux
obsèques'de M. de Montaiglon,
596.
Rodocanachi, les Corporations
ouvrières à Rome, 181.
Rome (Les corporations ouvrières
à), 181.
* Sache (Marc), archiviste démis-
sionnaire de la Lozère, 219.
Saint-Germain-dos-Prés (les Bé-
nédictins de) et les savants
lyonnais, 376.
Sai'nt-Germain-en-Laye (Descrip-
TABLE ALPHABETIQUE.
7s^
tion raisonnée du musée de),
537.
Saint-Magloire de Paris (Les ori-
gines du monastère de), 237.
Saint - Michel de J'Abbayette :
voyez Abbayette.
Sanudo (Lettres et mémoires de
Marino) l'ancien, 21.
Savetiers (Les communautés des
cordonniers, basaniers et) de
Troyes, 563.
Say (Léon). — Discours sur la
tombe de M. Gucheval-Ciari-
gny, 738.
Schlumberger (Gustave), Mélan-
ges d'archéologie byzantine,
697.
Schniirer (Gustav), Die Entste-
hung des Kirchenstaates, 546.
Semblançay, 556; — Documents
relatifs à Semblançay, 318.
*Servois (Gustave). — Discours
aux obsèques de Pierre Bon-
nassieux, 415.
Siège (le) de Reims, 1359-1360,
90.
Signature (Une prétendue) auto-
graphe d'ives de Chartres, 639.
Société de l'École des chartes,
216, 740.
*Soyer (Jacques), archiviste du
Cher, 598.
Spaniens ( Handschriftenschâtze ),
392.
*Spont (Alfred), docteur es lettres,
426 ; Semblançay, 556. — Do-
cuments relatils à Jacques de
Beaune-Semblançay, 318.
Strasbourg et Bologne, 387.
Sveriges periodiska Uteratur, 186.
Tarn (Récents accroissements des
archives du), 231.
Tarraconensis (le Liber), 390.
Teulié (H.), Mémorandum des
consuls de la ville de Martel
(Lot), 382.
Thé (le Café, le) et le chocolat,
368.
Théologie (la Faculté de) de Pa-
ris, 370. ,
Thèses de l'École des chartes, 217.
Thierri V, comte de Hollande
(Un diplôme de), 236.
Thiers (Etudes sur la ville de),
175.
* Thomas (Antoine), maître de
conférence à l'École pratique
des hautes études, 740.
Thuringische (Eine mailândisch-)
Heirathsgeschichte aus der Zeit
Kônig Wenzels, 567.
Troyes (Les Communautés de cor-
donniers, basaniers et savetiers
de), 563.
"Trudon des Ormes (Amédée). —
Compte rendu : la Faculté de
théologie de Paris, 370.
Universitatis Parisiensis (Chartu-
larium et Auctarium chartula-
rii), 547.
* Valois (Noël), membre suppléant
de la commission de publica-
tion de la Société de l'École
des chartes, 216.
Van Driesten (E.), la Marche
historique de Lille, 705.
Vanel (abbé J.-B.), les Bénédic-
tins de Saint - Germain - des-
Prés et les savants lyonnais,
376.
Vatican (le), les Papes et la civi-
lisation, 714.
* Vayssière ( Augustin ) , décédé,
220.
* Viard (Jules). — Date de la mort
de Nicolas de Lire, 141. —
Comptes rendus : les Commu-
nautés des cordonniers, basa-
niers et savetiers de Troyes,
563; Audijos, 564.
Vie (la) privée d'autrefois, 368.
Villard de Honnecourt et les Cis-
terciens, 5.
*Villepelet(R.).— Compte rendu :
Grégoire de Tours, Histoire
des Francs, t. VH-X, 364.
*Viollet (Paul), chevalier de la Lé-
gion d'honneur, 740. — Comptes
rendus : Cours de littérature cel-
tique, t. VII, 390; le Premier
manuel canonique de la réforme
du xje siècle, 390; la Collezione
canon ica del regesto di Far fa,
390 ; le Liber Tarraconensis, 391 ;
Une collection canonique ita-
lienne au commencement du
xne siècle, 390.
782 TABLE ALPHABETIQUE.
Visigolhorum (Leges) antiquiores, "Wenck (Karl), Eine maildndisch-
541. thïiringische Heirathsgeschichte
Viterne (le peintre Jean) et les aus der Zeit Kônig Wcnzels, bel.
Gélestins de Mantes, 227. Wolfenbûttel (Die Handschriften
Waréchaix (les), 545. der herzoglichen Dibliothek zu),
Weiland (L.), Constitutioncs et 568.
acta pubiica imperatorwn et Zâhringen (Geschichte der Herzôge
regum, 541. von), 388.
Weingarten (Les manuscrits de), Zeumer (K.), Leges Visigothorum
599. antiquiores, 541.
Nogent-le-Rolrou, imprimerie Daupeley-Gouverneur.
Ù
-»VIQ
D Bibliothèque de l'École
111 des chartes
B5
t,56
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